Archives mensuelles : mars 2012

Manga : petit guide de lecture pour néophytes

Cet article fait suite à un premier qui présentait un bref historique du manga au Japon, l’arrivée du manga en France ainsi que les genres de manga les plus connus : Le Manga

Ici je présenterai les principales caractéristiques du manga. Ce petit guide de lecture s’adresse principalement aux néophytes qui n’ont pas l’habitude d’en lire.

Les fans, quant à eux, sont déjà habitués à ce qui fait la particularité de la bande-dessiné japonaise. Cependant, si certains passionnés veulent participer à l’amélioration de cet article, qu’ils n’hésitent pas à me faire part de leur suggestions.

Bonne lecture à tous !

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Noir et blanc :

La première différence qui frappe, c’est le fait que le manga est entièrement publié en noir et blanc, contrairement à la plupart de BD occidentales.

Si le manga est en noir et blanc c’est d’abord pour des raison économiques. En effet, les manga sont prépubliés dans des revues hebdomadaires, mensuelles ou trimestrielles, à raison d’un chapitre par numéro. Ces revues sont vendues à des prix très bas, alors qu’elle font entre 200 et 300 pages. Afin de pouvoir garantir des prix toujours bas à leur lecteurs, les maison d’éditions réduisent au maximum les coûts de publication. On utilise du papier et de l’encre de mauvaise qualité et les dessins sont en noir et blanc. Seules les publicités sont en couleur, ainsi que la couverture et les premières pages de la série phare du moment.

Quand les séries ont du succès en prépublication, elle sortent en tomes. Ces albums sont imprimés avec du papier de meilleure qualité, mais le dessins d’origine est conservé. Il reste en noir et blanc, bien qu’il arrive que quelques pages soit coloriés et imprimés sur du papier glacé au début du tome. 

Ce manque de couleur est un peu perturbant au départ, surtout si on est habitué à lire des BD très colorées, mais on s’y fait très vite.

     Magazine :

weekly-shonen-jump.jpg

 Weekly  Shonen Jump N°16 de 2012 – prix : 240 yen soit environ 2,18€      

 Album : 

Q.E.D.-I.jpg

 Q.E.D. tome I –  prix : 420 yen = 3.80€

En France, un manga se vend entre 6.50€ et 15€

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Sens de lecture :

Les premiers manga publiés en France ont été modifiés afin de correspondre à notre sens de lecture, c’est la cas, par exemple, de Akira de Katsuhiro Ôtomo, sorti en 1989 chez Glénat.

Cependant la très grande majorité des manga publiés actuellement conservent le sens de lecture original. Au Japon on lit de droite à gauche. Le manga commence là où le livre occidental se termine. À l’intérieur d’une page, la lecture se fait suivant la même logique.

Schéma de lecture :    

  schéma lecture manga

Exemple tiré de Je ne suis pas mort de Hiroshi Motomiya. J’ai numéroté les case afin de monter le sens de lecture :

      je ne suis pas mort page 

Cependant, certains aménagements ont dû être apportés car, en version originale le texte dans les bulles est écrit verticalement. Il est parfois nécessaire de modifier la forme des bulles pour y faire loger le texte horizontalement.

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Extrait de Ken -Fist of the Blue Sky en VO

S’adapter au sens de lecture inversé demande un peu plus d’effort. Certaines personnes sont vraiment troublés par cette disposition. Personnellement je m’y suis très facilement adapté et j’en connais, autour de moi, qui ont tellement pris le plis du sens inversé qu’il leur arrive de commencer un roman par la dernière page 

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Mise en page :

La mise en page dans le manga est d’une très grande souplesse, elle s’adapte à la situation représentée. On peut facilement passer d’une disposition orthogonale classique (comme dans l’extrait de Je ne suis pas mort  que l’on vient de voir) à des configurations beaucoup plus décoratives.

Un page se compose généralement de 6/7 cases. Selon les situations, les vignettes peuvent être étirées en longueur ou en hauteur, couper la page obliquement ou prendre un aspect de puzzle.

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Extrait de Devil, Devil de Yûki Miyoshi, ici les cases sont étirées verticalement.

 nausicaä

Ici une page de Nausicaä de Hayao Miyazaki, les cases sont étirées horizontalement et coupées obliquement.

L’effet d’éclatement de la structure de la page est accentué par les « sorties de page » : vignettes à bord perdu, personnages couvrant toute la hauteur de la page/demi page, hors case.

Certaines vignettes peuvent occuper toute une page, voire une double page.

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Traitement graphique :

Nous l’avons vu, des mises en pages très variées se côtoient dans un même manga. De la même manière plusieurs styles graphiques peuvent cohabiter dans une même page, voire dans une même case. Alors que la BD occidentale se distingue par l’homogénéité du style dans le traitement de l’image.

Parmi ces différences de traitement de l’image, parlons tout d’abord de la différence entre les décors, souvent très minutieux, au réalisme photographique, et les personnages plus sommaires. Notons que les mangaka (auteurs de manga) travaillent avec des assistants qui s’occupent des décors. Très souvent ceux-ci travaillent à partir de photo.

Cette différence et plus ou moins marqué selon les auteurs. Elle est particulièrement saisissante chez Asano Inio, comme on peut le voir sur cette vignette extraite de La fin du monde avant le lever du jour. Ici les décors sont extrêmement réalistes.

la-fin-du-monde-avant-le-lever-du-jour-2.jpg

On peut également trouver des différences de traitement graphique entre les personnages d’une même histoire. C’est le cas de Bonne nuit Punpun, autre manga de Asano, dont la version française est sortie en janvier 2012. Dans ce manga il y a une immense différence de traitement graphique entre les personnages. Asano va jusqu’à représenter Punpun, le personnage principal ainsi que les membre de sa famille sous une forme stylisée rappelant vaguement un oiseau.

punpun.jpg

Par ailleurs, dans les manga, les personnages prennent parfois des grimaces grotesques, des postures étranges ou sont carrément stylisés, se transformant en simples silhouettes blanches. Ces déformations ont pour but de souligner certaines émotions comme la surprise, la gène, la peur, l’excitation, la colère… détonant parfois avec le fond de l’histoire très sérieux. Elle peuvent surprendre, ou même paraître incompréhensible pour un lecteur non familier des codes du manga.

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Texte et « bande son »:

Les bulles sont relativement moins nombreuses que dans les bandes-dessinées européennes, les récitatifs sont quand à eux pratiquement absent.

Parfois les explications historiques et scientifiques interrompent le récit et sont accompagné de dessins à valeur de documentaire, cette méthode a été très employé par Tezuka. C’est le cas, par exemple, dans son manga L’histoire des 3 Adolf. Dans cette série en 4 volume, de nombreux chapitres commencent par des explications historiques, n’ayant pas un rapport direct avec le déroulement de l’histoire. Cela permet aux lecteurs de mieux appréhender le contexte dans lequel évoluent les personnages.

Quant aux flash-back, ils se font sous forme de dessins sans éléments verbaux explicatifs.

Par ailleurs, la proportion de cases muettes et plus importante. Soit qu’il n’y ai pas de bulle, comme c’est le cas de la planche extraite de Nausicaä que nous avons vu plus haut. Soit par des bulles remplies de points de suspension traduisant les moment d’hésitation dans les échanges.

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Extrait de Karate shoukoushi kohinata minoru de Baba Yusushi

En revanche, la « bande son » du manga est bien plus riche que celle des bandes dessinées occidentales. Pour les actions bruyantes, les onomatopées peuvent aller jusqu’à dépasser la case dans le sens du mouvement de l’engin/personnage qui les produits.

MasterKeaton.jpg

Extrait de Master Keaton de Urasawa Naoki

Mais la caractéristique du manga est de sonoriser les phénomènes plus discrets tel que la pluie qui tombe, un froissement d’étoffe… éléments qu’un auteur occidental ne songerais pas à sonoriser.

Même certaines actions silencieuses sont sonorisées : les onomatopées viennent souligner des émotions (gêne, surprise, attendrissement…) et remplacent nos signes de ponctuation.

 Tennis no Ouji-sama

Extrait de Prince du tennis de Konomi Takeshi

En effet la langue japonaise est pauvre en signes de ponctuation. En revanche, elle est riche en onomatopées. Celles-ci ne servent pas uniquement à reproduire des bruits, elle donnent naissance à des véritables mots : les giongo (mot imitant un son) et les gitaigo (mot imitant un état). Par exemple l’onomatopée dokidoki reproduit le son des battement du cœur, mais il signifie également être nerveux.

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Biographie :

Thierry Groensteen, L’univers du manga, Casterman, réédition de 1996.

La première version de ce livre est sortie en 1991 à l’occasion du 18ème Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême. Le Japon y était, pour la première fois, l’invité d’honneur. 

 

L’Attrape-livres

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Textes de François Rivière et dessins de Frédéric Rébéna
François Rivière est un journaliste, biographe et écrivain, mais aussi scénariste pour bandes-dessinées. Frédéric Rébéna est illustrateur pour la presse et l’édition. Ensemble ils ont écrit cet album dont la couverture à de suite attiré mon attention.
Grâce à ce « roman graphique », c’est en image qu’on découvre l’histoire de la maison d’édition Robert Laffont, depuis sa création en 1941 à Marseille par le jeune Laffont, alors âgé de 24 ans, jusqu’en 2011.
L’idée est originale et pas dépourvue d’intérêt. C’est une façon amusante d’en apprendre plus sur cette maison d’édition. Le livre ne faisant que 91 pages, on n’entre pas dans les détails. Mais les étapes clé et l’esprit de la maison d’édition y sont. À mon goût, les auteurs ont opté pour la bonne longueur, avec trop de détails, cela aurais pu vite devenir ennuyeux. Alors que là, j’ai tout lu avec plaisir.
J’ai été impressionnée par la couverture de ce livre, et c’est ce qui m’a poussé à m’y intéresser. Pourtant je ne suis pas très sensible au style de Rébéna. En lisant les premières pages j’ai d’ailleurs pensé « c’est mal dessiné… » Très vite je me suis rendue compte que son dessin n’avait que l’apparence d’un dessin peu réussi ou peu travaillé. Ce qui m’a le plus frappé c’est sa capacité à rendre d’un un dessin si simple la personnalité et la caractéristique de chaque personnage, tous étant, à l’exception du poète Arion, des personnes bien réelles.
Bien qu’étonnée par le talent de Rébéna, j’avoue avoir une préférence pour les dessins plus travaillés, plus précis. Mais ce n’est qu’une question de goût personnel. Dans son ensemble, je trouve l’oeuvre très intéressante. Je ne suis pas habituée à ce style d’ouvrage, je trouve qu’il vaut le détour.
Retrouvé L’attrape-livres sur le site de Robert Laffont : link

Parfum de glace – Yôko Ogawa

Parfum-de-Glace.jpg

Yôko Ogawa

小川洋子

Parfum de Glace

Titre original : 凍りついた香り (Karitsuita Kaori)

Éditeur original : Gentosha, Tokyo. 1998

Éditeur français : Acte Sud, 2002

Traduction : Rose-Marie Makino-Fayolle

Résumé :

Quand son compagnon se suicide, Ryoko ne comprend pas. Aucun signe ne laissait présager un tel geste. À la morgue elle rencontre Akira, le jeune frère de Hiroyuki, dont elle ignorait l’existence et qui, quand il parle de son frère, semble évoquer un homme très différent de celui qui partageait sa vie.

Chaque fois qu’Akira évoquait le Hiroyuki que je ne connaissais pas, les battements de mon cœur se précipitaient. Je ne savais pas très bien si j’avais envie de l’entendre ou de me boucher les oreilles. Je finissais par me demander qui, de lui ou de moi, en savait le plus. Et j’avais l’impression que la jalousie que j’avais ressentie à la morgue allait resurgir. Je ne voulais pas être plongée encore plus dans la confusion.

Incapable de faire le deuil de l’homme qu’elle aimait, mais dont elle ignore tout, elle va tenter de le comprendre en reconstruisant son passé.

C’est à partir de quelques phrases énigmatiques, laissé sur une disquette dans le laboratoire de parfumeur où il travaillait qu’elle va commencer son enquête.

« Gouttes d’eau qui tombent d’une fissure entre les rochers. Air froid et humide d’une grotte. »

« Réserve de livres hermétiquement fermée. Poussière dans la lumière. »

Frasil sur un lac à l’aube. »

« Mèche de cheveux d’un défunt formant une légère boucle. »

Vieux velours passé qui a gardé sa douceur. »

Ce voyage dans le passé de Hiroyuki la mènera jusqu’à Prague.   Dans cette ville le réel s’entremêle à l’onirique. Nous ne savons plus ou nous nous trouvons vraiment.

Lorsque je me retournai, il n’y avait personne derrière moi. Sa silhouette qui tout à l’heure encore se trouvait non loin avait inexplicablement disparu. Sans laisser de cliquetis ni de traces de pas.

– Jeniack, Jeniack !

Ma voix, aspirée par les arbres, n’arriva nulle part.

J’avais l’impression d’avoir accompli une erreur irréparable. Mais je ne savais pas très bien où, ni comment cette erreur s’était produite. Je m’étais retrouvée seule devant la serre, comme le vent qui change d’orientation sans que personne s’en aperçoive.

Pour autant, je n’étais pas du tout troublée. Je ne ressentais ni regret ni frayeur. Parce que du fond de la serre venait l’odeur, celle de Source de mémoire.

J’y pénétrai sans hésitation.

Mon avis :

On retrouve cette écriture au point de vue subjectif, où se mélangent des univers dont on à du mal à savoir s’ils sont réels ou pas, dans ses autres roman également.

Personnellement c’est le troisième livre de Yôko Ogawa que je lis. Des trois, Parfum de glace est celui qui m’a le plus touché, sans que je ne sache trop dire pourquoi. Peut-être parce que le sujet entre en résonance avec mes propres émotions ? Quoi qu’il en soit je suis entrée dans l’histoire plus facilement, je me suis plus facilement identifiée à l’héroïne que dans Cristallisation secrète (密やかな結晶 Hisoyaka na kesshō) ou Les Abeilles (ドミトリイ Domitorī) dont le personnage principal et narrateur est également une femme.

Bien que l’histoire de Parfum de glace soit triste, on ne tombe jamais dans le mélodrame, on se fond pas en larme.  L’héroïne dégage une belle force. Pour ne pas sombrer, elle s’accroche aux fantômes du passé, mais elle ne baisse jamais les bras.

Seul reproche que je ferais à ce roman d’Ogawa, comme aux deux autres que j’ai lu, c’est  qu’il nous laisse sur notre faim. Durant tout le roman on cherche à comprendre ce qui a pu pousser Hiroyuki au suicide. Dans cette quête de compréhension, Ryoko nous entraîne à la poursuite d’histoires vieilles de 15 ans et … rien. Soit qu’il n’y ai rien à comprendre, soit que je sois, moi, incapable de comprendre le message du livre, arrivée au terme des 300 pages je n’ai toujours pas de réponse. On ne peut qu’éprouver de la frustration. Mais, n’est-ce pas là, peut-être, le message que nous transmet Yôko Ogawa?

J’ai resenti cette même frustration à la lecture de Cristallisation secrète et Les Abeilles. A la fin du livre, on se sent comme abandonné par l’auteur, avec plus de questions que de réponses, avec l’envie d’en savoir tellement plus…


Quelques mots sur l’auteur :

Yôko Ogawa est né en 1962 à Okayama. Diplômée de l’université de Waseda, elle remporte le Prix Kaien pour sa première nouvelle en 1988 : La Désagrégation du papillon (揚羽蝶が壊れる時 Agehachō ga kowareru toki). En 1991 elle remporte le prestigieux Prix Akutagawa (ce prix est considéré comme l’équivalent du Prix Goncourt en France) pour
la Grossesse (妊娠カレンダー Ninshin karendā). Elle recevra d’autres prix et certaines de ses oeuvres verrons une adaptation au cinéma : L’annulaire, réalisé par Diane Bertrand et La Formule préféré du professeur réalisé par Takashi Koizumi.

Ses  romans et nouvelles ont été traduits dans de nombreuses langues. La traduction française de ses oeuvres est assurée par Rose-Marie Makiko-Fayolle et publiée chez Acte Sud.

Retrouvé tous ses livres traduits en français sur le site de Acte Sud link

Dans le magazine Lire du mois de Mars 2012, André Clavel dans l’article « La Relève, cinq romancières » pour le Dossier Spécial Japon, fait une très belle présentation de Yoko Ogawa :

Yôko Ogawa

Visage de cire, sourire figé, teint blafard, Yôko Ogawa est, à 50 ans, la romancière la plus troublante des lettres japonaises. Il faut se méfier de sa prose lisse et limpide, presque durassienne, car c’est l’enfer qui s’y dissimule, avec son cortège d’égarements et de perversions. Sa devise ? Elle l’emprunte à son maître Kawabata : « Il est plus facile d’entrer dans le monde des démons que dans celui des choses réelles. » Son oeuvre ? Une quinzaine de romans inclassables, qui exhibent les fantasmes de la chair et la perdition des âmes avec une précision hyperréaliste, quasi fétichiste. Sur le théâtre de la cruauté nipponne, Yôko Ogawa met en scène une société sans repères, sans utopies, où le taux de suicide est l’un des plus élevés du monde. Et si elle écrit, c’est pour déposer quelques flocons d’absolu sur cette noirceur morbide qui obstrue tragiquement l’horizon de son époque. « La lumière du silence illumine les mots », dit-elle, comme si l’écriture était une prière balbutiée dans un monde privé de transcendance.

Décrits par une voix monocorde, les personnages de Yôko Ogawa sont toujours saisis au moment où quelque chose se casse en eux. Elle est la calligraphe des fêlures muettes, des brèches physiques et mentales, des dérèglements des sens. Avec cette explication : « Je souhaite révéler à travers mes récits la face cachée de l’homme, la faiblesse et la sauvagerie qui sont en chacun de nous. Je n’ai jamais considéré qu’il existait une morale : le beau et le laid, le bien et le mal, le blanc et le noir ne s’opposent pas, ils se côtoient, s’emmêlent de façon très équivoque. Je m’intéresse à la limite vaine qui est censée les séparer. »

Traduite chez Actes Sud par Rose-Marie Makino-Fayolle, Yôko Ogawa s’est fait connaître en France avec La Piscine, récit d’un enfermement entre les murs d’un orphelinat, et avec Hôtel Iris, un conte cruel où l’on voit une adolescente descendre dans la géhenne sadomasochiste face à un vieillard qui la brutalise et la contraint aux pires déviances sexuelles. Mais autant l’univers de la Japonaise semble détraqué, autant son écriture reste froide et impassible, comme un bloc de glace posé sur un volcan de violences et de folies. Autre obsession, sous la plume de Yôko Ogawa : le monde de la maladie et du handicap, la surdité dans Amours en marge, l’aphasie dans La Mer, la confrontation avec la mort dans Le Musée du silence et dans Une parfaite chambre de malade.

Et avec La Petite Pièce hexagonale, nous replongeons dans cette « inquiétante étrangeté » qui teinte d’effroi tous les récits de Yôko Ogawa : sa narratrice s’accroche à une silhouette fantomatique – une vieille femme rencontrée dans le hall d’une piscine – et elle la suit comme un automate, sans raison, sans but, sans espoir… D’un livre à l’autre, Yôko Ogawa déroute ses lecteurs jusqu’au vertige. En leur offrant sa musique si singulière, une mélodie funeste, obsédante, très japonaise dans sa sobriété meurtrière.

Dernier livre paru Manuscrit zéro (Actes Sud)


Retrouvez toute la littérature japonaise publiée chez Acte Sud : link

Tsugaru Shamisen

En présentant un groupe japonais que j’aime beaucoup, les Yoshida Brothers, j’ai eu envie d’en savoir plus sur le Tsugaru shamisen. C’est quoi au juste? Et quel est la différence avec le shamisen classique? C’est ainsi que j’ai découvert que les autres joueurs de shamisen contemporains que j’apprécie, pratiquent également le tsugaru shamisen.
Je vais donc faire une petite présentation de ce style musical et puis vous parler de quelques uns des artistes connus avec vidéos à l’appui (^_^) J’espère que ça vous intéressera

Le tsugaru shamisen :

Le tsugaru shamisen (津軽三味線) est un style de musique traditionnelle japonaise assez récent. Il peut être joué sur plusieurs types de shamisen qui diffèrent entre eux par la taille de leur manche : le futozao (太棹), le chûzao (中棹) et le hosozao (細棹). Bien que traditionnellement il n’y ai pas eu de préférence entre ces trois types d’instrument dans la pratique du Tsugaru shamisen, aujourd’hui on n’utilise plus que le futozao, instrument avec le plus long manche. Le terme tsugaru shamisen est aujourd’hui communément utilisé pour parler de cet instrument.
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Ce style est originaire de la région de Tsugaru, actuelle préfecture de Aomori (青森県), au nord de Honshû, île principale du Japon. Le Tsugaru shamisen est plus rythmé que le shamisen classique, utilisé par exemple dans le théâtre kabuki.
A l’origine, ce style était joué par des mendiant aveugles qui faisait du porte à porte en jouant devant les demeures jusqu’à recevoir un peu d’argent ou de la nourriture. On appelle cette pratique le kadotsuke (門付け). La légende veux que ce style aie été inventé par un mendiant du nom de  Nitaboh (仁太坊), originaire de la ville de Kanagi, dans le région de Tsugaru. Nitaboh, de son vrai nom Akimoto Nitarô, a vécu de 1857 à 1928. Un film d’animation à été réalisé par Akio Nishizawa en 2004, adaptation de la biographie de Nitaboh écrite par Daijo Kazuo.
Voici un magnifique solo tiré du film. Je ne connais pas le nom de l’interprète :

 

Les pièces traditionnelles de tsugaru shamisen sont composé d’une partie fixe et d’une partie variable improvisé par le musicien, ce qui en fait un style propice aux improvisation, laissant une grande liberté d’expression à l’interprète. Aujourd’hui, le tsugaru shamisen est le style de shamisen le plus populaire au Japon.
Parmi des artistes reconnu pour leur talent, on peut citer Takahashi Chikuzan (高橋竹山) (1910-1998). Chikuzan, né Takahashi Sadazô à Kiminato dans la préfecture d’Aomori, devient aveugle à l’âge de 2 ans. Il sera envoyé chez Toda Jûjirô, musicien de Tsugaru shamisen, afin de devenir son apprenti. Avant la guerre il gagne sa vie en pratiquant le kabotsuke (porte à porte musical). Il se fera remarquer après la guerre et accompagnera le chanteur de musique traditionnel Narita Uchiku. Celui-ci lui donnera son nom d’artiste : Chikuzan. A la suite il jouera en solo, notamment dans un lieu appelé « jan-jan » dans le quartier de Shibuya, à Tokyo. Parmi ses disciples les plus connu, une femme ayant prix le nom de Takahashi Chikuzan II interprété encore aujourd’hui son répertoire. Au côté de Takahashi on peut citer d’autres musiciens tel que Kida Rinshôei (木田林松栄) (1911 – 1979), Shirakawa Gunpachirô (川軍八郎) (1909-1962) ou encore Fukushi Masakatsu (福士政勝) (1913 – 1969). Plus récemment des musiciens comme Yamada Chisato (山田千里) (1931 – 2003) ont contribué à la popularité du Tsugaru shamisen au Japon.

 

C’est avec Takahashi Chikuzan que commence le boom du tsugaru shamisen, ouvrant la vois à de nombreux artistes contemporains. Cette nouvelle vague d’artistes mêle allègrement les rythmes traditionnels du Tsugaru shamisen à la musique contemporaine et électroniques, à l’instar des Yoshida Brothers dont j’ai parlé dans un précédent article.


Quelques musiciens contemporains :
Yoshida Brothers
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groupe formé par les frères Ryoichiro et Kenichi. Pour voir leur vidéo et avoir plus d’infos, voir l’article Yoshida Brothers
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Hiromitsu Agatsuma
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Né à Ibaraki en 1973, il commence à étudier le tsugaru shamisen à 6 ans et reçoit son premier prix à l’âge de 14 ans. Depuis il a collaboré avec des artistes internationaux tel que Herbie Hancock, Marcus Miller…
Avec le pianiste Satoru Shionaya il forme le groupe Aga-Shio, fusion entre tsugaru shamisen et jazz.
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page Myspace du groupe Aga-Shio : link
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Shinichi Kinoshita:
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Né dans la préfecture de Wakayama en 1965 de parents musiciens. Il grandi en écoutant le Min’yo, musique traditionnelle japonaise. A l’âge de 10 ans il commence à étudier le shamisen avec son père, lui-même musicien professionnel. Ce n’est que plus tard, qu’il prendra des distances avec l’enseignement de son père pour s’intéresser au Tsugaru shamisen, dont les rythmes plus soutenus l’attirent. Il élaborera son propre style en collaborant avec des musiciens de divers horizons tel que le guitariste jazz Kazumi Watanabe ou le percussionniste wadaiko Eitetsu Hayashi. En 1993 il fonde un groupe de rock, le Kinoshita Group.
    Au taiko c’est Hiroshi Motofuji
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Keisho Ohno:
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Né dans la préfecture de Niigata, il devient à 6 ans l’apprenti de Takahashi Chikuzei, dissiple direct de Takahashi Chikuzan. Il recevra la reconnaissance de ses maître avant de s’installer à Osaka en 2000. En 2004 il fonde « Keisho Ohno with Tsugaru shamisen Soul », groupe unissant le tsugaru shamisen au synthétiseur, trombone et batterie. Keisho Ohno se produits régulièrement en France avec son groupe.
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La catastrophe de Fukushima vue par Shohei Manabe

Shohei Manabe, mangaka connu pour la série Ushijima, a été, comme beaucoup de ses compatriotes, profondément bouleversé par les événement du 11 mars 2011 qui ont touché son pays. Après le séisme, avec d’autres dessinateurs il se rends à Fukushima pour une séance de dédicace et, en dessinant les portrait des enfants réfugiés, il est impressionné par leur regards. C’est ainsi que né l’idée de créer une courte histoire pour rendre hommage aux victimes. Le scénario prends ces sources dans un voyage qu’il effectue à Fukushima, six mois après le séisme, pour se documenter. Alors que les tokyoïtes semblent très préoccupé par la radioactivité dans les aliments, il ressent chez les gens de Fukushima qu’il rencontre une certaine résignation. De ces constats née Même paysage, histoire à la fois émouvante et très réaliste, au graphisme impeccable.
Shohei Manabe s’intéresse ici à « la vie après le 11 mars », pas aux événements tragiques sur lesquels il ne revient pas. C’est avec beaucoup de justesse que Shohei Manabe nous parle du dilemme qui touche de nombreux habitants de la région de Fukushima : rester ou partir. Dans Même paysage on voit Hiroshi, un jeune homme, retourner sur sa terre natale avec sa fille. Hiroshi a quitté son village juste après la catastrophe avec sa femme et sa fille, pour s’installer à Tokyo. Pour la première fois depuis la catastrophe, il revient rendre visite à sa famille restée sur place.
Kana, éditeur de sa série Ushijima, nous offre l’intégralité de cette histoire traduite en français.
Retrouvez également l’interview du mangaka sur le site de Kana : link

Yoshida Brothers

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Yoshida Brothers (吉田兄弟, Yoshida kyōdai) est le nom d’un groupe de musique japonais que j’aime beaucoup. Il se compose des 2 frères Yoshida, l’aîné, Ryoichiro (良一郎), né en 1977 et Kenichi (健一), né en 1979. Ils sont né à Noboribetsu, Hokkaido, dans le nord du Japon.
Dès l’âge de 5 ans il commencent à étudier le shamisen, du style Tsugaru Shamisen. En 1990 il étudient au près du maître Takashi Sasaki. Puis il s’orientent vers les création de musique contemporaine et font leur début en major en 1999. Leur musique est une fusion entre les son traditionnels, la musique et des rythmes modernes.
Yoshida bro
Discographie :
Albums :
2000 – Move et Ibuki
2002 – Soulful
2003 – Frontiers et Yoshida Brtothers
2004 – Yoshida Brothers II
2006 – Yoshida Brothers III
2007 – Hishou
2008 – Best of Yoshida Brothers
2009 – Prism et Another Side of Yoshida Brothers
Sigles :
2002 – Storm
2005 – Rising
Je suis une bien piètre critique musicale (j’y connais rien) alors laissons place à la musique pour vous faire votre propre idée (^_^)
Rising, Kodo et Storm sont leur morceaux les plus apprécié, si j’en crois un petit sondage qu’il ont lancé il y a quelques temps sur leur mur Facebook :
Quelques autre morceaux intéressants :


Ils collaborent avec plusieurs artistes. Moi, j’aime beaucoup la chanson où il accompagnent de leurs shamisens le groupe Monkey Majik : Change

Et pour finir, les Yoshida brothers dans l’album Nightmare Revisited, Walt Disney records, 2008 :



Leur page Facebook : ils postent régulièrementdes vidéos, mais le plus souvent c’est de la publicité. Un peu trop de pub à mon goût, mais bon…
Retrouvez les aussi sur Youtube et Myspace

Le visiteur du sud : un manhwa peu ordinaire

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Le visiteur du sud – Le journal de Monsieur Oh en Corée du Nord de Oh Yeong Jin publié par  les Éditions Flblb, n’est pas un manhwa comme les autres.

Oh Yeong Jin est technicien du bâtiment d’une entreprise sud coréenne. Un jour son entreprise l’envoie superviser un chantier en Corée du Nord dans le cadre d’un accord de coopération entre les deux gouvernements coréens. Mais Oh Yeong Jin est aussi auteur de bande-dessinée ! A son retour en Corée du Sud, il met en image ses souvenirs du chantier. Cela donne un manhwa au style très caricatural, mettant en scène monsieur Oh en Corée du Nord. Les courts sketch d’une ou deux pages sont regroupé en 2 tomes. Entre les différentes histoires sont insérées quelques infos supplémentaires qui permettent au lecteur de mieux comprendre de quoi il est question. C’est avec beaucoup d’humour que Oh Yeong Jin nous illustre le choc de culture entre les employés du Sud et les ouvriers nord-coréens.

Le dessins est très stylisé. Les personnages ont des visages en forme de demi-lune et les paysages sont simplement esquissé. Les cases sont séparées horizontalement est verticalement par de grossier trait noirs. On est ici dans la caricature pure et dure.

Mon avis :

Je ne peux pas dire que j’ai adoré cet oeuvre, ou que je soit fan du travail de Oh Yeong jin, mais cela tient plus de mes goûts personnels que de la qualité de l’oeuvre. En effet je ne suis pas une adepte des caricatures et j’en lit peu souvent. Néanmoins ce manhwa m’a beaucoup intéressé pour deux raisons. Tout d’abord par son style, très loin du simili-manga au quel l’on réduit souvent, mais à tort, le manhwa. Le visiteur du Sud nous permet de découvrir une autre facette du manhwa coréen peu connue en France. Puis aussi par son contenu, qui bien qu’empreint d’humour, est très instructif quand aux relations des deux Corée et plus encore sur la façon dont les coréens des deux pays se perçoivent les uns les autres.

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Pour en savoir plus retrouvé le visiteur du Sud sur le site des Editions Flblb : link

Prix Asie – ACBD (2008)

La colline aux coquelicots

コクリコ坂から (Kokuriko-zaka kara) est le dernier film des Studios Ghibli. Produits par Toshio Suzuki et réalisé par Gorô Miyazaki en 2011. En France, il est sorti en salle le 11 janvier 2012.

    

 Ce film est adapté d’un manga éponyme de de Chizuru Takahashi (dessin) et Tetsurô Sayama (scénario), paru dans le magazine pour jeune fille Nakoyoshi, de Kodansha, en 1980. A l’époque le manga passe inaperçu et le magazine décide d’en interrompre la publication ce qui oblige ses auteurs à bâcler la conclusion. Mais le manga attire l’attention du jeune Gorô Miyazaki, qui le trouve plus intéressant et profond que la plupart des shôjo de l’époque. Le manga attire également l’attention de Hayao Miyazaki, qui déjà à l’époque réfléchi à la façon de l’adapter en film d’animation. Mais ce ne sera que 30 ans plus tard que le projet d’adaptation se concrétisera. Hayao Miyazaki écrit le scénario, assisté de Keiko Niwa (Les contes de Terremer). Puis il confie la réalisation du film à son fils : Gorô Miyazaki. La colline aux coquelicots est le deuxième film de Gorô, qui avait réalisé Les contes de Terremer en 2006. Le chara desing est de Katsuya Kondô (Kiki la petite sorcière) et la musique de Satoshi Takebe, le générique Sayonara no natsu est interprété par Aoi Teshima. Gorô Miyazaki avait déjà collaboré avec la chanteuse sur la BO de Les contes de Terremer.

    coquelicot[1]

Synopsis :

Umi, jeune lycéenne, vit avec sa petite soeur et son petit frère dans la pension tenue par leur grand-mère. Leur mère est à l’étranger pour son travail et leur père à disparu en mer durant la Guerre de Corée. Chaque jour Umi aide sa grand-mère à la pension. Au lycée elle va faire la rencontre de Shun, président du club de journalisme, et Shirô, président du comité des élèves. Avec eux elle découvrira le Quartier latin, vieille bâtisse de style occidental qui abrite le comité des élèves et de nombreux club.

quartier latin

Shun et Shirô se battent pour empêcher la destruction du vieux bâtiment décidé par la direction de l’école. C’est alors que Umi leur propose de faire le grand ménage et de rénover ce vieux bâtiment. Les trois amis, aidé de nombreux élèves, vont tout faire pour sauver le Quartier latin.

Pendant ce temps les sentiments de Umi et Shun évoluent, mais des éléments troublant du passé de Shun pourrait bien séparer les jeunes amoureux.

Bande-annonce :

La BA est accompagné du le générique Sayonara no natsu.

Mon avis :

Je l’ai attendu longtemps, ce film. Il faut dire qu’il y a les sorties nationales et les cinéma de campagne. Habitant une de ces petites villes de campagne je désespérer de voir enfin le film sortir chez nous. Je commençait sérieusement à douter. Mauvaise langue que j’étais ! Le film est arrivé jusqu’à nous, avec un mois et demi de retard sur la sortie nationale. (-_-)’

Je l’avais tellement attendu, ce film, que je commençait à craindre d’être déçue. Mais il n’en a rien été.

J’ai trouvé se film magnifique. La réalisation est superbe, notamment celle des décors qui sont si beaux que les personnages semblent  caricaturisé. Dès les premières minutes j’étais subjuguée par la beauté des paysages. La vue de la colline ou encore le Quartier latin sont particulièrement réussi. Dans chaque scène le décor est très travaillé, riche en détails, se qui renforce le réalisme de l’histoire. Avec Hayao Miyazaki nous étions habitués à un monde très féerique où l’on côtoie les esprits de la forêt et autres yôkai. Ici nous somme dans une histoire ancrée dans la réalité.

Les personnages sont très attachants et l’animation est excellente. Bien meilleure que celle de Arietty le petit monde des chapardeurs.

Côté scénario, tout est très bien orchestré. Souvent j’ai eu la larme à l’oeil, cependant le film ne tombe jamais dans le mélodrame. Les moments drôles et les scènes émouvantes s’entremêlent harmonieusement. Le contexte historique qui sert de cadre à cette adaptation est également très intéressant. Dans une interview, Gorô Miyazaki déclarait être surpris par la sortie du film en France, persuadé que le publique français ne pourrait pleinement apprécier le film car il ne comprendrait pas le contexte historique. Personnellement je ne me suis aucunement sentie perdue. J’ai certes quelques connaissance de l’histoire du Japon, mais mes connaissances sont très sommaires. Je suis sans doute passé à côté de certaines subtilités. Cependant, sans connaître les détails de la Guerre de Corée, on est sensible aux cicatrices qu’elle à laissé. La guerre est, malheureusement, universelle. L’histoire pourrait très bien se passer ailleurs, elle garderais tout son intérêt, du moins à mes yeux. Par ailleurs cela permet aussi au public français de découvrir des facettes moins connues de l’histoire du Japon.

Les scènes de débat au seins du comité des élèves sont aussi très riches. C’est un des moments que j’ai préféré. Cela donne au film une note bien plus engagé qu’aux précédents films du Studio Ghibli.

Pour conclure, je dirais qu’avec ce deuxième long-métrage, Gorô Miyazaki s’affirme comme réalisateur. La relève au sein des Studio Ghibli est assuré. J’ai hâte de découvrir ses prochains films.

 Shirô

Pour en savoir plus :
  • Interview de Gorô Miyazaki dans Animeland n°177
  • Japan Lifestyle HS3
  • Dossier La colline aux coquelicots de Buta connexion : link

Larmes de princesse – Minako Oba

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Roman de Oba Minako (大庭 みな子)

Titre original : Ôjo no namida (王女の涙)

Publié à Tokyo en 1988

Publié en France aux Éditions du Seuil en 2006

Traduit du japonais par Corinne Atlan.

 

L’auteur : Minako Oba est né en 1930 à Tokyo. Elle étudie la littérature anglaise. Présente sur la scène littéraire japonaise dès 1968, elle représente un certain féminisme japonais et une grande ouverture au monde.

Deux autres de ces romans ont été traduits en français : L’île sans enfants (1995) et La Fleur de l’oubli (2002), également publié aux Éditions du Seuil.

 

Résumé : A la mort de son mari, Keiko revient au Japon, après avoir vécu plus de 20 ans à l’étranger. Revenue pour déposer les cendres de son mari au temple, elle décide de passer quelques mois à Tokyo. Elle choisira de se loger dans une maison traditionnelle au cœur de la ville afin de se sentir vraiment au Japon. Cette maison, accueil une bien étrange communauté, qu’elle observe avec curiosité : la propriétaire, jeune femme célibataire qui vit dans la maison principale avec son vieux père, veuf, ainsi qu’un professeur chinois, un professeur américain et le jeune fils d’une de ses amies d’enfance qui, comme elle, louent des chambres dans les dépendances, et Akira, un jeune adolescent qui traîne toujours dans les parages, fils d’une ancienne résidente. Keiko tentera de comprendre les liens complexes qui unissent toutes ses personnes. Au delà de la trame du roman, ce récit est l’occasion de réflexions sur la complexité de compréhension entre cultures différentes, sur la complexité des relations humaines et des sentiments destructeurs dont ils sont capables.

Mon avis : J’ai beaucoup aimé ce roman, qui se lit très vite. Une fois plongé dans la lecture, on a du mal à s’en extraire. On enchaîne les chapitres sans jamais s’ennuyer, intrigué par l’histoire, riche en personnages très différents les uns des autres, tous vu à travers le regard de l’héroïne, Keiko. Ce qui m’a le plus plu dans ce roman ce sont les réflexions auxquels se livre l’héroïne tout au long du récit. Tout en observant les complexes relations qui relient les différents locataires de la maisons, elle réfléchit aux comportements des êtres humains, mais aussi aux différences culturelles et les difficulté de compréhension. Ayant vécu longtemps à l’étranger, l’héroïne a un pied dans la culture japonaise, dont la récente évolution semble lui échapper, et l’autre dans la culture occidentale, notamment dans la culture américaine, où elle a vécu de longues années. Ce double ancrage culturel lui permet d’avoir du recul et de porter un regard intéressant sur les différences culturelles. L’auteur accorde une attention particulière au langage, à la communication. Les remarques de Keiko, l’héroïne, sur la façon de s’exprimer des japonais sont très intéressantes, surtout quand, comme moi, on tente d’apprendre les rudiments de cette belle langue. A plusieurs reprises elle revient sur la difficulté de communiquer entre japonais, notamment page 72-73 :

Sans qu’elle sût elle-même pourquoi, chaque fois qu’elle avait une conversation avec le professeur Qiû , Keiko parlait d’un ton neutre, comme si elle traduisait, au lieu d’employer ce ton féminin principalement destiné à exprimer des émotions surannées, qu’elle prenait avec Utako par exemple. Et puis, elle avait beau parler japonais avec le professeur chinois, elle ressentait une sorte de facilité, de légèreté à discuter avec lui, qui la faisait penser aux conservations qu’elle pouvait avoir avec les Américains. Peut-être était-ce parce que, partant du principe que chacun ignorait tout de la culture de l’autre, la conversation pouvait se dérouler sans prendre la peine d’échafauder diverses suppositions, comme entre Japonais.

Keiko n’aurais su dire exactement pourquoi, mais ses compatriotes la fatiguaient. Cette obligation toute japonaise de réfléchir en permanence à ce que pensait réellement l’interlocuteur, jointe à l’impossibilité de l’interroger pour avoir des éclaircissements, l’impatientait au plus haut point.

Plus loin elle revient sur cette idée page 164-165:

Cela la fatiguait d’être en compagnie de Japonais, et elle se demandait souvent si elle n’était pas devenue une étrangère elle aussi, à force de vivre ailleurs. En Amérique, elle rêvait avec nostalgie d’un tas de choses de son pays natal mais, à son retour, dès qu’elle avait commencé à y vivre de nouveau, elle s’était vite sentie épuisée.

La cause principale de cette lassitude était la foule qui grouillait partout autour d’elle, ceci ajouté au fait qu’il lui était impossible de savoir ce que ressentaient vraiment les gens avec qui elle était en contact.

La lassitude de Keiko ne vient pas seulement de la façon différente dont on communique au Japon et aux États-Unis mais aussi du fait que ses longues absences du Japon, rendent les évolutions de la société plus frappantes et elle se sent en décalage avec le Japon contemporain comme l’auteur nous le fait remarquer un peu plus loin :

à chacune de ses visites dans son pays natal, Keiko avait l’impression que les choses avaient changé à une vitesse effrayante, mais elle n’avait aucune idée du parcours que suivait cette évolution. Si elle avait été une étrangère – c’est-à-dire si tout lui avait paru intrinsèquement différent d’elle-même -, elle aurait sans doute éprouvé moins d’accablement, mais comme elle ne connaissait ce monde qu’à moitié, elle ne pouvait se débarrasser d’un sentiment de malaise.

Mais les réflexions de Keiko ne se bornent pas au langage et aux différences culturelle. Tout en observant ses voisins elle se remémore également son mari, récemment décédé, et leur vie commune. Elle remet en question la façon dont elle a vécu, s’interroge sur les relations homme-femme, mais aussi mère-enfant. Les observation de Keiko ne sont pas toujours tendre, comme par exemple l’image qu’elle donne des mères (p. 208) :

Il ne faut pas s’approcher d’un mère qui a un enfant en bas âge ; ce sont les plus dangereuses, les plus effrayantes, on ne sait pas de quoi elle sont capables. Une mère, c’est synonyme de stupidité. Si l’on veut voir ce qu’est la stupidité, il suffit de regarder une mère. Mais une fois que l’entourage a compris la vraie nature de cette stupidité, il n’a plus qu’une chose à faire : se retirer, tête baissé. Car la stupidité d’une mère est une chose effrayante. Elle est pareille à celle du corbeau qui s’attaque aux êtres humains, alors qu’il n’est qu’un oiseau.

Par ailleurs, bien qu’écrit en 1988, je trouve que ce roman n’a pas prix une ride. J’ai d’ailleurs été surprise d’apprendre qu’il datait de 1988, je l’aurais cru plus récent. Bien qu’en effet, elle parle de l’évolution rapide du Japon. J’imagine que la société japonaise à bien plus évolué entre les années 60 et les années 80 qu’entre les années 80 et maintenant. Mais pour le reste, le roman reste très actuel et ses réflexions sont toujours intéressantes. Je vous conseille vivement la lecture de ce roman.


Le coin de curieux :

Tout au long du récit les plantes sont énormément présente. Le titre d’ailleurs, « Larmes de princesse » est le nom d’une fleur qui relie Keiko a cette maison, mais aussi à son défunt mari. Par ailleurs le Katsura et l’olivier odorant du Japon reviennent souvent dans le récit. Comme je suis très curieuse je voulais savoir à quoi ressemblaient ces trois plantes dont l’auteur parle tout à long de ce roman.

Je vais partager avec vous mes recherches, je ne suis peut-être pas la seule incorrigible curieuse 

Trouver à quoi ressemble les larmes de princesse n’a pas été chose facile. Merci à MC pour son aide précieuse.

A partir du nom japonais et de la description faite de la plante dans le roman, je dirais que les larmes de princesses sont des Hoya. Probablement l’Hoya carnosa variegata. En français elle portent le nom de Fleur de porcelaine.

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Autres photos : link, link

Quant aux Oliviers odorants et aux katsura, je vous laisse aller voir les pages wikipédia qui leur correspondent :

   Olivier odorant : link

    Katsura : link

Nagasaki – Eric Faye

Petit roman d’Eric Faye, publié par Stock, Nagasaki (2010) est idéal pour un voyage en train.

Inspiré d’un fait divers rapporté par la presse japonaise en mai 2008, ce roman raconte une bien étrange histoire. Shimura-san, célibataire, 56 ans, éprouve une étrange impression, des choses disparaissent de son frigo, des objets ne sont plus à la place exacte ou il les avait posés. Il vérifie scrupuleusement les niveau de jus de fruit, inspecte le contenu de son frigo chaque soir en rentrant du bureau. Il en est persuadé quelqu’un s’introduit chez lui, pourtant aucun objet de valeur n’as disparu. As-t’on déjà vu un frigo hanté ? Il va alors tendre un piège au voleur de yaourt. Quand la police arrive la porte est fermé, aucune fenêtre n’a été forcé. Est-ce un mauvaise plaisanterie? Par acquis de conscience les agents vont forcer la porte et fouiller la maison, apparemment déserte, c’est dans la dernière pièce qu’il découvrent…

Écrit dans un style très dynamique, avec point de vu subjectif. On vit les événement avec les personnages. Une drôle d’aventure que cette histoire là. Très court, il se lit d’une traite. Pas un chef d’oeuvre, mais un bon petit roman et une histoire originale.

Mise en bouche : voici comment commence le roman :

Il faut imaginer un quinquagénaire déçu de l’être si tôt et si fort, domicilié à la lisière de Nagasaki dans un pavillon d’un faubourg aux rues en chute libre. Et voyez ces serpents d’asphalte mou qui rampent vers le haut des monts, jusqu’à ce que toute cette écume urbaine de tôles, toiles, tuiles et je ne sais quoi encore cesse au pied d’une muraille de bambous désordonnés, de guingois. C’est là que j’habite. Qui ? Sans vouloir exagérer, je ne suis pas grand-chose. Je cultive des habitudes de célibataire qui me servent de garde-fou et me permettent de me dire qu’au fond, je ne démérite pas trop.