Archives mensuelles : juin 2013

Le gardien de l’esprit sacré

le gardien de l'esprit sacré

 couverture française illustré par Thomas Ehretsmann

Pratiquement un an après avoir écrit Light novel (en France) je vais enfin publier une première chroniques sur l’un des rares light-novel publié en France. Il s’ajit de Le gardien de l’esprit sacré écrit par Nahoko Uehashi (上橋 菜穂子). Évidemment la version française n’est pas présenté comme un light-novel, mais tout simplement comme roman jeunesse, publié aux éditions Milan en 2011.

Le texte original s’intitule 精霊の守り人 (Seirei no Moribito) et est sorti en 1996. Il est le premier tome de la série 守り人シリーズ  (Moribito shirîzu), Guardian series en anglais, série de 12 romans auquel on peut ajouter un guide et un livre de recettes. Seule le premier, Serei no Moribito, a déjà été traduit en français. On trouve une traduction anglaise des deux premiers romans sous les titres Moribito : Guardian of the Spirit et Moribito II : Guardian of Darkness.

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Couverture japonaise

Résumé :

Balsa, une femme guerrière, spécialiste de la lance courte, travaille comme garde du corps. Un jour, de passage dans la capitale du Nouveau Royaume de Yogo, elle sauve la vie du deuxième prince. Cet acte désintéressé va bouleverser sa vie. Le soir même, la deuxième reine va lui confier la vie du jeune prince qui est possédé par un esprit. Balsa va devoir protéger le prince des assassins du Mikado, mais une autre créature menace la vie du prince…

Mon avis :

Il y a quelques années j’ai vu l’anime adapté de ce roman. Lire un livre dont on connais déjà l’intrigue peut se révéler ennuyeux. Et pourtant, je me suis facilement laisser entraîner dans l’univers du Gardien de l’esprit sacré, recréant dans mon esprit des images bien différentes de celles que propose l’anime. Nahoko Uehashi sait très bien construire son univers, alternant action et contextualisation de façon a ne jamais ennuyer le lecteur, tout on offrant une vision claire et construite du monde dans lequel évoluent les personnages.

L’aventure mêle fantastique et combat, le tout dans un univers directement inspiré de la Chine et du Japon ancien. Les personnages sont intéressants et attachants.

En introduction je disais que le roman s’intègre dans une série, cependant, l’histoire a un début et une fin, il peut donc se suffire à lui-même. Ceci dit, j’ai aimé Balsa, le personnage principal, la femme guerrière, et j’aimerais la retrouver dans de nouvelles aventures, en apprendre plus sur elle. Je crois bien que je me laisserais prochainement tenter par l’édition anglaise du deuxième tome.

Quant à la qualité du livre, il est écrit de façon simple et fluide. Il se lit très facilement. Quant à la traduction, une seule maladresse m’a vraiment fait tiquer :

– … et enfin, un point vital très important pour toi, spécifique aux hommes de sexe masculin. […] p.86

Heu… les hommes de sexe féminin, moi je connais pas !

Le Gardian de l’esprit sacré est un light-novel, le propre de ce genre littéraire est de proposer des textes écrit dans un style simple, privilégiant les phrases courtes et les dialogues, critères que l’on retrouve dans notre roman jeunesse. Ceci dit, les édition Milan le classent dans leur roman pour les 7-11 ans. Si moi j’ai trouvé la lecture très rapide et facile, j’ai bien peur qu’un enfant de 7 ans n’y comprenne pas grand chose. J’aurais plutôt dis à partir de 10 ans.

Que l’on soit jeune ou pas, ce livre fera passer un bon moment à tous ceux qui aiment les histoires fantastiques et les ambiances extrême-orient. Pour moi, il a été un excellant compagnon de voyage donnant de jolies couleurs aux trajets « maison-travail ».

      site officiel

Le royaume de Shin-Yogo :

Le royaume de Shin-Yogo s’inspire de la Chine et du Japon anciens. A sa tête se trouve le Mikado : l’empereur, considéré comme une divinité sur terre. Tel était le cas de l’empereur japonais (aussi appelé Mikado), mais aussi de l’empereur chinois.

Les mikado du royaume de Shin-Yogo étaient considérés comme étant d’ascendance divine et avaient trois épouses. La première à donner un héritier mâle au Mikado devenait ipso facto la première épouse. La suivante à mettre au monde un garçon était la deuxième épouse et la dernière la troisième épouse. p.14

A côté de l’empereur, on trouve le Seidôshi, « Grand Maître de la Voie des Astres » qui est celui qui tire véritablement les ficelles et dirige la politique du royaume. Il dirige le palais des étoile où les « liseurs d’étoiles » sont capables de prédire l’avenir. Son influence sur le Mikado est très grande.

Seidôshi, « Grand Maître de la Voie des Astres », était le titre officiel du supérieur des liseurs d’étoiles. Il n’y en avait qu’un et aucune autre personne dans tout le royaume n’inspirait autant de respect, hormis le Mikado et son entourage immédiat, bien entendu. Et encore. Celui qui portait ce titre était considéré comme le plus sage parmi les sages du pays, et jouissait d’un tel pouvoir qu’il pouvait influencer jusqu’aux volontés du souverain. p 36

Si les « liseurs d’étoiles » ont pu me faire penser aux maîtres du Yin et Yang (onmyôji) du Japon antique, j’ignore si leur influence sur la politique était comparable à celle du Seidôshi du Nouveau Royaume de Yogo.

Shin-Yogo, une péninsule au nord de Yogo.

Le Nouveau Royaume de Yogo a pour territoire la vaste péninsule de Nayolo, prolongée au nord par la chaîne des Monts des Brumes bleues, et entourée au sud, à l’est et à l’ouest par l’Océan. p.36

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source : site officiel

Il y a deux cent ans, le puissant royaume de Yogo était en proie à une « lutte sanglante » entre les princes héritiers. Le troisième prince, Yogo Togugaru, abdiqua de son titre de prince et se retira. Kaïnan Nanaï, liseur d’étoile, se présenta à lui affirmant qu’une prophétie lui avait révélé que le destin du prince était de fonder un nouveau royaume dans une péninsule au nord. (pp.36-42)

La péninsule de Nayolo m’a fait penser à la Corée. Tout d’abord parce que c’est une péninsule et qu’elle est protégé au nord par une chaîne montagneuse, puis parce que, de longue date, le Japon a cherché (et parfois réussi) à soumettre la Corée. Cependant la Corée est situé à l’est du Japon et non au nord.

Par ailleurs le peuple autochtone, les Yakoo, me fait penser aux Aïnous qui peuplent le nord du Japon et notamment l’île d’Hokkaidô.

Avant la fondation du Nouveau Royaume de Yogo, cette terre était habitée par un peuple nommé Yakoo, au menton carré et à la peau sombre. Les Yakoo vivaient dans de petits hameaux disséminés dans les plaines aux climat doux de la péninsule. Ils étaient des cultivateurs et des chasseurs. (pp.36-37)

Ceci dit, le climat doux de Nayolo ne correspond pas vraiment avec celui d’Hokkaidô, réputée pour ses hivers rigoureux.

Pourtant les nombreuses réflexions à propos des Yakoo, me font penser à la situation du peuple Aïnou au Japon. Tanda, aprenti chaman et ami de Balsa, se questionne à de nombreuses reprise au sujet de l’intégration des Yakoo dans la société Yogo dominante (et colonisatrice).

Et puis tu dis « un autre Yakoo », mais de nos jours, les Yakoo, comme les autres peuples, sont très largement métissés, comme moi. (p.115)

Le village de Yoshiro où Tanda allait bientôt arriver était un petit bourg en amont de la rivière de l’Arc bleu. […] Les habitants étaient dans leur majorité des métis de Yakoo et de Yogo, et vivaient dans des huttes de boue séchée en forme de bol renversés, l’architecture traditionnelle des Yakoo. En revanche, ils avaient depuis longtemps adopté les vêtements des paysans yogo […]Ils parlaient exclusivement yogo[…]. (p 142)

Son visage n’avait rien d’une Yakoo. Si elle partait vivre en ville un jour, personne ne pourrait deviner qu’elle avait du sang yakoo.

« Voilà comment les choses évoluent, pensa Tanda. Les Yakoo vont-ils totalement disparaître de la surface de la Terre? » (p.144)

Décidément, les Yakoo étaient en train de perdre les savoirs que leurs anciens s’étaient transmis durant des siècles. Pour Tanda ce n’était pas une découverte, mais en avoir la confirmation de façon si franche le rendait triste. (p.147)

Ces réflexions sur la disparition des tradition du peuple aborigène, ne peut que faire penser à l’acculturation, voir l’assimilation du peuple Aïnou au Japon. Au fils des métissages avec le peuple nippon, les Aïnou ont vu leur culture s’effacer et ce n’est que très récemment que les autorité japonaises ont pris à cœur de protéger la culture et les tradition de ce peuple autochtone. Je me demande si les réflexion que Nahoko Uehashi prête à Tanda sur l’acculturation des Yakoo ne sont pas là pour faire réfléchir les lecteurs nippons sur le sort des minorité culturelles de leur propre pays. Et d’une façon générale de nous faire tous réfléchir sur les processus d’acculturation et de sauvegarde des différences culturelles au sain d’un pays.

Quand aux traditions Yakoo, je serait bien incapable de dire si elles ont, de près ou de loin, quelque chose à voir avec les croyances Aïnou.

De même, si la civilisation Yogo rappelle énormément le Japon de Heian, l’auteur crée un univers à part. Le royaume de Shin-Yogo a sa propre histoire, ses croyances, sa culture… Nahoko Uehashi a su créer un univers convaincant dans lequel s’intègre parfaitement cette aventure de « Balsa à la courte lance ».

L’anime :

Le gardien de l’esprit sacré a été adapté en anime en 2007 par les studios Production I.G. Série télévisé de 26 épisodes de 25 minutes.

Réalisation : Kamiyama Kenji

Chara design : Asou Gatou

Musique : Kawai Kenji

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 site officiel

Je garde un très bon souvenir de cet anime qui m’avait séduit autant par son scénario que par la réalisation. Mais je l’ai vu il y a trop longtemps pour pouvoir en dire plus. Le livre m’a donné envie de la revoir. En attendant de pouvoir lire ici un avis construit sur la série, je vous invite à lire ce qu’en pense a-yin.

Le coin des curieux :

Hein ?! Encore des choses à dire ?! Ben oui, une fois que je suis lancée, on me retiens plus XD

Bon ,allez, je vais faire court.

Serei no moribito a aussi connu une adaptation en manga par Kamui Fujiwara en 2008, pré-publié dans Shounen Gangan. La série fait 3 volumes, elle n’est pas licencié en France.

Nahoko Uehashi est aussi l’auteur de La charmeuse de bêtes, autre light-novel publié en français par les éditions Milan.

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Le théâtre Nô – Atsumori

Troisième et dernière partie de la triologie consacré au Théâtre Nô

Le théâtre Nô – une introduction

Le Théâtre Nô – Zeami

Atsumori

La pièce Atsumori est un shuramono, un nō d’apparition où le personnage principale est un guerrier mort au combat et prisonnier de la Voie des Ashura. CetteVoie de réincarnation, où l’esprit reste prisonnier de ses regrets, rancunes et douleurs, était considérée comme une sorte d’“enfer” des guerriers.

Dans ce genre de pièces, la confrontation entre shite et waki a lieu sur deux plan différents : celui du passé, quand le protagoniste a perdu la vie, et celui présent de la conscience, où les personnages doivent se réconcilier et venir au bout de leur souffrance pour atteindre enfin la délivrance.

Le répertoire classique compte au moins 16 pièces de ce type.

Atsumori présente la structure typique du mugen-nō, c’est à dire deux actes séparé par un kyōgen ou entracte. L’épisode dont il est question est un anecdote de la Guerre de Genpei, plus précisément c’est un des événements liés à la célèbre bataille de Ichi-no-tani.

La Bataille de Ichi-no-tani, mars 1184, est un des épisodes marquants de la guerre Taira et Minamoto. Les Taira, après plusieurs revers et la perte de Kyōto, s’étaient retirés dans leur forteresse sur la baie de Suma. L’arrière de la forteresse était protégé par une suite de trois vallons (San-no-tani, Ni-no-tani, Ichi-no-tani) aux ravins escarpés, jugés infranchissables pour des chevaliers armés. De l’autre coté, on trouvait des forets et la fleuve Ikuta. Enfin, la mer était contrôlé par la flotte Taira, qui tanguait dans la baie. De plus, le chef de clan de l’époque, Taira no Munemori (1147-1185), fils du Religieux Ministre Taira no Kiyomori (1118-1181), avait placé, semble-t-il, 7000 hommes pour garder les avant-postes de Harima et Mikusa.

Cette force fut rapidement vaincue par Minamoto no Yoshitsune (1159-1189), qui poursuivit jusqu’aux ravins de Ichi-no-tani avec un groupe choisi de combattants, alors que le reste de l’armé conduisait une attaque de diversion contre l’entrée principale de la forteresse. Contre toute attente, Yoshitsune arriva à descendre la pente escarpé et attaquer les Taira. Son succès fut immédiat.

En déroute, l’armée des Taira se retira dans le désordre vers les navires. Parmi les morts, il y eut le dernier fils du conseiller maître des bâtiments impériaux Tsunemori, Taira no Atsumori (1168-1184). Celui-ci, âgé de seize ans, encore sans fonction (il est appelé mukan tayu, titre donné aux jeunes gens qui par naissance avaient droit au cinquième rang de court mais qui ne l’avaient pas encore reçu), fut tué sur la plage par Kumagai no Jirō Naozane (1141-1208) de la province de Musashi.

Kumagai était un guerrier vassal du clan Taira avant de changer de coté. Il abandonna les Minamoto aussi, suite à un différend sur l’attribution de terre en récompense. Il devint disciple de Hōnen (fondateur de la Jōdō-shū, courant amidiste du Bouddhisme) et il se fit moine avec le nom de Rensei. Historiquement, il se rasa le crane en 1192 et se retira au
Kurodani-dera.

La mort tragique du jeune guerrier flûtiste devint tout suite une histoire très populaire et source de nombreuses œuvres. Elle apparaît dans le livre IX du Dit des Heiké, qui, relatant trois autres batailles célèbres de la guerre, inspira au moins huit pièces du répertoire classique.

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Ando Hiroshige – Kumagai Noazane tuant Taira-no-Atsumori (~1840)

Dans ce texte, Kumagai aperçoit Atsumori alors qu’il a poussé son cheval dans l’eau dans le tentative désespéré de rejoindre les bateaux. L’ayant pris pour un général, il le rappelle. Relevant le défi, le jeune homme rebrousse le chemin, mais est rapidement vaincu. Au moment de le tuer, Kumagai se rends compte de sa jeunesse. Atsumori a le même âge que le fils de Kumagai, blessé peu avant dans la même journée.

Sachant la douleur d’un parent lorsque son enfant est touché, Kumagai est pris de pitié pour le père de Atsumori aussi bien que pour le jeune homme. Il est sur le point de le laisser partir, mais, à l’arrivée d’une autre bande alliée aux Minamoto, il se rends compte que le garçon n’a désormais aucune chance d’échapper à ses ennemis. Avant de le tuer, il cherche à le consoler en lui assurant qu’il priera pour son salut. Atsumori lui-même le presse à agir avant que quelqu’un d’autre ne le fasse. Kumagai lui tranche à contrecœur la tête, les yeux pleins de larmes.

L’épisode du Dit des Heiké est assez succinct, mais dans la recension de Nagato, livre XVI, il est ajouté qu’on trouva sur le cadavre de Atsumori une flûte et un poème naga-uta. Kumagai reconnaît alors en lui le flûtiste qui avait joué le soir précédent : les notes pures de l’instrument étaient arrivés jusqu’au campement des Minamoto, près du fleuve Ikuta. Dans la poésie, après une célébration des saisons, Atsumori avait écrit que son corps aurait reposé à Ichi-no-tani. Il avait, parait-il, pressenti sa mort.

Le Genpei seisuiki, autre source d’inspiration du drame de Zeami, accorde plus de temps à cet épisode. Dans cette version, Kumgai est touché non seulement par le jeune âge de sa victime, mais aussi par sa grande beauté. Un symbole de l’impermanence fragile de ce monde de poussière ? Dans cette version aussi, Kumagai est tenté de le laisser partir, mais il se rends compte qu’il ne peut pas entraver par intérêt personnel une guerre commune. Ayant assuré au jeune homme qu’il priera pour son salut, il lui tranche la tête.

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Masque d’Atsumori (période Edo)

Le drame de Zeami a lieu huit ans après la bataille. Kumagai, maintenant Rensei, hanté par le sens de culpabilité, retourne sur le lieux des faits afin de prier pour l’âme de Atsumori.

Rensei entre en scène en costume de moine et il procède au nanori. Il lève donc ses mains face au visage (dappai, geste qui clôt le nanori du waki).

Suit le michiyuki, où Rensei retrace son périple et explique le lieu et la situation. Il entend ensuite le son d’une flûte (qui annonce l’arrivé du maejite Atsumori) et il va s’asseoir près du wakihashira.

Deux jeunes faucheurs (maejite et tsure) s’approchent. Un d’eux, le maejite, déplore sa misère et sa solitude, étant contraint à demeurer près de cette plage désolée.
On peut déjà comprendre qu’il ne s’agit pas de la lamentation d’un être humain, mais d’un esprit égarée.

問はばこそ 独り侘ぶとも答へまし

Si on me le demande, je répondrai que, seul, je me morfonds dans le regret.

須磨の浦 藻塩誰とも知られなば

藻塩誰とも知られなば

Sur la plage de Suma, les algues salées, si quelqu’un savait,

les algues salées, si quelqu’un savait [mon nom],

我にも友のあるべきに

J’aurais sans doutes des compagnons,

余りになれば侘人の

Mais réduit à cette misère,

親しきだにも疎くして

Même mes proches se sont éloignés de moi.

住めばとばかり思ふにぞ

Ma seule pensée, c’est qu’ici je vais demeurer,

憂きに任せて過ごすなり

憂きに任せて過ごすなり

Et je vis laissé à mon malheur,

Et je vis laissé à mon malheur.

Il s’en suite un dialogue entre Rensei et les deux faucheurs, où on fait un éloge de la flûte, l’instrument de prédilection de Atsumori. Enfin, le tsure rebrousse le chemin et le maejite pose son bambou empli d’herbes, prends son éventail et retourne sur la scène. Dans le dialogue avec le moine qui suit, on entend la voix du fantôme par la bouche du faucheur. À la demande de Rensei sur pourquoi il est revenu au lieu de rentrer avec l’autre faucheur, il répond:

何の故とか夕波の 声を力に来りたり 十念授けおはしませ

Pourquoi demandez-vous, parmi les vagues du soir ? Je suis venu écouter une voix qui réconforte, veuillez prononcer les dix prières.

Les dix prières dont il est question sont les invocations au Bouddha Amida.

Le shite dit être un parent de Atsumori et prie Amida avec le waki avant de partir. C’est la fin du premier acte.

S’ensuit un entracte avec un dialogue entre le waki et le ai (un habitant du lieu), où on raconte l’histoire de la mort de Atsumori et Rensei réaffirme sa décision de prier pour la délivrance du jeune guerrier. Après avoir résume l’histoire et la situation du drame, le ai quitte la scène. On a l’impression que le but de cet entracte est de résumer l’histoire et reprendre les rênes de la narration.

Au début du deuxième acte, alors que Rensei s’apprête à reprendre ses prières, Atsumori réapparaît sous sa vrai forme. L’acteur porte un masque de jeune homme de seize ans (jūroku), les cheveux détachés, la tenue de combat (avec le bras droit dégagé pour que la manche n’entrave pas la corde de l’arc) et un éventail à la man.

Le fantôme de Atsumori

 

淡路島 通ふ千鳥の声

聞けば ねざめも須磨の

関守は誰そ

Qui, comme les gardiens de la Barrière de Suma, est éveillé d’innombrables nuits par les cris des pluviers qui vont et viennent de l’Ile de Awaji1 ?

いかに蓮生 敦盛こそ参りて候

Alors, Rensei! Atsumori est venu te voir!

Rensei croit s’être endormi, mais le fantôme est bien réel.

何しに夢にてあるべきぞ

Pourquoi serais-je un rêve?

現の因果を晴さん為に

これまで現れ来りたり

Je me suis manifesté ici

Pour pouvoir purifier le karma de cette vie2.

 Aussitôt, Rensei commence à prier pour le salut de Atsumori. La prière apaise l’esprit, qui unit sa voix à celle du moine.

Shite: 深き罪をも弔ひ浮かめ

Shite: Fut-il profond, le pêché est réparé et enlevé

Waki: 身は成仏の得脱の縁

Waki: Il est destin que cet être soit délivré et devienne Bouddha

Shite: これ又他生の功力なれば

Shite: Grâce aux mérites d’une vie précédente

Waki: 日頃は敵

Waki: Un jour nous fûmes ennemis

Shite: 今は又

Shite: Mais maintenant

Waki: 真に法の

Waki: Par la Foi en la Loi

Shite: 友なりけり

Shite: Nous sommes devenus amis.

Le chœur rappelle comme les Taira, au sommet de leur gloire, ont oublié la vérité inéluctable, c’est à dire que tout chose est éphémère. Ils ont été superbes et leur sort est pitoyable.

On raconte la chute du clan jadis puissant, sa fuite à Suma, sa disgrâce. On rappelle aussi le soir précèdent l’attaque final mené par Minamoto no Yoshitsune. Le père de Atsumori avait tenu une fête, pendant laquelle le jeune guerrier avait joué sa flûte, dont le son été arrivé jusqu’aux alliés des Minamoto, parmi lesquelles se trouvait Rensei.

En même temps, le shite exécute une danse (kuse-mai). Le fantôme semble revivre le dernier soir de sa vie.

On raconte ensuite la fuite des Taira et la mort de Atsumori. Le karma des vies précédentes a provoqué sa rencontre tragique avec Kumagai, ce même karma qui les réunit huit ans après pour qu’ils puissent se réconcilier. Devant son assassin, le shite tire son sabre, mais le waki, par ses prières, apaise l’esprit et le libère de son ressentiment et de ses souffrances.

Ainsi, à travers la foi, Atsumori et Rensei, qui étaient emprisonnés chacun dans leur propre douleur, arrivent à se réconcilier et se délivrer. Le chœur nous dit qu’il renaîtront ensemble dans le Paradis de Amida.

敵はこれぞと討たんとするに 仇をば恩にて 法事の念仏して弔はるれば 終には共 に生まるべき

Au lieu de vouloir le mal de son ennemi, il a récité le nenbutsu pour son bien, et pour cela nous renaîtront sans doute ensembles,

同じ蓮の蓮生法師 敵にてはなかりけり Sur la meme fleur de lotus [dans le Paradis de Amida] [Atsumori] et le moine Rensei, non plus ennemis.
跡弔ひて賜び給へ

跡とむらいて賜び給へVeuillez prier pour moi,

Veuillez prier pour moi.

Le drame se termine dans une catharsis empreinte d’amidisme. Beauté, jeunesse ou gloire ne sont que des illusions, elles ne peuvent provoquer que de la souffrance. L’existence des deux personnages, Atsumori et Kumagai, a été marquée par un acte de violence. Victime et bourreau sont, chacun à sa façon, condamnés à un enfer similaire.

Cependant, la grâce d’Amida renverse la situation. Ayant entrepris le bon chemin de la foi, Kumagai est capable de revenir sur les faits et, en portant secours à l’homme qu’il a tué, il est lui-même libéré.

Le bodhisattva Amida a fait veux de sauver tous les êtres. Ainsi, la foi dans sa miséricorde est l’élément de catharsis de ce drame. Le karma, aussi mauvais soit-il, peut, grâce à celle-ci, être résolu. De plus, la miséricorde d’Amida peut prendre les formes les plus inattendues. Ainsi, on pourrait dire que, s’il n’avait pas été marqué par cet épisode tragique, Kumagai n’aurait probablement pas entrepris le chemin de la délivrance. En ayant foi en Amida, la disgrâce plus terrible peut ainsi être tournée en moyen de salut.

En lisant ce drame, on ne peut qu’être touchés par le lien tragique que ces deux personnages partagent. La beauté et le contenu des échanges en font une histoire de rédemption et délivrance universelle.


1On fait référence ici au poème de Minamoto no Kanemasa (?-1112):

淡路島

かよふ千鳥の

鳴く声に

幾夜ねざめぬ

須磨の関守

Les cris des pluviers

qui vont et viennent

de l’Ile de Awaji

on réveillé d’innombrables nuits

les gardiens de la Barrière de Suma.

2Dans la transcription en japonais moderne de Atsumori, la phrase est développée ainsi: « à cause des pêchés commis dans
ce monde, je souffre même après la morte. C’est pour purifier ceux-ci que je me suis manifesté ».

Article rédigé par Tenger et mis en forme par Bidib

L’enfant cachée

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Marc Lizano

Loïc Dauvillier

Greg Salsedo

Editions Le Lombard

C’est l’histoire de Dounia Choen, petite fille juive qui échappera à la rafle du Vel d’Hiv grâce à la bienveillance de ses voisins et aux réseaux de solidarités qui lui permettront de quitter Paris et vivre à la campagne sous le nom de Simone. Devenue grand-mère, Dounia va raconter son histoire à Elsa, sa petite-fille, un soir au coin du feu.

« C’était il y a longtemps. Mamie était encore une petite fille. Je devais avoir ton âge. »

« alors… toi aussi, tu voulais des chaussures roses? »

« pas vraiment, ma puce »

Cette BD s’adresse aux enfants du primaire et raconte l’histoire de la discrimination puis de la déportation des juifs avec simplicité et sans jamais tomber dans le morbide ou le dérangeant pour ne pas choquer le jeune lecteur. Et cela serais d’ailleurs parfaitement inutile. Ici l’accent est mis sur la cruauté de la discrimination mais aussi sur sa bêtise, le tout vu par les yeux d’enfant. Ceux de Dounia qui ne comprend pas pourquoi subitement la maîtresse lui demande de s’asseoir au fond de la classe. Et ceux d’Elsa qui ne comprends pas pourquoi sa grand-mère était traité de la sorte.

« Oui mais alors, pourquoi à l’école ils ont été méchants? Il n’aimaient vraiment pas les juifs? »

« Je ne sais pas… Enfin, je ne pense pas. Je crois plutôt qu’il ne savaient pas ce qu’ils faisaient. Nous n’étions que des enfants »

« Et la maîtresse ? C’était une grande ! »

Mais plus encore que sur le malheur vécu par les juifs à l’époque, cette BD s’attarde sur ce qui a permis de sauver Dounia : la solidarité et la résistance d’hommes et femmes courageux qui ont pris des risques pour sauver ces enfants. Et c’est là qui réside la beauté de cette bande-dessinée. Elle nous raconte une histoire terrible mais aussi l’espoir, le courage, la solidarité. Elle nous dit, ou plutôt elle dit à nos jeunes enfants qu’il ne tient qu’à nous et à eux de faire en sorte que cette terrible histoire ne se répète pas, d’abolir les discrimination.

En tant qu’adulte, je n’ai pas trouvé cette histoire captivante mais je trouve qu’elle est un bon outil pédagogique. Elle sait trouver les mots pour expliques une sobre page de notre histoire aux plus jeunes. Un côté pédagogique que j’ai regretté ne pas trouver dans L’Envolée sauvage, qui pourtant offre un récit plus captivant et des personnages plus intéressant. Ce dernier s’adresse à un public plus âgé capable d’intégrer des références historiques qui lui font défaut.

ça vous intéresse ? Vous pouvez également lire ce qu’en pensent Mo’, Yvan, Choco, Herisson et Jérôme

Petit panier de manga # 4

Le panier de manga a vu sa formule changer à l’occasion de la Semaine Shôjo. Ayant aimé cette dernière formule mêlant nouveauté et vieilleries, j’ai décidé de la pérenniser.

Bonne lecture !


Akihabara@deep – T1 :

 On commence ce panier avec une séries stoppée, sortie chez 12bis en 2008.

Résumé :

Akihabara@deep, une petite société informatique, se lance dans une cyber-war contre une grande entreprise de haute technologie. La guerre qui fait trembler le quartier d’Akihabara, cette guerre économique du futur, vient d’être déclarée !

(quatrième de couverture)

Mon avis :

Heu… comment dire ça poliment… Le dessin est… horrible, je ne trouve décidément pas d’autres mots. C’est super mal dessiné, le dessinateur n’a aucun talent, ou alors c’est un débutant.
En tout cas il ferais bien de prendre (ou reprendre) quelques cours de dessins. Les proportions ne sont pas respectées, les planches sont très inégales, les visages inexpressifs… bref il y a rien, mais alors rien du tout à en tirer. Les couvertures étaient pourtant pas trop mal réussies et assez intrigante. Seuls s’en sortent les paysages urbains très bien fait, mais, malheureusement très rares.

L’histoire ? Elle est à la hauteur du dessin : sans intérêt. Nous sommes à Akihabara, le quartier des otaku et les personnages principaux sont une bande d’otaku plus ou moins hikikomori. Cela aurais pu être un sujet intéressant mais… non ! Ou alors c’est qu’il faut faire parti de se monde là pour s’identifier et trouver un quelconque intérêt à cet histoire… Pour ma part je pense seulement que le scénariste est aussi mauvais que le dessinateur (oui parce qu’il s’y sont mis à deux pour nous sortir ça).

On comprends aisément pour la série aie été stoppé, ce qu’en revanche j’ai plus de mal à comprendre c’est pourquoi elle a été publiée. Qu’un manga de ce genre sorte au Japon ou la production manga est faramineuse, soit, mais ce titre ne mérite absolument pas qu’on se donne la peine de le traduire.

J’ai le tome 2 mais déjà pour terminer le premier j’ai du me forcer…

Par curiosité, je viens de jeter un œil à aux notes qu’on attribue à ce tome sur Manga News. Et ben, je suis carrément surprise ! La rédaction lui attribue un 18/20 ! Les lecteurs, plus lucides, donnent une moins bonne note, mais il n’y en a qu’une de mauvaise : celle que je viens de lui attribuer.
Manga news nous parle même de manga « philosophique », j’ai pas du assister au mêmes cours de philo…

 Akihabara@Deep

Titre VO : アキハバラ@DEEP

Dessin : Akane Makoto

Scénario : Ishida Ira

2006

Type : seinen

Genre : tranche de vie

Éditeur VO : Shinchôsha

Éditeur VF : 12bis

Nombre de volumes : 6/6 terminé (commercialisation stoppée)


Kids on the slope – T1 :

Après cette déception qui ne valais même pas les 2€ investi, je me suis réconcilié avec les manga grâce au premier tome de Kids on the slope, josei de Yuki Kodama, dont j’avais adoré la version animée sortie l’année dernière. J’ai hésité, non pas à cause du scénario puisque je l’aime déjà, mais justement de peur de m’ennuyer en lisant une histoire que je connais déjà. Mais la critique qu’en a fait Choco sur Le Grenier à livre à fini de me convaincre.

 Résumé :

À la fin des années soixante, alors que le Japon occupé fait face à de grands changements sociaux, la musique venue des États-Unis va faire naître, entre deux adolescents que tout oppose, une amitié complexe. Kaoru vient tout juste d’emménager en ville. D’un naturel solitaire et studieux, il n’a pas pour habitude de se mêler à ses camarades de classe. Et pourtant, sa rencontre avec le bagarreur Sentarô va radicalement changer sa vie…

La chronique d’une jeunesse bercée par le jazz des 60’s.

 (Quatrième de couverture)

 Mon avis :

Ce premier tome m’a convaincu et voilà une série de plus que j’ajoute aux séries à suivre (ça commence à faire un peu trop pour mon porte-feuille, va falloir choisir).

J’y ai retrouvé avec plaisir les personnages de la série qui est d’ailleurs très fidèle au manga. Je n’ai donc rien appris de nouveau sur eux mais c’est agréable à lire.

Le premier tome se concentre surtout sur la rencontre et les débuts d’amitié qui se lie entre Kaoru et Sentarô, qui commence d’ailleurs d’une façon assez ambiguë. Quant à Ritsuko, la jeune fille modèle et troisième membre du groupe d’amis, elle est moins consistante, à l’image peut-être de se que doit être une jeune filles convenable dans le Japon des années 60. Si on sent qu’elle n’est pas comme toutes les jeunes filles du lycée, elle reste discrète.

Un mot sur le dessin, simple mais séduisant par son originalité.

Une bonne série et qui plus est à un pris très abordable (ce qui va faire peser la balance en sa faveur au moment du choix fatidique du passage en caisse)

 Kids on the slope

Titre VO : 坂道のアポロン

Auteur : Yuki Kodama

2007

Type : Josei

Genre : Romance, Tranche de vie, Historique

Éditeur VF : Kazé Manga (collection Kazé-Sojo)

Éditeur VO : Shôgakukan

Nombre de volumes : 1/9 (terminé au Japon)

     Extrait en ligne


Zéro – Histoires courtes de Kei Toume Volume 1 :

J’ai d’abord lu le deuxième volume de ce recueil d’histoires courtes : Déviances. Ce dernier m’avait plus, j’ai donc décidé de m’acheter le premier volume. Et j’ai enfin pris le temps de le lire.

 Résumé :

Mao est une adolescente au passé trouble et mystérieux. En effet, mêlée à une sombre histoire d’agression à l’arme blanche, elle a été contrainte de changer de lycée. Dans son nouvel établissement, la jeune fille se retrouve rapidement isolée : en plus des rumeurs qui courent sur son compte, son allure étrange effraie les autres élèves. Après une période d’adaptation, elle parvient tout de même à se trouver des amis. Mais ces derniers se servent d’elle à son insu pour livrer des marchandises aux yakuza. Mao se fait arrêter et renvoyer du lycée. Pour elle, l’heure de la vengeance a sonné…

source : Manga News

 Mon avis :

Contrairement à Déviances, ce premier volume ne regroupe pas plusieurs histoires mais une courte série : Zero. Une histoire assez tourmenté, aux accents largement exagérés et peu réaliste d’une vengeance en milieu scolaire. Malgré la tournure gore que prend très vite cette histoire, elle illustre bien la difficulté de s’intégrer quand on a 16-17 ans.

J’aime le dessin au trait rapide de Kei Toume. Pourtant je préfère ses autres mangas.

Zero

Titre VO : Zero

Auteur : Kei Toume

1999

Type : seinen

Genre : Suspence, action

Éditeur VF : Punch comics

Éditeur VO : Gentôsha

Nombre de volumes : 1/1 (commercialisation stoppée)

Par chemin de terre

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C’est sur le chemin de fer que j’ai savouré Par chemin de terre de Guillaume Miot, carnet de voyage retraçant le périple de Gaya  à vélo à travers le monde.

Je pars plein d’utopie. Je pars avec l’envie de confronter mes rêves à la réalité du monde tel qu’il est. Finis les filtres des lectures, des écrans, et des hauts parleurs ! A moi la liberté, à moi le monde !

Parti de la Baie de la Somme, Guillaume, alias Gaya, traverse d’abord l’Afrique, puis l’Inde et l’Asie du Sud-Est, l’Australie et la Nouvelle-Zélande avant de débarquer en Amérique du Sud et revenir chez lui en faisant un détour par l’Irlande et l’Ecosse. Un périple de  de plus de 46.000 km parcouru à vélo. Le but de son « éco-cyclette » n’étant pas seulement le voyage (le plus écologique possible) mais aussi d’aller à la rencontre de divers projets écologiques de par le monde.

[…] »éco-cyclette » ! Le mariage de l’écologie et de la bicyclette ! J’avais ouvert un dictionnaire pour lire la définition exacte du préfixe « éco » : « du grec oïkos qui signifie maison, habitait ». C’était exactement ça : l’écocyclette, ma maison à deux roues. Une maison écologique. Une vrai « auto-mobile ! » Avec la trace des pneus sur la terre comme seule empreinte… Une calligraphie dessinant une histoire sur le parchemin de Terre…

[…]

Demain, je quitterais la France. Et plus que ça ! Je ne fuis rien, je vais vers… J’abandonne seulement deux courses : celle à l’argent, et celle au temps. Je déserte le rang de ces luttes. Elles ne me parlent pas. Existe-t-il autre chose que la compétition permanente dans laquelle on vit, dès le plus jeune âge, dans nos sociétés occidentales ? Existe-t-il à travers le monde des modes de vie basés sur l’entente, la compréhension et la coopération ? Est-ce trop utopique d’y rêver ? Ma petite expérience  de vie m’a pourtant prouvé que des choses existent, en France et ailleurs. Je ne doute pas qu’aux quatre coins du monde, des femmes et des hommes développent des initiatives positives, créatives, humanistes et écologiques pour s’épanouir, individuellement et collectivement. C’est vers ces gens que je souhaite aller, et donner la parole aux sages, qui refusent la fatalité en plantant des petites graines d’espoir, aux quatre coins du monde. « Un arbre qui tombe peut faire beaucoup de bruit, une forêt en germination n’en fait aucun » disait Gandhi. Modestement mais sûrement, c’est cette forêt en germination que je veux prendre le temps d’écouter, pour mieux en relayer la musique grâce à notre petite association. Pour mettre en lumière les jeunes pousse de l’ombre. Pour les encourager dans leur croissance et former un poumon vert par-delà les frontières…

Dans ce livre, Guillaume Miot nous raconte ce long voyage de plus de 5 ans et nous livre ses impressions sur les divers pays traversés, le tout en seulement 212 pages, écrite dans un style très agréable, riche en jeu de mots et références, vivant et bien rythmé.

Je ne suis pas une lectrice de carnets de voyages. Non pas que cela ne m’intéresse pas, mais, chacune de mes précédentes tentatives se soldait par un échec, l’ennui venant me cueillir des le premier chapitre, voir les premières pages. Quand mon voisin est venu me présenter ce livre, c’est avec quelques réticences que j’ai accepté de le lire. Pourtant, dès les premières pages, tous mes doutes se sont évanouis. Je me suis plongé dans ce livre sans retenue, accompagnant ainsi mes trajet quotidiens (4 heures de transports en commun, ça laisse du temps pour lire) des voyages oh combien plus exotiques et passionnants de Guillaume.

Si ce livre ne m’a rien appris de nouveaux, il m’a beaucoup fait réfléchir. Au fil des observations auxquelles se livre l’auteur, je revenais sur mes propres idées, argumentant pour moi-même tel ou tel point. Bien que je partage l’opinion de l’auteur, le livre est propice à la réflexion. Et j’ai souvent fait des pauses pour réfléchir sur l’écologie, la condition humaine, les modes de vies, etc…

Étrangement, j’étais submergé par de très fortes émotions alors que le texte n’est pas particulièrement émouvant. En parcourant les chemins aux côté de Gaya, j’avais le sentiment de me trouver moi-même à des milliers de Km de ma propre route. Ce constat n’étant pas accompagné de regrets, mais plutôt de nostalgie. Nostalgie non pas d’un lieu, puisque je ne connais pas la plus part des pays traversé par l’auteur, mais d’un mode de pensée, voir même d’un mode de vie plus en accord, peut-être, avec ma nature profonde. C’est sans doute pour cela que ce livre m’a autant touché. Je n’avais pas le sentiment de lire les aventures lointaines d’un inconnu, mais d’écouter un vieil ami me raconter son voyage après une longue absence. Une lecture qui invite au dialogue (intérieur) avec l’auteur. Car, si je partage les grandes lignes de sa pensée, il y a biens de points sur lesquelles nous vues divergent, plus sur la forme que sur le fond.

Drôle de hasard, c’est après la traversée amazonienne, tout comme Hilomi, compagne de voyage de Guillaume, que j’ai commencé à me lasser du voyage.

A noter que le livre est entièrement fait main, ce qui fait de chaque volume un objet unique. La totalité des bénéfices de vente sont reversé à l’association Terre de Rêve pour la réalisation de projets écologiques. Si vous aimez les voyages et la nature, je vous conseille vivement ce beau livre auquel je ne ferais qu’un reproche : j’aurais aimé trouver en annexe les références des différents centres/associations et autres projets écologiques cités tous au long du livre.

Le texte est également disponible en ligne, gratuitement.

Pour en savoir plus : Par chemin de terre

Ristorante Paradiso

One-shot de Ono Natsume, ce seinen pré-publié en 2006 dans le mangashi  Manga Erotics F, de l’éditeur Ohta Shuppan, est disponible en français dans la collection  Big Kana.

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Résumé :

Nicoletta a 21 ans et décide de se rendre à Rome pour révéler son existence au mari de sa mère qui ignore que cette dernière a un enfant d’un précédent mariage. Nicoletta ne peut pas pardonner à sa mère de l’avoir laissé à la garde de ses grand-parents et de ne s’être jamais occupée d’elle. Elle est prêté à se venger mais quand elle découvre le restaurant Casetta dell’orso et Laurent, le patron, elle hésite. Elle laisse une chance à sa mère, un sursis. Elle fait pression sur cette dernière afin d’intégrer la cuisine du restaurant comme apprenti y voyant là une chance de se lancer dans la vie active, mais surtout pour se rapprocher de Claudio, serveur doux et gentil, d’âge mûr. Serait-elle amoureuse ?

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Claudio

L’anime :

Ristorante Paradiso est aussi un anime. Série TV de 11 épisodes de 22 minutes sortie en 2009, réalisé par Kase Mitsuko et le studio David Production.

 Mon avis :

C’est par le biais de l’anime Ristorante paradiso que j’ai pour la première fois fait la connaissance d’Ono Natsume, de son univers et son dessin. J’avais, à l’époque, beaucoup aimé cette série par son originalité et l’ambiance qui s’en dégage. Quelques temps plus tard je découvrais un autre anime tiré d’un de ses manga que j’avais aimé plus encore. Pourtant, ce n’est que récemment que j’ai fini par sauter le pas et m’acheter ses manga. Faut dire que j’aime qu’il y ai un part de mystère dans ce que je lis, ayant vu la série, j’avais peur de m’ennuyer.

Suffisamment de temps est passé entre le moment où j’ai vu l’anime et celui ou j’ai lu le manga. Si je connaissez déjà l’histoire, j’étais ravie de retrouver les personnages qui m’avaient plu et aussi découvrir, pour de vrai cette fois, le travail de la mangaka.

Son dessin est très original et bien différent du dessin typique du manga avec les grand yeux et tout ça. Les traits de Ono Natsume semblent brouillon et la première fois j’ai trouvé ça un peu moche. Finalement, la surprise passé, je me rends compte que plus je lis ses manga plus j’aime son dessin, ses traits confus et l’air un peu perdu, dans le vague de ses personnages, leur nonchalance. Ce qui me marque dans les manga d’Ono  c’est l’ambiance un peu décalé qu’elle nous propose.

Mais revenons à Ristorante Paradiso. Ce que j’aime de ce manga c’est tout d’abord son originalité. On a une jeune femme qui se cherche et qui va vivre ses premiers émois amoureux. Un thème somme toute très banal, qu’Ono exploite à merveille en nous surprenant. Les « beaux gosses » ne sont pas ici des bishonen imberbes mais des hommes, des vrais, des vieux. Ils ont des rides, des lunettes et des cheveux gris. Ils sont mariés, divorcés et même grand-pères. Mais cela ne les prive pas de charme et c’est grâce à leur air de gentleman et la bonne cuisine que le restaurant Casetta dell’orso attire autant de clientes. Elles aussi pour la plupart d’âge mûr.

Et Nicoletta dans tout ça ? La jeune femme va trouver sa voie, la cuisine, mais aussi découvrir les émois d’un premier amour. Lucide, elle se demande si ce qu’elle éprouve pour Claudio, beaucoup plus âgé qu’elle, c’est bien de l’amour. Comment sait-on qu’on est amoureux ?

En dehors de cette romance hors des sentiers battus, ce manga propose une relation mère/fille intéressante. Olga est une très mauvaise mère. Elle a laissé son enfant pour pouvoir se remarier. Pourtant elle est une femme touchante qui réussi a nous séduire et a séduire sa fille devenue femme. Si leur relation n’a quasiment pas existé quand Nicoletta était enfant, elles apprennent à se connaître, à se comprendre et même à s’apprécier. L’évolution de leur relation est intéressante, touchante et positive.

De tout le manga se dégage une ambiance très positive, douce-amère, avec son lot de difficultés, de moment de tendresse et de joie. Ono Natsume sait rendre ses personnages vivant. Ce n’est pourtant pas sans fantaisie, l’auteur ajoute des petites touches d’humour décalé comme la lubie d’Olga qui craque complètement pour les hommes d’âge mûr à lunette, et pour son plus grand plaisir, le port des lunettes est obligatoire pour le personnel du restaurant.

Un one-shot très réussi, offrant une belle palette de personnages touchant que l’on a envie de suivre un peu plus longtemps. Et ça tombe bien ! Pour reprendre les personnages de Ristorante Paradiso, Ono Natsume a écrit en 2007 une série en 3 tomes intitulé Gente (également disponible chez Kig Kana).

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Fiche Ristorante paradiso sur le forum du Club Shôjo

Fiche Ristorante paradiso sur Manga-News

Plus d’images sur Tumblr (ça me donne envie de m’en créer un)

Envie d’avoir un autre avis ? Vous pouvez lire ce qu’en pense Lulu (Le café) ici. A lire également l’avis de Rémi I. sur BoDoï.

J’espère qu’avec tout ça j’ai réussi à vous donner envie, parce que c’est une très bon manga qui vaut vraiment le coup !