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Adulteland

Et si l’intelligence artificielle existait déjà ? Et si cette intelligence était aux service d’hôtesse cybernétique dont la seule utilité était de tenir compagnie à des hommes souffrant d’une trop grande solitude ? C’est le pari que fait Oh Yeong Jin dans Adulteland aux allures sf. Ces robot-hôtesse sont le seul aspect sf de cette histoire qui raconte la dérive d’hommes d’âge mur dans une société qui laisse de plus en plus de place à la solitude.

La solitude est un sujet qui revient régulièrement aussi bien dans le manga que dans le manhwa destiné à un public adulte. Sans doute la BD occidentale en parle aussi, mais je n’en lis pas assez pour que cela m’aie marqué. En revanche dans le manga/manhwa cela m’a frappé, la société moderne et la vie dans des mégapoles tel que Tokyo où Séoul y est vue comme déshumanisé, les individus, bien qu’en perpétuel contacte avec leurs congénères, y sont profondément seuls et perdu. (Vision que l’on oppose souvent à la vie de campagne plus humaine, plus paisible. Voir La bicyclette rouge pour ne citer qu’un manhwa). Nombreuses sont les histoires de jeunes gens qui peinent à intégrer cette société inhumaine pour laquelle seule la réussite sociale compte (un bon emploi, un bon salaire, un bon mariage). Ici Oh Yeong Jin s’intéresse à des hommes d’âge mur. Il y a ceux qui se sont bien intégrés à la société, ceux qui n’ont cessé de dériver, tous souffrent d’un même mal-être. A travers les histoires croisées d’une bande de copains, l’auteur présente une société au comble de l’inhumanité : en être réduit à discuter avec des robot pour ce sentir moins seul, cela montre la déchéance d’une société à la pointe de la technologie. Et encore, ce n’est pas ce qu’il y a de pire dans cette histoire…

Je ne veux pas en dire plus pour vous laisser le plaisir de la découverte. Moi je ne savais rien de l’histoire quand je l’ai ouvert. Je ne connaissez que la couverture qui franchement ne me faisait pas du tout envie. J’ai aveuglement suivi le conseil d’un Champi hyper enthousiaste et je ne regrette pas ! Ce manhwa est incontestablement la belle surprise de mes lectures de septembre. Graphiquement la couverture ne m’attirait pas et l’intérieur est tout aussi particulier, mais dès les premières pages j’ai été happée par le récit et l’ambiance glauque qui s’en dégage. Tout en décrivant des vie sordides, Oh Yeong Jin garde une certaine distance et un humour subtil qui fait réfléchir sans tomber dans le mélo. On ne ris peut-être pas à gorges déployés mais on a tout au long de la lecture un sourire sarcastique scotché sur la figure. C’est une histoire intelligente qui nous interroge sur notre société moderne et ses dérives tout en nous faisant passer un bon moment de lecture. Une oeuvre très originale au graphisme étonnant et à la narration maîtrisé.

couverture coréenne

Bref je n’ai rien à redire sur ce titre. Je ne lui ai trouvé aucun défaut si ce n’est que son caractère original peut en rebouter plus d’un. Mmm… quoi que, à la réflexion ce qui me dérange un peu c’est que homme (celui avec le petit « h ») est placé au centre de la problématique alors que la femme n’est qu’un accessoire. Ceci dit cela va avec l’ensemble de l’histoire et surtout c’est aussi une réalité sociale (nous somme en Corée).

A ceux qui ont aimé Adulteland je ne serais que conseiller Brève Cohabitation (et inversement). Si ces deux manhwa n’ont rien en commun graphiquement, il traitent d’un même sujet avec une même approche : l’un emprunte à la sf, l’autre au surréalisme, tout deux dénoncent une société déshumanisés.

Merci Champi pour cette lecture 😉 A retrouver bientôt sur K.BD

→ Du même auteur : Le visiteur du sud

→ sur le site de l’éditeur FLBLB et aussi la fiche auteur

→ à lire aussi : Histoires d’Oh, d’une Corée à l’autre

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