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Gisèle, « le combat c’est vivre ! » ~by Yomu-Chan

Bonjour, bonjour,

Je m’attaque une fois de plus à une pièce de théâtre. D’ailleurs les copains, je vous encourage à aller au théâtre, ou même à rechercher la compagnie de tout spectacle vivant, c’est une nourriture culturelle qui selon moi est indispensable à l’épanouissement intellectuel de chacun d’entre nous ! Bref entrons dans le vif du sujet !

gisèle le combat c'est vivre affiche

Gisèle, « le combat c’est vivre » est un spectacle du collectif Or Normes ; le texte, l’interprétation et la mise en scène sont de Christelle Derré, la direction d’acteur de Laurence Andreini, la musique originale de David Couturier et l’installation multimédia de Martin Rossi. Ces deux hommes interviennent aussi sur scène à plusieurs reprises, comme figurants pour illustrer les propos du personnage et comme musiciens et chanteur. Le texte et le message de Gisèle, « le combat c’est vivre » sont tirés de deux interviews menée par Christelle Derré, la première rencontre se fait avec Gisèle S. une vielle femme de plus de 80 ans, une activiste humaniste qui aura passé sa vie à défendre de multiples causes humanitaires et notamment l’égalité Homme/Femme. Le deuxième entretien se construit autour de Wassim un ami syrien de la metteur en scène. Ces deux témoignages sont alors retravaillés par cette-dernière pour devenir le monologue de Gisèle, une franco-syrienne, qui nous livre sa vie à travers des souvenirs et des réflexions sur l’humain, sur la France et le monde. C’est un récit très touchant et percutant qui pousse le public à la réflexion. C’est un de ces spectacles qui bannissent la passivité intellectuelle et contraignent au retour sur soi et aux questionnements.

L’exercice ici me semble difficile mais je vais tenter d’analyser les éléments de ce spectacle pour tenter d’en extirper du sens.

Parlons d’abord du décor. Celui-ci est assez succinct puisqu’il réside en deux fils tendus en travers du plateau sur lesquels Gisèle et les deux hommes viendront étendre des linges blancs, tantôt de fines bandelettes et tantôt de grand draps. Cette image qui m’a d’abord parue vide de sens peut en fait rappeler l’expression « laver son linge sale en famille ». En effet Gisèle vient partager son amour de l’Humain et de la vie mais en profite aussi pour déverser son amertume et ses déceptions, comme pour mettre à plat ses sentiments et partager ce qu’elle gardait en elle depuis des années, comme pour régler ses comptes. Ainsi cette image des tissues étendues prend de la consistance. De plus ces étoffes blanches vont aussi servir d’écran pour plusieurs projections vidéo.

gisèle décor 2

Abordons maintenant la question des costumes. Gisèle porte une combinaison bustier rouge. Elle a également les lèvres et les ongles peint en rouge. Cette couleur sied très bien au personnage, à la fois sensuel et violent le rouge cerne bien la personnalité et les problématiques de Gisèle. En effet le rouge est la couleur de l’amour, mais il est aussi la couleur du feu, du feu qui peut symboliser la passion dévorante, qui peut symboliser la révolte et la lutte pour des convictions.

gisèle costume blancEn revanche les deux hommes, qui joueront tantôt les rôles des pères, puis de l’amant, parfois d’une allégorie, sont habillés en blanc. L’un porte un costume très européen, l’autre une djellaba. Cette couleur, le blanc, peut être interprétée de différentes façons. La première idée que l’on associe au blanc c’est la pureté, qui ici deviendrait un corps lavé des préjugés, tolérant et prêt à être un Homme (avec un grand H). Ici le blanc serait alors un étendard de l’Universalité. On peut aussi y voir une « page blanche », c’est à dire l’opportunité d’écrire un nouveau monde, un nouveau départ.

Je voudrais maintenant dire un mot sur le jeu d’actrice. Ici Christelle Derré a un phrasé assez particulier avec des voyelles très ouvertes, cela donne au personnage une dimension un peu étrange, comme si elle planait dans la vapeur.. C’est pas très imagé mais c’est cette métaphore qui me vient à l’esprit pour décrire la façon de jouer de la comédienne. Elle nous offre une Gisèle ambivalente à la fois très encré dans la réalité qu’elle analyse et critique, et à la fois comme élevée dans un onirisme utopique fait de souvenirs et de fantasmes. Christelle Derré a une tenue de corps très ferme qui fini d’affirmer la présence de Gisèle dans le monde mais un port de tête et une intonation vocale qui la font planer au-dessus de tout ça et lui donne le recul nécessaire pour transmettre un espoir au public. Enfin cet effet de style ne se fait pas sentir tout au long de la pièce. Très souvent Gisèle aborde des sujets durs et s’emporte. Christelle Derré a alors tendance à hausser la voix et à crier certaines syllabes ou mots comme le ferait un enfant en colère. Seulement, ces élévations de la voix ne se font pas toujours sur les phrases attendues, elle accentue certains mots comme s’ils étaient source de colère mais le choix de ceux-ci ou la manière de le faire apparaissent parfois comme dissonant. Comme si elle ne s’énervait pas au bon moment dans sa phrase. Mais cela, encore une fois, épaissit la personnalité de Gisèle et la présente comme une femme incandescente, à fleur de peau et déroutante. Ce côté un peu agressif, un peu « boule de feu » la rend en fait plus fragile, on aperçoit peut-être une femme blessée.

Cette analyse de la voix qui crie me pousse à parler de l’utilisation à plusieurs reprises d’un micro. 3 fois exactement : Quand Gisèle prononce son discours humaniste, quand elle dénonce les pratiques machistes barbares à travers le monde, et quand l’un des hommes chante, mais cette dernière utilisation je la met à part. La sonorisation, quand elle est un outils pour les messages de Gisèle, apparaît comme une colère qui résonne et qui écrase à la fois Gisèle et son public. En effet le son est particulièrement fort pour accabler nos oreilles de la détresse et de la déception du personnage, mais aussi pour symboliser une prise de parole comme on en voit dans les manifestations ou les mouvements de revendication. L’utilisation du micro met en valeur la culpabilité de chacun mais offre un espoir ou du moins une volonté de changement.

gisèle baiser

Qui dit son dit aussi musique, et d’ailleurs je l’ai dit, dans ce spectacle ça chante. En effet on retrouve plusieurs codes musicaux lourds de sens. D’abord « Ne me quitte pas » de Jacques Brel, une première fois chanté sur scène par Christelle Derré, ou devrais-je dire par Gisèle, et une deuxième fois en audio enregistré en arabe par Mariem Labidi. La double interprétation de ce chant dans deux langues différentes renforce l’idée d’un amour universel. En effet l’idée ici est d’appliqué un parfum d’ailleurs et de ici à cette mélodie devenue hymne de l’amour pour un public francophone.

Le deuxième chant est une interprétation masculine de l’hymne des femmes du MLF. Cette chanson qui proclame la liberté des femmes offre un message d’autant plus percutant quand elle est chanté par un homme ; elle appelle à la réconciliation des sexes et non à la souveraineté féminine, elle prône un véritable humanisme.

Que ce soit « Ne me quitte pas » de Labidi ou l’hymne féminin d’un homme, ces deux passages chanté sont deux moments de douceur, de tendresse et d’intimité dans le spectacle ; et ces deux moment sont violemment interrompu par du rock à un volume puissant. Le rock est utilisé comme un symbole de révolution, et les moment de douceur sont des démonstrations de sensibilité. Mais alors ces deux rupture assez brutales seraient comme un gisèle musiquecri de révolte appelant à mettre de côté la sensibilité qui ne suffit plus, à cesser de pleurer sur l’injustice et à rétablir l’ordre pour de bon. Ou alors ne voyons pas cela comme une rupture mais comme un puisant alliage entre sensibilité et révolte. Cela nous montre qu’il est encore possible de vivre dans les deux, que les activistes engagés malgré leur amertume ne sont pas dépourvu d’amour, et que les sentimentalistes ne sont pas forcément éloignés des combats de l’humanité. Puisque le combat c’est vivre. Et vivre ne peut se résumer à une seule couleur.

Nous avons parlé musique, parlons maintenant Lumière et vidéo. J’évoquais tout à l’heure des écrans en tissue sur lesquels étaient projetées plusieurs vidéos. On distingue deux types de projections. Celles qui apparaissent comme les images d’une Gisèle qui se souvient et qui pense, ce sont donc des souvenirs ou la matérialisation en images de ses états d’esprit, dans ce cas on verra des débris flotter dans le noir, des étoiles, ou le drapeau français. Et il y a celles qui sont des constats, des observations du monde qui l’entour. Les vidéos apparaissent comme des fenêtres sur l’extérieur, pour voir comment ça se passe, pour illustrer les propos de Gisèle, ici on verra des manifestations ou une femme voilée lisant un bout de la déclaration des droits de l’Homme.

Des fois Gisèle interagit avec ces projections, des fois elle les voit, elle les regarde, les prend à témoin. Et des fois elles sont là, en arrière plan, comme pour nous donner un aperçu de ce que Gisèle voit dans sa tête.

gisèle projection

La lumière contribue elle aussi à créer cette dimension intimiste qui nous plonge dans l’intérieur de Gisèle. En effet elle propose un espace immatériel qui rappelle l’onirisme dont je parlais plus haut. Tantôt le plateau est plongé dans le noir, des fois avec la mise en lumière (et donc en valeur) d’un seul élément, tantôt plateau et public sont éclairés ; l’espace, le lieu n’est jamais définit. Ils utilisent aussi de la fumée au début de la pièce, qui symbolise à la fois les bombardements et la vapeur qui règne autour du personnage et de son univers.

Voilà je pense avoir fait le tour des éléments que je suis capable d’analyser. Pour conclure je dirais que Gisèle, « le combat c’est vivre » est un des spectacles qui m’a le plus remué, de part sa violence et sa poésie. Le spectacle vivant reste un outils non négligeable pour réfléchir et partager sur notre monde et les idées qui le traversent. Sur le fond comme la forme (voulue choc) cette pièce de théâtre est percutante. Et si le spectacle tourne près de chez vous je vous encourage à aller y jeter un œil ou deux 😉

gisèle décor

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