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Et le Manhwa, alors ?

Après avoir parlé du Manga il y a quelques temps (voire Le Manga), j’avais envie d’en savoir un peu plus sur d’autres bandes-dessinées asiatiques. Je vais ici faire une modeste incursion dans l’univers du Manhwa, bande-dessinée coréenne.
Commençons par le mot lui même. Manhwa(만화) signifie simplement bande-dessinée en Coréen, tout comme le mot manga désigne la bande-dessinée en général en Japonais. A l’étranger, ces termes sont utilisés pour désigner respectivement la bande-dessinée coréenne et japonaise. Comme pour la BD franco-belge et le manga, on retrouve dans le manhwa, des genres très variés.

Un peu d’histoire, pour commencer :

Tout comme le manga japonais, le manhwa coréen né d’une fusion entre les racines de l’art traditionnel tel que les gravures, récits bouddhiques illustrés, peintures ou encore récit épiques et spectacles de rue, et les caricatures et comics occidentaux.
Le premier journal est publié en 1883. Dans les journaux, des nombreuses illustrations accompagnent l’actualité, y sont publié également les caricatures à l’occidentale. En 1909 pour la première fois sont publiées les caricatures d’un auteur coréen, Lee Do-Yeong dans un nouveau journal, le Dachanminbo. Le manhwa est né. Ce sont des gravures sur bois satiriques où les personnages prennent la forme d’animaux. Malheureusement la publication de caricatures de Lee Do-Yeong ne durera qu’un an, puisque, avec l’occupation japonaise en 1910, la censure devient drastique.
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caricature de Lee Do-Yeong publié le 7 juin 1909
Il faudra attendre les soulèvements populaires de 1919 pour que la censure japonaise s’assouplisse un peu. Dès 1920 de nombreux manhwa sont publiés, la satire y est toujours importante. Ces premiers manhwa ne comportent ni bulles ni découpage en case et sont souvent formé d’une seule image. Ce n’est qu’en 1924 que le manhwa adopte les conventions de la bande-dessinée occidentale (cases et bulles) avec Les vains efforts d’un idiots (Meongteonguri heonmulgyeogi 멍턴구리 헛물겨기) de Noh Su-Hyeong, publié dans le quotidien Chosun Ilbo.
L’occupation de la Corée par le Japon se prolonge jusqu’à la fin de la deuxième guerre mondiale. La Corée est divisé en 2 parties : le Nord sera administré par l’URSS et le Sud par les Etats-Unis. Sous autorité américaine, la presse jouit de plus de liberté et les revues de manhwa se développent. Mais la Guerre de Corée éclate en 1950 et le manhwa devient alors un outil de propagande au Nord comme au Sud.
Avec la fin de la guerre en 1953, commence une période prolifique pour le manhwa. Les librairies de prêt, les manhwabang, ouvrent. On commence à publier  quelques albums de manhwa, mais durant cette période les manhwabang privilégient surtout la publications de revues.
En 1961, le coup d’Etat signe le retour de la censure. Par ailleurs, la maison éditrice Hbdong Munwhasa détient le monopole de la publication de manhwa. Durant cette période les récits contemporains sont délaissés au profit des récits historiques. Ce genre deviendra emblématique du manhwa des années 70.
Dans les années 80 le manhwa connaît un renouveau. Après le succès remporté par la série Une redoutable équipe de base-ball (Gongpoui Oeingudan 공포의 외인구단) de Lee Hyeon-se publié en 3 gros volumes en 1982, succès qui relance l’activité des manhwabang, celles-ci vont soutenir la publication de manhwa en format album. Parallèlement les revues, également soutenue par les manhwabang, prospèrent. Certains auteurs travaillent pour les manhwabang avant de ce faire connaître et de publier dans les revues. Comme au Japon, les revues publient des séries  en épisodes, celles-ci sortiront ensuite en album. Les revues se spécialisent en fonction de la cible visé et du style des histoires. Au milieu des années 80 on assiste également au retour du manhwa féminin qui avait été interdit durant les années 70. En 1990 parait le magazine Renaissance exclusivement réservé aux sunjeong-manhwa (manhwa pour jeunes filles). Avec les manifestation de 1987, la censure devient moins forte et les récits contemporains refont leur apparition dans le manhwa.
A la fin des années 1980, la vente de manga japonais est autorisée en Corée du Sud. Il remportent un grand succès et entrent en concurrence avec la production coréenne. Cependant les auteurs coréens ont su réagir assez vite. On publie des revues copiant le modéle japonais : IQ Jump, Yong Champ… Les auteurs laissent libre cours à leur créativité, ils traitent des thèmes tels que la violence ou encore les fantasmes sexuels, jusque là censurés. De nombreuses femmes se lancent également dans la création de manhwa abordant des thème tel que la vie sentimentale, le quotidien… La créativité explose dans tous les domaines et les styles de manhwa, de nouvelles maisons d’éditions font leur apparition. Avec la crise de 1997-98 la part de marché du manga recule en faveur du manhwa.
Aujourd’hui la Corée du Sud est un des premiers pays producteurs de bande-dessinée. A la pointe de la technologie, les manhwa existent pour tout support, de la revue aux albums, pour internet ou encore téléphone portable et pour tous les genres. La production contemporaine s’inspire beaucoup du manga. Mais l’offre est très diversifiée.
Le gouvernement cherche aujourd’hui à promouvoir sa production de manhwa dans le monde.
     (Sources : wikipedia)

Les genres :
un peu de vocabulaire :
Manmun manhwa : manhwa en une seule case
Myeongrang manhwa : manhwa humoristique pour adultes.
Sonyung manhwa : manhwa s’adressant un un jeune public masculin, équivalent du shônen japonais.
Sunjeong manhwa : pour jeune filles, équivalent du shôjo japonais.
Tchungnyun (ou chungnyun) : pour public adulte, équivalent du seinen japonais.
Hakji manhwa : manhwa d’aventure ambienté en occident, typique des années 50.
Au delà de ces catégories, le manhwa est très riche en style. Certains s’inspirent beaucoup du manga japonais avec des styles graphiques et des scénarios très proche du shônen ou shôjo classique. Reprenant à leur compte le style graphique maintes fois éprouvé. Parmi ces oeuvres il est assez difficile de cerner la réelle spécificité coréenne, on comprend alors l’amalgame fait entre manga et manhwa. Une œuvres comme The Swordsman se confond parfaitement dans un rayon manga, seul le nom des auteurs laisse deviner son origine coréenne. D’ailleurs Hong ki-Woo, dessinateur de The Swordsman, affirme lui-même s’être fait la main en copiant des manga (interview dans AnimeLand X-tra n°2). Le graphisme, la découpe des cases ou encore l’insertion des onomatopées dans les images rappelle fortement l’univers du  manga.
Autre exemple de manhwa fortement empeigné de la culture manga : The Breaker de Park Jin-Hwan (dessins) et Jeon Geuk-Jin (scénario) . Il s’agit d’un sonyun-manhwa axé sur sur la baston violente. Le graphisme rappelle beaucoup les seinen de baston. Mais ce sont les arts martiaux coréens qui sont ici à l’honneur.
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On ne peut pas dire que le scénario soit particulièrement original, ni profond. Néanmoins ce manhwa est très agréable à lire pour les amateurs du genre. On reste en haleine, curieux de connaître la suite. La série est bien rythmé et j’ai lu les 10 volumes de la première série en peu de temps. En revanche la deuxième saison ne m’a pas convaincue et j’ai laissé tomber dès les premiers chapitres. La série a été depuis licenciée chez Booken. Actuellement les 6 premiers volumes sont disponibles en VF.
Le manhwa ne se résume pas à un manga made in Korea. Il existe d’autres styles, plus proche de la BD franco-belge que du manga japonais. Les manhwa qui m’ont le plus marqué ce sont les albums de Kim Dong-Hwa. C’est après avoir lu ses oeuvres que j’ai eu envie d’en apprendre plus sur les manhwa.
Kim Dong-Hwa met  en scène un univers beaucoup plus ancré dans la réalité, dans le quotidien, et au même temps très poétique. Ses dessins, tout en rondeur, sont très doux, la nature y est très présente. Son travail se rapproche de la bande-dessinée occidentale par le découpage des cases et l’insertion du texte. On peut aussi le comparer à Taniguchi, à la fois par un dessin assez épuré mais surtout dans leur recherche de poésie dans l’acte quotidien, dans leur amour de la contemplation.
histoire_couleur_terre_01.jpgJe vous recommande surtout Histoire couleurs terre, série en N&B, 3 volumes publiés chez Casterman.
La série raconte le passage à la vie adulte d’une petite fille qui vie seule avec sa mère veuve dans un petit village de campagne coréenne. Un hymne à la féminité. J’écrirai bientôt un article sur ce manhwa.
Kim Dong Hwa est également l’auteur de La bicyclette rouge, série en couleur de 4 volumes relatant le quotidien d’un facteur qui sillonne la campagne coréenne sur son vélo rouge pour distribuer le courrier dans des petits villages privés de leurs jeunes par l’exode rural.
Ces deux derniers manhwa sont également des sonyun-manhwa, ce qui prouve la grande diversité de style à l’intérieur d’un même genre.

Le Manhwa en France :

En France le manhwa reste assez méconnu et est très souvent assimilé au manga japonais. Cependant les publications de manhwa se multiplient et des maisons d’éditions spécialisées ont vu le jours.
Actuellement de nombreux éditeurs proposent des manhwa. On en trouve chez de grands éditeurs de BD tels que :
Paquet, dans la collection asiatique (link)
Casterman, dans la collection hanguk (link)
Panini, dans la collection Panini Manga
Soleil
Mais aussi chez les éditeurs spécialisés dans le manga comme :
Kana
Pika Edition
Kaze Manga
Ki-oon
Il existe également une maison d’édition spécialisée dans le manhwa : Booken Manga (link).
En 2003 , l’éditeur SEEBD lance deux labels spécialisés dans le manhwa : Tokebi et Saphira. En 2008, avec la liquidation judiciare de SEEBD, René Park, directeur de ces deux collections, a repris une partie du catalogue et crée sa propre maison d’édition : Semji. Malheureusement face à la faiblesse des ventes Semji a récement cessé son activité.
Le manhwa est en train de se développer en France et l’offre devrait se diversifier de plus en plus dans les années à venir.
Déjà à l’honneur au Festival d’Angoulême en 2003, le manhwa sera encore l’invité d’honneur la 40ème édition du Festival en 2013.
Edit : je viens d’apprendre qu’un nouveau label de manhwa sera très bientôt sur le marché : Kwari, filiale d’une nouvelle maison d’édition spécialisé dans la BD franco-belge, Physalis. J’espère que leur catalogue sera intéressant.
voir article sur manga-news : link
Edit 2 :p
état des lieux de l’édition manhwa en France à lire sur Manhwafrance     link
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La bicyclette rouge

    La-Bicyclette-Rouge-1.jpg
Sonyun-manhwa* en 4 volumes de Kim Dong Hwa.
Titre original : 빨간 자전거 (Palgan jajoenkoe)
Publication en Corée : entre 2003 et 2007 aux maisons d’édition Happy comics works.
La version française a été publié chez Paquet en 2005. Dernier tome sorti en 2009.
Série en couleurs.
Volume 1 : Yahwari
Volume 2 : Les rose trémières
Volume 3 : Les mères
Volume 4 : et, de nouveau, le printemps
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Résumé :
Dans cette série, on suit le quotidien d’un facteur qui distribue le courrier dans quelques petits villages de la campagne coréenne. De ce facteur on ne sait rien, mis à part son goût pour les fleurs et pour la poésie. C’est à travers ses yeux et tout au long de la distribution du courrier que l’on découvre les petits vieux qui habitent encore ces villages de campagne vidés de leur jeunesse par l’exode rural. On s’attarde sur la contemplation du paysage, des saisons qui passent…
Dans chaque volume s’enchaînent des histoires courtes de quelques pages.
la bicyclette rouge
Mon avis :
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C’est avec beaucoup de poésie et de douceur que l’auteur aborde des sujet graves tel que l’exode rural et l’isolement de personnes âgées. On découvre la douceur de vivre des campagnes coréennes, la vie des paysans au fils des saisons, et des petits vieux vraiment attachants. Bien que parfois on tombe dans une nostalgie du temps passé un peu idéalisé. En lisant on a le sentiment que l’auteur regrette la vie de la campagne et qu’il rejette confort et modernité.
Si j’apprécie les moments de poésie, je ne partage pas ce sentiment de nostalgie.
Toutefois, on passe un très bon moment en compagnie de ce facteur à la bicyclette rouge.
Le dessin est aussi d’une très grande douceur. Les trais ronds et les couleurs douces donnent le ton. Les visages des vieux paysans sont ridés comme les champs à peine labourés et leurs sourires tendres comme les jeunes pousses du printemps. Tendre et espiègle, l’ensemble ne manque pas d’humour.
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Quelques mots sur l’auteur :

Kim Dong HwaKim Dong Hwa (김동화) est né à Séoul en 1950. Il commence sa carrière comme dessinateur animalier, notamment pour des ouvrages destinés aux enfants. Grâce à son talent de dessinateur, il se fait connaître de plusieurs maisons d’éditions. En 1975 il commence une carrière dans la Bande Dessinée avec son premier manhwa : Mon firmaments. Ses bandes dessinées s’adressent surtout à un public adulte. Grâce à ses histoires, à la fois profondément ancrées dans la culture coréenne et accessibles à tous par leur humanisme, il aura la reconnaissance du grand public.
La bicyclette rouge est sa première oeuvre parue en français.
Manhwa du même auteur parus en français :
  •  Histoires couleur terre, chez Casterman
  •  Histoires de Kisaeng, chez Paquet
  •  La Mal aimée, chez Casterman
  •  Les Nourritures de l’âme, chez Casterman

* le sonyun-manhwa est l’équivalent du shonen dans le manga japonais, c’est à dire s’adressant principalement à un public de jeunes garçons.

J’ai trouvé cette classification sur la fiche de La bicyclette rouge sur le site de Manga News, qui d’ailleurs précise que l’oeuvre est accessible pour les 8 ans et +. Je pense que si Manga News le classe dans cette catégorie c’est parce qu’il n’y a aucune scène violente ou choquante, ce qui le rends accessible pour les plus jeunes.
Personnellement, je trouve que ce manhwa s’adresse surtout à un public adulte, avis que partage son éditeur français, car le public adulte me semble plus enclin à apprécier la poésie dans le quotient somme toute assez banal de ce facteur. Mais il peut plaire aussi à un public plus jeune. Ma fille, qui l’a également lu, l’a beaucoup aimé.
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As Tears Go By

as-tears-go-by.jpgFilm réalisé par Wong kar-wai en 1988, sélection officielle semaine de la critique au Festival de Cannes de 1989, avec Andy Lau et Maggie Cheung.
Titre original : Wong gok ka moon (旺角卡門)

Synopsis :

A Hong-Kong, Wah, un jeune gangster reçoit la visite d’une lointaine cousine qui séjournera quelques jours chez lui. Bien qu’ils soient attirés l’un par l’autre, la vie de gangster de Wah et, surtout, les mauvais choix de Fly, ami et subordonné de Wah, n’auront de cesse de les éloigner l’un de l’autre.

Mon avis :

Je garde un merveilleux souvenir de In the mood for Love de Wong Kar-wai. Alors je ne pouvais qu’être un peu déçue. Est-ce As Tears Go By qui est de moins bonne qualité ou mes goûts qui ont changés ? Je ne pourrait pas le dire. Cela va faire une dizaine d’année que j’ai regardé In the mood for Love. Alors, l’aimerais-je autant si je le voyait aujourd’hui ? Pour en avoir le cœur net je devrait le revoir.
En attendant, j’ai trouvé As Tears Go By moins marquant. L’histoire n’est pas franchement passionnante, la scénographie n’a rien d’extraordinaire et les prises de vue ne sont pas toujours bien réussies (vue plongeante sur les poiles dessous des aisselles, ou vue panoramique sur lampadaires par exemple). En réalité, ce film doit beaucoup à la présence de Andy Lau qui est sexy à souhait (malgré les tenues un peu ringardes des années 80, heureusement plutôt sobres dans ce film).
     Eh! Oh! Arrête de baver sur le clavier !!
     Pardon, pardon !
 Je disait donc, le film… Le film est agréable, Andy Lau et Maggie Cheung sont très bien dans leur rôles respectifs, mais l’ensemble manque de quelque chose. Par ailleurs la fin est courue d’avance. Mais, soyons indulgents, il s’agit du premier film de Wong Kar-wai. Et c’est un beau début.
Avouez, quand même, qu’il vaut le détour <3 <3 <3
Andy Lau
 
 

Filmographie de Wong Kar-wai :

  • 1988 : As Tears Go By (旺角卡門)
  • 1990 : Nos années sauvages (阿飛正傳, Days of Being Wild)
  • 1994 : Les Cendres du temps (東邪西毒, Ashes of Time)
  • 1994 : Chungking Express (重慶森林)
  • 1995 : Les Anges déchus (墮落天使, Fallen Angels)
  • 1997 : Happy Together (春光乍洩)
  • 2000 : In the Mood for Love (花樣年華)
  • 2004 : 2046
  • 2007 : My Blueberry Nights (藍莓之夜)
 
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The story of Han Dinasty

un film de Wei Han Tao, Huang Wai Ming et Li Ji Qiang, sorti en 2007.

        han-dinasty.jpg

La pochette du DVD disait :

221 avant Jésus-Christ. Le premier empereur Qin réunifie le six états en guerre pour en faire le premier empire centralisé. Le travail incessant exigé dans les dernières années du règne de Qin ainsi que les brimades et arrestations arbitraires des intellectuels finirent par déclencher des révoltes…

Cela s’annonçait plutôt intéressant. Me voilà donc partie pour une soirée DVD en compagnie de ma chère cousine. Le problème c’est que le type qui a écrit le résumé pour la pochette n’a pas dû voir le même film que nous.

Le film commence sur une musique d’assez mauvais goût, deux armées s’affrontent : les jaunes et les rouges. Après plusieurs minutes, on se retrouve enfin dans un campements 2 officiers parlent à leur supérieur. OUPS ! Je n’ai pas mis les sous titres !! Je retourne au menu, et là, première mauvaise surprise : pas de sous-titres. On a le choix entre VO et doublage français. Rien de pire que le doublage dans ce genre de film. Mais bon, on prend notre mal en patience. Le film recommence, doublé cette fois. Les armées rouges et jaunes, la mauvaise musique ET une voix off qui nous raconte ce qui se passe. Perplexes, nous nous demandons pourquoi donc il y a une voix off dans la version française et pas dans la VO. Mystère.

Voici la tente, les 2 officiers ouvrent la bouche et ce qu’on redouté le plus arriva : un doublage à faire  pleurer. Courageuses, nous tentons de faire abstraction de cet affreux doublage pour ne se concentrer que sur l’histoire. Mais nous nous ne doutions pas encore que le scénario et la réalisation étaient bien pires.

Je cherche encore le rapport avec le résumé de la pochette.

Le films met en scène 2… je ne serais pas vraiment dire… tantôt ils sont appelés par leur sous-fifres « mon général » tantôt « altesse » ou « mon roi »… Bon, disons qu’il s’agit de 2 rois. Les 2 rois, donc, viennent de signer un accord de paix. Le roi rouge s’apprête à retourner chez lui en compagnie de sa belle épouse (premier prix du rôle féminin le plus inutile de l’histoire du cinéma). Mais le roi jaune, influencé par sa femme, jadis captive de leurs ennemis (oh! les méchants) et ses conseillers ambitieux décide d’attaquer et éliminer le roi rouge avant que celui-ci n’ai pu atteindre ses terres. Rien que cette scène est hilarante : le roi, ne sais prendre aucune initiative n’as aucune réflexion. « Vous devriez attaquer, altesse » « à bon? vous êtes sûrs? Bon, d’accord », ça c’est du roi qui fait peur ! Ben oui, il fait peur par son incompétence. Mais, attention , le roi rouge est une légende vivante, un guerrier redoutable, cela ne sera pas si facile de se débarrasser de lui. En fait, si ! Le super héros légendaire, sans doute, a dû être blessé à la tête dans un épisode précèdent, car j’ai rarement vu de stratégie plus pitoyable. Sans parler de stratégie, il n’est même pas capable de traverser une forêt sans se perdre. Il rentre chez lui, il devrait connaître le chemin. Mais non ! Dans la Chine antique on pouvait être un héros légendaire sans savoir s’orienter, traverser des villes quand on est poursuivit par une armée ennemie et finir sa route sur les bords d’un fleuve sans pont. Euh… ne savait-il pas qu’en empruntant ce chemin, qu’il a pourtant cherché, il se retrouverait sur les berges du fleuve ? Pourquoi donc, cherchait-il ce chemin ? Grand mystère du héros légendaire.

Voici pour l’histoire, parce que oui, l’histoire se résume à ça. Pendant tout le film le rouge fuit, le jaune le poursuit. Mais quelques détailles viennent pimenter ce beau film. Je ne sais pas si le problème vient du doublage ou du scénario mais, rien que pour donner un exemple, l’armée chinoise, quelle soit rouge ou jaune, ne connaît qu’un chiffre : 400.000 ! Les rouges déplorent de grosses pertes :  » nous ne somme plus que 400.000 ! ». On se demande alors pourquoi, avec un contingent pareil, il semblent tellement troublés par la fuite de … 1800 soldats. Le roi rouge doit être très attaché à ses hommes, sans doute. Oui mais, un peu plus tard il discute avec ses officiers, comment vont-ils faire !? L’armée ennemie est composé de plus de,  je vous le donne en mille : 400.000 soldats !!! Bon, alors, je suis pas un stratège expérimenté, les maths ça n’a jamais était mon fort, mais un peu moins de 400.000 contre un peu plus de 400.000, ça reste jouable, non? Et pourquoi annoncer des chiffres pareil quand on n’a pu assembler que 50 figurants pour les scène de combat ? Je ne donne ici qu’un exemple, j’aurais pu parler de cet officier qui perd son casque pendant sa réplique, les portes bannières jaunes qui tournent en rond derrière le roi rouge sans rien tenter, ou encore la scène émouvante où le roi rouge, ne pouvant sauver qu’une seule personne, choisit son cheval.

Ce qui est sûr, c’est qu’il ne faut surtout pas chercher une logique à tout cela. Et qu’il ne faut surtout pas acheter ce DVD, si ce n’est pour passer une soirée à rire. Car le film est tellement raté qu’il remplace parfaitement n’importe quelle comédie, surtout pour une soirée entre amateur du genre.

C’était une très bonne soirée et un très mauvais film

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Les fils de la terre

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Série en 3 tomes de Jinpachi Môri (scénario) et Hideaki Hataji (dessin), parue au Japon en 2002 aux éditions Shûeisha. La version française de ce seinen a été publié par Delcourt, dans sa collection Ginko (2007).

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Résumé :

Le Premier Ministre charge un jeune fonctionnaire du Ministère de l’éducation, de la culture, des sports, de la recherche et de la technologie d’une étrange mission : en trois ans il doit trouver un moyen de faire en sorte que la moitié des étudiants ayant intégré un lycée agricoles choisissent comme voie professionnelle l’agriculture après leur diplôme. L’autosuffisance alimentaire du Japon est en danger et les campagnes se vident de leurs agriculteurs. Il faut urgemment trouver des solutions.

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Alors que les supérieurs du jeune fonctionnaires voient déjà en lui le futur bouc émissaire de l’échec de la politique du gouvernement en matière d’agriculture.  Ce dernier, trop naïf, ou trop idéaliste, prends à cœurs sa nouvelle mission. Envoyé comme professeur dans un petit lycée agricole au fin fond des montagnes, il va vite se rendre compte qu’il ne connaît rien au monde de l’agriculture et que sa mission s’avère bien plus difficile qu’il ne l’avait tout d’abord cru.

Dans ces premiers chapitres, la vision que l’auteur donne des fonctionnaires est assez négative. Bien que son personnage principal, le jeune fonctionnaire du Ministère de l’éducation, soit à l’opposé du stéréotype négatif du fonctionnaire, les autres semblent être plus intéressés par les pirouettes politiques et leur ascension sociale que par la volonté d’améliorer la société, indépendamment des mouvement politiques, auquel il n’est fait aucune allusion. Bien que cette vision soit délibérément caricaturale, elle reflète bien l’image que la population nippone se fait de son administration et de ses hommes politiques. J’en veux pour preuve les faibles taux de participations qu’enregistrent les élections au Japon. En retrouve souvent dans la littérature cette image du fonctionnaire corrompu et carriériste, en tout cas, le thème est récurrent dans les manga, même s’il n’occupe pas une place principale dans les intrigues.

 Mais je m’égare. Revenons au manga qui nous intéresse aujourd’hui. Prenant sa mission à cœur, le jeune fonctionnaire décide d’aller à la rencontre du monde agricole, tout d’abord en se rapprochant des vieux paysans qui habitent un hameau perdu, non loin du lycée ou il enseigne. Puis, plus tard il sera amené à voyager à travers le Japon pour aller à la rencontre de nombreux producteurs qui explorent des voies alternatives. Il sera accompagné dans cette découverte par un jeune paysan du hameau.

        les-fils-de-la-terre-extrait.jpg

Critique :

Les fils de la terre est le manga qui m’a donné envie de m’intéresser au genre. J’en avais déjà lu avant, mais je n’arrivais pas à accrocher. Sans doute par manque d’expérience, coutumière de la BD franco-belge, j’ai eu un peu de mal à m’habituer aux dessins noir et blanc et aux découpage des cases. Mais aussi parce que les intrigues des manga que j’avais eu l’occasion de lire n’avaient pas attiré mon attention. Avec les fils les fils de la terre, j’ai été séduite par le thème traité. Ce manga met en image un problème socio-économique qui touche bon nombre de pays développés et tout particulièrement le Japon : la remise en question de l’autosuffisance alimentaire, l’exode rural qui a vidé les campagnes de leur habitants, ainsi que les difficultés que connaissent les petits producteurs qui ont de plus en plus de mal à vivre de leur production.

Bien que le sujet soit sérieux, il est traité avec légèreté et beaucoup d’humour. On y retrouve des personnages sympathiques, habité par une forte volonté caractéristique du personnage de manga, qui ne se laissent pas abattre par les difficultés rencontrées en chemin. Le  graphisme, tout comme la nature des personnages, est assez classique et rappelle plus le style shônen que seinen. Cependant il est fluide et agréable.

Un bon manga, qui nous parle d’un sujet inhabituel. Je vous le conseille vivement.

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Delcourt met à votre disposition les 40 premières pages de la série : link

 

Autre manga de Mori Jinpachi (scénario) paru en France :  Tojikarao

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Une longue route

une longue route

Connaissant ma passion pour les manga, ma mère m’a ramené, d’une de ses escapades bruxelloise, ce superbe one-shot (un seul volume) de Fumiyo Kouno. Je ne connaissais pas du tout cette mangaka et je dois remercier ma mère ainsi que le libraire qui l’a conseillé pour ce joli cadeau.

Côté technique : Une longue route est un seinen, dans le genre tranche de vie. La vesrion française est publié par Kana dans la collection « Made In ». Titre original :  長い道 (nagai michi).

Résumé :

Sôsuke et Michi forment un drôle de couple. Lui, il n’arrive pas à garder un job, court après les jolies filles et se retrouve toujours sans un rond. Elle, elle lui a été envoyé par son père. Ce dernier a gagné la main de Michi pour son fils un soir de beuverie. Michi n’a rien des jolie filles sexy qui plaisent à Sôsuke, mais les voilà mariés. Elle est gentille, il ne peut pas la mettre à la porte… C’est ainsi qu’il commencent leur vie commune. Petit à petit ils vont s’habituer l’un à l’autre.

Critique :

Un dessin sobre, tout en douceur qui nous séduit par sa simplicité. Des personnages atypiques, drôle et attachant. Une longue route est un de ces manga où il ne se passe rien mais qui nous font passer un très agréable moment.

 

une longue route image2

 

 

Quelques mots sur l’auteur :

Fumiyo Kouno est née en 1964 à Hiroshima. Après avoir arrêté ses études à l’université de Hiroshima elle part vivre à Tokyo ou elle commence à travailler comme assistante d’un de ses ami, devenu mangaka. C’est en 1995, avec Machikado Hana Dayori (non disponible en français) que sa carrière de mangaka décolle. elle continuera a travailler comme assistante tout en produisant ses propres manga.

Une longue route s’inspire d’un manga du même nom du mangaka Yu Takita, pionnier du genre manga autobiographique. Son manga Nagai michi (indisponible en VF) raconte le quotidien calme d’un couple. Ayant beaucoup apprécié ce manga, Fumiyo Kouno a voulu faire la même chose, mais au fil des page son manga a pris une tournure bien différente de celui de Yu Takita, notamment sur la personnalité de ses personnages principaux.

Deux autres des ses œuvres sont disponibles chez Kana : Pays des cerisiers (one-shot), récit bouleversant sur la tragédie d’Hiroshima, et Pour Sanpai (2 volumes) ou un sexagénaire veuf découvre le carnet où sa femme a noté tout ce qui pourrait lui être utile, des goût de sa petite fille, aux recettes de cuisine. Tous deux sont des seinen.

Un quatrième manga de Fumiyo Kouno est disponible en français, c’est un manga pour enfant (kodomo) publié chez Glénat : Koko, one-shot mettant en scène la vie d’une jeune collégienne qui adopte un coq.

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Fumiyo Kouno était à Paris le 4 mars 2012, dans le cadre de Planète Manga au Centre Pompidou. A cet occasion l’equipe de Manga News a pu la renconter, vous pourais lire l’interview sur leur site : link

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Kaze no yojimbo

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Kaze no Yojimbo, ou, pour les puristes, Kaze no Youjinbou (旋風の用心棒), est une série de 25 épisodes de 25 minutes réalisé par Hayato Date, Studio Pierrot, en 2001.

Synopsis :

La série s’inspire du Film Yojimbo de Akira Kurosawa (1961). George Kodama débarque dans une petite ville de province, Kimujuku, à la recherche d’un certain Genzo Araki. Sur place, il ne réussi pas à trouver Genzo. Pourtant la ville semble cacher quelque chose. Découvrant que celle-ci vit sous l’emprise de 2 clans rivaux, il se fait embaucher par les 2 clans en tant que Garde du corps. Utilisant les rivalités des deux clans, il va chercher à découvrir le secret de la ville, ce qui l’aidera peut-être à en savoir plus sur son passé.

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Critique :

La première chose qui m’a marqué c’est le graphisme de cet anime, assez particulier. Dans des décors impeccablement réalisés, dans un style très classique, évoluent des personnages aux traits très stylisé et aux couleurs fades. Au contraste entre décor et personnages s’ajoutent des effets tel que brouillage de l’arrière plan et autres flous artistiques. Cela surprend au début, mais finalement ce n’est pas désagréable. Puis ça change un peu des styles graphiques habituels. Pour ce qui est de l’histoire, je dois avouer que pendant les 25 épisodes j’ai cherché la ressemblance avec le film de Kurosawa, qui par ailleurs est un très bon film. Certes, la situation de départ est la même, un homme arrive dans une ville de campagne où 2 factions de yakuza s’affrontent, il se fait engager comme garde du corps tour à tour par les 2 factions. Mais très vite dans l’anime on se laisse prendre par l’intrigue qui lui est propre, pourquoi George recherche-t-il Genzo? Quel secret cachent les habitants de Kimujuku? Et quel est le rapport avec le passé de George? Tout cela n’a rien à voir avec le Film Yojimbo de Kurosawa. Oui, mais en y repensant au moment d’écrire ma critique je me suis rendue compte que les références y sont nombreuses, non seulement dans le départ de l’histoire mais aussi dans les différents personnages.

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C’est un livre

J’ai complètement craqué pour ce superbe album jeunesse : C’est un livre de Lane Smith, aux éditions Gallimard Jeunesse.

Un âne et un singe assis face à face. Qu’est-ce donc cet étrange objet que tient le singe entre les mains? C’est un livre! Intrigué l’âne se demande si ça marche avec le wi-fi, s’il faut un code d’accès, si on peut chatter… Mais non!

« C’est un livre espèce d’âne ».

Les dessins sont à craquer, l’expression du singe me fait trop rire. Et l’histoire est tout à fait adapté pour les enfants modernes qui apprennent à faire fonctionner le lecteur DVD avant même de savoir parler correctement.

C’est drôle, court et efficace. J’ADORE

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Je ne suis pas mort

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Je ne suis pas mort est le premier manga de Hiroshi Motomiya publié en France à ma connaissance. Ce manga est paru au Japon en 2007 sous le titre original まだ、生きてる。。。(mada, ikiteru...). C’est une seinen, autrement dit un manga qui s’adresse plus particulièrement à un public adulte. C’est aux éditions Delcourt que parait la version française. La série compte actuellement 2 volumes, elle est toujours en cours. 

Trame du départ :

L’histoire commence avec une de ces affreuses journées qui font le quotidien de Kenzô Okada. Kenzo Okada a soixante ans. Pendant plus de 38 ans il a été comptable. Mais voilà, il n’a jamais su s’adapter aux technologies modernes, et un comptable qui se sert encore de son boulier, ça fait désordre. Son entreprise l’a gentiment remercié. Retrouver du travail est pour lui une mission impossible, les hôtesses des agences de travaille ne prennent même pas la peine d’étudier sa candidature… Mais voilà, cette journée est pire que les autres : en rentrant chez lui, tout a disparu. D’abord affolé, il découvre que sa femme et ses enfants sont partis ne laissant que ses vêtements éparpillés sur le sol et la demande de divorce à signer sur la table. Impossible de les joindre par téléphone, tous ont résilié leurs contrats. Même ses comptes bancaires ont été vidés.  Okada a été abandonné, par sa famille, mais aussi par toute la société qui ne voit en lui qu’une relique du passé.

Alors qu’il ne lui reste plus rien, il dépense ses derniers yens  pour se payer un billet de train qui le ramènera dans sa région natale. Il est décidé a en finir avec sa triste vie, achète une corde et part dans la montagne pour se pendre. Mais voilà, non content d’avoir raté sa vie, il rate aussi son suicide. Il n’est pas mort ! Que faire quand il ne vous reste plus rien, que même la mort ne veut pas de vous ? En reprenant conscience, après son suicide raté, Okata escalade une falaise. En haut le soleil se lève. Voici ses mots :

« Je… Je ne suis pas mort… et quand bien même… le soleil… se lèverait encore. Dans ce monde la mort n’épargne personne mais moi, je suis toujours vivant. D’accord… J’irai jusqu’au bout de mon chemin »

C’est ainsi qu’il commencera une nouvelle vie. Refusant de revenir vers ce monde qui ne veut plus de lui, il va s’enfoncer de plus en plus profondément dans la forêt afin d’y vivre libre. Même si protéger sa liberté, signifie survivre loin de tout et de tous. Face à la nature, Kenzô Okada deviendra un nouvel homme.

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Mon avis :

J’ai beaucoup aimé ce premier tome. Ce dessin est très classique, cependant il est bien réalisé. Ce qui fait la force de ce manga, c’est surtout son scénario. L’histoire est originale et mené avec brio du début à la fin. Il n’y a pas de pages inutiles, on n’a pas le temps de s’ennuyer. L’auteur réussi à nous faire entrer dans les états d’âme du héros, sa déchéance des premiers chapitres, puis sa renaissance et la détermination qui feront de lui un homme nouveau. Le contraste entre l’homme misérable écrasé par une société intolérante et oppressante et l’homme fort et libre qu’il deviendra dans la montagne, nous font réfléchir à notre propre relation à la société qui nous entoure et qui peut-être nous opprime. Cela fait aussi réfléchir à notre relation avec la nature, alors qu’elle a tant à nous offrir, serions nous capable d’y survivre. C’est un manga plein d’espoir, espoir en l’homme qui, même arrivé au plus bas, possède en lui les ressources pour s’en sortir, aller de l’avant. 

à lire aussi :

l’avis de Mackie 

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Le Manga

Dans mon entourage il y a très peu de lecteur de manga, et il n’est pas rare qu’on me dise « ah bon? tu lis des manga, toi? » Et oui. Je lis des manga, et j’adore ça ! Alors j’ai eu envie d’écrire cet article pour tous ceux qui m’entourent et qui ne connaissent pas. Certes, les ouvrages, articles et site dédiés aux manga ne manquent pas, je n’ai pas ici prétention de faire mieux, loin de là. Je vais tenter de partager mes recherches et reflexions sur ce genre bien particulier de bande dessinée. J’espère avoir réussi à rendre la diversité qu’offre la production de manga et que certains se laisseront aller au plaisir d’en lire, si ce n’est pas déjà fait. Pour tout ceux qui veulent aller plus loin dans l’étude du manga, retrouvez la bibliographie à la fin de l’article.

Bonne lecture à tous (^_^)

Brève histoire du Manga:

Le mot « manga » fut inventé par Hokusai en 1814 pour désigner ses recueils de caricatures satiriques et autres croquis. Il se compose du cataractère 漫 (man) qui peut se traduire par involontaire et le caractère 画 (ga) qui signifie image.

Katsushika Hokusai Optician Goblins and Blind Musician in H

Feuilletez le manga de Hokusai exposé à la BnF en 2008 : link

La tradition des récits illustrés remonte à loin au Japon. On peut voir une certaine continuité entre les rouleaux peints du XII siècle (e-maki), les estampes du XVII- XIX siècle, le toba-e (recueil d’images satiriques ainsi que les kibyoshi (livres à couverture jaune) et ukiyo-zoshi (roman du monde flottant) dans lesquels étaient fréquemment insérées des gravures contenant des dialogues, et le manga tel qu’on le connait aujourd’hui. Mais, sans l’influence du comic et de la BD occidentale, le manga ne serait pas ce qu’il est.

Les premiers mangas au sens moderne font leur apparition au Japon dans les années 20, notamment sous l’influence des strip humoristiques à l’occidentales publiés dans les journaux. Mais, c’est à partir de 1945, avec l’occupation américaine, que le manga va se développer et devenir une véritable culture de masse. A cette époque, avec l’arrivée des comics américains, les magazines de manga se multiplient. Au départ ceux-ci copient le format des magazines de comics, mais en noir et blanc et sur du papier de moins bonne qualité. Les magazines de manga (mangashi) se développent et s’affranchissent de leur modèle américain. Alors que les comics américains réduisent leur nombre de pages, la moyenne pour un mangashi est 200 ou 400 pages, certains pouvant aller jousqu’à 1000 pages, tout en gardant des prix bas. Les mangashi, tout d’abord mensuel deviennent dans les années 70 hebdomadaires, voir quotidiens pour concurrencer les manga en format livre.

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Norakuro, manga de Tagawa Suiho, crée en 1931 et publié jusqu’en 1941 dans la revue Shônen Kurabu. Dans l’esprit militariste de l’époque.

Le manga offre une très grande variété. Il s’adresse à toutes les tranches d’âges et aux 2 sexes. Le shônen, manga pour jeune adolescent, apparaît dès 1915. Suivi en 1920 par les shôjo, manga pour jeunes filles. Cependant, ces premiers shôjo sont dessinés par des mangaka (auteur de manga) hommes et restent assez marginaux. C’est surtout dans les années 70 que le shôjo se développe avec l’arrivée, dans le monde des auteurs de mangaka femmes de talent qui s’imposent. Pendant cette même décennie, se développent aussi les seinen, genre pour un public adulte, au graphisme souvent plus réaliste.

Dans l’après guerre apparaît le « gekiga » (qui se traduit par image dramatique). Ils sont publiés dans des support plus marginaux comme les théâtres de papier, les comic books locaux, notamment les livres rouges édités à Osaka et les librairies de prêt. Le terme « gekiga » est lancé par un maître du genre, Yoshihiro Tatsuki en 1957. Dans les années 60 les gekiga trouveront une place au sein des revues grand public et prospèrent.

Si je ne devais citer qu’un auteur, dans cette brève histoire du manga moderne, je vous parlerais de Osamu Tezuka. Parmis ses oeuvres les plus connues se trouvent Astro boy (Tetsuwan Atom, dans sa version originale), Les 3 Adolf, (Adorufu ni Tsugu) ou encore Bouddha, sa plus longue série. Non seulement il produit énormément de manga, mais très vite il se passionne pour l’adaptation des manga en animation et fonde son prope studio. De 1946 à 1989 il travailla inlassablement au développement et à la promotion du manga et de l’animation japonaise.  Il est encore aujourd’hui considéré par ses paires comme le fondateur du manga contemporain.


Les mangashi et l’univers de l’édition du manga au Japon  :

Les mangashi proposent plusieurs histoires d’une vingtaines de pages chacune  mais aussi des histoires courtes et des strips humoristiques. Il y a très peu de pages couleurs, seulement les couvertures, les premières pages de l’histoire phare, les publicités… Comme nous l’avons vu plus haut, elle sont très épaisses et bon marché. Après les avoir lu, les japonais les jettent.

Les revues de manga représentent 1/6 du chiffre d’affaire de la presse et les 2/3 du marché sont détenus par seulement 3 éditeurs : Kodansha, Shueisha et Shogakukan.

Les séries à succès sont ensuite édités en format livre poche (bunkobon) ou semi-poche (tankobon).

Contrairement à ce qui se passe en France ou aux Etats-Unis, au Japon les personnages restent la propriété de l’auteur et non de l’éditeur. Celui-ci est donc libre d’arrêter une série quand il le souhaite. Bien que, le plus souvent  les séries se terminent quand elles n’attirent plus assez de lecteurs dans les revues où elles sont pré-publiées. Mais, même pour les séries à grand succès la mort survient avec celle de son créateur. Ce système permet un renouvellement cyclique des séries éditées.

La survie du manga dépends de sa popularité. Qu’elle soit le fruit d’un auteur reconnu ou d’un débutant, la série continuera, ou s’arrêtera en fonction des scores obtenus aux questionnaires que les lecteurs renvois. Les questionnaires servent aux éditeurs comme étude de marché instantanée.

Ce système a pourtant ses inconvénients. Quand la série est un succès, l’auteur est poussé par ses éditeurs à poursuivre. Les aventures sont alors diluées afin de la faire durer le plus longtemps possible. Les chapitres se suivent et se ressemblent tous. Une fois trouvé une recette qui marche, on l’applique à outrance. C’est tout particulièrement le cas des shônen et certains seinen, notament les manga de sport. Je pense, par exemple, à GTO. Un shônen qui met en scène un jeune ex-délinquant devenu professeur dans un collège, il est un peu obsédé, mais toujours
prêt à aider ses élèves. ça ne vole pas haut, certes. Je dirais que ça vole au niveau des petites culottes, mais les premiers volumes sont, faut l’avouer, assez hilarant. Cependant voilà, Fujisawa Tôru, a trouvé une formule à succés et n’en change pas ! D’un volume à l’autre on retrouve toujours les même gags, les mêmes histoires et les mêmes petites culottes… arrivée au dixième volume je m’ennuyais franchement. Et la série compte 25 volumes. Celle-ci étant finie, Fujisawa a enchainé avec Young GTO -shonan Junai Gumi où il raconte l’adolescence de son héro, puis GTO  Shonan 14 days. Inversement, Ueda Hiroshi s’est vu obligé d’arrêter sa série Opéra de Pékin au bout de seulement trois volumes, alors qu’il avait prévu une histoire bien plus longue, dans laquelle il souhaitait parler de la révolution culturelle en Chine, un sujet qui aurait pu être très intéressant si on lui avait donné l’occasion de l’exploiter.

weekly shonen jump

Mais, revenons au travail des éditeurs. Il est bien plus important  dans la création de manga que dans celle de la bande dessinée franco-belge. Le mangaka travaille en étroite collaboration avec son éditeur, d’abord sur une planche esquissée montrant le projet (les nemu) puis sur les planches définitives. Avant la publication, il n’est pas rare que le mangaka rencontre plusieurs fois son éditeur et modifie son travail. Ayant connaissances des enquêtes, les éditeurs aident leur mangaka à ajuster leur travail au fur et à mésure des chapitres afin de rester en haut du classement. Chaque éditeur prends en charge environ 8 mangaka. De plus, les mangaka qui réalisent des séries hebdomadaires ne travaillent pas seuls, ils sont entourés d’assistants qui s’occupent des décors, des trames de fond, l’encrage, l’ajout d’onomatopées .. Un atelier de mangaka peut compter de 2 à 20 assistants. Le mangaka partage avec eux la rémunération à la page, pas très élevée  dans l’espoir de voir sa série sortir en livre, ce qui rapporte bien plus. Généralement, être assistant est une première étape avant de devenir à son tour mangaka. Mais il existe des assistants professionnels, spécialisés dans l’une des tâches citées.

Pour en savoir plus sur le monde de l’édition du manga je vous conseille la lecture… d’un manga ! Et oui!! La série Bakuman. Les auteurs y mettent en scène 2 adolescents qui tentent de percer en tant que mangaka. En dehors des habituelles amourettes d’ado, on apprend beaucoup de choses sur les techniques de dessin, les différentes étapes de publication, le rôle des éditeurs… Et c’est très agréable à lire.

Pour en savoir plus sur ce manga, je vous renvois à l’article de yomu-chan → Bakuman

Le plus populaire des magazines de manga hebdomadaire est Shonen Jump, il s’adresse à un public de jeunes adolescents masculins principalement. Géré par la plus grosse maison d’édition : Shueisha, le magazine a lancé plusieurs séries cultes commes Dragon ball, One Piece ou encore Naruto. Et c’est d’ailleur dans Shonen Juimp que le manga Bakuman est publié et pourShonen Jump que ses héros cherchent à travailler.  

Vous trouverez un chapitre  dédié au Shonen Jump, avec photos des bureaux, ainsi qu’un chapitre, toujours richement illustré, sur l’atelier du mangaka dans le livre de Schmidt et Delpierre, Les mondes Manga.


 Le manga en France :

Au début des années 80 la France importe les premières animation japonaise sous forme de séries TV diffusées dans les émissions pour enfants comme le club Dorothée. Non seulement les programmateurs se cantonnent aux séries à grand succès commercial, mais en plus, ils manquent de discernement en diffusant dans les programmes pour enfants des séries à l’origines prévues pour les grands adolescents, ce qui provoque de grande polémiques et stigmatise l’animation japonaise.

Ce n’est qu’en 1989 que l’éditeur de BD Jacques Glénat publie le premier manga en France : Akira. Celui-ci remporte un bon succès, notamment auprès de la critique.

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Poussé par ce premier succès, l’éditeur proposera en 1993 la version manga de Dragonball, déjà très populaire dans sa version télévisé Dragonball Z, suivi de Applessed de Masamune Shirow, le créateur de Ghost in the Shell. Naissent alors des petits éditeurs passionnés, une presse spécialisée venant du fanzinat qui permettrons de développer l’offre. Le magasin Tonkam, qui depuis les années 70 importait des manga japonais, décide de se lancer dans l’édition papier et vidéo en 1992 (Editions Tonkam) .

Vers la fin des années 90 l’animation japonaise connait un déclin dans sa diffusion à la télévision française. Ce qui oblige les éditeurs à revoir leur offre. Ils vont cibler un public averti.
Les fanzines se professionnalisent, se transforment en magazines classiques, diffusés en Kioske tel que Animeland (Animeland) . Parallèlement les réseaux alternatifs de fans se développent et organisent des événements partout en France.

Jérôme Schmidt remarque, dans son petit guide Génération manga, publié en 2004,  que le public est devenu un public de connaisseurs, de plus en plus étalé dans les âges supérieurs et la population active. Personnellement j’ai pu observer un grand développement de l’offre ces dernières années, les étalages dédiés aux manga ne cessent de se multiplier dans les librairies spécialisées mais aussi dans les supermarchés ou encore dans les bibliothèques.


 Les différents genres de manga :

Shônen :

Comme nous l’avons vu, c’est un genre qui s’adresse à un public de jeunes garçons. Le plus souvant le shônen met en scène la quête initiatique d’un jeune héros qui devra affronter des ennemis de plus en plus forts. Des exemples classiques en sont les séries cultes tel que Dragon Ball, One Piece(n’en déplaise aux nombreux fan, j’ai horreur de ces 2 séries), Bleach, Naruto

Il existe de nombreux sous genre et on peut y trouver des histoires très diverses, comme  Bakuman, précédemment cité, ou encore des manga de sport tel que le très connu Ashita no Joe de Testuya Chiiba publié de 1968 à 1973 dans Weekly shonen magazine.

  bleach

 Shôjo :

Nous en avons déjà parlé aussi, ce sont les manga pour jeunes filles qui le plus souvent racontent les histoires d’amour de jeunes collégiennes/lycéennes. Là aussi il y a des nombreux sous-genres comme par exemple les magical girl dont les héroïnes ont des pouvoir magiques. Le premier exemple de ce sous-genre qui me vient à l’esprit serait Sakura chasseuse de cartes.

Personnellement je ne suis pas une fan de shôjo, les histoires à l’eau de rose c’est pas mon truc, certes, mais c’est surtout leur graphisme qui me déplaît. C’est le cas, par exemple de Nana. Je n’accroche pas du tout, bien que la série connaisse un grand succés. Elle a d’ailleurs été plusieurs fois adapté en animation, drama et film live. 

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Mais, j’avoue avoir un faible pour Fruits basket, qui,pourtant, est très classique avec ses personnages aux grands yeux, les garçons efféminés, l’héroïne d’une naïveté frisant le ridicule et qui, de plus, aime faire le ménage !! Oui, oui… dans Fruits basket il y a tout ça, mais j’adore (^-^) Personne n’est parfait…

Seinen :

Pour un public adulte, plutôt masculin, avec des graphismes plus réalistes et des scénarios adaptés à un public mature. Dans cette catégorie on trouve des choses très variées, des manga de combat basiques, axés sur la violence et aux scénarios rudimentaires tel que Kamen Teacher, mais aussi des histoires plus profondes et élaborées abordant soit des thèmes historiques et/ou sociétaux comme c’est le cas du manga de Hitaji Hideaki, Les fils de la terre  qui traite des problèmes que connaissent les campagnes et l’agriculture japonaise, l’exode rural, l’autosuffisance alimentaire du Japon en danger…

les fils de la terre

Quelques autres exemples :

Sorcières de Daisuké Igarashi, recueil en 2 volumes d’histoires courtes mettant en scène des femmes aux pouvoirs étranges.

Vagabond de Takehiko Inoue, très longue série mettant en scène un héros  inspiré du fameux samouraï Musashi Miyamoto. Les dessins de Inoue sont magnifiques. Il a également écrit de nombreux autres seinen, le dernier paru s’intitule Real et nous fait découvrir le handibasket.

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Josei :

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Manga pour femmes adultes. Je n’ai pas beaucoup d’expérience dans le genre, je n’en ai lu que deux, très différents l’un de l’autre : Vague à l’âme de Okazaki Mari et Romance d’outre-tombe de Natsuki Sumeragi.

Le josei est le pendant plus mature du shôjo, et comme lui met souvent en scène des histoires d’amour, plus ou moins heureuse, ainsi que les préoccupation de la vie quotidienne.

Kodomo :

Manga pour enfants garçons et filles. Un exemple très populaire c’est Pokémon, bien qu’en France on ait plus entendu parler de l’adaptation en série télévisée que du manga.

astro-kana-01 mDans cette catégorie on trouve également des grands classiques comme Astro boy de Tezuka Osamu. La version française de cette série en 5 tomes est disponible aux éditions Kana. Astro boy a également connu de nombreuses adaptations.

Parmi les kodomo on peut également trouver le manga Heidi de Igarashi Yumiko, les plus vieux d’entre vous se souviendront de son adaptation en anime.

Autre exemple : Doraemon est un manga pour enfant très connu au Japon, décliné en manga, série TV et produits dérivés, Doraemon enchante les petits nippons depuis plus de 30 ans. Il est d’ailleurs une exception dans l’univers du manga, puisque depuis sa création, Doraemon a connu plusieurs mangaka.

Gekiga :

Déjà cité, le terme désigne les manga dramatiques des années 60-70. Les gekiga pourraient, peut-être, être considérés comme un sous-genre du seinen. Cependant, certains gekigaka (auteur de gekiga) refusent d’être considérés comme mangaka (auteur de manga) et tiennent à différencier les deux genres en continuant à produire des gekiga tel que L‘âme du Kyodo de Hiroshi Hirata, grand maître du genre.

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Hentai :

Manga érotique/ pornographique.

Shônen-ai :

Ce genre de manga s’adresse surtout aux jeunes filles et met en scène des histoires d’amour, plus ou moins platoniques entre 2 garçons.

Shôjo-ai :

Même chose mais avec des filles.

Yaoi :

Histoires d’amour entre hommes avec scènes explicites, pour public averti. Beaucoup de jeunes mangaka commencent par le yaoi ou shonen-ai pour se faire connaitre.

Il existe au Japon des revues spécialisée dans le genre. Tout comme le shonen-ai, le yaoi s’adresse principalement à un public féminin.

Yuri :

Même chose que le yaoi mais mettant en scène des couples de femmes.

Dôjinshi :

Manga fait par des fan ou par d’autres mangaka et reprenant des héros de séries existantes, souvent pour être détournés en shônen-ai ou yaoi.

Il existe bien d’autre genre et sous-genres tel que les Jidaimono, manga historiques, ou les Shitei, manga humoristique, mais je pense avoir cité les principaux.


 Bibliographie :

Schmidt, Jérôme. Génération manga. Petit guide du manga et de l’animation japonaise. Librio, Repères. 2004

Schmidt, Jérôme et Delpierre Hervé Martin. Les Mondes Manga. Hachette livre. 2005

Paul Gravett. Manga. Soixante ans de bande dessinée japonaise. Edition du Rocher. 2005 (pour la version française. Titre original Manga: sixty years of Japanese comics. Publié
en 2004)


Edit :

à lire aussi Manga : petit guide de lecture pour néophytes

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