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Cent vues célèbre d’Edo – Hiroshige

Hilde et Lou nous invitent à rendre hommage à Tokyo pour le rendez-vous d’un mois au Japon. J’ai réfléchi à la façon de m’y prendre quand Hiroshige est offert à moi comme une évidence. Avec ces cent vue célèbres d’Edo  (1856-1858) il a magnifiquement rendu hommage à la ville avant qu’elle ne devienne Tokyo. Ce n’est qu’en 1868 que Edo deviendra Tokyo avec la restauration Meiji et le déplacement de la capitale impériale qui était jusqu’à lors situé à Kyoto tandis que le shogun gouvernait depuis Edo.

Les vue d’Edo capturé par Hiroshige sont donc celle de la ville avant qu’elle ne change de nom. Nous somme encore sous le pouvoir des shogun Tokugawa, c’est la fin de l’époque Edo qui commence en 1600 avec la prise de pouvoir de Tokugawa Ieyasu.

Andô Hiroshige (1797-1858) est né dans une famille samouraï, mais à la mort de ses deux parents il se dirige vers une carrière artistique. Il intègre à 14 ans l’atelier de Toyohiro Utagawa (1773-1828). C’est avec Cinquante-trois relais du Tôkaidô (1833-1834) qu’il devient célèbre.

Il prends de nombreux apprenti dans son atelier dont deux qui lui succéderons sous le nom d’artiste de Hiroshige II (Shigenobu, 1826-1869) et Hiroshige III (1842-1894).

Après cette brève introduction laissons place aux cents vues d’Edo dont j’ai fait ici une petite sélection très personnelle.

Nihonbashi yukibare
Eitaibashi Tsukudojima
Suruga-chô

Avec cette vue de Sugura-chô je vous renvoie au manga français Le voleur d’estampe de Camille Moulin-Dupré. Dans son manga, l’auteur reprends la composition de cette estampe pour en faire le décor de sa ville fictive. A la place du mont Fuji il place le château du gouverneur. Mais il y a la même structure et le même porteur avec ses 2 paniers.

Résultat de recherche d'images pour "le voleur d'estampes"

Ueno Kiyomizuda Shinobazu ni ike
Ueno Yamashita
Kawaguchi no watashi zenkôji
Sumidagawa Suijin no mori Massaki
Ohashi Atake no Yudachi
Shichi hanei tanabata matsuri
Ueno san nai Tsuki no natsu

il ne vous rappelle rien ce pin ?

Fukagawa kiba
Fukagawa Susaki Jûmatsu

Tout à l’heure je vous ai renvoyé au manga de Moulin-Dupré, cette fois je vous renvoie à un manga de Taniguchi : Furari, qui s’inspire énormément des estampes de Hiroshige. On y trouve plusieurs clin d’œil, le faucon étant sans doute la plus flagrante.

furari - le milan
Furari – Taniguchi
ôji Shôzoku enoki ômisoka no kitsunebi

J’adore celle-ci ! Taniguchi la reprends également dans Furari.


Vous retrouverez toute la série de Cent vues célèbres d’Edo dans le très beau livres édité par Taschen. Je ne me lasse pas de le feuilleter. Une autre édition au format plus grand permettent de mieux profiter des détails des estampes

Ando Hiroshige sur le site de la BnF


Hiroshige II, ou comment le genre fait concurrence au maître

En 1858, Hiroshige II, dissiple et genre de Ando Hiroshige, publie également une série de vues d’Edo dont voici un bref apperçu. Vous pouvez retrouver ses séries Edo meisho ici

Shiba Shinmei – 1858
Asakusa Kinryū-zan – 1858
Sannō matsuri -1858

Avec cette dernière estampe, je vous renvoie encore au manga Furari de Taniguchi ou l’une des histoires fait référence à cet éléphant (du moins je pense que c’est le même, les éléphant qui traversent les rue de’Edo à cette époque ne devaient pas être très fréquents !).


Tokyo en estampe

Si j’ai choisi de rendre hommage à la ville en parlant des cent vue d’Edo de Hiroshige c’est surtout parce que c’est mon maître d’estampe préféré et que l’occasion d’en parler était trop bonne. Ce n’est pas le seul a avoir immortalisé avec talent la ville. Des maître d’estampe contemporains lui ont également rendu hommage dans de très belle estampes voici quelques images.

Hasui Kawase – le temple Zojo-ji à Shiba sous la neige 1925
Hasui Kawase – Neige à Shiba Daimon, 1936
Shiro Kasamatsu – La grosse lanterne du temple Senso à Asakusa, Tokyo 1934
Shiro Kasamatsu – Soir de printemps à Ginza

 J’espère que ce voyage dans le temps et les couleurs de l’ukiyo-e vous aura plu.

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Yôkai, ces créatures sorties du folklore japonais qui peuplent les manga

Aujourd’hui j’avais envie de faire un petit article pour parler des Yôkai, ces créatures étranges qui peuplent le folklore japonais et que l’on retrouve régulièrement dans les manga et les anime. Si l’envie d’en parler est présente, ma connaissance du sujet est loin d’être parfaite, alors n’hésitez pas à apporter votre pierre à l’édifice 😉 Je vous propose ici un petit aperçu, une entrée en matière qui ne demandera qu’à être complétée par plus de lectures 🙂

 Des yôkai et des mots :

The Heavy Baske (1892) de Tsukioka Yoshitoshi

Yôkai s’écrit 妖怪, le kanji signifie « attractif », « séduisant » tandis que le kanji  signifie « apparition ». Sous ce terme générique on nomme toutes sortes de créatures surnaturelles diverses. Certaines issues d’anciennes légendes, d’autres plus modernes crées de toutes pièces par des artistes de l’époque Edo (1600-1868) ou encore par des mangaka contemporains tel que Mizuki Shigeru. Sous ce terme on peut aussi trouver des créatures issues du folklore occidental. Il existe des yôkai bienveillants et d’autres très dangereux, entre les deux une multitude de yôkai s’amusent à jouer de mauvais tours aux humains.

rassemblement de yôkai dans Natsume Yuujinchou

On retrouve des yôkai dans nombreux manga et anime qu’ils en soit les personnages principaux ou de simples figurants. Par exemple dans le film d’animation Lettre a Momo ils jouent un rôle principal et sont bienveillant.

D’autres mots désignent ces créatures surnaturelles : ayakashi, mononoke ou mamono.

Ayakashi (妖) semblerais désigner des yôkai ayant la particularité d’apparaître sur une surface d’eau (lu sur wikipedia…). On retrouve en effet un ayakashi dans l’épisode Umibozo de la série Mononoke (si vous ne l’avez pas vu faut absolument vous la procurer c’est génial !). Dans cet épisode  l’apothicaire est sur un bateau et c’est en mer que l’ayakashi apparaît. Cet ayakashi est le fruit de la rancune éprouvée par une humaine en mourant (caractéristique que l’on retrouve chez de nombreux yôkai, mais nous y reviendrons plus tard).

ayakashi (umibozo) dans la série Mononoke

Pour la petite histoire Umibozo (海坊主) est le nom d’un yôkai marin naufrageur. Son nom signifie « moine de la mer ». Son aspect varie selon les sources. Il est tantôt représenté comme une énorme silhouette noire avec de grand yeux, tantôt comme un vieil homme.

le marin Tokuso rencontrant un umibōzu, par Utagawa Kuniyoshi

Si l’ayakashi de la série Mononoke semble correspondre à la définition de wikipedia, dans d’autres séries le terme ayakashi est utilisé pour désigner des apparitions qui se matérialisent aussi bien sur terre que sur l’eau. Je pense notamment à Noragami (manga anime) où ce nom est employé pour désigner toutes les créatures nées des amertumes, tristesses et autres émotions négatives humaines. Dans cette série Yato, un dieu mineur, utilise des armes spirituelles pour détruire les dits ayakashi et ainsi libérer les humains de leur emprise.

ayakashi dans la série Noragami

A noter que la série Mononoke est un spin-off d’une série intitulée Ayakashi : Japanese Classic Horror, série animée composé de 3 arcs indépendants réalisés par 3 réalisateurs différents et mettant en scène des histoires de fantômes (si vous savez pas quoi m’offrir pour mon anniversaire… 😛 ).

On trouve encore le mot ayakashi dans le titre du manga Secret Service Maison de Ayakashi de Cocoa Fujiwara où les personnages principaux sont mi-humain mi-yôkai.

Secret Service
Secret Service

Les yôkai sont encore appelés mononoke (物の怪), autre terme générique utilisé pour parler de monstres ou esprits.  signifie « chose », « objet » et on retrouve le kanji 怪 de yôkai qui signifie « apparition », « mystère ».

Ce terme donne son nom à la série dont je vous parlait plus haut (Mononoke – モノノ怪) mais aussi à l’un des film de Miyazaki : Princesse Mononoke (もののけ姫)

Je n’ai pour ma part jamais rencontré appellation mamono mais on pourrait ici citer le terme yurei (幽霊) qui désigne lui les fantômes en général à ne pas confondre avec les yôkai qui seraient plutôt des monstres. Les yurei sont les âmes des défunts qui n’ont pas trouvé le repos après leur mort à cause d’une rancune ou autre.

Yūrei par Sawaki Sūshi (1737)

Des yôkai et des formes

Les yôkai sont de formes et de natures très variées, animaux magiques, humains ayant perdu leur humanité à cause d’émotions négatives, objets prenant vie… il n’y a aucune limite à la yôkai’attitude !

des animaux à vous faire peur

Nombreux sont les animaux magiques que l’on pourrait trouver sous le terme de yôkai. Je ne vais pas m’amuser à tous les reprendre, je n’en citerai que quelques uns des plus connus.

Tanuki

Commençons avec le tanuki. Tanuki est le terme désignant en japonais le chien viverrin, petit canidé originaire de l’Asie de l’est. Ce terme est utilisé en occident pour désigner le bake danuki (化け狸) esprit de la forêt ayant la forme d’un tanuki. Il est souvent représenté avec un chapeau de paille et une gourde de sake. Il a le ventre bien rebondi et de gros testicules. Il est généralement considéré comme un symbole de bonne fortune. Les tanuki (tous comme les renards) sont des o-bake (お化け – aussi appelé bakemono 化け物 du kanji 化 « se transformer », « se métamorphoser ») soit des esprit métamorphes. Ils peuvent changer de forme à loisir et prendre une apparence humaine. Mais la caractéristique la plus étonnante du tanuki est ce qu’il fait de ses testicules ! Il peut les grossir et les utiliser à des fins diverses.

On ne peut pas parler de tanuki sans mentionner Pompoko (j’adore ce film !) de Isao Takahata (studio Ghibli). Dans le film on les voit se métamorphoser de plus belles.

J’avais été surprise dans le film de voir les transformations faites avec des testicules. J’ai découvert plus tard que ce n’était pas une invention de Takahata mais un fait reconnu de cet animal dans le folklore japonais.

estampe de Kutagawa Kuniyoshi

Kitsune

Au côté du tanuki on trouve le kitsune, le renard. Ici c’est le même terme qui est employé à la fois pour désigner l’animal réel et la créature légendaire : 狐. Tout comme le tanuki, le renard est un yôkai métamorphe et peut prendre forme humaine.

Les renards peuvent être bienveillants, ils sont alors associés au dieu Inari (dieu des céréales et du commerce… tiens ça me fait penser à une certaine Holo qui n’est pas une renarde mais une louve mais partage avec le renard sa malice et son pouvoir métamorphe, lire Spice and Wolf).

Les kitsune peuvent être malveillant. Ils jouent des farces aux humains et peuvent  même les posséder (Kitsunetsuki), la victime est toujours une jeune femme qui prends alors des trait rappelant ceux du renard.

On retrouve également des renards dans Pompoko, ils y sont particulièrement espiègles et opportunistes par opposition aux tanuki qui sont bon enfant.

On représente souvent les renards avec plusieurs queues, le nombre de queues augmente avec l’âge et la puissance de l’esprit renard. Le plus célèbre renard dans le manga est sans doute le kyûbi de Naruto, ce renard à neuf queues qui est scellé dans son corps.

Kurama le « kyûbi no kitsune » (renard à 9 queues) de Naruto

Autre renard autre style, on retrouve ce yôkai dans le film d’animation coréen Yobi, le renard à 5 queues. Ici le renard s’amuse à prendre forme humaine pour rejoindre un camp d’enfants.

(« une oeuvre de la même veine que celle de Miyazaki » si Miyazaki avait fumé un gros pétard mais… malgré le côté wtf du film Mimiko a beaucoup aimé)

On retrouve en effets des légendes de renards à plusieurs queues aussi dans la mythologie chinoise et coréenne.

Je me souviens également d’un renard dans Natsume Yuujinchou (Le pacte des Yôkai dans la version manga en français).

Un tout petit renard qui se prends d’affection pour Natsume.

Je ne me souviens plus dans quel épisode il apparaît.

Rien à voir avec le Kyûbi de Naruto ! XD

renard à 9 queues dans Secret Service
renard à 9 queues dans Secret Service

L’esprit renard prend souvent la forme d’une femme-renard qui séduit les hommes. Elle peut parfois se révéler être une bonne épouse. Selon la légende, Abe no Semei était le fils d’une femme-renarde (Kuzunoha) qui lui aurait légué une part de ses pouvoirs. Pour savoir qui est Abe no Semei je vous conseille la lecture de Onmiyôji, un manga de Okano Reiko. On y rencontre d’ailleurs pas mal de yôkai.

Kuzunoha quittant son enfant par Yoshitoshi

Autre yôkai lié au renard le kitsunebi (狐火) « feu du renard » magnifiquement représenté par Hiroshige. On retrouve cette estampe dans Furari, un manga de Taniguchi.

Hiroshige – New Year’s Eve Foxfires at the Changing Tree, Ōji (1857)

bakeneko

Autre animal réputé pour ses pouvoirs magiques (chez nous aussi !) le chat. Appelé bakeneko (化け猫) « monstre chat », on retrouve le kanji 化 de la métamorphose. Tout comme le tanuki et le kitsune c’est un bakemono.

bakeneko par Hiroshige

Le bakeneko n’est pas une créature charmante, il peut dévorer son maître pour prendre ça place ou faire revenir les morts à la vie. On retrouve ces chats monstrueux dans de nombreuses légendes notamment dans La danse des chats, un joli conte dont j’ai déjà parlé.

« Ume no Haru Gojūsantsugi » (梅初春五十三駅) by Utagawa Kuniyoshi

On retrouve un bakeneko vengeur dans le dernier épisode de Mononoke ainsi que dans le dernier  arc de la série Ayakashi.

bakeneko dans Ayakashi – Japanese classic horror

Autre yôkai chat, le nekomata se caractérise par une double queue :

Nekomata par Gojin Ishihara
nekomata dans Naruto

Mais il n’y a pas que des chats malfaisants, il y a aussi le chat porte-bonheur : le maneki-neko (招き猫), ce chat à la patte levé qui vous invite à entrer.

J’ai découvert récemment la légende à l’origine du maneki-neko sur Vivre livre, je n’ai pas encore lu l’album qui la raconte mais en attendant je vous invite à faire un tour chez Blandine pour en apprendre plus sur ce charmant chat.

Les références aux maneki-neko dans les manga et anime sont nombreuses. Je citerais avant tout Natsume Yuujinchou où Madara, un puissant yôkai, se voit affublé la forme d’un maneki-neko après avoir été scellé dans une statuette.

Natsume Yujinchou

On retrouve des chats peu ordinaires dans un autre film de Ghibli : Le royaume des chats

J’allais oublier le chat-bus de Totoro

 Okuri-inu

Après les chats, les chiens, avec le okuri-inu (送り犬) « le chien qui accompagne », aussi appelé okuri-ôkami (le loup qui accompagne). Il peut être bienveillant, il suit le voyageur pour le protéger d’autres yôkai ; ou malveillant, attendant que le voyageur chute pour le dévorer. Le mot okuri-ôkami serait aussi utilisé pour désigner un homme malintentionné qui propose de raccompagner les jeunes fille pour les agresser.

okuri-ôkami par Mathiew Meyer

On trouve la version agressive de ce yôkai dans le manga Mokke de Takatoshi Kumakura.

okuri-ôkami dans Mokke
okuri-ôkami dans Mokke

Kappa

kappa – Toriyama Sekien

Le kappa (河童), ce yôkai très connu ressemble beaucoup à une tortue anthropomorphe. Le haut de son crâne est creux et plein d’eau.

Le kappa vit près de l’eau et attire les humains pour leur jouer de mauvais tours. Ils raffolent de concombre. Pour leur échapper on doit s’incliner pour qu’en vous saluant en retour l’eau au sommet de son crâne se vide et qu’ils perdent ainsi ses pouvoirs.

Les kappa sont très populaires et on en trouve dans de nombreux manga/anime. On en croise d’ailleurs  dans Le pacte des Yokai, mais si je ne devais citer qu’un seul manga je parlerais de Mon copain le kappa de Mizuki Shigeru.  Dans ce manga un jeune garçon qui ressemble à s’y méprendre aux kappa est enlevé par 2 d’entre eux avant de revenir chez lui avec un jeune kappa.

Il y a aussi le très joli (mais un peu long) film Un été avec Coo

Dans Gintama aussi on rencontre une sorte de kappa :

Gintama

Tengu

Autre yôkai aux formes d’un animal anthropomorphe très connu, le Tengu à l’allure d’un rapace. Pourtant le nom tengu (天狗) signifie « chien céleste ». Initialement représenté avec un bec, cette caractéristique a été peu à peu remplacée par un très long nez. Dangereux guerrier, démons ou protecteurs de la forêt, il  y a de très nombreuses variantes du tengu. On dit même que c’est au près d’eux que les yamabushi, sorte de moines guerrier des montagnes, tireraient leur savoir.

Tengu par Hokusai
An elephant catching a flying tengu, by Utagawa Kuniyoshi

Ce yôkai est au centre du manga le clan des Tengu de Iô Kuroda où des tengu ayant pris forme humaine tentent de rétablir leur ancienne puissance. Un manga assez étrange mais très intéressant.

le clan de Tengu de Iô Kuroda

Les tengu sont aussi au centre de l’intrigue de Kabuto Le Dieu Corbeau de Buichi Terasama.

Kabuto Le Dieu Corbeau
Kabuto Le Dieu Corbeau

Dans un tout autre style on retrouve les tengu au centre de l’intrigue de Black Bird, un shôjo où l’héroïne est éprise du maître des tengu, un beau et ténébreux jeune homme revenu dans sa vie après une longue absence.

On rencontre un tengu aussi dans le global-manga de Camille Moulin-Duprès Le voleur d’estampes (si vous aimez comme moi les estampes japonaises je vous conseille vivement ce manga très atypique qui m’a séduit surtout pour son esthétique)

Le voleur d’estampes – Camille Moulin-Duprès

Oni

Les oni (鬼) sont des yôkai à l’allure de démons qui vivent dans les montagnes. Ils ont habituellement la peau rouge, bleu, marron ou noire et sont armés de grosses massues. Je pense tout de suite au conte Momotaro où le jeune Momotaro va se battre contre des oni.

oni par Hokusai

On aperçois des oni dans le premier tome du très bon manga de Ima Ichiko : Le cortège des cents démons.

Le cortège des cents démons
Le cortège des cents démons

Tsukumonogami

Les tsukumonogami (付喪神) sont des yôkai ayant la forme d’un objet. Ceux-ci prennent vie à leur centième anniversaire. Toutes sortes d’objet peuvent devenir des yôkai. Certains d’entre eux sont particulièrement connu.

Kasa-obake

Le kasa-obake (傘おばけ) est un yôkai parapluie très populaire. Il est également appelé karakasa-obake (から傘おばけ) et karakasa kozō (唐傘小僧).

Kasa-obake par Utagawa Yoshikazu

Je l’ai rencontré plusieurs fois. Le plus connu est sans doute celui de Mizuki que vous avez du déjà apercevoir.

kasa-obake par Shigeru Mizuki

Dans le pacte des yôkai on en croise 2 différents dans le même tome. L’un d’eux est accompagné d’une kameosa (vieille jarre à sake) autre tsukumonogami.

2 kasa-obake dans Le pacte des Yôkai
2 kasa-obake dans Le pacte des Yôkai

Biwa-bokuboku

Biwa-bokuboku in Toriyama Sekien’s Hyakki Tsurezure Bukuro

Le biwa (琵琶) est un instrument de musique japonais utilisé depuis le VIII° siècle, dérivé du pipa chinois. Le biwa-bokuboku (琵琶牧々) serait un biwa ayant pris vie.

Tout de suite je pense au biwa farceur présent dans Onmiyôji de Reiko Okano.

extrait de onmiyôji

Chôchin-obake

Le chôchin-obake (提灯お化け) est un yôkai lanterne en papier. Je le connais surtout pour les nombreuses estampes le représentant à commencer par celle d’Hokusai que vous avez sans doute déjà vu.

Chôchin-obake, série Hyaku monogatari de Hokusai

Chôchin-obake ou fantôme vengeur d’Oiwa, ces lanternes font vraiment peur !

Portrait d’Oiwa selon Utagawa Kuniyoshi

Des humains devenus yôkai

Après les animaux magiques, les créatures légendaires, les objets qui prennent vie, il y a une autre sorte de yôkai, ceux qui étaient humains avant de se transformer en horribles monstres à cause de leur trop fortes émotions négatives (à ne pas confondre avec les humains qui deviennent des fantôme à leur mort).

Les oni hannya sont par exemple des femmes devenues démons à cause de leur trop grande jalousie.

Warai Hannya de la série Hyaku monogatari – Hokusai

Autres yôkai d’origine humaine le rokurokubi (ろくろ首), est yôkai pouvant allonger le cou.

manga de Hokusai

J’ai même trouvé un manga dont le personnage principal est une rokurokubi : Kanojo wa rokurokubi, mais ne l’ayant pas lu je ne peux pas vous en dire grand chose.

kanojo wa rokurokubi
Le pacte de Yôkai
Le pacte de Yôkai

wanyûdô

Le wanyûdô est un yôkai en forme de roue de char à bœuf avec un visage entouré de flammes. Selon la légende c’est l’âme d’un daimyo tyrannique qui se serait transformé en yôkai.

wanyûdô par Toriyama Sekien

On retrouve ce yôkai dans le manga/anime La filles des Enfers

wanyûdô dans la fille des enfers

yôkai interdit aux moins de 16 ans

Bon, jeunes puceaux et pucelles vous aurez été avertis, je décline toute responsabilité pour les images qui vont suivre XD

Mais c’est trop drôle ! Je peux pas faire l’impasse : je vous présente tête de gland

par Utagawa Kuniyoshi

Il existe bien d’autres yôkai, je ne pourrais pas tous les citer mais si vous en connaissez un qui vous a particulièrement marqué et que je ne présente pas, n’hésitez pas à me donner quelques infos, je l’ajouterais à cette présentation avec plaisir 🙂

Je voulais reprendre plus en détails tous les manga cités dans cet article mais je pense que ce sera un peu trop long. J’opte donc pour un deuxième article que vous pourrais lire sur Ma petite Médiathèque dès demain.

Sore jaa, mata 


annexe 1 : Des Yôkai et des manga

annexe 2 : Des Yôkai et des anime

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Le théâtre japonais ~by Yomu-chan

Ses origines :

Comme en Europe, le théâtre japonais tire ses origines dans le culte religieux, d’abord composé de danses et de chants en l’honneur des divinités. On note plusieurs sources, d’abord autochtones avec le culte shintoïste, puis importée du continent asiatique, plus précisément de Chine et de Corée, avec le culte bouddhique qui fait sont apparition.

Puis nous observons jusqu’au XIV° siècle, un processus presque similaire à celui qui fait l’évolution du théâtre antique grec; en effet, ce qui n’est pas encore tout à fait du théâtre perd peu à peu sa connotation religieuse pour devenir un outils d’esthétique, de raffinement, et surtout de divertissement. (ici l’évolution se distingue de la Grèce car le théâtre ne devient pas un outils socio-politique comme l’étaient les dionysies).Théâtre japonais fête traditionnelle

Quand le théâtre devient du théâtre :

C’est donc au XIV° siècle que le théâtre prend pleinement sa forme et s’intègre comme tel au folklore japonais. Peu à peu l’art s’affine et des troupes professionnelles commencent à voir le jour, on distingue alors trois types de théâtre classique :

 : Le premier genre théâtrale à faire son apparition. Il conserve une dimension quelque peu religieuse dans le sens où il sera jouer pendant longtemps dans des temples ou à l’occasion de festivités shintoïstes. Et il met parfois en scène l’histoire d’une divinité.

On parle, avec le théâtre , de drame lyrique. En effet c’est un théâtre très codifié où le texte en vers est scandé d’une façon très particulière. De plus le rythme occupe une place très importante dans la pièce ; on note la présence d’un chœur et de musiciens (surtout des percussionnistes). Cette forme, presque chantée, très poétique, s’allie à une gestuelle très marquée, avec de la danse et des temps de pause très caractéristiques, les miiye.

Il s’agit d’un théâtre très aristocratique, destiné principalement aux Shogun et aux samouraï. Cela explique la somptuosité des costumes. Les acteurs portent tous des kimono très raffinés et des masques spécifiques en fonction du rôle qu’ils jouent (on note 138 masques différents).

Vous pouvez lire ici, ici et ici les trois article dans les quels Tenger approfondit ses recherches sur le Nô 🙂

théâtre nô

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Kabuki : Théâtre qui devient plus populaire faisant son apparition au XVII°. En effet, il tire ses origines dans un théâtre féminin, plus particulièrement joué par des prostitués, mettant en scène des histoires sexuellement suggestives. Ce théâtre est vite restreint pour atteinte aux bonnes mœurs (en 1629 avec la restriction des prostitués à des quartiers réservé) et les femmes sont interdites de jeu. Les hommes prennent le relais, ils doivent alors se travestir pour incarner les rôles de femmes. (pour la petite anecdote : les jeunes hommes se verrons eux aussi interdis de jeu, puisque le caractère sexuel persiste et que les représentation se finissaient souvent en bagarre pour déterminer qui aurait le droit aux faveurs des jeunes acteurs dont la mise en scène mettait le physique en valeur. Ne sont autorisé à jouer plus que les hommes d’âge mûr).

On distingue deux type de Kabuki. Le Aragoto met en scène des personnages dotés de facultés exceptionnelles et des trames axée sur l’action , avec un jeu plus appuyés dans la prononciation et la gestuelle. Le Wagoto, lui, met en scène des romances tragiques et développe un jeu plus réaliste.

Au Kabuki, les acteurs sont maquillés de façon très stylisée (et non pas maqués comme dans le ), ils portent des costumes assez riches (qu’ils superposent parfois, car il arrive qu’ils doivent en changer sur scène), et on note, une fois encore, la présence de chœurs, d’un rythme assez marqué, d’un texte chanté, et d’une gestuelle très chorégraphiée. Le Kabuki se distingue par ses nombreuses installations techniques.

Nishizaki Sakurako and Bando Kotji in "Yoshino Mountain"
Nishizaki Sakurako and Bando Kotji in « Yoshino Mountain »

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Bunraku : Le Bunraku voit lui aussi le jour au XVII° siècle. Il s’agit en fait d’un théâtre de marionnettes. Une de ses particularités réside dans le fait que les marionnettistes sont à vu et qu’ils sont plusieurs pour manipuler un même personnages. Pour ce faire ils s’organisent d’une manière bien particulière, la partie contrôlé est définit par l’expérience du marionnettiste. Ainsi, le plus expérimenté manipule la tête et le bras droit, le second le bras gauche et le plus novice les pieds. L’autre aspect propre au Bunraku c’est le fait que les voix de tout les personnages et la narration sont incarnées par un seul et même acteur. Comme dans les styles précédant le Bunraku est accompagné par de la musique.

bunraku

Le Rakugo :

Mais aujourd’hui, c’est sur un aspect un peu méconnu du théâtre japonais que je veux attirer votre attention. Le Rakugo.

Il s’agit en fait de spectacles comiques, où un seul « conteur » se trouve sur scène. Ce dernier porte toujours un kimono léger et une veste qu’il pourra ôter au cours de son spectacle et est assis en position traditionnelle seiza (à genoux, comme dans les arts martiaux) sur un coussin carré et n’a pour accessoire qu’un éventail en papier et parfois un tenugui (un fin mouchoire de coton). Le voilà dans les conditions propre au Rakugo. Il doit maintenant raconter une histoire comique qui comportera très peu de narration, et le conteur doit incarner à lui seul tout les personnages de son histoire, et ce en restant assis.

C’est un art très subtile qui nécessite un grand travail sur le regard. En orientant son visage de tel ou tel côté le conteur pourra figurer ses personnages dans l’espace.

Ce qui est impressionnant aussi dans une performance de Rakugo c’est la diversité du jeu d’acteur. En effet un rakugoka doit être capable d’interpréter une palette incroyable de personnages, et de façon très nette pour que le public ne perde pas le fil.

Je trouve cette pratique théâtrale tout à fait extraordinaire. Elle demande un investissement fou, et une énergie débordante. Effectivement, le comédien étant assis tout au long de son passage sur scène doit être en permanence à 100% de concentration et à 100% d’implication pour que le rythme tienne et que l’aspect comique fonctionne, cela implique que les spectateurs suivent la prestation du début à la fin, l’ennuie est fatal pour une performance de ce type.

Le travail monstre sur le regard et le jeu de mime qui résulte de cet art est tout aussi impressionnant. D’abord je trouve que c’est un exercice très intéressant que de devoir créer un espace à partir de la position de tête des différents personnages. En effet, il faut que les différentes positions soit suffisamment marquées pour que la distinction des personnages se fasse sans un effort de compréhension trop important de la part du spectateur, mais il ne faut pas non plus que le comédien passe son temps à tourner la tête à droite, pis à gauche, et encore à droite, sinon le public va avoir le tournis. Il s’agit alors de mettre au point un enchaînement subtile mais efficace.

Plus haut, je parlais aussi de mime. Effectivement, le conteur est assis mais certaines situation dramatiques supposent du mouvement ou de l’action, mais, comme précisé précédemment, les seuls accessoires sont un coussin, un éventail et une serviette en coton. S’engage alors pour l’acteur un travail de mime avec ces objets incongrus qui vont devoir figurer un bol de soupe par exemple, une pipe une autre fois, et un fusils la fois d’après. Il s’agit donc d’énormément travailler au quotidien en observant attentivement la façon dont les mains saisissent un objet, dont le buste se positionne pour faire tel ou tel mouvement. C’est un art très conventionné mais très pointilleux qui doit viser un certain réalisme (bien que le surjeu occupe une place évidente dans ce genre de pratique) afin de permettre une identification entre les spectateurs et les personnages de l’histoire.

Mais moi ce qui m’épate le plus c’est cette capacité folle à pouvoir incarner une multitude de personnages très différents (femme / homme, enfant/vieux, extravertis/timide) en si peu de temps et de façon percutante, afin que chacun des protagonistes ait son impact sur le public.

Encore une fois, on ne peut nier l’immense travail d’observation qui se cache derrière un tel talent. Il faut avoir passé des heures à observer comment les gens fonctionne, leur mimiques, leur tics de langages, leurs réactions, pour être capable, sur scène, d’offrir des personnages riches, entier, réalistes et drôles !

Je n’ai jamais pratiqué ce genre de théâtre mais il m’intéresse beaucoup. Je trouve que chacun des aspect soulevé plus haut a son importance capitale dans le travail d’un acteur, qu’il soit rakugoka ou pas. Je pense donc que toutes les formations de comédiens devraient un jour proposer un stage de Rakugo !

rakugo

J’ai découvert le Rakugo à travers un manga dont le titre français est Le disciple de Doraku. C’est une œuvre de Akira Oze qui a vu le jour au Japon en 2010.

On y raconte l’histoire de Shouta, jeune enseignant de 26 ans, qui découvre le Rakugo avec une prestation du maître Doraku. Et c’est une révélation pour le jeune homme qui décide de tout mettre en œuvre pour que le vieux rakugoka le prenne comme disciple et fasse de Shota un vrai conteur.

J’ai appris avec ce manga, l’existence et le fonctionnement du Rakugo. On apprend qu’il s’agit d’un milieu très hiérarchisé. En effet l’apprentissage prend beaucoup du temps, durant le quel il va falloir gravir les échelons de l’art avant d’être considéré comme un véritable rakugoka, et cette hiérarchie joue beaucoup dans les relations entre les différents protagonistes. On reconnaît ici la rigueur japonaise malgré que l’on soit au XXI° siècle !

C’est une lecture très agréable qui allie la quête de vie, d’identité à l’immersion dans un univers artistique très particulier. J’ai hâte de découvrir la suite de ce manga qui m’a propulsé sur les chemins du Rakugo et ses aléas.

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Après avoir finit la lecture de ce premier tome et avoir décidé de commencer quelques petites recherches sur le Rakugo avec en tête l’idée d’en parler ici, je suis tombée par hasard sur un article qui parlait d’un nouvel anime (adaptation en dessin-animé d’un manga ou d’un light-novel) dont le titre est Shouwa Genroku Rakugo Shinjuu (traduit en français par Le Rakugo ou la vie). Tout de suite je me jette dessus et je regarde les 6 premiers épisodes. (et j’attends la suite!)

De nos jours, Yotarou sort de prison et la première chose qu’il fait alors c’est de se rendre à la sortie d’une représentation du célèbre Rakugoka Yakumo . Celui-ci accepte de le prendre comme disciple et l’étrange apprentissage de Yotarou commence. Seulement il peine à trouver son propre style et ne fait que singer les autres rakugoka qu’il admire. Après quelques déboires le maître Yakumo entreprend de nous raconter, à nous et à son disciple, son propre apprentissage du Rakugo. Nous voilà alors propulsé bien des années en arrière, dans les années 30 à peu près. On découvre alors ce qu’étais cet univers du Rakugo à cette époque, une nouvelle approche très très intéressante. On voit comment l’art à subsisté pendant la guerre et comment de jeunes hommes aux idées fraîches ont dut se battre pour vivre de leur art.

Il s’agit d’un anime Starchil Records et DAX production, adapté du manga du même titre écrit par Kumota Haruko. C’est une œuvre très sensible aux dimensions historique et lyrique que j’apprécie beaucoup.

Le chara-design y est pour quelque chose avec ses traits d’une grande finesse et plein de poésie mais ce ne sont pas les même dessins que ceux de Kumota Haruko, dont j’aimerais bien découvrir l’œuvre, mais je crois qu’aucun éditeur français n’a encore acheté la licence.

J’adore cet opening !!

Et voilà, mon parcours rakugotesque s’arrête là pour le moment, mais j’ai pour projet de m’enfoncer dans cet univers un peu plus profondément , d’abord en finissant le visionnage de Shouwa Genroku Rakugo Shinjuu et la lecture du Disciple de Doraku, et puis en essayant d’assister pour de vrai à une prestation un de ces jours !

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Le Chef de Nobunaga ~ by Yomu-chan

Salutations !  Yomu-chan va vous présenter son premier article dans le cadre du mois des livres en cuisine !  Vous l’aurez compris en lisant le titre, je vais vous parler du Chef de Nobunaga, un manga de Mitsuru Nishimura (au scénario) et Takuro Kajikawa (au dessin). Le Seinen voit le jour en 2011 et a aujourd’hui 12 tomes à son actif (en France nous en sommes à 7 , et le huitième fera sa sortie en décembre).

Ken se réveille blessé et poursuivis par des samouraïs, c’est de justesse qu’il parviens à s’échapper alors que son camarade se fait tuer sous ses yeux.  Il est alors recueillit par Natsu, une jolie forgeronne au caractère bien trempé. Seulement voilà, Ken ne se souvient de rien mis à part du fait  qu’il n’a rien à faire dans un Kyoto du XVI° siècle en pleine ère Sengoku, puisqu’il appartient à notre époque… Quand il pense avoir tout perdu il est prit d’une pulsion qui le pousse à cuisiner. Et sans s’en rendre compte il fait appel à de nombreuse techniques pointues  de cuisine. Voilà ce qu’il est : Un cuisinier du XXI° siècle coincé dans le passé. Alors qu’il commence à se faire à sa nouvelle vie le seigneur Nobunaga, célèbre despote de l’époque, a vent de son existence et exige que Ken devienne son cuisinier personnel. C’est ainsi que Ken se retrouve lié à une figure historique dans une période de guerre avec pour seules armes sa cuisine et les couteaux que lui a forgé Natsu.

Le chef de Nobunaga est un manga phénomène de par son appartenance à plusieurs genres. C’est principalement un manga culinaire (genre qui fait fureur tout le monde le sait, on ne cesse de parler de Food Wars, de Yakitate Japan et autres…) mais il s’agit aussi d’un véritable manga historique. En effet le Japon de l’ère Sengoku ne sert pas uniquement de décors mais a aussi son rôle dans l’intrigue puisque Ken va se retrouver mêler aux conflits de l’époque et va avoir son rôle à jouer dans les plans du célèbre et puissant Nobunaga. C’est une combinaison inédite  qui peut faire peur et éloigner les lecteurs mais qui, pourtant, fonctionne très bien ! L’auteur mêle avec talent les événements historiques aux aventures gastronomiques en donnant un élan charmant au récit qui justifie toujours de façon assez réaliste (aussi réaliste que peut être un manga ;p ) les chapitres culinaires par rapport aux incidents politiques ou militaires.

De plus Le chef de Nobunaga réussi avec brio le mixe d’une histoire vivante et dynamique avec des passages très explicatif sur le plan culinaire et historique.  L’histoire et la cuisine se mêlent une fois de plus avec un angle d’approche différent de ce que l’on aura connu, en effet Ken ne disposant pas des outils , des techniques,ou des aliments disponibles à son époque il est obligé d’adapter sa cuisine avec les moyens du Japon du XVI° siècle. Cela aboutit souvent à des petites interventions sur l’Histoire de la cuisine japonaise. De plus, à chaque fin de tome on a le droit a une page documentaire appelée « la cuisine de Sengoku » qui nous offre une recette et un paragraphe sur l’histoire militaire et culinaire de l’époque. Ces explications sont très enrichissantes et n’alourdissent absolument pas le récit. L’ennui n’est pas au rendez-vous puisque en slalomant entre histoire et cuisine on ne perd pas de vue la première pierre de l’édifice, à savoir, un chef des années 2000 plongé dans le passé médiéval de son pays. On partage le désarroi de notre personnage, on essaye de comprendre pourquoi et comment il est arrivé là, on cherche à se souvenir et puis on s’attache à ce Ken déterminé et débrouillard qui commence à trouver sa place au près d’un Nobunaga qui finalement n’est peut-être pas aussi ignoble  que nous l’a enseigné l’Histoire…

Alors concrètement qu’est-ce que j’en ai pensé ? Et bien je suis très contente d’avoir à faire à  une intrigue bien ficelée, vivante et pleine de rebondissements. De plus les personnages sont tous très attachants. Le dessin, quant à lui, n’est peut-être pas sans défaut,  un peu raide parfois, mais il a une force virile qui sied à merveille au récit. En plus, c’est agréable d’avoir un dessin qui a ses propres traits et qui ne se calque pas sur tout ses charadesign  kawaiiii du moment !  Pour faire court c’est un bon manga que j’aime beaucoup 😀 Je le conseille vivement à qui cherche un manga jeune et dynamique qui sorte un peu du mainstream. C’est dommage parce que Le chef de Nobunaga n’attire pas beaucoup les gens et pourtant quand certains finissent par le lire ils accrochent carrément !  J’espère que mon article décidera certain d’entre vous à passer le pas et à plonger dans l’univers de Ken. Je vous le dis, ça vaut le coup !

Un petit plus historique pour les curieux : 

portrait de Nobunaga par le peintre Jésuite Giovanni Niccolo

Nobunaga Oda est le fils d’un petit seigneur. Dès sa jeunesse il se fait remarquer par son comportement extravagant et provocateur. Quand il devient le maître du clan Oda il fait preuve d’ambition et démontre son talent militaire. Innovateur, son but est d’unifier le Japon chose qu’il parviendra quasiment à faire à force de victoires sur les clans ennemis. Sa stratégie l’amènera à faire du shogun sa marionnette et ainsi étendre son autorité sur le Japon.  Nobunaga est un homme violent et impatient ce qui lui vaudra son surnom de « Roi démon ». Mais c’est aussi un homme intelligent, innovateur, qui bouleversera la politique japonaise. Il modernisa les armées de l’époque, Il développe, met en place, et étend l’utilisation des longues lances, des armes à feu, des tekkosen (Navires protégé par du fer), et des fortifications de châteaux adaptées aux grandes batailles qui parsèment cette période. Nobunaga met aussi en place un système de classe guerrière spécialisée et nomme ses sujets et vassaux en se fondant sur leur compétence, et pas seulement sur le nom, le rang, ou les relations familiales comme dans les périodes précédentes. Il est aussi innovant sur le plan économique, en effet il développera le commerce « international » avec la Chine, la Corée mais aussi l’Europe. Il sera le « patron » des missionaire Jésuite portugais. Et se sera l’un des premiers japonais à porter des vêtement européens. Il porte un grand intérêt à l’art qu’il contribuera à développer avec les richesse gagner au cours de ses batailles. Nobunaga est une figure emblématique de l’histoire japonaise, qui le présente comme l’initiateur de l’unification du Japon.

Portrait par Kano Motohide

 

Des livres en cuisine bis

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Sous la grande vague d’Hokusai avec un regard d’enfant

Aujourd’hui je vous propose une sélection d’album jeunesse autour du grand maître de l’estampe japonaise : Hokusai.

Comment parler Hokusai sans passer par sa très fameuse Grande Vague ? Un pari que n’auront pas relevé les deux albums que je viens de découvrir .

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Hokusai et le cadeau de la mer

Beatrice Alemagna (texte) – Olivier Charpentier (illustrations)

éditions de la Réunion des musées nationaux – Grand Palais

trouvez le ICI

Dans ce livre on voit Hokusai assis sur une plage, il observe la mer, il attend. Il attend « cette vague gigantesque que personne n’a vue ». Il attend depuis toujours. Et voilà qu’un jour le vent se lève et, alors qu’Hokusai, devenu vieux, cour derrière ses feuilles éparpillées par le vent, elle arrive. Elle est là la grande vague que personne n’a vue. Mais le vieux Hokusai à le dos tourné. Quand enfin il regarde la mer, le calme est revenu. Il reviendra demain, attendre la vague. Mais voilà qu’au moment de partir il découvre le bleu que la mer à laissé dans son bol. Le voici le cadeau de la mer, la couleur bleu.

Ce bleu, c’est le bleu de Prusse, qu’il fut le premier à utiliser en Extrême-Orient. ça on l’apprends dans la petite page explicative que l’on retrouve à la fin du livre avec un brève bio de Hokusai, quelques info sur la fameuse grande vague et la reproduction de l’estampe.

Le texte, composé de phrases très courtes voire de simples mots,  est accompagné de très jolies illustrations imitant le style des estampes japonaises. Hokusai est toujours sépia, seul le paysage, composé d’une mer et du mont Fuji, ainsi que les personnages secondaires apportent de la couleur. Ainsi la mer ressort comme étant le personnage principal, son bleu profond attirant toujours l’œil. Hokusai n’est que l’humble spectateur attendant l’instant à immortaliser.

Un très très bel album, joliment illustré faisant découvrir cet étrange personnage que fut Hokusai. On capte un peu de son esprit et on découvre (à la fin) la fameuse estampe. L’enfant s’amusera à faire le parallèle entre l’illustration de l’album et l’estampe originale. Le texte est très court mais parfaitement dosé. L’ensemble est frai, agréable et même drôle.

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Sous la Grande Vague

Katsushika Hokusai / Hélène Kérillis

Léon art & stories

la fiche éditeur c’est ICI (livre également dispo en anglais)

Mimiko a refusé de le lire, je ne sais pas du tout pourquoi, elle était pas d’humeur sans doute. Mais moi j’ai adoré cet album. Faut dire que j’adore les estampes d’Hokusai ! Et ici l’auteur ne se contente pas de s’inspirer des estampes du maître (comme dans l’ouvrage précédent) mais elle s’en sert pour illustrer l’histoire. Le décor ainsi planté par les estampes originales est complété par le dessin de Hélène Kérillis. On ne nous parle pas d’Hokusai, on nous le montre. Et ses estampes servent de décor à l’aventure d’un petit garçon, fils de pêcheur, qui a perdu la mémoire lors d’une terrible tempête qui a emporté son père au loin. Il part donc à la recherche de réponses sur le Mont Fuji, le mont sacré. Tout est bien qui fini bien, le père et l’enfant se retrouvent.

Le texte est écrit sous forme de petits poèmes semblables à des haïku. Faut dire que je n’ai pas été très sensible à cette subtilité que je n’ai compris qu’en lisant les petites explication à la fin du livre. Je me disais bien que le texte était bizarrement formulé, mais je n’en avait point saisie la subtilité poétique. Heureusement les explication sont là ! ^_^

Une fois l’aventure finie, on retrouve toutes les estampes ayant servi de décor, presque toutes sont issue des Trente-six vue du Mont Fuji (1830-1832).

Un très beau livre qui, s’il n’a pas trouvé grâce aux yeux de Mimiko, a gagné toute ma sympathie. Je suis triste de devoir le rendre à la bibliothèque, je crois bien que je vais me l’offrir et le laisser traîner sur la table, jusqu’à ce que Mimiko cède à la tentation ^^

8 et 9 /20

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Pour aller plus loin :

Un pont

Je vous ai déjà parlé de ce très joli album jeunesse où Hokusai et ses estampes rencontrent Monet et ses toiles impressionnistes. Très poétique, il mêle (tout comme Sous la Grande Vague) les illustrations de l’auteur avec les originaux d’Hokusai (et une estampes d’Hiroshige qui s’y est glissé on ne sais pas trop pourquoi).

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Le vieux fou de dessin

Un petit roman que j’ai présenté ici il y a déjà un petit moment. Dans ce roman, l’auteur imagine un jeune garçon qui serait devenu l’apprenti du grand maître.

Le roman est très court et il se lit facilement. La présence du jeune garçon rend le récit vivant et attirant pour le jeune public tout en permettant de présenter Hokusai et son travail.

Les illustrations rappelant la manga d’Hokusai complètent agréablement le récit.

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A la rencontre d’Hokusai, des mangas, et de l’art des estampes

Un article très riche à lire chez Blandine

tout ça en un seul article !

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BnF – L’estampe japonaise

Faite un tour sur le site de la BnF dédié aux estampes japonaises. Vous y trouverez des info sur l’ukiyo-e, sur Hokusai mais aussi Horishige. Vous pourrez feuilleter les 36 vues du Mont Fuji et aussi la manga.

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Hokusai, autoportraits :

 

 

autoportrait 1845
autoportrait 1843

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Vous aimez Hokusai et ses estampes ? Restez connecté, bientôt un autre volet où il sera question d’Hokusai et de manga !

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Individu-s et démocratie au Japon

Mais qu’est-ce qui m’a pris ?! C’est la question que je me suis posée à la réception de ce livre. Pourtant j’étais volontaire. Faut croire que je suis un peu maso. Oui. Je savais que cette lecture allait me faire souffrir. Pourquoi ? Je vais vous le dire.

Pourquoi prendre des somnifères quand on peut prendre un livre universitaire ?

Je ne sais pas pourquoi l’universitaire se fait un devoir d’être soporifique. Un intello doit-il être chiant ? Je ne sais pas moi, on peut dire des choses intéressantes simplement, avec un bon rythme, du panache et même un peu d’humour, non ? NON ! C’est du sérieux. Le lecteur doit sentir le poids du savoir lui écraser les épaules. L’étudiant doit souffrir, s’enfiles des litres et des litres de café pour mériter son diplôme.

Malheureusement Individu-s et démocratie au Japon ne fait pas exception à cette étrange tradition. C’est lourd, mais alors vraiment lourd. A des degrés variables selon les auteurs, mais toujours soporifique. Moi qui me suis lancé dans cette lecture par pure curiosité (je n’ai aucun diplôme à passer justifiant une telle autoflagellation), j’ai trouvé ça dur à encaisser. Non pas que ce ne soit pas intéressant, mais le style en est tellement indigeste qu’il ma fallu scotcher mes paupières pour qu’elles restent ouvertes. Si seulement j’avais eu des insomnies, j’aurais eu là un excellent remède.

Le problème que je rencontre avec ce genre d’ouvrage (je veux dire par là ceux adoptant un ton docte et ennuyeux) c’est que je n’arrive pas à retenir les informations, je suis trop occupée à essayer de rester concentrée pour me concentrer vraiment.

Ce livre a-t-il un intérêt ?

Oui, bien sûr. On y apprend des choses intéressantes pour peu qu’on arrive à ne pas s’endormir.

A l’heure où j’écris ces lignes je n’ai pas encore fini l’ouvrage. Je n’ai pas réussi. Trop, vraiment trop, ennuyeux. Et comme je l’ai dit plus haut cet ennui fait que je n’ai pas retenu grand chose. Néanmoins j’ai trouvé quelques chapitres intéressants notamment le premier : “Il n’y a pas d’individu au Japon” : critique et archéologie d’un stéréotype qui montre la genèse de ce cliché. Une petite anthologie de citation est même proposé en annexe.

Un autre chapitre a attiré mon attention pour son axe de traitement du thème : Individu et processus d’individualisation dans l’imaginaire mythique du Japon – à travers l’étude de trois figures au destin propre. Mais la lecture de cet article m’a déçue, je n’y ai pas trouvé un réel intérêt.

Finalement, à ma grande surprise, l’article que j’ai le plus apprécié c’est celui qui aborde l’individu du point de vue du droit : L’individu en droit japonais : l’égalité par la différence ? J’ai trouvé ce chapitre très intéressant et instructif et, bizarrement, moins soporifique que les autres. Je dis bizarrement car habituellement je ne m’intéresse pas au droit (alors que j’aime la mythologie par exemple). Avec cet article j’ai enfin eu  le sentiment d’apprendre quelque chose.

Un autres chapitre m’a plu bien que je n’ai pas vraiment compris en quoi il s’intègre à la réflexion sur l’individu au Japon : Les stratégie des démuni(e)s – autour de la question scolaire des enfants de l’immigration au Japon. Cela m’a donné envie d’approfondir la question.

En guise de conclusion

Si vous êtes un simple amateur du Japon je ne vous conseille pas ce livre. A moins que vous ne souffriez d’insomnies, au quel cas il vous sera très utile.

En revanche c’est un livre à avoir en bibliothèque car il contient des informations intéressantes qu’il serait bon de pouvoir venir piocher pour compléter d’autres lectures.

Je remercie les éditions Tempus et Babelio de m’avoir permis de découvrir ce livre dans le cadre des masses critiques.

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Ishiwara, l’homme qui déclencha la guerre

Il y a déjà longtemps j’avais publié une chronique sur Senkou no night raid, un anime très intéressant ambianté dans la Chine des années 30, mettant en scène des agents des services secret nippon doté de pouvoirs particuliers. Au delà de l’aspect fantastique, cette série est très intéressante pour son aspect historique. Intéressante oui, mais obscure pour celui qui ne connais rien à l’histoire de l’Extrême-Orient du début du XX siècle. Ce qui justement était mon cas. Soucieuse de mieux appréhender les événements historiques cités dans la série et de distinguer le vrai du faux, je me lançais dans quelques recherches. Malheureusement les livres d’histoire japonaise contemporaine que j’avais à ma disposition ne donnaient que très peu d’informations sur l’expansionnisme japonais en Chine. J’étais obligé de me contenter des informations collecté sur Wikipedia (formidable outil, pour débuter une recherche mais…. limité).

Dans la première version de cet article je faisais part de l’implication supposé de Ishiwara, un jeune officier de l’armée impériale japonaise en poste en Mandchourie, dans un attentat perpétré à Moukden en 1931. Attentat qui fut utilisé par l’armée japonaise comme prétexte pour occuper la Mandchourie. Mes sources indiquaient qu’une discorde subsistait quand à l’implication d’Ishiwara dans cet indicent.

Quelques temps après avoir publié ma chronique, je recevais un mail de Bruno Birolli qui m’expliquait que l’implication d’Ishiwara dans l’attentat de Moukden avait été démontré et que justement lui-même avait écrit un livre à ce sujet : Ishiwara l’homme qui déclencha la guerre. J’aurais aimé voir ce mail accompagné d’une copie du livre…. mais peu importe. Je me promettais de le lire un jour, dès que l’occasion se présenterait. Et voilà que l’occasion s’est présentée 2 ans plus tard, alors que je n’y pensais plus !

L’homme qui déclencha la guerre :

Afin de mieux comprendre ce qui poussa Ishiwara à orchestrer l’attentat de Moukden le 18 septembre 1931 et à forcer la marche du Japon vers la guerre, Birolli revient sur la vie de cet homme, symptomatique de son époque.

Issu d’une famille de samouraï, déchue de tous ses privilèges lors de la Restauration Meiji, le jeune Ishiwara est envoyé, bien malgré lui, dès l’âge de 12 ans dans une académie militaires où échouent tous les fils d’anciens samouraï désargenté. Dans cette académie à l’enseignement sommaire, il est endoctriné et formé pour devenir un futur officier. Avide de spiritualité, le jeune Ishiwara sera séduit tout d’abord par le nouveau culte de l’empereur, puis ensuite par le Nichirénisme de Chigaku, une secte bouddhiste intégriste prônant la violence, populaire chez les militaires du début du XX siècle.

Partisan du panasiatisme, Ishiwara voit l’intervention militaire du Japon en Chine comme une mission salvatrice pour la purifier de l’oppression des occidentaux. Fort des ses influences spirituelles et nationalistes, il prêche en faveur de la guerre. Mais cette guerre il ne la souhaite pas que pour le “bien” de la Chine, il la souhaite surtout pour le bien du Japon, qui, selon lui, en occupant la Mandchourie se doterait d’une position stratégique en Asie, ainsi que de terres riches en matières premières faisant défaut dans l’archipel  nippon.

Sauver la Chine, qui n’a pas connu la paix, est la mission du Japon, une mission qui, dans le même temps, est le seul moyen de sauver le Japon lui-même. (p.118)

Si la fugue de la jeunesse et son empressement à faire la guerre le poussent à orchestrer l’attentat de Moukden, puis à envahir la Mandchourie contre les ordres donnés de maintenir la paix. Avec l’âge il devient plus posé, plus réfléchi et s’essaye aux manipulations politiques dans le but d’imposer une dictature militaire sur un modèle nazi. Mais son inspiration ne lui vient pas que du nazisme ou du fascisme, il étudie également avec beaucoup d’intérêt la planification quinquennale de l’URSS.

Seulement Ishiwara n’est pas a l’aise en politique. L’exemple d’indiscipline qu’il a donné en Mandchourie inspire de nombreux jeunes officiers qui à leur tour se révoltent. Par ailleurs l’armées est divisées, des conflits internes parfois très violents opposent différentes factions. Si tous désirent engager le Japon dans une guerre totale, les chemins que chacun suit pour mener à la guerre divergent. Des luttes de pouvoir et d’influence opposent les généraux désireux de se retrouver à la tête d’une nouvelle organisation sociale : la dictature militaire.

Dans ces conflits Ishiwara penche pour un processus d’industrialisation militaire de masse pour permettre au Japon de se doter d’un armement suffisant pour écraser ses ennemis. Alors que d’autres veulent attaquer immédiatement et si un ennemi est trop fort (URSS) alors il suffit de se tourner vers un ennemis plus faible (envahir les îles du Pacifique et le sud-est asiatique).

A cause de ses idées et de son caractère peu apte au compromis, Ishiwara, après avoir été l’un des principaux instigateur de ma montée du militarisme au Japon, est peu à peu écarté du pouvoir militaire. Lors du procès de Tokyo en 1949, il sera entendu comme témoins par les forces d’occupation mais ne sera pas jugé. Il finira sa vie dans une sorte de communauté religieuse qu’il dirigera jusqu’à sa mort.

Le livre :

Je ne fait ici que résumer les grandes lignes, le sujet étant suffisamment complexe pour mériter un livre tout entier. Mais, pour ceux qui ne connaîtrais pas cet homme je tenais à donner quelques détails sur lui et son parcours. Pour en savoir plus je vous invite à lire le livre de Birolli que, franchement, j’ai trouvé très agréable à lire.

Le problème avec les livres d’histoire, quand ils sont écrit pas des historiens, c’est qu’il sont souvent indigestes. Et ce n’est qu’à coup de migraines qu’on arrive à en venir à bout. Or Birolli, s’il maîtrise son sujet, est reporter de son état, ce qui lui confère une capacité à intéresser le lecteur. Son écriture est fluide, jolie même et il traite ses personnages historiques comme des personnages de roman. Non pas qu’il embellisse la réalité par des faits non historiques, mais parce qu’il raconte l’Histoire (celle qui à un grand H) comme on raconterait une histoire… Chaque personnage est présenté avec une description digne d’un roman, on a des jolies descriptions de paysages et il s’efforce de deviner et retranscrire l’état d’esprit d’Ishiwara tout au long de sa vie (et ce grâce aux nombreux documents laissé par ce dernier qui écrivait notamment un journal). Bref, on est captivé par cet homme et par l’histoire du pays, on veut savoir ce qui va se passer et comment le Japon va glisser peu à peu vers la guerre et la dictature militaire.

Un très bon livre sur l’histoire contemporaine du Japon qui, à travers le personnages d’Ishiwara, nous fait mieux appréhender le Japon du début du XX siècle. J’ai pourtant un petit reproche à faire à ce livre, j’aurais aimé le voir agrémenté de plus de documents. On a une photo d’Ishiwara en couverture et une carte de la Mandchourie en introduction, c’est tout. Alors qu’on nous donne des descriptions très détaillés sur de nombreux personnages et différentes informations géopolitiques, j’aurais aimé un petit carnet annexe de photos et de cartes illustrant les propos du livre et m’évitant ainsi de devoir me lancer dans de nombreuses recherches complémentaires. Comme je l’ai dit plus haut, je ne connais pas grand chose à l’histoire de l’Extrême-Orient, je ne sais donc pas qui sont toutes les personnes cités, où se situent les différentes villes, etc. Autre petit reproche, survoler les définitions de certains concepts comme le panasiatisme ou le nichirenisme. Si on connait l’histoire de Japon du début du XX siècle on sait sans doute déjà de quoi il s’agit. Mais si comme moi on est un parfait ignorant de la chose, un petit encart explicatifs aurait été le bienvenu.

Pour contrecarrer les critiques que je viens de faire, sachez que le livre est accompagné d’un documentaire Arte. Je n’ai pas encore eu la chance de voir ce documentaire mais je ne doute pas y trouver les réponses à toutes les questions que je me suis posé (et voir les têtes de tous ces messieurs !). Il est disponible en VOD ici.

Alors si vous vous intéressez à l’histoire contemporaine du Japon et de l’Asie, je vous conseille Ishiwara l’homme qui déclencha la guerre, il ne suffira pas à lui seul a étancher votre soif de savoir mais ils vous apportera des informations très intéressantes, le tout écrit dans un style agréable et fluide. Finalement j’ai tellement aimé ce livre, qu’après l’avoir emprunté à la bibliothèque, j’ai envie de me l’acheter pour l’étudier plus en détail (j’adore prendre des notes sur mes livres) 🙂


Tout ça m’a donné envie de me replonger dans Senkou no Night raid ! Je suis sûre que maintenant je comprendrais bien mieux 😀

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Wisteria Maiden

Comme chaque année, quand la saison des glycines arrive, mon cœur s’émeut. J’aime la glycine, ses grappes mauves et son parfum délicat… Et, à chaque fois que je la contemples, je pense à cette dance kabuki qui porte leur nom.

Chaque année, au printemps, je repense à Tamasaburo Bando et sa performance dans Fuji Musume (藤娘), traduit en anglais par Wisteria Maiden. Cette année j’ai décidé de partager avec vous cette danse kabuki que j’affectionne particulièrement.

 Fuji Musume fait partie d’un Gohenge Buyo (pièce composé de 5 différentes danses interprété par le même acteur) nommé Kaesu Gaesu Onagori Otsue. Elle fut interprété pour la première fois en 1826.

Seki Sanjûrô II interpretant Fuji Musume – estampe de Utagawa Kunisada I (1826)

Dans la vidéo ci-dessus, Fuji Musume est interprété par Tamasaburo Bando, un célèbre onnagata, né en 1950, qui en 2012 reçoit le titre de « trésor national vivant« .

Les onnagata ou oyama (女形) sont des acteurs masculin spécialisé dans les rôle de femmes. Au XVII siècle une loi interdit au femme de monter sur scène. Mesure qui avait été prise pour combattre la prostitution qui gravitait autour du théâtre. Afin de contourner cette interdiction, certains acteurs ses spécialisèrent alors dans les rôles féminins : les onnagata. Les problèmes de prostitution ne furent guère réglé mais ainsi naquit l’art de sublimer la femme. Fréquent dans le théâtre kabuki, les onnagata existent également dans le théâtre Nô ou Kyôgen.

source : « Fuji Musume » or « Wisteria Maiden » shown in flight

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Katori Shintô Ryû : les premiers kata de ken

Aujourd’hui, dans la série d’articles consacrés au Katori Shintô Ryû, nous allons reparler de ken-jutsu.

Dans un précédent article nous avons vu que le ken-jutsu (technique au sabre) est une des nombreuses disciplines étudiées dans le Katori Shintô Ryû. Et aussi la première abordée par les budoka.

Les 4 premiers kata de ken-jutsu sont indispensable au passage du premier dan. J’ai essayé de trouver des vidéos intéressantes montrant ces 4 premiers kata et de comprendre ce que leurs noms veulent dire (ce qui est pas toujours évident). Je vous invite à laisser en commentaire des liens vers d’autres vidéo ou à donner plus de précisions sur les kata et leur noms. Moi je suis loin d’avoir les compétences pour me lancer dans leur analyse.

Itsutsu no tachi:

Itsutsu no tachi est le premier kata de kenjutsu que l’on apprends. La vidéo qui suit n’est pas de très bonne qualité mais elle est intéressante  tout d’abord parce que c’est Otake Sensei, l’actuel shihan (maître instructeur). Puis parce que, après avoir vu l’exécution du premier kata, on le revoit avec un des partenaire en armure. Otake sensei explique le pourquoi de certains mouvements comte tenu de l’armure. En effet, nous l’ovons vu, le Katori Shintô Ryû est une école ancestrale qui utilise des techniques employées par les samouraï au combat, il est fait pour pouvoir se pratiquer en armure, contrairement à d’autres arts martiaux plus récents qui ont d’autres types de contraintes, comme par exemple
les règles de compétitions.

Itsutsu no tachi : 五津之太刀

= いつ(つ): cinq

= つ : havre, port. Je me demande si ce kanji est utilisé ici pour remplacer le hiragana  つ de
itsutsu, qui signifie 5  (tout comme le kanji 
之 remplace la particule の) ou bien s’il est ici pour sa signification.

太刀 : (tachi) épée longue

Comment traduire le nom de ce kata ? « L’épée longue au 5 ports » ? J’aurais tendance à pencher vers les « 5 mouvements à l’épée longue ».

Nanatsu no tachi:

Nanatsu no tachi est les deuxième kata de kenjutsu. Dans la vidéo ci-dessous on retrouve Otake sensei. Dans la première partie la vidéo montre le kata à vitesse réelle puis, le même kata est montré au ralenti pour une meilleure distinction des différents coups.

 Nanatsu no tachi 七津之太刀

= なな(つ): sept

 = つ : havre, port. Comme ci-dessus, on peut supposer que le kanji remplace le hiragana つ, 

太刀 : (tachi) épée longue

Si tout à l’heure on pouvait parler de 5 mouvements, ici on aura la même chose avec 7.

Kasumi no tachi :

Troisième kata de kenjutsu au nom énigmatique. Même principe que la vidéo précédente, ici encore le rallenti nous permet de mieux visualiser les mouvements du kata.

 

Kasumi no tachi 神集之太刀

神 = かみ : dieux, divinité

集 = しゅう : rassembler 

太刀 : (tachi) épée longue

Là, je ne m’hasarderais pas à tenter de donner une traduction au nom de ce kata…

Hakka no tachi :

Et voici le dernier kata de cette première série avec une vidéo tiré de la même série. Malgré leur pauvre qualité d’image, je trouve ces vidéos très intéressantes.

Hakka no tachi 八神之太刀

八 = はち huit

神 = かみ dieu

太刀 = たち épée longue 

Voilà un autre kata au nom énigmatique, s’agit-il de 8 dieux ? Ou, comme dans les deux premier kata, le chiffre 8 est là pour nous signaler que le kata se divise en 8 temps ? 

Pour finir, je vous propose de visioner la première partie du reportage d’où sont tiré 3 des vidéo ci-dessus. On peut y voire les 4 premier kata de ken à vitesse normale puis les kata suivants, y compris les kata à 2 sabres où avec seulement le sabre court.

-_-_-_-_-
quelques précision apporté par Step (commentaire sur overblog) :
« no tachi » signifie simplement que le kata se pratique debout
Bon les traductions maintenant: Pour commencer « no tachi » signifie bêtement ici que le kata vas se pratiquer en position debout. Par exemple un blocage avec la main qui supporte la mune quand on est agenouillé se nomme « suwari no tori » alors qu’en position debout ça devient « tachi no tori ».
Itsutsu no tachi = Les cinq techniques de sabre (base)
nanatsu no tachi = Les sept techniques de sabre (base)
Kasumi no tach = Les techniques divine rassemblé (combat de proximité)
Hakka no tachi = Les huit techniques de sabre (combat de distance)
Step
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Le théâtre Nô – Atsumori

Troisième et dernière partie de la triologie consacré au Théâtre Nô

Le théâtre Nô – une introduction

Le Théâtre Nô – Zeami

Atsumori

La pièce Atsumori est un shuramono, un nō d’apparition où le personnage principale est un guerrier mort au combat et prisonnier de la Voie des Ashura. CetteVoie de réincarnation, où l’esprit reste prisonnier de ses regrets, rancunes et douleurs, était considérée comme une sorte d’“enfer” des guerriers.

Dans ce genre de pièces, la confrontation entre shite et waki a lieu sur deux plan différents : celui du passé, quand le protagoniste a perdu la vie, et celui présent de la conscience, où les personnages doivent se réconcilier et venir au bout de leur souffrance pour atteindre enfin la délivrance.

Le répertoire classique compte au moins 16 pièces de ce type.

Atsumori présente la structure typique du mugen-nō, c’est à dire deux actes séparé par un kyōgen ou entracte. L’épisode dont il est question est un anecdote de la Guerre de Genpei, plus précisément c’est un des événements liés à la célèbre bataille de Ichi-no-tani.

La Bataille de Ichi-no-tani, mars 1184, est un des épisodes marquants de la guerre Taira et Minamoto. Les Taira, après plusieurs revers et la perte de Kyōto, s’étaient retirés dans leur forteresse sur la baie de Suma. L’arrière de la forteresse était protégé par une suite de trois vallons (San-no-tani, Ni-no-tani, Ichi-no-tani) aux ravins escarpés, jugés infranchissables pour des chevaliers armés. De l’autre coté, on trouvait des forets et la fleuve Ikuta. Enfin, la mer était contrôlé par la flotte Taira, qui tanguait dans la baie. De plus, le chef de clan de l’époque, Taira no Munemori (1147-1185), fils du Religieux Ministre Taira no Kiyomori (1118-1181), avait placé, semble-t-il, 7000 hommes pour garder les avant-postes de Harima et Mikusa.

Cette force fut rapidement vaincue par Minamoto no Yoshitsune (1159-1189), qui poursuivit jusqu’aux ravins de Ichi-no-tani avec un groupe choisi de combattants, alors que le reste de l’armé conduisait une attaque de diversion contre l’entrée principale de la forteresse. Contre toute attente, Yoshitsune arriva à descendre la pente escarpé et attaquer les Taira. Son succès fut immédiat.

En déroute, l’armée des Taira se retira dans le désordre vers les navires. Parmi les morts, il y eut le dernier fils du conseiller maître des bâtiments impériaux Tsunemori, Taira no Atsumori (1168-1184). Celui-ci, âgé de seize ans, encore sans fonction (il est appelé mukan tayu, titre donné aux jeunes gens qui par naissance avaient droit au cinquième rang de court mais qui ne l’avaient pas encore reçu), fut tué sur la plage par Kumagai no Jirō Naozane (1141-1208) de la province de Musashi.

Kumagai était un guerrier vassal du clan Taira avant de changer de coté. Il abandonna les Minamoto aussi, suite à un différend sur l’attribution de terre en récompense. Il devint disciple de Hōnen (fondateur de la Jōdō-shū, courant amidiste du Bouddhisme) et il se fit moine avec le nom de Rensei. Historiquement, il se rasa le crane en 1192 et se retira au
Kurodani-dera.

La mort tragique du jeune guerrier flûtiste devint tout suite une histoire très populaire et source de nombreuses œuvres. Elle apparaît dans le livre IX du Dit des Heiké, qui, relatant trois autres batailles célèbres de la guerre, inspira au moins huit pièces du répertoire classique.

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Ando Hiroshige – Kumagai Noazane tuant Taira-no-Atsumori (~1840)

Dans ce texte, Kumagai aperçoit Atsumori alors qu’il a poussé son cheval dans l’eau dans le tentative désespéré de rejoindre les bateaux. L’ayant pris pour un général, il le rappelle. Relevant le défi, le jeune homme rebrousse le chemin, mais est rapidement vaincu. Au moment de le tuer, Kumagai se rends compte de sa jeunesse. Atsumori a le même âge que le fils de Kumagai, blessé peu avant dans la même journée.

Sachant la douleur d’un parent lorsque son enfant est touché, Kumagai est pris de pitié pour le père de Atsumori aussi bien que pour le jeune homme. Il est sur le point de le laisser partir, mais, à l’arrivée d’une autre bande alliée aux Minamoto, il se rends compte que le garçon n’a désormais aucune chance d’échapper à ses ennemis. Avant de le tuer, il cherche à le consoler en lui assurant qu’il priera pour son salut. Atsumori lui-même le presse à agir avant que quelqu’un d’autre ne le fasse. Kumagai lui tranche à contrecœur la tête, les yeux pleins de larmes.

L’épisode du Dit des Heiké est assez succinct, mais dans la recension de Nagato, livre XVI, il est ajouté qu’on trouva sur le cadavre de Atsumori une flûte et un poème naga-uta. Kumagai reconnaît alors en lui le flûtiste qui avait joué le soir précédent : les notes pures de l’instrument étaient arrivés jusqu’au campement des Minamoto, près du fleuve Ikuta. Dans la poésie, après une célébration des saisons, Atsumori avait écrit que son corps aurait reposé à Ichi-no-tani. Il avait, parait-il, pressenti sa mort.

Le Genpei seisuiki, autre source d’inspiration du drame de Zeami, accorde plus de temps à cet épisode. Dans cette version, Kumgai est touché non seulement par le jeune âge de sa victime, mais aussi par sa grande beauté. Un symbole de l’impermanence fragile de ce monde de poussière ? Dans cette version aussi, Kumagai est tenté de le laisser partir, mais il se rends compte qu’il ne peut pas entraver par intérêt personnel une guerre commune. Ayant assuré au jeune homme qu’il priera pour son salut, il lui tranche la tête.

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Masque d’Atsumori (période Edo)

Le drame de Zeami a lieu huit ans après la bataille. Kumagai, maintenant Rensei, hanté par le sens de culpabilité, retourne sur le lieux des faits afin de prier pour l’âme de Atsumori.

Rensei entre en scène en costume de moine et il procède au nanori. Il lève donc ses mains face au visage (dappai, geste qui clôt le nanori du waki).

Suit le michiyuki, où Rensei retrace son périple et explique le lieu et la situation. Il entend ensuite le son d’une flûte (qui annonce l’arrivé du maejite Atsumori) et il va s’asseoir près du wakihashira.

Deux jeunes faucheurs (maejite et tsure) s’approchent. Un d’eux, le maejite, déplore sa misère et sa solitude, étant contraint à demeurer près de cette plage désolée.
On peut déjà comprendre qu’il ne s’agit pas de la lamentation d’un être humain, mais d’un esprit égarée.

問はばこそ 独り侘ぶとも答へまし

Si on me le demande, je répondrai que, seul, je me morfonds dans le regret.

須磨の浦 藻塩誰とも知られなば

藻塩誰とも知られなば

Sur la plage de Suma, les algues salées, si quelqu’un savait,

les algues salées, si quelqu’un savait [mon nom],

我にも友のあるべきに

J’aurais sans doutes des compagnons,

余りになれば侘人の

Mais réduit à cette misère,

親しきだにも疎くして

Même mes proches se sont éloignés de moi.

住めばとばかり思ふにぞ

Ma seule pensée, c’est qu’ici je vais demeurer,

憂きに任せて過ごすなり

憂きに任せて過ごすなり

Et je vis laissé à mon malheur,

Et je vis laissé à mon malheur.

Il s’en suite un dialogue entre Rensei et les deux faucheurs, où on fait un éloge de la flûte, l’instrument de prédilection de Atsumori. Enfin, le tsure rebrousse le chemin et le maejite pose son bambou empli d’herbes, prends son éventail et retourne sur la scène. Dans le dialogue avec le moine qui suit, on entend la voix du fantôme par la bouche du faucheur. À la demande de Rensei sur pourquoi il est revenu au lieu de rentrer avec l’autre faucheur, il répond:

何の故とか夕波の 声を力に来りたり 十念授けおはしませ

Pourquoi demandez-vous, parmi les vagues du soir ? Je suis venu écouter une voix qui réconforte, veuillez prononcer les dix prières.

Les dix prières dont il est question sont les invocations au Bouddha Amida.

Le shite dit être un parent de Atsumori et prie Amida avec le waki avant de partir. C’est la fin du premier acte.

S’ensuit un entracte avec un dialogue entre le waki et le ai (un habitant du lieu), où on raconte l’histoire de la mort de Atsumori et Rensei réaffirme sa décision de prier pour la délivrance du jeune guerrier. Après avoir résume l’histoire et la situation du drame, le ai quitte la scène. On a l’impression que le but de cet entracte est de résumer l’histoire et reprendre les rênes de la narration.

Au début du deuxième acte, alors que Rensei s’apprête à reprendre ses prières, Atsumori réapparaît sous sa vrai forme. L’acteur porte un masque de jeune homme de seize ans (jūroku), les cheveux détachés, la tenue de combat (avec le bras droit dégagé pour que la manche n’entrave pas la corde de l’arc) et un éventail à la man.

Le fantôme de Atsumori

 

淡路島 通ふ千鳥の声

聞けば ねざめも須磨の

関守は誰そ

Qui, comme les gardiens de la Barrière de Suma, est éveillé d’innombrables nuits par les cris des pluviers qui vont et viennent de l’Ile de Awaji1 ?

いかに蓮生 敦盛こそ参りて候

Alors, Rensei! Atsumori est venu te voir!

Rensei croit s’être endormi, mais le fantôme est bien réel.

何しに夢にてあるべきぞ

Pourquoi serais-je un rêve?

現の因果を晴さん為に

これまで現れ来りたり

Je me suis manifesté ici

Pour pouvoir purifier le karma de cette vie2.

 Aussitôt, Rensei commence à prier pour le salut de Atsumori. La prière apaise l’esprit, qui unit sa voix à celle du moine.

Shite: 深き罪をも弔ひ浮かめ

Shite: Fut-il profond, le pêché est réparé et enlevé

Waki: 身は成仏の得脱の縁

Waki: Il est destin que cet être soit délivré et devienne Bouddha

Shite: これ又他生の功力なれば

Shite: Grâce aux mérites d’une vie précédente

Waki: 日頃は敵

Waki: Un jour nous fûmes ennemis

Shite: 今は又

Shite: Mais maintenant

Waki: 真に法の

Waki: Par la Foi en la Loi

Shite: 友なりけり

Shite: Nous sommes devenus amis.

Le chœur rappelle comme les Taira, au sommet de leur gloire, ont oublié la vérité inéluctable, c’est à dire que tout chose est éphémère. Ils ont été superbes et leur sort est pitoyable.

On raconte la chute du clan jadis puissant, sa fuite à Suma, sa disgrâce. On rappelle aussi le soir précèdent l’attaque final mené par Minamoto no Yoshitsune. Le père de Atsumori avait tenu une fête, pendant laquelle le jeune guerrier avait joué sa flûte, dont le son été arrivé jusqu’aux alliés des Minamoto, parmi lesquelles se trouvait Rensei.

En même temps, le shite exécute une danse (kuse-mai). Le fantôme semble revivre le dernier soir de sa vie.

On raconte ensuite la fuite des Taira et la mort de Atsumori. Le karma des vies précédentes a provoqué sa rencontre tragique avec Kumagai, ce même karma qui les réunit huit ans après pour qu’ils puissent se réconcilier. Devant son assassin, le shite tire son sabre, mais le waki, par ses prières, apaise l’esprit et le libère de son ressentiment et de ses souffrances.

Ainsi, à travers la foi, Atsumori et Rensei, qui étaient emprisonnés chacun dans leur propre douleur, arrivent à se réconcilier et se délivrer. Le chœur nous dit qu’il renaîtront ensemble dans le Paradis de Amida.

敵はこれぞと討たんとするに 仇をば恩にて 法事の念仏して弔はるれば 終には共 に生まるべき

Au lieu de vouloir le mal de son ennemi, il a récité le nenbutsu pour son bien, et pour cela nous renaîtront sans doute ensembles,

同じ蓮の蓮生法師 敵にてはなかりけり Sur la meme fleur de lotus [dans le Paradis de Amida] [Atsumori] et le moine Rensei, non plus ennemis.
跡弔ひて賜び給へ

跡とむらいて賜び給へVeuillez prier pour moi,

Veuillez prier pour moi.

Le drame se termine dans une catharsis empreinte d’amidisme. Beauté, jeunesse ou gloire ne sont que des illusions, elles ne peuvent provoquer que de la souffrance. L’existence des deux personnages, Atsumori et Kumagai, a été marquée par un acte de violence. Victime et bourreau sont, chacun à sa façon, condamnés à un enfer similaire.

Cependant, la grâce d’Amida renverse la situation. Ayant entrepris le bon chemin de la foi, Kumagai est capable de revenir sur les faits et, en portant secours à l’homme qu’il a tué, il est lui-même libéré.

Le bodhisattva Amida a fait veux de sauver tous les êtres. Ainsi, la foi dans sa miséricorde est l’élément de catharsis de ce drame. Le karma, aussi mauvais soit-il, peut, grâce à celle-ci, être résolu. De plus, la miséricorde d’Amida peut prendre les formes les plus inattendues. Ainsi, on pourrait dire que, s’il n’avait pas été marqué par cet épisode tragique, Kumagai n’aurait probablement pas entrepris le chemin de la délivrance. En ayant foi en Amida, la disgrâce plus terrible peut ainsi être tournée en moyen de salut.

En lisant ce drame, on ne peut qu’être touchés par le lien tragique que ces deux personnages partagent. La beauté et le contenu des échanges en font une histoire de rédemption et délivrance universelle.


1On fait référence ici au poème de Minamoto no Kanemasa (?-1112):

淡路島

かよふ千鳥の

鳴く声に

幾夜ねざめぬ

須磨の関守

Les cris des pluviers

qui vont et viennent

de l’Ile de Awaji

on réveillé d’innombrables nuits

les gardiens de la Barrière de Suma.

2Dans la transcription en japonais moderne de Atsumori, la phrase est développée ainsi: « à cause des pêchés commis dans
ce monde, je souffre même après la morte. C’est pour purifier ceux-ci que je me suis manifesté ».

Article rédigé par Tenger et mis en forme par Bidib

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