Archives pour la catégorie manga

Manga, yôkai et douceur

Manga de démons, fantômes et yôkai… à cette annonce on ne pense pas vraiment à la douceur, à la poésie, à la contemplation… et pourtant !

Démons, fantômes et yôkai ne riment pas toujours avec horreur. Dans les manga que je vais vous présenter on rencontre toutes sorte de démons mais il y ai aussi question d’amitié, poésie, et douceur de vivre.

Commençons par un titre dont j’ai parlé déjà plusieurs fois : Le pacte des Yôkai de Midorikawa Yuki (Delcourt). Dans se manga (aussi adapté en anime) on suit le quotidien de Natsume, un lycéen solitaire et orphelin qui a le pouvoir de voir les yôkai. En liant un pacte avec un drôle de chat, Natsume s’ouvre non seulement au monde des yôkai, qu’il apprend à connaître, mais aussi à la vie. Il sort petit à petit de sa coquille, apprends à prendre du recul vis à vis des blessures de l’enfance, se fait des amis… Il apprends à aimer la vie et à comprendre ce qu’elle a de beau. Au rythme plutôt lent, Le pacte de yôkai est une véritable tranche de vie, mettant en scène un jeune homme qui se cherche… au milieu des créatures folkloriques. Il y a dans le manga, comme dans l’anime, beaucoup de douceur, et un ton très mélancolique. Une sorte de nostalgie d’une harmonie perdue, surtout chez les yôkai qui peuvent être ici comme des représentations d’un autre temps, un temps où la spiritualité occupait une place plus importante, une époque qui peu à peu s’efface. Les yôkai perdent de leur magnificence, leur consistance, mais quand il faut partir ils n’ont plus de regrets. Lire le pacte des yôkai c’est comme faire un deuil. Est-ce le deuil de l’enfance, ce monde où tout est possible, même voir de drôles de créatures invisibles à tous ? Est-ce le deuil d’une époque où l’homme était plus proche de la nature et des ses esprits ? Je ne serais analyser ce manga, mais l’animé, comme les quelques tomes de cette longue série que j’ai lu m’ont fait éprouver une douce mélancolie qui rend à la fois triste et heureux.

à lire aussi l’avis de Carolus

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Je poursuit ce voyage avec un autre manga au rythme plutôt lent : Le cortèges des cent démons de Ichiko Ima. Cependant ici les yôkai sont peut-être plus effrayant et moins touchant que ceux de Natsume. Il y est encore question d’un jeune homme capable de les voir et de les maîtriser. Un don qu’y a rendu le jeune homme solitaire et distant. Il est touchant dans sa solitude. Ici aussi il y a une certaine tristesse, et peut-être aussi de la mélancolie. Il y a quelques drames qui ponctuent l’histoire mais on ne s’y attarde pas vraiment. Encore une fois le quotidien est mis en avant. On voit le jeune exorciste exécuter ses missions, vivre en famille et… les choses semblent se compliquer mais… je ne serais jamais la fin ! La série a été malheureusement interrompue en France T_T C’est un très joli manga, au trait fin. Il se dégage beaucoup de douceur du dessin alors même que ce qui est raconté est bien moins doux. Un titre intéressant que j’aurais eu plaisir à poursuivre.

à lire aussi l’avis de Bobo et Plumy

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Toujours dans un esprit jeunes gens sensibles, yôkai et tranche de vie, je vous conseille également Mokke de Kumakura Takatoshi (Pika éditions). Ici ce ne sont pas des garçons qui tiennent l’affiche, mais deux sœurs ayant elle aussi la capacité de voir ou attirer les yôkai. L’aînée peut les voir tandis que la cadette se fait posséder à chaque mauvaise rencontre. Pour faire face à ces dons particuliers, à cette grande sensibilité, elles sont envoyée vivre chez leur grand-père à la campagne. Le vieil homme est un exorciste un peu bourru mais plein d’affection pour ses petites filles. Outre l’aspect tranche de vie, le manga a un côté très pédagogique. Le grand-père prends toujours le temps de donner de nombreuses explications sur les créatures que les jeunes filles rencontrent, issues du véritable folklore japonais.

à lire aussi l’avis de Choco

Image associée

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On remonte dans le temps et on part à l’époque Heian, pour des histoires de yôkai pleines de poésie et d’humour. Le manga Onmyôji-celui qui parle aux démons de Yumemakura Baku (scénario) et Okano Reiko (dessin) s’inspire de contes et légendes traditionnels pour nous présenter une jolie fresque de l’époque Heian et des coutumes de la haute société. Le personnage principal est d’ailleurs autant un personnage historique qu’une légende : Abe-no-Seimei est un des onmyôji (qui pratique la voie du yin et du yang, cosmologie ésotérique traditionnelle japonaise)  le plus connus de l’histoire nippone. On a encore ici beaucoup de lenteur, de la contemplation, un sens de l’humour très particulier et un récit plus centré sur les jutes verbales de deux amis que sur les monstres inquiétants. Un beau manga, autant pour son dessin, que pour son ambiance très particulière, légèrement soporifique.

à lire aussi les avis croisé d’OliV, Lunch et Badelel sur K.BD (liens vers leur chroniques respectives dans l’article)

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Enfin je vous amène ailleurs, dans un ailleurs incertain où il n’est pas vraiment question de yôkai mais d’autres créature qui pourrait s’y apparenter. Mushishi de Urushibara Yuki (éditions Kana) est un manga contemplatif, offrant de magnifiques paysage, un herboriste nonchalant irrésistible, et des créatures fantastiques prenant vie de façon inopportune. J’aime ce titre pour son ambiance particulière et son dessin original. Le rythme est aussi très lent. Si les étranges créatures sont au centre de l’intrigue, c’est encore une fois la tranche de vie qui prévaut sur le fantastique. A la recherche de ces étranges apparition qu’il veut étudier, l’herboriste fait surtout de belles rencontres humaines. Ici encore on retrouve un ton nostalgique.


Les couvertures des premiers tomes

 Manga - Cortège des cent démons (le)  Manga - Mokke Manga - Onmyoji - Celui qui parle aux demons


Voilà pour ne partager que quelques titres mêlant yôkai et douceur. N’hésitez pas à laisser vos suggestions lectures

⇒ à lire aussi mes articles 


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Le voleur d’estampe démasqué ?

Je vous ai parlé il y a quelques temps déjà du global manga Le voleur d’estampe de Camille Moulin-Dupré. Dans cet oeuvre atypique, Camille Moulin-Dupré se sert des estampes japonaises comme matériel de départ, s’inspirant de nombreuses estampes pour créer sont propre univers nous plongeant dans un Japon de la fin de l’époque Edo imaginaire.

Lors de ma chronique sur le premier tome de la série (la suite n’est pas encore sortie) je m’étais amusée à mettre à jour quelques unes des inspirations possible.

Pourquoi revenir aujourd’hui sur ce manga ? Parce que je crois que je tient une nouvelle piste pour démasquer le voleur d’estampe ! L’une des planches du manga dégageait une ambiance qui m’était très familière.

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J’avais tout d’abord pensé à l’une des cent vue d’Edo de Hiroshige.

Mais aujourd’hui, en feuilletant justement mon livre Hiroshige Cent Vues célèbres d’Edo de chez Taschen, je suis tombé sur une estampe et tout de suite j’ai repensé à cette fameuse planche du voleur des estampes. Tiendrais-je la un indice ?

C’est une vue du quartier Suruga de Hasegawa Settan (1778-1843). Cette planche est extraite de son Edo meisho zue, guide illustré de la ville d’Edo publié entre 1834 et 1836. Il est composé de 20 volumes. Il est illustré par Hesagawa Settan, mais aussi par son fils et probablement d’autres artistes. Le Edo meisho zue influença Hiroshige en son temps, notamment pour ces Cent vues célèbres d’Edo, comme vous pouvez le voir en comparant les deux vues de Suruga.

Je trouve que la perspective de la planche de Camille Moulin-Dupré correspondent d’avantage à la vue de Hasegawa qu’à celle de Hiroshige. Cette dernière est beaucoup plus verticale.

Alors, est-ce que je tiens un bon indice ? La chasse aux estampes volées continue 😉

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Neige d’amour La légende de Yuki Onna

Ah ! La voici enfin ma chronique sur Neige d’amour ! Enfin ?! Ben oui, un moment que j’y pense et puis… de fil en aiguille… j’ai déjà 2 mois de retard sur mon programme ! Je voulais à l’origine présenter ce manga pour le mois du Japon mais … comme dit l’adage « mieux vaut tard que jamais » 😉 Et puis, sur Ma petite Médiathèque, c’est un peu le mois du Japon toute l’année 😀 un peu de neige pour nous rafraîchir en ce début d’été ne fera pas de mal.

Neige d’amour est un manga de Makoto Aizawa, qui nous offre ici son premier titre, publié aux éditions Asiatika.

Connaissez-vous la légende de Yuki Onna (femme des neiges) ? J’avais déjà évoqué ce mythe, très connu au Japon, à travers l’interprétation que nous propose Masaki Kobayashi dans Kwaïdan. Makoto Aizawa nous en livre une version plus moderne et peut-être moins inquiétante.

Dans un pays indéterminé, en proie à la guerre, un jeune soldat voit mourir de froid son camarade plus ancien dans un accident durant l’entrainement. Dans son délire, à l’orée de la mort, il croit voir une femme qui aspire la vie de son ami. Le jeune homme ne doit sa propre survie qu’à son joli visage, que l’inquiétante apparition ne veux pas faner.

Perturbé par cette expérience, le jeune Sakai se renferme sur lui-même. Un jour il rencontre une jolie fille, blessée comme lui par la vie. Il se reconnaissent l’un dans la faille de l’autre et se lient d’amour, fondent une famille mais un  jour Sakai oublie la promesse et raconte sa rencontre avec Yuki Onna. En brisant sa promesse, Sakai brise le bonheur fragile de sa famille, sa femme disparaît.

Le conte s’arrêt là, mais Makoto Aizawa nous propose une suite dont je ne dévoilerais pas ici les détails pour vous laisser le plaisir de la découverte.

Tout en reprenant fidèlement la trame du conte traditionnel, l’auteur réussi à la faire revivre dans un contexte plausible et qui fonctionne bien. Il donne à Yuki une fragilité qui la rend très humaine, très attachante. Le récit, par sa fidélité au conte est classique mais efficace et plaisant. J’ai aimé le dessin aux très rond et doux qui, pas ses lavis et ses nuances de gris accentue l’effet de nostalgie qui se dégage du récit. Le dessin me rappelle l’ambiance des vieux albums photos.

Avec Neige d’amour, on a une jolie façon de découvrir ou redécouvrir ce conte traditionnel incontournable du folklore japonais. Je le conseille à tous les amateurs de contes et légendes.

en savoir plus sur le site de l’éditeur


Petit Bac 2017

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Links

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J’ai été très surprise de trouver Links de Natsuki Kizu à la bibliothèque. C’est la première fois que j’y trouve un yaoi.

Je trouve la couverture de Links très belle et j’aime le style graphique de l’auteur. En revanche, je trouve que le scénario est très confus. J’avais même du mal à savoir s’il s’agissait ou non des mêmes personnages d’un chapitre à l’autre. Faut dire que je ne retiens pas les nom, mais… graphiquement il y a des personnages qui se ressemble au point que je n’arrivais pas à le distinguer les uns des autres. Le même personnage porte des lunettes puis n’en porte plus, est-ce bien le même ? Mais il n’avais pas un tatouage il y a quelques pages … Le même couple semble se rencontrer dans des circonstances différentes. Une histoire alternative ? Une autre histoire ? J’avoue ne pas avoir capté grand chose. Le terme de yaoi colle parfaitement à ce manga (pas de climax, pas de chute, pas de sens). Ce n’est qu’à la lecture (à posteriori) de la quatrième de couverture que je me suis rendu compte qu’on nous parle de 4 couples différents. Moi je n’en ai vu que deux, du coup je comprenais rien…

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Bon ok, j’aurais pu prendre la peine de lire toutes les petites écritures…. mais avouez quand même que d’un coup d’œil les 3 couples se ressemblent beaucoup, même coupe, même couleur de cheveux… et un peu le même caractère aussi. Et puis c’est fiche de présentation des couples on ne les découvre qu’à la fin de l’album. Du coup ben… ça m’a pas aidé à suivre ^^’

Malgré cette confusion dans le scénario Natsuki Kizu rend une ambiance pensante et nostalgique assez frappante. Quand j’ai terminé le volume j’avais carrément le vague à l’âme.

Une lecture plaisante, un beau dessin mais peut-être un peu trop uniforme pour la lectrice distraite que je suis ^^’

C’est romantique et explicite mais très soft, pour tous types de fujoshi 😉

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Your lie in April

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J’avais entendu parler de ce manga (que je croyait être un shôjo à cause de son dessin très féminin), mais les couvertures ne me donnaient pas plus envie que ça et je suis passé à côté de la sortie de cette série édité par Ki-oon. Puis l’autre jour je suis tombé sur les 3 premiers tomes à la bibliothèque et j’ai commencé à feuilleter le premier volume par curiosité. J’ai été très agréablement surprise.

Your lie in April est un énième manga sur une bande de lycéens, amour, amitié, dépassement de soi sont au rendez-vous. Jusque là rien d’étonnant. L’originalité viendrai-t-elle de la musique classique ? Toile de fond sur laquelle évoluent les deux personnages principaux ? Je ne serait dire s’il s’agit là d’une réelle originalité, mais une chose est sûre : l’ensemble marche très bien.

J’avais boudé le titre parce que souvent je ne me retrouve pas du tout dans la vie lycéenne que proposent les manga. Souvent trop accès sur l’amour fleur bleu, voir même emprunt d’un machisme très énervent. Ici il est aussi question d’amour, mais l’auteur sait aborder le sujet avec plus de subtilité que d’autres titres du genre. Il y est aussi beaucoup question d’introspection. Pourquoi sommes nous comme nous sommes ? Peut-on voir le monde autrement ? Ce sont les questions que se pose Kôsei, un jeune virtuose du piano qui a coupé tout lien avec la musique depuis que sa mère (dont l’éducation est plus que douteuse) est morte. Il a arrêté la musique comme pour repousser ce que sa mère lui a légué mais pourtant la musique fait toujours parti de lui. Sa rencontre avec la sulfureuse Kaori va bousculer son univers et le pousser à retrouver vers la musique.

Si la dynamique entre les personnages n’a rien de particulièrement nouveau, l’auteur arrive à bien doser entre romance et cheminement personnel du protagoniste. Il tombe amoureux mais il n’est pas que question d’amour. Il se remet en question. Il grandi. Les relation amicales sont aussi traité habilement, tout en étant, malheureusement très stéréotypées. Il y a le beau gosse extraverti, doué en sport et avec les filles, tout l’inverse de son ami Kôsei et puis il y a l’amie d’enfance qui nourris des sentiment ambigus tout en s’en défendant… Si tout cela manque d’originalité, l’auteur a su donner à ses personnages des personnalités assez bien travaillé et des dialogues plutôt pertinent.

Ce n’est dont pas une perle rare, il y a toujours du stéréotype à la pelle, mais Your lie in April sort du lot par une approche moins puérile de l’amour et l’amitié à l’adolescence.

Un scénario qui se tient bien et une lecture très agréable. A suivre.

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[Semaine shôjo] quel est le shôjo qui a eu le plus d’impact dans ta vie et pourquoi ?

C’est avec un très grand plaisir que je remets le couvert pour une nouvelle semaine shôjo organisé par le Club Shôjo.

Pour ceux qui ne connaissent pas encore la semaine shôjo, je vous renvoie à mon article de présentation.

Cette année la question qui nous est imposée est :

quel est le shôjo qui a eu le plus d’impact dans ta vie et pourquoi ?

La question est assez difficile parce que la première réponse qui me vient à l’esprit c’est  : aucun ! Je n’ai pas lu beaucoup de shôjo, josei ou yaoi et aucun ne m’a laisse une impression assez forte pour avoir un impact dans ma vie. Certain m’ont amusé, d’autres mon marqué par la force de leur récit, d’autres m’ont fait pleurer… Mais tout cela n’a eu aucun impact sur le cour de ma vie.

Couverture L'infirmerie après les cours, tome 01J’ai pensé alors présenter un titre qui, sans avoir changé ma vie, est entré en résonance avec mes émotions de façon étonnante et inattendue de ma part. Je pense à L’infirmerie après les cours.

La première fois que j’ai entendu ce titre j’ai pensé à un truc chelou (vous voyez ce que je veux dire ?). Puis j’ai lu quelques manga de Setona Mizushiro, je n’étais pas complètement convaincue. Mais le titre l’infirmerie après les cours m’était fortement conseillé. Alors, le jour où je suis tombé sur les premiers tomes d’occasion j’en ai profité pour voir de me propres yeux. Et j’ai pas été déçue ! J’ai d’ailleurs cherché la suite et lu la série dans son intégralité (et j’ai adoré la fin !). C’est sans doute le meilleur manga de l’auteur qui m’ai été donné de lire. Du moins celui qui parle le plus.

Le thème de l’identité sexuelle, avec des personnages qui changent de sexe, n’est pas nouveau. Il existe plusieurs autres titres et j’en avais lu quelques uns. C’est un sujet qui me touche particulièrement, depuis toujours. Je me souviens encore de mon premier voyage en France, j’avais 12 ans et je découvrais le club Dorothée. J’avais beau rien comprendre (mon français était très approximatif), j’avais été fasciné par Ramna 1/2. Je voulais être comme lui/elle. Pouvoir changer de sexe d’un simple jet d’eau. Ce sentiment ne m’a jamais quitté, même en grandissant, je gardais en moi cette idée, comme une sorte d’idéal inatteignable. Il y en a qui rêvent d’immortalité moi je rêvais d’hermaphrodisme. Je voulais devenir un escargot, quoi 😀

J’avais beau avoir plus de 30 ans quand j’ai découvert L’infirmerie après les cours, sa thématique très centrée sur les problèmes existentiels de l’adolescence (l’identité sexuelle mais pas seulement) est tout de suite entré en résonance avec mon enfant intérieur. C’est ça ! C’est exactement ça, me suis-je dit en le lisant.

Je ne peux pourtant pas dire que la bd a eu un impact sur ma vie, il arrivait 20 ans trop tard pour cela. Mais, je pense que si je l’avais lu à l’époque cela m’aurait mis une sacrée claque et que son impact sur moi aurait pu être plus important. Enfin, c’est difficile de dire ça maintenant. Mais c’est vrai que les questions soulevées par ce manga me torturaient pas mal l’esprit quand j’étais ado et je ne me souviens pas avoir lu quoi que ce soit à l’époque qui en parlait. Du coup je ne trouvais aucune réponse nulle part et je me disais que j’étais vraiment bizarre. Finalement ce manga aura quand même eu un effet : celui de me conforter dans l’idée (beaucoup trop tard) que je ne suis pas si bizarre que ça et que de nombreux autres ados se sont posés les mêmes questions que moi.

Kuma to interi - Basso: Après avoir longuement réfléchi à la question que le club shôjo nous pose, une autre réponse c’est finalement offerte à moi. Ce n’est pas UN manga en particulier qui a eu un impact sur moi, mais un genre : le yaoi.

Bon, c’est un peu difficile d’en parler ouvertement ici, c’est quand même très intime. Il m’a fallu un an pour faire mon coming-out et oser dire ouvertement que je lisais du yaoi. Je me sentais mal. Sans doute ma bonne éducation catholique. J’avais l’impression de cacher un honteux secret et comme je suis incapable de mentir, même par omission, j’étais vraiment mal à l’aise, surtout vis à vis de Chéri. Je ne tenais plus. Un jour j’ai décidé de tout lui avouer. « Faut que je te parle ». Je vous assure que j’avais vraiment la trouille, quand je parle de coming-out, je n’exagère pas. J’étais très nerveuse mais j’ai tout déballé. Là, Chéri me regarde avec de gros yeux ronds et puis il explose de rire. J’en était sûr, qu’il me dit… Mon visage s’est aussitôt embrasé ! J’avais l’air bien bête avec mon gros stress de sainte ni touche… Ah ! Je vous jure. Une vraie gamine.

Après ça, je me suis sentie bien mieux. Je n’avais plus honte, j’ai timidement été regarder des forums et je me suis rendue compte qu’il y avais beaucoup de filles comme moi. Je n’étais pas tordue, ni spécialement perverse, enfin pas plus que tout un tas d’autres fan de yaoi XD  Là oui, ma vie à changé ! Pas tellement dans les faits, mais dans ma tête. Je me suis sentie plus sereine, plus normale. Plus détendue.

Dans le yaoi, comme dans le titre précédemment cité, je trouvais aussi un écho à mes interrogations concernant l’identité sexuelle. Ce n’est pas seulement l’aspect érotique du manga qui me plait, mais celui de pouvoir m’identifier à un personnage masculin (ou faussement masculin devrais-je dire), une projection qui donne plus de liberté. Je ne peux pas m’identifier aux héroïnes fleur bleu des shôjo romantique, ce qu’elle renvoient est une position de la femme à laquelle je n’adhère pas, mais si l’héroïne romantique est un garçon alors ça change tout, je peux laisser libre cours à mon romantisme sans pour autant avoir l’impression de trahir un idéal féministe. Enfin, je sais pas si je m’explique bien, mais vous avez compris l’idée.

Finalement aujourd’hui je lis très peu de yaoi. Pas le temps, pas forcement l’envie non plus, trop de titre qui se ressemblent aussi peut-être. Et puis surtout j’ai grandi, j’ai vieilli, je suis passé à autre chose. Mais je sais que le yoai en général et quelques auteurs en particuliers (Basso et Est Em pour n’en citer que deux) ont eu un grand impact sur une période précise de ma vie et que ces lectures ont sans doute contribué à ce que je suis maintenant. Pas tant par ce qu’elles racontent mais par ce qu’elles ne racontent pas, par ce qu’elles représentent. Une certaine forme de liberté et aussi de libération.

Bon maintenant je vais me cacher dans un trou parce que je me sens un peu embarassée de vous avoir raconté tout ça !

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Le mot de Yomu-chan 

Alors, moi aussi je me sens un peu désemparée face à cette question : Quel est le shojo qui a eu le plus d’impact sur ma vie ? Ce genre de question me pose toujours problème parce que je lis beaucoup, et beaucoup de choses différentes. Et si évidemment par mes lectures j’apprend des choses sur la vie et que je me fabrique en partie avec ces choses, je ne suis pas forcément capable de me rappeler où et quand j’ai lu ça. Je confond mes lectures, associe deux histoires, deux personnages, et finalement je me réapproprie tout ça et suis assez incapable de vous dire qui, quoi, où, quand et comment.  En plus je suis très nulle pour me souvenir des titres et c’est d’autant plus vrai quand ces titres sont en japonais (ce qui est ici le cas parce que beaucoup des shojos que j’ai lu étaient des scans).

Mais commençons d’abord par dire que le shojo en lui-même (sans citer de titre en particulier) a eu un vrai impact sur ma vie. D’abord parce que j’ai fais mes premiers pas dans l’univers du manga avec Naruto et que j’ai continué sur ma lancer avec des shonen plus BOUYASHACA BASTON SUPER LASER DE LA MOOOOOORT BLLLAAAA BOOOUM PAAAF et que je partageais ces lectures (et visionnages surtout) avec mon tonton, avec un de mes copain et… c’était tout ! Du coup je me construisait sur un modèle plutôt masculin (et ma maman en pleine quête identitaire ne m’était pas ici d’un grand secours). La découverte du shojo (d’abord pas du tout assumée parce que LOL MDR LES FILLES C’EST DES TAPETTE JE SUIS PAS COMME CA BERK) m’a finalement permis de m’identifier à un autre modèle, à vivre des histoires cul cul la praline et à me rendre compte que j’aimais bien ça. C’est donc avec la lecture de shojo (ah c’est marrant, si le shonen j’ai plus l’habitude de les regarder en dessin animé, les shojo je préfère les lire) pris conscience d’une autre facette de ma personnalité. En fait, quand j’y pense ma découverte des mangas avec les shonen c’est faite dans l’enfance vers mes 8/9 ans, celle des shojo correspond plus à mon adolescence (je devais être au collège). Et finalement, même si je n’ai jamais vraiment délaissé le shonen (d’ailleurs je lis beaucoup plus de shojo mais mes mangas préférés sont des shonen : FMA EN FORCE), en grandissant encore un peu je me suis lassée des shojo. Parce que, comme Bidib l’a dit, la représentation des femmes véhiculée dans la majorité de ces mangas ne correspond pas à ma vision des choses. Donc si le shojo m’a en partie appris à être une fille, il m’a aussi poussé au questionnement sur ma condition de femme.

Oulah cette rétrospective sur ma lecture shojotesque s’avère bien plus pertinente que ce que je pensais.

Bon il s’agit maintenant de faire un effort et de chercher à vous donner des titres significatifs qui m’ont marqué dans la viiiiie. Alooooors j’actionne mes neurones….

Mmh ! Je suis obligée de vous parler de Fruits Basket. Alors en terme philosophique et sociologique je n’arrive pas à trouver grand chose d’intéressant à dire. Mais c’est un des premiers shojo que je me suis mise à suivre activement (j’ai toute la série sur mon étagère *-*) et puis sans savoir vraiment l’expliquer c’est un titre qui m’a marqué. Là je ne sais pas si ça illustre mes précédents propos sur mon identité féminine, je pense plus que ça relève d’un talent narratif, de mon attachement aux personnages et à l’univers proposé… Je suis désolé j’ai du mal à intellectualiser mon amour pour ce manga.

Par contre il y a deux autres titres que j’aimerais évoquer avec vous : il s’agit de Switch Girl et de No longer heroïne. Si j’aurais beaucoup de choses à reprocher à certains choix narratif, ces deux mangas m’ont tout de même marqué parce qu’ils sont, je pense, les représentant d’un nouveaux mouvement que je trouve louable. Ils ont le mérite de proposer des héroïnes très filles, avec des préoccupations (certes encore un peu stéréotypées) très féminines mais qui ne les empêche pas d’être… DES ÊTRES HUMAINS ! Elles pètent, elles rotent, elles s’épilent, etc. Et surtout elles conservent une forme de naïveté fleur bleu mais sont capables de mesquineries, de se mettre en colère, de faire de l’humour… Elles restent séduisantes (parce qu’elles trouvent toute les deux un petit ami) mais elles ne sont pas cloîtrées dans un usage limité de l’espace, elles ne sont pas contrainte de se cacher pour éternuer, elles font du bruits en public et enfin elles sont nous quoi. Bref vous avez compris, il y a à travers ces deux personnages une modernisation de la lycéenne et ça fait du bien. C’est encore un peu grotesque mais en même temps c’est léger et ça permet d’offrir à de jeunes lectrices une nouvelle représentation du monde (qui ne les empêche pas de vivre une histoire d’amour).


La semaine shôjo sur les blog partenaire :

Et enfin sur le Club Shôjo :

Événement interblog : Le shôjo qui a eu le plus d’impact dans ta vie


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Nouveautés manga #17 – avril 2017

Dans les bonnes résolution 2017 j’exprimais le souhait de présenter chaque dernier jeudi du mois ma sélection de sorties manga et puis… comme d’habitude T_T Le dernier numéro de Nouveautés manga date de janvier.

Les nouveautés d’avril

Le dernier envole du Papillon

Kan Takahama

Glénat

résumé : Kicho, la plus belle courtisane de Nagasaki, séduit tous les hommes sans exception. Cependant, du vieux marchand ivrogne au médecin étranger, elle continue à accepter tous les clients, même les plus méprisables.
Quel secret cache-t-elle derrière sa douce mélancolie ? Le jeune garçon qui nourrit une haine farouche envers elle détient peut-être les clefs du mystère… (source : Canal BD)

pourquoi ? une belle couverture, une histoire de courtisane, de quoi intriguer.


Sa majesté le chat

Akihiro Kimura

Doki doki

résumé : des histoires de chat. Encore…

Pourquoi ? Mimiko adore les manga de chat, elle les collectionne. Celui-ci viendra compléter sa collection.


Nos yeux fermés

Akira sasô

Pika

résumé : La vie n’est pas tendre avec Chihaya… Et elle le lui rend bien. Le bonheur ? Elle ne connaît pas. Son père alcoolique, sa mère partie, elle enchaîne les petits boulots pour pouvoir joindre les deux bouts. Un jour, son pied heurte accidentellement la canne d’Ichitarô, un non-voyant. À partir de cet instant, ce jeune homme à la joie de vivre communicative va tout faire pour entrer dans la vie de Chihaya et lui faire voir le monde autrement.

Dans ce conte moderne touchant, Akira Sasô nous invite à voir le monde autrement qu’avec nos yeux, un vrai hymne à la tolérance, à l’acceptation des autres et de leurs différences, mais aussi un hymne à la vie, dans ce qu’elle a de plus simple et de plus beau.
Les personnages s’animent sous le crayon de l’auteur, qui dépeint avec simplicité la vie quotidienne d’un trait doux qui invite à la réflexion et au calme. (source : Manga Sanctuary)

Pourquoi ? vous avez lu le résumé ? Que dire de plus.


Ryôma

Masaya Hokazono

Black Box

résumé : Suite à l’arrivée de l’amiral Perry et de ses « bateaux noirs » qui forcent le japon à s’ouvrir à l’Occident, le samouraï Ryôma Sakamoto se met à rêver à toutes les possibilités qui lui sont ouvertes, et décide d’aider à renverser le shogunat tokugawa et à créer un Japon moderne. Au gré de ses rencontres et de ses décisions inopinées, ce jeune homme extravagant va se frotter à différents courants en quête du pouvoir et laisser sa marque dans les débuts du Japon moderne. (source : Manga Sanctuary)

Pourquoi ? Pour compléter mon article Quand l’anime nous parle d’histoire #1 – La Bakumatsu 😉


 Gost & Lady

Fujita Kazuhiro

Ki-oon

résumé : Au XIXe siècle, le théâtre royal de Drury Lane est connu pour être hanté par un spectre terrifiant. L’homme, vêtu d’un long manteau gris et coiffé d’une perruque poudrée et d’un tricorne, n’apparaît que lors des premières de pièces vouées au succès !

L’homme en gris, ou Grey, comme il souhaite qu’on l’appelle, aime les pièces de qualité pour une raison bien particulière : c’est quand les gens sont captivés par le spectacle que les esprits enragés nés de leurs sentiments négatifs s’apaisent et se taisent enfin. Le silence, le calme, c’est à cela qu’il aspire !

Des monstres créés par des âmes torturées, il en a vu dans son existence de fantôme. Mais rien ne l’avait préparé à sa rencontre avec Florence Nightingale… La jeune fille de bonne famille débarque un jour à Drury Lane, avec sur ses épaules l’esprit le plus énorme et le plus terrifiant qu’il ait jamais vu ! Indifférent à son entourage, c’est l’âme de sa propre créatrice que ce dernier réduit en lambeaux à longueur de journée… Plus étonnant encore, Florence voit Grey ! Le pas décidé et le regard triste, elle lui lance une supplique : “Tue-moi…” Ces mots scellent le sort de ces deux êtres que tout oppose, pourtant liés par un destin plus fort que la mort… (source : Manga Sanctuary)

pourquoi ? que ce soit la couverture sobre ou le résumé très kitsch, ça m’intrigue


Et pour vous , quelle nouveauté en avril ?


Les nouveautés de février-mars

Pays de Neige de Kawabata Yasunari  

  

  

Matsuo Bashô 1


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Hiroshima et le manga

Le thème d’aujourd’hui du challenge Un mois au Japon est Hiroshima, J’ai choisi d’en parler à travers le manga.

Dès que l’on pense à Hiroshima c’est la bombe atomique qui nous vient tout de suite à l’esprit. J’aurais pu aborder un tout autre aspect de la ville, parler de ses artistes, de la ville aujourd’hui, etc. Mais j’ai opté pour la vision historique et la tragédie à laquelle on associe cette ville.

Parmi les manga qui parlent de Hiroshima, le premier qui me vient à l’esprit c’est Le pays des cerises de Fumiyo Kouno publié chez Kana.

Ce manga ne met pas en scène le moment où la ville est frappé par la bombe mais, plusieurs années après que la guerre soit finie. La bombe a laissé des traces, des cicatrices et même des blessures ouverte dans les esprit et dans le corps des habitant qui doivent apprendre à vivre avec ce lourd fardeau. Le tome regroupe plusieurs histoires qui peuvent être lu indépendamment les unes des autres mais qui se trouvent relié par des liens familiaux qui unissent les personnages d’une histoire à l’autre.

C’est avec beaucoup de subtilité et de douceurs que Kouno aborde des sujets difficiles : la blessure de ceux qui ont connu l’horreur mais aussi le rejet de ceux-ci par les autres, ceux qui ont été épargné. Ce manga m’avait beaucoup fait penser à un film que j’avais vu à l’époque : Pluie Noire de Shôhei Imamura. Un film qui aurait mérité que je le présente ici, mais j’étais tellement bouleversée que je n’ai pas su trouver les mots.

Gen d'Hiroshima, Tome 2 : Le deuxième titre qui me vient tout de suite à l’esprit c’est Gen d’Hiroshima, un shônen mettant un scène un enfant espiègle qui vit le drame de plein fouet. Épargné par le souffle de la bombe il perd les membre de sa famille les un après les autres. Très courageux et volontaire il se bat pour survivre et aider à survivre ceux qui l’accompagnent. C’est certes un shônen mais surement pas un manga à mettre entre les mains des plus jeunes ou des plus sensibles ! Il y a des scènes très explicites où l’on voit les effet de la bombe que ce soit ses effets immédiats où la maladie qui en découle, il y a des images très chocantes. L’histoire est elle même terrible. Je n’ai lu que les premiers tomes et malgré mon âge (ou peut-être à cause de mon âge) ça ma vraiment remué, j’en étais malade tellement ça prends au tripes.

La série, crée en 1973 par Keiji Nakazawa, compte 10 tomes. La version française a été publié par Vertige Graphic. L’auteur s’inspire de sa propre expérience pour nous décrire la vie de cette famille de 1945 a 1953. En effet Nakazawa a perdu son père sa sœur et son frère dans le bombardement.

Dans ce manga il montre l’horreur de la bombe et des conséquences des radiation pendant les années qui suivent le bombardement, mais il fait aussi une âpre critique de a société japonaise. Tout d’abord une critique de la politique militaire et impérialiste de la période de guerre. Puis il critique la façon dont la société japonaise gère cet événement, le rejet que doivent subir les victimes, déjà fortement traumatisé par la bombe. Il est également question de ce rejet dans le manga de Konou Fimiyo.

J’étais persuadé de pouvoir trouver d’autres manga sur ce sujet, finalement j’ai manqué de temps et je n’ai donc que ces deux titres à vous proposer. Si vous avez quelques références à me conseiller, laissez moi un commentaire je les ajouterais ici.


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Mangaka #3 – Jirô Taniguchi

L’auteur à l’honneur d’avril ce sera Jirô Taniguchi (谷口 ジロー). Cela fait bien longtemps que j’avais envie de faire un article sur lui, sa disparition récente n’a fait que renforcer ma volonté de lui rendre hommage mais le temps file et je n’en ai rien fait ! Le rendez-vous mensuel Auteur à l’honneur (initié le mois dernier) et le challenge Un mois au Japon sont là pour me motiver.

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Paradoxalement, Jirô Taniguchi est un auteur plus réputé en France qu’au Japon. Et pour cause son style est une sorte de pont entre la BD occidentale et le manga. Son dessin très réaliste et son découpage le rendent très accessibles aux lecteurs de BD non habitué aux codes manga. Plusieurs des œuvres sont d’ailleurs publié dans le sens occidental de lecture afin d’être accessible à tous les lecteurs, même ceux qui sont perturbé par une lecture en sens original.

zoomSon premier manga parut en France est L’Homme qui marche, publié par Casterman en 1995. Bien que l’oeuvre ne fut pas un franc succès commercial à l’époque, il a beaucoup marqué les esprits notamment du côté des auteurs et des éditeurs francophones de BD qui, pour beaucoup, avaient une image très stéréotypé du manga et ne s’imaginaient pas que parmi la production de mangas on puisse trouver des œuvres contemplatives et poétiques telles que L’homme qui marche.

Le manga a d’ailleurs été republié plusieurs fois, la dernière éditions date de 2015. Très bien accueille par la critique, cette première oeuvre traduite ouvre les portes de la France aux mangas de Taniguchi.

Je n’ai pas lu tous ses mangas traduits, mais après en avoir lu un assez grand nombre je distingue deux catégories : ses mangas action au dessin plus réaliste, plus chargé mais peut-être aussi plus beau. Dans cette catégorie j’ai été particulièrement marqué par Le sommet des Dieux, mais j’ai aussi apprécié Sky Hawk. Et de l’autre côté une production beaucoup plus épurée dans le dessin et plus introspective dans le récit. Dans cette catégorie on ne peut que citer Le journal de mon père qui met en lumière l’incompréhension entre le fils et son père avec beaucoup de sensibilité. Cette deuxième catégorie semble s’ouvrir avec L’Homme qui marche. un projet qui a vu le jour grâce à l’éditeur de Taniguchi qui a l’époque lui a demander d’écrire un manga sur la promenade.

Un deuxième tournant dans la carrière du mangaka semble être marqué par sa série au Temps de Botchan, qu’il a écrit avec le scénariste Sekikawa. Pour réaliser ce manga il a beaucoup travaillé son style, il s’est beaucoup interrogé sur la façon de représenter l’histoire. Il a épuré son style réduisant le nombre de traits, notamment sur les visages et en utilisant des trames grises plutôt que des aplats de noir… Des techniques qui l’a ensuite réutilisé pour d’autres manga. Je n’ai pas encore lu cette série, mais après avoir lu l’auteur en parler, j’ai bien envie de découvrir ce manga.

Au Temps des Botchan

La carrière du mangaka

Après son lycée, Jirô Taniguchi quitte le foyer familial pour travailler. Il veut être indépendant et trouve un travail de bureau qui ne le passionne pas. Il ne tiendra pas plus de huit mois. Depuis toujours il dessine des mangas, il décide donc de tenter sa chance comme assistant auprès de Kyûta Ishikawa, un jeune auteur de shônen à succès. Il sera son assistant pendant 5 ans avant de décider de se lancer comme auteur en 1972.

Maken Musashi de Kyûta Ishikawa

Mais ses débuts sont très difficiles, la plus part des histoires qu’il envoie aux éditeurs sont refusées et il est contraint de redevenir assistant pour subvenir à ses besoin. Il travaillera alors comme assistant pour Kazuo Kamimura. Auprès des deux mangaka aux styles, aux personnalités et aux façons de travailler très différentes il apprend beaucoup, d’autant plus que Taniguchi est autodidacte.

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Au début de sa carrière en tant qu’auteur indépendant, Taniguchi travaille pour une revue érotique. Peu à peu il s’oriente vers des manga sur les animaux. Son éditeur lui présente le scénariste Natsu Sekikawa avec qui il collabore sur diverses séries. Puis après la disparition du magazine pour lequel les deux auteurs travaillaient Taniguchi change de collaborateur et se met à écrire des séries avec Caribu Marley. Les deux auteurs collaborent sur de nombreuses séries. C’est une période de travail intensif qui lui permet à peine d’en vivre.

#jirotaniguchi #mangaka #manga

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Après quelques problèmes de santé alarmant. Taniguchi décide de ralentir le rythme, de réduire le nombre de séries en cours. Il cesse de travailler pour des hebdomadaires pour moins subir la pression des délais. Mais finalement son style graphique étant assez travaillé, cela ne signifie pas forcement moins de travail, mais peut-être plus de sérénité. Il n’est plus obligé d’employer plusieurs assistant et peu ainsi mieux gagner sa vie. Les assistants sont en effet payé par le mangaka et non par la maison d’édition. Ce qui créé une relation assez particulière. Taniguchi dit se sentir responsable des assistants qu’il emploie et avoir parfois accepté des projets qui ne l’intéressent pas vraiment pour ne pas devoir mettre ses assistants au chômage.

Une autre oeuvre dont je n’ai pas encore parlé marque une étape importante dans la carrière de Tanigichi : Blanco (1984). C’est la première série longue qu’il écrit seul. Jusque là il avait soit écrit des histoires courtes, soit collaboré avec des scénaristes.

Malgré un succès relatif au Japon, son style et la relation de confiance qu’il a  tissé avec ses éditeurs on fait que Taniguchi a pu vivre de son art, produire de nombreuses séries tout en étant assez à l’abris de la pression que connaissent beaucoup d’auteurs à succès. Heureusement puisque par rapport à d’autres mangaka japonais, Taniguchi a une façon de travailler plutôt lente. Sans être sur le devant de la scène dans le monde du manga japonais, Taniguchi a toujours réussi à suffisamment séduire les lecteurs pour pouvoir poursuivre ses séries au rythme souhaité par ses auteurs. Une seule de ses série, qu’il écrivait avec Caribu Marley a du être stoppé précipitamment. Les auteurs se sont bien vengé puisqu’il ont tué le protagoniste juste avant son dernier combat ! (cette anecdote m’a beaucoup fait rire).

L’inspiration de la bd occidentale :

On lisant les mangas de Taniguchi on peut sentir l’influence de la BD européenne et dans une moindre mesure du comics. Ma connaissance en la matière ne me permettrait pas de mettre le doigt sur les influences réellement mais j’ai ressenti quelque chose de très occidentale à la fois dans son dessin et dans le découpage de ses pages.

Parmi les auteurs européen l’ayant influencé le mangaka cite : Bilal, Giraud- Maebius (qui est devenu un modèle pour lui), Micheluzzi, Giardino, Tito, Crepax, Crespin, Schuiten… Parmis les auteurs américains il cite Frank Frazetta, Richard Corben, Mike Mignola, Franck Miller… Ce sont plus généralement les auteurs paru dans la revue Métal Hurlant à laquelle il s’était abonné à prix d’or qui l’ont marqué. A l’époque les mangakas s’intéressent très peu à la BD occidentale et très peu de titres sont traduits en japonais. Ce n’est donc que par leur aspect graphique et non narratif que la BD occidentale l’influence. Il parle notamment de la « très forte impression de réalisme » et du « fait que les information étaient très nombreuses dans chaque case » contrairement à ce qui se faisait dans le manga. Autour de lui rares sont les auteurs qui partagent son intérêt pour la BD occidentale. Mais il n’est pas le seul, et le magazine Morning pour lequel il travail  tente d’ouvrir une passerelle entre les deux univers en invitant plusieurs auteurs européens à écrire pour le magazine.

bibliographie :

ses mangas disponibles en français par ordre de parution au Japon

  

  

   

   

    Le Gourmet Solitaire

  

  

      

  

  

  

  

Les albums chroniqué sur Ma petite Médiathèque

Pour aller plus loin

Je vous conseille la lecture Jirô Taniguchi l’homme qui dessine, entretiens entre Taniguchi et Peeters. C’est très intéressant, on apprends plein de choses sur la carrière de Taniguchi et sa relation à son oeuvre. Et il se lit très facilement.


 Auteur

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Plus forte que le sabre

Aujourd’hui la thématique du challenge un mois au Japon était le Japon historique. Moi je vous ai promis du manga tous les mercredis. Qu’à cela ne tienne ! J’ai ce qu’il me faut pour être dans le thème et respecter ma promesse 😉

Je vais vous parler d’un gekiga de Hiroshi Hirata, une référence en la matière. Sa spécialité : les manga de samouraï, mais pas ceux fantasmés, beaux comme des jeunes filles et super classe, non la spécialité de Hirata c’est le vrai samouraï, celui qui transpire et qui pue sur le champ de bataille. Le gekiga est en effet une sorte de manga dramatique réaliste. Pas de têtes déformées, de yeux comme des soucoupes ou des gag à répétition. Ici c’est du sérieux !

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Plus forte que le sabre commence avec l’arrivée de Hisa jeune femme samouraï de 15 ans qui intègre la famille Shimizu en épousant le fils aîné et héritier Tarôzaemon no-jô Yasuhide. Les Shimizu sont vassal de la famille Hôjô et gouvernent la péninsule de Izu.

Si Hisa est le personnage principale qui donne son titre à la cette courte série de 3 tomes, nous ne suivons pas que son parcours mais celui de toute sa famille sur plusieurs années. Le tome 1 s’ouvre sur mariage alors qu’elle n’a que 15 ans. Le tome 3 se termine alors qu’elle en a 60. Avec cette famille ce sont les coutumes et le mode de vie des samouraïs du XVI° siècle que l’on découvre.

Yasuhide, l’héritier de la famille Shimizu est une grosse brute, son tempérament sera temporisé par sa femme qui en revanche à un très grand cœur et tient à protéger le peuple tout en protégeant sa famille, mais pas au pris d’être déshonoré en ayant recours à des méfaits tel que le piratage. A la manière de samouraï, les disputes entre époux prennent toujours un ton très dramatique, sabre à la main.

Si pour vous être bushi c’est tuer et massacrer, alors mourez ici et maintenant !

Face à la détermination sans faille de sa femme, Yasuhide évolue et devient un meilleur seigneur. Mais cela ne l’épargne pas de décisions cruelle due à son rang. Quand l’un de ses fils désobéi au lois de leur seigneurs il ne peux que le condamner à mort.

Dans le premier tomes on suit Hisa qui en 5 ans met au monde 4 enfants et forme une marine féminine pour défendre le fief en l’absence des hommes parti avec son mari livrer bataille pour leur seigneur. Pendant ce temps-là on suit Yasuhide sur le champ de bataille. On y découvre avec beaucoup de détails comment fonctionnent les campagnes militaires de l’époque, qui paye quoi, comment sont ravitaillées les troupes, comment se nourrissent les soldats, etc. C’est très intéressant.

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Dans le deuxième tome, nous suivons l’un des fils de Hisa, Shinhachiro, qui n’arrive pas à contrôler ses pulsions sexuelles et viole les femmes du village. Hisa va devoir prendre les choses en main et « dresser » son fils. Puis c’est au tour du fils aîné, Matatarô d’être au centre du récit. Alors qu’il est héritier du titre, Matatarô ne s’intéresses qu’aux arts. Il ne veux pas tuer et incompris de son père décide de quitter le foyer familial. On continue de suivre Matatarô dans le troisième et dernier tome. D’abord dans ses pérégrinations puis dans son retour au pays.

Dans ce troisième tome, Hirata fait rencontrer son personnage et un célèbre samouraï de l’époque : Kôizumi Ise-no-Kami Nobutsuna, ensemble il évoquent un épisode de la vie de ce dernier qui est raconté dans Honchō bugei shōden, un recueil d’histoires de samouraï publié à l’époque Edo. J’ai retenu cette apparition car Kurosawa, le célèbre cinéaste Japonais qui a fait de très beaux films sur les samouraï, reprend également cette épisode dans son film Les sept Samouraïs.

La vie de la famille Shimizu se termine comme se termine la vie des samouraïs dans une époque de conflit. Les guerres et les morts y sont nombreuses. Mais ce manga n’est pas seulement un documentaire sur la vie des samouraïs. Paradoxalement tout en rendant hommage aux code d’honneur des bushi, Hirata nous livre avec cette trilogie une ode à la paix. Par la voie pleine de sagesse de Hisa, c’est un message de paix et d’amour qui ressort de ce récit. Message repris par le fils Matatarô qui avec la même noblesse d’esprit que le bushi prêt à se faire seppuku plutôt qu d’être déshonoré, refusera de tuer jusqu’au bout. Hisa est un personnage très positif dont on peut tirer enseignement : droite et intègre, courageuse et forte, elle ne baisse jamais les bras et ne se laisse pas submerger par ses émotions trouvant toujours la force d’aller de l’avant. Fidèle, elle n’hésite pas à remettre en cause l’autorité de son mari quand elle juge cela nécessaire, mais elle ne le contourne pas, elle l’affronte, d’égale à égale. J’ai beaucoup aimé la scène de la nuit de noce

Déshabille toi !

Je ne suis pas votre servante… Je suis venue ici pour devenir votre épouse ! Et ce n’est pas en recevant un tel ordre que je le deviendrai !

[…]

Ma grand-mère m’a appris qu’une vie de couple se construit en inspirant et expirant chacun la même quantité d’air. L’incident de tout à l’heure vous a … disons… exalté, et soumettre sous votre puissance de mâle ma faiblesse de femme vous permettrait de trouver le repos… Je le conçois. Néanmoins, ceci est également ma nuit de noces ! Celle où vous est moi nous unissons pour la première fois en tant que couple. Veuillez faire face à votre épouse le cœur pur et vide, comme un époux et non pas comme un batailleur.

Un manga donc très intéressant si on s’intéresse au Japon historique et plus particulièrement à l’époque Sengoku (époque des provinces en guerre). Néanmoins attendez-vous à beaucoup lire ! Contrairement à la plupart des manga, ce gekiga est riche en texte. Les personnages font de longues tirades philosophiques sur le rôle, le devoir du bushi (guerrier), sur la guerre, etc. De longues explications nous également données pour comprendre le contexte dans laquelle se déroule l’histoire, il y a même des petites cartes pour montrer les déplacements des troupes. J’avoue avoir zappé quelques petits passages trop… historiques ^_^’



 

Petit Bac 2017

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