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Le music-hall des espions – Bruno Birolli

J’avais aimé le livre historique de Bruno Birolli Ishiwara, l’homme qui déclencha la guerre, qui se lit comme un roman. J’étais impatiente de découvrir son premier roman.

Couverture La suite de Shanghai, tome 1 : Le music-hall des espions

On entre dans le vif du sujet dès les premières pages avec la découverte de cadavres bien puants. Nous sommes à Shanghai, dans les années 30. Autour du charnier, des officiers français, un homme des renseignements britanniques, un officier chinois et ses hommes. Mais qui sont donc ces cadavres. Qui est l’homme qui pleure ?

Marche arrière toute. On se retrouve en France. René est envoyé en Chine comme sous-officier par son oncle influent qui ne sait trop quoi faire du jeune homme dont il a la charge. Un neveu encombrant, une concession lointaine. Voici René embarqué pour une aventure à laquelle il ne s’attend pas. Pas mécontent de quitter la France (et surtout son oncle), René débarque à Shanghai où il travaillera aux renseignements avec Fiorini, son supérieur. Fiorini est un officier taciturne, de peu de mots. Mais il saura gagner la confiance et la fidélité de son sous-officier fraîchement débarqué.

Avec René, on découvre la vie de Shanghai, partagée entre ses concessions étrangères et ses quartiers chinois. L’ambiance est des plus tendues : homme d’affaires peu scrupuleux, taxi-girls, étrangers en mal d’aventure, autorités fidèles à Tchang Kaï-chek, espions communistes et japonais prêt à faire tout péter, on marche sur le fil du rasoir.

C’est au détour d’un incident peu commun, une attaque qui n’a rien d’un simple braquage que Fiorini, accompagné par René, se lance sur les traces d’espions communistes. Un jeu de chat et de souris, de pouvoir et de manipulation, du quel personne ressortira vraiment indemne, est en train de se jouer.

Ce que j’ai aimé dans ce roman ce n’est pas finalement tant l’intrigue policière que laissait entrapercevoir la découverte des cadavres par laquelle le roman s’ouvre. Ce qui est vraiment intéressant de ce livre, c’est de découvrir la ville de Shanghai avant que la guerre n’y éclate. C’est à travers le vécu de René qu’on découvre la ville, ces différents quartiers, sa dynamique, la façon dont les diverses concessions et les quartiers chinois interagissent. Bruno Birolli a su la rendre très vivante. Il y a profusion de détails, on a vraiment l’impression d’arpenter ses rues.

Les personnages, nombreux, sont tous attachants. Même les plus terribles d’entre eux ont quelque chose de profondément humain qui nous les rends familiers. On ne peut détester personne. Il n’y a ni de bon, ni de méchants. Il y a des camps adverses, il y a la guerre, il y a les valeurs que chacun veut défendre. Des chemins contraires qui mènent à la confrontation, inévitable, acceptée tel une fatalité.

Un beau livre, qui se lit avec plaisir et qui nous fait découvrir un pan de l’histoire chinoise sans en avoir l’air.

Merci aux éditions Tohu Bohu et à Bruno Birolli pour cette lecture.


Le coin des curieux :

Je ne pouvais pas présenter ce livre sans proposer un coin des curieux ! Mais j’ai découvert, avec plaisir, que Bruno Birolli avait déjà bien préparé le travail avec la page facebook du roman où l’on trouve énormément de photos d’archives ayant servi à l’élaboration du roman. On y trouve même quelques musiques 🙂 Je vous invite vraiment à y faire un tour.

Que dire de plus après avoir feuilleté les albums photos ?

Je me contenterais de proposer deux autres lectures dans un genre bien différent pour découvrir sous un autre angle le Shanghai des années 30 :

La balade de Yaya nous amène à Shanghai en 1937 alors que la guerre opposant les chinois au japonais a éclaté. Yaya, une petite bourgeoise, se retrouve perdue dans les rues de la ville à feu et à sang. Elle y rencontrera Tuduo, un gamin des rues. Ensemble, ils vont fuir et tenter de survivre.

Une très jolie bd jeunesse dont je vous ai déjà parlé ici. Si le dessin tout en rondeur fait vraiment penser à une bd pour enfant, le propos y est parfois très dur, à ne pas mettre entre des mains trop jeunes. Mimiko l’aime beaucoup et y revient régulièrement

L’ombre de Shanghai, encore une bd jeunesse. Toujours aux édition Fei, comme la balade de Yaya. C’est ici une jeune chinoise, prise sous l’aile d’une riche famille de colons français qui est au centre de l’intrigue. Nous sommes toujours à Shanghai dans les années 30, mais les jeunes gens qui fréquentes le lycée de la concession française semblent bien plus inquiets par leur peines amoureuses que par la guerre imminente. Une histoire fantastique et non une aventure historique, mais de belles planches où l’on peut observer les rues du Shanghai des années 30.

Je vous ai déjà parlé des premiers tomes de cette série ici.

Sur les pas de Matteo Ricci, journal d’un jésuite lettré

quatrième de couverture :

Entre fiction et réalité, suivez les péripéties d’un journal écrit par un laowai, un certain Matteo Ricci, jésuite devenu lettré à la Cour de Chine du XVIe siècle. Mais qui donc était ce Matteo Ricci ? Qu’est-ce qui le poussa à quitter son Italie natale pour mourir si loin de chez lui, en Asie ? Le Seigneur du Ciel l’aidera-t-il à accomplir sa mission, celle d’évangéliser un peuple influencé par le bouddhisme et le confucianisme ?

Les aiguilles de votre horloge tournent à grande vitesse cher Père Ricci, il faut retrouver votre fameux cahier, coûte que coûte avant qu’il ne tombe entre de mauvaises mains !

Ce sont les éditions Asiatika qui m’ont fait découvrir ce roman jeunesse, classé dans leur catalogue comme light-novel, et que j’ai reçu au même temps que Cassandra. Le titre est d’ailleurs illustré par Marco Caselli, le même qui était au dessin pour Cassandra. Je remercie Asiatika pour cette découverte. Un roman jeunesse écrit par Franck Dumanche  qui ce lit rapidement mais qui nous apprends beaucoup de choses sur la Chine du XVIe siècle et les premières missions jésuites dans l’Empire du Milieu.

Connaissez-vous l’histoire de Matteo Ricci ? Ce missionnaire jésuite, originaire d’Italie qui parti en Chine pour tenter de convertir les chinois au christianisme ?

Si le nom ne m’était pas inconnu, je ne connaissais pas vraiment son histoire c’est pourquoi j’ai pris beaucoup de plaisir à lire ce court roman (seulement 152 pages).

Le roman, avec ses nombreux dialogues, son style abordable et ces nombreuses illustrations s’adapte parfaitement aux jeunes lecteurs mais il est tout aussi intéressant pour les adultes curieux d’en apprendre plus sur ce personnage et faire le temps de quelques pages un voyage dans la Chine du XVIe.

L’auteur a su rendre son récit historique très vivant et pas du tout ennuyeux par un jeu de chasse à la sourie. Au moment où le roman commence Ricci est mort. Mais on découvre son journal. Celui-ci passera de main en main. Et à chaque personnages qui met la main dessus, nous découvrons un nouveau passage du journal, une nouvelle tranche de vie du missionnaire. Les extraits du journal sont enrichi par les souvenir des personnages qui ont côtoyé le père Ricci avant sa mort. Ainsi tout en suivant l’aventure de ce journal qui se perd et que l’on cherche d’un bout à l’autre du roman on découvre une tranche d’histoire. On découvre un personnage historique intéressant.

De nombreuses notes en bas de page viennent donner quelques informations supplémentaires. Je sais que certains puristes n’aiment pas les notes en bas de pages et estiment que l’on devrait pouvoir inclure toutes les informations dans le récit. Moi je ne partage pas cet avis. J’aime avoir des notes explicatives que je lis si j’en ai envie et qui permettent ainsi de ne pas trop alourdir le récit avec des détails trop techniques.

J’ai lu ce roman très vite, j’y ai pris beaucoup de plaisir. Je le conseil aux jeunes et moins jeunes friand d’Histoire (celle avec le grand H) et/ou passionné par l’Empire du Milieu. Un roman qui serait aussi intéressant pour les bibliothèques et les CDI pour son coté instructif.

Sur les pas de Matteo Ricci, journal d’un jésuite lettré

Franck Dumanche

Marco Caselli

Editions Asiatika

8€


Petit Bac 2017
personnage célèbre


Le coin des curieux

Ce que j’ai aimé dans ce roman c’est que j’y ai appris pleins de choses et que ma curiosité était sans cesse titillé. De nombreux passages me donnaient envie d’en savoir plus. Où se trouve la ville natale de Ricci ? a quoi ressemble tel monument évoqué ? qui est tel autre personnage au quel on fait référence ?

Bref un livre qui m’a donné envie de faire des recherches et j’adore ça. Voici donc pour les plus curieux quelques notes qui viendrons s’ajouter et enrichir d’images, celles déjà proposées par l’auteur. Rien de bien poussé, juste de quoi illustrer le roman.  🙂

Il y a dans ce roman de très nombreuses références, il n’était pas ici question de tout illustrer, j’ai choisie quelques informations que j’avais envie d’approfondir pour moi-même.

En Italie

Ricciportrait.jpg
Portrait de Matteo Ricci par le frère chinois Emmanuel Pereira – 1610
Mappemonde de Ricci

Matteo Ricci est né à Macerata en 1552. Je ne connais pas du tout cette région et le peu qu’on nous en dit dans le roman m’a donné envie de savoir où se situe cette ville. Situé au centre-est du pays, dans la région de Marche. Si vous avez l’occasion de passer dans le coin, la ville semble être intéressante à visiter, riche en monument et en histoire. Le site de la mairie pour avoir un aperçu de ce qu’on peut visiter.

Après avoir découvert sa ville natale, nous découvrons où Matteo Ricci a fait son noviciat en tant que jésuite : à Saint André du Quirinal à Rome. « Quelle allure ! » fait dire L’auteur à Ricci dans son carnet en parlant de cette chapelle.

Roma - Chiesa di Sant'Andrea al Quirinale.jpg

La façade est en effet on ne peut plus imposante, mais je ne dirais pas que je trouve ça joli. Enfin c’est tout de même un bâtiment intéressant, premier noviciat jésuite à Rome.

En Chine

Les empereurs :

Le roman commence en Chine et c’est l’empereur Ming Wanli qui est au pouvoir. Il est le treizième empereur de la dynastie Ming, son règne dura de 1572 à 1620. Il est encore qu’un enfant quand il monte sur le trône. C’est sous son règne que Matteo Ricci arrive à Pekin. Comme on peut le voir dans le roman.

Ming Wanli

Quelques chapitres plus loin on retrouve le carnet de Ricci mais l’empereur n’est plus le même. On est en 1627 (chapitre V) et c’est l’empereur Ming Chongzhen qui vient d’accéder au pouvoir. Son règne se termine en 1644. Il fut le seizième empereur de la dynastie Ming. Il sera le dernier de sa lignée. Remplacé par la dynastie de Qing, les empereurs mandchou.

Ming Chongzhen

Le livre se termine avec un dernier empereur : Huang Taiji, empereur mandchou de la Chine du nord qui s’oppose au Ming. Sa dynastie prendra la pouvoir en remplaçant les Ming en 1644 sous le nom de dynastie Qing, dernière dynastie d’empereurs chinois. Mais Hang Taiji meurt un an plus tôt en 1643.

portrait de Huang Taiji
Hang Taiji

Parler d’art sans en avoir l’air :

Au détour du chapitre IX, l’auteur lâche quelques nom de peintres connus de l’époque. Sans nous donner plus de détails, je n’ai pas pu résister à l’envie d’aller voir leur travail.

Dong Qichang

Peintre calligraphe et critique d’art influent de la fin de la période Ming, il vecu de 1555 à 1636.

Voici 3 extrait de Huit scènes d’automne (1620) :

Dong Qichang. Eight Scenes in Autumn.3. Album leaf. 1620. Shanghai Museum..jpg

Shen Zhou

Peintre lettré ayant vécu de 1427 à 1509, il est l’un des « Quatre Grands Artistes de Wu » célèbre pour ces peintures de paysages de fleurs et d’animaux.

La grandeur du mont Lu – 1467

Dai Jin

Encore plus ancien que le précédent, ce peintre vécu de 1388 à 1462.

Voyageurs traversant des passes montagneuses

Je ne sais pas ce que vous en pensez mais moi je trouve ça magnifique. Je ne connaissais pas du tout ces artistes. Je retiens surtout le nom de Dong Qichang !

Voilà, il y aurait beaucoup d’autres choses à explorer mais je m’arrête là pour aujourd’hui.

Kushi, une aventure dans la steppe mongole

Kushi, est la petite dernière du catalogue bd des éditions Fei. Dans le même petit format que La balade de Yaya (13x18cm) et avec toujours Golo Zhao au dessin Kushi nous amène aussi en Chine mais cette fois dans les steppe mongole des années 80. Au scénario Patrick Marty.

Kushi est une petite mongole qui vit avec la vieille chamane du village. Elle  est brillante mais très indépendante et s’attire les foudres d’un homme d’affaire véreux qui la voit comme une menasse. En effet Kushi est toujours là pour défendre la steppe et sa nature quand le bandit tente de piller ses ressources. Malgré son attachement à la steppe et le bien fondé de ses mots, Kushi n’est pas soutenue par les villageois qui voit en elle une petite sauvageonne. Ils préfèrent écouter le chef qui pourtant magouille lui aussi avec le bandit. Heureusement Kushi peut compter sur quelques alliés.

Dans ce premier tome on fait connaissance avec la jeune fille et son entourage avant de la voir partir à l’aventure. Le tome se termine par le début d’une grande aventure qui mènera Kushi à traverser la steppe fleurie en compagnie de sa chienne fidèle.

Une jolie bd qui nous parle de l’importance de sauvegarder les traditions et l’environnement, un combat qui se heurte à des gens sans scrupules qui ne cherchent que le profit et qui au nom du progrès nuisent à leur propre environnement.

Mais c’est aussi un conte d’aventure qui fera rêver le petit lecteur lui fessant découvrir les paysages somptueux de la steppe mongole.

Niveau dessin on retrouve la rondeur et la douceur de Golo Zhao mais je le trouve un peu trop lisse, trop propre. Je préféré l’aspect un peu brouillon de Yaya. J’aime bien son petit format à l’italienne (où plutôt à la chinoise)

le petit mot de Mimiko : J’ai aimé la fille et sa chienne. Et j’ai aimé l’histoire. J’ai envie de lire la suite. Moi je préfère le dessin de Kushi à celui de Yaya.

BD jeunesse pour les 9-12 ans (et plus si affinité)

sur le site de l’éditeur

à lire aussi les avis de Mo et Johanne

Merci aux éditions Fei pour cette lecture.


avec devine qui vient bloguer

Le prince tigre

Aujourd’hui je vous présente un petit conte chinois écrit par Chan Jiang Hong en s’inspirant d’un bronze de la dynastie des Shang (XI siècle avant J.C.).

vase you dit « La tigresse »

Une tigresse à qui des chasseurs ont tué ses petits est folle de chagrin. Toute à sa haine elle se met a attaquer les villages les uns après les autres. Le rois, prêt à envoyer son armée contre la tigresse, va voir une voyante qui lui dit que la seule façon d’apaiser la tigresse c’est de lui envoyer le prince Wen. C’est à contre coeur que le roi envoie son fils dans la jungle. La tigresse reconnais dans l’enfant les petits qu’elle a predu et adopte l’enfant qui grandira au près d’elle jusqu’à ce que ces parents fous d’inquiétudes ne décident d’envoyer une nouvelle fois l’armée. Ma tout est bien qui fini bien.

« Tigresse », dit Wen, « voici mon autre mère. Vous êtes mes deux mamans, celle de la forêt, et celle du palais. Maintenant, je dois retourner au palais pour apprendre ce que savent les princes. Mais je reviendrais souvent, car je ne veux pas oublier ce que savent les tigres. »

Un beau conte, très joliment illustré .

Editions école des loisirs

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2/20

L’ombre de Shanghai

  

Shanghai, années 30. La ville prospère et les concessions étrangères y sont nombreuses. Lila, une petite chinoise élevée par Feng, vit dans le quartier français chez les Cartier, une famille de commerçant qui a recueilli Feng et sa fille quand celle-ci n’était encore qu’un bébé. Les Cartier ont un fils, Gaspard, du même âge que Lila. Ils ont grandi ensemble mais Gaspard, en raison d’une maladie, a du regagner la France où il a passé plusieurs années. Il a 16 ans quand, enfin guéri, ses parents le font revenir à Shanghai. Gaspard n’est que rancune et haine pour Lila qui a grandi auprès de ses parents comme une fille alors que lui, leur véritable fils, était au loin. Égoïste, capricieux, Gaspard manque vraiment de maturité et de discernement. Des les premiers échanges sur le quai du port il succombe au charme de la malicieuse Clara et n’a pas un regard pour le petite Lila qui depuis tout ce temps attendait son retour. Alors que Mme Cartier fait pression pour que Lila soit admise dans le lycée français, Gaspard n’est que mépris, le lycée français ce n’est pas une place pour une chinoise ! Ce mépris n’empêche pas Lila d’aimer Garspard et de pleurer. Parce que Lila pleure beaucoup. Jeune fille très intelligente (enfin c’est ce que disent ses professeurs) elle est frêle et fragile, toujours soumise. Enfin, ce n’est qu’une facette de ce qu’elle est ! Car en réalité une autre facette se cache dans cette jeune fille extraordinaire. Une facette que nous ne découvrirons que dans le tome deux et qui donne son nom à la série.

L’ambiance :

L’histoire se déroule dans le Shanghai des années 30. Un ville cosmopolite et pleine de vie. Comptoirs de commerce étrangers, triades obscures, vie culturelle fleurissante… Une ville riche et intéressante a été prise pour décor dans cette histoire.

Chaque tome commence par une petite introduction écrite qui plante un peu mieux le décors, nous explique ce qu’était la ville à l’époque. Si c’est introductions sont très intéressantes et permettent de mieux replacer le récit dans un contexte historique précis, on peut regretter qu’on nous dise plus qu’on ne nous montre. Les divers tomes, assez court et rapides, ne montrent pas beaucoup la vie dans le Shanghai des années 30 et se concentre presque exclusivement sur le personnages principaux.

Les personnages

L’histoire s’axe sur Lila, jeune chinoise recueillie par Feng puis par les Cartier. Elle est plutôt réservée et discrète, très bonne élève et fille sage. Elle est en admiration pour Gaspard qui, si dans leur enfance était comme un frère pour la petite Lila, est devenu, depuis son retour a Shanghai, un garçon méprisant et hautain. Très effacé et soumise dans le premier tome, Lila cache une facette dangereuse : l’ombre de Shanghai. Une étrange force prends possession d’elle quand la colère et la frustration lui monte à la tête. Elle n’est plus capable de rester la gentille fille soumise qu’on attends qu’elle soit et devient une créature inquiétante. Encore incapable de maîtriser cette force Lila n’est reste pas moins bonne et juste. Elle vient au secours de « son » Gaspard qui, soyons franc, ne le mérite pas.

Gaspard est le deuxième personnage le plus important de l’histoire. Franchement antipathique dans le premier tome, on comprends bien vite que tout cela n’est qu’une façade. Il en veut à ses parents de s’être séparé de lui (malgré leur très bonne raison), il en veut à Lila d’avoir pu profiter de l’affection de ses parents à lui et tente de se faire accepter par ses nouveaux camarades de classe, notamment de la belle Clara, quitte à se montrer méprisant avec son amie d’enfance. En somme Gaspard est un adolescent on ne peut plus banal, égocentrique et imbu de sa personne, qui en veut à la terre entière. Mais au fond est-il si méchant ? Au troisième tome, Gaspard prends seul contre tous le parti de l’ombre de Shanghai, cette étrange créature qui lui a sauvé la vie. Mais là encore le personnage manque de maturité et de profondeur.

Clara, camarade de classe de Lila et Gaspard est l’inévitable pétasse peste. Il y a toujours une jeune fille plus belle que les autres, méchante et méprisante envers l’héroïne moins sexy, autours de laquelle tous les garçons rodent et qui tente de chiper le copain de l’héroïne. ben voilà Clara est là. Personnage typique, antipathique et pas très intéressant servant de déclencheur pour la transformation de la gentille Lila. Jeune fille riche et gâté, elle n’a pas grand chose pour elle si ce n’est sa beauté. Le fait que Gaspard en pince pour elle ne fait qu’accroître le côté immature du jeune homme.

Dino, pendant masculin de Clara. S’il faut une peste il faut aussi l’amoureux transit de la peste près à toutes les bassesses pour écarter ses rivaux et s’en prendre au héros. Tout comme Clara ce personnage est très stéréotypé et ne présente pas grand intérêt.

Les Cartier sont eux plus charmant. Très progressistes, ils semblent en avance sur leur temps et tentes d’inculquer autour d’eux des valeur nobles comme l’égalité et les respect entre les différentes cultures. La mère est un personnage intéressant. Du moins le soupçonnons-nous.

Il nous reste Jim, le journaliste alcoolique qui est sensé apporter une touche d’humour. Un personnage sympa mais finalement pas très drôle, Feng le mercenaire repenti, tuteur de Lila et employé fidèle des Cartier et Monsieur Li, homme influent et dangereux.

L’histoire et le rythme

Pris séparément les divers éléments de cette série m’ont paru assez peu convaincants. Les personnages sont trop stéréotypé et l’intrigue reste trop superficielle, l’abiantation trop rapide. Pourtant dans son ensemble L’ombre de Shanghai s’est révélée être une lecture assez plaisante. Les pages s’enchaînes , capté par un rythme assez rapide, on fini un tome avant même d’y avoir pensé et en enchaîne assez directement avec la suite mu par un je sais quoi qui donne envie de connaitre la suite. Moi j’ai passé un bon moment.

J’ai aimé le cadre pris pour l’histoire : le Shanghai des années 30 qui est à la fois exotique et familier par la forte présence d’étrangers d’origine européenne. Le brassage de diverses cultures en font un bon cadre pour une histoire d’aventure et les petites infos distillées en introduction enrichissent les connaissances du jeune lecteur.

Les trois premiers tomes lu d’affilé forment un ensemble plaisant. Les personnages assez antipathiques dans le premier volumes acquièrent un peu plus de complexité au fil des tomes et l’intrigue prends forme, le mystère s’installe. Cependant cela reste assez superficiel et simple. Le rythme de lecture et le graphisme étant agréable je conseillerais cette lecture surtout à des jeunes lecteurs qui sans trop entrer dans des détails qui pourrait les ennuyer auront ainsi un joli aperçu de la Chine des années 30 tout en ayant une histoire d’action et de mystère à se mettre sous la dent. Les personnages on ne peut plus classiques permettrons sans doute une rapide identification. La lecture est facile, rendant la série accessible aux petits lecteurs fainéants.

Les lecteurs plus vieux n’y trouverons sans doute pas leur compte, justement parce que c’est trop rapide et pas assez approfondi à la fois sur la construction du cadre historique et sur celle des personnages qui restent assez superficiels.

Une jolie BD pour les 10/11 ans. Mystère et Histoire. Joli dessin couleur, belle couverture cartonnée.


Informations techniques :

  • Titre : L’ombre de Shanghai
  • Auteurs : William Crépin & Patrick Marty
  • Illustration : Li Lu
  • Date de parution : 03/10/14 (tome 1)  22/05/14 (tome 2) 09/10/15 (tome 3)
  • Prix public : 12.90€
  • Pagination : 96 pages, couleur
  • Format : 18 x 22,5 cm, couverture cartonné

Découvrait des extraits sur le site de l’éditeur : tome 1, tome 2, tome 3

Tome 4 à paraître en janvier 2016

Merci aux éditions Fei pour cette collaboration


Lecture commune avec OliV


à lire aussi l’avis de Mo’

Le Juge Bao & le phoenix de jade

J’ai acheté ce premier tome il y a 2 ans au salon du livre. Puis je l’ai posé là et je l’ai oublié… C’est au moment de préparer nos lectures communes avec l’équipe de K.BD que le titre est remonté à la surface de mon interminable PAL. Je m’étais dit que je pourrais lire quelques autres tomes avant de me lancer dans la rédaction de ce petit billet, mais finalement non ! Non pas que je ne souhaite pas lire la suite mais… mon billet risque de ne pas voir le jour avant 2 ans.

Trêve de bavardage, entrons dans le vif du sujet ! Qu’ai-je pensé de ce “global manhua” franco-chinois ?

 

Le juge Bao est un personnage mythique ayant réellement existé au XI siècle. Sa réputation d’homme de lois à la vertu irréprochable fit de lui un mythe inspirant de nombreuses adaptations. Patrick Marty (scénario) et Chongrui Nie (dessin) nous livrent ici là leur sous forme de manhua au graphisme et au format traditionnel, parue aux Editions Fei.

 

Dans la Chine du XI siècle, sous le règne de la des Song du Nord (960-1126), le juge Bao arpente les différentes provinces de l’empire pour lutter contre la corruption des notables. Son impartialité en fait un juge impitoyable. Les coupables, riches ou pauvres, influents ou non, seront châtiés avec la même sévérité.

Le juge Bao est aidé dans sa tache par son escorte : Zhan Zhao, son garde du corps, Bao Xing, son page, Gongsun Ce son assistant et une petite troupe d’une vingtaine de soldats. Une belle brochette de personnages avec lesquels on commence à faire connaissance dans ce premier tome. La personnalité très forte du juge, sa droiture le rendent intéressant sans pour autant effacer les personnages secondaires qui sont savamment mis en valeur par un scénario bien équilibré où la stratégie et la ruse laissent aussi un peu de place à l’action notamment par l’intermédiaire de Zhan Zhao, le garde du corps au grand cœur. Le juge lui-même n’hésite pas à se mettre dans des situations difficiles pour découvrir la vérité.

Un scénario digne d’un bon roman policier, qui tiens la route, avec pas beaucoup de suspens mais une intrigue relativement complexe.

Qu’en est-il du dessin ? Le dessin est la première chose qui m’aie attiré vers de titre. Les grands kakemono qui décoraient le stand de l’éditeurs m’avaient attiré de loin. Le style rappelant les vieilles gravures s’accorde très bien avec l’ambiance médiévale du récit. Cependant il y a quelque chose qui m’a beaucoup gêné à la lecture : le dessin est très figé, il ne rends pas du tout le mouvement. Les personnages sont comme cueillis le geste resté en suspend, bloqué dans l’immobilité de la planche. Si en regardant planche par planche la chose ne m’avait pas sauté aux yeux, en lisant l’histoire j’ai éprouvé une étrange sensation, comme un décalage entre l’image et le dialogue. Je ne sais pas si j’arrive à bien explique mon ressenti. Un dessin, par définition est toujours figé. Mais certains illustrateurs arrivent à donner une impression de mouvement à leurs dessins. Ici c’est tout le contraire, le personnages sont comme photographié les bras en l’air et leur geste est arrêté net. Cela donne une drôle d’impression. Cela casse le rythme de la lecture.

En dehors de cet aspect figé, je trouve le dessin très beau. On dirait que la matière est enlevée comme quand on sculpte un bois pour la gravure, plutôt que la feuille blanche noircie par le pinceau. C’est très original.

 

En conclusion ce premier tome m’a plu par son intrigue et ses personnages. J’ai été impressionnée par le dessin beau et original, même s’il manque de fluidité. La série fait 6 tomes, je me laisserais tenter à l’occasion par la suite.

A lire aussi les avis de Mo’ et Yvan

La Balade de Yaya

Pour conclure cette balade historique en BD (cf. Zéro pour l’éternité et Garduno en temps de paix) nous partons en Asie avec un global manhua dessiné Golo Zhao et scénarisé par Jean-Marie Omont : La balade de Yaya, aux éditions Fei.

Nous somme en 1937, les japonais envahissent la Chine et bombardent Shanghai. Yaya, petite fille de riche, écervelée mais néanmoins courageuse et déterminée va croiser le chemin de Tuduo, jeune acrobate de rue qui cherche à échapper à l’emprise de son cruel maître. Les bombardement ont séparé Yaya de ses parents. Tuduo, chevaleresque, décide d’aider Yaya à rejoindre Hong Kong. Mais le voyage ne sera pas si simple.

Le dessin de Golo Zhao me fait beaucoup penser au chara design des studio Ghibli. Tout comme les personnages de cette aventure : petits mais pleins de courage et de détermination… Yaya et Tuduo me font penser au tandem du Château dans le ciel. Même si nous ne somme pas dans un voyage fantastique et que nous traversons la Chine en guerre de la fin des années 30.

L’aspect historique, sans être édulcoré, est simplifié au maximum centrant le récit sur les deux personnages principaux. Si Yaya par son côté petite fille gâtée à qui on pardonne tout m’a quelque peu agacé, l’ensemble est plutôt agréable. Joli dessin, jolies couleurs, lecture fluide et rapide avec ce qu’il faut de rebondissement pour donner envie de lire la suite.

La balade de Yaya s’adresse surtout aux enfants, mais j’ai pris plaisir à le lire. Et je ne suis pas la seule à avoir apprécié ! Aussitôt rentrée de la bibliothèque, je me suis fait dépouiller de mon butin (les 4 premiers tomes de la série). Pendant plusieurs jours, ils ont été retenus en otage par Mimiko qui a refusé mon aide pour le lire avec elle, préférant le feuilleter et le refeuilleter seule. Je ne sais pas ce qu’elle a compris de l’histoire, en tout cas elle a aimé la bd.

Enfant de l’hiver

Je ne sais pas pourquoi, mais dès que j’ai vu ce vieux livre sur l’étalage de livres d’occasion j’ai eu une irrépréhensible envie de le lire. Et c’est ce que j’ai fait. Maintenant mon cœur est tiraillé entre révolte et empathie.

La préface de Han Suyin disait « Scintillante Etoile rouge a une qualité universelle qui le rend immédiatement accessible non seulement aux petits enfants chinois, mais à tous les enfants du monde. »

C’était une épopée universelle que je m’apprêtais à lire. Mais c’est un livre de propagande communiste qui m’a été offert. Je n’ai cessé de bondir à chaque phrase de propagande scandé. J’en étais horripilée !

Faire la révolution, c’est abattre les agresseurs japonais et autres impérialistes, abattre tous les Hu Hansan gros et petits et autres guomindaniens, propriétaires terriens et capitalistes compradores.

D’un bout à l’autre du livre on nous raconte à quel point les chien blanc (comprendre propriétaires terriens, riches commerçants et autres capitalistes) sont d’horribles créatures et combien l’Armée rouge et le peuple opprimé sont vertueux. Ce récit est tellement manichéen qu’il me donne la nausée. Les riches sont tous des ordures, les pauvres tous des saints !

Je n’ai eu cesse de me révolter contre cet aspect du livre pourtant je ne l’ai pas abandonné. Au delà de la propagande, Han Suyin disait vrai : « un vrai livre d’aventures ! ». Enfant de l’Hiver traverse de nombreuses épreuves et on souffre avec lui, on espère avec lui, on voyage avec lui. Malgré mon aversion pour la révolution communiste j’ai éprouvé de l’empathie pour Enfant de l’Hiver et les siens. J’ai eu envie de suivre ses aventures. Si la propagande avait été moins ostentatoire, ce serait un bon livre. Intéressant tout de même, témoignage d’une époque et d’une idéologie.

Lu dans le cadre du challenge :

Ishiwara, l’homme qui déclencha la guerre

Il y a déjà longtemps j’avais publié une chronique sur Senkou no night raid, un anime très intéressant ambianté dans la Chine des années 30, mettant en scène des agents des services secret nippon doté de pouvoirs particuliers. Au delà de l’aspect fantastique, cette série est très intéressante pour son aspect historique. Intéressante oui, mais obscure pour celui qui ne connais rien à l’histoire de l’Extrême-Orient du début du XX siècle. Ce qui justement était mon cas. Soucieuse de mieux appréhender les événements historiques cités dans la série et de distinguer le vrai du faux, je me lançais dans quelques recherches. Malheureusement les livres d’histoire japonaise contemporaine que j’avais à ma disposition ne donnaient que très peu d’informations sur l’expansionnisme japonais en Chine. J’étais obligé de me contenter des informations collecté sur Wikipedia (formidable outil, pour débuter une recherche mais…. limité).

Dans la première version de cet article je faisais part de l’implication supposé de Ishiwara, un jeune officier de l’armée impériale japonaise en poste en Mandchourie, dans un attentat perpétré à Moukden en 1931. Attentat qui fut utilisé par l’armée japonaise comme prétexte pour occuper la Mandchourie. Mes sources indiquaient qu’une discorde subsistait quand à l’implication d’Ishiwara dans cet indicent.

Quelques temps après avoir publié ma chronique, je recevais un mail de Bruno Birolli qui m’expliquait que l’implication d’Ishiwara dans l’attentat de Moukden avait été démontré et que justement lui-même avait écrit un livre à ce sujet : Ishiwara l’homme qui déclencha la guerre. J’aurais aimé voir ce mail accompagné d’une copie du livre…. mais peu importe. Je me promettais de le lire un jour, dès que l’occasion se présenterait. Et voilà que l’occasion s’est présentée 2 ans plus tard, alors que je n’y pensais plus !

L’homme qui déclencha la guerre :

Afin de mieux comprendre ce qui poussa Ishiwara à orchestrer l’attentat de Moukden le 18 septembre 1931 et à forcer la marche du Japon vers la guerre, Birolli revient sur la vie de cet homme, symptomatique de son époque.

Issu d’une famille de samouraï, déchue de tous ses privilèges lors de la Restauration Meiji, le jeune Ishiwara est envoyé, bien malgré lui, dès l’âge de 12 ans dans une académie militaires où échouent tous les fils d’anciens samouraï désargenté. Dans cette académie à l’enseignement sommaire, il est endoctriné et formé pour devenir un futur officier. Avide de spiritualité, le jeune Ishiwara sera séduit tout d’abord par le nouveau culte de l’empereur, puis ensuite par le Nichirénisme de Chigaku, une secte bouddhiste intégriste prônant la violence, populaire chez les militaires du début du XX siècle.

Partisan du panasiatisme, Ishiwara voit l’intervention militaire du Japon en Chine comme une mission salvatrice pour la purifier de l’oppression des occidentaux. Fort des ses influences spirituelles et nationalistes, il prêche en faveur de la guerre. Mais cette guerre il ne la souhaite pas que pour le “bien” de la Chine, il la souhaite surtout pour le bien du Japon, qui, selon lui, en occupant la Mandchourie se doterait d’une position stratégique en Asie, ainsi que de terres riches en matières premières faisant défaut dans l’archipel  nippon.

Sauver la Chine, qui n’a pas connu la paix, est la mission du Japon, une mission qui, dans le même temps, est le seul moyen de sauver le Japon lui-même. (p.118)

Si la fugue de la jeunesse et son empressement à faire la guerre le poussent à orchestrer l’attentat de Moukden, puis à envahir la Mandchourie contre les ordres donnés de maintenir la paix. Avec l’âge il devient plus posé, plus réfléchi et s’essaye aux manipulations politiques dans le but d’imposer une dictature militaire sur un modèle nazi. Mais son inspiration ne lui vient pas que du nazisme ou du fascisme, il étudie également avec beaucoup d’intérêt la planification quinquennale de l’URSS.

Seulement Ishiwara n’est pas a l’aise en politique. L’exemple d’indiscipline qu’il a donné en Mandchourie inspire de nombreux jeunes officiers qui à leur tour se révoltent. Par ailleurs l’armées est divisées, des conflits internes parfois très violents opposent différentes factions. Si tous désirent engager le Japon dans une guerre totale, les chemins que chacun suit pour mener à la guerre divergent. Des luttes de pouvoir et d’influence opposent les généraux désireux de se retrouver à la tête d’une nouvelle organisation sociale : la dictature militaire.

Dans ces conflits Ishiwara penche pour un processus d’industrialisation militaire de masse pour permettre au Japon de se doter d’un armement suffisant pour écraser ses ennemis. Alors que d’autres veulent attaquer immédiatement et si un ennemi est trop fort (URSS) alors il suffit de se tourner vers un ennemis plus faible (envahir les îles du Pacifique et le sud-est asiatique).

A cause de ses idées et de son caractère peu apte au compromis, Ishiwara, après avoir été l’un des principaux instigateur de ma montée du militarisme au Japon, est peu à peu écarté du pouvoir militaire. Lors du procès de Tokyo en 1949, il sera entendu comme témoins par les forces d’occupation mais ne sera pas jugé. Il finira sa vie dans une sorte de communauté religieuse qu’il dirigera jusqu’à sa mort.

Le livre :

Je ne fait ici que résumer les grandes lignes, le sujet étant suffisamment complexe pour mériter un livre tout entier. Mais, pour ceux qui ne connaîtrais pas cet homme je tenais à donner quelques détails sur lui et son parcours. Pour en savoir plus je vous invite à lire le livre de Birolli que, franchement, j’ai trouvé très agréable à lire.

Le problème avec les livres d’histoire, quand ils sont écrit pas des historiens, c’est qu’il sont souvent indigestes. Et ce n’est qu’à coup de migraines qu’on arrive à en venir à bout. Or Birolli, s’il maîtrise son sujet, est reporter de son état, ce qui lui confère une capacité à intéresser le lecteur. Son écriture est fluide, jolie même et il traite ses personnages historiques comme des personnages de roman. Non pas qu’il embellisse la réalité par des faits non historiques, mais parce qu’il raconte l’Histoire (celle qui à un grand H) comme on raconterait une histoire… Chaque personnage est présenté avec une description digne d’un roman, on a des jolies descriptions de paysages et il s’efforce de deviner et retranscrire l’état d’esprit d’Ishiwara tout au long de sa vie (et ce grâce aux nombreux documents laissé par ce dernier qui écrivait notamment un journal). Bref, on est captivé par cet homme et par l’histoire du pays, on veut savoir ce qui va se passer et comment le Japon va glisser peu à peu vers la guerre et la dictature militaire.

Un très bon livre sur l’histoire contemporaine du Japon qui, à travers le personnages d’Ishiwara, nous fait mieux appréhender le Japon du début du XX siècle. J’ai pourtant un petit reproche à faire à ce livre, j’aurais aimé le voir agrémenté de plus de documents. On a une photo d’Ishiwara en couverture et une carte de la Mandchourie en introduction, c’est tout. Alors qu’on nous donne des descriptions très détaillés sur de nombreux personnages et différentes informations géopolitiques, j’aurais aimé un petit carnet annexe de photos et de cartes illustrant les propos du livre et m’évitant ainsi de devoir me lancer dans de nombreuses recherches complémentaires. Comme je l’ai dit plus haut, je ne connais pas grand chose à l’histoire de l’Extrême-Orient, je ne sais donc pas qui sont toutes les personnes cités, où se situent les différentes villes, etc. Autre petit reproche, survoler les définitions de certains concepts comme le panasiatisme ou le nichirenisme. Si on connait l’histoire de Japon du début du XX siècle on sait sans doute déjà de quoi il s’agit. Mais si comme moi on est un parfait ignorant de la chose, un petit encart explicatifs aurait été le bienvenu.

Pour contrecarrer les critiques que je viens de faire, sachez que le livre est accompagné d’un documentaire Arte. Je n’ai pas encore eu la chance de voir ce documentaire mais je ne doute pas y trouver les réponses à toutes les questions que je me suis posé (et voir les têtes de tous ces messieurs !). Il est disponible en VOD ici.

Alors si vous vous intéressez à l’histoire contemporaine du Japon et de l’Asie, je vous conseille Ishiwara l’homme qui déclencha la guerre, il ne suffira pas à lui seul a étancher votre soif de savoir mais ils vous apportera des informations très intéressantes, le tout écrit dans un style agréable et fluide. Finalement j’ai tellement aimé ce livre, qu’après l’avoir emprunté à la bibliothèque, j’ai envie de me l’acheter pour l’étudier plus en détail (j’adore prendre des notes sur mes livres) 🙂


Tout ça m’a donné envie de me replonger dans Senkou no Night raid ! Je suis sûre que maintenant je comprendrais bien mieux 😀

Une vie chinoise – suite et fin

Cet été je vous avais parlé un manhua franco-chinois qui m’avait enthousiasmé : une vie chinoise. La lecture de la suite m’a bien moins séduite.

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Le dessin est toujours aussi intéressant, mais on s’y habitue. L’histoire prend un tournant mois intéressant. Enfin, non, ce n’est pas que l’histoire soit moins intéressante en soi, c’est plutôt que cela ne rentre pas en résonance avec mon ressenti et ma sensibilité occidentale. Je m’explique : l’auteur est membre du parti communiste chinois, alors je ne m’attendais pas des critiques ouvertes. Mais là, j’avais presque l’impression de lire de la propagande et cela m’a vraiment dérangé. Bien que les auteurs cherchent à rester neutres, il y a un moment où, avec toute la bonne volonté possible on est obligé de prendre position. Et si cette BD retrace la vie de Li Kunwu, elle est bien obligé de nous faire partager son point de vue sur ce qui se passe en Chine durant les périodes cités. Alors que dans le tome 1 il parle de son expérience dans les brigades rouges tout en les critiquant. On n’aura plus vraiment de critique sur les politiques suivantes. Cela ne doit pas être encore à l’ordre du jour en Chine.

Les révoltes étudiantes, les manifs de la place Tian’anmen, le Tibet… autant de sujet qui nous interpellent, nous les occidentaux mais qui ne sont pas importants pour l’auteur, qui prétend que c’est le sentiment que partagent la plupart de ses compatriotes, et je veux bien le croire. Pas important ? Mais alors, qu’est-ce qui est important ? Ce qui compte c’est de rester fidèle au parti ! Un parti qui change de direction comme de chemise ? Oui, mais peu importe ce que le parti veut, il faut vouloir la même chose. À la lecture de la scène où le père, envoyé par le passé dans un camp de rééducation par le parti, et qui, sur son lit de mort, dit à son fils que, quoi qu’il arrive, il doit rester fidèle au parti, je n’ai pas pu m’empêcher de penser le plus grand mal de ce cher monsieur. J’ai eu beau essayer de rester impartiale, de ne pas juger, de me dire qu’il faut respect le point de vue d’une autre culture et blablabla… Il y a des choses qui me dépassent et ce genre de comportement en fait partie. Mais ça ne s’arrête pas là.

Qui a-t-il de plus important encore? le progrès. Et là, moi je bondis ! Alors, le pays prend une direction qui nous mène tous droit dans le mur, basé sur un modèle que l’on sait ne plus être viable, basé sur la surconsomation de matière première dont les reserves commencent déjà à fléchir, la production de bien inutiles, la pollution, l’oppression, des nombreux sacrifices au passage… Mais c’est pas grave, ce qui compte c’est de progrès ! Là encore, j’ai beau me dire qu’il s’agit d’un point de vue d’une culture différente, je ne peux pas adhérer.

À cause, finalement, de cette idéologie distillé à petites dose homéopathique, mais tout de même présente entre les lignes, je n’ai pas du tout adhéré à la suite de cette série. Il y a quelques bons passages, des tas de choses intéressantes, mais cela m’a laissé un goût amère dans la bouche. J’ai d’ailleurs dévoré le premier tome et mis plusieurs mois à lire la suite, et encore quelques mois à me décider à en parler. Parce que en réalité, cela fait déjà plusieurs mois que j’ai lu les tomes 2 et 3 et ce qui m’en reste, c’est que je n’ai pas aimé.

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