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Varg Veum – tome 2 : Pour le meilleur et pour le pire [roman policier]

J’avais commençais la lecture de ce polar norvégien en décembre, pour le challenge décembre nordique, mais… comme chaque année, décembre n’est pas un moi propice à la lecture, trop de choses à faire, et je n’ai pas réussi à le terminer à temps. Je terminais donc le roman en janvier, tranquillement, sans me mettre la pression et… je ne trouvais pas plus de temps pour enfin livrer mon avis sur Ma petite Médiathèque.

Le titre aurait pu finir sur la longue liste des livres lus et jamais chroniqués, mais je tenais à faire un petit billet, même si un bon mois est passé et que je préfère en général écrire à chaud. Je tenais à faire un petit billet pour deux raisons, la première est que ce roman m’attendait depuis des années. Je l’avais acheté et fait dédicacer lors d’une rencontre organisée par la médiathèque de Parthenay avec l’écrivain. Après avoir pris le temps de parler de cette rencontre, je trouvais que c’était la moindre des choses de dire quelques mots sur le livre. La seconde raison et sans doute la plus importante c’est que j’ai trouvé dans ce roman un style qui m’a beaucoup plus tout en ayant un roman policier plutôt ennuyeux, ça mérite bien quelques éclaircissements.

Couverture Pour le meilleur et pour le pire

Avant de commencer à proprement parler ma chronique, j’ai fait une petite pause pour relire le compte-rendu que j’avais fait de la rencontre. Celle-ci remonte à 2012, ce n’était plus très frais dans ma tête.

J’avais été séduite, à l’époque, par la façon de s’exprimer de Gunnar Staalesen. Et c’est effectivement cette façon de s’exprimer que j’ai beaucoup aimée dans ce roman, le premier que je lis de cet auteur. Je trouve qu’il y a beaucoup de poésie, une poésie cynique, mais une jolie poésie dans la façon dont il fait s’exprimer son personnage principal. J’ai noté de très nombreux passages, corné ici et là, souriant à la lecture d’un paragraphe, pour la beauté du texte, pour ce qu’il dit des hommes et de la société, sans réel intérêt pour l’histoire elle-même.

Car si j’ai beaucoup aimé le style de l’auteur et ce qu’il dit sur la nature humaine, l’enquête en elle-même je l’ai trouvée plutôt ennuyeuse. On est déjà à la moitié du roman quand enfin on découvre un mort, et même là les choses ne s’accélèrent pas vraiment. C’est long et sans surprise. Ce n’est vraiment pas l’enquête qui marque dans ce roman, mais plutôt l’ambiance générale du récit, le portrait que l’auteur fait de la ville à travers cette histoire.

Je n’avais pas fait attention à la date de sortie du roman et durant les premières pages j’étais un peu déstabilisé par des détails, comme la façon d’utiliser le téléphone. Après avoir compris que le roman était écrit dans les années 70, j’ai, en revanche, été très surprise de voir à quel point c’est actuel. Effectivement, on n’utilise plus le téléphone de la même façon, puisque maintenant on en a un quasiment greffé sur nous, mais pour ce qui est des interactions humaine, rien ne change vraiment. Je l’ai du coup trouvé très moderne.

En revanche pas très original. Nous avons encore à faire à un détective alcoolique et dépressif. Je suis un peu lasse des détectives alcooliques et dépressifs. C’est toujours pareil. J’ai d’ailleurs pensé au polar norvégien que j’avais lu l’année dernière pour le mois nordique, pas du tout la même ambiance, pas du tout le même style d’écriture, mais tout à fait le même type de personnage principal : alcoolique et dépressif, et divorcé.

Bref une expérience littéraire intéressante, qui me donne envie d’explorer l’oeuvre de Gunnar Staalesen, mais pas forcement à travers la sage de Varg Veum. J’aimerais beaucoup découvrir le roman de Bergen, une saga historique.

Avez, vous lu Gunnar Staalesen ? Laissez-moi vos impressions, vos conseils lecture.

Petits extraits choisis :

C’était un visage qui avait vu trop de nuits et pas assez de jours. C’était un visage qui avait traversé les couloirs les plus sombres de la vie et qui n’était jamais sorti à la lumière. Un visage que vous pouviez imaginer apprécier à condition de vous trouver dans une pièce obscure, à l’autre bout de la pièce, tourné dans l’autre sens. (p.80)

-L’amour? L’amour, c’est pour les jeunes gens qui pensent avoir la vie devant eux. L’amour est pour les rêveurs, quelque chose qu’on caresse à la lueur de la lune. L’amour… c’est ce en quoi les filles croient jusqu’à l’âge de treize ans, et que les garçon confondent avec la sexualité. L’amour ? je ne parle pas d’amour, je parle de mariages. (p. 175)

Février est un homme aux jambes trop courtes, quelques part dans les bois, du givre dans la barbe, un bonnet bien enfoncé sur le front et des yeux pâles comme l’hiver enchâssés dans un visage large et fort.

Mars est une femme. Mars est une femme qui vient de s’éveiller, au matin, qui se retourne dans son lit au moment où le soleil donne sur son visage, et qui vous demande d’une voix encore ensommeillée : c’est déjà le matin ? (p. 249)

Gunnar Staalesen sur le site de Gaia éditions


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Rencontre avec Gunnar Staalesen

C’est en total dilettante que je me suis rendue à cette rencontre littéraire qui se tenait dans notre petite médiathèque communautaire de Parthenay.

Dans le cadre du Festival Passeurs de monde(s) qui se tenait en Poitou-Charentes du 17 au 26 octobre, la médiathèque  recevait le 24 octobre dernier l’écrivain norvégien Gunnar Staalesen et l’éditrice Susanne Juul des éditions Gaïa, en présence du traducteur Alex Fouillet et animé par Gérard Delteil du monde Diplomatique.

Je n’avais pas de motivations particulières pour assister à cette rencontre, si ce n’est la pure curiosité, puisque je ne connaisses absolument pas l’écrivain, et que je crois n’avoir jamais lu de roman norvégien de toute ma vie. Mais la curiosité étant déjà un très bon prétexte, je me suis rendue à la médiathèque et je ne l’ai pas regretté. La rencontre était très intéressante.

La salle, trop petite et trop chaude, donnait au même temps un sentiment d’intimité très agréable. Gunnar Staalesen, bien qu’accompagné de son traducteur, s’exprimait fort bien en français avec un accent très charmant. Il est d’ailleurs plutôt bel homme se qui rend cette rencontre d’autant plus agréable.

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Gérard Delteil commence la rencontre avec quelques questions, assez bateau, je trouve, sur la criminalité en Norvège, existence de détectives privés tel que Varg Veum, personnage principal d’une série de 17 romans policiers de Staalesen. S’il est toujours intéressant d’apprendre sur d’autres pays, sur d’autres cultures, j’ai trouvé les questions assez maladroites et pas très intéressantes.

Passé cette première phase d’entrée en matière, arrivent les questions relatives aux méthodes d’écriture employé par l’auteur. Si les questions me paraissaient tout aussi maladroites que les précédentes, les réponses devenaient de plus en plus intéressante. Même sans connaître l’oeuvre de l’auteur je trouve intéressant de savoir comment un écrivain s’y prend pour écrire, comment le traducteur travaille (la question de la traduction me touche beaucoup) et comment né une maison d’édition tel que Gaïa.

Parmi les différentes réponses données par Staalesen j’ai relevé quelques propos qui m’ont paru tout particulièrement intéressants. Selon Staalesen, le roman policier, qu’il soit écrit au Japon, au Brésil, en France ou en Norvège reste fondamentalement le même, c’est le décor qui change. Dans ses romans policiers on retrouve cette structure de base dans un décors exotique : celui du grand Nord avec ses longues nuits hivernales, et la clarté des « nuits » d’été. La plupart des romans de Varg Veum se déroulent dans la ville de Bergen, situé sur la côte ouest norvégienne. Cette ville, Staalesen la connais parfaitement, c’est là qu’il habite. Ses romans sont très populaires en Norvège et Varg Veum est à Bergen ce que Sherlock Holmes est à Londre.

Par ailleurs, Staalesen considère le roman policier comme l’héritier contemporains des grand roman du XIX dont Hugo, Dumas, mais aussi Dickens sont des représentants. Des romanciers qui savaient raconter des histoires. Souvent, dans le roman moderne, selon Staalesen, on ne raconte plus d’histoire, c’est très introspectif. Alors que le roman policier perdure l’art de savoir raconter des histoires. Le but du roman policier n’est pas tant l’intrigue, mais raconter la société. Comme le précise, par ailleurs, Susanne Juul, le personnage du détective, par son enquête, est un personnage qui permet de visiter toutes les couches sociales.

Mais Staalesen n’écrit pas que des romans policiers, il est également l’auteur d’une saga de 2000 pages sur l’histoire de la ville de Bergen dont le contenu s’articule autour d’une famille que l’on suit sur 4 générations. L’intérêt de cette saga est , parait-il (je ne l’ai pas lu) que l’histoire locale qu’elle raconte devient histoire universelle. Ce qui m’a le plus frappé sur cette saga c’est les recherches que Staalesen a mené pour l’écrire. Chaque détail décrit dans le livre, noms des rues, événements et même la météo il les a puisé dans les vieux journaux et les microfilms à la bibliothèque où il se rendait 3 fois par semaine durant l’écriture de ce roman. Une telle recherche de vraisemblance dans le détail m’a impressionné. On retrouve cet état d’esprit également dans les Varg Veum, les différents lieux cités existent et leur description est conforme à leur réalité.

La question de la traduction était aussi intéressante. Ne connaissant pas du tout la langue norvégienne je ne peut donner ici aucun avis personnel, mais à en croire Alex Fouillet, traducteur des tous les livres de Staalesen publié aux éditions Gaïa, le passage du Norvégien au Français ne présente pas de grandes difficultés car les deux langues sont proches dans leur forme et que la traduction ne requiert pas de transformation du texte. Il existe néanmoins une difficulté particulière. Dans le Norvégien la répétition du même mot est récurrente. On peut trouver un même mot jusqu’à 10 fois sur une seule page, chose qui serait impensable en Français. (Je devrais peut-être me mettre au Norvégien, ça me vas bien comme langue) De même la où le français utilise cent verbes différent, en Novégien le dialogue est ponctué de ‘il dit », « il dit », « il dit »…

Par ailleurs (15ème « par ailleurs » de l’article, je vous le dit, le Norvégien est fait pour moi 😀 ) il était amusant de voir l’auteur mettre en avant le rôle des bibliothèques (plus que d’internet) dans son processus de recherche, alors que le traducteur louait le gain de temps que internet permet. Utile surtout pour la traduction de points de détail tel que le nom de plantes ou animaux rares.

Séduite par Staalesen, autant par se façon de s’exprimer que par ce qu’il dit de ses romans, j’ai décidé d’acheter à la fin de la rencontre le deuxième roman de la série de Varg Veum : Pour le meilleur et pour le pire (il n’y avait plus le premier). Il ne me reste plus qu’à le lire et à vous dire ce que j’en pense.

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Gunnar Staalesen chez Gaïa Éditions : link

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