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Nulle part a Niort

quatrième de couverture :

Si la salle du conseil municipal de Niort avait été une église, le citoyen aurait pu y jouer de l’orgue. De son perchoir, il avait une vue panoramique sur l’ensemble de la nef… Une scénographie prémonitoire qui aurait comme anticipé l’irrémédiable déclin du politique… Une scénographie limpide comme toutes les mises en scène religieuses car chacun sait que les croyants ne sont pas là pour réfléchir. Les élus de la majorité étaient donc disposés en fer à cheval, le regard tourné vers l’autel. Ainsi, aucun ne pouvait échapper à la vigilance du mâle dominant. Le choix du fer à cheval avait aussi l’avantage de dégager une fosse centrale réservée à l’opposition… Avec un rapport de force qui ne laissait aucun doute sur l’issue de la célébration… Trois douzaines d’élus majoritaires encerclaient neuf élus d’opposition… Avec une telle disposition, chaque messe municipale s’achevait nécessairement par l’absolution…

C’était un soir d’hiver. Je rentrais à Niort par le train. Ma semaine de travail se terminait et je me souvenais de cette affiche aperçue sur la caisse de la librairie où j’ai mes habitudes. Elle annonçait une rencontre avec un écrivain niortais pour le vendredi en question. Je m’y rendai donc par pure curiosité n’ayant ni lu ce livre, ni aucun autre de l’auteur.

Une fois sur place j’ai acheté le livre et profité de la présence de l’auteur pour me le faire dédicacer. Tant qu’à rencontrer un auteur, autant lire son bouquin me disais-je. Mais secrètement je m’attendais à ne pas aimer. J’avais cru comprendre qu’il était question de politique et moi et la politique… j’avais peur de trouver cela fort ennuyeux.

Et ben non !! Dès le début je l’ai trouvé très sympa à lire. J’aime la façon dont le livre est écrit, avec beaucoup de dialogues qui le rendent très vivant. Le style est très plaisant, fluide. Je l’ai lu à une vitesse incroyable, moi qui suis d’ordinaire si lente ! C’était un vrai plaisir.

Quand à l’histoire, elle n’est finalement pas ennuyeuse du tout. Ecrit à la façon d’un roman policier, on se prend bien vite au jeu et on enchaîne les pages sans presque se rendre compte qu’il n’est pas question de crime, mais plutôt de nous montrer les rouages du pouvoir politique local.

Il y a un grand nombre de personnages, le Maire, les élus locaux, les journalistes… Nicolas Marjault réussi à tous les rendre vivants. Ce ne sont pas que des noms, mais des personnalités que l’on rencontre.

Vivant, vivant… je n’ai que ce mot à la bouche, mais c’est ce que j’ai retenu de ce livre. Les personnages parlent et évoluent de façon très cinématographique. On les voit vraiment. Et c’est exactement le genre de littérature que j’aime. Je veux voir l’histoire que je lis.

Bref une très bonne découverte et un agréable moment de lecture. Peut-être pas un livre qui me marquera dans le temps mais un très bon moment passé.

Mais ce livre parlera-t-il a ceux qui ne connaissent pas la ville de Niort ?

Si s’était amusant de retrouver des lieux qui me sont connu, je ne trouve pas que son aspect local et eu un grand impact sur ma lecture. Cela aurait très bien pu être ailleurs.

Découvrez le livre sur le site de l’éditeur


lieu

Aléas ~by Yomu-chan

Salutations !

Aujourd’hui je vous propose un article un peu spécial puisqu’il a été le fruit d’un exercice scolaire. En effet j’arrive pour objectif de chroniquer « à la façon d’une revue littéraire » un recueil de nouvelles. Pour ça j’ai choisi de lire Aléas (que bidib avait déjà chroniqué ici). Voici donc cette critique au ton un peu particulier 🙂 J’espère que ça vous plaira !

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 Et quel est le véritable but de cette vie ? « Écrire » me dis-je dans un souffle, presque surpris .

Touchant message que nous envoie l’auteur d’Aléas, Franck Mercier. C’est avec cet amour de l’écriture qu’il emprisonne sur son papier 4 tranches de vie simples et pourtant si profondes, qu’il se plaît à développer, je dirais même décortiquer. L’auteur qualifie lui-même ces 4 nouvelles de « Situations imprévues soumises à une évolution incertaine ». Il me semble que ce sont les mots juste pour présenter ce recueil inattendu.

Je dis inattendu parce que Franck Mercier s’impose dans le monde de la littérature avec une audace particulière : Aléas est en effet le fruit de l’auto-édition. Démarche périlleuse, car la visibilité du livre s’en trouve réduite. C’est alors tout un défis pour l’auteur de faire découvrir son premier livre au grand public.

Et pourtant Aléas en a des choses à dire. Sur un ton ambiguë Franck Mercier nous raconte la vie. Dans toute sa simplicité et toute sa profondeur. Il questionne à travers la poésie, usant d’un langage parfois très métaphorique, imagé et allégorique, pour décrire la beauté et la sensibilité du monde. Il se plaît à jouer avec les personnifications et à bouleverser nos sens avec des tableaux presque romantiques.

 […] Cette communion divine de mon être et de la cité. A ces instants précis, elle est bien vivante cette vielle fille encrassée, son souffle s’infiltre en moi pour m’annoncer le perceptible et prochain réveil de l’humanité .

Il dénonce à travers les mots, usant un langage parfois très familier et cru, mettant ainsi en avant le quotidien et souvent son manque d’esthétisme. Et c’est cette combinaison si particulière qui donne son charme à l’écriture de Franck Mercier. Une écriture ancrée dans la réalité, embrassant l’ordinaire, et pourtant jamais dénuée d’un certain lyrisme adorablement poétique.

J’avais pas eu le temps d’ouvrir la bouche que ce sombre énergumène, aux fringues impeccables, fiché tel un christ grassouillet au travers de son portail, défenseur enragé de son petit monde m’avait expédié, que dis-je balayé comme une grosse merde.

C’est cette poésie de l’ordinaire qui peut parfois donner au texte un aspect un peu tiré, un peu flou et pessimiste ; car en effet on ne voit pas toujours où veut en venir l’auteur, et pourtant on adore le mouvement de ces jours, de ces mots qui se suivent parfois sans grande vitalité mais dans les quels on fini toujours par trouver le reflet d’une certaine beauté. On pardonne vite le rythme un peu brumeux qui convient bien à des textes courts.

On retrouve au travers de toutes les nouvelles du recueil un véritable respect pour l’écrivain, et plus encore pour l’écriture. Sans que cela occupe une place centrale dans chacun des récits, ces derniers s’articulent autour de personnages touchés et attirés par la grâce de l’écrit, de l’acte d’écrire, et de mettre le monde sur papier. Sans que cela soit réellement un fil conducteur, cet amour de l’écrit créer un lien particulier entre chaque texte, et interroge sur le rôle d’une telle action, écrire…

Interroger, c’est que fait Franck Mercier tout au long de son ouvrage. Il questionne beaucoup l’humain ; son sens, son rôle, son Moi et surtout son rapport aux autres. D’une façon très subtile l’auteur construit des récits très intimistes qui ne manquent jamais de s’inscrire dans une réflexion sur la place de l’individu paris le groupe. Pointant du doigt les mécanisme de la société il nous amène à nous interroger avec lui, poussant à la remise en question dans un processus d’identification très réussi.

L’envie, ouais, l’envie de voir de l’humain ; parler, pleurer et rire, l’envie toute bête de chaleur humaine, de frivolité, de tout ce qui caractérise notre espèce, les bonnes et les mauvaises aussi .

Et finalement à travers les rapports tendu qu’entretiennent ses personnages face au Hommes, Franck Mercier écrit une véritable ode à l’humanité. Montrant le beau, le lien et le simple là où il est le plus caché, là où il est le plus évident. Les personnages de Franck Mercier c’est cet homme si rien, si bancal, qui est pourtant vivant. Il nous écrit l’apocalypse du rien du tout. Il nous dit comment rien n’est jamais vraiment cassé.

Dans cette volonté de montrer le Beau, Franck Mercier donne une place particulière à la Nature dans ses textes. Presque omniprésente elle occupe un rôle à la fois fondateur pour l’Homme, qui va puiser en elle pour se créer, et un rôle transcendant, qui reste sublime et grande malgré les égarements des Hommes. On voit comme l’auteur pose sur cette Nature un regard aimant et respectueux. Je pense tout particulièrement à l’océan, qui semble être l’objet d’une fascination personnelle de l’auteur.

Deux jours déjà que l’océan se livre à mon regard tout neuf, deux jours que nul autre paysage de s’offre à moi, que le corps exulte, l’âme transpire, le rêve foisonne nourrissant ma nécessiteuse carcasse en émotions .

Finalement l’auteur arrive dans avec une composition harmonieuse à nous faire partager son intimité tout en imposant la réflexion sérieuse du nous et des autres. Sans être prétentieux c’est beau.

 L’envol sauvage sans direction prédéfinie.

Le grand plongeon dans l’inconnu et les limbes mystérieuse du soi avec soi.

Une aventure sans cesse renouvelée.

Un plaisir rare aux effluves sucrées amères. 

Aléas – Franck Mercier

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J’ai reçu ce livre des mains de l’auteur lui-même. J’étais curieuses mais je ne savais pas du tout à quoi m’attendre. Faut dire que c’est son premier livre et qu’il est sorti en autoédition. Autant dire que c’est la surprise totale.

C’est donc sans apriori aucun que j’ai ouvert le livre et y est découvert un recueil de nouvelles. Ce fut une jolie surprise. J’ai adoré la première (un peu moins la seconde). Et j’y ai trouvé un style d’écriture vraiment sympa auquel je ne suis pas habituée.

Mais avant de vous en dire plus sur mon ressenti prenons le temps de présenter le livre.

Aléas regroupe 4 nouvelles. Chacune d’entre-elle est racontée à la première personne par un héro narrateur un peu loser, écrivain raté, dérivant un peu en marge de la société, écumant les bars, cherchant sa place, ou une place tout court. La similitude de trait de chaque personnage principal est telle qu’il pourrait bien s’agir du même à différentes étapes de sa vie. Certains textes se font d’ailleurs écho.

L’écriture joue un rôle très important dans la vie de tous ces hommes (cet homme ?). Une écriture amie, exutoire nécessaire. Ecriture ennemie, inspiration qui ne vient pas, incapacité à se faire publier…

S’essayer à l’écriture, faire comme les vrais, y croire et s’y accrocher à tout jamais. Pour le plaisir et l’envie de partager. Pour soi tout d’abord et puis ensuite l’envol du récit qui vous échappe, presque plus à soi. Comme un artisan posant l’un après l’autre les mots-parpaings afin d’obtenir une structure durable, solide, aux formes harmonieuses

La lecture de la première nouvelle a été un délice. J’ai trouvé ça excellent. L’ambiance dans laquelle évolue le personnage m’était familière. C’est très vivant et simple, une tranche de vie qui pourrait être la notre, et là tout à coup, après quelques verres de trop dans le bistrot du quartier un simple retour au bercail sous une pluie battante devient une aventure épique. Ce décalage entre la situation des plus banales et la façon dont le personnage vit ces quelques mètres de marche sous la pluie m’ont vraiment beaucoup amusé. Sans parler du fait que je découvrais la plume de Franck Mercier et que le style à la fois très familier et poétique m’a conquise. Le texte est court et la chute très jolie. Bref, une excellente entrée en la matière. J’étais ravie.

Ma lenteur m’amusait presque, je regardais mes pieds pour pouvoir garder les yeux ouverts.ça bastonnais sec. Le vrai déluge, et je tentais avec ardeur de parvenir jusqu’à mon arche. Noé égaré et ridicule. Totalement. Au bout d’un quart d’heure, j’avais bien fait la moitié du terrain, et plutôt fier de moi. J’avais encore pris du poids et devait friser gentiment les cent kilos. Mes fringues étaient des choses pendantes, les lambeaux dégoulinants d’un zombie tout droit sorti d’une mauvaise série fantastique.

[…]

Penser au final est une chose, mais j’étais encore en pleine course ; j’accrochais péniblement le coin de la rue et mon obésité accidentelle m’épuisait plus vite qu’espéré. La fin du parcours s’avérait plus ardue que rêvée. Peu de distance à parcourir, mais un fol effort encore à fournir. Une épreuve pour sportif aguerri. Là, je doutais de me capacités, craignant de faillir à si faible distance de la ligne d’arrivée. J’angoissais un peu du coup, la perspective de pas tenir le choc, de finir la nuit je ne sais comment, dehors si prêt du but, me coupait le souffle plus encore. Et la pluie persistait dans son labeur acharné.

Ma vue me semblait-il se faisait de plus en plus floue, mes pieds ressemblaient à des choses énormes, hideuses. Je commençait à dérailler.

J’ai un peu déchanté avec la deuxième nouvelle. On y retrouve le même type de personnage, toujours l’écriture en arrière plan. Le style y est le même et c’est agréable, il y a de très joli passage, certains m’ont ému, d’autres m’ont fait rire. Mais j’ai eu du mal à accrocher à ce texte. Je pense que son principal défaut est sa longueur. Beaucoup plus longue que les autres cette nouvelle, elle souffre de quelques redondance, puis on perd le fil. A un moment donné je me suis même demandé s’il était toujours question du même personnage, soit j’ai pas bien compris soit il y a carrément une petite incohérence qui s’est glissé dans le texte et qui m’a perturbé. Quoi qu’il en soit je trouve que le texte aurait gagné à subir quelques coupes ou alors à être divisé e plusieurs nouvelles. L’ensemble suit une logique et déroule le fil des conséquences d’une décision malheureuse, mais j’ai eu du mal à rester concentrée. Puis je n’ai pas pu m’attacher au personnage, peut-être trop plaintif à mon goût.

J’ai beaucoup aimé ce passage du début de la nouvelle :

Et c’est sans parler de mes pompes ! Car elle sont usée mes pompes, pas à dire. Mais peu m’importe, je les aimes. Elle tiennent dans leur vétusté l’histoire de mes cinq dernières années, quelques-uns de mes sales moments, pas mal de chouettes aussi, arcs-en-ciel volés à la monotonie, au train-train aliénant. Pourries elle le sont, ces sympathiques rangers, que l’armée dans son extrême bonté a eu la négligence de me laisser piquer. Témoins privilégié de mon existence militaire, de chauds souvenirs parfois réconfortants. Et elles me traînent inlassablement depuis, malgré quelques signes d’usure bien compréhensibles. Elle me restent fidèles.

Les nouvelles suivantes retrouvent un rythme plus rapide, les textes sont plus court et le plaisir de lecture ne s’en trouve que renforcé. Dans la nouvelle L’envol on retrouve ce décalage entre une situation banale et l’envolée lyrique de l’esprit du personnage et c’est un régal. J’ai beaucoup aimé ce texte où tandis qu’une tempête qui se livre au dehors, le héro, enfermé à la maison attendant que les éléments se calment, se remet en cause. Ça se déchaîne aussi dans son esprit. C’est joli, c’est poétique et touchant.

Le feu crépite dans la cheminée, bousculé par instant de vicieuses rafales, s’engouffrant conquérantes, volontaires, des envies de tueuses – mettant en péril mon feu adoré, le centre névralgique de mon antre – dans une panique orangée, chaotique. Les flammes hésitent quant à la direction à prendre, luttant corps et âme pour leur survie.

J’écoute et j’observe : le ballet des flammes aux lentes et longues ondulations, secouées parfois d’accélérations subites, comme guidées par un orchestre fou, la fumée hésitante à prendre de la hauteur, à se trouver mêlée à la guerre qui l’attend au dehors.

J’écoute et j’observe, hypnotisé par la lutte qui s’engage. Je me fait vent, je me fait tempête, je suis le feu, le danseur discipliné et obéissant au desiderata du musicien, son esclave servile. Je suis la fumée acre et brûlante engouffrée dans le conduit sombre, luttant pas à pas pour sortir de l’obscurité, s’élever et prendre le large, dans l’air frais et humide de cette féroce tempête d’hiver. Sortir du tunnel, waouh, sacré challenge.

La dernière nouvelle, Aymar, flore bon l’été. Le héro part chercher un travail dans le sud et se retrouve bloqué au milieux de nulle part, le capot de la voiture fumant. Le hasard (parfois heureux) de la vie lui fera faire une belle rencontre qui lui donnera un nouveau départ. Il y a dans cette dernière nouvelle une touche d’idéalisme. Mais pourquoi pas. Parfois une rencontre suffit à vous faire reprendre vos esprit et retrouver votre chemin. Les personnages sont attachant. Et le texte est très agréable.

On avance lentement, colline après colline, côtes, descentes à n’en plus finir. La beauté du paysage de plus en plus sauvage, presque désertique, m’est masqué par ma flippe exponentielle. Je redoute la catastrophe, j’en implore la grâce divine, je pourrai je crois prier tout dieu à cet instant ; le hocquetement final de la machine m’obsède. On fait équipe malgré tout, elle et moi, équipe des plus bancales certes, mais solidaire dans l’effort. Je souffre autant qu’elle, elle transpire autant que moi. Nous sommes un, courbatus, attendant avec une hâte fantasmée la ligne d’arrivée, le soulagement du guerrier après la bataille, la belle et douce euphorie de l’après-peur. On va y arriver

En conclusion je dirais que ce premier livre est vraiment prometteur. S’il y a encore du travail, notamment sur la deuxième nouvelle dont la longueur n’est pas très bien maîtrisé, j’y ai découvert une belle écriture au style vivant et poétique, mettant l’accent sur la poésie ordinaire, celle des jours qui se suivent, pas toujours heureux, mais qui recèlent un part de beauté pour celui qui sait regarder. J’ai adoré le mélange de l’ordinaire, du langage familier à l’envolée lyrique faisant d’un événement banal une véritable aventure. Je ne marcherais plus sous la pluie de la même façon 😉

Un bon début qui ne peux que nous faire espérer de joli textes à venir.

Si vous êtes curieux et que l’univers du poète ordinaire de Franck Mercier vous intéresse vous pouvez trouver son livre ICI, ICI et ICI.

Vous pouvez également le suivre sur facebook. Blogueurs et blogueuses curieux(se) n’hésitez pas à contacter l’auteur pour découvrir son livre.

La mécanique du coeur

Je partage cette lecture avec Blandine de Vivre Livre. Un roman que j’avais acheté pour Yomu-chan et que je souhaitais lire à mon tours, surtout après avoir entendu tout le bien qu’en pensait ma petite Yomu-chan. C’est donc à pieds joint que j’ai sauté sur l’occasion de partager cette lecture avec Blandine, blogueuses infatigable avec qui je partage l’amour de la littérature jeunesse.

C’est le jour le plus froid du monde qui s’abat sur Édimbourg le 16 avril 1874. C’est le jour qu’à choisit le petit Jack pour venir au monde dans l’étrange maison de Madeleine. Sorti du ventre d’une mère trop jeune qui n’en veut pas, Jack a le cœur glacé. Mais Madeleine qui sait réparer les corps et cœurs va lui graffer une minuscule horloge à coucou qui va permettre au petit cœur de Jack de fonctionner. Avec cet appareil greffé sur la poitrine, Jack fait fuir tous les parents venu chercher enfant à adopter chez cet accoucheuse de mère qui ne peuvent pas l’être. C’est le cœur serré que Jack va se réchauffer à la douceur des bras de Madeleine, des chants de Arthur, des rires de Luna et Anna les prostitués.

L’enfant grandi dans ce monde à part, protégé par Madeleine, mais il n’y tiens plus, il veut voir la ville. Madeleine redoute que les fortes émotions ne déraillent le mécanisme de son cœur si fragile mais elle ne peux pas lui refuser une visite en ville. Visite qui va bouleverser le monde de Jack :  il y rencontrera une « petite chanteuses de flamenco qui ne voit pas grand chose » et son cœur s’emballe. Bien décidé à la retrouver il intégré l’école. Y devient le martyr avant de devoir tout quitter précipitamment suite à une bagarre trop violente. Le voilà partir à travers l’Europe pour retrouver sa petite chanteuse.

Ce livre à été une merveilleuse découverte. Je connaissez le groupe Dionysos pour avoir entendu il y a quelques temps une chanson (je me souviens même pas laquelle) mais je n’avais encore jamais lu un livre de Mathias Malzieu et c’est un régal !

Malgré tout le bien que j’en avait entendu de ce livre, j’avis peur de ne pas accrocher. Je redouté le côté surréaliste de l’histoire et avait peur de trouver cela trop décalé. Mais c’était sans compter sur le talent de Mathias Malzieu, qui par son écriture à la fois très poétique et simple nous fait entrer en seulement quelques phrase dans son univers. Dès que nous sommes embarqué dans cette aventure, plus aucune extravagance ne semble impossible. On vit avec Jack et notre cœur bat avec son horloge. J’ai été happé par ce court roman que j’ai trouvé très beau et touchant. Moi qui ne suis pas encline à lire de la poésie et encore moins à comprendre les jeux de mots j’ai été charmé par la façon dont Malzieu jour avec mots. Le texte est tantôt très poétique, tantôt très terre à terre et le tout rends le récit très vivant. C’est très visuel, et sans avoir vu le film, je voyait défiler l’histoire devant moi. Le texte est rythmé et les intermèdes poétiques ne cassent pas le rythme du récit  mais y participent. Tout est très fluide. C’est très joli, c’est touchant. Ce livre conjugue le plaisir de la lecture pure (un très beau texte) avec celui de se faire raconter une belle histoire (un conte initiatique drôle et triste).

C’est toujours difficile pour moi de parler d’un livre que j’ai beaucoup aimé. Je ne trouve pas les mots pour exprimer mon enthousiasme.  Je ne suis pas sûre d’avoir réussi à vous convaincre mais, avec seulement 156 pages, je vous conseille de donner sa chance à ce livre, vous risqué une très bonne lecture 😉

Le livre a été adapté en film, je reviendrais bientôt sur cette adaptation que je n’ai pas encore eu le temps de voire .

coup de cœur 2016
coup de cœur 2016

Max, le livre qu’ « on adore détester »

Cela fait plusieurs semaines que j’ai fini ce roman mais je n’arrivais pas a en parler. Je ne suis pas sure de trouver les mots juste et je serais assez brève mais je pense que ce livre mérite que j’y consacre quelques lignes.

Je l’ai acheté après l’avoir aperçu dans plusieurs c’est lundi que lisez-vous à droite et à gauche. Tout le monde semblait enthousiaste et je cherchait un roman pour mon neveu. Mais avant de lui offrir j’ai voulu le lire et… je ne lui ai jamais donné.

Pourquoi ? Parce que je l’ai trouvé beaucoup trop dur ! La vie est déjà assez compliquée comme ça sans qu’on vienne leur faire perdre tout espoir en l’espèce humaine avant même qu’il aient pu quitter le nid. Pourtant il s’agit d’un très beau roman.

l’histoire :

L’histoires nous est racontée à la première personne par un enfant née dans un lebensborn, sorte de maternité crées par les nazi où on met au monde des enfants soumis à une sélection raciale drastique pour crées les élites de demain. L’histoire commence à quelques heures de l’accouchement, le héros nous raconte comment il est venu au monde, comment il a passé avec sucés toutes les sélections raciales, ses premiers mois de vie auprès de sa mère, puis auprès des nourrices avant être envoyé en Pologne pour une nouvelle mission : recruter des enfants polonais répondant aux critères raciaux afin d’être arraché à leur familles et germanisé dans des écoles spéciales.

Endoctriné dès le berceau, le héros est tiraillé toute son enfance durant entre les sentiments humains qu’il éprouve et la croyance en une idéologie inhumaine. La rencontre avec un jeune polonais va bouleverser sa vie.

Pourquoi je n’offrirais pas ce roman à mon neveu ?

Au début je n’ai pas trop accroché au récit. Toutes la partie se déroulant au lebensborn était assez ennuyeuse et j’ai du me forcer pour continuer. Puis le récit s’intensifie et devient de plus en plus passionnant avec le départ de Konrad pour la Pologne. Là j’étais prise par le roman mais je ne cessais de me poser une question : pourquoi écrire ça ?

Le récit est terrible. C’est dur. Ce roman ne m’a pas seulement arraché des larmes il m’a donné la nausée. Et si j’ai trouve, en le refermant, qu’il était très bien écrit je n’ai pas envie de donner la nausée à mon neveu. Je m’interroge sur le but et l’utilité d’un tel roman. C’est douloureux à lire et assez désespérant. Je comprends la nécessité de ne pas oublier les atrocités commises par le parti nazi, mais là j’ai trouvé le récit tellement dur que l’humanité parait monstrueuse et il y a peu de place pour l’espoir. C’est à vous faire regretter d’appartenir à l’espèce humaine. Je souviens enfant avoir pris conscience de ce qu’il y a de pire en l’être humain et avoir pleuré parce que j’en était un moi-même. Ce livre m’a replongé dans cet état d’esprit et ce n’est pas une chose que je souhaite communiquer à mes enfants, neveux et nièces. Je veux leur transmettre de l’espoir, leur faire croire que tout est possible, qu’il peuvent être les acteurs d’un monde meilleur. En leur faisant lire ce livre j’aurais l’impression de leur dire « regarde à quelle espèce immonde tu appartient ».

Ce livre m’a vraiment mis très mal à l’aise. Et c’est là aussi sa force. Dans la quatrième de couverture on peut lire « on adore détester Max et on ne déteste pas l’adorer ». Après les premiers chapitres je ne comprenais pas. Après avoir fini le roman non seulement je comprends, mais j’adhère complètement. C’est un très beau livre, très bien écris qui vous bouleverse mais qui raconte des choses détestable qu’on préférerais ne pas entendre.

J’ai donc décidé de ne pas l’offrir à mon neveu qui n’a que 12 ans mais je vais le laisser là dans mon étagère roman jeunesse mis à leur disposition pour que, le jour où il le désire, il puisse le lire.

Des vacances pour lire

ah ! des vacances ! C’est la première fois que j’expérimente cette sensation d’être enfin en vacances tout en sachant que ça ne va pas durer longtemps. Certes ce n’est pas la première fois que j’en prends, mais jusqu’à présent le souvenir de « oh… sig ! le chômage » était encore encré dans ma mémoire. Là ça y est, c’est officiel je n’aurais plus que 5 semaines de congé par an… 5 petites semaines… mais ça ne sera jamais assez pour lire tous ce que j’ai prévu ! Pas de panique, du temps pour lire on en trouve toujours même quand on est pas en vacances ^^ Ceci dit j’ai bien apprécié de passer 12h non stop (enfin, si j’ai fait une pause pour retourner à la librairie) à lire. Pour le coup, ça faisait une éternité que je n’avais pas lu aussi intensément 🙂

Là vous vous dite que je vais pondre un article interminable avec des dizaines de bouquins… vous inquiété pas, à la vitesse à laquelle je lis, il m’a fallu 8h pour un seul roman et encore, je l’ai lu si vite parce que c’était un roman jeunesse ! Donc oui, je vais faire un tire groupé et vous parler de mes dernières lectures romanesque mais il y aura que 3 romans à découvrir ^^

Moi, Simon, 16 ans, homo sapiens

Il y a des fois où je me fait peur. Comme quand, par exemple, je lis avidement un roman d’ado comme si ma vie en dépendait. C’est un peu ce vertige là que j’ai ressenti en lisant Moi, Simon 16 ans homo sapiens. Si je devais en faire une critique objective je trouverais sans doute beaucoup de chose à redire. Mais la vérité est que une fois ouvert le livre je ne l’ai pas quitté un instant, même pas le temps de manger, jusqu’à ce que je referme la dernière page. Signe incontestable que c’est un bon livre. Peut-être pas objectivement mais subjectivement j’ai été emporté par le rythme du récit, j’ai été touché par les personnages et si c’est plus de mon âge et bien tant pis. L’espace une soirée moi, Bidib, j’ai eu encore 16 ans.

Simon est au lycée. Il est gay et s’accepte comme tel mais n’a pas encore eu la force de le dire autour de lui. C’est que Simon vit dans une petite ville provinciale et même s’il sait que ces parents et ses amis proches l’accepteront, il n’a pas envie d’en faire toute une histoire. Pas encore. Il rencontre Blue sur internet. Un garçon de son lycée dont il ne sais rien, pas même son prénom. Peut-être le croise-t-il tous les jours sans le savoir. C’est à travers leur pseudo que les deux garçons entretiennent une relation de plus en plus intime. Mais voilà, Martin a tout découvert et il fait du chantage à Simon, le menaçant de tout révéler.

Une histoire simple, sans drame, drôle et touchante comme ça fait du bien d’en lire de temps en temps parce que la vie c’est aussi ça ! Parfois c’est pas si compliqué, parfois tout ce passe bien, ou presque.

Je ne sais pas trop qu’est-ce qui m’a plu dans ce roman. L’écriture rythmée et fluide. Les personnages drôles et touchants qui sonnent vrais. Le ton léger avec lequel l’auteure aborde des questions sérieuses. Peut-être parce qu’au fond de moi j’ai toujours 16 ans, parce que j’ai pas fini de trouver de réponses à ces questions ? Je ne sais pas. Tout ce que je sais c’est que j’ai dévoré ce roman en une seule fois et que je me sentais bien. Il ne m’en faut pas plus. Bref une jolie lecture qui, si elle ne sera pas inoubliable, m’aura fait passer un très bon moment.

à lire aussi les avis de Bob,  Liradoindienagawika, Simon (ah ! j’ai enfin trouvé un avis plutôt négatif 😉 )

o-o-o

Oh, boy !

Fini Moi, Simon, 16 ans, homo sapiens. J’ai filé à la librairie avec une envie subite de lire Oh, boy ! de Marie-Aude Murail. J’avais repéré ce livre en flânant sur le net. Je ne pourrais plus vous dire qui ou quoi m’a donné envie de le lire. Je faisait des recherches sur le net pour trouver quoi lire (les 300 bouquins qui me tendaient leurs bras sur mes étagères ne me faisaient pas envie) quand je suis tombé sur ce titre et j’ai eu envie de le lire.

L’histoire y est bien plus tragique que dans le titre pécédent :

Siémon (14 ans), Morgane (8 ans) et Venise (5 ans) sont orphelins. Leurs mère vient de se suicider et leur père les a abandonné il y a longtemps déjà. Personne ne sait où il est ni s’il est encore de se monde. Alors que l’assistante sociale leur cherche une famille d’accueil, les trois enfants font un jurement : « les Morlevent ou la mort ». Pour eux pas question d’être séparés.  C’est alors que Siméon, jeune adolescent surdoué, se souvient que leur père avait déjà abandonné épouse et enfant. Il y a quelques part d’autres Morlevent. Un frère et une sœur qui vont pouvoir les recueillir. Enfin… en théorie. « Oh, boy ! » c’est ainsi que s’exclame Barthélémy, 26 ans, lorsqu’il apprends qu’il a trois jeunes frères et sœurs et qu’il va devoir devenir leur tuteur légal. Et ce n’est pas tout ! D’autres épreuves vont s’abattre sur la fratrie…

Du drame il y en a et pas qu’un peu. Les petits Morlevent n’ont vraiment pas été épargné par la vie. Le deuil, l’abandon, la maladie… ils ont droit à toutes les épreuves. Pourtant Marie-Aude Murail ne nous livre pas un roman à vous arracher des larmes. Il y a des moment difficiles, d’autres très émouvants, mais ce qui prône c’est l’humour et la force de caractère. Les petits Morlevent n’ont pas l’intention de se laisser abattre par les épreuves. Il font preuve de ténacité et d’une solidarité fraternelle à toute épreuve. Il forment un trio très attachant qui fait sourire et même rire. Barthélémy n’est pas en reste, très drôle et caustique il est également très attachant. Je regrette un peu son côté caricaturale, mais j’adore sa répartie.

Le roman est très court mais très riche. Les personnages y sont bien construit et les dialogues sont très bons. Il y a vraiment beaucoup d’humour et ce malgré le contexte des plus déplorables. J’ai pris vraiment beaucoup de plaisir à le lire. C’est drôle, touchant et intelligent, avec seulement 208 pages (et un format poche à la porté de tous) ce serait vraiment dommage de s’en priver.

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à lire aussi les avis de Mokamilla (qui vous dira bien mieux que moi combien ce roman est génial) et Brune B

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La bibliothèque des cœurs cabossées

On change complètement de registre et on quitte la littérature jeunesse pour un roman de midinette (un peu quand même). C’est un roman très léger, plein de romance et de bon sentiment, mais il n’est pas stupide pour autant.

Sara, jeune suédoise ayant fraîchement perdu son job de libraire décide de se rendre aux Etats-Unis pour des vacances de deux mois dans un trou paumé de l’Iowa, chez une vieille dame avec qui elle entretien une relation épistolaire depuis trois ans. Sauf que quand elle arrive, rien ne se passe comme prévu.

L’histoire en elle même n’est pas renversante, dès le début on connait la fin et il n’y a aucune surprise. Le style n’est pas particulièrement remarquable non plus et pourtant j’ai pris beaucoup de plaisir à lire ce roman. Pourquoi ? L’ambiance ! L’auteur crée une ambiance très agréable et positive malgré le contexte : une petite ville ravagée par la crise économique. Il y a beaucoup d’humour les personnages bien que prévisibles sont attachants. La littérature et l’amour du livre est omniprésent. C’est un livre qui vous donne envie de lire. Il parle littérature mais sans prétention, il se met à la porté de tous et on y parle de grand classiques aussi bien que de chick lit* avec la même affection. L’important c’est lire, peu importe quel genre littéraire nous plait, de préférence plusieurs à la fois.

C’est cette ambiance pleine d’humour et de livres qui m’a séduite, qui m’a fait rire et qui m’a tenu en halène malgré une fin  courue d’avance. On sais comment ça se termine mais on ne sait pas comment l’auteur vas nous amener jusque là. Une lecture détente idéale pour l’été (ou si vous ne l’avez pas encore lu, pour se détendre après le stress de la rentrée). En revanche ne vous attendez pas à vibrer, les personnages sont tous plus stéréotypés que les autres et n’offrent aucune surprise. Une vraie caricature sociale digne d’un sitcom.

à lire aussi les avis de Laura et Emily

Voilà pour ce qui est de mes lectures de vacances. A très bientôt pour de nouvelles lectures.

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Et il me parla de cerisiers, de poussières et d’une montagne…

J’ai acheté ce bouquin comme ça, sur un coup de tête, la couverture et le titre avec ces felurs de cerisiers ont attiré mon attention et le pitch avait l’air sympa…

Que dire de ce livre ? Il est mal écrit. Voilà c’est dit. J’ai trouvé l’idée de l’histoire sympa, je partage complètement le message mais cela ne suffit pas à en faire un bon livre, loin de là. J’ai trouvé ça ennuyeux et j’avais la très désagréable impression que l’auteur prends ses lecteurs pour des idiots. Quand on a un message à faire passer on se débrouille pour raconter l’histoire en laissant le soin au lecteur de comprendre la morale entre les lignes. Ici la morale on nous la martèle du début à la fin avec lourde insistance comme si on était trop stupide pour comprendre.

Que nous dit ce livre ? Que nous somme tous englué dans de fausses peurs qui nous pourrissent la vie et que pour apprendre à vivre debout il faut les reconnaître et puis s’en défaire. Très bien, je suis 100% d’accord. L’histoire du protagoniste, ses rencontres, son parcours étaient amplement suffisant pour nous faire comprendre ce message. Quel besoin y avait-il de nous l’expliciter encore et encore. La première fois c’est lourd, à la fin ça devient carrément agaçant. Je n’ai d’ailleurs pas pu lire les dernières pages tant l’ensemble est redondant. Le livre ne fait pourtant que 140 pages ! Grosse déception.

Trois langues dans ma bouche

Trois langues dans sa bouche, six dans la mienne. Il n’en fallait pas plus pour que j’ai envie de lire ce roman, le premier de Frédéric Aribit que j’ai lu grâce à la dernière Masse Critique (j’en profite pour remercier Babelio et Belfond, l’éditeur).

Trois langues dans ma bouche il n’en a pas fallu plus pour les sourires entendu du contrôleur lisant le titre du livre posé sur la tablette pendant que je fouille mon sac à la recherche de mon titre de transport. Trois langues dans ma bouche suis-je donc si naïve que pas un seul instant le titre n’a évoqué en moi ces images qui ont fait sourire le contrôleur ?

Les langues de Frédérique Aribit sont le basque, langue maternelle « morte dans sa bouche et recrachée ». Puis il y a le français. Langue adroitement utilisée, avec laquelle l’auteur joue à m’en faire perdre mon latin !

Trois langues dans ma bouche fiction, autofiction, vécu ? Je ne sais pas mais chaque mot sonne vrai. Je me suis identifié à ce « je » qui nous parle. Qui vagabonde plus qu’il ne raconte. Je m’identifie car certains points communs nous rapprochent : l’enfance à la campagne, les langues qui se croisent et décroisent, se marient et finalement se séparent… Le deuil aussi, peut-être. Pas seulement le deuil des gens aimés qui nous quittent, mais celui de la perte de cette langue primitive qui a vu naître nos premiers mots et qui nous quitte. Les point communs que je partage avec « je » sont pourtant aussi nombreux que nos différences.

Dans le flot de paroles déversées chapitre après chapitre dans un foutoirs qui passe du coq à l’âne, du basque au français, de l’enfance au présent j’ai parfois cru perdre le fil. Pourtant il y en a un de fil ! Et il nous tiens, me tient. Je l’ai suivi, exploré souvenir après souvenir, idée après idées, la conscience et peut-être même l’inconscience de « je ». Que la suite d’idée ne soit pas logique importe peu, est-ce que notre pensée suit toujours le chemin de la logique ? Ne se perd-t-elle pas dans les recoin de notre cerveau, dans la forêt de nos souvenirs ?

C’est peut-être en cela que je me suis reconnue : un bouillonnement d’idées et de souvenir qui émergent sans crier gare dans l’océan de notre conscience.

Le style très particulier, pas toujours facile à suivre, renforce ce sentiment de plongée abyssale dans la pensée du protagoniste. Les phrases sont très longues et les points sont presque inexistants. On plonge, on retiens son souffle, on s’enfonce, on peut plus respirer, arriverons nous au bout, ça y est on est perdu et… ouf ! J’ai compris. J’ai compris ? Pas sûr, mais j’ai ressenti.

Un style étrange auquel je ne suis pas habituée qui m’a parfois troublé, parfois perdu, mais qui finalement m’a séduite. Je ressors de cette lecture ravie. Je fini à peine le roman. Il va va maintenant falloir le digérer. Et j’ai le sentiment qu’il m’en restera quelque chose, pas seulement le souvenir une bonne lecture.

 Mais si je dois être tout à fait honnête, à la lecture de ce roman j’ai éprouvé du plaisir, de l’intérêt mais aussi de la jalousie ! Aribit semble trop érudit pour moi. Les nombreuses références je ne les ai pas toutes comprises. Et les mots savant qui parsèment le texte, je ne les ai pas mieux compris que les citations en basque ! Pourtant je n’ai pas eu le sentiment (comme ça m’arrive souvent quand je lis des auteurs français) qu’il étale son savoir. Cela à plutôt éveillé ma curiosité.

Là il est temps que j’arrête mes bavardages pour laisser parler le texte de lui même. J’ai choisit un extrait que je trouve très représentatif du style :

Les matraques se mirent à pleuvoir sur les cheveux long, brun, blond ou blanc, averse de cailloux réglementaires sur crânes nus, belle bastonnade bleue, et ça cognait de tous côté alors qu’on ouvrait les portes pour faire dégager tout le monde, Erik m’avait attrapé le bras tandis que j’essayais de me protéger la tête devant les premiers flics qui approchaient, leur bâtons luisants à la main, il m’entraîna vers la sortie en esquivant les coup qui pleuvaient, haie d’honneur barbare, de part et d’autre de la double porte, mais j’eus le temps de voir cette femme, elle était coincée entre l’un des battants de la porte ouverte et le mur, sans doute elle avait cherché la sortie et deux flics l’avaient stoppée net dans cet étroit corridor, quel âge avait-elle je ne sais pas, plus vieille qu’Amitxi en tout cas, oui, était-ce la grand-mère de Pantoxoa, son visage ruisselait de sang sous les coups des deux représentants des forces de l’ordre casqué, bottés, gantés de cuir, qui n’avaient pas de grand-mère, n’en avaient jamais eu, n’en auraient plus jamais, et elle qui hurlait pleurait se débattait devant leur équipements, leurs heures d’entraînement, leur fière soldatesque indifférente et tous camps confondus qui avait déjà emmuré Antigone et allait bientôt violer Nawal Marwan, le sang coulait entre ses yeux et sa bouche, les coups n’en finissaient pas de tomber dans la cohue ahurie, ils visaient maintenant le bas-ventre, frappant consciencieusement, de haut en bas, de bas en haut, comme sur les schémas du manuel, comme sur les mannequins en plastique du stage de perfectionnement, de bas en haut, de haut en bas, et de toute la force légale de leurs bras d’hommes légaux au beau milieu des cris et du tumulte, mais Erik me poussa une dernière fois et enfin je.


Le coin des curieux :

Ah ! ça fessait un moment que je n’avais pas pris le temps de m’offrir un petit coin pour les curieux de mon espèce. Dans le livre il y a tant de choses qui mériterais de figurer ici. Tant de mots, tant de références… Je me contenterais de partager quelques basqueries découvertes grâce à cette lecture.

Txalaparta

Ce qui suivent ce blog connaissent mon goût pour la musique du monde, alors quand il a été question d’un instrument de musique basque j’ai tout de suite eu envie de savoir à quoi ressemble cet instrument.

La txalaparta est une sorte de xylophone en bois qui se joue à deux en tapant sur les planches de bois avec des sortes de pilons.

J’ai cherché quelques vidéo et je suis tombé sur un duo assez bleffant. J’ai visionné bien d’autres vidéo où le résultat final relevait bien plus de la cacophonie que de la musique mais ici j’aime beaucoup !

Bertsulari

Pour savoir ce que c’est, je vous laisse regarder cette vidéo qui explique plutôt bien 🙂

La fabrique des mots

Dès que j’ai vu ce livre j’ai pensé à Pika, notre préposée aux mots, amoureuse des dictionnaires. Il y a d’ailleurs un personnage qui m’a fait penser à elle.

Une histoire de mots :

J’aime apprendre de nouveaux mots, j’aime découvrir leur étymologie, alors ce petit conte écrit par Erik Orsenna devrait me plaire. C’est ce que j’ai pensé en achetant ce livre. Je l’avoue sans honte : je n’avais jamais lu du Orsenna et si le sujet m’intéressait, j’avais un peu peur de me frotter à l’aura « Académie française » qui plane sur ce livre. J’avais peur de me retrouver face à un texte pompeux. Il n’en est rien ! Je me suis beaucoup amusé !

Dans une île tropicale qu’on imagine de suite aux Antilles, il fait bon vivre et le peuple aime parler, chanter, jacasser… C’est sans compter sur la folie de Nécrole, un dictateur « aussi dangereux que ridicule ». Un beau jour il décide d’interdire tous les mots qu’il juge inutiles. Seuls 12 mots, 12 verbes seront désormais autorisé dans l’île. Mais les mots ne vont pas se laisser faire ! Ils se révoltent. La guerre est déclarée.

Pour défendre les mots, Jeanne et toute sa classe d’école primaire, menée par une maîtresse comme on les aime, vont faire de la résistance. Mais pour pouvoir les défendre, ils faut les connaître. Commence alors un voyage au pays des mots.

Un voyage pimenté d’humour et d’aventure surréaliste où les mots deviennent des personnages à part entière.

Il ne faut pas croire que les mots interdit se sont laissé faire. Dès le lendemain, ils se rassemblaient sur la place de l’Indépendance pour crier leur colère.

Ils étaient arrivés par groupes, réunis derrière des pancartes :

La Fabrique des mots, Orsenna

A photo posted by Bidib Ma Petite Médiathèque (@bidibmpm) on

Que l’on soit grand ou petit, amoureux des mots expert ou complètement ignare (tel est mon cas) on s’amusera en lisant ce conte. Une histoire qui tient en halène, des beaux mots à découvrir… mais surtout un amour de la langue française communicatif qui donne envie d’ouvrir des dictionnaires.

Richement illustré par Camille Chevrillon.

rentrée littéraire livre de poche
étape française

Nagasaki – Eric Faye

Petit roman d’Eric Faye, publié par Stock, Nagasaki (2010) est idéal pour un voyage en train.

Inspiré d’un fait divers rapporté par la presse japonaise en mai 2008, ce roman raconte une bien étrange histoire. Shimura-san, célibataire, 56 ans, éprouve une étrange impression, des choses disparaissent de son frigo, des objets ne sont plus à la place exacte ou il les avait posés. Il vérifie scrupuleusement les niveau de jus de fruit, inspecte le contenu de son frigo chaque soir en rentrant du bureau. Il en est persuadé quelqu’un s’introduit chez lui, pourtant aucun objet de valeur n’as disparu. As-t’on déjà vu un frigo hanté ? Il va alors tendre un piège au voleur de yaourt. Quand la police arrive la porte est fermé, aucune fenêtre n’a été forcé. Est-ce un mauvaise plaisanterie? Par acquis de conscience les agents vont forcer la porte et fouiller la maison, apparemment déserte, c’est dans la dernière pièce qu’il découvrent…

Écrit dans un style très dynamique, avec point de vu subjectif. On vit les événement avec les personnages. Une drôle d’aventure que cette histoire là. Très court, il se lit d’une traite. Pas un chef d’oeuvre, mais un bon petit roman et une histoire originale.

Mise en bouche : voici comment commence le roman :

Il faut imaginer un quinquagénaire déçu de l’être si tôt et si fort, domicilié à la lisière de Nagasaki dans un pavillon d’un faubourg aux rues en chute libre. Et voyez ces serpents d’asphalte mou qui rampent vers le haut des monts, jusqu’à ce que toute cette écume urbaine de tôles, toiles, tuiles et je ne sais quoi encore cesse au pied d’une muraille de bambous désordonnés, de guingois. C’est là que j’habite. Qui ? Sans vouloir exagérer, je ne suis pas grand-chose. Je cultive des habitudes de célibataire qui me servent de garde-fou et me permettent de me dire qu’au fond, je ne démérite pas trop.