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La Leçon

Aujourd’hui, je vous reviens avec un nouvel album des éditions Frimoüsse : La leçon.

Son austère et inquiétante couverture a titillé ma curiosité. Quelle leçon un si terrifiant loup va-t-il nous donner ?

C’est l’histoire d’un homme qui vit dans la forêt. La bête a encore dévoré ses poules. Il est furieux. Il sort son fusil, des pièges… Il est bien décidé à se débarrasser de la bête une bonne fois pour toutes. Mais, tout à sa colère, il ne voit pas le piège se refermer sur sa jambe. Le voici pris à son propre piège, au sens littéral du terme. Gisant dans une mare de sang. Il voit la bête l’observer. Ça y est son heure est venue. Mais la bête ne le dévore pas.

-pourquoi ne m’as-tu pas dévoré ? Pourquoi me venir en aide ?

-si je te tue, je mourrai aussi, dit la bête. Sans tes poules, je ne survivrai pas à l’hiver.

L’homme sera alors confronté à un choix : sauver sa peau ou tuer la bête. Quelle décision va-t-il prendre ? À vous d’interpréter.

J’ai trouvé cet album très sombre, et assez inquiétant. Mais j’ai été touché par sa morale. Au lieu de se battre contre la nature pour la domestiquer, l’homme doit apprendre à composer avec. L’homme n’a pas tort de vouloir protéger ses poules, mais tuer la bête est-ce la bonne solution ? La bête n’a-t-elle pas le droit de vivre dans cette forêt, elle aussi ?

J’étais, je l’avoue, un peu inquiète par la noirceur du récit. Les images, à l’instar du texte sont tout sauf gaie. Mais ce fut finalement une très belle surprise. Pour moi comme pour Mimiko, qui se croyait trop grande pour ce livre. Je l’ai lu à haute voix et la première surprise fut d’y trouver un texte très facile à déclamer, fluide, simple et poétique à la fois. C’est important pour moi qui ai souvent des difficultés à lire à haute voix. La seconde surprise fut de voir Mimiko qui, dans un premier temps, faisait mine de ne pas s’intéresser au livre, s’approcher puis se pencher au-dessus des pages. Elle a été comme happée par ce récit dont la tension est vraiment palpable. Le texte est très court, mais en peu de mots l’auteur arrive à faire monter le suspens. Mimiko écoutait, inquiète.

La fin est ouverte. J’avoue ne pas totalement comprendre ce choix. Pourquoi laisser cette fin ouverte, surtout après un récit ayant ainsi fait monter la pression. Les jeunes lecteurs aiment se rassurer à la fin d’un récit. Surtout un récit qui fait un peu peur. Ici l’auteur ne dit pas clairement le choix que l’homme va faire et j’ai senti que je devais moi-même finir l’histoire pour rassurer Mimiko. En voyant la dernière image cela me semblait, à moi, évident, mais pour elle ce n’était pas assez clair et ne pas savoir l’inquiétait.

Avec Dino lune, que je vous avais présenté la semaine dernière, nous avions un album simple et gai, coloré et absurde. Ici, c’est tout le contraire, des couleurs sombres, une histoire inquiétante et une morale à méditer. Bien que diamétralement opposé, j’ai trouvé les deux albums très réussis.

La leçon s’adressant à des enfants plus grands, plus grand même que la brièveté du texte ne le laisse supposé, puisque, j’ai pu le constater moi-même, Mimiko du haut de ses 9 ans a été captivé par cette histoire. Et nous avons pu discuter un peu de la morale.


La leçon 

Michaël Escoffier

Kris Di Giacomo

Frimoüsse

collection la Question (l’Album philo)

2017


 

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Dino lune

J’ai adoré ce petit album. Il n’y a pas vraiment d’histoire, c’est complètement absurde, mais les illustrations sont adorablement drôles.

Si les dinosaures étaient nés sur la lune

Voilà le point de départ de tout un tas d’hypothèses qui amène les dinosaures à faire des courses d’étoiles filantes, avaler des étoiles, faire des barbecues sur le soleil. Rien qui ne tienne la route bien sûr.

Les dinosaures aux couleurs vives sur fond noir sont délicieux. Très simples mais adorables. Je trouve cet album agréablement absurde et mignon.

Un bon livre pour une lecture du soir rapide pour de très jeunes lecteurs.

Mimiko, devenue trop grande pour ce genre d’album, cherche encore un sens à cette histoire XD

Merci aux éditions frimoüsse pour cette lecture


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Kushi, une aventure dans la steppe mongole

Kushi, est la petite dernière du catalogue bd des éditions Fei. Dans le même petit format que La balade de Yaya (13x18cm) et avec toujours Golo Zhao au dessin Kushi nous amène aussi en Chine mais cette fois dans les steppe mongole des années 80. Au scénario Patrick Marty.

Kushi est une petite mongole qui vit avec la vieille chamane du village. Elle  est brillante mais très indépendante et s’attire les foudres d’un homme d’affaire véreux qui la voit comme une menasse. En effet Kushi est toujours là pour défendre la steppe et sa nature quand le bandit tente de piller ses ressources. Malgré son attachement à la steppe et le bien fondé de ses mots, Kushi n’est pas soutenue par les villageois qui voit en elle une petite sauvageonne. Ils préfèrent écouter le chef qui pourtant magouille lui aussi avec le bandit. Heureusement Kushi peut compter sur quelques alliés.

Dans ce premier tome on fait connaissance avec la jeune fille et son entourage avant de la voir partir à l’aventure. Le tome se termine par le début d’une grande aventure qui mènera Kushi à traverser la steppe fleurie en compagnie de sa chienne fidèle.

Une jolie bd qui nous parle de l’importance de sauvegarder les traditions et l’environnement, un combat qui se heurte à des gens sans scrupules qui ne cherchent que le profit et qui au nom du progrès nuisent à leur propre environnement.

Mais c’est aussi un conte d’aventure qui fera rêver le petit lecteur lui fessant découvrir les paysages somptueux de la steppe mongole.

Niveau dessin on retrouve la rondeur et la douceur de Golo Zhao mais je le trouve un peu trop lisse, trop propre. Je préféré l’aspect un peu brouillon de Yaya. J’aime bien son petit format à l’italienne (où plutôt à la chinoise)

le petit mot de Mimiko : J’ai aimé la fille et sa chienne. Et j’ai aimé l’histoire. J’ai envie de lire la suite. Moi je préfère le dessin de Kushi à celui de Yaya.

BD jeunesse pour les 9-12 ans (et plus si affinité)

sur le site de l’éditeur

à lire aussi les avis de Mo et Johanne

Merci aux éditions Fei pour cette lecture.


avec devine qui vient bloguer
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Devine où j’suis !

Devine où j’suis ! voilà un album original et drôle. Merci aux éditions Frimoüsse pour cette lecture.

Cette petite fille tout de rouge vêtue, le téléphone à la main, enfermée dans un endroit des plus inquiétants a de quoi éveiller la curiosité. L’anachronisme entre le téléphone portable et la tenue de la petite fille ne fait que renforcer cette impression. Quelle histoire vont donc nous raconter Richard Marnier et Aude Maurel ? Que cache cette couverture à la fois familière et étrange ?

C’est une réécriture du traditionnel Chaperon rouge qui nous attend mais elle n’a plus grand chose à voir avec la version classique que nous connaissons tous. Seuls les clins d’œil aux personnages de nos contes d’enfance relient l’album au vrai Chaperon rouge. Les clins d’œil et son chaperon ! Ici le Chaperon à une allure de matriochkas, ces poupées russes qui s’emboîtent les unes dans les autres. Logiquement la mère et la grand mère ont le même aspect, tout en rondeur.

Mais que fait donc notre chaperon rouge dans cette drôle de grotte ?

Maman ! c’est moi le petit Chaperon Rouge, devine où j’suis !

Tu est chez Mère-grand, pourquoi ?

Pas du tout ! je suis dans le ventre du Grand Méchant Loup !

ENCORE ! Passe-le-moi, j’ai deux mots à lui dire …

S’en suit une série de situation burlesque dans les quelle la mère du chaperon, qui tente de prendre le thè avec ses amies, se doit de remonter les bretelle à tous les vilains petits méchants qui se sont avalé les autres

recrache ma fille, sinon ça va barder !

J’ai trouvé ça vraiment très drôle. On perd ici tout le sens de mise en garde de la version originale du Chaperon mais on y gagne en rigolade avec une histoire à répétition très efficace et un détournement dans lequel on retrouve les personnages traditionnels des contes de fée classiques les uns après les autres. On commence avec le Chaperon rouge et le fameux grand méchant loup, puis c’est au tour de l’ogre, du dragon et du chevalier.

Point besoin de chasseur pour libérer le petit Chaperon, l’autorité des mères suffit à remettre de l’ordre dans ce grand capharnaüm. Encore faut-il prévoir suffisamment de goûter pour cette bande d’affamé !

J’ai apprécié que la référence au chaperon rouge ne se fasse pas dès le titre mais seulement une fois la deuxième page tourné. Cela laisse un peu de temps à l’enfant avec de reconnait des éléments qui lui sont familier.

Une lecture amusante pour un détournement réussi.


à lire aussi l’avis de Johanne


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Plume

C’est un joli album des éditions Fei, écrit par Cao Wenxuan et illustré par Roger Mello que je vais vous présenter aujourd’hui : Plume.

Petit renard, Minorités, jeunesse, les éditions fei, bande dessinée chinoise

J’avoue que dans un premier temps, sa couverture bleu profond et son drôle d’oiseaux n’avaient pas vraiment attiré mon attention. C’est parce que les éditions Fei me l’ont proposé que je me suis plongé dans cet album. Et je les remercie. C’est finalement un très bel album que j’ai découvert avec un texte poétique nous invitant au voyage et à l’introspection et de belles illustrations aux couleurs sombres et profondes, dans un style original qui m’a vraiment charmé.

Mimiko avait le même à priori que moi, j’ai du un peu insister pour qu’elle accepte de lire cet album avec moi et elle ne s’y est plié qu’après avoir lu tous les autres albums que contenait le paquet. Pourtant, une fois la lecture commencée j’ai l’ai vue peu à peu se concentrer sur les récit, se pencher en avant pour voir les images et en quelques pages elle était captivé par l’histoire de cette plume qui, tombée au sol se demande à qui elle peut appartenir. Elle parcourt ciel et terre demandant à chaque oiseau qu’elle croise « suis-je une de vos plumes ? « 

La plume rencontre toute sorte d’oiseau, des hautains, des sympathiques, de concentrés, des distraits, mais elle peine à trouver l’oiseau à qui elle  appartient. Étrangement il se dégage beaucoup d’émotion et on éprouve de l’empathie pour cette plume un peu perdue.

Quant aux illustrations, d’un premier abord très épuré, elles sont finalement très poétiques et se marient parfaitement au texte.

Un bel album qui cache sa douceur et sa poésie sous un aspect faussement austère. Une très belle découverte.

« Pour moi, un album jeunesse doit être philosophique. Le voyage emprunté par le vent est le cheminement d’une réflexion » nous dit en préambule l’auteur, Cao Wenxuan. Et bien, il a réussi son pari, car sous ces air de comptine à répétition c’est en effet une réflexion sur l’identité que raconte cette histoire.

Cao Wenxuan, professeur de littérature à l’Université de Pékin, a écrit plusieurs livres pour enfant. En France on peut lire Bronze et Tournesol sorti chez Picquier. Cet album m’a donné envie d’en savoir plus sur lui et je crois bien que je vais chercher ce roman. Roger Mello que je découvre également avec cet album est un auteur/illustrateur qui nous vient du Brésil. Cet album nous fait voyager aussi par les origines de leur auteur qui apportent chacun une touche de leur culture pour un résultat très universel.

Petit renard, Minorités, jeunesse, les éditions fei, bande dessinée chinoise

Plume
Les éditions Fei
Auteur : Cao Wenxuan
Illustrateur : Roger Mello
Prix public : 14,9€
Pagination : 40 pages, couleurs
Format : 29,2 cm x 16,5cm cartonné

sur le site de l’éditeur

 Envie de découvrir cet album ? Revenez sur Ma petite Médiathèque la semaine prochaine pour tenter d’en gagner un exemplaire 😉


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challenge lecture aux couleurs du brésil

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Ma petite bibliothèque chinoise

C’est un recueil de 3 petits albums des éditions Fei que je vais vous présenter aujourd’hui. Les 3 album sont regroupé dans un joli étui en carton :

Je vais vous les présenter dans notre ordre de lectures, choisit par Mimiko qui a sauté de joie en voyant le contenu de notre colis :

 Les têtards cherchent leur maman

illustration de Chen Quicao

texte de Lu Bing

Mais qui est la maman des petits têtards ? Le poisson rouge avec ses gros yeux ? Le crabe avec son ventre blanc ? Ou peut-être la tortue avec ses quatre pattes ?

Deux braves souris

illustrations de Zhu Yanling

texte de Lu Bing

C’était l’histoire de deux souris. L’une s’appelait Ronde Oreilles et l’autre, Queue Pointue. Elle se disaient toutes les deux : « C’est moi, c’est moi, la plus brave des braves ! « 

Les enfants sages

Illustrations de Tian Yuan

texte de Lu Bing

recueil de petites comptines à conter ou à chanter aux enfants sages et moins sages…

 

Bien que Mimiko ai passé l’age de se genre d’album à bientôt 9 ans, elle reste une passionné de livres et de la lecture avec maman. C’est trois petits livres l’ont tout de suite séduite par leur graphisme (3 titres, trois illustrateurs au trait très différent mais tous très plaisant) et par le titre du recueil : Ma petite bibliothèque chinoise. Depuis longtemps Mimiko est attiré par la culture chinoise.

Le premier, Les têtards cherchent leur maman, nous a beaucoup plus. J’ai beaucoup aimé les illustrations rappelant la peinture traditionnelle, terrain de prédilection de Chen Qiucao. Quant à l’histoire sous forme de recherche avec à chaque étape une nouvelle rencontre et une nouvelle piste pour trouver la maman fonctionne très bien, surtout pour les plus petit qui adorent la répétition.

La répétition est encore plus présente dans Deux braves souris où les petites souris surenchérisses à coup « la plus brave des braves des braves… » en inventant des situations bien peu crédibles pour montrer leur grand courage. Très classique dans sa forme cette petite histoire fonctionne très bien, avec une jolie petite chute (attendue pour les grand mais rigolote). Le dessin est très agréable avec une petite touche de nostalgie qui me rappelle les livres de mon enfance tout en ayant un style bien à lui.

Quant au dernier album il n’a pas trouvé grâce aux yeux de Mimiko. Le format une page un comptine de quelques lignes ne lui convenait pas. Elle se demandait où était l’histoire. Il y en a pas lui ai-je répondu et elle m’a planté là avec le livre dans la main. Celui-ci s’adresse à un public bien plus jeune, ou alors est-ce moi qui n’ai pas su rendre la musicalité des comptine pour l’intéresser assez ? C’est fort possible. J’ai en effet eu beaucoup de mal à les lire à haute voie, ne comprenant pas toujours moi même la musicalité de la phrase à première vue. Comme Mimiko j’ai moins accroché sur cet album qui n’offre pas de continuité d’une page à l’autre. En revanche j’ai trouvé les illustrations adorables, et sans le lire, je le trouve très beau à regarder.

Finalement un très joli recueil qui s’adresse à des enfants jeune mais pas trop, puisque les pages ne sont pas cartonnée et qu’elle devront être manipulé avec douceur. De belle illustrations aux styles variés et des histoires classiques qui fonctionnent bien. Si j’ai un reproche à faire à ces 3 albums c’est le choix de la typographie. J’aurais aimé quelques chose de plus typé dans le style des titres.

Merci aux éditions Fei pour cette découverte

Le secret de la cascade, Minorités, jeunesse, les éditions fei, bande dessinée chinoiseTitre : Ma petite bibliothèque chinoise
Auteur : Lu Bing
Illustrateur : Chen Qiucao, Tian Yuan, Zhu Yanling
sorti le : 14/10/2016
Prix public : 15€
Pagination : 3 volumes de 32 pages, couleurs
Format : 137 x 140 mm cartonné
ISBN : 978-2-235966-254-2

sur le site de l’éditeur

Les 3 albums sont aussi vendu séparément


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DanMachi La légende des Familias -tome 1

Je reviens avec un nouveau light-novel, premier de la nouvelle collection LN des éditions Ofelbes. J’étais curieuse de découvrir la nouvelle collection au format plus petit et au tome simple (contrairement au titres des éditions Ofelbes que nous avons déjà présenté qui sont en tome double : SAO, Log Horizon, Spice and Wolf).

Je vais être honnète avec vous, je n’ai pas vraiment accroché avec DanMachi. Non pas qu’il soit mal écrit, il est plutôt pas mal dans son genre. Mais c’est justement avec le genre que j’ai eu du mal. Je ne me suis pas sentie concernée par l’univers proposé

résumé de l’éditeur : 

Bienvenue à Orario, la Cité-Labyrinthe où cohabitent dieux et humains. Sous cette ville, les aventuriers, bénis des dieux, partent en quête de gloire et de fortune dans le Donjon ; un dédale mystérieux infesté de monstres.

C’est là que nous rencontrons Bell Cranel, un jeune provincial de 14 ans, qui malgré son manque d’expérience part à la conquête du Donjon sous la protection d’Hestia, une déesse impopulaire. Le hasard faisant mal les choses, il tombe sur un terrible Minotaure. Il est alors sauvé par Aiz Wallenstein, une belle épéiste, dont il tombe immédiatement amoureux. Galvanisé par ce nouveau sentiment, il repart à l’assaut du mystérieux labyrinthe.

Était-ce une erreur de vouloir suivre les pas de cette fille ? Le chemin qui mènera notre jeune héros vers son âme sœur risque en tout cas d’être semé d’embûches…

Faut dire que le pitch de départ de DanMachi me laissait prévoir notre probable incompatibilité de caractère… mais je misais sur l’humour. Or ça n’a pas fait mouche, je pense que le côté humoristique s’adresse à ceux qui adhèrent déjà au concept du harem. Comprendre un héros un peu loser qui se retrouve entouré de femmes plus belles les unes que les autres et qui pour des raisons inexplicables craquent toutes pour lui. Un grand classique du shonen (on retrouve l’inverse dans le shôjo), dont on a ici la version roman. Que ce soit côté shonen (un jeune homme et son harem de jolies prétendantes) ou sa version shôjo (une fille et son troupeau de beaux gosses) le concept du harem à toujours eu tendance à m’agacer. Je m’attendais à de la dérision avec ce titre dont le côté humoristique est mis en avant mais j’ai trouvé ça très premier degré.

Du coup j’ai pas profité de cette lecture qui par ailleurs ne partage pas les défauts du titre précédemment cité. On reprochait beaucoup à Log Horizon des longueurs et trop d’explications. Fujino Omori, l’auteur de DanMachi, a une écriture beaucoup plus fluide, les explications y sont distillées tout au long du récit. La lecture est donc plus rapide, plus plaisante aussi. Il y a du rythme, ça ne retombe pas. Son écriture et très cinématographique, si j’ose dire, en lisant on visualise parfaitement la scène et les personnages sans qu’il y ai de longues description, il arrive en quelques mots à planter son décor et a le rendre réel.

Je trouve ça mieux écrit (ou mieux traduit) que LH mais je ne me reconnais pas dans le public ciblé. Je me suis sentie beaucoup trop vieille tout au long de la lecture. Je ne suis pas entrée dans le délire. J’ai pas réussi à accrocher malgré un rythme bien maîtrisé. J’ai cependant apprécié la narration dont le point de vue change d’un chapitre à l’autre. Si celui du héros, qui parle à la première personne, prédomine on a aussi le point de vue de sa déesse, d’autres personnages secondaire voir même d’un narrateur omniscient. Cela donne un bonne dynamique à l’ensemble.

Si techniquement j’ai trouvé ça bien maîtrisé, c’est avec l’histoire et les personnages eux même que j’ai eu du mal. Comme je disais, je n’ai pas adhéré au concept, je ne suis pas entrée dans l’univers, il y avait donc une trop grande distance entre moi et le héros pour que j’éprouve une quelconque empathie pour ses aventures. C’est sans doute un peu trop premier degré à mon goût.

SAO et Log Horizon proposent également des personnages très caricaturés mais l’univers et construit de façon a proposer une première lecture “action” et une deuxième “réflexion”. Par ailleurs ces deux univers en relation avec le monde du jeu vidéo (et plus précisément MMO fantasy avec combat épiques contre créatures magiques) fonctionne bien dans la mesure où les personnages viennent du même monde que nous mais sont projeté dans une autre réalité (virtuelle, parallèle ou que sais-je) du coup il est plus facile de s’identifier aux personnages et d’accepter que le monde décrit soit régit par des règles de jeu vidéo. Dans Dan Machi nous somme dans un autre univers n’ayant aucun lien avec le notre. Un univers où l’on croise des monstres et des aventuriers qui les combattent, jusque là pourquoi pas, pas difficile de s’y projeter avec un peu imagination. Là où moi j’ai décroché et que j’ai pas réussi à me laisser imprégner par l’ambiance c’est en découvrant que les aventuriers y sont soumis à un système d’évolution proche de celui des personnages d’un jeu vidéo (statut qui s’affiche et progresse au fur et à mesure des combat). Pour moi des vrais gens s’améliorent (ou pas) mais que vient faire là un statut avec point d’action, de défense etc. puisque ce n’est pas un jeu. Je suis resté très perplexe devant cet univers hybride.

C’est donc un étrange sentiment que m’a laissé ce premier tome de Dan Machi. D’un côté il y a une narration parfaitement maîtrisée qui sait varier les points de vue, alterner moments d’action et de pauses permettant de créer une plus grande intimité avec les personnages. De l’autre un univers hybride trop inspiré du jeu vidéo et à la fois trop éloigné de celui-ci, des personnages et une intrigue un peu trop puérile à mon goût.

Pour ma part j’en resterai là sur cette série, mais je vais passer ce premier tome à mon neveu de 12 ans qui, je pense, pourra y trouver un bon moment de détente. L’humour y étant plus adapté au jeune public qu’aux vieilles biques comme moi.

Quand à cette nouvelle collection que je découvre avec DanMachi, elle est pas mal, les tomes plus petits se glissent facilement dans un sac. Plus grand qu’un format poche, il a une jolie couverture coloré et beaucoup d’illustrations (couleurs au début et à la fin, noir et blanc à l’intérieur), les rabats de la jaquette font un excellent marque page. Bref une jolie édition.

Je ne vous ai rien dit sur les illustrations de Suzuhito Yasuda. C’est parce que elle sont à l’instar du contenu du livre : je ne suis de toute évidence pas la cible 😀

Avez-vous lu ce roman ? qu’en avez-vous pensé ?

Envie d’aller voir de plus près ? Rendez-vous sur le site de l’éditeur. Vous pouvez aussi lire un extrait ICI

Le tome 2 est disponible depuis le 15 septembre

Danmachi

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Le sixième dalaï-lama – tome 1

Après la Soupe aux cailloux c’est à une autre nouveauté des éditions Fei de faire la une : Le sixième dalaï-lama de Guo Qiang (scénario) et Zhao Ze (illustrations).

La couverture est magnifique. Le trait de Zhao Ze tendre et délicat donne envie de découvrir cette histoire, surtout qu’il s’agit de la vie du sixième dalaï-lama, Tsangyang Gyatso, ayant réellement existé à la fin du XVII.

L’histoire commence en 1694 à Tawang, au sud du Tibet de l’époque. Lobsang Rinchen vit avec ses parents, paysans-esclaves. Il y mène une vie paisible. Il fait la connaissance de la fille du chef du village, Makye Ame, et de sa servante. Les trois jeunes gens se lient d’amitié et peu à peu les sentiments de Lobsang et Makye évoluent. Pendant ce temps, l’empire de Chine, qui tient le Tibet sous sa coupe, découvre la mort du 5ème Dalaï-lama, celui-ci doit être au plus vite remplacé par sa réincarnation sous peine de voir un conflit armé éclater. C’est ainsi que Depa Sangyé Gyatso, régent du Tibet ayant assuré le pouvoir depuis la mort du dalaï-lama survenue il y a déjà 15 ans, part à sa recherche vers le sud. Il tombe sur Lobsang qu’il identifie comme étant la réincarnation du précédent dalaï-lama. La vie des trois jeunes gens va s’en trouver bouleversée. Mais l’aventure ne fait que commencer, Lobsang ne sait encore rien des épreuves qu’il aura a affronter.

Ce premier tome prends le temps de planter le décor, on voit l’amitié liant Lobsang et Makye naître et évoluer tandis que loin de leur village l’équilibre politique du Tibet s’ébranle. On comprend à travers les différentes planches le système complexe où le pouvoir spirituel et administratif de Lhassa doit composer avec le pouvoir militaire du Khan, roi du Tibet mongol,  et l’influence de l’empire de Chine (pour mieux se repérer une carte est proposé).

C’est un très bon premier tome qui nous permet de découvrir la société de l’époque et de s’attacher aux personnages. C’est une mise en bouche magnifiquement illustrée qui donne envie de connaitre la suite. Alors que l’album se termine avec le départ de Lobsang, on se demande ce qui l’attend a Lhassa. Comment réagira le khan ? Et l’empereur de Chine ?

J’aime les lectures qui joignent l’agréable à l’utile. Avec cette bande dessinée on prend du plaisir, c’est beau et léger. L’histoire de ce premier tome n’est en soi pas particulièrement palpitante mais tout ce qu’elle nous apprend sur le Tibet du XVII siècle est intéressant. Une lecture qui plaira aux jeunes (une histoire d’amour contrarié et des menaces qui pèsent sur le jeune héro) mais aussi aux plus vieux qui pourront en apprendre plus sur la structure politique de l’époque tout en profitant des illustrations de Zhao Ze qui propose de très belle planche et une superbe coloration. De quoi bien commencer votre rentrée 2016 😉

Un mot sur le format : couverture cartonnée, 19 x 27 cm, nous sommes dans un format BD et non manga, ce qui permet de bien profiter des couleurs. J’aime particulièrement les paysages.


Un grand merci aux éditions Fei qui nous ont permis de découvrir ce beau manhua qui a ravis toute la famille. Je le conseille au jeunes et moins jeunes lecteurs intéressés par l’extrême-orient, les aventures épiques et les beau paysages. Je le conseille également aux bibliothèques et CDI pour son caractère instructif.

⇒ sur le site de l’éditeur vous pouvez lire un extrait

Et si vous en avez l’occasion, faites un tour à l’exposition Le sixième Dalaï-lama de Zhao Ze qui se tiendra à la librairie-galerie Fei du 3 novembre au 6 décembre 2016 (1, rue Frédéric Sauton, 75005 Paris). Vernissage en présence de l’auteur le 3 novembre.


lecture 2 sur 6

Le coin des curieux :

Tsangyang Gyatso

Si ce premier tome est très agréable à lire il m’apparaissait évident que Guo Qiang livre une version très romancée de la  vie du 6ème Dalaï-lama. J’ai eu envie d’en savoir plus sur ce personnage historique et je suis allée chercher un livre très intéressant : Histoire des Dalaï-lama Quatorze reflets sur le Lac des Visions de Roland Barraux pour y lire la vraie histoire de Rigdzin Tsangyang Gyatso (1683-1706).

[ne pas lire la suite si vous voulez garder tout le suspens de la série

risque de spoiler]

Sangyé Gyatso est nommé régent du Tibet par le 5ème Dalaï-lama en 1679. A la mort de ce dernier Sangyé Gyatso envoie plusieurs troupes rechercher l’incarnation du dalaï-lama mais garde la mort de ce dernier secrète.

C’est en 1685 que l’un de ces groupes rapporte la naissance surnaturelle d’un enfant dans une famille influente du sud du Tibet, dans le pays de Moeun (actuellement en Inde). L’enfant est alors âgé de 3 ans et après avoir passé avec succès les épreuves d’identification est envoyé avec sa mère dans le plus grand secret dans le monastère de Tsöna où il reste 12 ans. L’éducation religieuse qu’il y reçoit est assez médiocre notamment à cause du grand secret dans laquelle elle doit se faire.

C’est en 1697, alors que le jeune dalaï-lama a 15 ans, que son existence est officiellement révélée et qu’il prononce ses vœux de premier degré (getsul). Il reçoit le nom religieux de Lobsang Rigdzin Tsangyang Gyatso.

Dès son intronisation en tant que 6ème dalaï-lama le jeune Lobsang se désintéresse des enseignements religieux et du pouvoir temporel, leur préférant la poésie et la musique. Ses poèmes sont les plus populaires de l’anthologie tibétaine et il est le premier auteur de poésies amoureuses.

La pluie délave
Les chants d’amour
Ecrit à l’encre noire ;
Mais l’amour dans le cœur
Sans nulle trace d’écriture
Reste à jamais gravé

Plusieurs de ses chants font allusion à une jeune fille de son pays natal, c’est sans doute dans ces chants que Guo Qiang puise l’inspiration pour créer le personnage de Makye Ame.

S’éloignant de plus en plus des enseignements religieux, Lobsang s’adonne à la débauche dans les tavernes de Lhassa où il boit en compagnie de ses amis et rencontre de nombreuses maîtresses

Si la servante vit à jamais
Le flot de vin ne s’épuisera.
La taverne est mon refuge,
Avec du vin je suis content.

Le régent fait pression sur Lobsang pour qu’il  prononce ses vœux définitifs (gelong) mais celui-ci refuse et revient même sur ses premiers vœux, redevenant ainsi un laïc. Malgré la renonciation aux vœux monastiques, Lobsang n’en reste pas moins la réincarnation du dalaï-lama. Il continue de vivre au Potala.

palais du Potala

Le 6ème dalaï-lama se désintéressant du pouvoir politique, c’est toujours Sangyé Gyatso qui dirige le Tibet. Ses manœuvres politiques déplaisent à Lhabsang Khan qui le fait prisonnier puis le fait décapiter en 1706. Après s’être débarrassé du régent le khan cherche à évincer le dalaï-lama. Il tente de le destituer mais sa première tentative échoue. Il réussi à le faire prisonnier pour le conduire en Chine sous ordre de l’empereur de Chine, mais alors qu’il quitte Lhassa escorté par les soldats mongoles, les moines et les laïques qui l’escortent se révoltent et s’enferment dans le monastère. Le monastère est assiégé et Lobsang conscient de l’inégalité du combat décide de se rendre. Cette fois il part vers la Chine sans opposer de résistance et disparaît au bord du lac Gunganor, au sud du Kokonor. Si on ne retrouve plus de traces écrites de lui après le 14 novembre 1706, les légendes prennent le relais. Certains prétendent qu’il aurait succombé à la maladie, d’autres qu’il aurait été assassiné. Enfin d’autres espèrent que sa vie aurait longtemps continuée, qu’après une vie de débauche à Lhassa il se soit racheté en amenant la bonne parole bouddhique en Inde et au Népal et qu’il ne soit mort qu’en 1746.

Lobsang fut le seul dalaï-lama a avoir renoncé aux vœux monastiques et à ne pas recevoir de sépulture. Il a laissé son emprunte dans le cœur des tibétains notamment grâce à sa poésie qui est toujours chanté de nos jours.

Barraux conclue son chapitre sur  Rigdzin Tsangyang Gyatso en rapportant une légende qui dit qu’en quittant sa région natale Lobsang aurait planté 3 santals en disant que le jour où les 3 arbres auraient la même taille il reviendrait dans son pays. En 1959 les habitants de la régions remarquèrent que les 3 arbres avaient la même taille et une forme identique. Les trois arbres prirent feu et peu après les habitants apprirent les troubles qui agitaient le Tibet. Le dalaï-lama revint dans la région en la personne de Tenzin Gyatso, quatorzième dalaï-lama en route pour son exil en Inde.

Bien que la version de Guo Qiang soit beaucoup plus romantique que ce que j’ai pu lire dans Histoire des Dalaï-lama, je suis curieuse de savoir comment l’auteur va mettre en scène la suite de la vie de ce personnage à la fois historique et mythique. Et j’ai hâte de retrouver les somptueux paysages de Zhao Ze.

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La soupe aux cailloux de Fou, Lou et Shou

J’ai enfin trouvé le temps de découvrir avec Mimiko ce nouvel album des éditions Fei (sorti le 19 août).

Comme le précédent album de cette maison d’édition dont je vous ai parlé, Les Raisins sauvages, ce nouveau conte a une très jolie couverture aux couleurs pour le moins lumineuses ! Avec les raisin sauvages nous avions des tons bleus et verts apaisant, ici c’est un jaune intense qui nous réveille. Et réveiller c’est ce que vont faire Fou, Lou et Shou avec le petit village de montagne qu’ils vont visiter.

Peut-être connaissez-vous déjà l’histoire de la soupe aux cailloux ? Il s’agit en effet d’un conte traditionnel européen. Pour ma part, si le titre m’était familier, je n’avais que de très vague souvenir et j’ai été ravie de découvrir cette version de Jon Muth. L’auteur a adapté le conte et le transposant en Chine, où trois moines Zen vont ramener la joie dans un village de montagne. Grâce aux trois moines et leur soupe aux cailloux les villageois retrouveront le bonheur du partage.

Une très belle histoire racontée par de très jolies illustrations. Le texte est court mais il ne manque pas de poésie. Il se lit facilement à haute voix (j’ai presque pas cafouillé ce qui pour moi est un exploit ^^’). C’est beau et plein d’humour.

Mimiko a beaucoup aimé les trois moines. Et a écouté attentivement les explications qui, à la fin de l’histoire, viennent donner quelques clés de lecture supplémentaires. On y apprend que les noms des moines sont ceux de 3 divinités chinoises, ce que signifient les 3 cailloux empilés où encore la raison du choix de la couleur jaune. Des informations qui donnent envie de relire l’album en regardant de près les détails qui se glissent ça et là dans les dessins.

Les illustrations, des aquarelles très douces et chaleureuses, nous ont séduites toute les deux. Mimiko en a choisi quelques unes pour vous (il s’en ai fallu de peu qu’elle ne me fasse photographier l’album en entier 😀 ) :

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Retrouvez la soupe aux cailloux sur le site de l’éditeur et découvrez-y un extrait de l’album.

Jon Muth est un auteur/illustrateur américain spécialisé dans le livre pour enfants depuis 1999. On lui doit également Petits contes Zen et  Nouveaux contes Zen que je vous laisse découvrir chez mon amie Blandine (en lisant cet album j’ai tout de suite pensée à elle et je ne me suis pas trompée puisque elle avait déjà chroniqué une précédente édition)


Un grand merci aux éditions Fei qui nous ont fait découvrir ce joli livre qui aura su séduire la mère comme la fille. Je le conseille à tous les amateurs de contes, d’ambiance zen ou tout simplement de jolis albums illustrés.


lecture 15 sur 20
lecture 1 sur 6

 

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Le voleur d’estampes

ImageSi vous fréquentez ce blog vous l’aurez sans doute remarqué, j’ai un faible pour la culture japonais, le manga et l’ukiyo-e. Quand on m’a proposé Le voleur d’estampes de Camille Moulin-Dupré j’ai sauté sur l’occasion avec beaucoup d’enthousiasme. Ce titre réunissais à lui seul plusieurs de mes centres d’intérêt. Il ne pouvait que me plaire ! Et je n’ai pas été déçue : mon premier coup de cœur bd/manga de l’année ! Merci aux édition Glénat de m’avoir fait découvrir ce titre.

Mais alors pourquoi avoir mis autant de temps à publier mon avis ? C’est simple, quand j’aime beaucoup un livre j’éprouve toujours des difficultés à en parler. Je ne veux pas me montrer trop enthousiaste de peur de fausser les avis de ceux qui liraient ma chronique avant le livre (moi j’ai tendance à être extrêmement critique vis à vis des livres ayant reçu de trop bonne critiques, mon esprit de contradiction sans doute).

Le voleur d’estampes est une courte série terminé en deux tomes dont le premier volet est paru en janvier dernier chez Glénat Manga dans sa collection seinen (la date de sortie du deuxième tome n’est pas encore annoncé). Pourtant son auteur, Camille Moulin Dupré est français. On pourrais donc classer cet ouvrage dans le global manga, ces bandes dessinées type manga produite hors Japon. Cependant le voleur d’estampes est si original dans sa forme que cette classification pourrait être assez réductrice. En effet, graphiquement, le voleur d’estampe ne ressemble pas du tout à un manga. Encore moins à une BD franco-belge. L’inspiration vient du monde de l’ukiyo-e, images du monde flottant, les estampes japonaises. Et oui, ce livre ressemble à un recueils d’estampes qui prendrais vie pour nous raconter une histoire romantico-fantastique dans le Japon de la fin de l’ère Edo (XIX siècle). On pense notamment aux livres illustrés de cette époque qui avait un grand succès et que l’on cite souvent comme l’un des ancêtres du manga moderne (Hokusai a illustré de nombreux ouvrages, mais ça c’est une autre histoire).

Kinkin Sensei Eiga no Yume Painted by Koikawa Harumachi 1775

C’est précisément ce graphisme très original qui m’a séduite. Mais le voleur d’estampes n’est pas qu’un exercice de style graphique. Il nous raconte aussi une histoire :

Nous sommes au Japon, l’ère Edo touche à sa fin. Le monde politique japonais est en crise. Alors qu’un général écarté du pouvoir revient en province avec sa fille, jeune aristocrate opiomane que tout ennuie, pour rasseoir son pouvoir sur ses terres avant de repartir à la conquête de la capitale, il se retrouve confronté à un voleur espiègle qui se moque de lui et de son armé dérobant des objets d’art dans les belles demeures des quartiers aisés. Le voleur qui n’était qu’un petit problème, devient le centre d’intérêt du général qui voit dans ses vols un insulte personnelle. Sa fille en revanche y voit une distraction et éprouve tout de suite une attirance pour ce voleur énigmatique. Mais qui est-il ? C’est un jeune homme qui ne se résout pas à quitter cette ville qui ne lui offre pas beaucoup d’opportunités, qui travaille le jour dans le restaurant de son père et qui la nuit devient un fantôme que personne n’arrête, lui aussi pour tromper l’ennui, car ce n’est pas la richesse qui l’intéresse, mais le plaisir de voler sans se faire prendre.

Le voleur d'estampes - détail
Le voleur d’estampes – détail

Deux jeunes gens qui s’ennuient et qui refusent ce que le destin leur réserve, un monde en crise qui perd ses repères… sous l’habit d’une lointaine époque c’est finalement une histoire très moderne que nous raconte Camille Moulin-Dupré. Une histoire intemporelle. Un classique aussi avec la rencontre de deux jeunes gens qui appartiennent à deux classes sociales que tout oppose mais qui pourtant partage de points communs à commencer par le fait de ne pas accepter leur réalité.

Manga de Hokusai – détail du tome 6

L’histoire à ce quelque chose de classique qui fait qu’elle ne surprend pas. Mais pour moi l’intérêt de ce titre ne réside pas tant dans ce qu’il raconte mais dans la forme que prend le récit. Le parti pris de dessiner comme sur une estampe est très surprenant, original et, je trouve, très bien réussi. On reconnait certaines estampes (ou morceaux d’estampes), on y retrouve toute l’ambiance qui se dégage des images du monde flottant et je me suis plu à scruter les détails des planches, la façon dont le poisson est posé sur l’étalage, comment les figurants sont disposé dans le décor, comment le décor est mis en scène, la perspective, cet oiseau dans cette position, un peigne, un poulpe… j’ai regardé chaque planche comme j’aurais regardé un recueil d’estampe prêtant presque plus d’attention aux détails qu’à l’histoire elle même qui dans ma lecture servait plus de liant que d’ingrédient principal. J’ai aimé retrouver quelques références, me dire « ah ça me rappelle telle estampe ». Malheureusement ma connaissance de l’estampe japonaise est insuffisant pour que ces références soit claires et transparentes à mes yeux mais il y avait un quelques chose de déjà vu très agréable, comme un jeu de piste.

Le voleur d'estampes - détail
Le voleur d’estampes – détail
Femme se poudrant le cou, Kitagawa UTAMARO (1753-1806)

En dehors de ce soucis du détails rappelant l’ambiance de l’ukiyo-e, l’ensemble est harmonieux et fonctionne assez bien avec un découpage des pages très varié allant de la double page silencieuse à la multiplications de cases disposées en spirale tel un jeu de l’oie. Cela donne un rythme très particulier au récit, parfois très lent, dans la contemplation, puis rapide et saccadé.

Le voleur d'estampe - ce détail occupe une page entière
Le voleur d’estampe – ce détail occupe une page entière
Small Bird on a Branch of Kaidozakura – Hiroshige – 1844

Une touche fantastique s’invite dans le récit faisant appel à la figure mythique du tengu. Est-ce du fantastique ou du fantasme ? Est-ce que le voleur cache quelques chose de mystérieux ou est-ce l’abus d’opium qui fait faire de drôles de rêves à la jeune femme ? Un doute persiste ce qui rajoute au côté mystérieux de l’intrusion du tengu.

Armor with the features of a tengu (tengu tōsei gusoku) Late Edo period, 1854
Le voleur d’estampes – quatrième de couverture

Un premier tome réussi, à mon humble avis. J’ai pris beaucoup de plaisir à le lire. J’ai trouvé ça original et rafraîchissant. Très poétique. Ça change. Sans être passionnant par l’intrigue, il sort son épingle du jeu par une approche graphique peu ordinaire, à la fois plaisant (je trouve le dessin très joli, même s’il peut paraître peu expressif pour un manga) et instructive (faire découvrir l’ukiyo-e). Si l’amateur d’estampe y trouvera un clin d’œil sympa, celui qui ne s’est pas encore intéressé à cette forme d’art japonaise aura peut-être envie d’aller voir dans quel univers Camille Moulin-Dupré trouve son inspiration. Quand à moi, j’ai hâte de découvrir le deuxième et dernier tome.

Girl jumps form Kiyomizu-dera – Suzuki Harunobu (1750)
Le voleur d'estampes - détail
Le voleur d’estampes – détail

J’espère vous avoir donné envie de découvrir cet étonnant global manga. En tout cas je le conseille vivement à tous les amateurs d’estampes.

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Pour en savoir plus :

Camille Moulin-Dupré

Le voleur d’estampe est son premier livre. Avant il a travaillé dans l’animation et le jeu vidéo. Son court métrage Allons-y Alonzo réalisé en 2009 en hommage à Belmondo  a été sélectionné dans plusieurs festivals.

⇒ à lire : rencontre avec Camille Moulin-Dupré sur Animeland

⇒ son blog, sur twitter, sur facebook, sur vimeo

Le voleur et l’estampe from Camille Moulin-Dupré on Vimeo.

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