L’édition généraliste dans la 1° partie du XX° siècle : Bernard Grasset, grand concurrent de Gallimard ~by Yomu-chan

Bonjour bonjour,

alors voici le deuxième article de cette série destinée à l’édition française du XX° siècle, il sera consacré à Bernard Grasset.  Vous pouvez retrouver l’article sur Gallimard : ici !


Bernard Grasset fut le grand concurrent de Gallimard, de tout temps il a essayé de faire barrage à la NRF sans jamais y parvenir vraiment. Il sera resté dans l’histoire du livre pour sa grande inventivité commerciale. Si il a en commun avec Gaston Gallimard d’être issu de la bourgeoisie de province et d’avoir un don naturel pour dénicher de très bon texte, tout le reste les opposent : Bernard Grasset était un personnage « tout feu, tout flamme », réputé pour être quelque peu bipolaire, souffrant de grandes dépressions mais aussi de grands moment d’euphorie. Malgré cela, les deux hommes se respectaient beaucoup et durant l’entre-deux guerre il leur arrivait souvent de déjeuner ensemble. Les auteurs publiés par Grasset étaient soit ceux qui n’avaient su trouver grâce chez Gallimard, soit ceux qu’il avait lui même révélé avant de se les faire « piquer » par son concurrent, ils n’ont eu de cesse de se voler mutuellement leurs auteurs.

Bernard Grasset

A- Début de carrière

1.Ses débuts

Originaire de Montpellier, Bernard Grasset monte à Paris après des études de Droit. Il souhaite réussir dans les lettres. Il créer sa maison d’édition en 1907.  Il mène une vie de Bohème, qui l’amènera à faire la rencontre de nombreux artiste. Et notamment de Henry Rigal, qui toutes les peines du monde à faire publier son livre : Mounette.

2. 1° publications

C’est donc Mounette qui sera le premier livre édité par la maison d’édition de Bernard Grasset. Mais cela se fera à compte d’auteur (c’est à dire que c’est l’auteur qui lève les fonds pour assurer les coûts de la publication). Ce sera un peu la spécialité de Bernard Grasset que de publié à compte d’auteur.

Il cherche ensuite à lever de l’argent pour avoir les moyens de porter plusieurs auteurs. Et petit à petit arrive dans sa maison André Malraux, Giraudoux, Mauriac,etc.

Il connaît son premier succès en 1910. Et décroche un prix Goncourt avant même Gallimard en 1910-1911 avec Chateaubriand. C’est ce prix qui fait comprendre à Grasset que ce qui compte c’est de créer un écho journaliste autour du texte, afin de faire parler du livre pour que celui-ci se vende.

3.Vie de salon & Marcel Proust

Prenant soin de se montrer afin de se créer un important réseau Bernard Grasset fréquente beaucoup de salons littéraires. C’est dans l’un d’eux qu’il fera la rencontre de Marcel Proust. Ce dernier vient d’écrire le premier volume de A la recherche du temps perdu et a envoyé son manuscrit au comptoir d’édition de la NRF mais André Gide l’a refusé (effectivement Proust était malade et confiait la rédaction de ses manuscrit à son aide de chambre mais qui faisait beaucoup de fautes. Le manuscrit était donc assez illisible et Gide n’a pas su y voir la beauté géniale qu’on lui connaîtra).  Intrigué par cet homme Bernard Grasset lui propose de publié son livre à compte d’auteur.  Et il a eu raison car se fut un énorme succès ! Après ça la maison Gallimard se mord les doigts d’avoir refusé le texte.

Marcel Proust

B- Après la première Guerre Mondiale

1.Une maison d’édition en sommeil mais qui a acquis de nouvelles techniques

Durant la première Guerre Mondiale il a été enrôlé (contrairement à Gallimard) et a de ce fait perdu Proust qui s’est laissé charmer par les excuses de son concurrent pour le récupérer. C’est un coup dur pour Grasset.

Mais dès son retour de la Guerre il relance sa maison en lançant le 1° Best Seller d’après-guerre avec Maria Chapdelaine roman de Louis Hémon.

2. Travail de promotion des livres & importance de cerner le public visé

Grasset se révèle un véritable stratège de la guerre éditoriale. Afin de faire parler de son livre il en envoie des exemplaire gratuit à des personnes qu’il a identifié comme pouvant faire la promotion de son livre.  Il utilise aussi des technique de bluff, et d’exagération dans ses publicités pour exalter la foule : ses lancements coûtent des fortunes. Mais ça marche.

Les années 20 sont l’apogée de Bernard Grasset. Il sait faire événement et lancer des auteurs à succès. Il est le premier à se lancer corps et âme dans la communication.  Il arrive à maintenir perpétuellement une sorte d‘écho médiatique autour de sa maison d’édition.

Il nous faut parler de l’énorme succès de Le diable au corps de Raymon Radiguet qui fait l’objet d’un lancement extrêmement audacieux. L’auteur est à l’époque très jeune et Grasset utilise le fait qu’il ne soit pas encore majeur comme un excellent argument de vente. Mais ce fait est quelque peu rabaissé par la critique littéraire qui juge que c’est un argument racoleur et qui manque d’intérêt littéraire. Cependant un scandale autour du jeune homme se créer puisqu’on lui prête une relation amoureuse avec Jean Cocteau. Et si Grasset apprécie que l’on parle de son auteur il ne veut pas que le livre soit un succès uniquement grâce au scandale des potins. Ainsi il lance la première publicité au cinéma de l’histoire du livre !  Il se met en scène avec son auteur. Et ce sera une réussite. Le livre est un succès de librairie.

Après ces réussites Grasset se lance dans une carrière de moraliste et publie des articles dans plusieurs journaux et revues. Il est devenue une figure importante parmi les intellectuels français et n’a pas de mal à imposer ses traits d’esprit.

Raymond Radiguet

3. 1930 défense des éditeurs & combat pour la propagation de la lecture

Le problème de Grasset c’est qu’il se prend à son propre jeu et il va intervenir de plus en plus souvent dans les années 30.

La maison d’édition vit une période difficile entre 1929 et 1935 : la famille de Grasset tente de s’emparer de la maison, sous prétexte qu’il n’est plus capable de la gérer (il a la santé fragile et doit se faire soigner en clinique). Finalement même si la maison a perdue de sa superbe il récupère son pouvoir en 1935 et tente de relancer la maison.

Il s’engage dans un combat pour la défense des éditeurs.  En effet le gouvernement est en train de lancer un projet pour raccourcir les droits d’auteurs post mortem. Selon lui c’est un scandale qui signerait la fin des maisons d’édition, car cela les pousserait à la faillite et les rendrait frileuse à miser sur de jeunes auteurs. Finalement ce projet est abandonné en 1938 (car la France à d’autres problèmes un peu plus important à ce moment là). Mais Grasset le prend comme une victoire personnelle et n’a de cesse de se positionner comme un réformiste de l’édition.

C- Deuxième Guerre Mondiale & Occupation allemande

1. Se range du côté de l’occupation

Grasset est très nationaliste, et s’il est choqué par la défaite de la France il se range tout de même du côté du Maréchal Pétain q’il considère comme capable de « redresser la France ». Il n’est pas pro-nazi mais selon lui une victoire allemande est plus profitable qu’une victoire anglaise. Et il va publier des textes dans la même veine que ses idées. Il porte la faute sur les français et la décadence des partis politique (il pense notamment au PCF), indirectement c’est une littérature à démoraliser les français. C’est une littérature de la collaboration.  Il va se mobiliser de manière assez imprudente pour faire valoir son point de vue (il s’affiche notamment dans des interview).

Il fait partie des éditeurs qui collabore pour continuer de travailler et de publier. Il sera nommé Responsable du livre par le régime de Vichy (une responsabilité quasi ministérielle). Et comme les ventes de livres sont plutôt tonique durant l’occupation (les gens ont besoin de se divertir) Grasset y voit un moment opportun pour améliorer le système.

2.Problème à la libération

Comme on peut s’y attendre, Grasset est l’un des premiers à devoir rendre des comptes à la libération. Il est emprisonné en 1944. Et pendant se temps il y a toute une campagne d’accusation qui se fait dans les médias, on publie des lettres affligeantes qu’il a envoyé à des hauts dirigeants du régime de Vichy.  Mais Grasset ne sait pas comment se défendre puisqu’il est persuadé d’avoir été de bonne foi et d’avoir choisit une voie favorable à la France.

3.Maison « sauvée », mais les auteurs la désertent

Finalement comme la maison n’a pas publié de texte pro-allemand elle a le droit d’être relancée à la fin des années 40. Mais Bernard Grasset reste poursuivit à titre personnel et souffre d’une très mauvaise réputation d’éditeur. Les auteurs quitte la maison. Dans les années 50 il perd un procès contre Montherlant qui veut briser son contrat.  Il va aller vendre sa maison d’édition à Hachette en 1954. Il meurt en 1955 et c’est son neveu Bernard Privat qui va tenter de relancer la maison sous l’hégémonie d’Hachette.

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