L’édition généraliste dans la 1° partie du XX°siècle : Un siècle Gallimard ~ by Yomu-chan

Bonjour bonjour,

Je vais tenter durant les prochains jours de vous délivrer une série d’articles visant à décrire un peu le paysage éditorial français du XX° siècle. L’idée c’est de partager avec vous tout en révisant 😉 Ce sera donc un mixe entre la fiche de révision et l’article de blog. Le contenu sera forcément un peu synthétique, parce qu’il y a beaucoup de choses à dire et que je ne cherche pas ici à écrire une thèse sur le sujet; en revanche toute correction ou complément de votre part sera le bienvenu !!

Je vais peu-être commencer par une rapide introduction pour brosser un léger portrait de ce qu’est l’édition au cours de ce XX° siècle.

On voit dès 1890 l’arrivée d’un nouveau mouvement éditorial, il s’agit de plus en plus de démarches commerciales avec la domination de nouvelles marques. S’impose un « un savoir vendre » au détriment d’un « savoir éditer ». On voit en effet le développement de nouvelles techniques commerciales, notamment avec l’utilisation de la publicité, l’explosion de la presse littéraire,etc. C’est une période où l’écho dans la presse autour des livres s’est retrouvé multiplié, la littérature est présente partout. C’est la fin d’une  forme d’édition classique. On distingue à présent deux pôle dans l’édition :

  • Pôle généraliste : ouvert, commercial et vendeur (parfois qualifié de « racoleur ») =  littérature commerciale
  • Pôle plus lié à la littérature d’un milieu raffiné : une littérature de plus en plus hermétique, un peu « chic », souvent très onéreuse.

A cette époque se développe aussi le succès des publications à compte d’auteur : il s’agit d’une maison d’édition qui prête ses moyens techniques pour imprimer et distribuer un livres mais dont l’auteur lève les fonds. Ainsi la charge financière dépend de l’auteur et la maison d’édition ne se met pas en danger.

C’est une époque où les éditeurs sont des personnalités publiques puissante, et parfois très riche et qui cherchent à le montrer, notamment en s’installant dans des hôtels particulier comme ce fut le cas de Calman Levy. C’est un moyen d’afficher sa « solidité » aux auteurs et les inciter à confier leurs textes.


Un siècle Gallimard :

Nous connaissons tous la maison d’édition Gallimard qui encore aujourd’hui fait figure de prestige parmi le paysage éditorial français. Même si elle est devenue une maison d’édition généraliste elle reste tout de même une référence en terme de littérature française.  Elle a été au début conçue par André Gide, un auteur renommé qui force le respect. De plus un grand nombre d’auteurs représentatif de la culture française du XX° siècle sont passé par Gallimard : Simone de Beauvoir, Camus, Le Clézio, Proust, Aragon, Jean Paul Sartre, André Malraux, Saint Exupery,etc.

André Gide

A. Ses débuts

1.La NRF (Nouvelle Revue Française)

Il nous faut parler de la Nouvelle Revue Française, créée en 1909, par un coalition d’écrivains regroupés autour d’André Gide. Ce sont des gens qui défendent une idée ambitieuse de la littérature, pour eux elle doit être libre. Ils manifestent un rejet du roman bourgeois (ils exècrent Zola par exemple), mais développe un amour pour la poésie (qui selon eux serait la forme la plus noble de l’écriture, la plus libre). C’est une période de foisonnement des revues littéraires mais la NRF se démarque par son côté très pointilleux, élitiste et est réputée pour la qualité de ses critiques de la production courante.

2.Le comptoir d’édition

Suite au succès de la revue, André Gide décide de prolonger l’activité avec la création d’un comptoir d’édition en 1911. Il cherche quelqu’un pour s’occuper de cette tache, mais il veut une personne qui partage leur vision de la littérature comme une vraie oeuvre d’art libérée de tout enjeu financier. Ainsi son choix s’arrête sur le jeune Gaston Gallimard, un mondain, célèbre collectionneur, un rentier plutôt riche et qui donc ne cherchera pas à gagner de l’argent avec cette activité, et qui partage les principes de Gide sur la littérature.   C’est ainsi que les textes parus dans la revue sont ensuite édités avec le comptoir. Il s’agit de publications de prestige.

Gallimard montre très vite de grandes aptitude à la gestion de l’entreprise. Mais il reste une sorte d’homme de main pour André Gide et ses compagnons. Jusqu’en 1914 la maison prend de l’ampleur mais reste modeste. Se contente de publier quelques beaux livres, raffinés.

B. 1° Guerre Mondiale & changement de direction

1.Première Guerre Mondiale

Gallimard n’est pas envoyé au front pendant la guerre mais la maison est en sommeil, tout est désorganisé, elle souffre de la censure.

A partir de 1918 elle se relance, mais souffre de la concurrence des autres maisons d’édition et il lui faut grossir et devenir plus commerciale pour survivre.

2. Redistribution des rôles

Gallimard ne veut plus être qu’un simple gestionnaire et cherche à faire partager sa vison d’avenir pour la maison d’édition. Cependant il se heurte à André Gide qui se refuse à devenir une maison commerciale car cela est pour lui synonyme d’une littérature corrompue. Finalement Gallimard rachète des parts de l’entreprise et en prend le contrôle. La maison d’édition devient alors La librairie Gallimard en 1918; même si elle reste liée à la NRF.

Gaston Gallimard

3. Développement dans les années 20

Afin de se démarquer des autres maisons d’éditions qui prennent aussi de l’ampleur, Gallimard doit savoir se montrer ambitieux. Ainsi il commence la promotion de la littérature par la publicité pour faire parler de ses livre. Il faut aussi attirer des auteurs « commerciaux ». Il entreprend la publication d’un magazine : Détective. Et il met en place un comité de lecture, il s’agit de confier la lecture des manuscrits à des auteurs réputés qui se posent donc comme des ambassadeurs de la maison Gallimard.

4. Se lier avec Hachette

En 1932 Gallimard confie à Hachette la diffusion et la distribution de ses publications. Cela va couvrir 75% de la production de Gallimard.

C. 2° Guerre Mondiale & Occupation

1.Liste Otto

Les allemands cherchent à prendre le contrôle de tout les domaines clef, notamment de la culture. La liste Otto est une liste d’ouvrages interdit (textes d’auteurs juifs et anglo-saxon, textes idéologiques et communiste, etc.) et beaucoup des titres de cette liste sont des textes de chez Gallimard. C’est la maison d’édition la plus touchée.

2. Céder du terrain aux allemands pour ouvrir à nouveau

Gallimard se voit obligé de céder la gestion de la maison d’édition à Drieux La Rochelle, un auteur fasciste notoire qui sympathise avec le régime nazi. C’est la condition imposée pour que la maison continue de fonctionner. Ainsi la NRF devient la seule revue autorisée par les allemands, et devient une fenêtre pour diffuser leurs idées.

Gaston Gallimard

D. A la Libération et par la suite

1. Accusation de collaboration

Comme la NRF a été à la disposition des allemands durant l’occupation Gallimard va devoir rendre des comptes et se prononcer sur sa relation avec le régime nazi. Il entreprend donc de monter un dossier pour prouver son innocence, il demande à ses auteurs de témoigner en sa faveur, et ça tombe bien parce qu’il a publié des auteurs résistants comme Camus ou Duras. Il est finalement blanchi en 1948.

2. Se reconstruire

Avec le désordre de la guerre, beaucoup d’auteurs ont fuis dans le sud de la France ou à l’étranger et il faut les regrouper, mais aussi ré-imprimer les livres alors que le papier est devenu très cher depuis la guerre. C’est à se moment qu’il publie Simone de Beauvoir et Sartre.  Il doit aussi faire face à la concurrence qui a profité des accusations pour se développer à ses dépends.

Il se relance bien en récupérant les droits d’auteur du Petit Prince !

Il y a toujours un manque de papier qui oblige à vendre les livres plus cher, mais finalement les ventes vont bon train et La librairie Gallimard reprend du poil de la bête.  Elle en profite pour lancer la collection Série noire.

3.La rupture avec Hachette

Gallimard vient à se méfier d’Hachette qui après la 2° Guerre Mondiale s’est engagé dans une spirale de rachat de maisons d’édition. C’est une menace pour Gallimard, leurs intérêts ne sont plus liés, ils sont concurrents et rivaux. Le contrat est rompu à la fin des années 60 et Gallimard monte son propre réseau de diffusion et de distribution. Mais suite à ça il se retrouve très endetté, c’est un moment de grosse crise économique.

4. Développement du pôle jeunesse

Après les années 70, Gallimard confie à Pierre Marchand le soin de développer un secteur jeunesse. Ce dernier va révolutionner le monde de la littérature jeunesse, en proposant une production autre que des histoires moralisantes. C’est un succès qui le sort de la quasi-faillite. Ainsi Gallimard devient une grande maison d’édition dans les années 80.

1976

Conclusion

La maison d’édition Gallimard est une entreprise singulière qui a su rester indépendante sans renier son identité d’origine en terme d’excellence littéraire. Mais qui a su être une maison débrouillarde, active et inventive. Et si elle a eu du mal à assumer de publier des livres grand public elle a su racheter de petites maison d’édition (notamment Flammarion) qui s’en sont chargées.

 

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3 réflexions au sujet de « L’édition généraliste dans la 1° partie du XX°siècle : Un siècle Gallimard ~ by Yomu-chan »

  1. très intéressant. Merci. Hâte de lire les prochains articles.
    Si tu t’intéresse aux maison d’édition je te conseille la bd L’Attrape-Livre (j’ai publié un article il y a longtemps) sur Robert Laffont.

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