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Massacre au pont de Nogunri – Park Kun-woong

Voilà un manhwa qui ne me laisse pas indemne. Tant et si bien que je ne trouve même pas mes mots pour vous en parler. Cela fait 4 fois que je recommence ma phrase. Massacre au pont Nogunri est magnifique, voilà un ouvrage qui n’a pas été facile à dénicher mais que je suis vraiment heureuse d’avoir découvert. Enfin, heureuse n’est pas le terme approprié car du bonheur ce manhwa ne vous en apportera point ! Magnifique ne convient guère non plus.

Si le dessin est saisissant et la narration parfaitement maîtrisé, cet imposant album (611 pages!) marque surtout pas son sujet : le massacre du pont Nogunri, un horrible épisode de la guerre de Corée.

Le récit commence le 25 juin 1950. Deux jeunes enfants jouent sur le bord d’un ruisseau inconscient de ce qui se trame : l’armée nord coréenne va envahir le sud. Alors que la radio scande des propos rassurant, la nuit du 28 juin la famille de Chung Eun-Yong est réveillée par des bombardement. Le lendemain matin les rues sont noires de monde : des réfugiés qui fuient les hostilités pour trouver refuge au sud. Chung Eun-yong ancien policier et étudiant en droit va quitter sa ville avec sa femme et ses deux enfants de 4 et 2 ans pour rejoindre son village natal à la campagne.

Là, près de ses vieux parents, il se sent en sécurité, mais cela ne vas pas durer longtemps, les nord-coréens avances rapidement et l’armée sud-coréenne est incapable de stopper leur avancées. En voyant l’arrivée de la puissante armée américaines les villageois retrouvent espoir, l’armée la plus puissante du monde va les protéger. Du moins c’est ce qu’ils croient. Car l’armée américaine reste impuissante face à l’avancée des nord-coréens et très vite on leur demande d’évacuer le village. Un nouvel exode commence, plus long, plus pénible. Pendant un temps les habitants du village vont trouver refuge dans les montagnes mais là encore il ne sont pas en sécurité. On conseille aux homme, surtout ceux ayant travaillé comme policier de se réfugier avant l’arrivée des nord-coréens c’est ainsi que Eun-yong quitte à contrecœur sa famille, qui a cause du bas âge des enfants ne peut pas le suivre. Il va chercher à attendre la ville de Daegu où il se réfugie avec son frère. Le 17 août il apprends que sa femme blessé est à l’hôpital de Busan. Il décide de s’y rendre.

Dans toute cette première partie on suit l’exode de Eun-yong, d’abord avec sa famille, puis seul. Il est le narrateur et nous raconte son expérience, son ressenti, ses peurs, ses doutes. Arrivé à Busan, il retrouve sa femme, seule.

-Les enfants… où sont les enfants ? …où sont les enfaaaant?

Elle pleurait toutes les larmes de son maigre corps en criant… Ses épaules tremblaient… J’eus soudain cette certitude… « ils sont mort ! »… Une profonde tristesse envahit mon être… A présent s’en est fini de notre bonheur, fini…

Après les retrouvaille avec sa femme commence le récit du massacre qui donne son nom à l’album. Si cette première partie n’est pas facile, ce qui nous attends dans les pages suivantes est insoutenable.

Dans la première partie Eun-yong parle à la première personne et nous livres ses sentiments, cette deuxième partie prend un ton plus impersonnel, une voie-off nous contes les fait comme dans un reportage, entrecoupé de témoignages de quelques rares survivants.

Le 25 juillet, le campement où se trouve la famille d’Eun-yong se retrouve aux milieu d’un chant de bataille. Il faut repartir, aller plus au sud. Des soldats américains encadre ce nouveau convoi de réfugiés principalement composé de femmes, enfants et vieillards. Les soldats les obligent à tenir un rythme de marche soutenu, nombreux sont ceux qui ont du mal à suivre.

Le 26 juillet on oblige les réfugiés à se rassembler sur le chemin de fer. Là l’aviation américaine les bombarde à plusieurs reprises puis les survivant sont forcé de se rassembler sous le pont de Nogunri. Dans ce tunnel à la chaleur étouffante ils seront persécutés par les tirs incessants des mitraillettes américaines. Au moindre mouvent les balles ricochent dans le tunnel. Ce n’est qu’au bout de trois jours que l’armée nord-coréenne arrive pour constater le massacre et sauver les survivants. Seulement 25 personnes sur les quelques 600 réfugiés du convois. Trois jours de cauchemar qui nous sont raconté dans les moindres détails sordides. Rien n’est épargné au lecteur, devenu spectateur impuissant de l’horreur humaine. Comment croire à la bonté de l’homme après avoir lu pareille récit ?

Une lecture bouleversante qui se conclue sur une note d’espoir avec la fin des hostilité en 1953. Un espoir qui ne fera pas oublier les horreurs qui nous ont été montré. La véridicité des faits contés rendent ce récit d’autant plus insupportable. Ce massacre a bel et bien eu lieu !

Sur le rabat de la couverture de l’édition française (Vertige Graphic) on peut lire  « Chung Eun-yong est l’auteur du roman sur lequel est basée cette bande dessinée ». Mais ce qu’il nous dit pas c’est que c’est un roman autobiographique. De ce roman publié en 1994 en Corée je n’ai trouvé que le titre anglais : Do you know our angry ? Après la guerre Chung Eun-yong rejoint un groupe de survivant du massacre et se bat pour faire reconnaître les fait à l’armée américaine. Il a fait de nombreuses recherches sur ces événements. On estime le nombre de victimes à 100 lors des attaques aérienne et 300 dans le tunnel.

Pont de No Gun Ri
Chung Eun-yong en 2000 à Washington – Heesoon Yim/Associated Press

Que dire de plus ? Je pourrais parler du dessin de Park Kun-woong que j’ai trouvé très beau, à la fois stylisé et très expressif. J’ai été surtout impressionné par sa mise en scène et le jeu de nuances de noir des arrières plan apportant une intensité particulières et contrastant avec les visages qui eux sont très simples.

Massacre au pont de Nogunri est un très beau livre qui ne laissera personne indifférent. âmes trop sensibles s’abstenir. Moi j’ai trouvé cette lecture touchante, mais aussi très intéressant à plusieurs point de vue. Tout d’abord parce qu’il nous en apprends plus sur la guerre de Corée et sur la façon dont cette guerre est vécue par la population civile. Puis parce que ce récit sur l’exode de population civiles fuyant des zones de combat avec toutes les difficultés que cela représente fait malheureusement écho à l’actualité. Non loin de chez nous des civils tentes de fuir la guerre et leur prise en charge problématique fait la une de tous les journaux. Ce livre à de quoi faire réfléchir ceux qui voient d’un mauvais œil les réfugiés.

Ce livre nous fait aussi prendre conscience de la chance que l’on a. Bien sûr cette chance ne veut pas dire qu’il faille se contenter de ce qu’on a sans chercher à obtenir mieux. Mais il est important je pense de relativiser nos problèmes quotidiens et de se rendre compte de la chance que nous avons d’être né dans un pays en paix.

Au delà de cette prise de conscience un peu naïvecet album (comme un autre manhwa dont je vous parlerais bientôt : Femmes de réconfort) m’ont marqué par la vision pessimiste et négative de l’humanité. Non pas tellement que le propos de ces deux titres soit de nous dire que l’homme est mauvais, mais plutôt qu’en voyant les horreur dont il est capable moi je n’arrive pas à croire en sa bonté. Pour moi c’est la bonté qui fait office d’exception. Ce genre d’épisode dramatiques de l’histoire révèlent la nature profonde de l’être humain. Voilà pourquoi après avoir lu ce genre de livre je me dit qu’il ne faudrait pas que j’en lise. Moi qui suis d’un naturel déjà pessimiste, je perd tout espoir en un avenir meilleur.

Bon maintenant que je suis bien déprimé, je vais vous donner quelques liens et après je me fait une cure de shôjo à l’eau de rose en dévorant 4 plaquettes de chocolat.

Sur wikipedia (anglais) : Chung Eun-yong et No Gun Ri Massacre

Massacre au pont Nogunri (le manhwa) sur Vent d’Est, bar à bd, Le Grenier à Livres

A lire aussi Zoom sur un auteur coréen hors norme : Kun-woong Park

Pour mes amis italiens, sachez qu’il est également disponible chez vous chez Coconino Press

J’ai également trouvé en faisant des recherches un film coréen, A little Pond de Jakeun yeonmot. Je ne l’ai pas encore vu et je ne sais pas si j’ai le cœur à regarder.

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