Et le Manhwa, alors ?

Après avoir parlé du Manga il y a quelques temps (voire Le Manga), j’avais envie d’en savoir un peu plus sur d’autres bandes-dessinées asiatiques. Je vais ici faire une modeste incursion dans l’univers du Manhwa, bande-dessinée coréenne.
Commençons par le mot lui même. Manhwa(만화) signifie simplement bande-dessinée en Coréen, tout comme le mot manga désigne la bande-dessinée en général en Japonais. A l’étranger, ces termes sont utilisés pour désigner respectivement la bande-dessinée coréenne et japonaise. Comme pour la BD franco-belge et le manga, on retrouve dans le manhwa, des genres très variés.

Un peu d’histoire, pour commencer :

Tout comme le manga japonais, le manhwa coréen né d’une fusion entre les racines de l’art traditionnel tel que les gravures, récits bouddhiques illustrés, peintures ou encore récit épiques et spectacles de rue, et les caricatures et comics occidentaux.
Le premier journal est publié en 1883. Dans les journaux, des nombreuses illustrations accompagnent l’actualité, y sont publié également les caricatures à l’occidentale. En 1909 pour la première fois sont publiées les caricatures d’un auteur coréen, Lee Do-Yeong dans un nouveau journal, le Dachanminbo. Le manhwa est né. Ce sont des gravures sur bois satiriques où les personnages prennent la forme d’animaux. Malheureusement la publication de caricatures de Lee Do-Yeong ne durera qu’un an, puisque, avec l’occupation japonaise en 1910, la censure devient drastique.
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caricature de Lee Do-Yeong publié le 7 juin 1909
Il faudra attendre les soulèvements populaires de 1919 pour que la censure japonaise s’assouplisse un peu. Dès 1920 de nombreux manhwa sont publiés, la satire y est toujours importante. Ces premiers manhwa ne comportent ni bulles ni découpage en case et sont souvent formé d’une seule image. Ce n’est qu’en 1924 que le manhwa adopte les conventions de la bande-dessinée occidentale (cases et bulles) avec Les vains efforts d’un idiots (Meongteonguri heonmulgyeogi 멍턴구리 헛물겨기) de Noh Su-Hyeong, publié dans le quotidien Chosun Ilbo.
L’occupation de la Corée par le Japon se prolonge jusqu’à la fin de la deuxième guerre mondiale. La Corée est divisé en 2 parties : le Nord sera administré par l’URSS et le Sud par les Etats-Unis. Sous autorité américaine, la presse jouit de plus de liberté et les revues de manhwa se développent. Mais la Guerre de Corée éclate en 1950 et le manhwa devient alors un outil de propagande au Nord comme au Sud.
Avec la fin de la guerre en 1953, commence une période prolifique pour le manhwa. Les librairies de prêt, les manhwabang, ouvrent. On commence à publier  quelques albums de manhwa, mais durant cette période les manhwabang privilégient surtout la publications de revues.
En 1961, le coup d’Etat signe le retour de la censure. Par ailleurs, la maison éditrice Hbdong Munwhasa détient le monopole de la publication de manhwa. Durant cette période les récits contemporains sont délaissés au profit des récits historiques. Ce genre deviendra emblématique du manhwa des années 70.
Dans les années 80 le manhwa connaît un renouveau. Après le succès remporté par la série Une redoutable équipe de base-ball (Gongpoui Oeingudan 공포의 외인구단) de Lee Hyeon-se publié en 3 gros volumes en 1982, succès qui relance l’activité des manhwabang, celles-ci vont soutenir la publication de manhwa en format album. Parallèlement les revues, également soutenue par les manhwabang, prospèrent. Certains auteurs travaillent pour les manhwabang avant de ce faire connaître et de publier dans les revues. Comme au Japon, les revues publient des séries  en épisodes, celles-ci sortiront ensuite en album. Les revues se spécialisent en fonction de la cible visé et du style des histoires. Au milieu des années 80 on assiste également au retour du manhwa féminin qui avait été interdit durant les années 70. En 1990 parait le magazine Renaissance exclusivement réservé aux sunjeong-manhwa (manhwa pour jeunes filles). Avec les manifestation de 1987, la censure devient moins forte et les récits contemporains refont leur apparition dans le manhwa.
A la fin des années 1980, la vente de manga japonais est autorisée en Corée du Sud. Il remportent un grand succès et entrent en concurrence avec la production coréenne. Cependant les auteurs coréens ont su réagir assez vite. On publie des revues copiant le modéle japonais : IQ Jump, Yong Champ… Les auteurs laissent libre cours à leur créativité, ils traitent des thèmes tels que la violence ou encore les fantasmes sexuels, jusque là censurés. De nombreuses femmes se lancent également dans la création de manhwa abordant des thème tel que la vie sentimentale, le quotidien… La créativité explose dans tous les domaines et les styles de manhwa, de nouvelles maisons d’éditions font leur apparition. Avec la crise de 1997-98 la part de marché du manga recule en faveur du manhwa.
Aujourd’hui la Corée du Sud est un des premiers pays producteurs de bande-dessinée. A la pointe de la technologie, les manhwa existent pour tout support, de la revue aux albums, pour internet ou encore téléphone portable et pour tous les genres. La production contemporaine s’inspire beaucoup du manga. Mais l’offre est très diversifiée.
Le gouvernement cherche aujourd’hui à promouvoir sa production de manhwa dans le monde.
     (Sources : wikipedia)

Les genres :
un peu de vocabulaire :
Manmun manhwa : manhwa en une seule case
Myeongrang manhwa : manhwa humoristique pour adultes.
Sonyung manhwa : manhwa s’adressant un un jeune public masculin, équivalent du shônen japonais.
Sunjeong manhwa : pour jeune filles, équivalent du shôjo japonais.
Tchungnyun (ou chungnyun) : pour public adulte, équivalent du seinen japonais.
Hakji manhwa : manhwa d’aventure ambienté en occident, typique des années 50.
Au delà de ces catégories, le manhwa est très riche en style. Certains s’inspirent beaucoup du manga japonais avec des styles graphiques et des scénarios très proche du shônen ou shôjo classique. Reprenant à leur compte le style graphique maintes fois éprouvé. Parmi ces oeuvres il est assez difficile de cerner la réelle spécificité coréenne, on comprend alors l’amalgame fait entre manga et manhwa. Une œuvres comme The Swordsman se confond parfaitement dans un rayon manga, seul le nom des auteurs laisse deviner son origine coréenne. D’ailleurs Hong ki-Woo, dessinateur de The Swordsman, affirme lui-même s’être fait la main en copiant des manga (interview dans AnimeLand X-tra n°2). Le graphisme, la découpe des cases ou encore l’insertion des onomatopées dans les images rappelle fortement l’univers du  manga.
Autre exemple de manhwa fortement empeigné de la culture manga : The Breaker de Park Jin-Hwan (dessins) et Jeon Geuk-Jin (scénario) . Il s’agit d’un sonyun-manhwa axé sur sur la baston violente. Le graphisme rappelle beaucoup les seinen de baston. Mais ce sont les arts martiaux coréens qui sont ici à l’honneur.
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On ne peut pas dire que le scénario soit particulièrement original, ni profond. Néanmoins ce manhwa est très agréable à lire pour les amateurs du genre. On reste en haleine, curieux de connaître la suite. La série est bien rythmé et j’ai lu les 10 volumes de la première série en peu de temps. En revanche la deuxième saison ne m’a pas convaincue et j’ai laissé tomber dès les premiers chapitres. La série a été depuis licenciée chez Booken. Actuellement les 6 premiers volumes sont disponibles en VF.
Le manhwa ne se résume pas à un manga made in Korea. Il existe d’autres styles, plus proche de la BD franco-belge que du manga japonais. Les manhwa qui m’ont le plus marqué ce sont les albums de Kim Dong-Hwa. C’est après avoir lu ses oeuvres que j’ai eu envie d’en apprendre plus sur les manhwa.
Kim Dong-Hwa met  en scène un univers beaucoup plus ancré dans la réalité, dans le quotidien, et au même temps très poétique. Ses dessins, tout en rondeur, sont très doux, la nature y est très présente. Son travail se rapproche de la bande-dessinée occidentale par le découpage des cases et l’insertion du texte. On peut aussi le comparer à Taniguchi, à la fois par un dessin assez épuré mais surtout dans leur recherche de poésie dans l’acte quotidien, dans leur amour de la contemplation.
histoire_couleur_terre_01.jpgJe vous recommande surtout Histoire couleurs terre, série en N&B, 3 volumes publiés chez Casterman.
La série raconte le passage à la vie adulte d’une petite fille qui vie seule avec sa mère veuve dans un petit village de campagne coréenne. Un hymne à la féminité. J’écrirai bientôt un article sur ce manhwa.
Kim Dong Hwa est également l’auteur de La bicyclette rouge, série en couleur de 4 volumes relatant le quotidien d’un facteur qui sillonne la campagne coréenne sur son vélo rouge pour distribuer le courrier dans des petits villages privés de leurs jeunes par l’exode rural.
Ces deux derniers manhwa sont également des sonyun-manhwa, ce qui prouve la grande diversité de style à l’intérieur d’un même genre.

Le Manhwa en France :

En France le manhwa reste assez méconnu et est très souvent assimilé au manga japonais. Cependant les publications de manhwa se multiplient et des maisons d’éditions spécialisées ont vu le jours.
Actuellement de nombreux éditeurs proposent des manhwa. On en trouve chez de grands éditeurs de BD tels que :
Paquet, dans la collection asiatique (link)
Casterman, dans la collection hanguk (link)
Panini, dans la collection Panini Manga
Soleil
Mais aussi chez les éditeurs spécialisés dans le manga comme :
Kana
Pika Edition
Kaze Manga
Ki-oon
Il existe également une maison d’édition spécialisée dans le manhwa : Booken Manga (link).
En 2003 , l’éditeur SEEBD lance deux labels spécialisés dans le manhwa : Tokebi et Saphira. En 2008, avec la liquidation judiciare de SEEBD, René Park, directeur de ces deux collections, a repris une partie du catalogue et crée sa propre maison d’édition : Semji. Malheureusement face à la faiblesse des ventes Semji a récement cessé son activité.
Le manhwa est en train de se développer en France et l’offre devrait se diversifier de plus en plus dans les années à venir.
Déjà à l’honneur au Festival d’Angoulême en 2003, le manhwa sera encore l’invité d’honneur la 40ème édition du Festival en 2013.
Edit : je viens d’apprendre qu’un nouveau label de manhwa sera très bientôt sur le marché : Kwari, filiale d’une nouvelle maison d’édition spécialisé dans la BD franco-belge, Physalis. J’espère que leur catalogue sera intéressant.
voir article sur manga-news : link
Edit 2 :p
état des lieux de l’édition manhwa en France à lire sur Manhwafrance     link
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