Archives mensuelles : mai 2012

Moi, 20 ans, diplômée, Motivée… EXPLOITEE

Je suis tombée sur cette BD en flânant au rayon BD adulte de la Médiathèque. La couverture avec « jeune maso en solde » m’a fait rire alors je l’ai pris… et j’ai pas été déçue

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Yatuu (alias Cindy Barbero), l’auteur, est une jeune diplômée en Art et Communication, fière de sa réussite elle part à la recherche d’un emplois et trouve… un stage. L’énième stage ! Cette fois dans une agence de pub dont la spécialité semble être l’exploitation du jeune stagiaire motivé.

Dès les premières pages j’étais pliée en deux !! Et oui, j’avais l’impression de me revoir à la fin de mon stage, il y a deux ans. À choisir entre rire et pleurer… j’ai choisit d’en rire. Et Yatuu à l’art et la manière d’illustrer ce que nous avons tous ressenti, jeunes diplômés, à la fin de nos stages (sauf les quelques rares chanceux qui, eux, ont été embauchés T_T).

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Petit message à l’intention des lecteurs, jeunes diplômés qui ont encore 20 ans (ce qui n’est plus mon cas) : L’avenir idéal (p. 52-53) ce n’est pas qu’un cauchemar !! C’est la réalité !!! Sigh !! Sob !! T_T

Vous avez un diplôme en poche, vous cherchez ou avez cherchez un taf ? Alors vous ne pourrez que vous reconnaître dans les mésaventures de Yatuu.

Un dessin simple, sympathique et très expressif qui va droit au but. De l’humour à revendre. J’ai adoré cette BD. C’est hilarant et ça défoule.

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L’aventure de Yatuu en BD a commencé sur son blog, crée en décembre 2009. En juin 2011, les déboires de la jeune stagiaire sortent en version papier avec jolie couverture cartonnée chez 12BIS pour notre plus grand plaisir !

En 2012 elle sort une nouvelle BD : Génération mal logé. Je vais l’ajouter à ma liste de cadeaux (^_^)

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Le promeneur

Manga de Jirô Taniguchi (dessin) et Masayuki Kusumi (scénario), publié par Casterman en 2008.

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Résumé :

Uenohara, employé dans une petite entreprise de Tokyo, aime se perdre et se promener dans les différents quartiers de Tokyo, laissant le hasard guider ses pas. Au fil de ses promenades improvisées il fait d’étonnantes petites découvertes : magasins insolites, rue à l’allure d’autre fois, de vieux amis, ou encore une excellente échoppe de ramen. Comme nous le dit M. Uenohara lui même :

« Même en marchant au hasard, je tombe toujours sur des endroits intéressants »

« l’idéal c’est de se promener avec nonchalence »

Chaque chapitre est une nouvelle promenade, une nouvelle découverte.

  • Première promenade : L’Ampoule Edison
  • Deuxième promenade : Les Socques de Shinagawa
  • Troisième promenade : Le Bouquiniste
  • Quatrième promenade : La Fête des hippies
  • Cinquième promenade : Les concombres amers au milieu de la nuit
  • Sixième promenade : Le Chien t la balle
  • Septième promenade : Le Quartier de l’Harmonica
  • Huitième promenade : Les Gâteaux de Mejiro

Avec une interview de Jirô Taniguchi qui conclu l’album.

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Mon avis :

Cet album est publié à la mode européenne : sens de lecture occidental, grand format, couverture cartonnée afin de séduire les amateur de BD qui ne se sont pas encore laisser tenter par le manga. Si j’aime les manga en format original, il faut dire que l’oeuvre de Taniguchi s’accommode très bien du format à l’occidental. On dit, d’ailleurs, de lui qu’il est le plus européen de mangaka. Chez Taniguchi par de sortie de case, de coupes transversales et autres mises en page fantaisistes communes dans les manga. Ici les cases sont bien ordonnées, le dessin et propre et « sage ». On ne trouve pas non plus onomatopée exagérée chez Taniguchi, mais un texte proprement installé dans les petites bulles. La mise en page rappelle celle des BD franco-belge, exception faite du dessin noir et blanc.

Côté graphisme, le dessin de Taniguchi est très propre, réaliste et agréable. Seule critique que je pourrais lui faire c’est que ses personnages se ressemblent tous un peu, ils ne sont pas assez identifiés. On a parfois l’impression de se retrouver face au même personnage, alors qu’il s’agit de 2 personnes différents, loin d’avoir le même age.

Côté scénario, ce manga est un hommage à la contemplation. On savoure avec plaisir les flânerie du héros. Le manque d’action ne rend pas cet album ennuyeux, loin de là. Cet univers contemplatif est bien loin des scénario explosif si répandu dans le manga et ça fait du bien, ça change. Ici on marche, assis sur notre fauteuil, dans les rue de Tokyo et on s’émerveille au côté du héros devant une simple paire de socque ou un vieux puits toujours en fonction.

Après avoir lu Le promeneur, on a envie d’aller se balader, « marcher au hasard » et se laisser séduire par le décor et les petit plaisir du quotidien. Je suis une grande marcheuse. Dès que les distances me le permettent, je ne me déplace que à pieds. Mais contrairement à M. Uenohara, je marche dans un but précis avec une destination et un temps défini, ce qui ne m’empêche pas de profiter du paysage. Mais, après avoir lu le promeneur, j’ai une autre image de la promenade sans but. Cet album me donne envie de sortir et marche, tout simplement .

Excellent album a mettre entre toutes les mains

Idéal pour s’initier à la lecture du manga

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L’envolée sauvage

L’envolée sauvage, BD publié par Bamboo éditions, collection Grand Angle en 2006 (T1) et 2007 (T2)

Scénario : Laurent Galandon

Dessin et couleurs : Arno Monin

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T1 : La Dame Blanche
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T2 : Les Autours des palombes

Résumé :

Simon est orphelin et juifs. Passionné par les oiseaux, il vit avec d’autres enfants chez un prêtre dans la campagne française. Mais nous somme en 1941 et l’antisémitisme fait rage, venant s’immiscer jusque dans son quotidien. Menacé il devra quitter la campagne pour Paris, où il se cachera quelques temps. Quand les rafles commencent, il décide de quitter Paris avec un groupe d’enfants juifs. Mais c’est seul qu’il trouvera refuge chez une femme aveugle qui vit seule avec son fils handicapé, dans la montagne. Découvert par la milice, il devra encore fuir. Cette fois il décide de rejoindre la résistance, mais se fera arrêter après avoir tué plusieurs miliciens. Déporté, il rencontrera la jeune Ada, dans le train qui les mène au camp de concentration.

Mon avis :

C’est par hasard, en flânant au rayon BD de l’espace jeunesse de notre médiathèque municipale que je suis tombée sur le tome 1. J’ai été attirée par la couverture et le dessin de Monin. J’ai feuilleté quelques page et l’histoire m’a paru intéressante, alors j’ai décidé de l’emprunter. Je n’ai pas été déçue !

Le premier tome tiens ses promesses. Le dessin est intéressant et agréable, le scénario captivant. Simon, le personnage principal, est très attachant. Il ne sera pas épargné par son époque, victime de l’antisémitisme il rencontrera pourtant des personnes de bon cœur qui l’aideront et le soutiendrons. L’histoire de Simon permet au jeunes lecteurs (et aux moins jeunes aussi) d’en apprendre plus sur cette époque sombre de l’histoire de France et de ce qui ça impliquait pour une partie de la population. Ce n’est pas tellement qu’on apprends des choses. Les auteurs ne donnent pas beaucoup de données historiques, mais on vit la vie du petit Simon et on se rends compte de ce qu’on du vivre bon nombre de juifs français pendant cette période.

En dehors du sort des juifs on voit aussi une France divisée. Il y a ceux qui haïssent les juifs et collaborent avec les allemands et ceux qui résiste, de façon plus ou moins forte contre ce mouvement. Sans entrer dans le récit historique, l’envolée sauvage nous donne matière à réflexion.

Le deuxième tome m’a paru un peu bâclé par rapport au premier. Peut-être l’histoire aurais mérité d’être un peu plus travaillé. Peut-être que le public visé étant jeune, les auteurs n’ont pas voulu trop en faire sur les camps de concentration. Je ne serais dire, mais personnellement j’ai trouvé ce deuxième tome un peu moins intéressant et la fin un peu énigmatique. Mais il garde les qualités du premier tome, autant du point de vue du dessin, que de celui de faire réfléchir sur l’histoire, ici sur les camps de concentration et leur atrocité.

J’ai beaucoup apprécié l’univers de ces deux auteurs. Une BD qui vaut le détour.


Edit :  j’ai écrit cette chronique en 2012, à l’époque je pensait que la série ne compté que deux tomes d’où ma perpléxité concernant la fin. Normal, la série fait 4 tomes ! Je n’ai pas encore eu l’occasion de lire la suite mais je vais m’y intéresser bientôt


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BD Boum – Prix du Conseil Général (2007) Mention spéciale du Jury Œcuménique de la BD (2014)
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Nitaboh

Nitaboh est un long métrage d’animation réalisé par Akio Nishizawa (西澤 昭男), dans les studio de WAO! World, en 2004.
Titre original : 仁太坊-津軽三味線始祖外聞 (Nitaboh tsugaru shamisen shiso gaibun)
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Synopsis:
Le film s’inspire de la biographie de Nitaboh, personnage historique japonais, écrite par Daijo Kazuo.
Nitaboh (仁太坊), de son vrai nom Akimoto Nitarô (秋元仁太郎), vecu entre 1857 et 1928. Né à la fin de l’ère Edo, il grandira durant la restauration Meiji (1868 – 1912), époque de grands bouleversements sociaux-économique au Japon.
préfecture d'Aomori
Nitaboh est originaire de Kanagi (金木), village de la région de Tsugaru. Le Tsugaru se situé dans l’actuelle préfécture de Aomori (青森県), à l’extrême nord de l’île de Honshû (本州), île principale de l’archipel japonais.
Fils de pêcheur, il devient aveugle après avoir contracté une infection. Passionné par la musique, il apprend le shamisen (三味線) avec l’aide d’une musicienne ambulante de passage à Kanagi. Après le départ le la musicienne, il continue d’étudier et de perfectionner seul son art.
La vie ne sera pas tendre avec le petit Nitarô, mais, grâce à ses ami et à son shamisen, il affrontera les adversité avec courage. Il vivra en pratiquant le kadotsuke (門付け) : jouer à la porte des maison jusqu’à obtenir de la nourriture ou un peu d’argent. Au fil du temps il met au point un style musical particulier, plus rythmé et énergique que celui pratiqué par les moines ambulants de la région (membres de la guilde de musiciens aveugle Toudou, dissoute au moment de la restauration Meiji). Le style musical de Nitaboh prendra le nom de Tsugaru Shamisen (津軽三味線).
Solo de Nitaboh :
Petite page de lexique proposé par le site officiel du film : link

Côté technique :
Directeur d’animation / charadesign : Junichi Takaoka
Directeur musical : Makoto Kuriya
Au shamisen : Hiromitsu Agatsuma
Au chant : Yae
Directeur graphique en chef : Hiroshi Kugimiya
Mise en scène : Yasuhiro Geshi
Directeur artistique : Tadashi Kudo
Plus d’info sur le site officiel du Film : Nitaboh
  Edit : le film est désormais disponible en DVD chez Asiexpo

Mon avis :
Je ne pouvait qu’aimer ce film, moi qui écoute des heures durant le tsugaru shamisen ! La musique y est superbe. De nombreux morceaux de shamisen, de styles différents : les moines ambulants, la joueuse de shamisen qui devint le professeur du petit Nitarô, puis Nitarô lui même dont le style progresse et évolue tout au long du film… De la flûte aussi ! Un joueur de shakuachi (flûte en bambou traditionnelle) ambulant fait une brève apparition, et c’est un enchantement pour les oreilles !
Parmi les nombreux morceau qui peuplent le film, il y a bien-sûr le solo de Nitaboh dont j’ai poste la vidéo plus haut, superbe! Il est précédé par un morceau joué par un moine, très beau aussi. Puis, j’avoue avoir un petit faible pour cette chanson accompagnée au shamisen. C’est la chanson qui séduira le petit Nitarô et le décidera a vouloir apprendre le shamisen. Dans l’histoire c’est Tamana qui interprète se morceau, elle deviendra le professeur de Nitarô. Côté coulisse, c’est Yae qui prête sa magnifique voix à Tamana le temps de la chanson.
Au delà de la musique, ce film est très intéressant par le contexte historique qu’il nous montre. Si la vie de Nitaboh en est le sujet principal, on peut voir en filigrane les important bouleversement sociaux que vit le Japon pendant les année de la Restauration Meiji. Si Nitaboh adapte la musique qu’il a appris pour en faire son style propre, toute la société de l’époque doit s’adapter aux changement et trouver un nouvel équilibre. Nous somme dans une petite ville, au nord de Honshû, bien loin d’Edo à peine devenue Tokyo. Si la plupart des habitants semblent ne pas trop se soucier de ces changement, on sent qu’ils sont là et que la société est sur le point d’évoluer.
S’il n’est pas rare de voire les différentes époques historiques du Japon mise en scène dans l’anime, c’est souvent très romancé et librement inspiré de fait réel. Ici, le film s’inspire de la biographie écrite Daijo Kazuo, qui est aussi romancée, mais dans le but était de rendre la véritable vie de Nitaboh. Akio Nishizawa a également un souci d’authenticité dans la réalisation de ce film, il a en effet retravaillé le scénario plusieurs fois à fin de le rendre le plus réaliste possible.
Le film est, par ailleurs, très bien réalisé, avec un graphisme très agréable et une bonne animation. Ce souci d’authenticité que Nishizawa accorde a son scénario se retrouve également dans le dessin, notamment des décors et dans l’animation; 7000 dessins ont servi pour réaliser la dernière scène du solo de Nitaboh (voir vidéo plus haut), les dessinateurs ont suivi les mouvement des main de Hiromitsu Agatsuma afin de rendre au mieux la gestuelle du musicien dans leur dessin.
L’histoire est également très émouvante. Le sort n’est pas tendre avec le petit Nitarô. Mais il ne se laisse pas abattre et survit à toutes les adversité. Nishizawa réussi à nous transmettre la force de ce personnage. Et même à dépasser l’histoire pour nous transmettre un message qui peut s’appliquer à nos vie actuelles : garder espoir, rester fort et s’adapter, tout comme Nitaboh, chercher à toujours s’améliorer, se dépasser. Message déjà vus dans nombreuses anime, j’en convient, mais qui passe, ici, très bien. On ressort de ce film ému et revigoré, les oreilles pleine de belles musique. Pour un premier film je dirais que c’est une superbe réussite.

Akio Nishizawa :
Né en 1942 à Tokyo, il étudie la littérature à l’Université de Kyoto. En 1977 il fonde ce qui deviendra la fondation WAO Corporation, réseau d’écoles privée et entreprises d’enseignement.
Après avoir longtemps travaillé dans l’éducation. Il fonde en 2000 un studio d’animation, le Wao World Co. Grâce au quel il pourra concrétiser son rêve d’enfant : devenir réalisateur. Il écrit lui même les scénario des film qu’il réalise.
Nitaboh est le premiers film tout public produit par ses studio. Ce film, de nature pédagogique, obtient le soutien du Ministère de l’éducation japonais. Présenté au Festival international de la bande-dessinée et de l’animation de Séoul (SICAF) en 2006, le film remporte le grand prix.
En 2007 il réalise La Chorale (Furusato – Japan) qui est présenté au Festival du film Asiatique de Lyon ou il remporte le premier prix dans 2 catégorie.
 Dispo en DVD chez Kaze
Son troisième film sort en 2009 : Symphony in Agust, également présenté au festival de Lyon où il remporte le 2ème prix.
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En un instant, une vie – Bùi Minh Quôc

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Bùi Minh Quôc

En un instant une vie

Reccueil de nouvelles

traduite du vietnamien par Phan Huy Duong

Publié aux éditions Philippe Picquier,  1997

Les nouvelles :

Une nuit sous les chutes de la crinière du cheval :

Amour d’un soir, en haut d’un col perdu dans la jungle, entre un jeune homme et une jeune femmes tout deux engagé dans l’armée du Nord Vietnam.

Le dernier rêve :

Un homme, un ancien combattant, est hanté par ses cauchemars et le souvenir de sa bien-aimé perdue.

Un soir glacé :

Un journaliste sans travail est contraint de vendre des billets de tombola pour subvenir aux besoins de sa famille au côté d’une ex-dirigeante du parti. Militante dans la zone occupée et membre actif dans la libération du Sud, cette femme est hanté par le souvenir de 2 jeunes agents infiltrés, mort au combat sans qu’elle n’ai pu prévenir leur famille ni révéler la véritable identité de ses deux camarades.

L’eau sous les ponts :

Un vieux « guérillero non titularisé » et sa fille.

Le vieillard sorti une montre de sa poche, vérifia de nouveau l’heure. Il noua autour de sa taille un ceinturon garni de grenades M26, mit une mitraillette en bandoulière. Des armes américaines dont il s’était équipé en piégeant l’ennemi avec des mines. « Je suis un guérillero non titularisé. » Cela faisait six ans qu’il l’avait proclamé au commandant des troupes communales. Il rit, ne cachant pas sa fierté :  » Pourquoi me faire titularisé chez vous? C’est épuisant. Je me procure les armes et le ravitaillement moi-même. Je surveille les mouvements de l’ennemi avec mes propres moyens. Je détermine ma propre tactique. J’assume le combat entre la Nationale 1 et la voie ferrée, ceci pour la largeur, et pour la longueur, depuis le pont Ba Rim jusqu’à Cong Vi. Tout Américain qui s’aventure sur ce territoire est pour moi. D’accord?  » Il posait la question comme si elle était déjà réglée. Le commandement applaudissait naturellement des deux mains. on ne pouvait rêver contrat plus merveilleux à un moment où on manquait et d’hommes et d’armements. Il savait à quel point le camp de mines du vieillard était terrifiant. Rien que des mines américaines. Dieu seul savait comment le vieil homme avait pu se les procurer. Ou bien des obus. Parfois il en enterrait cinq d’un coup. De quoi réduire les tanks en miettes. Que dire alors des hommes. Le vieil homme possédait un stock d’arme impressionnant. Des grenades, des cartouches, deux mortiers et une mitrailleuse. De temps à autre, il offrait généreusement à la compagnie des cartouches de petits calibres et des grenades. Voilà pour sa puissance de feu. Quant à ses troupes, elles se réduisaient à lui-même et à sa fille unique dont la beauté faisait rêver les jeunes guérilleros.

En un instant, une vie :

Nouvelle qui donne son titre au recueil. C’est l’histoire d’une vieille femme du peuple plus révolutionnaire que bien des dirigeants du parti et qui pourtant ne recevra aucune gratitude.

Tu as beaucoup lu, beaucoup voyagé, beaucoup appris. Existe-t-il quelque part au monde des mères comme celles du Vietnam ? L’amour maternel est le plus ancien de toutes les amours humaines, n’est-ce pas ? Quelle mère n’aimerait pas par-dessus tout l’enfant né de son sein ? Pourtant, j’ai vu mère Thu aimer, choyer, protéger des enfants qui n’étaient pas d’elle autant que les sien, voire plus, pour la simple raison qu’il étaient des révolutionnaires.

Pendant les années où j’étais soupçonné d’avoir trahi, il n’y avait qu’un seul homme en mesure de certifier le sacrifice de Nhàn, c’était le cadre de la cinquième région militaire qui était venu chez mère Thu et s’était caché dans le souterrain un bref instant. J’étais certain qu’il reviendrait rendre visite à mère Thu après la libération. Il n’en fit rien. Je crus qu’il était mort. Le mois dernier, j’ai participé à un séminaire sur le travail de masse. A ma grande surprise, c’était lui qui dirigeait le séminaire.

Le père :

Une ouvrière accouche et déclare le directeur comme étant le père de l’enfant. Ce scandale ruinera la carrière du directeur.

La maçonne :

Dans un bar, le narrateur rencontre une ancienne camarade de lycée, celle qui avait inspiré sa nouvelle « la maçonne », première nouvelle qu’il aie publié.

Un dîner dans la jungle :

Le narrateur est invité par son jeune neveu à participer à un dîner d’affaires avec un sud coréen. Alors que le jeune homme y voit une chance de faire de bonnes affaires, le narrateur, lui, ne peut s’empêcher de penser à la Corée du Sud comme ancien ennemi.

« Au fait, avec qui t’es-tu associé?

– un grand groupe sud-coréen. »

Un frisson me saisit. Dans ma mémoire surgit un morceau de cadavres sanguinolents. Je glisse un regard de côté sur Toan. Il garde son air exalté, il continue de me présenter le groupe capitaliste sud-coréen. Le frisson qui me traverse s’éteint. Rien n’indique que mon neveu est toujours hanté par les terribles images passées. Je m’en souviens, cette année-là, il y a longtemps maintenant, et pourtant il me semble que c’était hier, je l’emmenais dans la montagne, juste après le massacre. Toutes les nuits, des mois durant, il faisait un cauchemar, hurlait, gigotait, tombait de son hamac. Aujourd’hui, dans sa bouche, ces mots, sud-coréen, ne semblent plus rien lui rappeler. Ils ne désignent plus qu’un partenaire pour les affaires. Dans le fond, il vaut mieux qu’il en soit ainsi.

 

Grand-mère :

Souvenirs d’une grand-mère qui, après avoir élevé tous ses enfants, s’occupera de l’éducation de ses petits enfants.

Chance et malchance :

 Un artiste voit son sort changer un soir de pluie, quand un homme étrange lui demande de créer pour lui un masque.

Mon avis :

Toutes les nouvelles ne se valent pas. Certaines sont plus touchantes que d’autres. Certaines mieux écrites que d’autres… Mais l’ensemble nous pousse à réfléchir sur bien des sujets.

L’action des nouvelles Une nuit sous la chute de la Crinière du cheval et  L’eau sous les ponts se déroule pendant la guerre, tout comme les souvenir raconté dans d’autres nouvelles. On s’interroge alors sur la vie dans un pays en guerre, sur la vie de ces jeunes qui n’ont connu que la guerre. J’ai eu la chance de naître dans un pays en paix et, même si la guerre est omniprésente dans les média, nous la vivons comme une chose lointaine, abstraite. Ici l’auteur nous parle de jeunes gens qui, comme les autres, sentent s’éveiller en eux leur premier sentiments amoureux, mais qui portent l’uniforme et qui n’aurons pas tous la chance de survivre au conflit. Les mot simples de l’auteur contrastent avec la dureté de la réalité qu’il décrit et rendent ses récits encore plus percutants.

Mais, la plupart des nouvelles réunies ici, ont pour décor le le Vietnam d’après guerre, au temps de l’unification, de la reconstruction et surtout de la désillusion. Ces femmes et ses hommes qui se sont battus pour leurs idéaux, se retrouvent malmené ou déçu par le régime qu’ils ont eux-même contribuer à instaurer. Tel la femme de Un soir glacé, qui, ex-dirigeante du parti et personnage important durant la guerre, se retrouve a devoir vendre des tickets de tombola sur le trottoir pour survivre alors que ses anciens camarades, toujours au pouvoir, affichent un luxe honteux. A la lecture de ces nouvelles on s’interroge alors sur l’effet du pouvoir et ses conséquences. Cet interrogation est ici d’autant plus frappante qu’il s’agit d’un pays communiste. Le comportement de certains dirigeants, ou même la politique menée par le pays qui apparaît en filigrane, derrière le récit, semble aller à l’encontre des principes défendus par les combattants. On se demande alors ce que deviennent les idéaux une fois le pouvoir en place. Est-ce que le pouvoir peut-il corrompre tous les hommes ? Faire oublier tous les idéaux ? Les idéaux d’un jours résistent-il a l’épreuve du temps et de la mise en pratique ?

L’auteur lui-même, ancien combattant communiste se voit aujourd’hui assigné à résidence pour sa lutte en faveur de la démocratie. On voit au fils des nouvelle sa désillusion et sa déception face à un régime qui n’a pas su être à la hauteur de ses attentes.

Bùi Minh Quôc nous fait également réfléchir à la reconstruction d’un pays et d’un peuple après une guerre. Celle du Vietnam ne fut pas seulement une guerre d’un pays contre un autre, mais aussi une guerre civile. Il est toujours délicats de reconstruire un pays uni, après un conflit fratricide. Même si de tel conflit son loin derrière nous, ici, en France, je ne peux m’empêcher de penser à ce que pouvait ressentir le peuple après la fin de la seconde guerre mondiale alors qu’une partie de la population avait soutenu le Maréchal Petain. Ce sont des questions qui dépassent les simples frontières d’un pays et nous font nous interroger sur la nature humaine.

Cette question de reconstruction d’un pays et de ses Hommes après une guerre est plus particulièrement traité dans la nouvelle Un dîner dans la jungle. Ici les deux protagonistes vietnamiens se retrouvent en compagnie d’un coréen du sud, jadis nation ennemie. Ce qui distingue le narrateur de son neveu, c’est son âge. Alors que l’un, le plus jeune, a laissé loin derrière lui la guerre passée et ne songe qu’au futur, voyant dans son interlocuteur coréen l’opportunité d’affaires fructueuses ; l’autre, plus âgé, ne peut se défaire du fantôme de l’ancien ennemi. Lequel des deux a raison ? Qu’elle est la meilleur façon des panser les plaies laissées par une guerre ? L’auteur ne nous donne pas de réponse clair. Il nous laisse nous interroger sur ces sujets délicats et complexes, en nous livrant des récits émouvants mais qui jamais ne tombent dans le mélodrame larmoyant.

Son écriture est simple et directe. On a l’impression de dialoguer avec l’auteur autour d’un verre, qu’il est nous raconte ses souvenirs. Si à la lecture de la première nouvelle son écriture me semblait même un peu trop simpliste, au fil des pages je me suis rendue compte que c’est qui fait la force de ses récits. Sous sa plume une mitraillette semble devenir un accessoire aussi banal qu’une ombrelle. N’est-ce pas, en effet, ce qu’elle est, un objet banal pour celui qui est englué dans les méandres d’un conflit qui s’éternise ? Le mots de Bùi Minh Quôc nous rendent parfaitement la banalité que prend le quotidien, quelque soit son contexte.

L’auteur :

Malheureusement je n’ai pu trouver que très peu d’informations sur l’auteur. Si on ne parle pas vietnamien c’est presque mission impossible. Même l’éditeur ne mentionne ni l’auteur, ni le livre sur son site. Il est vrai que ce recueil a été édité en 1997. Peut-être est-il épuisé et non réimprimé, mais je trouve dommage que la maison d’édition ne mette pas à disposition des lecteurs curieux des informations sur les auteurs qu’ils ont édité par le passé.

Je vous livre ici les seules informations que j’ai trouvé sur Bùi Minh Quôc. Informations que je n’ai pas pu vérifier.

Bùi minh Quôc est né le 3 octobre 1940 à My Duc, dans le nord du Vietnam. Il rejoint l’armée du Nord et infiltre le Sud Vietnam. Il participe à de nombreuses batailles, tout comme son épouse qui meut au combat en 1969.

Après la guerre il est nommé président de l’association des écrivains et des artistes dans la province de Lam Dong, puis rédacteur en chef du magazine Langbian.

En 1988, en compagnie de l’écrivain Treu Dav Bao Cu, il voyage à travers le pays pour faire signer une pétition ayant pour but de demander au Parti Communiste Vietnamien d’instaurer une démocratie. Il sera renvoyé du parti. Mais continue son action en faveur de la démocratie, ce qui lui vaudra d’être assigné à résidence depuis 1997.

Bùi Minh Quôc est également connu sous le nom de plume de Dong Huong Ly.

Si vous avez des informations complémentaires sur l’auteur et ses travaux, n’hésitez pas à mes les communiquer  

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