Le Tenshin Shoden Katori Shintô Ryû, un art martial ancestral

Ce n’est pas ce qui était prévu, mais, que voulez-vous, l’inspiration, ça ne se commande pas. Alors que je devais vous parler de cinéma hongkongais, c’est d’art martial japonais que j’ai envie de parler aujourd’hui. Serait-ce la lecture de Vagabond de Inoue Takahashi qui m’a influencé ? Quoi qu’il en soit, j’ai vais vous parler du Tenshin shoden Katori Shintô Ryû (天真正伝香取伸道流), un kobudô (古武道) de Honshû (本州).

Le terme de kobudô est surtout utilisé pour désigner la pratique d’armes venue de l’archipel d’Okinawa (沖縄諸島). Le Kobudô d’Okinawa est en effet connu pour ses armes particulières tel que le ninchaku, le tonfa, etc. dérivées des objets de la vie quotidienne des paysans et pêcheurs de l’île à qui on avait interdit le port d’armes afin de limiter les risques de rébellion, puisque ces îles ont été occupée à tour de rôle par japonais et chinois. Autre art martial originaire d’Okinawa bien plus connu encore : le karate (空手道).

Ici il s’agit d’un kobudô qui vit le jour au XV siècle sur l’île de Honshû (île principale de l’archipel japonais). Contrairement aux kobudô d’Okinawa, les kobudô de Honshû étaient pratiqués par la classe guerrière, les bushi (武士). Les armes sont donc celle du samouraï : sabres, lances, hallebardes…

Samurai

Nous reviendrons plus tard sur les différentes armes utilisé par cette école. Mais tout d’abord un peu d’étymologie.

Kobudô 古武道

le kanji  古 ko signifie vieux, ancien

budô 武道, composé par les kanji 武 bu : chose militaire et 道  : chemin, voie, signifie art martial, art militaire

Ce caractère 道 est présent dans le nom de nombreux autres arts martiaux tel que l’aïkido (合気道), le kendo (剣道), le kyudo (弓道), judo (柔道) …. Plus qu’un sport l’art martial est considéré (du moins par leur concepteur) comme un mode de vie à part entière où non seulement compte la pratique et l’exécution technique, mais aussi le comportement, voire une certaine forme de spiritualité.

On retrouve 道 dans la désignation d’autres activité qui ne sont pas martiales mais qui sont conçue avec cette même philosophie. Pour ne donner qu’un exemple, je citerais le chadô (茶道) qui est la pratique de la cérémonie du thé. Cela pourrait se traduire par la voie du thé. Si ce nom peut faire sourire, une fois vue l’importance qu’on accorde à chaque geste ainsi qu’à l’état mental de celui qui pratique la cérémonie, on comprend aisément qu’il s’agisse d’un 道.

Le Tenshin Shoden Katori Shintô Ryû est donc une école d’art martial ancien originaire de l’île de Honshû, plus précisément de la région de Katori dans la préfecture de Chiba (千葉県).

préfecture de Chiba

Préfecture de Chiba

C’est en 1447 que Iizasa Chôisai Ienao (飯篠 長威斉 家直) crée cette école. Ienao est né à Iizasa (飯篠), actuelle Tako (多古), préfecture de Chiba dans la province de Shimosa (下総) en 1387. Fils de gôshi (郷士), samouraï de campagne, ses capacités au sabre et à la lance attirent l’attention des Chiba, seigneurs de la province de Shimosa qui le prennent à leur service. Après la chute du clan Chiba, il se retire sur le mont Umeki (梅木山), près du sanctuaire de Katori (香取神宮) dédié à Futsunushi no kami (経津主神).

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Katori Jingû

Futsunushi no kami 経津主神

Dieu de la foudre et des épées, un des généraux de Amaterasu (天照), déesse du soleil. Futsunushi no kami est aussi appelé Iwahinushi no Mikoto (伊波比主命と).

Ayant joué un important rôle de pacificateur au côté de l’empereur Jimmu (神武天皇), premier empereur du Japon et descendant de la déesse Amaterasu, on le nomme « le kami protecteur de la nation » (国家鎮護の神). Il aurait en effet combattu les kami rebelles et ouverts les terres de l’est à l’influence impériale. Il est considéré, entre autre, comme le kami fondateur des art martiaux (武徳の祖神). Depuis très longtemps les bugeisha (武芸者), gens d’armes, viennent le vénérer à Katori.

Les 神 (kami) sont les divinités de la religion Shintô (伸道), religion polythéiste ancestrale du Japon.

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Futsunushi no mikoto – Yashima Gakutei – 1821

A l’âge de 60 ans, Iizasa Ienao entame une ascèse de 1000 jours et 1000 nuits consistant en des ablutions rituelles et un entrainement martial intensif. C’est alors qu’il a une vision où Futsunushi, sous la forme d’un jeune homme, lui remet le rouleau Heiho Shinsho (天真正伝) le traité divin de la stratégie guerrière, en lui disant « tu sera le maître des escrimeurs de l’empire ». C’est après cette vision que Ienao décide de fonder l’école de Katori.

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Iizasa Ienao

 

Tenshin shoden katori Shintô Ryû 天真正伝香取伸道流

Tenshin shoden (天真正伝) signifie « vérité divine justement transmise » et fait référence à l’enseignement que lui aurait transmis Futsunushi no kami en personne.

Katori shintô (香取伸道) indique bien sûr le temple shintô de Katori, lieu où Ienao fait sa retraite spirituelle et martiale.

Ryû 流 signifie courant, style

Iizasa Ienao décède en 1488, à l’âge de 101 ans, mais son école existe toujours avec aujourd’hui à sa tête le vingtième soke (héritier du fondateur) : Shuri no suke Yasusada.

Le catalogue de l’école comprends de nombreuses disciplines :

  • iai-justu (居合術) : dégainer le sabre
  • ken-jutsu (剣術) : technique aux sabres long, court utilisé séparément ou ensemble
  • bô-jutsu (棒術) : techniques au bâton
  • naginata-jutsu (薙刀術) : technique à la naginata
  • sô-jutsu (槍術) : techniques à la lance
  • jû-jutsu (柔術) : techniques à main nues
  • shuriken-jutsu (手裏剣術) : technique de lancé de shuriken
  • nin-jutsu (忍術) : techniques d’espionnage
  • chikujô-jutsu (築城術) : techniques de fortification
  • sen-jutsu (戦術) (aussi appelé gunbaiho) : stratégie
  • ia-yô (陰陽, le plus souvent lu onmyô) : yin et yang
  • astronomie
  • topographie
  • fûsui (風水) : étude des vents et des eaux ( feng shui en chinois)

Une partie des enseignements est secrète et encore de nos jours il faut signer le keppan de son sang pour être admis dans l’école.

Dans les dojos où l’on pratique le Katori, on commence par l’étude du ken-jutsu, iai-jutsu, bô-jutsu et naginata-jutsu. Puis, arrivé à un certain degré de perfectionnement on peu commencer à étudier le sô-jutsu. Enfin viennent la stratégie, l’ésotérisme, etc. qui sont réservé à l’élite de l’école.

À noter que l’école fut la première école de kobudô à être désignée comme « héritage culturel spirituel » en 1960.

Ici s’achève le premier volet d’une longue liste d’article que je souhaite dédier au katori Shintô ryû. J’en ai déjà en tête une quinzaine, où l’on pourra explorer les différents aspects de l’école : les armes, les jutsu, les maîtres, etc. J’espère que cela vous intéressera, que vous soyez passionné d’art martiaux ou simplement de culture japonaise.
N’hésitez pas à apporter votre pierre à l’édifice en laissant un petit commentaire.

それじゃ, また 


Bibliographie :

Risuke Otake, Le sabre et le Divin, Budo Editions, 2005

Le Katori Shintô Ryu (www.aikibudo.com)

Tenshin Shoden Katori Shinto Ryu (www.lebujutsu.net)

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2 réflexions sur « Le Tenshin Shoden Katori Shintô Ryû, un art martial ancestral »

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