Salon du livre – le seinen et l’avenir du manga

La conférence originairement prévue sur la revue Garo, s’est transformé en débat sur le seinen et sa place dans le marché du manga, qui depuis deux ans connais des difficultés. Encore peu exploité en France, le manga seinen, s’adressant à un public plus âgé, peut-il rebooster le marché ? voilà la question qui était posé aux invité par Claude Leblanc (Zoom Japon). Pour lui répondre étaient invité Stéphane Duval des éditions Lézard Noir, Sam Souibgui des éditions Komikku et Rémi , chroniqueur sur BoDoï.

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De gauche à droite : Stéphane Duval (Lézard Noir), Claude Leblanc (Zoom Japon), Rémi (BoDoï) et Sam Souibgui (Komikku)

Ce que j’ai trouvé très intéressant dans cette rencontre, c’est l’approche très différente des deux éditeurs, qui tous deux travaillent sur le marché du seinen. Komikku s’adresse au lecteurs de manga, proposant des séries dans leur format original. Leur cible les lecteurs de manga ayant commencé avec des séries shônen et shôjo et qui en vieillissant recherchent des titres plus mûr ainsi que le public manga adulte pour qui l’offre est insuffisante (me sentirais-je visée ? mmm… je dois dire que certains titres de leur catalogue me tentent bien ^^). C’est donc en gardant à l’esprit leur cible qu’il recherchent des titres plus adultes tout en restant ouvert sur l’offre, puisque, comme le fait remarquer Sam Souibgui, le seinen est un genre très vaste ou l’on trouve à la fois des titres simples (baston de base avec plus de sang et moins de vêtements que dans le shônen) et d’autres plus complexes, voire intéllo. De son côté Stéphane Duval nous explique que les manga publié par le Lézard Noir ne sont pas présenté comme manga, mais au même titre que les autres bande dessinée qu’ils publient. D’ailleurs il souligne que les lecteurs de leurs manga sont essentiellement des amateur de BD franco-belge. Un lectorat fidèle qui les suit.

Les deux éditeurs ne ciblent donc pas le même public. Leur travail éditorial est également très différent. Le Lézard Noir propose des manga seinen qu’on pourrait qualifier de manga d’auteur, des ouvrages faisant partie du patrimoine et, d’une certaine manière, considéré comme intellectuels. Afin de faciliter la compréhension de ces oeuvres, très ancrées dans la culture nipponne, ils font un important travail de contextualisation. L’accent est mis sur l’échange culturel, citons le travail fait sur Le vagabond de Tokyo ou encore  Poisson en eaux troubles qui sort en avril.

Komikku propose des seinen contemporains, plus faciles d’accès, ne nécessitant pas ce même travail de contextualisation. Pour Sam Souibgui, il faut miser sur le marketing. Pour lui les bonnes campagnes marketing sont indispensables afin de permettre aux titres de trouver leurs lecteurs, celui-ci étant souvant submergé par une offre trop abbondante. Trop de bon titre sortent en « mode ninja » et passent complétement inapperçu malgré leur qualité.

Autre aspect intéressant soulevé : les rythmes de publications. Lors de son petit exposé de chiffres, Rémi fait remarquer que le top trois des ventes du manga (trois shônen bien sûr : One Piece, Fairy Tail et Naruto) arrivent au niveau de la publication japonaise. Il en est de même pour une majorité de seinen, leur publication française à rapidement rattrapé la publication japonaise. Ce qui pour Sam Souibgui est une grave erreur éditoriale. Un public adulte est capable d’attendre plus longtemps le titre qu’il apprécie. Les albums seinen sorte au Japon à un rythme bien plus lents que leur traduction française. Pour Sam, les éditeurs sont en train de « se tirer une balle dans le pied » en habituant le public à des parutions trop rapides. Il cite en bon exemple les Vacances de Jésus et Bouddha, qui parait tous les 6 mois.

A ce propos je vais me permettre un petit aparté personnel car je partage cet avis. Les vacances de Jesus et Bouddha est un titre que je suis. Je les ai tous acheté sauf le tout dernier. J’apprécie mais ce n’est pas non plus une de ces oeuvres où fini un tome on veut immédiatement lire la suite. Pour ce genre de manga, un rythme de parution lent me parait essentiel. Si un nouvel album m’avait été proposé chaque mois, je ne les aurais sans doute pas acheté. Une parution lante convient parfaitement à ce type de seinen, dont chaque tome peut être lu indépendamment des autres. L’exemple est parfait. Fin de l’aparté « opinion personnelle ».

Enfin, est abordée la question du numérique. Et là, les réponses m’ont bien fait sourire. A noter avant tout que, pour le moment, les éditeurs japonais veulent garder les doits sur le numérique, même si celui-ci n’est du coup pas exploité en France. Mais, la question qu’on pourrait se poser est : est-ce que le public suivrait, si une telle offre était proposé ? Le premier à rebondir sur la question est Stéphane Duval. Le numérique ne l’intéresse nullement. Pour lui, le papier c’est une histoire d’amour. Il aime aller à l’imprimerie, l’odeur de l’encre a quelque chose d’érotique… Non, non, je blague pas ! Je cite. On l’aura compris entre Stéphane et le papier ce n’est pas près de s’arrêter. Si Sam est moins voluptueux (quoi que) dans sa façon de parler du papier, le fond reste le même. Selon lui, le marché du manga papier en France a encore des beaux jours devant lui, car autant en France qu’au Japon on aime le livre, on aime le papier, « c’est presque charnel ». On y revient. Et oui les éditeurs français sont amoureux du papier. Et c’est pour notre plus grand bonheur, car nous aussi, n’est pas ?

Mais amoureux ou pas du papier, Sam nous avoue penser au numérique. Cependant il fait remarquer que le fait de ne pas imprimer une oeuvre, ne fera pas beaucoup baisser le prix, car il reste les droit d’auteur, la traduction, la mise en page, le lettrages…. Enfin, j’avoue quand même que je ne comprends pas pourquoi la différence du prix entre une oeuvre papier et une numérique n’est pas plus importante. J’aurais pensé, moi, que le prix serait beaucoup plus intéressant en numérique.

C’est sur cette note numérique que la conférence c’est terminé. Pour conclure je dirais que je l’ai trouvé intéressante, que les deux éditeurs m’ont plu (dans leur façon de parler bien sûr) et que j’étais ravie d’enfin mettre un visage sur Rémi, dont j’ai souvent lu les chroniques manga. Je ne peux que remercier les intervenants et aussi Mackie, sans qui je n’aurais pas trouvé la conférence.

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