Quand l’anime nous parle d’histoire # 1

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Le mariage de Histoire (celle avec un grand H) et des anime n’est pas une première ici. Si vous suivez les chroniques de Ma petite Médiathèque, vous avez sans doute déjà remarqué que j’aime compléter mes critiques manga et autre avec des infos sur le contexte historique, des détails culturels et autres données qui peuvent faciliter la compréhension ou simplement intéresser des personnes curieuses tel que moi.

Quand j’ai regardé de l’anime Senkou no Night Raid, j’ai fait des recherches assez approfondies pour tenter de mieux comprendre le contexte historique dans lequel évoluent les personnages. J’ai trouvé cet exercice très amusant et je me suis dit que cela ferait un sujet fort intéressant à exploiter. Apprendre l’Histoire en passant par l’anime. Voilà de quoi égailler les cours d’histoire. C’est ainsi qu’est né l’idée de cette nouvelle rubrique mêlant Histoire et japanimation.

Le premier volet de cette série sera dédié à une période de l’histoire japonaise qui m’intrigue tout particulièrement et inspire de nombreuses fictions. J’espère que vous apprécierez. N’hésitez pas à compléter cet article en laissant des commentaires et/ou des suggestions pour la suite.

Bonne lecture

Bakumatsu et Restauration Meiji – partie 1

L’Histoire avec un grand H :

le Baku-quoi ?

Le Bakumatsu (幕末) est la période de transition entre le Japon féodal des Shôgun Tokugawa, au pouvoir depuis 1603 (période Edo) et la Restauration de Meiji qui voit abolir tous les privilèges de la caste des samouraïs et commencer la marche vers la modernisation du pays. C’est un épisode particulièrement complexe de l’histoire du Japon moderne.

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Expédition de l’amiral Perry dans la baie d’Edo. Peinture japonaise de 1854

Durant le règne des Tokugawa, le Japon reste isolé et les échanges avec l’occident sont rares, c’est la politique isolationniste appelée sakoku (鎖国). Mais en juillet 1853, l’amiral Perry entre dans la baie d’Edo (actuelle Tokyo) avec la ferme intention de forcer le pays à ouvrir ses portes.

Matthew Calbraith Perry

Amiral Perry

Le bakufu (幕府), gouvernement du shôgun, est déjà fragile et la supériorité technologique des armées occidentales ne laisse aucun doute quant à l’impossibilité de repousser les étrangers par la force. Le shôgun doit alors céder à la pression exercé par les américains ce qui lui attise la haine d’un mouvement  d’activiste en faveur de l’expulsion des étranger. L’opposition veut évincer le shôgun du pouvoir et restaurer l’empereur dans ses fonctions de dirigeant du pays.

Le pays se divise alors entre les clans fidèles aux shôgun Tokugawa et ses opposants qui se réunissent sous l’effigie de l’empereur. Afin d’éviter des effusions de sang, le dernier Shôgun, Yoshinobu Tokugawa, remet le pouvoir à l’empereur le 9 novembre 1867. Cependant il garde une place primordiale dans le nouveau gouvernement. Très vite les hommes du Sha-Cho, les deux clans qui mènent l’opposition, l’évincent du pouvoir en organisant un coup d’état en janvier 1868. C’est le début de la Restauration Meiji (明治維新 /Meiji Ishin).

La Restauration Meiji :

Suite aux traités inégaux que le Shôgun a été contraint de signer avec les pays occidentaux après la démonstration de force des américains en 1853, le shôgun doit faire face à une opposition qui s’organise afin de l’écarter du pouvoir. Une tentative de résolution pacifique du conflit est mis en place en 1867, avec les insignes du pouvoirs remises à l’empereur et un nouveau gouvernement qui voit le jour.

Mais le coup d’état du ShaCho qui exclu définitivement le Shôgun du pouvoir déclenche une nouvelle crise. Commence alors la Guerre de Boshin (戊辰戦争 /Boshin sensou) (janvier 1868 -mai 1869).

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Samouraï du clans Satsuma durant la guerre de Boshin

Après le coup d’état, Yoshinobu tente d’organiser une résistance armée, mais échoue et fini par négocier sa capitulation. Il se retire à Mito, mais les clans Aizu, Kuwara et le Shinsengumi, n’acceptent pas cette capitulation. Ils continuent de s’opposer par les armes au nouveau gouvernement. Leurs troupes seront défaites les unes après les autres et la guerre prends fin en 1869.

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Yoshinobu Tokugawa (1867)

L’Empereur, restauré dans son pouvoir de dirigeant du pays va conduire le Japon vers une modernisation forcé, ce qui bouleversera l’organisation sociale du pays. Depuis des siècles, le Japon se trouve sous l’autorité de la caste militaire : les samouraïs. Le nouveau gouvernement, va peu à peu, priver l’ancienne aristocratie militaire de ses privilèges. Si certaines familles de samouraïs réussissent cette conversion en intégrant l’armée, l’administration civile ou en devenant les premiers grands industriels du pays, beaucoup de samouraïs de bas étage se retrouveront à la rue, privé de tout ce qui faisait leur identité. Une violente révolte éclate en 1877, dirigé par celui qui fut un des grand meneurs des armées impériales contre le shôgun quelques années plus tôt : Saigo du clan Satsuma. Les rebelles sont écrasé dans un combat sanglant.

Afin de se moderniser, le gouvernement fait appel à des spécialistes étrangers et envois de jeunes cadres étudier en Europe et en Amérique pour apprendre le meilleur de ce que chaque pays a à offrir. On étudie les navires anglais, l’art militaire et la médecine en Allemagne, le droit et l’administration en France, et bien sûr, les méthodes commerciales aux États-Unis. En deux générations, la société japonaise a achevé un profond changement, en place de l’ancienne stratification sociale basé sur l’hérédité, le prestige dans ce nouveau Japon se fonde sur le niveau d’éducation.

Par les grands bouleversements qu’elle a apporté, cette période historique marque les esprits et inspire de nombreuses fictions. Loin de vous proposer liste exhaustive, je vais présenter quelques séries qui nous permettent de découvrir cette période historique.


Ces animes qui nous parlent d’histoire :

Quant on parle de Restauration Meiji, on pense tout de suite à Kenshin le Vagabond, manga de Nobuhiro Watsuki, adapté en anime et même en film live. Quand l’histoire commence, nous somme à Tokyo en 1878. C’est en 1868 que la ville de Edo prendra le nom de Tokyo, « la capitale de l’Est ». Depuis 1876, les samouraï ne peuvent plus porter leurs sabres, pourtant, Kenshin, bravant cet interdit, vagabonde à travers le pays dans la tenue traditionnelle du samouraï un sabre à la ceinture.

Dès le premier épisode on apprend que Kenshin n’est autre que Battosaï, un redoutable assassin ayant travaillé pour le compte de l’armée impérialiste durant le conflit qui opposa les impérialistes à la résistance des troupes shogunales. Écœuré par tous le sang versé et l’absurdité de cette guerre fratricide, Kenshin déserte le champ de bataille et devient un vagabond. Il fait la promesse de ne plus jamais tuer.

Il se trouve que quatre assassins rattachés aux mouvements des Ishin Shishi (groupe réunissant différents mouvements opposition au Shôgun) ont réellement existait. On les appelait les Hitokiri (人斬り). Quatre samouraïs particulièrement doués au sabre qu’on envoyait éliminer les personnalités importantes de l’opposition. Parmi ceux-ci, Kawakami Gensai (河上彦斎) aurait servi de modèle pour le personnage de Kenshin, bien que la fiction s’éloigne terriblement de la réalité.

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Tout comme Kenshin, Kawakami avait des traits fin et de long cheveux ce qui lui donnait une allure féminine. Mais son caractère était à l’opposé de sa physionomie. Froid et calculateur, il était un excellant escrimeur et un redoutable assassin. Il crée son propre style de sabre : le Shiranui ryû (不知火流) après avoir étudié le ken-jutsu sous l’autorité de Todoroki Buhei. Le Shiranui ryû se caractérise par une très grande rapidité. Cette rapidité est également la base du style de ken-jutsu pratiqué par Kenshin dans l’anime : le Hiten Mitsurugi ryû (飛天御剣流).

Tout au long de l’anime (et du manga) on rencontre plusieurs personnages ayant un lien avec les fait historiques de cette période charnière de l’Histoire du Japon. A travers les réflexions de Kenshin sur son pays et ses transformations, l’auteur met l’accent sur un aspect négatif de la modernisation du pays : les pertes de valeurs des samouraï. Ces derniers perdent leur raison de vivre et ont beaucoup de mal à s’adapter à la nouvelle société. Kenshin est favorable aux nouvelles valeurs du Japon moderne tel que le respect de la vie, mis en avant par Kaoru et son dojo où le sabre devient un arme pour protéger et non détruire, où le kenjutsu est plus proche du kendo moderne que de l’art de la guerre. Malgré cela, il exprime également un regret des valeurs du passé tel que l’honneur et le courage, bref le bushido (voie du guerrier) de l’ancienne caste de samouraï à la quel il a appartenu. Cette ambivalence des sentiments de Kenshin semble bien mettre en lumière ce que ont du éprouver bien des samouraïs de cette époque, un mélange de nostalgie des valeurs passées et une envie de progrès.

La deuxième série qui me vient à l’esprit, c’est Hakuôki, qui nous présente un Shinsenguimi très romancé. Le Shinsengumi est une milice chargée de la protection de Kyoto. Il est formé de jeune samouraï et applique des règles très strictes basées sur le bushido. Au moment du conflit opposant les partisans de l’empereur aux forces shogunales, le Shinsengumi reste fidèle au Shôgun. Par son aspect très strict, le Shinsengumi fascine beaucoup d’auteurs, notamment dans l’univers manga. Hakuôki est tout d’abord un jeu vidéo, adapté en 2010 en série animée. Celle-ci suit les aventures d’une jeune fille à la recherche de son père qui se retrouvera sous l’aile protectrice des membres du Shinsengumi. Plus qu’une série historique, on est dans un univers fantastique, pourtant les personnages tirent leur identité des véritables membres du Shinsegumi, de même certains fait historiques avérées y sont mis en scène.

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D’autres manga nous parlent du Shinsengumi : Corps et âme de Aya Kanno, Peace Maker de Nanae Chrono… mais je ne les connais que de nom.

Le début de ère Meiji et ses différents conflits sont au centre d’une série que j’aime beaucoup : Bakumatsu Kikansetsu Irohanihoheto. Ici aussi, l’Histoire avec un grand H se marie au fantastique avec des hommes agissant sous l’emprise d’une tête démoniaque. Mais derrière cette façade fantastique qui nous tient en haleine, l’anime donne beaucoup de détails sur l’histoire du pays et les différentes batailles. On y rencontre également de nombreux personnages historiques parmi lesquels les membres du shinsengumi mais aussi Saigo Takamori, Sakamoto Ryôma et tant d’autres.

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Bataille de Ueno par Utagawa Yoshimori (1870)

Dans un style très différent Samourai dans la tourmente nous parle également du conflit qui déchire le pays. Ici l’Histoire n’est pas teinté de fantastique mais prend une allure de romance homosexuelle. Les deux héros sont des samouraïs qui tombent amoureux l’un de l’autre mais se retrouverons dans les camps d’adverses quand le conflit armé éclate. Une histoire très émouvante que je trouve bien plus intéressante encore avec cet éclairage historique.

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Vous connaissez d’autres animes / manga qui parlent du Bakumatsu et/ou de la Restauration Meiji ? Perlez-nous-en !

Dans le prochain épisode de Quand l’anime nous parle d’histoire : les hommes fort du Bakumatsu.


Plus d’Histoire ?

Faite un tour sur Sukinanihongo :

La fin du shogunat ou 幕末 (ばくまつ)

Les derniers shogun et la cour impériale

Choshu et Satsuma

 

Bibliographie :

Edwin O. Reischauer. Histoire du Japon et des Japonais. Des origines à 1945. Edition Seuil, 1973. Chapitre 8 : A l’école de l’Occident  (p133-168)

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