Il était une fois Ludwig, le prince nécrophile

 

Il était une fois, dans un pays lointain, une très beau prince du nom de “Ludwig”. Ses traits étaient tellement fins qu’on aurait dit une chanteur de “visual rock”. Il était aussi très vaniteux et très coureur…

Le roi, qui se faisait du souci pour Ludwig, le mit à la porte, en le sommant de ne pas revenir avant d’avoir trouvé une princesse digne de devenir son épouse.

Ainsi commence Ludwig révolution de Kaori Yuki. Un conte à la fois “traditionnel” et complètement disjoncté. Traditionnel par son entré en matière : un prince en âge de se marier quitte le château du roi, son père, pour aller chercher une épouse. Plus traditionnel encore par la suite puisque Ludwig n’est que le messager qui permettra à Kaori Yuki d’explorer l’univers des contes des frères Grimm. Dans sa quête d’épouse, Ludwig va rencontrer toutes les princesses issues de nos contes traditionnels. Pourtant… c’est princesses n’ont rien de traditionnel !

 

Déjà avec l’introduction on comprends la tournure disjoncté que va prendre le récit. Ludwig est certes prince, mais il se caractérise surtout par son allure de chanteur visual kei et son caractère sadique. Pire! Il est nécrophile ! Dans sa cave il collectionne les jolies princesses endormies (du plus profond des sommeil !).

Les autres personnages n’ont rien à envier à Ludwig, puisque à chaque étape de son voyage on entre de plein fouet dans un conte qui, en quatre coups de crayon, est complètement détourné et perverti. Oui, perverti ! Les contes traditionnels, bien que loin des versions guimauve de Walt Disney, sont tout de même là pour inculquer une morale, apprendre aux jeunes gens comment se comporter dans la vie. Il défendent des valeurs tel que le courage et la bravoure, la patience, l’intelligence, la gentillesse…. bref, les héros et héroïnes y sont mis à rudes épreuve mais grâce aux merveilleuses vertus de leur cœur, ils s’en sortent toujours. Kaori Yuki dépouille tous les contes de leur vertu et les remplace par des vices bien plus grand encore : la vanité, la luxure, l’obsession, le mensonge… tout les coups sont permis dans ce vil monde où notre beau prince nécrophile fini par avoir l’air d’un saint.

J’aurais voulu vous parler de la série complète, qui s’achève en 4 tomes, à l’occasion de sa mise à l’honneur sur k.bd en ce mois dédié aux contes traditionnels. Mais… je me suis laissé déborder par le temps et je n’ai pas eu le temps de me procurer le tome 3 (dont le prix s’est envolé comme feuilles au vent) celui-ci étant en cours de réédition. Selon le libraire il devrait être à nouveau disponible en novembre (alors ceux qui mettent leur vieux tome en vente à des prix prohibitifs ils se feront du flous sur le dos de quelqu’un d’autre !!). Moi j’ai assez à dire avec les 2 tomes en ma possession ! Na ! 😛

J’avais déjà brièvement parlé du tome 1 dans le petit panier n°7, je voulais vous en dire un peu plus long sur ce manga qui sied si bien à notre thème du mois.

Le manga en lui même n’est pas original, en disant cela je pense à ceux qui n’aiment pas les manga ou seulement les manga d’auteur affranchi de tous les codes du genre (mais à qui est-ce que je pense ? le Champi là au fond de la salle. Oui, oui, c’est bien à toi que je pense 😉 ). Kaori Yuki exploite tous les codes du shôjo, elle les surexploite même ! Elle en fait des tonnes. Son dessin est très typé, pas particulièrement original. Tout comme ses personnages qui sont toujours dans l’exagération. Mais ici cette exagération est pleinement assumée et tournée en dérision. Et c’est justement cette dérision qui m’a interpellé dans Ludwig révolution. Avec ce titre Kaori tourne en dérision à la fois nos contes traditionnels avec leur morale et le shôjo manga avec ses canons. A chaque situation dramatique vient s’ajouter un détail faisant basculer la scène dans le ridicule. Rien n’est prix au sérieux. Sans faire de ce manga un chef d’oeuvre, je trouve que l’exercice est intéressant, d’autant qu’il touche à des référence que nous connaissons très bien contrairement à d’autres manga très ancré dans la culture nippone.

Ce sabotage systématique des contes de fée fonctionne très bien, mais ne risque-t-il pas de devenir lassant au bout que plusieurs tomes ? Je ne serait vous dire, puisque sur les 4, je n’en ai lu que deux pour le moment. Ayant lu les deux à plusieurs mois d’intervalle, je n’ai éprouvé aucune lassitude. Si certains cœurs romantiques ont préféré l’histoire de la princesse ronce, c’est pour ma part celle que j’aime le moins parce que justement c’est celle qui est le moins tourné en ridicule. Le ton y devient plus sérieux et plus typiquement shôjo mélodramatique. Moi j’ai préféré une Blanche neige perfide et lubrique ou un petit chaperon meurtrier. Des personnages tellement décalé que pas un instant on ne peut les prendre au sérieux.

 

Dès le deuxième tome on voit poindre en arrière plan une histoire de complot touchant directement le prince Ludwig, si je comprend l’apparition de ce fil rouge pour séduire et fidéliser les jeunes lectrices dans un système de publication par épisode en magazine, j’avoue que personnellement ce fil rouge ne m’intéresse guère car je ne cherche pas ici le mélodrame mais la dérision. Kaori réussira-t-elle à marier ces deux aspect contradictoires du récit sans un délaisser un au profit des autres ? La réponse vous l’aurez en lisant Ludwig révolution (ou dès que j’aurais réussi à mettre la main sur les deux tomes suivants).

En attendant je conclurais en disant que ce manga vaut le détour et mérite d’être cité par son approche originale du conte de fée. Mais que le titre s’adresse à un public de mangaphiles amateur de shôjo. Je ne conseillerais pas ce titres à ceux qui ne lisent pas de manga au risque de les choquer ou pire les dégoûter. Après, tout les goût sont dans la nature, il se peut que certains ai le coup de foudre pour ce titre alors même qu’il n’ont ouvert aucun autre manga. Personnellement je pense que si on m’avais donné ce titre à lire il y a 10 ans, j’aurais fui 🙂

Et pour me faire pardonner de n’avoir lu que les deux premier tomes avant d’écrire cet article, je vous ai dégoté ce joli AMV de Nilettee, enjoy !

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3 réflexions au sujet de « Il était une fois Ludwig, le prince nécrophile »

  1. Très bon article, qui présente bien une série longtemps espérée en France. Bon, peut-être pas si attendue que ça, mais moi j’ai longtemps rongé mon frein avant sa sortie >_<

    J'ai trouvé que le fil rouge permettait justement de conserver une cohérence tout au long de la série. En revanche, je t'assure, on a droit jusqu'à la fin à de très, très nombreux personnages totalement délirants. Sur la fin, l'histoire n'est plus découpée par chapitres plus ou moins indépendants, mais le côté conte de fées glauque est toujours là.

    Pour la réédition, je pense qu'elle est liée à la sortie du volume 5 (ou de la nouvelle série). Je n'y croyais plus depuis le temps, mais il sera chez nous en novembre prochain sous le titre de Ludwig Fantasy.

    1. En tout cas les libraires (j’en ai consulté plusieurs) m’ont dit que la réédition serait disponible au moment de la sortie de la nouvelle série. Il ne me reste plus qu’à patienter un peu 🙂
      J’étais un peu déçue de ne pas avoir pu finir la série avant la sortie de Ludwig Fantasy, mais c’est pas grave, je ferais une indigestion de Ludwig en novembre 😀
      En tout cas, je suis contente que mon article te plaise. Je n’étais pas sur d’arriver à en parler correctement.

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