L’Ours-roi Valemon [conte]

12 janvier 2020 3 Par Bidib

Prenez place, le feu crépite dans la cheminée. Le thé est bien chaud et les biscuits sortent à peine du four. Vous êtes bien installés ? Je vais vous raconter une histoire. L’histoire de l’ours-roi Valemon.

“Kvitebjørn Kong Valemon (White-Bear-King Valemon)” illustrated by Svein Solem

ours-roi Valemon illustré par Svein Solem

Il était une fois un roi qui avait trois filles. La petite dernière, c’est toujours la petite dernière, était très belle et bonne et tout le monde l’aimait beaucoup. Un jour, la princesse fit un rêve où elle avait une énorme et magnifique couronne. La couronne était si belle qu’elle en était toute émue. Et même à son réveil, l’image de la couronne la hantait encore. Il lui fallait cette couronne à tout prix, elle ne pourrait pas vivre sans. Le roi, qui aimait beaucoup sa fille, ordonna à tous les orfèvres de fabriquer la couronne dont la princesse avait rêvé. Certaines de ces couronnes étaient très belles, mais aucune n’était à la hauteur du rêve. La princesse se morfondait. Seule la couronne de son rêve pourrait lui redonner le sourire.

Un jour, alors qu’elle se baladait en forêt, elle croisa un ours blanc qui portait la couronne de son rêve sur la tête. Elle le supplia de lui offrir la couronne. L’ours accepta à une condition : elle devrait l’épouser. Peu lui importait, à cette belle et bonne princesse, qui elle épouserait si elle pouvait avoir la couronne ! Après quelques négociations, il fut convenu que l’ours viendrait la chercher le jeudi suivant.

Le roi pensait qu’il ne serait pas bien difficile de repousser un ours blanc et ne s’inquiéta pas outre mesure de cette promesse de mariage. Il était heureux d’enfin voir sa fille sourire à nouveau. Le jeudi arriva et des gardes furent postés devant l’entrée du château pour empêcher l’ours de rentrer. Mais quand celui-ci arriva, il ne lui fallut que quelques minutes pour se débarrasser des garder. Le roi effrayé lui envoya sa fille aînée. Il parait qu’elle était laide et méchante, alors s’en débarrasser ne semblait pas trop gêner le bon roi.

L’ours plaça la princesse sur son dos et marcha, marcha, marcha très loin et plus loin encore. Alors il dit : « Avez-vous déjà été assise aussi bien, avez-vous déjà vu aussi claire? ». La princesse lui répondit : « sur les genoux de ma mère j’ai déjà été mieux assise, et dans la cour de mon père j’ai déjà vu plus clair. » Oh! la vilaine ! L’ours comprit tout de suite que ce n’était pas la bonne princesse. Faut croire qu’il n’y voyait pas très clair. Quoi qu’il en soit, il lui dit « alors vous n’êtes pas la bonne ». Et il la ramena chez elle, promettant de revenir le jeudi suivant pour amener sa promise.

Comme promis, le jeudi suivant l’ours vint chercher sa princesse. Le roi avait prévu le coup et avait fait doubler sa garde. Mais il ne fallut pas beaucoup d’effort supplémentaire à l’ours pour se débarrasser une fois encore de tous les soldats. Le roi, pour éviter qu’il n’y ait trop de blessés, lui envoyait sa seconde fille, qui, parait-il, était tout aussi laide et méchante que sa grande sœur. Décidément, ce roi est vraiment un brave homme, toujours propt à sacrifier ses filles laides.

L’ours, qui ne voyait toujours pas très clair, mit la princesse sur son dos et s’en alla. Il marcha, marcha, marcha très loin et plus loin encore. Alors il dit : « Avez-vous déjà été assise aussi bien, avez-vous déjà vu aussi claire? ». La princesse lui répondit : « sur les genoux de ma mère j’ai déjà été mieux assise, et dans la cour de mon père j’ai déjà vu plus clair. » Vous voyiez bien que cette princesse est aussi mauvaise que la précédente. L’ours lui, se rendit tout de suite compte le la tromperie. « Alors vous n’êtes pas la bonne », lui dit-il avant de la ramener chez elle. Il promit de revenir le jeudi suivant pour récupérer sa promise. La bonne, cette fois !

Le jeudi suivant le roi fit venir toute son armée pour protéger le château contre le terrible ours blanc qui voulait le priver de la seule fille qu’il aimait vraiment ! Mais une armée entière ne suffit pas à arrêter un ours enchanté. Il ne fallut pas bien longtemps à l’ours pour mettre l’armée en déroute. Le roi n’eut pas d’autre choix que de céder, et cette fois il envoya la belle et vertueuse princesse. Vous vous souvenez ? Celle qui ne peut pas vivre sans une couronne. Celle qui se fiche bien de qui elle épouse si elle peut obtenir le trésor qu’elle convoite. Oui, la plus vertueuse des trois princesses… Ce n’est pas moi qui le dis ! C’est le conte.

Enfin l’ours retrouvait sa fiancée. Il la fit monter sur son dos et marcha, marcha, marcha très loin et plus loin encore avant de lui demander : « Avez-vous déjà été assise aussi bien, avez-vous déjà vu aussi claire? ». Moi, là, je me demande pourquoi l’ours attend d’être aussi loin pour poser la fatidique question. Mais la princesse elle ne se doutait pas que ses deux sœurs avaient déjà dû répondre à cette question, alors, très innocemment elle lui répondit : « Non, jamais ». « Alors vous êtes la bonne », dit l’ours blanc, heureux d’avoir enfin trouvé la bonne princesse.

illustré par William Stout

L’ours amena la belle princesse dans son château qui était si beau qu’à côté de celui-ci le château du roi avait l’air d’une modeste maisonnée. La princesse y vivait une belle vie. Sa seule tache était d’entretenir le feu et de veiller à ce que jamais il ne s’atteigne. L’ours blanc était absent toute la journée et ne revenait qu’à la nuit tombée pour se glisser dans le lit nuptial avec un corps d’homme. La princesse eu, de lui, 3 enfants, un chaque année passée à ses côtés. Mais l’ours enlevait chaque enfant dès la naissance. La princesse, seule, séparée de ses enfants et mariée à un ours dont elle n’avait encore jamais vu la forme humaine, devint de plus en plus triste et demanda à l’ours de pouvoir rendre visite à sa famille. L’ours lui accorda cette faveur, mais la mit en garde : « N’écoute que ton père. Tu ne dois pas suivre les conseils de ta mère ». La princesse promit et partit rendre visite à son père, sa mère et les deux soeurs dont tout le monde se fiche bien.

Là-bas elle raconta sa vie à ses parents. La mère, curieuse comme le sont toutes les femmes, conseilla à sa fille d’emmener une bougie et de l’allumer une fois l’ours endormi pour voir à quoi il ressemblait sous sa forme humaine. Mais le roi lui déconseilla, pensant que cela lui causerait bien plus de mal que de bien. Peut-être pensait-il que l’ours était un homme très laid, ou peut-être n’était-il pas très curieux ? En tout cas, il encouragea sa fille à ne pas tenter le diable.

La princesse comme sa mère était curieuse. De chez ses parents, elle avait amené une bougie qu’elle cacha dans la chambre. Une fois l’ours rentré et profondément endormi, elle la sortit de sa cachette, l’alluma pour voir à quoi ressemblait son époux. Qu’il était beau ! Elle voulut le voir de plus près, se pencha, et une goutte de cire chaude tomba sur le visage du beau prince.

« Qu’avez-vous fait ! » s’écria le prince en se réveillant. « Si seulement vous aviez tenu un mois de plus, l’enchantement aurait été brisé et j’aurais été libre. Mais il a fallu que vous écoutiez votre mère. Maintenant, je dois partir pour épouser la sorcière qui m’avait enchanté ».

illustré par John Moyr Smith

La princesse eut beau pleurer, supplier, dès le lendemain matin l’ours parti. Elle s’accrocha de toutes ses forces à sa fourrure pour le suivre, mais il ne fit rien pour l’aider, et elle finit par tomber dans la forêt. L’ours continua sa route sans l’attendre. Décidée à récupérer son fiancé, la princesse continua seule la route dans la forêt profonde. Elle marcha, marcha, marcha très loin et plus loin encore. C’est à bout de force qu’elle arriva devant une petite masure où vivaient une vieille femme et une très jolie petite fille.

« Avez-vous vu passer l’ours roi Valemon ? » leur demanda la princesse.

« Il est passé par ici ce matin, mais il est reparti si vite que vous ne le rattraperez jamais », lui répondirent-elles.

La petite fille jouait avec des ciseaux en or. Elle coupait l’air et des ciseaux tombaient d’élégants tissus en soie et en velours. Avec ces ciseaux elle ne manquait jamais de vêtements.

« Cette dame qui voyage si loin et doit travailler si dur en a plus besoin que moi », dit la petite fille avant de demander si elle pouvait les lui offrir. La vieille dame accepta et la fillette offrit à la princesse ses ciseaux magiques.

Avec ce beau présent, la princesse repris la route à travers la forêt, elle marcha, marcha encore et, au matin suivant, elle arriva devant une autre vieille cabane. Là aussi vivaient une ville femme et une jolie petite fille.

« Avez-vous vu passer l’ours roi Valemon ? » leur demanda la princesse.

« Il est passé par ici ce matin, mais il est reparti si vite que vous ne le rattraperez jamais », lui répondirent-elles.

La petite fille jouait avec une bouteille. Elle versait et des liquides de toute sorte en sortaient : du lait, de l’eau, du vin… la bouteille jamais ne tarissait.

« La dame voyage si loin et c’est si dur. Elle doit avoir très soif, elle en a bien plus besoin que moi » dit la petite fille. Et elle demanda la permission de lui donner. La vieille dame accepta et la princesse reprit la route avec dans ses bagages la bouteille magique. Elle marcha, marcha toute la journée et toute la nuit et au petit matin elle arriva devant une autre cabane.

illustration de Carl Larsson

Dans cette cabane vivaient également une vieille dame et une jolie petite fille.

« Avez-vous vu passer l’ours roi Valemon ? » leur demanda la princesse.

« Il est passé par ici ce matin, mais il est reparti si vite que vous ne le rattraperez jamais », lui répondirent-elles.

La petite fille jouait avec une nappe magique. Elle lui disait : « Nappe, étale-toi avec tous les bons plats !  » Et la nappe se déroulait couverte de meilleurs mets. Avec cette nappe, jamais la fillette de manquait de nourriture.

« La pauvre dame qui voyage si loin doit avoir bien faim. Elle en a plus besoin que moi » dit la petite fille. Et elle demanda la permission d’offrir la nappe magique à la princesse. La vieille dame lui donna la permission et la princesse reprit la route avec un nouveau trésor.

Elle marcha, marcha encore à travers la forêt jusqu’à arriver le jour suivant aux pieds d’une montagne si escarpée qu’il était impossible de grimper. Aux pieds de la montagne, il y avait une petite maison. La princesse frappa et une femme lui ouvrit et le fit entrer.

« Avez-vous vu passer l’ours roi Valemon ? » demanda la princesse.

« Il a grimpé il y a trois jours, et il est parti si vite que vous ne le rattraperez jamais ». Lui répondit la femme. Derrière elle se tenaient de nombreux enfants qui avaient très faim. Leur mère mit des pierres dans une casserole qui était sur le feu. Ils étaient si pauvres qu’elle n’avait pas de quoi les nourrir ni les habiller, mais cela lui faisait mal au coeur de les entendre pleurer de faim alors, elle faisait cuire des pierres en leur disant « les pommes seront bientôt cuites » pour qu’ils se calment un peu. Voyant cela la princesse sortit la bouteille et la nappe magiques, en un clin d’oeil la table fut remplie de bons petits plats, le vin et lait coulaient à flots. Il y en eut pour tous les enfants et plus encore. Alors la princesse sortit ses ciseaux magiques et commença à couper l’air, les tissus volaient autour d’elle et elle put confectionner des habits neuf pour chaque enfant.

« Vous avez été si gentille avec nous que nous vous aiderons à grimper la montagne. Mon mari est forgeron, quand il rentrera, je lui demanderais de vous forger des griffes pour vos mains et vos pieds pour que vous puissiez grimper », lui dit la femme. Et quand le forgeron rentra le soir, après avoir entendu toute l’histoire que lui raconta sa femme et après avoir vu ses enfants heureux et repu, il accepta de forger pour elle des griffes. Il travailla dur et deux jours plus tard la princesse eut de quoi armer ses mains et ses pieds pour grimper aux parois abruptes de la montagne.

Sans plus tarder, la princesse reprit la route et grimpa, grimpa, grimpa très loin et plus loin encore. Elle était à bout de force qu’elle atteignit enfin un plateau où se dressait un château. Nombreux étaient les artisans qui s’affairaient autour du château.

« Est-ce bien ici que vit la sorcière ? » Demanda la princesse à l’un eux. C’était bien là le château de la sorcière. Mais quand elle demanda à la voir, on lui dit que c’était impossible, la sorcière se mariait dans trois jours à l’ours-roi Valemon, elle était trop occupée avec les préparatifs pour recevoir la princesse. Alors la princesse s’assit sous les fenêtres du château, sortit ses ciseaux d’or et commença à couper l’air. Les plus beaux tissus en sortirent. Voyant cela par fenêtre, la sorcière demanda si elle pouvait lui acheter.

« Ils ne sont pas à vendre contre de l’agent » lui répondit la princesse « mais si vous me laissiez passer la nuit avec votre fiancé, alors ils sont à vous ». La sorcière accepta le marché, mais comme elle se méfiait, elle lui dit qu’elle devrait elle-même coucher et réveiller le prince. Celui-ci ne se doutait de rien et ne vit pas que la sorcière venue lui souhaiter bonne nuit, avait versé dans son verre des somnifères. Quand la princesse entra dans la chambre, le prince dormait d’un sommeil profond et ni les plaintes ni les sanglots de la princesse ne purent le réveiller.

Le matin suivant, la princesse s’installa à nouveau sous les fenêtres du château et commençait à jouer avec la bouteille. Les vins les plus précieux en sortaient et la sorcière, voyant cela, voulut à tout prix la bouteille. Elle ferait le plus bel effet sur sa table de noce.

« Elle n’est pas à vendre contre de l’argent » dit la princesse, « mais, si vous me laissez passer une nouvelle nuit avec votre fiancé, la bouteille est a vous ».

La sorcière se méfiait, mais comme elle était cupide, elle accepta le marché. Cette fois encore elle fit boire au prince une potion pour l’endormir. Cette nuit encore la princesse supplia et pleura, mais le prince ne bougea pas un cil. Mais cette nuit-là, un artisan travaillait dans la chambre d’à côté. Il avait entendu les pleurs de la princesse et, ému par le chagrin de la belle, le lendemain l’homme alla tout raconter au prince.

La princesse ne se découragea pas pour autant et le jour suivant elle s’assit sous la fenêtre avec sa nappe. Les plats les plus raffinés y étaient. Encore une fois, la sorcière émerveillée voulut lui acheter cet objet magique. Cela serait bien utile pour le repas des noces. Mais, encore une fois, la princesse réfusa son argent. Comme les deux précédents soirs, elle demanda à passer la nuit avec le prince. La sorcière accepta, sûre que sa ruse fonctionnerait encore. Le soir, avant que la princesse n’arrive elle alla trouver le prince avec sa potion. Celui-ci qui était maintenant au courant de tout fit semblant de la boire et de s’endormir. La sorcière pinça le prince pour voir s’il dormait vraiment. Celui-ci jouait bien la comédie et la sorcière laissa entrer la princesse.

Les deux amoureux enfin réunis, on put échafauder un plan. Il demanda aux charpentiers de fabrique une trappe pour le pont que le cortège nuptial devait traverser. Le jour de la noce, il fit passer la sorcière et toute sa suite les premiers, la trappe s’ouvrit et la sorcière accompagnée de sa cour fut précipitée dans le vide. Ainsi débarrassé de la sorcière et de son enchantement, le prince redevenu homme put se marier avec la belle princesse. Après toutes ses épreuves, la belle mérite bien qu’on dise qu’elle était bonne aussi. Ensemble, ils prirent le trésor de la sorcière et rentrèrent chez eux. Sur la route ils s’arrêterez dans les 3 masures récupérer les trois petites filles. La princesse comprit alors pourquoi l’ours lui avait enlevé ses enfants. Les petites filles avaient pour tache d’aider leur mère à retrouver l’ours-roi Valemon.

Arrivait au château on fit de grandes fêtes pour leur mariage, mais à moi, qui était là, on ne me donna rien.

l’ours-roi Valemon par Theodor Kittelsen

Je suis tombé sur ce conte en cherchant des illustrations pour mon article de présentation du challenge. C’est grâce à la peinture de Theodor Kittelsen que je l’ai découvert.

Cette histoire je vous l’ai raconté avec beaucoup d’humour, et en me moquant des stéréotypes qui m’ont toujours fait rire. C’est toujours la cadette qui est pleine de vertu. Ça m’a toujours agacé. Les ainés n’ont droit qu’à de mauvais rôles ! Et ici cela m’a marqué d’autant plus que dans le conte rien ne confirme ce qu’on  nous dit. L’héroïne ne me semble pas si vertueuse, elle est prête à épouser un ours juste pour posséder une couronne quand à ses soeurs elles n’ont pas l’air si méchantes.

Pour vous la raconter, je me suis inspiré de la version que j’ai découverte ici.

Malgré les clichés qu’on retrouve à chaque fois, j’ai aimé ce conte avec sa quête récupératrice. Un classique qui me rappelle l’un de mes contes d’enfance préférés : le prince grenouille. J’ignore l’origine de ce conte, mais tout comme ici, le prince ne devient homme que la nuit, et la princesse le brule avec une bougie ce qui le fait disparaitre. Là aussi elle devrait ruser et négocier avec la nouvelle future épouse du prince pour pouvoir le récupérer. On pense aussi au mythe d’Amour et Psyché. Mais surtout, ce conte a beaucoup en commun avec un autre conte norvégien : à l’ouest de la lune et à l’est du soleil. Un conte dont je vous reparlerais bientôt.

Pour les anglophones, je vous laisse découvrir la version publiée en 1917 dans Tales from the fjeld : a series of popular tales from the Norse écrit par Sir George Dascent et illustré par Moyr Smith (p 376)

J’ai appris que le conte a été adapté au cinéma dans un film norvégien de 1991. Si j’ai le temps, j’essayerais de le regarder avant la fin du mois pour vous en parler dans le cadre du thème mensuel.

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Je vous laisse sur cette très jolie illustration de Parvati Pillai . J’espère que ce conte vous a plu. N’hésitez pas à me dire si vous voulez plus de billets de ce genre. J’ai plein de contes en stock. 😉


Bibid raconte


thème de janvier : froid, neige, hiver

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