Archives de catégorie : littérature

Tokyo électrique

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Tokyo électrique

Nouvelles traduites du japonais par Corinne Quentin

Picquier poche

2006

Ce livre regroupe cinq nouvelles d’écrivains tokyoïtes, toutes se déroulent dans la ville de Tokyo. Le recueil est paru en 2000 simultanément en France (pays pour lequel il a été conçu) aux éditions Autrement et au Japon aux éditions Kinokumiya. En 2006 les éditions Picquier proposent la version de poche (celle que j’ai lu).

Quatrième de couverture :

Cinq écrivains japonais de premier plan nous livrent leur vision de Tokyo. Des vison de l’intérieur, où chacun s’approprie le paysage d’une cité aux multiples visages, des dancing de Shinjuku à la douceur des quartiers gagnés sur la mer de la ville basse. La prostituée philippine, la ménagère au poste de police, la femme qui disparaît après avoir brillé dans le cœur des habitués d’un bar comme la brusque flamme d’une allumette, l’homme qui s’est installé une tente au sommet d’une tour et découvre soudain de là-haut les étoiles. Autant d’éclat d’histoires qui, de nuit comme de jour, illuminent la ville de Tokyo et en dessinent la géographie sentimentale.

Les nouvelles :

Yumeko de Muramatsu Tomomi :

Un groupe d’amis discute dans un bar dans le quartier de Fukugawa…

Les fruits de Shinjuku de Morito Ryûji :

Deux étudiants désœuvrés et drogués traînent dans le quartier de Shinjuku avec une prostitué.

Amants pour un an de Hayashi Mariko :

Une jeune femme propose à l’homme avec qui elle vient de passer la nuit d’être sa petite amie pour un an, jusqu’à retour de la fiancé de se dernier, partie étudier à l’étranger.

La tente jaune sur le toit de Shiina Makoto :

Fujii rentre du travail et découvre que son immeuble a pris feu. Après avoir récupérer quelques affaires, il cherche un logement de fortune. Ce sera le toit de l’immeuble où il travaille.

Une ménagère au poste de police de Fujino Chiya :

Natsumi, mère au foyer, se met à observer les poste de police de quartier après que sa fille lui ai demandé pourquoi il n’y a pas de femme dans les postes de police.

Mon avis :

Tokyo électrique… Ce recueil aurait plutôt du s’intituler Tokyo soporifique ! C’est du moins ce que j’ai pensé à la lecture de la première nouvelle, Yumeko. Ce n’est pas qu’elle soit désagréable à lire, mais il n’y s’y passe absolument rien. Des hommes, menant une vie plus paisible les uns que les autres, pimentant leur quotidien en projetant des fantasmes sur une belle femme apparue dans le quartier, et repartie sans laisser de traces. Les digressions sont nombreuses et à plusieurs reprises je me demandait où l’auteur voulait en venir. Soporifique l’est encore plus la nouvelle de Fujino Chiya – une ménagère au poste de police – qui conclue se recueil de façon assez déplaisante. Je n’ai pas du tout aimé cette dernière nouvelles, qui d’ailleurs est aussi la plus longue et la moins intéressante. les personnages y sont attachants mais l’intrigue ne va nulle part et c’est beaucoup trop long.

Electrique aurait pu être Les fruits de Shinjuku, mais, là encore, si l’ambiance du quartier est agitée, les personnages eux sont complémentent shootés. Ils se traînent plus encore que les autres. Dans la poste face, Corinne Quentin nous explique que le but de ce recueil est de montrer le Tokyo vu par les écrivains tokyoïtes, vision qui viendrait se confronter à celle que véhiculent les nombreux écrivains immigrés ou de passage. Et bien, après lecture, j’ai le sentiment que le titre du livre véhicule justement l’idée que nous transmettent ces voyageurs et pas tellement celle que l’on ressent à la lecture des nouvelles. En lisant ces nouvelles on ne découvre pas une Tokyo surpeuplée et survolté. Ce sont plutôt des vies de quartiers tranquilles. Un peu comme si de nombreux villages étaient collé les uns aux autres, avec chacun sa spécificité. On ne ressent pas de frénésie dans ces récit.

Si la première est la dernière nouvelles sont plutôt ennuyeuses, j’ai beaucoup aimé le texte de Shiina Makoto : La tente jaune sur le toit. L’histoire est amusant et le style vivant et agréable. le style de Hayashi Mariko aussi n’est pas mal. Mais j’ai moins aimé son histoire qui donne une image assez négative des femmes tokyoïtes.

D’ailleurs, de ce recueil, plus qu’une photographie de la ville de Tokyo, ce que j’ai retenu c’est l’image de la femme que projettent plusieurs nouvelles. J’ai du mal à trouver les mots pour exprimer avec exactitude ce que j’ai ressenti en lisant ses nouvelles, mais j’ai eu le sentiment d’une société rétrograde où les femmes, bien qu’émancipée financièrement, occupent une position sociale que je ne leur envie pas du tout. Position dans laquelle, d’ailleurs, elle se mettent elle-même, à l’instar de l’héroïne de Amants pour un an qui accorde plus d’importance au statut social de son amant qu’à sa moralité douteuse. Globalement, je trouve que ses nouvelle donnent une image assez négative de la femme japonaise.

J’ai été un peu déçue en lisant ce livre. Ce n’est pas que je m’attendais à quelque chose d’autre, mais, mise à part la nouvelle de Shiina Makoto, dont j’aimerais lire d’autres textes, je me suis plutôt ennuyée.

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N°6 ~ le light-novel

N°6 T1

Et bien, j’ai mis un an pour passer de l’intention de lire du light-novel à l’action. Et là, paf ! en l’espace d’un mois, 2 ligh- novel chroniqué ! J’en mets du temps pour démarrer, mais une fois lancée on ne m’arrête plus Hahaha!

Avec N°6 on est toujours dans la catégorie light-novel mais on change de registre. Si Le gardien de l’esprit sacré est un roman fantastique à ambiance vieil empire japonisant, ici nous somme dans du SF.

 Résumé :

Aster fait partie de l’élite de la cité N°6, son QI exceptionnel lui vaut cette place dans la haute société de la cité. Un soir, alors que la tempête fait rage, un inconnu entre dans la chambre d’Aster. Le jeune garçon est blessé et Aster décide de le soigner et de le cacher alors qu’il s’agit d’un criminel en fuite. Cet acte lui coutera sa place dans la haute société. C’est ainsi que la vie de Aster sera bouleversé le jour de ses 12 ans. Le temps passe et Aster ne cesse de penser au garçon qu’il a sauvé.

Quelques années plus tard, Aster est devenu gardien de parc, son chemin croisera à nouveau celui du Rat, le jeune fugitif. Alors qu’Aster se retrouve impliqué dans une histoire de morts suspectes, le Rat vient payer sa dette. La vie du jeune homme changera à un point qu’il n’aurais jamais pu l’imaginer.

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N°6 est une série en 9 tomes écrite par Atsuko Asano entre 2003 et 2011 et illustré (couvertures) par Toru Kageyama. Les éditions du Rocher ont publié entre 2008 et 2009 les 5 premiers tomes dans la collection Jeunesse. La traduction est de Momori Machida et Jean-Charles Vidal. Aurons nous droit à la suite ? Le dernier tome paru en français datant de 2009, j’ai bien peur que la suite ne voit jamais le jour dans nos contrés.

Mon avis sur les 5 premiers tomes :

Tout comme pour Le gardien de l’esprit sacré, je connais ce titre par son adaptation en série animée. La série, m’avais beaucoup plu et j’ai tout de suite eu envie de lire le roman. Mais, quand j’ai vu que la traduction s’arrêtait au tome 5 j’y avais renoncé. Pourtant, quand je suis tombé sur le tome 1 pour une bouchée de pain, j’ai pas pu résister, je me suis procuré les 5 volumes disponibles d’occaz.

Tout d’abord quelques mot sur le style et l’écriture. Le texte est très simple, facile à comprendre et à suivre. Beaucoup de dialogues, des phrases courtes et des scènes très visuelles. Le premier tome m’a même paru un peu trop simplet dans la façon d’écrire. Je trouvait qu’il manquait un peu de sophistication. Mais l’intérêt du scénario nous donne envie de poursuivre la lecture. Et je dois dire que j’ai trouvé les tomes suivant plus agréables du point vu littéraires, même si on reste dans une écriture simple.

No.6L’intérêt du livre, vous l’aurais compris, ne réside pas dans la qualité du texte, mais plutôt dans son scénario, complexe et intéressant. Nous somme dans une société futuriste où nombreux des défauts de nos sociétés actuelles ont été poussét à l’extrême. Les personnages sont attachants et donnent envie de les suivre dans leurs péripéties. Aster, le naïf, va devoir se durcir s’il veut pouvoir survivre à Bloc Ouest. Au même temps, sa présence va adoucir le terrible Rat, qui, sous ses allures impitoyables, caches un cœur tendre. On est curieux de voir comment chacun d’entre eux va se transformer, comment va évoluer leur relation entre amour et amitié. Les personnages secondaires sont également attachant, notamment Loueur-de-chien, jeune dresseur des chiens qui a été élevé par une chienne dans une meute de chiens errants. J’aime beaucoup ce personnage qui, malgré la dureté dûe à cette vie de misère, garde un côté enfantin qu’il cherche à réprimer.

Par delà les aventures des personnages, cette série offre également une intéressante critique de notre société. Dans les travers de la cité n°6, on peut y voir l’exagération des travers de nos propres sociétés. N°6 vit dans dans le luxe grâce à l’exploitation des zones périphériques où les gens vivent dans la plus grande précarité. Comment ne pas y voir un parallèle avec les grand états riches tel que le japon, les Etats-Unis mais aussi la France qui s’enrichissent en exploitant les matières premières et la mains d’oeuvre pas chère de nombreux pays sous-développé où règne la misère.

Si l’auteur à tendance parfois à en faire un peu trop, elle nous permet, tout en nous divertissant avec une belle aventure, de réfléchir à notre propre société et ses dérives. La cité n°6, par son système hyper surveillé et sécurisé m’a notamment fait penser à 1984 de George Orwell. Si nous ne somme pas ici dans un livre la même qualité, le regard que Asano porte sur la société n’est pas sans intérêt. Le problème, je l’ai dit, c’est qu’elle en fait trop. En voulant donner à son récit une allure de plus en plus dramatique elle en perd en vraisemblance. Le tome 5 nous offre des scènes d’une grande violence mais le récit en perd  en réalisme et en logique. En cela, la série est fidèle au roman. En la visionnant j’ai éprouvé le même sentiment. Au lieux d’être touché ou troublé par cette envolée de violence et de tragique, je me suis dit que c’était du n’importe quoi et que cela ne tenais plus la route. L’auteure se contredit elle-même. Difficile de vous expliquer pourquoi sans révéler des éléments clé du récit. Faudra me croire sur parole ou lire le roman pour comprendre ce que je veux dire.

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Malheureusement, la traduction française a été stoppé au tome 5 et je ne saurais donc jamais comment l’auteur arrive à se sortir des contradictions qu’elle crée dans ce tome. J’espérais pouvoir lire la suite en anglais, mais pour le moment seuls les 4 premiers tomes ont été traduits dans cette langue. Bien que le texte soit plutôt simple, je suis loin d’avoir le niveau nécessaire pour pouvoir le lire en version originale ! Et je dois avouer que malgré ses défaut, l’histoire est assez prenante pour que j’ai envie de connaître la suite.

Chaque tome se termine par une lettre de Atsuko Asano. Procédé que l’on retrouve régulièrement dans la littérature japonaise, notamment dans les manga et que je n’ai jamais vu dans un livre français. C’est intéressant, on fait connaissance avec l’auteure, on découvre comment l’oeuvre à vue le jour, quels étaient ses motivations,  ses difficultés. J’aime bien se côté intimiste qui se crée entre l’auteure et ses lecteurs.

N°6 est la seule série de Asano Atsuko traduite en français. Cette série est actuellement adapté en manga par Hinoki Kino, 7 tomes sont déjà paru au Japon. Le manga n’est pas licencié en France.

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Vous avez lu cette série ? Laissez-nous vos impressions.


Edit :

 Jade à partagé, en commentaire, le lien d’une pétition pour réclamer la suite du roman.

L’idée est amusante, même si le ton de la pétition est un tantinet agressif, j’ai signé avec plaisir puisque, après tout, si la suite été publié je la lirais à coup sûr !

Si vous aussi vous avez aimé le roman et voulez voir sortir la fin et/ou le manga signez aussi : c’est par ici

Qui sait, si on est assez nombreux cela pourrait bien marcher 🙂

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Le gardien de l’esprit sacré

le gardien de l'esprit sacré

 couverture française illustré par Thomas Ehretsmann

Pratiquement un an après avoir écrit Light novel (en France) je vais enfin publier une première chroniques sur l’un des rares light-novel publié en France. Il s’ajit de Le gardien de l’esprit sacré écrit par Nahoko Uehashi (上橋 菜穂子). Évidemment la version française n’est pas présenté comme un light-novel, mais tout simplement comme roman jeunesse, publié aux éditions Milan en 2011.

Le texte original s’intitule 精霊の守り人 (Seirei no Moribito) et est sorti en 1996. Il est le premier tome de la série 守り人シリーズ  (Moribito shirîzu), Guardian series en anglais, série de 12 romans auquel on peut ajouter un guide et un livre de recettes. Seule le premier, Serei no Moribito, a déjà été traduit en français. On trouve une traduction anglaise des deux premiers romans sous les titres Moribito : Guardian of the Spirit et Moribito II : Guardian of Darkness.

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Couverture japonaise

Résumé :

Balsa, une femme guerrière, spécialiste de la lance courte, travaille comme garde du corps. Un jour, de passage dans la capitale du Nouveau Royaume de Yogo, elle sauve la vie du deuxième prince. Cet acte désintéressé va bouleverser sa vie. Le soir même, la deuxième reine va lui confier la vie du jeune prince qui est possédé par un esprit. Balsa va devoir protéger le prince des assassins du Mikado, mais une autre créature menace la vie du prince…

Mon avis :

Il y a quelques années j’ai vu l’anime adapté de ce roman. Lire un livre dont on connais déjà l’intrigue peut se révéler ennuyeux. Et pourtant, je me suis facilement laisser entraîner dans l’univers du Gardien de l’esprit sacré, recréant dans mon esprit des images bien différentes de celles que propose l’anime. Nahoko Uehashi sait très bien construire son univers, alternant action et contextualisation de façon a ne jamais ennuyer le lecteur, tout on offrant une vision claire et construite du monde dans lequel évoluent les personnages.

L’aventure mêle fantastique et combat, le tout dans un univers directement inspiré de la Chine et du Japon ancien. Les personnages sont intéressants et attachants.

En introduction je disais que le roman s’intègre dans une série, cependant, l’histoire a un début et une fin, il peut donc se suffire à lui-même. Ceci dit, j’ai aimé Balsa, le personnage principal, la femme guerrière, et j’aimerais la retrouver dans de nouvelles aventures, en apprendre plus sur elle. Je crois bien que je me laisserais prochainement tenter par l’édition anglaise du deuxième tome.

Quant à la qualité du livre, il est écrit de façon simple et fluide. Il se lit très facilement. Quant à la traduction, une seule maladresse m’a vraiment fait tiquer :

– … et enfin, un point vital très important pour toi, spécifique aux hommes de sexe masculin. […] p.86

Heu… les hommes de sexe féminin, moi je connais pas !

Le Gardian de l’esprit sacré est un light-novel, le propre de ce genre littéraire est de proposer des textes écrit dans un style simple, privilégiant les phrases courtes et les dialogues, critères que l’on retrouve dans notre roman jeunesse. Ceci dit, les édition Milan le classent dans leur roman pour les 7-11 ans. Si moi j’ai trouvé la lecture très rapide et facile, j’ai bien peur qu’un enfant de 7 ans n’y comprenne pas grand chose. J’aurais plutôt dis à partir de 10 ans.

Que l’on soit jeune ou pas, ce livre fera passer un bon moment à tous ceux qui aiment les histoires fantastiques et les ambiances extrême-orient. Pour moi, il a été un excellant compagnon de voyage donnant de jolies couleurs aux trajets « maison-travail ».

      site officiel

Le royaume de Shin-Yogo :

Le royaume de Shin-Yogo s’inspire de la Chine et du Japon anciens. A sa tête se trouve le Mikado : l’empereur, considéré comme une divinité sur terre. Tel était le cas de l’empereur japonais (aussi appelé Mikado), mais aussi de l’empereur chinois.

Les mikado du royaume de Shin-Yogo étaient considérés comme étant d’ascendance divine et avaient trois épouses. La première à donner un héritier mâle au Mikado devenait ipso facto la première épouse. La suivante à mettre au monde un garçon était la deuxième épouse et la dernière la troisième épouse. p.14

A côté de l’empereur, on trouve le Seidôshi, « Grand Maître de la Voie des Astres » qui est celui qui tire véritablement les ficelles et dirige la politique du royaume. Il dirige le palais des étoile où les « liseurs d’étoiles » sont capables de prédire l’avenir. Son influence sur le Mikado est très grande.

Seidôshi, « Grand Maître de la Voie des Astres », était le titre officiel du supérieur des liseurs d’étoiles. Il n’y en avait qu’un et aucune autre personne dans tout le royaume n’inspirait autant de respect, hormis le Mikado et son entourage immédiat, bien entendu. Et encore. Celui qui portait ce titre était considéré comme le plus sage parmi les sages du pays, et jouissait d’un tel pouvoir qu’il pouvait influencer jusqu’aux volontés du souverain. p 36

Si les « liseurs d’étoiles » ont pu me faire penser aux maîtres du Yin et Yang (onmyôji) du Japon antique, j’ignore si leur influence sur la politique était comparable à celle du Seidôshi du Nouveau Royaume de Yogo.

Shin-Yogo, une péninsule au nord de Yogo.

Le Nouveau Royaume de Yogo a pour territoire la vaste péninsule de Nayolo, prolongée au nord par la chaîne des Monts des Brumes bleues, et entourée au sud, à l’est et à l’ouest par l’Océan. p.36

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source : site officiel

Il y a deux cent ans, le puissant royaume de Yogo était en proie à une « lutte sanglante » entre les princes héritiers. Le troisième prince, Yogo Togugaru, abdiqua de son titre de prince et se retira. Kaïnan Nanaï, liseur d’étoile, se présenta à lui affirmant qu’une prophétie lui avait révélé que le destin du prince était de fonder un nouveau royaume dans une péninsule au nord. (pp.36-42)

La péninsule de Nayolo m’a fait penser à la Corée. Tout d’abord parce que c’est une péninsule et qu’elle est protégé au nord par une chaîne montagneuse, puis parce que, de longue date, le Japon a cherché (et parfois réussi) à soumettre la Corée. Cependant la Corée est situé à l’est du Japon et non au nord.

Par ailleurs le peuple autochtone, les Yakoo, me fait penser aux Aïnous qui peuplent le nord du Japon et notamment l’île d’Hokkaidô.

Avant la fondation du Nouveau Royaume de Yogo, cette terre était habitée par un peuple nommé Yakoo, au menton carré et à la peau sombre. Les Yakoo vivaient dans de petits hameaux disséminés dans les plaines aux climat doux de la péninsule. Ils étaient des cultivateurs et des chasseurs. (pp.36-37)

Ceci dit, le climat doux de Nayolo ne correspond pas vraiment avec celui d’Hokkaidô, réputée pour ses hivers rigoureux.

Pourtant les nombreuses réflexions à propos des Yakoo, me font penser à la situation du peuple Aïnou au Japon. Tanda, aprenti chaman et ami de Balsa, se questionne à de nombreuses reprise au sujet de l’intégration des Yakoo dans la société Yogo dominante (et colonisatrice).

Et puis tu dis « un autre Yakoo », mais de nos jours, les Yakoo, comme les autres peuples, sont très largement métissés, comme moi. (p.115)

Le village de Yoshiro où Tanda allait bientôt arriver était un petit bourg en amont de la rivière de l’Arc bleu. […] Les habitants étaient dans leur majorité des métis de Yakoo et de Yogo, et vivaient dans des huttes de boue séchée en forme de bol renversés, l’architecture traditionnelle des Yakoo. En revanche, ils avaient depuis longtemps adopté les vêtements des paysans yogo […]Ils parlaient exclusivement yogo[…]. (p 142)

Son visage n’avait rien d’une Yakoo. Si elle partait vivre en ville un jour, personne ne pourrait deviner qu’elle avait du sang yakoo.

« Voilà comment les choses évoluent, pensa Tanda. Les Yakoo vont-ils totalement disparaître de la surface de la Terre? » (p.144)

Décidément, les Yakoo étaient en train de perdre les savoirs que leurs anciens s’étaient transmis durant des siècles. Pour Tanda ce n’était pas une découverte, mais en avoir la confirmation de façon si franche le rendait triste. (p.147)

Ces réflexions sur la disparition des tradition du peuple aborigène, ne peut que faire penser à l’acculturation, voir l’assimilation du peuple Aïnou au Japon. Au fils des métissages avec le peuple nippon, les Aïnou ont vu leur culture s’effacer et ce n’est que très récemment que les autorité japonaises ont pris à cœur de protéger la culture et les tradition de ce peuple autochtone. Je me demande si les réflexion que Nahoko Uehashi prête à Tanda sur l’acculturation des Yakoo ne sont pas là pour faire réfléchir les lecteurs nippons sur le sort des minorité culturelles de leur propre pays. Et d’une façon générale de nous faire tous réfléchir sur les processus d’acculturation et de sauvegarde des différences culturelles au sain d’un pays.

Quand aux traditions Yakoo, je serait bien incapable de dire si elles ont, de près ou de loin, quelque chose à voir avec les croyances Aïnou.

De même, si la civilisation Yogo rappelle énormément le Japon de Heian, l’auteur crée un univers à part. Le royaume de Shin-Yogo a sa propre histoire, ses croyances, sa culture… Nahoko Uehashi a su créer un univers convaincant dans lequel s’intègre parfaitement cette aventure de « Balsa à la courte lance ».

L’anime :

Le gardien de l’esprit sacré a été adapté en anime en 2007 par les studios Production I.G. Série télévisé de 26 épisodes de 25 minutes.

Réalisation : Kamiyama Kenji

Chara design : Asou Gatou

Musique : Kawai Kenji

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 site officiel

Je garde un très bon souvenir de cet anime qui m’avait séduit autant par son scénario que par la réalisation. Mais je l’ai vu il y a trop longtemps pour pouvoir en dire plus. Le livre m’a donné envie de la revoir. En attendant de pouvoir lire ici un avis construit sur la série, je vous invite à lire ce qu’en pense a-yin.

Le coin des curieux :

Hein ?! Encore des choses à dire ?! Ben oui, une fois que je suis lancée, on me retiens plus XD

Bon ,allez, je vais faire court.

Serei no moribito a aussi connu une adaptation en manga par Kamui Fujiwara en 2008, pré-publié dans Shounen Gangan. La série fait 3 volumes, elle n’est pas licencié en France.

Nahoko Uehashi est aussi l’auteur de La charmeuse de bêtes, autre light-novel publié en français par les éditions Milan.

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Par chemin de terre

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C’est sur le chemin de fer que j’ai savouré Par chemin de terre de Guillaume Miot, carnet de voyage retraçant le périple de Gaya  à vélo à travers le monde.

Je pars plein d’utopie. Je pars avec l’envie de confronter mes rêves à la réalité du monde tel qu’il est. Finis les filtres des lectures, des écrans, et des hauts parleurs ! A moi la liberté, à moi le monde !

Parti de la Baie de la Somme, Guillaume, alias Gaya, traverse d’abord l’Afrique, puis l’Inde et l’Asie du Sud-Est, l’Australie et la Nouvelle-Zélande avant de débarquer en Amérique du Sud et revenir chez lui en faisant un détour par l’Irlande et l’Ecosse. Un périple de  de plus de 46.000 km parcouru à vélo. Le but de son « éco-cyclette » n’étant pas seulement le voyage (le plus écologique possible) mais aussi d’aller à la rencontre de divers projets écologiques de par le monde.

[…] »éco-cyclette » ! Le mariage de l’écologie et de la bicyclette ! J’avais ouvert un dictionnaire pour lire la définition exacte du préfixe « éco » : « du grec oïkos qui signifie maison, habitait ». C’était exactement ça : l’écocyclette, ma maison à deux roues. Une maison écologique. Une vrai « auto-mobile ! » Avec la trace des pneus sur la terre comme seule empreinte… Une calligraphie dessinant une histoire sur le parchemin de Terre…

[…]

Demain, je quitterais la France. Et plus que ça ! Je ne fuis rien, je vais vers… J’abandonne seulement deux courses : celle à l’argent, et celle au temps. Je déserte le rang de ces luttes. Elles ne me parlent pas. Existe-t-il autre chose que la compétition permanente dans laquelle on vit, dès le plus jeune âge, dans nos sociétés occidentales ? Existe-t-il à travers le monde des modes de vie basés sur l’entente, la compréhension et la coopération ? Est-ce trop utopique d’y rêver ? Ma petite expérience  de vie m’a pourtant prouvé que des choses existent, en France et ailleurs. Je ne doute pas qu’aux quatre coins du monde, des femmes et des hommes développent des initiatives positives, créatives, humanistes et écologiques pour s’épanouir, individuellement et collectivement. C’est vers ces gens que je souhaite aller, et donner la parole aux sages, qui refusent la fatalité en plantant des petites graines d’espoir, aux quatre coins du monde. « Un arbre qui tombe peut faire beaucoup de bruit, une forêt en germination n’en fait aucun » disait Gandhi. Modestement mais sûrement, c’est cette forêt en germination que je veux prendre le temps d’écouter, pour mieux en relayer la musique grâce à notre petite association. Pour mettre en lumière les jeunes pousse de l’ombre. Pour les encourager dans leur croissance et former un poumon vert par-delà les frontières…

Dans ce livre, Guillaume Miot nous raconte ce long voyage de plus de 5 ans et nous livre ses impressions sur les divers pays traversés, le tout en seulement 212 pages, écrite dans un style très agréable, riche en jeu de mots et références, vivant et bien rythmé.

Je ne suis pas une lectrice de carnets de voyages. Non pas que cela ne m’intéresse pas, mais, chacune de mes précédentes tentatives se soldait par un échec, l’ennui venant me cueillir des le premier chapitre, voir les premières pages. Quand mon voisin est venu me présenter ce livre, c’est avec quelques réticences que j’ai accepté de le lire. Pourtant, dès les premières pages, tous mes doutes se sont évanouis. Je me suis plongé dans ce livre sans retenue, accompagnant ainsi mes trajet quotidiens (4 heures de transports en commun, ça laisse du temps pour lire) des voyages oh combien plus exotiques et passionnants de Guillaume.

Si ce livre ne m’a rien appris de nouveaux, il m’a beaucoup fait réfléchir. Au fil des observations auxquelles se livre l’auteur, je revenais sur mes propres idées, argumentant pour moi-même tel ou tel point. Bien que je partage l’opinion de l’auteur, le livre est propice à la réflexion. Et j’ai souvent fait des pauses pour réfléchir sur l’écologie, la condition humaine, les modes de vies, etc…

Étrangement, j’étais submergé par de très fortes émotions alors que le texte n’est pas particulièrement émouvant. En parcourant les chemins aux côté de Gaya, j’avais le sentiment de me trouver moi-même à des milliers de Km de ma propre route. Ce constat n’étant pas accompagné de regrets, mais plutôt de nostalgie. Nostalgie non pas d’un lieu, puisque je ne connais pas la plus part des pays traversé par l’auteur, mais d’un mode de pensée, voir même d’un mode de vie plus en accord, peut-être, avec ma nature profonde. C’est sans doute pour cela que ce livre m’a autant touché. Je n’avais pas le sentiment de lire les aventures lointaines d’un inconnu, mais d’écouter un vieil ami me raconter son voyage après une longue absence. Une lecture qui invite au dialogue (intérieur) avec l’auteur. Car, si je partage les grandes lignes de sa pensée, il y a biens de points sur lesquelles nous vues divergent, plus sur la forme que sur le fond.

Drôle de hasard, c’est après la traversée amazonienne, tout comme Hilomi, compagne de voyage de Guillaume, que j’ai commencé à me lasser du voyage.

A noter que le livre est entièrement fait main, ce qui fait de chaque volume un objet unique. La totalité des bénéfices de vente sont reversé à l’association Terre de Rêve pour la réalisation de projets écologiques. Si vous aimez les voyages et la nature, je vous conseille vivement ce beau livre auquel je ne ferais qu’un reproche : j’aurais aimé trouver en annexe les références des différents centres/associations et autres projets écologiques cités tous au long du livre.

Le texte est également disponible en ligne, gratuitement.

Pour en savoir plus : Par chemin de terre

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Le garçon qui voulait devenir un être humain

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Titre VO : Videre mod nord

Auteur : Jørn Riel

éditions Gaïa (2002 pour la traduction française)

Traduction de Susanne Juul et Bernard Saint Bonnet

1980

Livre 1 : Le Naufrage

Livre 2 : Leiv, Narua et Apuluk

Livre 3 : … et Solvi

 

Résumé :

Nous somme vers l’an mil et Leiv, un jeune viking islandais rêve de venger son père, tué par Thorstein. Afin d’assouvir sa vengeance, Leiv se glisse discrètement sur le bateau de Thorstein qui part s’installer au Groenland. Ce n’est qu’en pleine mer qu’il est découvert. Trop tard pour faire demi tour. Fatigué par le cycle sans fin des vengeances et attendri par le jeune âge du garçon, Thorstein lui propose une trêve. Leiv devra attendre d’avoir les bras aussi long que ceux de son adversaire avant de pouvoir le défier. En attendant ce jour, Thorstein prendra soin du garçon.

Mais avant que le bateau n’ai pu atteindre les côtes du Groenland et la nouvelle colonie, le convoi est pris dans une tempête et Leiv fait naufrage. C’est Apuluk et Narua, deux jeunes inuit, qui le retrouveront encore en vie échoué sur une plage. Les deux enfants décident de l’adopter et c’est ainsi que de nouvelles aventures commenceront pour le jeune Leiv, loin de sa terre natale. Aventures qui feront de lui un « être humain ».

Ce que j’en pense :

Riel nous entraîne dans un joli conte épique où Leiv et ses deux amis inuit, Narua et Apuluk, auront à vivre de nombreuses aventures et verrons plusieurs fois leur vie menacée. Ensemble ils affronterons les danger de la vie sur cette terre de neige et de glace, la chasse, les voyages, mais aussi les dangereux viking et les pirates anglais. Ensemble ils vont grandir, mûrir et devenir des adultes. Dans cette quête initiatique, Leiv devra choisir son chemin, et il prendra celui des « êtres humains ».

Alors que la bibliothèque mettait en avant la littérature nordique, mon regard est tombé sur ce roman au département jeunesse. Le titre m’a immédiatement fait penser au film l’enfant qui voulait être un ours dont je vous ai parlé récemment. Et je ne me suis pas trompée puisque, ici aussi, il est question de inuits. Mais, si le titre me rappelle le film, qui s’inspire des légendes inuits, l’histoire elle, n’a rien à voir.

Ce n’est pas seulement à cause de la ressemblance avec le film, que ce titre à attiré mon attention. Vouloir devenir un être humain est assez étrange, non ? Ne le somme-nous pas déjà ? Voilà une question qui, à elle seule, me donnait envie de lire ce roman. Peut-être savez-vous déjà ce que ce titre sous-entend. Si ce n’est pas le cas, je ne vous en dirais rien ! Histoire de vous donner envie de lire cette trilogie qui vaut bien le détour.

Bien qu’à la bibliothèque le livre était présenté comme un roman jeunesse, il plaira aux jeunes et moins jeunes, pour peu qu’on aime les voyages initiatiques et la découverte d’autres cultures. Écrit dans le style de récit traditionnel des légendes du nord, l’histoire se divise en 3 livres, et chaque chapitre est introduit par un petit paragraphe qui nous annonce ce qui vas se passe.

La Tempête

… où Leiv fait preuve d’un certain manque d’expérience, mais se sort malgré tout d’un mauvais pas grâce à Narua…

 Il y a beaucoup d’aventure, mais ce que j’ai, peut-être, préféré c’est découvrir la vie chez les inuits. L’auteur en donne, une vision trop positive, quelque peu idéalisé, mais à l’entendre nous raconter, on aurait bien envie d’aller vivre avec eux.

Les enfants n’avaient aucune notion du temps. Ils dormaient quand ils étaient fatigués, jouaient souvent dehors en pleine nuit, mangeaient quand ils avaient faim, et travaillaient quand ils en avaient envie. C’était peut-être pour cette raison que les enfants inuit grandissaient et devenait des être humains joyeux et heureux de vivre.

[…]

« Chez nous on ne réveille jamais quelqu’un qui dort » […] « parce que […] quand nous dormons, nous mourrons un petit peu. Quand tu dors, ton âme part en voyage, et si on réveille ton corps au mauvais moment, il n’est pas sûr que ton âme puisse retrouver son chemin »

 Aller chez les inuit oui, sauf peut-être pour le froid… et la nourriture !

On les invita à manger autant qu’il le pouvait de nombreux mets délicieux qu’on leur avait préparé.

Et il y avait là de quoi remplir l’estomac ! Il y avait de la viande de renne séchée, de la viande de phoque dans de nombreuses préparations, fraîche, pourrie, bouillie ou séchée. Il y avait des petits poissons que l’on nomme capelans, des guillemots bouillis, du saumon, des mergules confit, des myrtilles marinées dans l’huile de poisson et le contenu d’un estomac de renne.

Un vrai repas de fête ! Vous reprendrez bien un peu de phoque pourri ?

Ok, les repas de fête ne font pas vraiment saliver, mais le bouquin, enfin, les 3, sont succulent et je vous les recommande chaudement.

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Les enfants d’Icare

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Chidhood’s end

Arthur C. Clarke

1954

Traduction de Michel Deutsch

Éditions J’ai lu, 1978

C’est après avoir lu cet article que j’ai eu envie de lire ce roman de Science-Fiction. Bien que l’article disait que le style n’est pas excellent l’histoire me semblait intéressante et j’ai voulu en savoir plus.

Ah! au fait, pour ceux qui auraient cliqué sur le lien, il s’agit d’un article en italien (beaucoup trop long pour que je vous le traduise, désolé).

Alors, ce bouquin, ça parle de quoi ? 

Les hommes sont sur le point d’envoyer leur première fusée sur la lune. Mais, avant que celle-ci n’ai pu prendre son envole, une ombre obscurci le ciel des plus grandes villes du monde.
D’immenses astronefs planent sur touts les principaux centres urbains. Vous pensez tout de suite à Independence Day ? Oui, c’est un peu près ça à la différence aucune attaque ne va émaner de ses puissant vaisseaux. Ils restent là, immobiles, imposant, intouchables et silencieux. Ce n’est qu’après plusieurs mois que les habitants de ces nefs vont se manifester. Ils donnerons des instructions sur la direction que doivent prendre les politiques humaines. Conscients de leur immense infériorité technologique, les hommes n’aurons d’autre choix que d’obéir. C’est d’en haut de leurs nefs, passant par l’intermédiaire du secrétaire général des nations unies que les Suzerains vont donner leur ordres, sans se montrer, et conduire l’humanité vers une ère de paix bien malgré elle. Quel est donc le but de ses extraterrestres ? Pourquoi interviennent-il dans la politique humaine? qu’ont-il a cacher ? C’est sur plus d’un siècle que l’on va suivre l’évolution de l’humanité au contacte des Suzerains.

Au début j’ai trouvé que Tapiroulant (auteur de l’article suscité) était dur avec Arthur C. Clarke. Il n’écris pas si mal, me disais-je. J’avais même noté quelques phrases amusantes…
Oui, c’était au début du roman. L’histoire est intéressante, on a vraiment envie de savoir se qui va se passer. Mais le style est lourd, surtout lors des longs intermèdes explicatifs où Clarke nous donne d’amples détails sur la nouvelle société qui se développe sur terre. Non seulement j’ai trouvé ces passages assommants mais aussi absolument intéressants. Cela n’apporte pas grand chose à l’ensemble du récit.

Autre reproche que je ferais à ce roman, c’est la façon décousue dont avance le récit. Bien sûr, l’histoire se déroulant sur plus de cents ans, les personnages sur lequel on se focalise changent, mais on va parler d’un homme et de son projet à un moment puis, plus rien. On parle de toute à fait autre chose pendants plusieurs chapitres, pour revenir sur lui plus tard, c’est un peu déstabilisant. Car on a envie de le suivre encore un peu et on n’arrive pas à s’intéresser aux nouveaux personnages, on n’accroche pas aux nouveau événements parce qu’on reste sur notre faim concernant les événements précédents.

Malgré ses défauts littéraires, ce livre renferme quelques idées intéressantes. Toutefois j’ai été déçue par l’aspect physique des Suzerains. On en fait tout un mystère et quand enfin on les découvre, ben… j’ai pas trouvé ça très marrant comme hypothèse. Enfin… ce n’est qu’un détail. Des bonnes idées oui, cependant, j’avoue, je me suis forcée à le terminer, tentée que j’ai été plusieurs fois d’abandonner.

Là où je m’interroge, c’est sur la traduction du titre. Oui, encore la traduction ! Que voulez-vous, c’est un sujet qui m’intéresse tout particulièrement. Je disais donc, la traduction du titre en français me laisse perplexe. Le titre n’ai plus rien à voir avec la version originale (Childhood’s end) et surtout j’ai du mal à voir ce que titre  a à voir avec l’ensemble de l’histoire.
Les enfants d’Icare… Qu’est-ce qu’Icare vient faire là-dedans, je me le demande.

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Au sud de la frontière, à l’ouest du soleil

au sud de la frontière à l'ouest du soleil

Titre original : (国境の南、太陽の西, Kokkyō no minami, taiyō no nishi)

Haruki Murakami (村上 春樹)

1992

2002 pour la traduction française de Corinne Atlan

10/18 domaine étranger

Résumé :

voici ce que dit la quatrième de couverture :

Hajime a connu pour la première fois l’amour en compagnie de la douce Shimamoto-san. Séparé par la vie, il n’a pourtant jamais oublié. aujourd’hui, à l’aube de la quarantaine, Hajime est devenu un homme ordinaire et s’est construit une vie agréable entre famille et un métier qui lui plaît. Ce fragile équilibre résistera-t-il à ses retrouvailles avec Shimamoto-san?

Heureusement que je ne ai pas lu ce résumé avant de commencer le roman, car il m’aurais ôté toute envie de le lire.

Pourtant c’est vrai. Le livre nous parle de Hajime et de toutes les femmes qui ont marqué sa vie amoureuse. Pas seulement son premier amour, mais les autres aussi. Comment les a-t-il rencontré. Qu’elle était sa relation avec chacune d’elle. Comment leur chemin se sont ensuite écarté. Une histoire de la vie d’un homme somme toute assez ordinaire.

Pourtant, une fois commencé ce roman, je l’ai terminé en très peu de temps. Non pas qu’il y est du suspens, qu’il s’y passe des choses extraordinaire… Mais c’est un de ces livres qui vous font rentrer dans une sorte d’excitation, de fébrilité qui fait qu’on ne veut plus le refermer. Un livre qui vous manque quand la vie vous oblige à le fermer pour vous adonner à d’autre activité.

Pourquoi ai-je aimé ce livre ? L’ai-je vraiment aimé ? Je ne saurais répondre clairement à cette question. Je l’ai dévoré. Il m’a laissé cette drôle de sensation au creux de l’estomac. Pourtant, je n’aime pas particulièrement les histoires d’amour, cela m’ennuie. Et puis, j’ai détesté les personnages. Oui, je n’aime pas ce genre de personnages, à la recherche d’un amour absolu. Je ne sais pas pourquoi je les déteste mais je n’éprouve aucune affection pour eux, aucune compassion.

Mais alors, si l’histoire ne m’intéresse pas particulièrement et que je n’ai aucune affection pour les personnages, pourquoi ai-je lu avec autant d’avidité ce roman ? Sans doute la façon dont Murakami écrit. La façon dont il nous fait pénétrer dans l’intimité de son personnage principal. Qu’on l’aime ou qu’on ne l’aime pas, on devient le témoin privilégié de son histoire et on ne peut que l’écouter nous raconter ses amour, ses joies, ses souffrances.

1Q84.jpg

Ce n’est pas le premier roman de Murakami que je lit. On réalité, on m’a prêté celui-ci alors que je terminais à peine le premier tome de 1Q84 qui m’avait laissé assez perplexe. En effet, je ne peux pas dire que je n’ai pas aimé, mais j’ai eu beaucoup de mal à en venir à bout. Alors que l’histoire m’intéressait. J’ai trouvé qu’il était bien écrit. Mais, une fois refermé, je pouvais rester des jours, voire des semaines sans le rouvrir. Alors qu’il m’a fallu 3 mois pour le terminer. J’ai envie de lire la suite parce que l’intrigue m’intéresse. En somme tout le contraire de Au sud de la frontière, à l’ouest du soleil.


Le coin des curieux : 

Comme à mon habitude, j’aime bien aller chercher des petit détails qui illustrent les romans (manga, animes…) J’aime savoir de quoi on me parle.

Alors voilà, Murakami insère dans ses histoires beaucoup de musique, si dans 1Q84 ce sont surtout les références à la musiques classique qui m’ont marqué, ici c’est le jazz qui est à l’honneur :

Duke Ellington avec Start-Crossed Lovers

Nat King Cole avec Pretend

Et bien sûr South of the Border, a qui le roman doit une partie de son titre. Si dans le roman cette chanson est chanté par Nat King Cole dans le même album que la précédente, moi j’en ai trouvé aucune version chanté par Nat King Cole. Je vous propose donc la version de Sinatra

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Rencontre avec Gunnar Staalesen

C’est en total dilettante que je me suis rendue à cette rencontre littéraire qui se tenait dans notre petite médiathèque communautaire de Parthenay.

Dans le cadre du Festival Passeurs de monde(s) qui se tenait en Poitou-Charentes du 17 au 26 octobre, la médiathèque  recevait le 24 octobre dernier l’écrivain norvégien Gunnar Staalesen et l’éditrice Susanne Juul des éditions Gaïa, en présence du traducteur Alex Fouillet et animé par Gérard Delteil du monde Diplomatique.

Je n’avais pas de motivations particulières pour assister à cette rencontre, si ce n’est la pure curiosité, puisque je ne connaisses absolument pas l’écrivain, et que je crois n’avoir jamais lu de roman norvégien de toute ma vie. Mais la curiosité étant déjà un très bon prétexte, je me suis rendue à la médiathèque et je ne l’ai pas regretté. La rencontre était très intéressante.

La salle, trop petite et trop chaude, donnait au même temps un sentiment d’intimité très agréable. Gunnar Staalesen, bien qu’accompagné de son traducteur, s’exprimait fort bien en français avec un accent très charmant. Il est d’ailleurs plutôt bel homme se qui rend cette rencontre d’autant plus agréable.

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Gérard Delteil commence la rencontre avec quelques questions, assez bateau, je trouve, sur la criminalité en Norvège, existence de détectives privés tel que Varg Veum, personnage principal d’une série de 17 romans policiers de Staalesen. S’il est toujours intéressant d’apprendre sur d’autres pays, sur d’autres cultures, j’ai trouvé les questions assez maladroites et pas très intéressantes.

Passé cette première phase d’entrée en matière, arrivent les questions relatives aux méthodes d’écriture employé par l’auteur. Si les questions me paraissaient tout aussi maladroites que les précédentes, les réponses devenaient de plus en plus intéressante. Même sans connaître l’oeuvre de l’auteur je trouve intéressant de savoir comment un écrivain s’y prend pour écrire, comment le traducteur travaille (la question de la traduction me touche beaucoup) et comment né une maison d’édition tel que Gaïa.

Parmi les différentes réponses données par Staalesen j’ai relevé quelques propos qui m’ont paru tout particulièrement intéressants. Selon Staalesen, le roman policier, qu’il soit écrit au Japon, au Brésil, en France ou en Norvège reste fondamentalement le même, c’est le décor qui change. Dans ses romans policiers on retrouve cette structure de base dans un décors exotique : celui du grand Nord avec ses longues nuits hivernales, et la clarté des « nuits » d’été. La plupart des romans de Varg Veum se déroulent dans la ville de Bergen, situé sur la côte ouest norvégienne. Cette ville, Staalesen la connais parfaitement, c’est là qu’il habite. Ses romans sont très populaires en Norvège et Varg Veum est à Bergen ce que Sherlock Holmes est à Londre.

Par ailleurs, Staalesen considère le roman policier comme l’héritier contemporains des grand roman du XIX dont Hugo, Dumas, mais aussi Dickens sont des représentants. Des romanciers qui savaient raconter des histoires. Souvent, dans le roman moderne, selon Staalesen, on ne raconte plus d’histoire, c’est très introspectif. Alors que le roman policier perdure l’art de savoir raconter des histoires. Le but du roman policier n’est pas tant l’intrigue, mais raconter la société. Comme le précise, par ailleurs, Susanne Juul, le personnage du détective, par son enquête, est un personnage qui permet de visiter toutes les couches sociales.

Mais Staalesen n’écrit pas que des romans policiers, il est également l’auteur d’une saga de 2000 pages sur l’histoire de la ville de Bergen dont le contenu s’articule autour d’une famille que l’on suit sur 4 générations. L’intérêt de cette saga est , parait-il (je ne l’ai pas lu) que l’histoire locale qu’elle raconte devient histoire universelle. Ce qui m’a le plus frappé sur cette saga c’est les recherches que Staalesen a mené pour l’écrire. Chaque détail décrit dans le livre, noms des rues, événements et même la météo il les a puisé dans les vieux journaux et les microfilms à la bibliothèque où il se rendait 3 fois par semaine durant l’écriture de ce roman. Une telle recherche de vraisemblance dans le détail m’a impressionné. On retrouve cet état d’esprit également dans les Varg Veum, les différents lieux cités existent et leur description est conforme à leur réalité.

La question de la traduction était aussi intéressante. Ne connaissant pas du tout la langue norvégienne je ne peut donner ici aucun avis personnel, mais à en croire Alex Fouillet, traducteur des tous les livres de Staalesen publié aux éditions Gaïa, le passage du Norvégien au Français ne présente pas de grandes difficultés car les deux langues sont proches dans leur forme et que la traduction ne requiert pas de transformation du texte. Il existe néanmoins une difficulté particulière. Dans le Norvégien la répétition du même mot est récurrente. On peut trouver un même mot jusqu’à 10 fois sur une seule page, chose qui serait impensable en Français. (Je devrais peut-être me mettre au Norvégien, ça me vas bien comme langue) De même la où le français utilise cent verbes différent, en Novégien le dialogue est ponctué de ‘il dit », « il dit », « il dit »…

Par ailleurs (15ème « par ailleurs » de l’article, je vous le dit, le Norvégien est fait pour moi 😀 ) il était amusant de voir l’auteur mettre en avant le rôle des bibliothèques (plus que d’internet) dans son processus de recherche, alors que le traducteur louait le gain de temps que internet permet. Utile surtout pour la traduction de points de détail tel que le nom de plantes ou animaux rares.

Séduite par Staalesen, autant par se façon de s’exprimer que par ce qu’il dit de ses romans, j’ai décidé d’acheter à la fin de la rencontre le deuxième roman de la série de Varg Veum : Pour le meilleur et pour le pire (il n’y avait plus le premier). Il ne me reste plus qu’à le lire et à vous dire ce que j’en pense.

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Gunnar Staalesen chez Gaïa Éditions : link

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Light novel (en France)

En regardant mes statistiques hier matin, j’ai vu qu’un (ou une) internaute avait été conduit jusqu’au blog par la recherche suivante « liste de tous les light novel licencié en france ». J’étais surprise. Il est vrai que j’ai cité le terme à plusieurs reprises et que j’en donne la définition dans le lexique. Mais ça s’arrête là.

Pourtant cette recherche a piqué ma curiosité. Moi aussi j’aimerais en savoir plus sur les light novels et, pourquoi pas en lire un ou deux afin de me faire une idée (^-^)

Mais, au fait, un light novel c’est quoi?

Le light novel est un style de roman japonais qui vise un public jeune (ado et/ou jeunes adultes). Il s’agit plus d’un divertissement que de littérature à proprement parler. Les textes plus simples que ceux des romans habituels : prédominance des dialogues, paragraphes et phrases courtes, furigana* donnant la lecture des kanji difficiles… Généralement un light novel ne dépasse pas les 50.000 idéogrammes. Les textes sont accompagnés d’illustrations. L’histoire peut se dérouler sur plusieurs tomes. Avant de paraître en format poche, ils sont généralement pré-publiés dans des revues spécialisées, comme le manga.

n°6Après avoir vu et beaucoup aimé la version animé de No.6, j’ai trouvé le light novel écrit par Atsuko Asano et Momomi Machida traduit en français, aux Éditions du Rocher. Si je ne l’ai toujours pas acheté, c’est que sur les 9 tomes de la série originale, les Éditions du Rocher n’en ont publié que 5. Et j’ai bien peur que les traductions aient été stoppées, puisque le dernier tome est paru en 2009 et depuis… rien. J’ai pas très envie de commencer une série si je ne peux pas en lire la fin ! D’autant plus que c’est justement la fin de l’histoire qui est un peu trop vite bâcle dans l’anime.

Finalement, j’ai décidé de faire quelques recherches sur le net pour savoir quel autres light novels sont licenciés en France. C’est là que je suis tombé sur un petit article qui disait que très peu de light novel sont traduit pour le marché francophone. De plus, l’article déplore la façon dont ceux-ci sont commercialisés citant en mauvais exemple La Mélancolie de Haruhi Suzumiya de Naguru Tanigawa publié chez Hachette jeunesse. L’éditeur a, en effet, supprimé les illustrations originales de Noizi Ito et modifié la couverture.

La caractéristique du light novel, outre un style d’écriture très abordable, c’est justement d’être accompagné d’image. Pourquoi l’éditeur a-t-il fait ce choix ? Pas étonnant que la publication de la série Suzumiya Haruhi a été stoppé dès ce premier tome.

Tout comme l’auteur de l’article, je pense que la cible du light novel c’est avant tout les fan de manga et anime. Quel fan, après avoir flashé sur un anime, n’a pas eu envie de lire la version manga pour y découvrir quelques détails supplémentaires, mieux connaître les personnages ou tout simplement partager un peu plus leur univers. De même, après avoir lu un manga, c’est avec plaisir qu’on se laisse aller à en visionner la version animé. Pourquoi ne pas joindre le light novel à ce media mix, comme ça se fait au Japon, d’ailleurs.  Bien sûr, si le manga et le light novel sont publiés par deux éditeurs différents c’est pas évident à mettre en place.

Je pense néanmoins qu’il serait plus intéressant de mettre l’accent sur la corrélation anime/manga/light novel et pourquoi pas jeu vidéo, figurines, et autres goodies

L’article, qui date de 2010, annonçait l’intention de Glénat de publier des light novel. Ci tôt dit, ci tôt fait. j’ai filé sur le site de l’éditeur. En voilà un éditeur intelligent ! Glénat a ajouté les light novels au catalogue de Glénat manga, regroupé dans la collection Roman.  En 3 clics j’ai pu visionner leur offre, qui, pour l’instant, se compose de 5 séries :

  • D. Gray-man Reverse de Katsura Hoshino et Kaya Kizuki (1 tome, en cours)
  • L’épée de l’empreur de Baku Yumemakura (2 tomes, en cours)
  • Library wars de Hiro Arikawa (3 tomes, en cours)
  • Roman One Piece de Eichiro Oda (1 tome, terminé)
  • The sky crawlers de Mori Hiroshi (2 tomes, en cours)

library-wars.jpg        the-sky-crawlers.jpg       D.-Gray-man.jpg

Si Glénat l’a fait, les autres aussi, non ? Naïve que je suis, bien-sur que non ! Les gens intelligents, finalement ça court pas les rue. Mais non, je suis pas méchante, c’est juste que trouver des light novel en français est un véritable parcours du combattant. Faut être motivé ! Mais je baisse pas les bras, je  poursuis mes recherches sur le net et découvre la série Les 12 Royaumes de Fuyumi Ono et Akihiro Yamada publiée par Milan jeunesse. Je file sur le site de l’éditeur et j’y passe 3 plombes pour… rien !!

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Si les éditions Milan ont le mérite d’avoir publié le light novel au même format que l’original, c’est hors collection. Impossible de savoir s’il y en a d’autres ou pas, à moins de se taper tout le catalogue… et encore. Pour dire les choses poliment : je n’ai pas du tout aimé leur site. C’est finalement en allant sur Amazon que j’ai découvert que Milan avait publié un deuxième light novel : La Chasseuse de bête de Nahoko Uehashi. Après ça, j’ai encore fouillé, mais je n’ai rien trouvé. J’ai fini par jeter l’éponge.

Résultat de l’expérience ? Si vous cherchez des light novels, armez-vous de courage !!

Moi, j’en ai eu assez de chercher, mais si vous connaissez d’autres titres et/ou d’autres éditeurs proposant des light novels traduits en français, laissez un petit com 😉


Edit :

Voici quelques autre light novel publié en français :

  • Blood, la nuit des prédateurs. Momoru Oshii. Panini manga
  • Le chevalier d’Eon. Ubukata Tô. Calmann-Levy
  • Les chroniques d’Arslan . Tanaka Yoshiki. Calmann-Levy
  • Chroniques de la guerre de Lodoss. Mizuno Ryû. calmann-Levy
  • Deth note. Nisio Isin. Kana
  • Dragon ball. Toriyama Akira. Hachette
  • Dragon Brothers. Tanaka Yoshiki. Hachette
  • Fullmetal alchimiste. Inoue Makoto. Fleuve noir
  • Gardien de l’esprit sacré. Uehashi Nahoko. Milan
  • Guin saga. Kaoru Kurimoto. Fleuve noir
  • Love & Destroy. Hamasaki. Tonkam
  • Shaman king. Mitsuhi Hideki. Hachette
  • Trinity Blood. Yoshida Sunao. Hachette
  • Vampire knight. Fujisaki Ayuna. Panini manga
  • Video Girl. Tomita Sukehiro. Tonkam
  • Zetman. Katsura Masakuzu. Tonkam

 

Je ne suis pas sûre que tous les livres cité puissent être considéré comme des light novel, mais comme les éditeurs français ne spécifient jamais s’il s’agit d’un light novel ou d’un autre genre de littérature, il est assez difficile d’être catégorique.

Certains d’entre vous auront reconnu les titres de manga ou animes. Il s’agit parfois de roman adapté en anime/manga, parfois de l’inverse. Certain manga/anime à succès sont novélisé. Soit le light novel reprend l’histoire du manga en détaillant certains passages obscures, soit le roman traite de personnages secondaires ou de nouvelles intrigues originales reprenant les héros du manga.

Si vous connaissez d’autres titres, merci de me les communiquer 🙂


Edit 2 :

Les light-novel critiqué sur Ma petite Médiathèque :


Edit 3 :

Light-novel ~ les éditions françaises


 

Edit 4 :

Envie d’en savoir plus sur le light novel ? articles à lire ailleurs :

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En un instant, une vie – Bùi Minh Quôc

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Bùi Minh Quôc

En un instant une vie

Recueil de nouvelles

traduite du vietnamien par Phan Huy Duong

Publié aux éditions Philippe Picquier,  1997

Les nouvelles :

Une nuit sous les chutes de la crinière du cheval :

Amour d’un soir, en haut d’un col perdu dans la jungle, entre un jeune homme et une jeune femme tous deux engagé dans l’armée du Nord Vietnam.

Le dernier rêve :

Un homme, un ancien combattant, est hanté par ses cauchemars et le souvenir de sa bien-aimée perdue.

Un soir glacé :

Un journaliste sans travail est contraint de vendre des billets de tombola pour subvenir aux besoins de sa famille au côté d’une ex-dirigeante du parti. Militante dans la zone occupée et membre actif dans la libération du Sud, cette femme est hantée par le souvenir de 2 jeunes agents infiltrés, mort au combat sans qu’elle n’ait pu prévenir leur famille ni révéler la véritable identité de ses deux camarades.

L’eau sous les ponts :

Un vieux « guérillero non titularisé » et sa fille.

Le vieillard sortit une montre de sa poche, vérifia de nouveau l’heure. Il noua autour de sa taille un ceinturon garni de grenades M26, mit une mitraillette en bandoulière. Des armes américaines dont il s’était équipé en piégeant l’ennemi avec des mines. « Je suis un guérillero non titularisé. » Cela faisait six ans qu’il l’avait proclamé au commandant des troupes communales. Il rit, ne cachant pas sa fierté :  » Pourquoi me faire titulariser chez vous? C’est épuisant. Je me procure les armes et le ravitaillement moi-même. Je surveille les mouvements de l’ennemi avec mes propres moyens. Je détermine ma propre tactique. J’assume le combat entre la Nationale 1 et la voie ferrée, ceci pour la largeur, et pour la longueur, depuis le pont Ba Rim jusqu’à Cong Vi. Tout Américain qui s’aventure sur ce territoire est pour moi. D’accord?  » Il posait la question comme si elle était déjà réglée. Le commandement applaudissait naturellement des deux mains. On ne pouvait rêver contrat plus merveilleux à un moment où on manquait et d’hommes et d’armements. Il savait à quel point le camp de mines du vieillard était terrifiant. Rien que des mines américaines. Dieu seul savait comment le vieil homme avait pu se les procurer. Ou bien des obus. Parfois il en enterrait cinq d’un coup. De quoi réduire les tanks en miettes. Que dire alors des hommes. Le vieil homme possédait un stock d’armes impressionnant. Des grenades, des cartouches, deux mortiers et une mitrailleuse. De temps à autre, il offrait généreusement à la compagnie des cartouches de petits calibres et des grenades. Voilà pour sa puissance de feu. Quant à ses troupes, elles se réduisaient à lui-même et à sa fille unique dont la beauté faisait rêver les jeunes guérilleros.

En un instant, une vie :

Nouvelle qui donne son titre au recueil. C’est l’histoire d’une vieille femme du peuple plus révolutionnaire que bien des dirigeants du parti et qui pourtant ne recevra aucune gratitude.

Tu as beaucoup lu, beaucoup voyagé, beaucoup appris. Existe-t-il quelque part au monde des mères comme celles du Vietnam ? L’amour maternel est le plus ancien de toutes les amours humaines, n’est-ce pas ? Quelle mère n’aimerait pas par-dessus tout l’enfant né de son sein ? Pourtant, j’ai vu mère Thu aimer, choyer, protéger des enfants qui n’étaient pas d’elle autant que les siens, voire plus, pour la simple raison qu’il était des révolutionnaires.

Pendant les années où j’étais soupçonné d’avoir trahi, il n’y avait qu’un seul homme en mesure de certifier le sacrifice de Nhàn, c’était le cadre de la cinquième région militaire qui était venu chez mère Thu et s’était caché dans le souterrain un bref instant. J’étais certain qu’il reviendrait rendre visite à mère Thu après la libération. Il n’en fit rien. Je crus qu’il était mort. Le mois dernier, j’ai participé à un séminaire sur le travail de masse. À ma grande surprise, c’était lui qui dirigeait le séminaire.

Le père :

Une ouvrière accouche et déclare le directeur comme étant le père de l’enfant. Ce scandale ruinera la carrière du directeur.

La maçonne :

Dans un bar, le narrateur rencontre une ancienne camarade de lycée, celle qui avait inspiré sa nouvelle « la maçonne », première nouvelle qu’il ait publiée.

Un dîner dans la jungle :

Le narrateur est invité par son jeune neveu à participer à un dîner d’affaires avec un sud coréen. Alors que le jeune homme y voit une chance de faire de bonnes affaires, le narrateur, lui, ne peut s’empêcher de penser à la Corée du Sud comme ancien ennemi.

« Au fait, avec qui t’es-tu associé?

– un grand groupe sud-coréen. »

Un frisson me saisit. Dans ma mémoire surgit un morceau de cadavres sanguinolents. Je glisse un regard de côté sur Toan. Il garde son air exalté, il continue de me présenter le groupe capitaliste sud-coréen. Le frisson qui me traverse s’éteint. Rien n’indique que mon neveu est toujours hanté par les terribles images passées. Je m’en souviens, cette année-là, il y a longtemps maintenant, et pourtant il me semble que c’était hier, je l’emmenais dans la montagne, juste après le massacre. Toutes les nuits, des mois durant, il faisait un cauchemar, hurlait, gigotait, tombait de son hamac. Aujourd’hui, dans sa bouche, ces mots, sud-coréen, ne semblent plus rien lui rappeler. Ils ne désignent plus qu’un partenaire pour les affaires. Dans le fond, il vaut mieux qu’il en soit ainsi.

 

Grand-mère :

Souvenirs d’une grand-mère qui, après avoir élevé tous ses enfants, s’occupera de l’éducation de ses petits enfants.

Chance et malchance :

 Un artiste voit son sort changer un soir de pluie, quand un homme étrange lui demande de créer pour lui un masque.

Mon avis :

Toutes les nouvelles ne se valent pas. Certaines sont plus touchantes que d’autres. Certaines mieux écrites que d’autres… Mais l’ensemble nous pousse à réfléchir sur bien des sujets.

L’action des nouvelles Une nuit sous la chute de la Crinière du cheval et  L’eau sous les ponts se déroule pendant la guerre, tout comme les souvenirs racontés dans d’autres nouvelles. On s’interroge alors sur la vie dans un pays en guerre, sur la vie de ces jeunes qui n’ont connu que la guerre. J’ai eu la chance de naître dans un pays en paix et, même si la guerre est omniprésente dans les médias, nous la vivons comme une chose lointaine, abstraite. Ici l’auteur nous parle de jeunes gens qui, comme les autres, sentent s’éveiller en eux leur premier sentiment amoureux, mais qui portent l’uniforme et qui n’auront pas tous la chance de survivre au conflit. Les mots simples de l’auteur contrastent avec la dureté de la réalité qu’il décrit et rendent ses récits encore plus percutants.

Mais, la plupart des nouvelles réunies ici ont pour décor le Vietnam d’après guerre, au temps de l’unification, de la reconstruction et surtout de la désillusion. Ces femmes et ses hommes qui se sont battus pour leurs idéaux se retrouvent malmenés ou déçus par le régime qu’ils ont eux-mêmes contribué à instaurer. Telle la femme d’Un soir glacé, qui, ex-dirigeante du parti et personnage important durant la guerre, se retrouve a devoir vendre des tickets de tombola sur le trottoir pour survivre alors que ses anciens camarades, toujours au pouvoir, affichent un luxe honteux. À la lecture de ces nouvelles, on s’interroge alors sur l’effet du pouvoir et ses conséquences. Cet interrogation est ici d’autant plus frappante qu’il s’agit d’un pays communiste. Le comportement de certains dirigeants, ou même la politique menée par le pays qui apparaît en filigrane, derrière le récit, semble aller à l’encontre des principes défendus par les combattants. On se demande alors ce que deviennent les idéaux une fois le pouvoir en place. Est-ce que le pouvoir peut-il corrompre tous les hommes ? Faire oublier tous les idéaux ? Les idéaux d’un jour résistent-il a l’épreuve du temps et de la mise en pratique ?

L’auteur lui-même, ancien combattant communiste se voit aujourd’hui assigné à résidence pour sa lutte en faveur de la démocratie. On voit au fils des nouvelles sa désillusion et sa déception face à un régime qui n’a pas su être à la hauteur de ses attentes.

Bùi Minh Quôc nous fait également réfléchir à la reconstruction d’un pays et d’un peuple après une guerre. Celle du Vietnam ne fut pas seulement une guerre d’un pays contre un autre, mais aussi une guerre civile. Il est toujours délicat de reconstruire un pays uni, après un conflit fratricide. Même si de tels conflits sont loin derrière nous, ici, en France, je ne peux m’empêcher de penser à ce que pouvait ressentir le peuple après la fin de la Seconde Guerre mondiale alors qu’une partie de la population avait soutenu le Maréchal Petain. Ce sont des questions qui dépassent les simples frontières d’un pays et nous font nous interroger sur la nature humaine.

Cette question de reconstruction d’un pays et de ses Hommes après une guerre est plus particulièrement traitée dans la nouvelle Un dîner dans la jungle. Ici les deux protagonistes vietnamiens se retrouvent en compagnie d’un coréen du sud, jadis nation ennemie. Ce qui distingue le narrateur de son neveu, c’est son âge. Alors que l’un, le plus jeune, a laissé loin derrière lui la guerre passée et ne songe qu’au futur, voyant dans son interlocuteur coréen l’opportunité d’affaires fructueuses ; l’autre, plus âgé, ne peut se défaire du fantôme de l’ancien ennemi. Lequel des deux a raison ? Qu’elle est la meilleure façon des panser les plaies laissées par une guerre ? L’auteur ne nous donne pas de réponse claire. Il nous laisse nous interroger sur ces sujets délicats et complexes, en nous livrant des récits émouvants, mais qui jamais ne tombent dans le mélodrame larmoyant.

Son écriture est simple et directe. On a l’impression de dialoguer avec l’auteur autour d’un verre, qu’il est nous raconte ses souvenirs. Si à la lecture de la première nouvelle son écriture me semblait même un peu trop simpliste, au fil des pages je me suis rendue compte que c’est qui fait la force de ses récits. Sous sa plume une mitraillette semble devenir un accessoire aussi banal qu’une ombrelle. N’est-ce pas, en effet, ce qu’elle est, un objet banal pour celui qui est englué dans les méandres d’un conflit qui s’éternise ? Les mots de Bùi Minh Quôc nous rendent parfaitement la banalité que prend le quotidien, quel que soit son contexte.

L’auteur :

Malheureusement je n’ai pu trouver que très peu d’informations sur l’auteur. Si on ne parle pas vietnamien c’est presque mission impossible. Même l’éditeur ne mentionne ni l’auteur ni le livre sur son site. Il est vrai que ce recueil a été édité en 1997. Peut-être est-il épuisé et non réimprimé, mais je trouve dommage que la maison d’édition ne mette pas à disposition des lecteurs curieux des informations sur les auteurs qu’ils ont édités par le passé.

Je vous livre ici les seules informations que j’ai trouvées sur Bùi Minh Quôc. Informations que je n’ai pas pu vérifier.

Bùi minh Quôc est né le 3 octobre 1940 à My Duc, dans le nord du Vietnam. Il rejoint l’armée du Nord et infiltre le Sud Vietnam. Il participe à de nombreuses batailles, tout comme son épouse qui meurt au combat en 1969.

Après la guerre, il est nommé président de l’association des écrivains et des artistes dans la province de Lam Dong, puis rédacteur en chef du magazine Langbian.

En 1988, en compagnie de l’écrivain Treu Dav Bao Cu, il voyage à travers le pays pour faire signer une pétition ayant pour but de demander au Parti Communiste Vietnamien d’instaurer une démocratie. Il sera renvoyé du parti. Mais continue son action en faveur de la démocratie, ce qui lui vaudra d’être assigné à résidence depuis 1997.

Bùi Minh Quôc est également connu sous le nom de plume de Dong Huong Ly.

Si vous avez des informations complémentaires sur l’auteur et ses travaux, n’hésitez pas à mes les communiquer  

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