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Gisèle, « le combat c’est vivre ! » ~by Yomu-Chan

Bonjour, bonjour,

Je m’attaque une fois de plus à une pièce de théâtre. D’ailleurs les copains, je vous encourage à aller au théâtre, ou même à rechercher la compagnie de tout spectacle vivant, c’est une nourriture culturelle qui selon moi est indispensable à l’épanouissement intellectuel de chacun d’entre nous ! Bref entrons dans le vif du sujet !

gisèle le combat c'est vivre affiche

Gisèle, « le combat c’est vivre » est un spectacle du collectif Or Normes ; le texte, l’interprétation et la mise en scène sont de Christelle Derré, la direction d’acteur de Laurence Andreini, la musique originale de David Couturier et l’installation multimédia de Martin Rossi. Ces deux hommes interviennent aussi sur scène à plusieurs reprises, comme figurants pour illustrer les propos du personnage et comme musiciens et chanteur. Le texte et le message de Gisèle, « le combat c’est vivre » sont tirés de deux interviews menée par Christelle Derré, la première rencontre se fait avec Gisèle S. une vielle femme de plus de 80 ans, une activiste humaniste qui aura passé sa vie à défendre de multiples causes humanitaires et notamment l’égalité Homme/Femme. Le deuxième entretien se construit autour de Wassim un ami syrien de la metteur en scène. Ces deux témoignages sont alors retravaillés par cette-dernière pour devenir le monologue de Gisèle, une franco-syrienne, qui nous livre sa vie à travers des souvenirs et des réflexions sur l’humain, sur la France et le monde. C’est un récit très touchant et percutant qui pousse le public à la réflexion. C’est un de ces spectacles qui bannissent la passivité intellectuelle et contraignent au retour sur soi et aux questionnements.

L’exercice ici me semble difficile mais je vais tenter d’analyser les éléments de ce spectacle pour tenter d’en extirper du sens.

Parlons d’abord du décor. Celui-ci est assez succinct puisqu’il réside en deux fils tendus en travers du plateau sur lesquels Gisèle et les deux hommes viendront étendre des linges blancs, tantôt de fines bandelettes et tantôt de grand draps. Cette image qui m’a d’abord parue vide de sens peut en fait rappeler l’expression « laver son linge sale en famille ». En effet Gisèle vient partager son amour de l’Humain et de la vie mais en profite aussi pour déverser son amertume et ses déceptions, comme pour mettre à plat ses sentiments et partager ce qu’elle gardait en elle depuis des années, comme pour régler ses comptes. Ainsi cette image des tissues étendues prend de la consistance. De plus ces étoffes blanches vont aussi servir d’écran pour plusieurs projections vidéo.

gisèle décor 2

Abordons maintenant la question des costumes. Gisèle porte une combinaison bustier rouge. Elle a également les lèvres et les ongles peint en rouge. Cette couleur sied très bien au personnage, à la fois sensuel et violent le rouge cerne bien la personnalité et les problématiques de Gisèle. En effet le rouge est la couleur de l’amour, mais il est aussi la couleur du feu, du feu qui peut symboliser la passion dévorante, qui peut symboliser la révolte et la lutte pour des convictions.

gisèle costume blancEn revanche les deux hommes, qui joueront tantôt les rôles des pères, puis de l’amant, parfois d’une allégorie, sont habillés en blanc. L’un porte un costume très européen, l’autre une djellaba. Cette couleur, le blanc, peut être interprétée de différentes façons. La première idée que l’on associe au blanc c’est la pureté, qui ici deviendrait un corps lavé des préjugés, tolérant et prêt à être un Homme (avec un grand H). Ici le blanc serait alors un étendard de l’Universalité. On peut aussi y voir une « page blanche », c’est à dire l’opportunité d’écrire un nouveau monde, un nouveau départ.

Je voudrais maintenant dire un mot sur le jeu d’actrice. Ici Christelle Derré a un phrasé assez particulier avec des voyelles très ouvertes, cela donne au personnage une dimension un peu étrange, comme si elle planait dans la vapeur.. C’est pas très imagé mais c’est cette métaphore qui me vient à l’esprit pour décrire la façon de jouer de la comédienne. Elle nous offre une Gisèle ambivalente à la fois très encré dans la réalité qu’elle analyse et critique, et à la fois comme élevée dans un onirisme utopique fait de souvenirs et de fantasmes. Christelle Derré a une tenue de corps très ferme qui fini d’affirmer la présence de Gisèle dans le monde mais un port de tête et une intonation vocale qui la font planer au-dessus de tout ça et lui donne le recul nécessaire pour transmettre un espoir au public. Enfin cet effet de style ne se fait pas sentir tout au long de la pièce. Très souvent Gisèle aborde des sujets durs et s’emporte. Christelle Derré a alors tendance à hausser la voix et à crier certaines syllabes ou mots comme le ferait un enfant en colère. Seulement, ces élévations de la voix ne se font pas toujours sur les phrases attendues, elle accentue certains mots comme s’ils étaient source de colère mais le choix de ceux-ci ou la manière de le faire apparaissent parfois comme dissonant. Comme si elle ne s’énervait pas au bon moment dans sa phrase. Mais cela, encore une fois, épaissit la personnalité de Gisèle et la présente comme une femme incandescente, à fleur de peau et déroutante. Ce côté un peu agressif, un peu « boule de feu » la rend en fait plus fragile, on aperçoit peut-être une femme blessée.

Cette analyse de la voix qui crie me pousse à parler de l’utilisation à plusieurs reprises d’un micro. 3 fois exactement : Quand Gisèle prononce son discours humaniste, quand elle dénonce les pratiques machistes barbares à travers le monde, et quand l’un des hommes chante, mais cette dernière utilisation je la met à part. La sonorisation, quand elle est un outils pour les messages de Gisèle, apparaît comme une colère qui résonne et qui écrase à la fois Gisèle et son public. En effet le son est particulièrement fort pour accabler nos oreilles de la détresse et de la déception du personnage, mais aussi pour symboliser une prise de parole comme on en voit dans les manifestations ou les mouvements de revendication. L’utilisation du micro met en valeur la culpabilité de chacun mais offre un espoir ou du moins une volonté de changement.

gisèle baiser

Qui dit son dit aussi musique, et d’ailleurs je l’ai dit, dans ce spectacle ça chante. En effet on retrouve plusieurs codes musicaux lourds de sens. D’abord « Ne me quitte pas » de Jacques Brel, une première fois chanté sur scène par Christelle Derré, ou devrais-je dire par Gisèle, et une deuxième fois en audio enregistré en arabe par Mariem Labidi. La double interprétation de ce chant dans deux langues différentes renforce l’idée d’un amour universel. En effet l’idée ici est d’appliqué un parfum d’ailleurs et de ici à cette mélodie devenue hymne de l’amour pour un public francophone.

Le deuxième chant est une interprétation masculine de l’hymne des femmes du MLF. Cette chanson qui proclame la liberté des femmes offre un message d’autant plus percutant quand elle est chanté par un homme ; elle appelle à la réconciliation des sexes et non à la souveraineté féminine, elle prône un véritable humanisme.

Que ce soit « Ne me quitte pas » de Labidi ou l’hymne féminin d’un homme, ces deux passages chanté sont deux moments de douceur, de tendresse et d’intimité dans le spectacle ; et ces deux moment sont violemment interrompu par du rock à un volume puissant. Le rock est utilisé comme un symbole de révolution, et les moment de douceur sont des démonstrations de sensibilité. Mais alors ces deux rupture assez brutales seraient comme un gisèle musiquecri de révolte appelant à mettre de côté la sensibilité qui ne suffit plus, à cesser de pleurer sur l’injustice et à rétablir l’ordre pour de bon. Ou alors ne voyons pas cela comme une rupture mais comme un puisant alliage entre sensibilité et révolte. Cela nous montre qu’il est encore possible de vivre dans les deux, que les activistes engagés malgré leur amertume ne sont pas dépourvu d’amour, et que les sentimentalistes ne sont pas forcément éloignés des combats de l’humanité. Puisque le combat c’est vivre. Et vivre ne peut se résumer à une seule couleur.

Nous avons parlé musique, parlons maintenant Lumière et vidéo. J’évoquais tout à l’heure des écrans en tissue sur lesquels étaient projetées plusieurs vidéos. On distingue deux types de projections. Celles qui apparaissent comme les images d’une Gisèle qui se souvient et qui pense, ce sont donc des souvenirs ou la matérialisation en images de ses états d’esprit, dans ce cas on verra des débris flotter dans le noir, des étoiles, ou le drapeau français. Et il y a celles qui sont des constats, des observations du monde qui l’entour. Les vidéos apparaissent comme des fenêtres sur l’extérieur, pour voir comment ça se passe, pour illustrer les propos de Gisèle, ici on verra des manifestations ou une femme voilée lisant un bout de la déclaration des droits de l’Homme.

Des fois Gisèle interagit avec ces projections, des fois elle les voit, elle les regarde, les prend à témoin. Et des fois elles sont là, en arrière plan, comme pour nous donner un aperçu de ce que Gisèle voit dans sa tête.

gisèle projection

La lumière contribue elle aussi à créer cette dimension intimiste qui nous plonge dans l’intérieur de Gisèle. En effet elle propose un espace immatériel qui rappelle l’onirisme dont je parlais plus haut. Tantôt le plateau est plongé dans le noir, des fois avec la mise en lumière (et donc en valeur) d’un seul élément, tantôt plateau et public sont éclairés ; l’espace, le lieu n’est jamais définit. Ils utilisent aussi de la fumée au début de la pièce, qui symbolise à la fois les bombardements et la vapeur qui règne autour du personnage et de son univers.

Voilà je pense avoir fait le tour des éléments que je suis capable d’analyser. Pour conclure je dirais que Gisèle, « le combat c’est vivre » est un des spectacles qui m’a le plus remué, de part sa violence et sa poésie. Le spectacle vivant reste un outils non négligeable pour réfléchir et partager sur notre monde et les idées qui le traversent. Sur le fond comme la forme (voulue choc) cette pièce de théâtre est percutante. Et si le spectacle tourne près de chez vous je vous encourage à aller y jeter un œil ou deux 😉

gisèle décor

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Novecento, la version d’André Dussolier ~by Yomu-chan

Comme promis voici une autre petite analyse de spectacle ! Je vais vous parler aujourd’hui de Novecento, pianiste, C’est un texte que m’a fait découvrir Pica, et qui m’a beaucoup touché.

Novecento c’est d’abord un texte écrit par Alessandro Baricco en italien puis traduit en français par Françoise Brun. Publié en 1994 pour être lu par un comédien ( Eugénio Allegri) et accompagné en musique.

Ce texte assez cours nous envoie sur un paquebot d’avant guerre où Tim Tooney, un ancien trompettiste, nous raconte l’histoire de son meilleur ami : Dany TD lemon Novecento. Novecento est né sur ce bateau et n’en descendra jamais ; il passera sa vie à y jouer du piano, il y joue une musique extraordinaire « qui n’existe pas » et devient une véritable légende dans les ports d’Amérique et d’ailleurs. C’est cet étrange récit, comique et poétique, que j’ai découvert il y a quelques mois et qu’André Dussolier décide de s’approprier pour l’adapter au théâtre.

Parlons un peu de cette mise en scène de Dussolier. Il joue d’ailleurs lui-même l’unique rôle du Tim Tooney, le trompettiste narrateur. Sur scène il est parfois accompagné par des musiciens : un pianiste, évidemment, (Elio Di Tanna), un trompettiste (Sylvain Gontard), un contre-bassiste (Olivier Andrès) et un batteur (Michel Bocchi).

Mais faisons les choses clairement et abordons les aspects du spectacle un à un.

D’abord le jeu de comédien. André Dussolier a 70 ans et pourtant quelle pêche il a !! Ah il envoie. Pour tenir un monologue d’1h10 il faut être doué et dynamique sinon l’ennui s’installe vite. Et pourtant là, ça marche. André a un jeu très généreux, il donne de sa personne, et ça fait plaisir. Mais pour conserver cette énergie il a été obligé de faire quelques petits sacrifices. En effet, il fait des coupes dans le texte, rien de plus normal me direz-vous, mais en plus de ça il débite son texte à une vitesse assez incroyable. Alors belle performance, oui, mais du coup le texte n’est pas toujours bien entendu, quelques phrases pourtant touchantes passent un peu à la trappe. Et c’est frustrant ; en tout cas quand on connais le texte, parce qu’on va au théâtre pour l’écouter et on en loupe une petite partie. D’ailleurs, amoureuse du texte que je suis, j’aurais une autre petite critique à faire. Au début de la pièce, quand le trompettiste se met dans la peau du capitaine pour présenter le bateau, Dussolier opère quelques modifications douteuses sur le texte. Il ajoute quelques jeux de mots, recherchés certes mais sur ce passage il écoute un peu trop le public rire… Enfin disons qu’un ou deux jeux de mot auraient été sympathiques mais il aurait fallu qu’il s’arrête là. Il sait jouer avec la langue française on a compris !

Mais bon ce moment n’est pas très long et après, la pièce nous emporte très bien, loin dans son monde.

A côté de cela Dussolier maîtrise bien son propos, il a des adresses au public très judicieuses que l’on n’a pas à la lecture mais qui fonctionnent bien sur scène. De plus comme le texte de Novecento propose un personnage qui parle seul et s’amuse à rapporter des propos qui ne sont pas les siens ou a reconstituer des conversations, et il est intéressant de voir comment une fois parlées ces paroles peuvent prendre un tout autre sens que celui que l’on a lu ; certaines phrases, qu’à ma lecture j’avais approprié à Novecento, Dussolier les a attribuées au trompettiste.

Parlons maintenant du décor. Quand on entre dans la salle on observe sur scène la coque d’un paquebot légèrement rouillé, quand la pièce commence le Tim Tooney prend place devant et entame son récit et au bout de quelques minutes, alors que les musiciens font leur apparition, l’éclairage nous fait prendre conscience qu’en fait cette coque de bateau n’était qu’une toile. L’illusion fonctionne bien. Quand l’aventure à bord commence, la toile est tirée et disparaît.

Nous avons alors un écran blanc en fond de scène sur lequel seront projetées différentes images, éléments à part entière du décor. A cour on a le piano et c’est là que viennent jouer les musiciens. Toujours à cour mais plus en avant, on observe une caisse en bois (caisse de dynamite en réalité) qui restera là, immobile, durant tout le spectacle. Par opposition, sur la même ligne mais à jardin il y un escalier mobile que le comédien va déplacer au gré de ses mots et des situations qu’il a à jouer. Cette image offre une contradiction mobile/immobile très intéressante qui sert à merveille le propos de la pièce. Cela illustre très bien l’état d’esprit de Novecento, qui ne quitte pas son navire et qui pourtant voyage plus que tous, à la fois statique et dans le mouvement.

L’autre élément prépondérant du décor c’est l’écran et les projections dont on a parlé plus haut. On observe tantôt des images très réaliste de couchés de soleil ou de ports et tantôt des images floutées de ce qu’aurait été l’intérieur du bateau. Je me suis un moment interrogée sur le choix de ces images floues, et j’en suis arrivée à faire un rapprochement entre ce manque de netteté et le fait que l’histoire qu’on nous livre n’est qu’un souvenir du trompettiste. Le fait de visualiser cet intérieur tremblant nous projette au cœur même de l’esprit nostalgique du personnage.

Cet écran se prête aussi à de beau tableau en ombres chinoises, notamment à un moment où l’on voit en transparence les musiciens qui jouent un air mélancolique, c’est une matérialisation intéressante de la poésie du texte.

Il y a maintenant un autre point de toute importance que l’on se doit d’aborder. La musique. En effet Novecento met en scène l’histoire d’un pianiste virtuose, et autant la lecture de l’œuvre peut avoir un aspect frustrant puisque l’on doit se contenter d’imaginer cette musique extraordinaire ; mais aller en voir une adaptation au théâtre a aussi un côté stressant car on ne cesse de se demander si l’interprétation faite sera à la hauteur de ce que notre imaginaire avait supposé.

Bon. Je suis loin d’être une spécialiste en musique mais… sans trop savoir ce que j’aurais voulu à la place j’ai trouvé que les morceaux choisit étaient un peu trop « répertoriés » pour pouvoir représenter Novecento. En revanche Dussolier fait un choix de mise en scène très pertinent lors du duel musical qui oppose Novecento et Jerry Roll Morton. Alors que le pianiste, Elio Di Tanna, se doit d’interpréter les performances des deux personnages, il nous offre un morceau spectaculaire pour la deuxième intervention de Morton, puis quand vient le tour de Novecento (qui doit alors jouer une musique incroyable, sortie d’une autre dimension et qui transcende tout le public) Dussolier nous offre un long et profond silence. Et ça marche très très très bien ! Il n’aurait pas pu faire meilleur choix. Car pour un simple mortel il est impossible de jouer la musique de Novecento et même si cette réalité est frustrante, le fait de l’entretenir nourrit le mythe et notre imaginaire. En plus le public a très bien joué le jeu, il y avait une très belle écoute dans la salle et ce silence magnifique a été assumé jusqu’au bout.

Voilà voilà, je finis ma petite analyse. En conclusion je dirais que le spectacle a commencé en me décevant mais que très vite il m’a rattrapée et a su m’emporter sur l’océan, aux côté de ce mythe que devient Novecento. Dussolier a réussi à m’arracher quelques larmes sur la fin et je ressors très émue et contente de cette expérience. Je lui préfère quand même le texte d’origine.

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Il Trovatore de Verdi

Avez-vous 2h30 devant vous ? Que diriez-vous de vous faire un petit opéra ?

Non, je n’ai aucune intention de me lancer dans la critique du Trovatore de Verdi, ni sur l’une de ses interprétations. Je pour propose simplement l’opéra en vidéo, pour découvrir (ou redécouvrir). Je viens tout juste de la voir et j’ai beaucoup aimé, alors je partage ^^

Retrouvez dans les rôles principaux Roberto Alagna, Leonora Hui He, George Petean et Marie-Nicole Lemieux.

Enjoy 😉

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Le théâtre japonais ~by Yomu-chan

Ses origines :

Comme en Europe, le théâtre japonais tire ses origines dans le culte religieux, d’abord composé de danses et de chants en l’honneur des divinités. On note plusieurs sources, d’abord autochtones avec le culte shintoïste, puis importée du continent asiatique, plus précisément de Chine et de Corée, avec le culte bouddhique qui fait sont apparition.

Puis nous observons jusqu’au XIV° siècle, un processus presque similaire à celui qui fait l’évolution du théâtre antique grec; en effet, ce qui n’est pas encore tout à fait du théâtre perd peu à peu sa connotation religieuse pour devenir un outils d’esthétique, de raffinement, et surtout de divertissement. (ici l’évolution se distingue de la Grèce car le théâtre ne devient pas un outils socio-politique comme l’étaient les dionysies).Théâtre japonais fête traditionnelle

Quand le théâtre devient du théâtre :

C’est donc au XIV° siècle que le théâtre prend pleinement sa forme et s’intègre comme tel au folklore japonais. Peu à peu l’art s’affine et des troupes professionnelles commencent à voir le jour, on distingue alors trois types de théâtre classique :

 : Le premier genre théâtrale à faire son apparition. Il conserve une dimension quelque peu religieuse dans le sens où il sera jouer pendant longtemps dans des temples ou à l’occasion de festivités shintoïstes. Et il met parfois en scène l’histoire d’une divinité.

On parle, avec le théâtre , de drame lyrique. En effet c’est un théâtre très codifié où le texte en vers est scandé d’une façon très particulière. De plus le rythme occupe une place très importante dans la pièce ; on note la présence d’un chœur et de musiciens (surtout des percussionnistes). Cette forme, presque chantée, très poétique, s’allie à une gestuelle très marquée, avec de la danse et des temps de pause très caractéristiques, les miiye.

Il s’agit d’un théâtre très aristocratique, destiné principalement aux Shogun et aux samouraï. Cela explique la somptuosité des costumes. Les acteurs portent tous des kimono très raffinés et des masques spécifiques en fonction du rôle qu’ils jouent (on note 138 masques différents).

Vous pouvez lire ici, ici et ici les trois article dans les quels Tenger approfondit ses recherches sur le Nô 🙂

théâtre nô

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Kabuki : Théâtre qui devient plus populaire faisant son apparition au XVII°. En effet, il tire ses origines dans un théâtre féminin, plus particulièrement joué par des prostitués, mettant en scène des histoires sexuellement suggestives. Ce théâtre est vite restreint pour atteinte aux bonnes mœurs (en 1629 avec la restriction des prostitués à des quartiers réservé) et les femmes sont interdites de jeu. Les hommes prennent le relais, ils doivent alors se travestir pour incarner les rôles de femmes. (pour la petite anecdote : les jeunes hommes se verrons eux aussi interdis de jeu, puisque le caractère sexuel persiste et que les représentation se finissaient souvent en bagarre pour déterminer qui aurait le droit aux faveurs des jeunes acteurs dont la mise en scène mettait le physique en valeur. Ne sont autorisé à jouer plus que les hommes d’âge mûr).

On distingue deux type de Kabuki. Le Aragoto met en scène des personnages dotés de facultés exceptionnelles et des trames axée sur l’action , avec un jeu plus appuyés dans la prononciation et la gestuelle. Le Wagoto, lui, met en scène des romances tragiques et développe un jeu plus réaliste.

Au Kabuki, les acteurs sont maquillés de façon très stylisée (et non pas maqués comme dans le ), ils portent des costumes assez riches (qu’ils superposent parfois, car il arrive qu’ils doivent en changer sur scène), et on note, une fois encore, la présence de chœurs, d’un rythme assez marqué, d’un texte chanté, et d’une gestuelle très chorégraphiée. Le Kabuki se distingue par ses nombreuses installations techniques.

Nishizaki Sakurako and Bando Kotji in "Yoshino Mountain"
Nishizaki Sakurako and Bando Kotji in « Yoshino Mountain »

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Bunraku : Le Bunraku voit lui aussi le jour au XVII° siècle. Il s’agit en fait d’un théâtre de marionnettes. Une de ses particularités réside dans le fait que les marionnettistes sont à vu et qu’ils sont plusieurs pour manipuler un même personnages. Pour ce faire ils s’organisent d’une manière bien particulière, la partie contrôlé est définit par l’expérience du marionnettiste. Ainsi, le plus expérimenté manipule la tête et le bras droit, le second le bras gauche et le plus novice les pieds. L’autre aspect propre au Bunraku c’est le fait que les voix de tout les personnages et la narration sont incarnées par un seul et même acteur. Comme dans les styles précédant le Bunraku est accompagné par de la musique.

bunraku

Le Rakugo :

Mais aujourd’hui, c’est sur un aspect un peu méconnu du théâtre japonais que je veux attirer votre attention. Le Rakugo.

Il s’agit en fait de spectacles comiques, où un seul « conteur » se trouve sur scène. Ce dernier porte toujours un kimono léger et une veste qu’il pourra ôter au cours de son spectacle et est assis en position traditionnelle seiza (à genoux, comme dans les arts martiaux) sur un coussin carré et n’a pour accessoire qu’un éventail en papier et parfois un tenugui (un fin mouchoire de coton). Le voilà dans les conditions propre au Rakugo. Il doit maintenant raconter une histoire comique qui comportera très peu de narration, et le conteur doit incarner à lui seul tout les personnages de son histoire, et ce en restant assis.

C’est un art très subtile qui nécessite un grand travail sur le regard. En orientant son visage de tel ou tel côté le conteur pourra figurer ses personnages dans l’espace.

Ce qui est impressionnant aussi dans une performance de Rakugo c’est la diversité du jeu d’acteur. En effet un rakugoka doit être capable d’interpréter une palette incroyable de personnages, et de façon très nette pour que le public ne perde pas le fil.

Je trouve cette pratique théâtrale tout à fait extraordinaire. Elle demande un investissement fou, et une énergie débordante. Effectivement, le comédien étant assis tout au long de son passage sur scène doit être en permanence à 100% de concentration et à 100% d’implication pour que le rythme tienne et que l’aspect comique fonctionne, cela implique que les spectateurs suivent la prestation du début à la fin, l’ennuie est fatal pour une performance de ce type.

Le travail monstre sur le regard et le jeu de mime qui résulte de cet art est tout aussi impressionnant. D’abord je trouve que c’est un exercice très intéressant que de devoir créer un espace à partir de la position de tête des différents personnages. En effet, il faut que les différentes positions soit suffisamment marquées pour que la distinction des personnages se fasse sans un effort de compréhension trop important de la part du spectateur, mais il ne faut pas non plus que le comédien passe son temps à tourner la tête à droite, pis à gauche, et encore à droite, sinon le public va avoir le tournis. Il s’agit alors de mettre au point un enchaînement subtile mais efficace.

Plus haut, je parlais aussi de mime. Effectivement, le conteur est assis mais certaines situation dramatiques supposent du mouvement ou de l’action, mais, comme précisé précédemment, les seuls accessoires sont un coussin, un éventail et une serviette en coton. S’engage alors pour l’acteur un travail de mime avec ces objets incongrus qui vont devoir figurer un bol de soupe par exemple, une pipe une autre fois, et un fusils la fois d’après. Il s’agit donc d’énormément travailler au quotidien en observant attentivement la façon dont les mains saisissent un objet, dont le buste se positionne pour faire tel ou tel mouvement. C’est un art très conventionné mais très pointilleux qui doit viser un certain réalisme (bien que le surjeu occupe une place évidente dans ce genre de pratique) afin de permettre une identification entre les spectateurs et les personnages de l’histoire.

Mais moi ce qui m’épate le plus c’est cette capacité folle à pouvoir incarner une multitude de personnages très différents (femme / homme, enfant/vieux, extravertis/timide) en si peu de temps et de façon percutante, afin que chacun des protagonistes ait son impact sur le public.

Encore une fois, on ne peut nier l’immense travail d’observation qui se cache derrière un tel talent. Il faut avoir passé des heures à observer comment les gens fonctionne, leur mimiques, leur tics de langages, leurs réactions, pour être capable, sur scène, d’offrir des personnages riches, entier, réalistes et drôles !

Je n’ai jamais pratiqué ce genre de théâtre mais il m’intéresse beaucoup. Je trouve que chacun des aspect soulevé plus haut a son importance capitale dans le travail d’un acteur, qu’il soit rakugoka ou pas. Je pense donc que toutes les formations de comédiens devraient un jour proposer un stage de Rakugo !

rakugo

J’ai découvert le Rakugo à travers un manga dont le titre français est Le disciple de Doraku. C’est une œuvre de Akira Oze qui a vu le jour au Japon en 2010.

On y raconte l’histoire de Shouta, jeune enseignant de 26 ans, qui découvre le Rakugo avec une prestation du maître Doraku. Et c’est une révélation pour le jeune homme qui décide de tout mettre en œuvre pour que le vieux rakugoka le prenne comme disciple et fasse de Shota un vrai conteur.

J’ai appris avec ce manga, l’existence et le fonctionnement du Rakugo. On apprend qu’il s’agit d’un milieu très hiérarchisé. En effet l’apprentissage prend beaucoup du temps, durant le quel il va falloir gravir les échelons de l’art avant d’être considéré comme un véritable rakugoka, et cette hiérarchie joue beaucoup dans les relations entre les différents protagonistes. On reconnaît ici la rigueur japonaise malgré que l’on soit au XXI° siècle !

C’est une lecture très agréable qui allie la quête de vie, d’identité à l’immersion dans un univers artistique très particulier. J’ai hâte de découvrir la suite de ce manga qui m’a propulsé sur les chemins du Rakugo et ses aléas.

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Après avoir finit la lecture de ce premier tome et avoir décidé de commencer quelques petites recherches sur le Rakugo avec en tête l’idée d’en parler ici, je suis tombée par hasard sur un article qui parlait d’un nouvel anime (adaptation en dessin-animé d’un manga ou d’un light-novel) dont le titre est Shouwa Genroku Rakugo Shinjuu (traduit en français par Le Rakugo ou la vie). Tout de suite je me jette dessus et je regarde les 6 premiers épisodes. (et j’attends la suite!)

De nos jours, Yotarou sort de prison et la première chose qu’il fait alors c’est de se rendre à la sortie d’une représentation du célèbre Rakugoka Yakumo . Celui-ci accepte de le prendre comme disciple et l’étrange apprentissage de Yotarou commence. Seulement il peine à trouver son propre style et ne fait que singer les autres rakugoka qu’il admire. Après quelques déboires le maître Yakumo entreprend de nous raconter, à nous et à son disciple, son propre apprentissage du Rakugo. Nous voilà alors propulsé bien des années en arrière, dans les années 30 à peu près. On découvre alors ce qu’étais cet univers du Rakugo à cette époque, une nouvelle approche très très intéressante. On voit comment l’art à subsisté pendant la guerre et comment de jeunes hommes aux idées fraîches ont dut se battre pour vivre de leur art.

Il s’agit d’un anime Starchil Records et DAX production, adapté du manga du même titre écrit par Kumota Haruko. C’est une œuvre très sensible aux dimensions historique et lyrique que j’apprécie beaucoup.

Le chara-design y est pour quelque chose avec ses traits d’une grande finesse et plein de poésie mais ce ne sont pas les même dessins que ceux de Kumota Haruko, dont j’aimerais bien découvrir l’œuvre, mais je crois qu’aucun éditeur français n’a encore acheté la licence.

J’adore cet opening !!

Et voilà, mon parcours rakugotesque s’arrête là pour le moment, mais j’ai pour projet de m’enfoncer dans cet univers un peu plus profondément , d’abord en finissant le visionnage de Shouwa Genroku Rakugo Shinjuu et la lecture du Disciple de Doraku, et puis en essayant d’assister pour de vrai à une prestation un de ces jours !

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Le bruit court que nous ne sommes plus en direct… ~ by Yomu-chan

Vous me retrouvez aujourd’hui pour un tout nouveau genre d’article ! Je m’en vais vous parler de théâtre. Ou plus précisément je vais vous faire ici une analyse de spectacle. C’est un exercice qui m’est demandé à moi, jeune lycéenne (plus pour longtemps, arg la vie active me tend ses bras vicieux é.è ) en spécialité théâtre, et l’ayant pratiqué sur un spectacle qui m’a particulièrement plu j’ai décidé de le partager avec vous ! Je me suis rendue compte récemment que le but de mes interventions dans ma petite médiathèque étaient de vous faire partager mes passions, et le théâtre en est une majeure mais jamais je n’en ai parlé ici, c’est grave, très grave ! Pour me faire pardonner je réitérerai sûrement ce genre de billet avec d’autre pièces dans le future. Yomu-chan innove ! Tintintinnnn

Voici donc, l’analyse de spectacle de Le bruit court que nous se sommes plus en direct…

Il s’agit d’un travail du collectif L’Avantage du doute. Il me semble que c’est leur troisième ou quatrième spectacle. Ce collectif, que je découvrai ici pour la première fois, fonctionne d’une manière bien particulière. D’abord il ne s’attaque pas à des pièces déjà existante, mais créer ses propres spectacles sur le principe de l’écriture de plateau. On oublie donc la chronologie d’un travail habituel qui voudrait que 1- on choisit un texte, 2- les comédiens apprennent le texte, 3-le metteur en scène propose son interprétation de l’œuvre, et 4- le travail peut commencer. Ici on grille toute ces étapes puisqu’il n’y a pas de texte écrit à la base du travail, mais qu’il se construit à partir d’interprétations jouer par les membres du collectif, et qu’il n’y a pas de metteur en scène, chacun apporte sa pierre à l’édifice. Et le résultat est très sympa, criant de vérité. Mais reprenons les choses dans l’ordre.

Le temps d’une soirée me voilà à la Coupe d’Or, théâtre de Rochefort, un magnifique théâtre à l’italienne rénové récemment. Il est rare que j’y mette les pieds mais quand c’est le cas je suis toute contente, j’aime à lever la tête et admirer les dorures, les fresques et les fauteuils au velours rouge, imitations de la renaissance florentine.

Ce genre de théâtre suppose évidemment un dispositif frontal, mais la particularité ici c’est que dès l’entrée en salle le quatrième mur est brisé (c’est-à-dire que la séparation virtuelle habituelle entre la scène et le public n’existe pas). En effet, pas de rideau abaissé, les comédiens sont déjà sur scène et regarde sans complexe la foule s’installer, une des actrice est assise sur les petites marches qui permettent de monter sur la scène à cours, et une autre s’occupe à placer les spectateurs. Si bien que quand ils nous adresse la parole (sans qu’aucune baisse d’éclairage ne signale le début de la représentation) pour nous expliquer que ce soir nous allons assister en direct à l’enregistrement d’un journal TV, il me faut quelques secondes pour m’assurer qu’il s’agit bien des comédiens et non des responsables du théâtre, et que le spectacle vient de commencer.

Peut-être devrais-je faire un petit résumé sur l’intrigue de cette pièce.

Les 5 individus présent sur scène (je dis individus car il est difficile au début de faire une nette différence entre comédiens et personnages) nous annoncent qu’ils ont décidé de mettre au point une chaîne TV diffusée sur internet, mais attention pas n’importe quelle chaîne. L’idée ici c’est d’inventer un journal qui se veut 100% éthique. Une fois le défis lancé, nos journalistes en herbe s’attellent, dans une atmosphère comique, au choix des news et à la structure de leur journal. C’est alors qu’après une première partie, apparaît un nouveau personnage (je tente vainement de me souvenir de son nom, c’est quelque chose comme Gloria je crois), la fille d’un ami de l’un des membre d’ETHIK TV qui propose d’investir dans la chaîne et d’y apporter les modifications nécessaires qui lui permettront de toucher un plus large public, car OUI le message qu’ils ont à faire passer est d’une importance capitale. Seulement voilà. Une chaîne 100% éthique est-elle compatible avec le système médiatique que l’on connaît ? C’est la question posée ici. Comment conserver son message d’origine tout en essayant de toucher un maximum de gens ?

La scénographie :

Au début on observe, si je me souviens bien, quatre chaises au centre du plateau, ; un bureau, à cours ; un tancarville suspendu à plusieurs mètres du sol sur lequel sont accrochées des feuilles de papier, à jardin ; au centre, derrière les chaises, un drap est suspendu pour figurer un écran ; au premier plan, tout à fait à jardin, on a une caméra, au centre un vidéoprojecteur, et à cours un meuble sur lequel repose une télévision. Et, détail que l’on ne remarque pas tout de suite mais sur lequel les comédiens attire à un moment donné notre attention, un écran de TV suspendu au mur qui délimite la scène à jardin, sur cet écran un chiffre apparaît, il désigne le nombre de téléspectateurs d’ETHIK TV, chiffre peu flatteur au début mais qui ne cessera d’augmenter au fur et à mesure de la pièce. C’est un accessoire innovant et très intéressant, car en effet, étant donné sa position on ne le regarde pas en permanence, il est hors du champ de vision qui se limite au plateau, notre attention est naturellement attirée par le jeu des comédiens, mais une fois qu’il est intégré au décors (après que l’un des comédien l’ait désigné) il arrive que l’un des membre du public pense à le regarder, et c’était très amusant de voir que quand il constatait un changement il tapotait du coude ses voisins pour dire « hep, regarde ! Il y en a de plus en plus ! ». Ce petit écran a contribué à créer un lien entre le public et la scène, nous mettant face à ce compteur d’internautes qui peut nous être familier si l’on est un habitué du principe de buzz qui parcours l’internet !

La première partie se passe donc dans ce décors très simple, constitué de bric à broc, qui nous transpose dans un local mal chauffé où la chaîne TV tente de se créer. A la fois très figuré et très réaliste il créer une atmosphère idéale qui nous emmène de façon efficace là où veulent nous emmener les comédiens.

Quand Gloria (si c’est bien comme ça qu’elle se nomme) commence à instaurer ses modifications au local, on voit apparaître un sofa bleu turquoise à jardin, derrière lequel un portant se remplit de divers costumes; un vrai écran de projection remplace le drap ; et un tabouret très design prend place au centre. Il me semble même que l’éclairage devient un peu plus chaleureux, ou en tout cas c’est l’image qui en ressort une fois que Gloria (j’ai décidée qu’elle s’appellerait comme ça, au moins dans mon article) a fini ses décorations.

Encore une fois l’aménagement de l’espace est très intéressant et a un message très riche à faire passer. En effet, le seul fait d’observer ce changement de décor dans le contexte proposé par le spectacle nous met face à un dilemme. On est obligé d’admettre que ce deuxième décor est beaucoup plus cosy, beaucoup agréable et confortable ; ainsi on va avoir tendance à apprécier les changement, à s’y sentir à l’aise et à encourager les modifications. Mais voilà, l’image qu’il nous renvoi est immédiatement beaucoup moins artisanale, moins personnelle, moins humaine. Et c’est là la grande problématique que soulève cette pièce de théâtre : Le confort ou les valeurs ?!

Le jeu des comédiens :

Le jeu est ici un point très important à aborder. Pourquoi ? Et bien parce que, comme je l’expliquais plus haut, le collectif de l’Avantage du doute nous offre une performance un peu originale.

Le fait que le texte ait vu le jour à partir d’improvisation donne au phrasé une dimension très réaliste, très « parlé ». C ‘est le troisième spectacle utilisant ce nouveau genre de diction qu’il m’a été donné de voir en peu de temps. Les deux premiers m’ont tout bonnement exécrés ! Je ne pouvais supporté ce « faux réalisme », qui apparaissait à mes oreilles comme redondant et ennuyeux. C’est vrai quoi, je ne vais pas au théâtre pour entendre des « euh », « hein » ou des phrases formulées à la va-vite !!

Mais en découvrant le bruit court que nous ne sommes plus en direct… j’ai compris que ce que je trouvais ennuyant c’était un théâtre qui cherchait à imiter cette spontanéité, tandis qu’un véritable phrasé humain, réaliste mais pesé et maîtrisé peut avoir un réel impact artistique. Et c’est ce que réussi à merveille l’Avantage du doute !

Les choix artistiques :

Je vais aborder ici deux points majeurs. Le premier étant l’étrange relation entre la scène, ses comédiens et le public ; et le deuxième la disparition de… merdoum comment elle s’appelle celle-ci… peut-être Lise, ou Julie…Disons Lise. La disparition donc, d’un personnage : Lise (tant pis si ça n’était pas ça, elle peut bien s’appeler comme elle veut).

→ Parlons donc de cette relation scène/public. J’ai rapidement décris, plus haut, l’ambiguïté qu’il y avait entre personnages et comédiens. Le phrasé dont je parlais précédemment y est pour quelque chose mais l’exploitation de cette proximité entre le réel et la fiction va plus loin. Je parlais tout à l’heure de l’abolition du quatrième mur, et bien ce phénomène subit une étrange évolution, car effectivement les comédiens sollicitent à plusieurs reprises le public, lui font incarner le rôle des téléspectateurs ou du témoins complice. Par exemple quand Gloria apparaît pour assister à l’une des réunion d’organisation d’ETHIK TV elle prend place parmi le public. Ou, moment plus intime, le vieux (je vous en pris ne me demandez pas de me souvenir de son nom ! ) profite d’une panne de courant pour nous confier ses pensées personnelles. Mais ce lien se casse peu à peu. Je me rend compte en analysant cette singularité que cela entre de façon évidente en cohérence avec la problématique. Je m’explique. Durant toute la première partie de la pièce nous avons un décor réaliste, un temps d’action presque égale (si on fait abstraction de l’unique ellipse temporelle de ce chapitre) au temps réel, des personnages fidèles à leur valeurs, très attachants de par leur ressemblance à nous-même et l’identification qui en résulte, et il semble alors tout naturel d’avoir une véritable relation entre la scène et la salle. Puis quand le caractère artisanal se perd peu à peu, et que les valeurs défendues au départ par les personnages semblent se détériorer, le décor prend l’aspect d’un magazine témoin, l’ambiance se fait plus hypocrite , et alors le lien public/comédiens se brise pour illustrer la trahison de cette chaîne TV qui se disait 100% éthique. Cela s’opère, on l’a vu, avec le changement de décor, mais aussi avec une accélération de l’action qui nous rappelle que nous sommes au théâtre, la diminution, voir la suppression, de l’adresse au public, et avec l’apparition de passages qui perdent leur caractère réaliste pour devenir presque absurdes (attention je ne veux pas dire par là dénué d’intérêt!!). Je pense ici aux deux ou trois moments où l’une des comédienne semble s’extraire des traits de caractères de son personnage pour revêtir la peau d’une enfant perdue qui évoque la nostalgie des souvenirs ou à la scène finale qui achève de nous camper dans la fiction, en effet celle-ci déborde de costumes improbables et d’une poésie explosive (pour rester abstraite…)  J’ai trouvé ce processus très subtile et très percutant.

→ Vous l’aurez compris cette pièce m’a beaucoup plu, mais (parce qu’il y a toujours un « mais ») il reste un petit quelque chose que je n’ai pas réussi à expliquer artistiquement parlant. Il nous faut remonter en arrière et nous remettre dans ce contexte artisanal de préparation de journal TV à l’arrache. Nous avons alors 5 personnages, 5 journalistes, chacun nous offrant une personnalité très riche et hyper-attachante. Dont la fameuse Lise. Celle-ci occupe un rôle aussi important que celui de ses camarades et prend très vite sa place dans le fonctionnement d’ETHIK TV. Seulement voilà, à la fin de la première partie elle disparaît ! Pas d’événement particulier dans l’intrigue qui nous permettrait d’expliquer la cause de son départ, non, en fait l’actrice qui jouait ce rôle s’est transformée en Gloria… Alors certes ce n’est pas très gênant, ce n’est pas « grave » mais… Je ne peux m’empêcher de m’interroger, pourquoi ? Est-ce que la comédienne voulait avoir sa place dans les deux parties de la pièce ? Est-ce que Lise à quitter ETHIK TV parce qu’elle a trouvé un job ailleurs ? Je ne sais pas mais cela me laisse un arrière goût un peu amer. Enfin ce détail contribue aussi à nous rappeler, de façon TRES brutale, que nous sommes au théâtre. La disparition d’un personnage ce n’est quand même pas rien ! Qu’il meurt d’accord, qu’il parte d’accord, mais là il disparaît tout simplement, même dans l’esprit du reste de la troupe puisque aucun des personnages n’en reparle.

Bon il est temps de conclure. En clair, j’ai beaucoup aimé ce spectacle qui su aborder une problématique qui me touche tout en proposant une forme artistique pertinente et divertissante !

A bientôt (je l’espère) pour de nouvelles aventures !!

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