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La suite de Shanghai, tome 2 : Les terres du mal [roman]

J’ai découvert Bruno Birolli grâce à son livre Ishiwara : l’homme qui déclencha la guerre. Le livre m’avait fait forte impression. C’est un essai historique qui se lit comme un roman. Alors quand l’auteur s’est essayé au roman historique j’ai tout de suite voulu le lire. C’est ainsi que j’ai découvert la Suite de Shanghai et son premier tome : Le music-hall des espions dont je vous ai déjà parlé ici.

Aujourd’hui, je reviens avec le second volet de cette suite : Les Terres du mal.

Shanghai, les années 1930. La ville est à un tournant de son histoire, de l’histoire de la Chine tout entière. Sous les néons et le fard de la ville, espions et contre espions se livrent bataille. Les communistes qui s’opposent au gouvernement de Tchang Kaï-chek. Les Japonais étendent insidieusement leur emprise. Les Occidentaux s’accrochent désespérément à un passé révolu et tentent de préserver les privilèges de leurs concessions. Et au milieu de tout cela, on retrouve René Desfossés, retourné à la vie civile, et Swindon, l’espion britannique qui joue au chat et à la souris avec un mystérieux indicateur communiste, surnommé Hannah par les services secrets.

Meurtres, filatures et glamour dans une ville foisonnante, décrite avec passion. C’est peut-être la ville elle-même le véritable personnage principal de cette série. Les hommes et les femmes n’y sont que des figurants qui se débattent avec elle.

Ce n’est pas pour autant que le roman manque de personnages ! Ils y sont nombreux et variés. Avec de Desfossés, on découvre le monde du cinéma, tandis que Swindon mène un groupe d’espions composé à la fois d’agents britanniques et chinois. Leurs ennemis sont aussi intéressants.

J’ai apprécié le personnage de Swindon, très énigmatique, so british, il ne se dévoile jamais vraiment. Desfossés m’a moins séduite, je ne me suis pas vraiment attaché à lui, mais c’est amusant de le voir comme fil conducteur de l’intrigue malgré lui. Toujours un peu dépassé par les événements.

Toutefois, l’aspect le plus intéressant de la série, ce sont les descriptions de la ville, à la fois poétiques et très détaillées. On est vraiment immergé dans l’ambiance de l’époque. Une ville en transition, bouillonnante et très riche, où l’on croise des gens venus du monde entier. Une ville qui ne sait pas encore ce qui l’attend, à un tournant de l’histoire qui lui sera fatal.

Je regrette que le livre ne soit pas accompagné de quelques clichés d’époque, cela aurait apporté un petit plus intéressant au livre. Heureusement, on peut trouver beaucoup de photos sur la page facebook du livre. Sont aussi à déplorer quelques coquilles, un travail de correction peut-être un peu bâclé. Mais qui ne gâchent en rien le plaisir de la lecture et de la découverte de ce Shanghai des années 30.

La suite de Shanghai sur le site des éditions TohuBohu

⇒ Bruno Birolli (facebook, twitter)

Les Terres du mal sur Amazon ou chez votre libraire préféré

4 questions à Bruno Birolli

Vous avez écrit deux essais historiques : Ishiwara l’homme qui déclencha la guerre, et Port Arthur 8 février 1904. Pour votre premier roman, vous avez choisi le Shanghai des années 30. D’où vous vient cette passion pour cette période de l’histoire sino-japonaise ?

Il y a deux raisons. La première est que l’on écrit sur ce que l’on connaît et comme j’ai passé toute ma vie d’adulte en Asie comme journaliste, je connais mieux cette partie du monde et je reste très curieux de son histoire. Il y en a une plus ancienne, j’ai été très tôt fasciné par l’Entre-deux-guerres. Pendant cette période très courte, l’Histoire s’accélère prodigieusement. Dans les années vingt souffle un vent de liberté. Ces années sont marquées par de profondes révolutions dans tous les domaines: art, politique, technologie (avion, radio, cinéma, disque…), mœurs, mode, architecture… L’espoir d’un monde meilleur est présent. La contestation est intense et par conséquent l’imagination et la créativité. Puis l’invasion de la Mandchourie en 1931 met fin à ces illusions dans un progrès infini et constant. La guerre qu’on croyait avoir bannie pour toujours revient portée par des régimes plus meurtriers les uns que les autres qui se révèlent être d’effroyables escroqueries.

Pourquoi avoir choisi la ville de Shanghai comme cadre de votre histoire d’espionnage ? En lisant les deux tomes de votre saga, j’ai eu le sentiment que le véritable personnage principal de l’histoire c’est la ville elle-même. Est-ce ainsi que vous l’avez ressenti en l’écrivant ?

Vous avez raison, Shanghai est à la fois un décor et un personnage qui décide du destin des personnages. Shanghai était, à l’époque, une anomalie héritée de l’Histoire, une ville divisée comme l’étaient Vienne du « Troisième homme » de Graham Greene, Berlin après 1945 ou Salonique après 1918, des villes pleines d’armées étrangères, de services secrets concurrents. Shanghai était divisée en trois administrations avec leurs propres polices, leurs propres lois. À cause de l’extraterritorialité, il y avait quatorze tribunaux différents qui jugeaient chacun les ressortissants de leurs pays respectifs en accord avec leurs propres législations. Quand on lit les analystes de juristes publiées à l’époque, tous reconnaissaient l’absurdité de cette situation, son impossibilité à durer dans le temps et que le bon sens dictait que tôt ou tard la Chine retrouvasse toute sa souveraineté sur les concessions. A quoi s’ajoutaient les multiples communautés: on entendait dans les rues le russe, l’allemand, l’anglais, le français, l’espagnol, le portugais… et tous les dialectes chinois. Ce n’était pas un melting-pot; plutôt un port franc où des gens du monde entier se côtoyaient sans vraiment se mêler. Jusqu’en 1937, date de l’invasion japonaise, Shanghai était aussi une ville en plein boom, et relativement en ordre, bien loin de l’idée de lupanar qu’on s’en fait aujourd’hui. C’était un laboratoire audacieux de la modernité avec ses revues littéraires, ses studios de cinéma, ses orchestres, ses architectes… Après 1937, Shanghai va sombrer. L’afflux de centaines de réfugiés dans les concessions neutres jusqu’à Pearl Harbour puis l’occupation de toute l’agglomération portent un coup fatal et plongent Shanghai dans le chaos et la violence.

Va-t-il y avoir un troisième volet à cette suite ?

Normalement oui, et un quatrième aussi!

Parmi tous les personnages, lequel affectionnez-vous le plus ?

En fait, j’aime tous les personnages. On m’a reproché de ne pas avoir de personnages franchement bons et d’autres franchement mauvais. Aristote disait que l’homme est mû par deux sentiments: l’intérêt et l’affection. Si on reprend cette idée, disons que ce qui fait une personnalité est où on place le curseur entre ces deux extrêmes. D’autre part, question de génération, je suis marqué par l’existentialisme: le monde est absurde, il n’existe pas de valeurs éternelles, chacun est libre de choisir sa morale personnelle pour trouver le sens de son existence. Pour traverser le gigantesque désordre qu’étaient l’époque et Shanghai, chaque personnage a sa réponse personnelle. Dans « Le music-hall des espions », je me suis surtout centré sur les étrangers, même si le colonel Chu et le magicien jouent un rôle crucial. Dans « Les terres du Mal », il y a plus de personnages chinois. Chacun a sa facette: Sun est un véritable artiste, lucide, sensible et idéaliste; Tizzy affecte de rester au-dessus de la mêlée; Petit Tai est un peu tire-flanc mais accomplit son devoir sans hésiter; Lingyu est émouvante et paumée ; le père de Yiyi est un filou amusant (il reviendra dans le prochain roman)…  Chao Long est un vrai stalinien, impitoyable, habité par une sorte de rage due à l’Histoire. Il est un peu le reflet inversé du colonel Chu central dans « Le Music-hall des espions ». Le seul personnage franchement négatif est Lan Ping – forcément, il m’a été inspiré par celle qu’on surnommera plus tard la « veuve Mao »… Je ne porte pas de jugement sur mes personnages. Ceux qui ont lu « Ishiwara, l’homme qui a déclenché la guerre » l’auront ressenti: c’est la complexité, les contradictions des êtres qui m’intéressent et non de décerner de bons ou de mauvais points comme le ferait un instituteur. Sinon le fil rouge est Desfossés, c’est lui que l’on suit et qui peu à peu vieillit.

A lire aussi

Shanghai, années 30 : quelques lectures piochées dans ma bibliothèque

  • La balade de Yaya, BD jeunesse de Golo Zao et Jean-Marie Omont, aux éditions Fei
  • Yin et le dragon, BD jeunesse de Richard Marazano et Yao Xu, aux éditions Rue de Sèvre
  • L’ombre de Shanghai, BD jeunesse de William Crépin, Patrick Marty et Li Lu, aux éditions Fei.
  • La bataille de Shanghai 1937, manhua de Bo Lu, aux éditions Urban China
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Le music-hall des espions – Bruno Birolli

J’avais aimé le livre historique de Bruno Birolli Ishiwara, l’homme qui déclencha la guerre, qui se lit comme un roman. J’étais impatiente de découvrir son premier roman.

Couverture La suite de Shanghai, tome 1 : Le music-hall des espions

On entre dans le vif du sujet dès les premières pages avec la découverte de cadavres bien puants. Nous sommes à Shanghai, dans les années 30. Autour du charnier, des officiers français, un homme des renseignements britanniques, un officier chinois et ses hommes. Mais qui sont donc ces cadavres. Qui est l’homme qui pleure ?

Marche arrière toute. On se retrouve en France. René est envoyé en Chine comme sous-officier par son oncle influent qui ne sait trop quoi faire du jeune homme dont il a la charge. Un neveu encombrant, une concession lointaine. Voici René embarqué pour une aventure à laquelle il ne s’attend pas. Pas mécontent de quitter la France (et surtout son oncle), René débarque à Shanghai où il travaillera aux renseignements avec Fiorini, son supérieur. Fiorini est un officier taciturne, de peu de mots. Mais il saura gagner la confiance et la fidélité de son sous-officier fraîchement débarqué.

Avec René, on découvre la vie de Shanghai, partagée entre ses concessions étrangères et ses quartiers chinois. L’ambiance est des plus tendues : homme d’affaires peu scrupuleux, taxi-girls, étrangers en mal d’aventure, autorités fidèles à Tchang Kaï-chek, espions communistes et japonais prêt à faire tout péter, on marche sur le fil du rasoir.

C’est au détour d’un incident peu commun, une attaque qui n’a rien d’un simple braquage que Fiorini, accompagné par René, se lance sur les traces d’espions communistes. Un jeu de chat et de souris, de pouvoir et de manipulation, duquel personne ne ressortira vraiment indemne, est en train de se jouer.

Ce que j’ai aimé dans ce roman ce n’est pas finalement tant l’intrigue policière que laissait entrapercevoir la découverte des cadavres par laquelle le roman s’ouvre. Ce qui est vraiment intéressant de ce livre, c’est de découvrir la ville de Shanghai avant que la guerre n’y éclate. C’est à travers le vécu de René qu’on découvre la ville, ces différents quartiers, sa dynamique, la façon dont les diverses concessions et les quartiers chinois interagissent. Bruno Birolli a su la rendre très vivante. Il y a profusion de détails, on a vraiment l’impression d’arpenter ses rues.

Les personnages, nombreux, sont tous attachants. Même les plus terribles d’entre eux ont quelque chose de profondément humain qui nous les rend familiers. On ne peut détester personne. Il n’y a ni de bon ni de méchants. Il y a des camps adverses, il y a la guerre, il y a les valeurs que chacun veut défendre. Des chemins contraires qui mènent à la confrontation, inévitable, acceptée telle une fatalité.

Un beau livre, qui se lit avec plaisir et qui nous fait découvrir un pan de l’histoire chinoise sans en avoir l’air.

Merci aux éditions Tohu Bohu et à Bruno Birolli pour cette lecture.


Le coin des curieux :

Je ne pouvais pas présenter ce livre sans proposer un coin des curieux ! Mais j’ai découvert, avec plaisir, que Bruno Birolli avait déjà bien préparé le travail avec la page facebook du roman où l’on trouve énormément de photos d’archives ayant servi à l’élaboration du roman. On y trouve même quelques musiques 🙂 Je vous invite vraiment à y faire un tour.

Que dire de plus après avoir feuilleté les albums photo ?

Je me contenterais de proposer deux autres lectures dans un genre bien différent pour découvrir sous un autre angle le Shanghai des années 30 :

La balade de Yaya nous amène à Shanghai en 1937 alors que la guerre opposant les Chinois au japonais a éclaté. Yaya, une petite bourgeoise, se retrouve perdue dans les rues de la ville à feu et à sang. Elle y rencontrera Tuduo, un gamin des rues. Ensemble, ils vont fuir et tenter de survivre.

Une très jolie BD jeunesse dont je vous ai déjà parlé ici. Si le dessin tout en rondeur fait vraiment penser à une BD pour enfant, le propos y est parfois très dur, à ne pas mettre entre des mains trop jeunes. Mimiko l’aime beaucoup et y revient régulièrement.

L’ombre de Shanghai, encore une BD jeunesse. Toujours aux éditions Fei, comme la balade de Yaya. C’est ici une jeune Chinoise, prise sous l’aile d’une riche famille de colons français qui est au centre de l’intrigue. Nous sommes toujours à Shanghai dans les années 30, mais les jeunes gens qui fréquentent le lycée de la concession française semblent bien plus inquiets par leurs peines amoureuses que par la guerre imminente. Une histoire fantastique et non une aventure historique, mais de belles planches où l’on peut observer les rues du Shanghai des années 30.

Je vous ai déjà parlé des premiers tomes de cette série ici.

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Ishiwara, l’homme qui déclencha la guerre

Il y a déjà longtemps j’avais publié une chronique sur Senkou no night raid, un anime très intéressant ambianté dans la Chine des années 30, mettant en scène des agents des services secrets nippons dotés de pouvoirs particuliers. Au-delà de l’aspect fantastique, cette série est très intéressante pour son aspect historique. Intéressante oui, mais obscure pour celui qui ne connaît rien à l’histoire de l’Extrême-Orient du début du XX siècle. Ce qui justement était mon cas. Soucieuse de mieux appréhender les événements historiques cités dans la série et de distinguer le vrai du faux, je me lançais dans quelques recherches. Malheureusement les livres d’histoire japonaise contemporaine que j’avais à ma disposition ne donnaient que très peu d’informations sur l’expansionnisme japonais en Chine. J’étais obligé de me contenter des informations collectées sur Wikipedia (formidable outil, pour débuter une recherche, mais…. limité).

Dans la première version de cet article, je faisais part de l’implication supposée de Ishiwara, un jeune officier de l’armée impériale japonaise en poste en Mandchourie, dans un attentat perpétré à Moukden en 1931. Attentat qui fut utilisé par l’armée japonaise comme prétexte pour occuper la Mandchourie. Mes sources indiquaient qu’une discorde subsistait quant à l’implication d’Ishiwara dans cet incident.

Quelque temps après avoir publié ma chronique, je recevais un mail de Bruno Birolli qui m’expliquait que l’implication d’Ishiwara dans l’attentat de Moukden avait été démontrée et que justement lui-même avait écrit un livre à ce sujet : Ishiwara l’homme qui déclencha la guerre. J’aurais aimé voir ce mail accompagné d’une copie du livre…. Mais peu importe. Je me promettais de le lire un jour, dès que l’occasion se présenterait. Et voilà que l’occasion s’est présentée 2 ans plus tard, alors que je n’y pensais plus !

L’homme qui déclencha la guerre :

Afin de mieux comprendre ce qui poussa Ishiwara à orchestrer l’attentat de Moukden le 18 septembre 1931 et à forcer la marche du Japon vers la guerre, Birolli revient sur la vie de cet homme, symptomatique de son époque.

Issu d’une famille de samouraï, déchue de tous ses privilèges lors de la Restauration Meiji, le jeune Ishiwara est envoyé, bien malgré lui, dès l’âge de 12 ans dans une académie militaire où échouent tous les fils d’ancien samouraï désargenté. Dans cette académie à l’enseignement sommaire, il est endoctriné et formé pour devenir un futur officier. Avide de spiritualité, le jeune Ishiwara sera séduit tout d’abord par le nouveau culte de l’empereur, puis par le Nichirénisme de Chigaku, une secte bouddhiste intégriste prônant la violence, populaire chez les militaires du début du XX siècle.

Partisan du panasiatisme, Ishiwara voit l’intervention militaire du Japon en Chine comme une mission salvatrice pour la purifier de l’oppression des Occidentaux. Fort de ses influences spirituelles et nationalistes, il prêche en faveur de la guerre. Mais cette guerre il ne la souhaite pas que pour le “bien” de la Chine, il la souhaite surtout pour le bien du Japon, qui, selon lui, en occupant la Mandchourie se doterait d’une position stratégique en Asie, ainsi que de terres riches en matières premières faisant défaut dans l’archipel  nippon.

Sauver la Chine, qui n’a pas connu la paix, est la mission du Japon, une mission qui, dans le même temps, est le seul moyen de sauver le Japon lui-même. (p.118)

Si la fugue de la jeunesse et son empressement à faire la guerre le poussent à orchestrer l’attentat de Moukden, puis à envahir la Mandchourie contre les ordres donnés de maintenir la paix. Avec l’âge il devient plus posé, plus réfléchi et s’essaye aux manipulations politiques dans le but d’imposer une dictature militaire sur un modèle nazi. Mais son inspiration ne lui vient pas que du nazisme ou du fascisme, il étudie également avec beaucoup d’intérêt la planification quinquennale de l’URSS.

Seulement Ishiwara n’est pas à l’aise en politique. L’exemple d’indiscipline qu’il a donné en Mandchourie inspire de nombreux jeunes officiers qui à leur tour se révoltent. Par ailleurs, l’armée est divisée, des conflits internes parfois très violents opposent différentes factions. Si tous désirent engager le Japon dans une guerre totale, les chemins que chacun suit pour mener à la guerre divergent. Des luttes de pouvoir et d’influence opposent les généraux désireux de se retrouver à la tête d’une nouvelle organisation sociale : la dictature militaire.

Dans ces conflits Ishiwara penche pour un processus d’industrialisation militaire de masse pour permettre au Japon de se doter d’un armement suffisant pour écraser ses ennemis. Alors que d’autres veulent attaquer immédiatement et si un ennemi est trop fort (URSS) alors il suffit de se tourner vers un ennemi plus faible (envahir les îles du Pacifique et le Sud-est asiatique).

À cause de ses idées et de son caractère peu apte au compromis, Ishiwara, après avoir été l’un des principaux instigateurs de la montée du militarisme au Japon, est peu à peu écarté du pouvoir militaire. Lors du procès de Tokyo en 1949, il sera entendu comme témoins par les forces d’occupation, mais ne sera pas jugé. Il finira sa vie dans une sorte de communauté religieuse qu’il dirigera jusqu’à sa mort.

Le livre :

Je ne fais ici que résumer les grandes lignes, le sujet étant suffisamment complexe pour mériter un livre tout entier. Mais, pour ceux qui ne connaîtraient pas cet homme, je tenais à donner quelques détails sur lui et son parcours. Pour en savoir plus, je vous invite à lire le livre de Birolli que, franchement, j’ai trouvé très agréable à lire.

Le problème avec les livres d’histoire, quand ils sont écrits par des historiens, c’est qu’ils sont souvent indigestes. Et ce n’est qu’à coup de migraines qu’on arrive à en venir à bout. Or Birolli, s’il maîtrise son sujet, est reporter de son état, ce qui lui confère une capacité à intéresser le lecteur. Son écriture est fluide, jolie même et il traite ses personnages historiques comme des personnages de roman. Non pas qu’il embellisse la réalité par des faits non historiques, mais parce qu’il raconte l’Histoire (celle qui à un grand H) comme on raconterait une histoire… Chaque personnage est présenté avec une description digne d’un roman, on a de jolies descriptions de paysages et il s’efforce de deviner et retranscrire l’état d’esprit d’Ishiwara tout au long de sa vie (et ce grâce aux nombreux documents laissés par ce dernier qui écrivait notamment un journal). Bref, on est captivé par cet homme et par l’histoire du pays, on veut savoir ce qui va se passer et comment le Japon va glisser peu à peu vers la guerre et la dictature militaire.

Un très bon livre sur l’histoire contemporaine du Japon qui, à travers le personnage d’Ishiwara, nous fait mieux appréhender le Japon du début du XX siècle. J’ai pourtant un petit reproche à faire à ce livre, j’aurais aimé le voir agrémenté de plus de documents. On a une photo d’Ishiwara en couverture et une carte de la Mandchourie en introduction, c’est tout. Alors qu’on nous donne des descriptions très détaillées sur de nombreux personnages et différentes informations géopolitiques, j’aurais aimé un petit carnet annexe de photos et de cartes illustrant les propos du livre et m’évitant ainsi de devoir me lancer dans de nombreuses recherches complémentaires. Comme je l’ai dit plus haut, je ne connais pas grand-chose à l’histoire de l’Extrême-Orient, je ne sais donc pas qui sont toutes les personnes citées, où se situent les différentes villes, etc. Autre petit reproche : survoler les définitions de certains concepts comme le panasiatisme ou le nichirenisme. Si on connait l’histoire du Japon du début du XX siècle on sait sans doute déjà de quoi il s’agit. Mais si comme moi on est un parfait ignorant de la chose, un petit encart explicatif aurait été le bienvenu.

Pour contrecarrer les critiques que je viens de faire, sachez que le livre est accompagné d’un documentaire Arte. Je n’ai pas encore eu la chance de voir ce documentaire, mais je ne doute pas y trouver les réponses à toutes les questions que je me suis posées (et voir les têtes de tous ces messieurs !). Il est disponible en VOD ici.

Alors, si vous vous intéressez à l’histoire contemporaine du Japon et de l’Asie, je vous conseille Ishiwara l’homme qui déclencha la guerre, il ne suffira pas à lui seul a étancher votre soif de savoir, mais ils vous apportera des informations très intéressantes, le tout écrit dans un style agréable et fluide. Finalement, j’ai tellement aimé ce livre, qu’après l’avoir emprunté à la bibliothèque, j’ai envie de me l’acheter pour l’étudier plus en détail (j’adore prendre des notes sur mes livres) 🙂


Tout ça m’a donné envie de me replonger dans Senkou no Night raid ! Je suis sûre que maintenant je comprendrais bien mieux 😀

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