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Couleur de peau miel – la boucle est bouclé

Ce n’est que 4 ans après avoir découvert Couleur de peau : miel avec les 2 premiers tome de ce triptyque autobiographique Jung, que je lis enfin sa conclusion.

Dans ce troisième tome, Jung quadragénaire, décide enfin de retourner en Corée. Pour ce premier voyage sur la terre qui l’a vu naître, il sera accompagné par une équipe de tournage qui filme ce retour pour l’adaptation cinématographique de Couleur de peau : miel. Dans ce troisième volet Jung devenu adulte se remémore quelques souvenir de jeunesse, parle avec son enfant intérieur,  échange avec l’équipe de tournage et réfléchi beaucoup à son expérience et a ses sentiments d’abandon et de déracinement. Il est enfin apaisé, mais la blessure est toujours là et elle lui laissera pour toujours une cicatrice.

Dans ce troisième tome il y a beaucoup d’émotion. C’est très touchant. Bien que ce soit moins amusant à lire que le premier tome ou les farces joué par la fratrie faisant rire malgré la réflexion sus-jacente sur l’adoption. Ici on est plus dans la réflexion et moins dans l’expérience de vie.

Le dessin est toujours très agréable, le ton est plus sérieux. C’est un adulte qui parle aux adultes, le premier tome parlait à l’enfant, le deuxième à l’adolescent révolté. 3 albums, 3 périodes, une vie. Une très belle autobiographie qui m’a beaucoup ému et qui m’a fait réfléchir sur l’adoption, un sujet qui me tenait à cœur depuis ma plus tendre enfance. Dans mon premier article je disais avoir toujours désiré adopter un enfant. La lecture de couleur de peau : miel m’a marqué au point de me faire changer d’avis.

→ à lire aussi mon avis sur les 2 premiers tomes, les avis de Lunch et Badelel (tome 1 et 2) et Mokamilla

Couleur de peau : miel est aussi un film. Après avoir lu le dernier tome j’ai eu envie d’enchaîner avec l’adaptation animé. Dans j’avais pu voir il y a 4 ans les premières images.

Dans ce film les prises de vue réelles sont mêlée à l’animation. On y voit Jung arriver dans sa famille Belge, y grandir. Puis revenir en Corée pour ouvrir son dossier d’adoption dans l’espoir d’en apprendre plus sur ses parents naturels. Le retour de Jung ne nous est pas livré à la fin, mais parsemé par petites touches tout au long du film. Sa voix off nous raconte son ressenti, tandis que l’animation nous montre ses souvenir d’enfance.

J’ai trouvé ce film extrêmement touchant et j’avais les larmes aux yeux même après avoir déjà lu la bande dessiné. C’était peut-être même trop touchant. Mimiko qui l’a regardé avec moi en a été bouleversé.

En revanche j’ai eu un peu de mal avec la technique d’animation que je n’ai pas trouvé assez fluide. C’était parfois déstabilisant.

Que vous choisissiez la bande dessiné ou le film (pourquoi pas les deux), je vous conseille vivement ce témoignage touchant et personnel.


bd et film d’animation
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Couleur de peau : miel

Je préparais un article sur le manhwa (Et le Manhwa, alors ?) quand, flânant dans les rayons BD jeunesse de notre médiathèque municipale, je suis tombée sur couleur de peau : miel de Jung. Jung, ça sonne coréen, alors j’ai cru tomber sur un manhwa. Je n’avais pas totalement tord, Jung c’est bien un nom coréen. Mais il ne s’agit pas du tout d’un manhwa, c’est une BD belge !! Et oui, Jung est un enfant coréen, adopté par une famille belge. Dessinateur de BD, il décide en 2007 de revenir sur sa propre histoire, celle d’un enfant coréen adopté, dans cette BD autobiographique.
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Résumé :

Le petit Jung fouille les poubelles pour trouver de quoi manger, quand un policier le trouve et l’accompagne dans un orphelinat. L’orphelinat de grand’ma Holt. A l’âge de 5 ans il sera adopté par une famille belge qui a déjà 3 enfants. Dans le premier tome il nous raconte l’orphelinat, l’arrivée dans un nouveau pays et sa nouvelle famille, comment le petit coréen deviendra un petit belge. Le tome 2 raconte son adolescence, la recherche d’identité et la souffrance qu’il éprouve d’être un enfant adopté (et donc abandonné par sa mère biologique), jusqu’à l’acceptation de lui-même tel qu’il est, avec sa double identité.
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Jung envisage d’écrire un troisième et dernier tome après son retour en Corée. A la fin du deuxième tome il s’approche de son pays d’origine par un voyage au Japon. Mais il n’a pas pu, à cette occasion, sauter le pas et aller à la rencontre de ces racines. Maintenant il se sent prêt pour cette aventure. Il nous racontera ce voyage dans le dernier tome de la série. Je l’attend avec impatience.
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Ces 2 premiers tomes ont été adapté pour le cinéma. L’adaptation, mélange de prises de vues réelles et d’animation, sortira le 6 juin 2012 en France. Elle est co-réalisé par Jung et Laurent Boileau.Si le titre Approuved for adoption a été provisoirement envisagé par l’auteur, le film sortira finalement sous le titre de Couleur de peuau : miel.

Mon avis :

Mon regard à été attiré vers cette bande-dessiné, tout d’abord par le nom de l’auteur, puisque, comme je l’ai dit, je travaillais sur le manhwa. Mais aussi par la couverture. Le dessin est d’une incroyable douceur, mêlée de malice. Cet enfant couleur miel qui nous regarde avec de petits yeux malicieux tout en tenant cet pancarte avec  nom, numéro et date de naissance m’intriguait. C’est alors que j’ai décidé d’ouvrir l’album et, sur le rabat de la couverture j’ai lu :
Nous devrions remercier grand’ma Holt d’avoir crée des orphelinats, des hôpitaux, de nous avoir trouvé des familles… et pourtant …
Pourtant, à l’heure actuelle, je ne sais toujours pas si je dois la remercier ou la détester.
Nous sommes deux cents milles Coréens adopté à travers le monde.
C’est beaucoup trop.
Ceci a fini par me convaincre, j’ai emprunté le premier volume. Le surlendemain je venais chercher le deuxième tome avec la ferme intention de parler de cette magnifique bande-dessinée.
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Cet histoire m’a interpellée pour 2 raisons, la première, plus superficielle, est que, étant moi-même très intéressée par la culture asiatique j’aime lire tout ce qui peut m’en apprendre davantage sur la culture des différents pays d’extrême orient. La deuxième raison, bien plus profonde, touche ma sensibilité de mère, ma sensibilité d’être humain. Aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours pensé : « le jours où je serais assez grande pour avoir des enfants, j’aimerais en adopter un ». Pourquoi ai-je toujours eu ce désir en moi, encore vivant aujourd’hui ? Je ne sais pas trop. Je me disais sans doute que j’aurais de l’amour à offrir et que tant d’enfants sont abandonnés ou ont perdu leurs parents… Est-ce une vision naïve et enfantine? Toujours est-il que le point de vue de l’enfant adopté que nous offre Jung dans cette bande-dessinée autobiographique m’a beaucoup intéressé. Bien que l’adoption vienne le plus souvent d’un bon sentiment, l’enfant ne le vit pas comme un événement heureux et toute sa vie il continue de se poser des questions sur les raisons qui ont poussé ses parents biologiques à l’abandonner.
La force de cette bande-dessinée est de nous faire réfléchir sur des sujet graves tout en gardant beaucoup d’humour. On y retrouve une fratrie des plus espiègles en laquelle tout et un chacun peut s’identifier. J’y ai trouve beaucoup d’anecdotes qui m’ont rappelée ma propre enfance, malgré le fait que mon enfance et ma famille aient été très différentes de celles de l’auteur.
Par ailleurs j’ai trouvé la réflexion sur le déracinement et la double identité très intéressant. Ce sentiment dépasse les frontière du sujet de l’adoption pour englober d’autres situation telle que la mienne, celle d’un enfant immigré qui doit aussi apprendre une nouvelle langue, une nouvelle culture, se faire une place dans un pays où il est considéré comme un étranger. Le regard des autres, le sentiments d’avoir été déraciné, le fait d’être devenu un étranger dans son pays d’origine… ce sont des sentiments que j’ai également connu. Jung sait parfaitement les mettre en lumière et nous les montrer en toute simplicité.
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Après avoir lu couleur de peau : miel je me suis souvenue d’une anecdote survenue peu de temps après mon arrivée en France, durant ma dernière année de collège. Je m’étais fait une amie. Nous nous retrouvions tous les midi pour manger ensemble. J’aimais beaucoup cette fille. Elle était d’origine asiatique et avait été adopté. Un jour je lui ai demandé « tu es de quel pays? » Ma question l’a choquée. Très vexée elle m’a répondu qu’elle était française et à partir de ce jour un grand froid c’est installé entre nous. Ce jour là, par une simple question j’ai perdu une amie. Je me suis longtemps demandé pourquoi elle s’était fâchée. Moi, en posant cette question, je pensais « tu es comme moi, tu n’est pas d’ici ». Maintenant je me dis qu’en entendant ma question elle a peut-être compris : « tu n’es pas comme moi, tu n’est pas d’ici ».

Quelques mots sur Jung :

Né à Seoul en 1965, puis adopté par une famille belge en 1971. Il étudiera aux Beau Arts de Bruxelle section illustration avant de se lancer dans la bande-dessinée comme dessinateur.
Il collabore en 1991 avec le scénariste Ryelandt Martin pour la série Yasuda, publié chez Hélyode. Toujours avec Ryelandt, il publie en 1997 le premier volume de la série : La fille et le vent chez Delcourt.
En 1999 il commence une nouvelle série avec une nouvelle scénariste, Jee-Yun : Kwaïdan. Ensemble ils publient  Okiya en 2006 puis Kyoteru en 2008, toujours chez Delcourt.
Pour couleur de peau : miel il travaille seul sans scénariste. C’est en 2007 que le premier tome  est publié dans la collection Qadrant de la maison d’édition Soleil, suivit du tome 2 en 2008.
En 2009 il sort un artbook de dessins érotiques : Frôlement.
Bien que le style de ses bande-dessinées soit diffèrent de l’univers de couleur de peau : miel, série sur laquelle il a travaillé seul, on retrouve dans tous ses travaux des thèmes qui lui sont chers : l’Asie, l’abandon, l’identité, le déracinement… comme le fait remarquer lui-même lors d’une interview réalisé en 2009 à l’occasion de la sortie de Frôlement.
BD Boum – Prix Région Centre (2008)
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