Jardin de la paix, ou comment commémorer la Grande Guerre avec des jardins

C’est au détour d’une page du dernier numéro du magasine L’Ami des jardins & de la maison que j’ai découvert ce projet paysagiste particulièrement intéressant. Différents projets sont menés par l’association art & jardins – Hauts-de-France en collaboration avec la Mission du centenaire de la Première Guerre mondiale pour créer des jardins en mémoire des blessures laissées par la Grande Guerre dans le nord de la France. Au total, 15 jardins verront le jour sur différents sites. Les premiers ont été inaugurés en ce début de novembre, d’autres sont encore en cours de réalisation.

Les jardins que vous pouvez déjà visiter :

Le Quesnoy 

Le Quesnoy accueille 2 jardins de la paix :

À l’assaut du rempart (Belgique)

Sous les fortifications de Le Quesnoy, les paysagistes Mathieu Allain et Thomas Van Eeckhout  ont reproduit à l’horizontale une portion des fortifications pour rendre hommage au bataillon qui les ont escaladés pour libérer la ville. Transformer les remparts en terrasse permet de se rendre compte de leur taille impressionnante (12 m de haut). Cette terrasse allie la brique rouge et le pavé de gré et laisse la végétation prendre place pour reproduire le vieillissement des remparts.

Rangimarie (Nouvelle-Zélande)

La paysagiste Xanthe White et son équipe, Zoë Carafice et Charmaine Bailie rendent hommage aux troupes néo-zélandaises qui a libéré la ville le 4 novembre 1918. Le nom du jardin reprend une expression maorie : rangimarie, qui « représente en effet l’espace calme, à l’image des heures qui précèdent l’aube, où il est possible de cheminer en compagnie de ses ancêtres ». 

Craonne

Craonne accueil 3 jardins de la paix.

592 (Italie)

Le village du Vieux Craonne a été entièrement détruit durant la guerre, dans cette bataille 592 soldats italiens ont disparu. Les paysagistes Lorenza Bartolazzi, Luca Catalano et Claudia Clementini leur ont rendu hommage avec leur réalisation. Ils ont souligné la configuration tourmentée du terrain en réalisant des rétentions d’eau dans les creux. Des piqués planté dans le sous-bois symbolisent les bataillons. Du printemps à l’automne, les piquets sont rejoints par 33 variétés de plantes à bulbes qui, par leurs floraisons se succédant, symbolisent les soldats.

Cultiver la mémoire (Allemagne)

Le paysagiste allemand Thilo Folkerts propose un jardin très particulier dans lequel les rôles s’inversent. Trois grands cercles en métal soulignent la topographie du sous-bois modifié par les bombardements. Dans ces 3 anneaux, les promeneurs sont invités à plantes de bulbes. Plus que le jardin, c’est processus de plantation qui vient ici rendre hommage. Le visiteur vient activement participer au travail de mémoire.

Jardin des hespérides (Maroc)

Dans ce jardin, les paysagistes Karim El Achak (Maroc) et Bernard Depoorter (Belgique) rendent hommage aux soldats marocains tombés au combat. ce jardin fait référence à un jardin oriental légendaire :  le fabuleux verger des Hespérides. Au centre il accueille un bassin reflète le paysage alentour.

Thiepval 

À Thiepval se sont deux jardins qui ont été aménagés :

Try goetir yn ysgafn – À travers la forêt à la légère (Pays-de-Galles) 

Dans ce jardin on rend hommage aux soldats gallois morts dans la Somme.  Sous les bois, la pièce principale de ce jardin est un très long banc de 33 m de long constitué de bois de chêne gallois et de pierres de Portland  faisant écho au mémorial déjà existant. Tout aux tours du banc se sont les primevères qui ont été mises à l’honneur. Ce jardin a été conçu par deux paysagistes britanniques :  Andrew Fischer Tomlin et Dan Bowyer.

Pax Dryades (Angleterre)

Ce second jardin a été réalisé par les paysagistes James et Helen Basson. Leur jardin s’inspire des cicatrices laissées par la guerre et reproduit les chemins sinueux des tranchées par des allées bordées d’arbustes et marquées par les poteaux en bois de châtaigner. Sur des câbles métalliques rappelant les babelait qui bordaient les tranchées, s’enroules des plantes grimpantes, créant un parcourt labyrinthique. Des cercles blanchis à la craie symbolisent les trous d’obus.

pour en savoir plus : Jardin de la paix

Je n’ai pas encore eu l’opportunité de visiter ces jardins, mais j’avais envie de souligner cette initiative que je trouve très intéressante. Comment rendre mieux hommage à un lieu blessé par la guerre qu’en en faisant un jardin ? Ramener la vie la où il y a eu trop de morts, et matérialiser par la configuration du paysage la mémoire des lieux, se souvenir de ceux qui y sont tombés.

J’espère pouvoir vous reparler de ces jardins après les avoir visités. Et si vous y allez avant moi, venez me donner vos impressions.


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11 Novembre – Paul Dowswell

Grâce au challenge Première Guerre mondiale de Blandine, je me suis intéressais à des romans que je n’aurais probablement pas lus sans cela. 11 Novembre de Paul Dowswell, publié aux éditions Naïve Livres en 2014, fait parti de ces livres. Et c’est justement pour me pousser à découvrir de nouvelles lectures et à mieux connaitre cette période charnière de notre histoire que je me suis inscrite au challenge (et aussi parce que c’est Blandine et qu’elle a toujours d’excellents conseils de lectures à partager).

Couverture 11 novembre

Je suis tombé sur le roman par hasard à la bibliothèque et j’ai tout de suite pensé au challenge. Les premières lignes m’ont donné envie de le lire, j’ai trouvé cette approche, au regard subjectif, intéressante. Et je n’ai pas été déçue.

En effet, le récit que nous ligne Paul Dowswell des dernières heures de la Grande Guerre est vraiment très intéressant. On suit simultanément 3 personnages, tous trois de très jeunes soldats de 16/17 ans : Alex Meyer, un jeune soldat allemand tout juste enrôlé, William Franklin, un jeune soldat britannique qui a suivi son grand frère au front, et Eddie Hertz un jeune pilote de l’armée américaine d’origine allemande.

Chaque chapitre se concentre sur l’un de personnage et nous donne sa vision des heures qu’il est en train de vivre. Sur un même front, mais pas forcement dans le même camp. Ils ont le même âge, des rêves similaires et la même peur au ventre.

La guerre sera bientôt finie. Mais durant cette dernière matinée de guerre, beaucoup de soldats vont encore mourir.

Le récit est très bien mené, on sent la pression et l’angoisse des soldats, on enchaîne les pages, pourvu qu’ils ne meurent pas. Pas maintenant ! Et pourtant cette lecture m’a obligé à faire des pauses. J’en ai versé des larmes. Même une fois le livre refermé. Je suis particulièrement sensible quand il s’agit de guerre, et parfois je trouvais ça trop triste, trop dur à lire. Franchement, je ne sais pas si je donnerais ce livre à lire à de jeunes lecteurs, à moins que ce ne soit dans le cadre d’un cours d’histoire. C’est le genre de récits qui vous sapent le moral. En revanche, cela peut être un excellent complément de cours sur le sujet, une façon de donner un visage plus humain et sensible aux leçons d’histoire.

Un beau roman, donc, mais que je ne conseillerais qu’à ceux qui s’intéressent à la période, parce que juste pour prendre plaisir à lire je préfère des lectures plus légères.

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 voisins voisines 2018

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velouté de butternut

J’ai improvisé un petit velouté et j’ai trouvé ça super bon. D’habitude j’utilise du potiron, mais là j’avais une butternut entamée.

Pour une demie butternut j’ai utilisé 4 pommes de terre et deux gousses d’ail. J’ai taillé les légumes en morceau couvert d’eau et fait cuire avec un peu de sel. En fin de cuisson j’ai ajouté une bonne dose de cumin un peu de curcuma et de gingembre en poudre.

J’ai mixé copieusement pour obtenir une texture très onctueuse.

Je trouve que la douceur du butternut se marie très bien avec les épices. J’ai trouvé ça délicieux servi avec un filet de tamari.

C’est avec ce petit velouté orange que participe enfin aux Gourmandises d’Halloween. Et c’est aussi avec ce petit plat que je conclue le challenge Halloween 2018. Encore une belle année d’échange. Merci à Lou et Hilde !


 

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Premières lignes #12 – 11 Novembre

Chaque semaine, Ma lecturothèque nous invite à partager les premières lignes de nos lectures.

Aujourd’hui je vous propose de découvrir les premières lignes d’un roman jeunesse : 11 novembre de Paul Dowswell. En réalité je vous propose les premières lignes des trois premiers chapitres car elle montrent comment se structure tout le roman et c’est ce qui m’a donné envie de le lire.

Chapitre 1

Mardi 11 novembre 1918, 2 heures du matin.

A proximité du front allemand.

Alex Mayer dormait, la tête appuyée sur une écharpe de laine noire pressée contre la fenêtre du compartiment. Bercé par le rythme régulier des roues sur les rails, il avait réussi, au terme d’un voyage cauchemardesque depuis Berlin, à sombrer dans un sommeil bien plus profond que celui des nuit précédentes.

[…]

Chapitre 2

2 heures du matin.

A proximité du front britannique.

William Franklin sentit la terre trembler sous ses pieds. Il ne s’agissait pas des secousses irrégulières d’un bombardement d’artillerie, ni du martèlement rythmé d’une longue colonne de fantassins en marche, mais un grondement profond et sonore… de ceux que seul un gros vehicule blindé pouvait produire.

[…]

Chpitre 3

2 heures du matin.

Base aérienne des l’Américan Air Service.

Eddie Hertz dormait sur un luxueux matelas de plumes dans une ferme de Prouvy, près de la frontière belge. Tris semaines auparavant, son escadron avait avancé depuis Doullens, et il s’habituait très bien à son nouvel environnement.


challenge WWI

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TBTL 2018-45

Rendez-vous initié par Bettierose Books, le Throwback Thursday Livresque nous invite à évoquer de vieilles lectures autour d’un thème commun chaque jeudi.

Cette semaine il est question de Fantasy et là ce n’est les livres qui vont manquer. Le plus dur sera de choisir. Le dernier en date, le premier ? Mon cœur balance. Et fini par pencher du côté su premier qui d’ailleurs n’est pas vraiment de la fantasy à proprement parler, mais il y a toute sa place ne serait-ce que parce qu’il a inspiré beaucoup d’auteur de Fantasy. Vous aurez sans doute déjà compris de quel livre je vais parler.

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Le Seigneur des anneaux de J.R.R. Tolkien bien sur ! La traduction française est assez pénible à lire. Il y a des longueurs et des longueurs ! Les premiers chapitres du premier tome sont tellement décourageants que plus d’un s’y sont arrêté. Je l’aurais aussi fait si je n’avais pas déjà lu Bilbo le Hobbit. Parce que mon premier ce n’était pas vraiment le Seigneur des Anneaux, mais Bilbo. Et j’avais adoré. Alors il me tardait de retrouver cet univers. Connaissant donc déjà l’histoire des Anneaux, j’ai survolé la trop longue introduction pour entrer dans l’aventure. Là encore, j’ai sauté quelques pages de collines verdoyantes ça et la parce que la description de l’herbe verte sur 2 pages, moi je peux pas. Malgré tout j’ai adoré. L’histoire est prenante, les personnages sont attachants (et agaçant), l’univers créé par l’auteur est fascinant et complexe. Bref tous les éléments du dépaysement total sont là et sans la mièvrerie des histoires d’amour que je ne supporte pas. Il y a bien des histoires d’amour, mais on passe assez vite sur le sujet et tout le monde s’en fout. La seule chose qui m’a chagriné un peu ce sont les personnages féminins auxquels je n’ai pas vraiment accroché, sauf un.

Bien sûr quand je parle des personnages, faut pas avoir en tête le film. Si j’ai trouvé que le film était très beau d’un point de vue de la photographie, je n’y ai pas du tout retrouvé le caractère des personnages tel que je l’avais perçu dans le livre (surtout celui du seul personnage féminin que j’avais aimé et qui dans le film devient une cruche).

Image associée

C’est un livre que j’ai lu à 18 ans et il m’a beaucoup marqué. J’aimerais le relire parce que j’en aurais sans doute une perception différente aujourd’hui. Mais j’aimerais le relire en anglais, car il semblerait qu’il y ait beaucoup moins de longueurs dans la version originale.

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Le challenges Contes & Légendes au pays de Noël

Le mois des Contes & Légendes devient un challenge annuel !

Oui bon, il ne reste plus qu’un mois et demi pour finir l’année, mais ne vous inquiétez pas je prépare déjà 2019. 😉

Il vous reste donc encore un mois et demi pour valider le challenge ! Une seule participation suffit. Tous les formats sont permis : romans, albums, recueils, bandes dessinées ou manga, mais aussi films, pièces de théâtre, comédies musicales… Et même la cuisine ! Eh oui, en association avec les gourmandises de Syl je vous propose de cuisiner les contes de fées.Aucun texte alternatif disponible.

Une seule condition, partager le logo et/ou le lien vers cette présentation dans votre billet. Et si vous n’avez pas de blog, vous pouvez participer à travers vos réseaux sociaux préférés.

→ Vous pouvez aussi nous rejoindre dans le groupe facebook.

En octobre, nous avions déjà joué les prolongations avec les contes fantastiques, les fantômes et autres créatures inquiétantes en compagnie de Lou et Hilde et de leur challenge Halloween. (prolongation qui se poursuit jusqu’au 11 novembre !)

Avec les fêtes de fin d’années, j’avais envie de partir à la rencontre des contes de Noël et des légendes liées à cette période de l’année (solstice d’hiver).

Et comme il y a deux challenges que j’adore en cette fin d’années, je suis très heureuse de proposer un double partenariat.

Le dimanche 2 décembre, ce sera le rendez-vous il était 6 fois Noël avec Chicky Poo et Samarian. Elles proposent un super challenge avec un calendrier bien chargé, de quoi faire plein de découvertes et partager autour de Noël, ses traditions, ses préparatifs, ses lectures, chocolat chaud et plaid à l’appui. Ensemble nous iront au pays des contes de Noël.

Envie de vous inscrire à leur challenge ? Suivez le guide :

chez Chicky Poo

chez Samarian

Et parce que Noël on adore et qu’un challenge c’est super, mais deux c’est encore mieux, je m’associe également avec Mya Rosa pour son incontournable Challenge Christams Time et ses doux moments de partage, Noël sous toutes ses coutures : lectures, recettes, préparatifs… il y en aura pour tous les goûts. Encore une fois le calendrier sera bien chargé. Le rendez-vous contes de Noël avec Mya Rose se fera le 9, 16 et 23 décembre.

Envie de vous inscrire à son challenge ? C’est par ici :

Challenge Christmas Time chez Mya Rosa

J’espère que vous serez nombreux à participer au challenge Contes et Légendes que ce soit autour de la thématique de Noël ou pas.

Pour laisser vos liens, vous pouvez le faire ici, en commentaire, ou sur le groupe facebook (sur le fichier récapitulatif)

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le crochet et moi #1 – un gilet d’été

C’est avec un peu de retard que je prends enfin le temps de vous montrer le gilet que j’ai fini le mois dernier. J’avais envie de le porter par dessus un yukata, finalement je ne l’ai pas fini à temps, mais je suis assez contente du résultat. Il n’est plus de saison et faudra que j’attende l’été prochain pour le porter, mais je trouve qu’avec un débardeur noir et un jeans ça sera très joli.

 

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Gilet au crochet #crochet #diy #faitmain

Une publication partagée par Bidib Ma Petite Médiathèque (@bidibmpm) le

J’ai fait plusieurs erreurs, comme intervertir l’ordre des couleurs ou faire le devant un rang plus long que le derrière, mais je suis assez satisfaite du résultat.

Je me suis inspiré de ce modèle :

Bahama Mama Ruana [ FREE CROCHET PATTERN ]

C’était assez simple à réaliser. Il n’y a que triples brides.

Triple bride
source

Pour le réaliser, j’ai utilisé du coton mercerisé en pelotes de 50 g. Il m’a fallu 6 bleus, 1 et demi de rouge et un peu plus de marron. J’ai travaillé avec un crochet 3.5.

J’espère que se petit billet crochet vous aura plu parce que je prévois d’en publier d’autres. Je ne suis pas assez douée pour vous proposer mes propres tutos, mais j’ai envie de partager ici les tutos sympas que je trouve et qui m’aident beaucoup à progresser. J’adore faire du crochet, ça me détend.

Pour le prochain épisode je vous montre des bonnets 🙂

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De la souillure : essai sur les notions de tabou et de pollution ~ by Yomu-chan

Hey !

Ouiiii je sais ça fait si longtemps que je n’ai pas écrit que l’on pourrait douter de mon existence.  Mais comprenez-moi, j’étudie et j’ai peu de temps pour lire (Arg fausse excuse).

Mais, je viens de commencer une nouvelle licence en anthropologie et ceci est synonyme de nouvelles lectures (obligatoires pour la plupart, mais passionnantes très souvent !).  Je vais donc pouvoir partager quelques mots avec vous. J’ai récemment dû exposer sur un ouvrage de Mary Douglas, De la Souillure, je me propose donc de vous livrer ma fiche de lecture ici. Celle-ci aura sûrement un aspect très scolaire et académique, mais c’était l’exercice demandé héhé. J’espère ne pas raconter de grosses bêtises et je serais enchantée d’échanger avec vous au sujet de cette lecture et des théories développées par M. Douglas !!  Place à l’exposé :

De la Souillure

Essai sur les notions de pollution et de tabou

Mary Douglas

Mary Douglas est une anthropologue britannique, née en 1921 et décédée en 2007.

Elle est considérée comme l’une des figures les plus importantes de l’anthropologie anglaise de la deuxième moitié du XX° siècle. Elle fut l’élève du célèbre Evans-Pritchard, dont les études ont beaucoup influencé son travail.

Mary Douglas a d’abord travaillé pour le British Colonial Office, jusqu’en 1947, avant de devenir professeur d’anthropologie à Londres, puis aux États-Unis.

Elle s’inscrit dans le courant africaniste, avec une profonde étude de la société matrilinéaire et polyandrique des Lélé du Kasai au Zaïre, dans l’ex-Congo Belge. Sa thèse de doctorat portera d’ailleurs sur cette société.

Durant sa carrière elle aura publié une quinzaine d’ouvrages, mais son œuvre reste assez peu connue en France, avec peu de traductions. Nous la connaissons surtout pour deux de ses livres : De la Souillure, dont nous parlerons plus longuement dans cet exposé, et Comment pensent les institutions.

Le travail de Mary Douglas se veut dans la lignée de l’anthropologie britannique, elle trouve sa place dans l’héritage fonctionnaliste. Mais elle se dénote et rompt avec les habitudes fonctionnalistes en revendiquant une filiation avec la théorie durkheimienne et en défendant le travail de Claude Lévi-Strauss. On lui trouve effectivement des affinités avec le structuralisme. Mary Douglas est considérée comme novatrice, car elle ouvre l’anthropologie fonctionnaliste aux études comparatives. C’est d’ailleurs avec son ouvrage De la Souillure qu’elle affirme sa méthode comparatiste. Dans ce texte elle s’appuie sur de nombreux exemples, notamment chez les Lélé, les Azandes et les Nuer en Afrique, mais elle cherche constamment à faire le lien avec les sociétés occidentales, britanniques et israélites, nous le verrons plus précisément.

L’œuvre de Mary Douglas porte sur de nombreux thèmes (les modèles matrilinéaires, la religion, le risque, la pollution environnementale, la consommation, etc.), mais on retrouve toujours la volonté de comprendre les effets des organisations sociales sur la manière de classer, catégoriser le monde, et de le percevoir. Elle interroge le sens des catégorisations mentales crées par les sociétés et analyse la façon dont les sociétés usent de ces divisions mentales pour rendre le monde compréhensible et accessible, cette idée est particulièrement développée dans De la Souillure.

De la souillure

De la souillure est publié pour la première fois au Royaume-Uni en 1967, il faudra attendre 1971 pour qu’il soit traduit en français. Lors de son étude de terrain chez les Lélé, Mary Douglas remarque des similitudes dans les prohibitions alimentaires de ce peuple et celles évoquées dans le Lévitique. Ainsi elle se penche sur le tabou, la souillure et les interdits rituels, elle les utilise comme porte d’entrée sur une étude comparée des religions. Dans la thèse développée dans cet ouvrage la saleté et la pollution semble être indispensables pour comprendre et analyser le rapport des sociétés au sacré.

Souillure rituelle :

Mary Douglas commence par décrire ce qu’est la saleté, la souillure.

La saleté se révèle être une offense contre l’ordre, c’est ce qui n’est pas à sa place, voici la définition que lui donne l’auteure. Elle ouvre son texte en disant que « la réflexion sur la saleté implique la réflexion sur le rapport de l’ordre au désordre, de l’être au non-être, de la forme au manque de forme, de la vie à la mort ». Elle va donc étudier les comportements de différents groupes sociaux face à la saleté, et cette étude ne peut se faire qu’en faisant des relations entre les différentes catégories, puisqu’il n’existe du sale que s’il existe du propre.

Elle insiste sur l’importance de contextualiser la saleté, car ce qui est sale par rapport à quelque chose peut être propre par rapport à autre chose.

Dès ce premier chapitre elle renie plusieurs théories vieillissantes et elle s’en prend notamment à James Frazer (Le Rameau d’Or). Ce qui apparemment est une tradition chez les anthropologues britanniques.

Souillure séculière :

Mary Douglas établit l’importance qu’il y a à se confronter à la « contagion sacré et séculier (profane) » dans nos propres sociétés pour comprendre celle qui opère dans les sociétés primitives. C’est ainsi qu’elle pose les bases de son anthropologie comparative.

L’auteure remarque que l’on trouve des coïncidences entre les rituels religieux liés à la purification et l’évitement de maladies contagieuses (comme les juifs qui se lavent avant de manger et la façon dont ils ont été épargné par la peste). L’ethnologue note un matérialisme médical de la part de ses collègues, qui vont expliquer une pratique religieuse par un phénomène médical, et de la part des primitifs, qui vont justifier une expérience rituelle par les douleurs qu’ils ressentiraient s’ils n’accomplissaient pas le rite.

Mary Douglas remarque qu’il existe une véritable ressemblance entre les rites purificateurs symboliques et notre hygiène quotidienne. La purification symbolique vise à séparer le profane du sacré, et notre hygiène quotidienne vise à enlever ce qui n’a pas à être là. Nous l’avons vu, la saleté est quelque chose qui n’est pas à sa place. Ainsi quand je me lave avant de prier, j’enlève ce qui appartient au monde empirique pour m’élever vers le monde sensible, de même, quand je « fais la poussière » dans ma maison j’enlève ce qui appartient à l’extérieur pour conserver l’intégrité de mon foyer. Mary Douglas constate donc que « là où il y a saleté, il y a système ». La saleté est symbolique, le sale n’est pas sale en lui même, il est sale dans un certain contexte.

Abominations du Lévitique :

« La souillure n’est jamais un phénomène isolé, elle n’existe que par rapport à l’ordonnance systématique des idées ». C’est parce que nous classons nos idées que ce qui s’échappe de cette classification est sale.

Mary Douglas fait donc le parallèle avec la notion de sainteté. Si la sainteté est associée à un état de plénitude et de contentement, la racine du mot est bien « état de séparation ». Selon l’auteure, être saint c’est « être capable de discrimination et d’ordre », c’est séparer ce qui doit être séparé, donc être capable d’écarter le sale du propre, l’impur du pur. La sainteté se définie donc par rapport à la souillure, est saint celui qui a su reconnaître et écarter la pollution. Si des auteurs comme Hertz opposent de façon catégorique le sacré de la souillure, Mary Douglas nous explique que l’un n’existe qu’à travers l’autre. Sacré et impureté sont complémentaires, et entretiennent d’étroites relations.

Dans ce chapitre l’auteure revient également sur l’idée de classification et du fait que ce qui sort de ces classifications est impur. Elle appuie sa thèse sur l’exemple du Lévitique, texte judaïque dans lequel sont répertoriés les prohibitions alimentaires, certains animaux y sont désignés comme « abominables » et sont strictement interdits à la consommation. Mary Douglas analyse cela et remarque que sont considérés comme impurs les animaux qui ne correspondent pas aux critères du bétail (le bétail étant un symbole de l’ordre), et ceux qui ne correspondent pas à leur classe (les poissons sans écailles, les êtres ailés à 4 pattes, etc). Il s’agit donc de tous les animaux représentant un défi de classification. Les êtres hybrides sont donc considérés comme impurs, car ne pouvant rentrer dans aucune classification ordonnée définie par le groupe. L’anthropologue fait ici un rapprochement avec le culte du pangolin chez les Lélé.

Magie et miracles :

Mary Douglas présente l’être humain comme un « animal rituel », si bien que, si l’on supprime un rite, celui-ci réapparaîtra sous une autre forme. Les rites sont décrits par l’auteure comme des « actes symboliques », pour nous comme pour les primitifs. Ici Mary Douglas cherche à montrer que les primitifs ne sont pas naïfs, et qu’ils ne croient pas bêtement qu’un rite équivaut à un « résultat immédiat magique et miraculeux » (elle prend l’exemple de l’appel de la pluie). Selon elle, le rite permet de « concentrer l’attention », il enrichit une expérience qui aurait de toute façon eu lieu (comme pleuvoir). Il permet de donner un cadre et de contrôler cette expérience. Mary Douglas va jusqu’à dire que le « rite est le signe extérieurs d’états intérieurs », il est donc purement symbolique et permet de donner forme à de réelles préoccupations sociales et politiques.

Elle fait également une comparaison avec nos propres expériences rituelles. Nos rites sont tout aussi symboliques que les leurs, nos habitudes de nettoyage n’ont pas réellement pour but d’éviter la maladie, elles servent plutôt à « rendre visible les décisions que nous avons prise sur ce que doit être notre foyer ».

Le rite créé de l’ordre, il définit les limites de l’univers et donne ainsi leurs places aux individus. Les interdits, comme la saleté ou la pollution, ne font que « tracer les contours du cosmos et de l’ordre social idéal ».

Mondes primitifs :

Mary Douglas, dans sa démarche comparative, ne rejette pas l’idée d’étudier les différences entre les cultures, car elle en pointe certaines du doigt, mais elle revendique l’importance d’établir ces comparaisons en gardant en tête « l’unité de l’expérience humaine ».

Elle défend une constante dans toutes les sociétés : les Hommes ont le besoin de créer de l’ordre dans la complexité brumeuse du réel. Mais elle reconnaît que les primitifs peuvent se représenter le monde de manière différente de la notre. Ils verraient la puissance de l’univers comme quelque chose d’intimement lié à la vie individuelle. Même si Mary Douglas admet que les membres de ces sociétés peuvent se représenter la cosmologie de façon très diverse, tout comme c’est le cas dans nos sociétés, tout le monde est rarement d’accord au sein d’un même groupe.

Encore une fois Mary Douglas rejette l’idée d’Hommes primitifs naïfs, elle appuie qu’ils se posent des questions qui traduisent de véritables préoccupations d’ordre sociales, qu’ils s’interrogent, eux aussi, sur le « comment s’organiser en société ».

Elle profite de cette réflexion pour s’interroger sur l’utilisation du terme « primitif ». Elle annonce en défendre l’usage, mais pas avec une vision péjorative et infantilisante.

Pouvoirs et Périls :

La thèse de Mary Douglas repose en grande partie sur sa volonté à affirmer que le désordre, et donc la saleté et la pollution, représente à la fois le danger et le pouvoir.

« S’il est admis que le désordre détruit l’agencement des éléments, il n’en demeure pas moins qu’il lui fournit ses matériaux. Qui dit ordre dit restriction, sélection des matériaux disponibles, utilisation d’un ensemble limité […]. Inversement, le désordre est, par implication, illimité ; il n’exprime aucun agencement, mais il est capable d’en créer à l’infini. C’est pourquoi tout en aspirant à créer l’ordre, nous ne condamnons pas purement et simplement le désordre. Nous admettons que celui-ci détruit les agencements existants ; mais qu’il est doué aussi de potentialités. Le désordre est donc symbole tout à la fois de danger et de pouvoir ».

Ainsi le rite, qui peut faire appel à cette pollution, correspond à un renoncement de l’ordre de soi et/ou de l’ordre de la société. Celui qui « revient » d’un rite utilisant des aspects de souillure obtient un pouvoir que ceux qui sont restés sous le contrôle de l’ordre social n’ont pas développé.

L’auteure fait ensuite une sorte d’inventaire des pouvoirs spirituels engendrés par la pollution. Ceux-ci sont en rapport avec le danger. Il y aurait des pouvoirs contrôlés et des pouvoirs incontrôlés, les deux n’étant pas attribués aux mêmes personnes sociales et ne représentant pas le même niveau de dangerosité. Elle distingue les pouvoirs qui ont une forme : « expression d’un symbolisme extérieur qui soutient les structures sociales explicite » (rois, etc.) ; et les pouvoirs caractérisés par leur absence de forme : qui seraient des « pouvoirs psychiques intérieurs qui menacent les structures sociales par leur aspect non structuré ». Il y aurait donc une corrélation entre structure sociale et type de pouvoir mystique : «  l’exercice du pouvoir conscient est réservé aux détenteurs des postes clés de la structure, tandis qu’un autre type de danger émane de ses régions obscures ». Ainsi donc on attribue les pouvoirs dangereux aux marginaux (comme ce fut le cas avec les juifs en Europe par exemple).

Frontières extérieures :

Mary Douglas invoque des références psychanalytiques pour mieux s’en défaire. Elle se penche notamment sur le rapport au corps, très présent dans le domaine de la souillure. Selon elle, les psychanalystes « isolent le corps humain de sa dimension symbolique vis à vis de société ». L’ethnologue voit le corps comme un symbole de la société, il représente le système fini qu’incarne la société. Elle infirme la thèse freudienne selon laquelle les cultures primitives seraient comparables à la sexualité infantile du stade anal.

Elle affirme que « l’expérience corporelle et émotionnelle de l’individu ne l’emporte pas sur son expérience culturelle et sociale […] et que les rites agissent sur le corps politique par le moyen symbolique du corps physique ». Ceci explique pourquoi les déchets corporels représentent tant de danger et de pouvoir à la fois.

Lignes internes :

Mary Douglas affirme que la pollution touche de très près à la morale. Ce qui est mauvais, en même temps pollue. L’auteure analyse la façon dont conscience morale individuelle et conscience morale publique s’influencent, décrivant ainsi une relation entre la conscience et la structure sociale. Selon Mary Douglas, pour comprendre la pollution il faut comprendre les contradictions qui animent le comportement qu’un individu approuve pour lui même et celui qu’il approuve pour les autres membres de la communauté. La pollution pourrait venir servir de soutien à la morale, elle suscite la désapprobation quand la morale fait défaut.

Le système en guerre contre lui même :

A travers de nombreux exemples, Mary Douglas montre que les rites sexuels lié à la pollution créent des contradictions qui fragilisent le système social. Elle développe notamment le cas de la société Lélé :

« J’attribue l’anxiété des Lélé – celle qui concerne les dangers rituels de la sexualité – au rôle véritablement destructeur du sexe dans leur système social. Les hommes créèrent une échelle de prestige, dont ils gravissaient les échelons à mesure qu’ils venaient à dominer un nombre toujours croissant de femmes. Mais en livrant leur système à la compétition, ils permirent aux femmes de jouer un double rôle : celui de pions passifs et celui d’intrigantes actives. Pris individuellement, les hommes avaient raison de craindre que les femmes, prises individuellement, contrecarrent leurs projets ; et leurs craintes des dangers sexuels ne faisaient que refléter très exactement leur rôle dans leur structure sociale. »

Éclatement et renouveau du système :

La saleté est une création de l’esprit, c’est un « sous-produit » de la création de l’ordre. La souillure incarne les limites de la pureté : elle est le paradoxe intrinsèque à la création d’un ordre délimité, il existe des marges quand l’on crée un espace fini. Mais ce qui se trouve dans ces marges fait aussi partie du monde et peut être source de pouvoir. Mary Douglas développe une « métaphore du jardin » qui résume merveilleusement sa thèse sur la relation sacré-souillure :

« Un jardin n’est pas une tapisserie ; en enlevant toutes les mauvaises herbes, on appauvrit le sol. Pour lui conserver sa fertilité, le jardinier doit, d’une certaine façon, remettre ce qu’il a enlevé : transformer les mauvaises herbes et le gazon tondu en terreau. Ce traitement est comparable à celui que certaines religions réservent aux anomalies et aux abominations en les transformant en pouvoirs au service du bien .»

Sources

DOUGLAS Mary, 2001, De la Souillure. Essai sur les notions de pollution et de tabou, Paris, La Découverte.

Éric SORIANO, « DOUGLAS MARY – (1921-2007) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 2 octobre 2018. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/mary-douglas/

Sandrine TEIXIDO, « Mary Douglas anthropologie de l’impur », Sciences Humaines [en ligne], consulté le 2 octobre 2018. URL : https://www.scienceshumaines.com/mary-douglas-anthropologie-de-l-impur_fr_4587.html

«  De la souillure », Éditions La Découverte [en ligne], consulté le 2 octobre 2018. URL : http://www.editionsladecouverte.fr/catalogue/index-De_la_souillure-9782707148117.html

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Une histoire courte

Avec une histoire courte de Jérôme Camil, les éditions Frimoüsse nous offrent encore un excellent album ! J’ai adoré.

Couverture Une histoire courte

Tu veux une histoire pour dormir ?
Bon d’accord, mais une histoire courte alors !

Tout commence avec un parent qui doit raconter une histoire à son enfant. Courte alors, précise-t-il. Un prince va sauver une princesse et gloups ! se fait dévorer par le dragon. Fin. Comment ça fin ? C’est décidément trop court pour l’enfant qui réclame une histoire un peu plus longue que ça. Le parent reprend alors, bon finalement ça ne s’est pas vraiment passé comme ça… Et l’histoire recommence un peu plus longue, mais toujours pas assez. Et puis cette fin, ça ne va pas. À chaque fois que le mot fin est prononcé, l’enfant a des réclamations à faire. Le parent n’a d’autre choix que d’ajuster son histoire jusqu’à ce que l’enfant s’endorme enfin.

J’ai adoré la chute finale. Non pas celle du texte, mais celle muette de l’illustration qui n’est pas sans me rappelle un autre album des éditions Frimoüsse que j’ai adoré : Mon petit frère est un monstre.

J’ai aussi beaucoup aimé le dessin à la fois mignon et drôle. Un album parfait pour la lecture du soir. C’est d’ailleurs Mimiko qui a tenu à me le lire. Comme quoi les albums c’est drôle pour tout le monde, même quand on est grand ou presque.

les éditions Frimoüsse

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blog d'une dyslexique amoureuse des livres