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Les enfants de la mer

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 Manga de Daisuke Igarashi publié chez Sarbacane.

 Titre original : 海獣の子供 (Kaiju no kodomo)

Résumé :

Ruka, collégienne au caractère bien trempé, est exclue du club de handball alors que les vacances d’été commencent à peine. Courir sur le terrain, c’est là qu’elle se sent mieux. Que va-t-elle faire maintenant ?

C’est alors que son chemin va croiser celui d’un étrange garçon, Umi, qui semble être aussi à l’aise dans l’eau qu’un poisson.

Fascinée par Umi, elle va se rapprocher de lui et de son frère aîné Sora. Ces deux garçon vivent dans l’aquarium ou travaille le père de Ruka, sous la protection de Jim, océanographe au corps tatoué. Les deux garçons auraient été élevé par des dugongs, mammifères marins menacé de disparition.

En compagnie de Umi et Sora, Ruka va être témoins d’étranges phénomènes : des poissons disparaissent, dans l’océan et les aquariums.

 

Au Japon, le manga compte déjà  4 tomes. La première parution date de 2007.

 En France, le deuxième tome sortira le 22 août  (plus qu’un mois à attendre !!)    link

Mon avis : 

De Igarashi je connaissais 2 recueils d’histoires courtes. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il sont étranges. Il ne laissent pas indifférents !

Ces deux recueils ne m’avaient pourtant pas laissé un très bon souvenir. Ce n’est pas que je n’ai pas aimé, mais certaines histoires étaient  trop étranges, trop fouillis, difficiles d’accès. Faut dire que ils comptent parmi les premiers manga que j’ai lu, et ce n’est peut-être pas un excellent choix pour une première immersion dans l’univers du manga.

Quoi qu’il en soit, je n’ai pas pas du tout eu cette sensation en lisant la premier tome de Les enfants de a mer.  Tout de suite on reconnais le coup de crayon de Igarashi, on retrouve son univers fantastique où la nature a des pouvoirs qui dépassent l’entendement humain. Mais, contrairement aux histoires courtes parfois trop confuses, ici le décor est bien planté. Un cadre stable va servir de base aux délires fantastiques. Peut-être a-t-il pu mieux travailler son background puisqu’il s’agit d’une série.

On commence l’histoire avec Ruka, une fille ordinaire qui connaît des problèmes auxquels le lecteur peut facilement s’identifier. Les scènes ancrées dans la réalité et les épisodes surnaturels et étranges s’entremêlent dans un bon équilibre, rendant la lecture agréable. On est intrigué par le mystère qui entoure Umi et Sora, on s’attache à la petite Ruka et très vite on est prix par l’histoire. On veut en savoir plus et on ne referme le livre qu’après l’avoir fini.

Graphiquement cela ne ressemble pas à l’idée qu’on se fait à priori du manga. Les personnages sont assez stylisé. les décors, crayonné, n’ont pas l’aspect photographique que l’on trouve souvent dans les manga. Pourtant l’ensemble est étonnamment réaliste. La Nature, sous les coups de crayons de Igarashi, est toujours somptueuse, exubérante. Ici, les scènes sous la mer nous donnent envie de plonger, nager avec Ruka, Sora et Umi parmi les poissons.

J’ai été envoûte par ce premier tome et attends avec impatience de pouvoir lire la suite. Seul bémol : le prix. Un peu prohibitif pour les petit budget : 15 euro le tome. Espérons que la série ne soit pas trop longue, car, à en juger par ce premier tome, elle vaut vraiment le coup.

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Plus d’images ? Allez jeter un oeil sur la page FB de Sarbacane   link

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Angel Heart

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Titre original : エンジェル・ハート
Auteur : Tsukasa Hôjô (北条 司)
Genre : seinen
Paru au Japon entre 2001 et 2010.
Pré-publié dans Comic Brunch
Éditeur Japonais : Shinchôsha
Éditeur Français : Panini manga

Résumé :
A Shinjuku, la tueuse à gage Glass Heart se suicide, ne supportant plus le poids de la culpabilité. L’organisation pour qui elle travaille va lui transplanter un cœur pour l’empêcher de mourir.

Le hasard à voulu que le cœur qu’on a volé pour elle soit celui de Kaori, la compagne du célèbre nettoyeur de Shinjuku Ryô Saeba, décédé le jour de leur mariage.
La mémoire du cœur de Kaori va alors influences la jeune tueuse à gage. Kaori (ou plutôt son cœur) va lui redonner goût à la vie et la guidera jusqu’à Shinjuku, à la recherche de Ryô.
En découvrant que Kaori vit toujours à l’intérieur de la jeune femme, Ryô décide de la prendre sous son aile et de devenir son père adoptif. Il donnera un nouveau nom a la jeune fille : Glass Heart devient Xiang Ying.
C’est aidé de la jeune femme qu’il reprendra le travaille de nettoyeur.
Ceux qui connaissent les manga de Tsukasa Hôjô auront sans doute reconnu les principaux personnages de sa série City Hunter : Ryô et Kaori. Bien que Angel Heart ressemble fortement à une suite, l’auteur s’en défend, en prétendant qu’il ne s’agit pas d’une suite à la première série mais d’une histoire alternative.
… M’ouai, enfin, ça fait suite quand même, quoi qu’il en dise ^^
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Mon avis :
Si vous avez aimé City Hunter vous aimerais Angel Heart. On y retrouve Ryô et son boulot de nettoyeur, de l’action, des belles femmes, de l’humour et… plein de « mokkori » XD
Mais l’esprit est diffèrent. Angel Heart se veut plus mûr, plus réfléchi. Non tant par la profondeur de son scénario qui reste assez basique et je dirais même un peu… tiré par les cheveux. Surtout en ce qui concerne l’intrigue principale qui tourne au tour de Xiang Ying, ce n’est pas toujours très plausible. Non, là où Angel Heart se veut plus mature c’est surtout sur la morale. L’accent est mis sur le bien et le mal, surtout pas le biais des interventions du coeur de Kaori.
Un peu trop d’ailleurs ! J’avais parfois le sentiment que tout ça dégoulinait de bon sentiments et de morale à deux balles. Et oui, j’ai pas trouvé ça si profond que ça, en réalité.
Mais cette surenchère de bon sentiments n’enlève en rien à la qualité de l’ensemble; Hôjô sais comment nous tenir en haleine. Et bien qu’à chaque nouvelle aventure je me disais que c’était assez simple  et facile, je n’ai pas décroché avant d’avoir terminé les 22 tomes que mon gentil voisin m’a prêté.
Merci ! gentil voisin 😉
Je les ai enchaîné les uns après les autres sans m’arrêter ! Enfin si, un peu, pour dormir ^^
Les dessins sont d’une très grande qualité et le scénario, s’il est assez basique, il est néanmoins très bien construit. Ce qui fait qu’on veut toujours savoir ce qui va se passer en suite.  Une fois plongé dans la série, vous ne pourrais plus en sortir ! Moi qui ne suis pas trop friande des séries longues, arrivé au tome 22 j’ai crié « Nooon !! Pas déjà fini ! »   En plus, le tome 22 se termine en plein milieu d’une nouvelle intrigue. J’étais dégoûtée. (T_T)
Bon, gentil voisin, c’est quand que t’achète la suite ?! non parce que moi j’aimerais bien finir la série ;D
Un très bon manga. Très bien rythmé, bien construit et aussi très drôle. Je vous le conseille.
La série a été adapté en anime. Je ne l’ai pas encore vu. J’en parlerais plus tard.
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Le promeneur

Manga de Jirô Taniguchi (dessin) et Masayuki Kusumi (scénario), publié par Casterman en 2008.

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Résumé :

Uenohara, employé dans une petite entreprise de Tokyo, aime se perdre et se promener dans les différents quartiers de Tokyo, laissant le hasard guider ses pas. Au fil de ses promenades improvisées il fait d’étonnantes petites découvertes : magasins insolites, rue à l’allure d’autre fois, de vieux amis, ou encore une excellente échoppe de ramen. Comme nous le dit M. Uenohara lui même :

« Même en marchant au hasard, je tombe toujours sur des endroits intéressants »

« l’idéal c’est de se promener avec nonchalence »

Chaque chapitre est une nouvelle promenade, une nouvelle découverte.

  • Première promenade : L’Ampoule Edison
  • Deuxième promenade : Les Socques de Shinagawa
  • Troisième promenade : Le Bouquiniste
  • Quatrième promenade : La Fête des hippies
  • Cinquième promenade : Les concombres amers au milieu de la nuit
  • Sixième promenade : Le Chien t la balle
  • Septième promenade : Le Quartier de l’Harmonica
  • Huitième promenade : Les Gâteaux de Mejiro

Avec une interview de Jirô Taniguchi qui conclu l’album.

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Mon avis :

Cet album est publié à la mode européenne : sens de lecture occidental, grand format, couverture cartonnée afin de séduire les amateur de BD qui ne se sont pas encore laisser tenter par le manga. Si j’aime les manga en format original, il faut dire que l’oeuvre de Taniguchi s’accommode très bien du format à l’occidental. On dit, d’ailleurs, de lui qu’il est le plus européen de mangaka. Chez Taniguchi par de sortie de case, de coupes transversales et autres mises en page fantaisistes communes dans les manga. Ici les cases sont bien ordonnées, le dessin et propre et « sage ». On ne trouve pas non plus onomatopée exagérée chez Taniguchi, mais un texte proprement installé dans les petites bulles. La mise en page rappelle celle des BD franco-belge, exception faite du dessin noir et blanc.

Côté graphisme, le dessin de Taniguchi est très propre, réaliste et agréable. Seule critique que je pourrais lui faire c’est que ses personnages se ressemblent tous un peu, ils ne sont pas assez identifiés. On a parfois l’impression de se retrouver face au même personnage, alors qu’il s’agit de 2 personnes différents, loin d’avoir le même age.

Côté scénario, ce manga est un hommage à la contemplation. On savoure avec plaisir les flânerie du héros. Le manque d’action ne rend pas cet album ennuyeux, loin de là. Cet univers contemplatif est bien loin des scénario explosif si répandu dans le manga et ça fait du bien, ça change. Ici on marche, assis sur notre fauteuil, dans les rue de Tokyo et on s’émerveille au côté du héros devant une simple paire de socque ou un vieux puits toujours en fonction.

Après avoir lu Le promeneur, on a envie d’aller se balader, « marcher au hasard » et se laisser séduire par le décor et les petit plaisir du quotidien. Je suis une grande marcheuse. Dès que les distances me le permettent, je ne me déplace que à pieds. Mais contrairement à M. Uenohara, je marche dans un but précis avec une destination et un temps défini, ce qui ne m’empêche pas de profiter du paysage. Mais, après avoir lu le promeneur, j’ai une autre image de la promenade sans but. Cet album me donne envie de sortir et marche, tout simplement .

Excellent album a mettre entre toutes les mains

Idéal pour s’initier à la lecture du manga

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Manga : petit guide de lecture pour néophytes

Cet article fait suite à un premier qui présentait un bref historique du manga au Japon, l’arrivée du manga en France ainsi que les genres de manga les plus connus : Le Manga

Ici je présenterai les principales caractéristiques du manga. Ce petit guide de lecture s’adresse principalement aux néophytes qui n’ont pas l’habitude d’en lire.

Les fans, quant à eux, sont déjà habitués à ce qui fait la particularité de la bande-dessiné japonaise. Cependant, si certains passionnés veulent participer à l’amélioration de cet article, qu’ils n’hésitent pas à me faire part de leur suggestions.

Bonne lecture à tous !

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Noir et blanc :

La première différence qui frappe, c’est le fait que le manga est entièrement publié en noir et blanc, contrairement à la plupart de BD occidentales.

Si le manga est en noir et blanc c’est d’abord pour des raison économiques. En effet, les manga sont prépubliés dans des revues hebdomadaires, mensuelles ou trimestrielles, à raison d’un chapitre par numéro. Ces revues sont vendues à des prix très bas, alors qu’elle font entre 200 et 300 pages. Afin de pouvoir garantir des prix toujours bas à leur lecteurs, les maison d’éditions réduisent au maximum les coûts de publication. On utilise du papier et de l’encre de mauvaise qualité et les dessins sont en noir et blanc. Seules les publicités sont en couleur, ainsi que la couverture et les premières pages de la série phare du moment.

Quand les séries ont du succès en prépublication, elle sortent en tomes. Ces albums sont imprimés avec du papier de meilleure qualité, mais le dessins d’origine est conservé. Il reste en noir et blanc, bien qu’il arrive que quelques pages soit coloriés et imprimés sur du papier glacé au début du tome. 

Ce manque de couleur est un peu perturbant au départ, surtout si on est habitué à lire des BD très colorées, mais on s’y fait très vite.

     Magazine :

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 Weekly  Shonen Jump N°16 de 2012 – prix : 240 yen soit environ 2,18€      

 Album : 

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 Q.E.D. tome I –  prix : 420 yen = 3.80€

En France, un manga se vend entre 6.50€ et 15€

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Sens de lecture :

Les premiers manga publiés en France ont été modifiés afin de correspondre à notre sens de lecture, c’est la cas, par exemple, de Akira de Katsuhiro Ôtomo, sorti en 1989 chez Glénat.

Cependant la très grande majorité des manga publiés actuellement conservent le sens de lecture original. Au Japon on lit de droite à gauche. Le manga commence là où le livre occidental se termine. À l’intérieur d’une page, la lecture se fait suivant la même logique.

Schéma de lecture :    

  schéma lecture manga

Exemple tiré de Je ne suis pas mort de Hiroshi Motomiya. J’ai numéroté les case afin de monter le sens de lecture :

      je ne suis pas mort page 

Cependant, certains aménagements ont dû être apportés car, en version originale le texte dans les bulles est écrit verticalement. Il est parfois nécessaire de modifier la forme des bulles pour y faire loger le texte horizontalement.

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Extrait de Ken -Fist of the Blue Sky en VO

S’adapter au sens de lecture inversé demande un peu plus d’effort. Certaines personnes sont vraiment troublés par cette disposition. Personnellement je m’y suis très facilement adapté et j’en connais, autour de moi, qui ont tellement pris le plis du sens inversé qu’il leur arrive de commencer un roman par la dernière page 

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Mise en page :

La mise en page dans le manga est d’une très grande souplesse, elle s’adapte à la situation représentée. On peut facilement passer d’une disposition orthogonale classique (comme dans l’extrait de Je ne suis pas mort  que l’on vient de voir) à des configurations beaucoup plus décoratives.

Un page se compose généralement de 6/7 cases. Selon les situations, les vignettes peuvent être étirées en longueur ou en hauteur, couper la page obliquement ou prendre un aspect de puzzle.

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Extrait de Devil, Devil de Yûki Miyoshi, ici les cases sont étirées verticalement.

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Ici une page de Nausicaä de Hayao Miyazaki, les cases sont étirées horizontalement et coupées obliquement.

L’effet d’éclatement de la structure de la page est accentué par les « sorties de page » : vignettes à bord perdu, personnages couvrant toute la hauteur de la page/demi page, hors case.

Certaines vignettes peuvent occuper toute une page, voire une double page.

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Traitement graphique :

Nous l’avons vu, des mises en pages très variées se côtoient dans un même manga. De la même manière plusieurs styles graphiques peuvent cohabiter dans une même page, voire dans une même case. Alors que la BD occidentale se distingue par l’homogénéité du style dans le traitement de l’image.

Parmi ces différences de traitement de l’image, parlons tout d’abord de la différence entre les décors, souvent très minutieux, au réalisme photographique, et les personnages plus sommaires. Notons que les mangaka (auteurs de manga) travaillent avec des assistants qui s’occupent des décors. Très souvent ceux-ci travaillent à partir de photo.

Cette différence et plus ou moins marqué selon les auteurs. Elle est particulièrement saisissante chez Asano Inio, comme on peut le voir sur cette vignette extraite de La fin du monde avant le lever du jour. Ici les décors sont extrêmement réalistes.

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On peut également trouver des différences de traitement graphique entre les personnages d’une même histoire. C’est le cas de Bonne nuit Punpun, autre manga de Asano, dont la version française est sortie en janvier 2012. Dans ce manga il y a une immense différence de traitement graphique entre les personnages. Asano va jusqu’à représenter Punpun, le personnage principal ainsi que les membre de sa famille sous une forme stylisée rappelant vaguement un oiseau.

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Par ailleurs, dans les manga, les personnages prennent parfois des grimaces grotesques, des postures étranges ou sont carrément stylisés, se transformant en simples silhouettes blanches. Ces déformations ont pour but de souligner certaines émotions comme la surprise, la gène, la peur, l’excitation, la colère… détonant parfois avec le fond de l’histoire très sérieux. Elle peuvent surprendre, ou même paraître incompréhensible pour un lecteur non familier des codes du manga.

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Texte et « bande son »:

Les bulles sont relativement moins nombreuses que dans les bandes-dessinées européennes, les récitatifs sont quand à eux pratiquement absent.

Parfois les explications historiques et scientifiques interrompent le récit et sont accompagné de dessins à valeur de documentaire, cette méthode a été très employé par Tezuka. C’est le cas, par exemple, dans son manga L’histoire des 3 Adolf. Dans cette série en 4 volume, de nombreux chapitres commencent par des explications historiques, n’ayant pas un rapport direct avec le déroulement de l’histoire. Cela permet aux lecteurs de mieux appréhender le contexte dans lequel évoluent les personnages.

Quant aux flash-back, ils se font sous forme de dessins sans éléments verbaux explicatifs.

Par ailleurs, la proportion de cases muettes et plus importante. Soit qu’il n’y ai pas de bulle, comme c’est le cas de la planche extraite de Nausicaä que nous avons vu plus haut. Soit par des bulles remplies de points de suspension traduisant les moment d’hésitation dans les échanges.

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Extrait de Karate shoukoushi kohinata minoru de Baba Yusushi

En revanche, la « bande son » du manga est bien plus riche que celle des bandes dessinées occidentales. Pour les actions bruyantes, les onomatopées peuvent aller jusqu’à dépasser la case dans le sens du mouvement de l’engin/personnage qui les produits.

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Extrait de Master Keaton de Urasawa Naoki

Mais la caractéristique du manga est de sonoriser les phénomènes plus discrets tel que la pluie qui tombe, un froissement d’étoffe… éléments qu’un auteur occidental ne songerais pas à sonoriser.

Même certaines actions silencieuses sont sonorisées : les onomatopées viennent souligner des émotions (gêne, surprise, attendrissement…) et remplacent nos signes de ponctuation.

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Extrait de Prince du tennis de Konomi Takeshi

En effet la langue japonaise est pauvre en signes de ponctuation. En revanche, elle est riche en onomatopées. Celles-ci ne servent pas uniquement à reproduire des bruits, elle donnent naissance à des véritables mots : les giongo (mot imitant un son) et les gitaigo (mot imitant un état). Par exemple l’onomatopée dokidoki reproduit le son des battement du cœur, mais il signifie également être nerveux.

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Biographie :

Thierry Groensteen, L’univers du manga, Casterman, réédition de 1996.

La première version de ce livre est sortie en 1991 à l’occasion du 18ème Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême. Le Japon y était, pour la première fois, l’invité d’honneur. 

 

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Histoires courtes de Naoki Urasawa

Kana, dans sa collection Sensei, nous offre un recueil de 568 pages regroupant les histoires courtes que Urasawa Naoki (浦沢直樹) a réalisé avant sa première série longue.

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 J’ai craqué pour sa couverture ! Ce crocodile est bien trop intrigant pour passer à côté sans le remarquer ! Cela faisait plusieurs fois déjà que je le regardé sans oser me l’offrir, alors quand mon chéri m’a amené dans le rayon manga pour mon anniversaire, je me suis laissée tenter.

Cet album réuni 28 histoires courtes, une préface Karyn Poupée et une interview de Urasawa. Sur les 28 histoires il y en a de plus ou moins réussi, de plus ou moins drôles. Les sujets traités sont très variés, ainsi que le ton, très léger pour certaines histoires (Take), plus grave pour d’autres (Shinjuku Luluby).  Bien que certaines histoires m’aient plues, je
suis assez déçue de l’ensemble. Après avoir lu deux ou trois histoires je me lassais et j’ai mis du temps à tout lire. Ceci dit, je dois garder à l’esprit que, d’un part ce sont ces premiers travaux, normal qu’il tâtonne et que tout ne soit pas de la même qualité, d’autres part ce sont des histoires qui ont été faites pour être lu séparément et non les unes à la suite des autres, leurs univers sont très différents les uns des autres et ne s’enchaînent pas toujours très bien.

Je pense que cet album s’adresse en priorité aux connaisseurs, aux fans de Urasawa. Ce recueil n’a pas grand intérêt en tant que qualité de manga, les histoires sont sympa mais sans plus. Alors qu’il se relève sans doute très intéressant pour les fans de Urasawa, curieux de découvrir ses premiers travaux. Quant à moi, j’ai abordé le manga de Urasawa avec se recueil et je pense que c’est une erreur. On parle de lui comme d’un génie, et je n’ai rien trouvé de génial dans ces histoires courtes. Sans doute aurais-je du commencer par un de ses grands succès…

Quelques mot sur Urasawa Naoki :

Urasawa est né en 1960 à Fushu, dans la préfecture de Tokyo. Depuis son enfance il dessine des manga, mais il n’envisage pas d’en faire son métier et, après le lycée, il étudie l’économie à l’université. Finies ses études, il postule chez Shogakukan pour un poste d’éditeur. Il se rend à l’entretien avec quelques unes de ses planches. On lui conseille de participer à un concours de jeunes auteur. Il suit le conseil et reçois le prix de meilleur jeune mangaka pour son histoire Return (1981).

On retrouve cette histoire courte dans le recueil Histoires courtes de Naoki Urasawa, page 203. Je trouve que c’est une des les plus touchantes du recueil.
Un jeune homme vole pour manger dans une ville appauvrie par une guerre. Il rencontre un robot-soldat ennemi endommagé qui à perdu la mémoire. Ce dernier se prend d’affection pour le jeune garçon et le suit partout.

Suite au prix remporté, il est engagé comme assistant. En 1983 il publie sa première histoire courte dans un supplément de Big Comic dédié à Golgo 13 : Beta !

On retrouve Beta ! dans le recueil sous le titre Trop classique ! Cette histoire m’a laissé un peu perplexe.

En 1986 il commence sa première histoire longue en collaboration avec Kazuya Kudô : Pineapple Army pré-publié jusqu’en 1988 dans Big Comic Original. La série compte 8 volumes au total. Le premier volume de la série a été publié en version française par Glénat. Mais la publication a été stoppé.

Cette même année il commence une nouvelle série : Yawara ! pour Big Comic Spirits, où la série paraîtra durant 7 ans. Elle compte 29 volumes au total, elle a été adapté en anime, film et même jeu vidéo. Grâce au succès de cette série il publira 2 one-shot : Dancing policeman ( 1987) et N.A.S.A. (1988) dont les chapitres avaient été pré-publié dans Big Comic en 1984.

On retrouve Dancing Policeman dans le recueil Histoires courtes en 7 chapitres, de Take : 1 – singing policeman (p.21) à Take : 7 swimmxing Policeman (p.153).  Urasawa y met en scène un jeune policier plus intéressé par les jolies filles et son groupe de rock que par son travail. C’est amusant et très léger. On retrouve dans le recueil également N.A.S.A. divisé en 2 parties , partie 1 page 315 et partie 2 page 337. Dans cette histoire on fait la rencontre d’un étrange retraité qui qui rêve de faire un voyage dans l’espace. Il entreprend de construire avec ses compagnons une navette spatiale privée.

De 1988 à 1994 il publie également dans Big Comic Original la série Master Keaton. Cette série fera au final 18 volumes. En 1998 elle a été adapté en anime de 39 épisodes. La VF de l’anime est disponible chez IDP Home video, collection Taïfu Video.

Pressé par ses éditeurs de faire une série sur le sport, il commence en 1993 Happy !. Cette série sera pré-publié dans Big Comic Spirits jusqu’en 1999. 23 volumes seront publié au total au Japon. La version française est en cours chez Panini Manga, 10 tomes sont déjà disponibles.

Parallèlement il publie dans Big Comic Original la série Monster (1994 – 2002). Cette série qui compte 18 volumes en tout remportera de nombreux prix dont un en France au Festival d’Angoulême en 2003. La version française est publié chez Kana. En 2004 la série a été adapté en anime (VF dispo chez Kaze).

C’est en 1999 qu’il commence son plus grand succès : 20th Century Boys (22 tomes) suivi de 21th Century Boys (2 tomes). Il recevra le prix de meilleure série au Festival d’Angoulême en 2004. La version française du manga est publié chez Panini Manga. La série a été adapté en film live par Tsutsumi Yukihiko en 2008.

Urasawa, grand fan de Ozamu Tezuka se lance dans l’adaptation d’une aventure de Astro boy : Pluto, série qui sera pré-publié dans Big Comic Original de 2000 à 2009 et compte 8 tomes au total. La version française de Pluto est publié par Kana.

Depuis 2008 il travaille sur la série Billy Bat pour la maison éditrice Kodansha. La série est pré-publié dans Mornig magazine. Aujourd’hui, la série, toujours en cours, compte déjà 8 tomes. La version française sera proposé par Pika, le tome 1 sortira en mars 2012.

Urasawa a toujours dessiné pour un public adulte, il n’a jamais fait de shônen. Ceci dit, le classement des manga par âge et sexe qui est très directif au Japon, est plutôt récent, tel n’était pas le cas dans les années 60-70. Lui même a grandi en lisant des manga destiné à un public plus adulte alors qu’il était encore écolier, c’est ce type de manga qui l’ont le plus marqué, c’est dans ce sens qu’il travaille comme il nous le dit dans l’interview que l’on trouve à la fin de Histoires courtes.

Me voilà bien instruite sur sa bio maintenant ! Dès que possible, je m’attaquerais à Monster. Suite au prochain rendez-vous (^_^)

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Les fils de la terre

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Série en 3 tomes de Jinpachi Môri (scénario) et Hideaki Hataji (dessin), parue au Japon en 2002 aux éditions Shûeisha. La version française de ce seinen a été publié par Delcourt, dans sa collection Ginko (2007).

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Résumé :

Le Premier Ministre charge un jeune fonctionnaire du Ministère de l’éducation, de la culture, des sports, de la recherche et de la technologie d’une étrange mission : en trois ans il doit trouver un moyen de faire en sorte que la moitié des étudiants ayant intégré un lycée agricoles choisissent comme voie professionnelle l’agriculture après leur diplôme. L’autosuffisance alimentaire du Japon est en danger et les campagnes se vident de leurs agriculteurs. Il faut urgemment trouver des solutions.

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Alors que les supérieurs du jeune fonctionnaires voient déjà en lui le futur bouc émissaire de l’échec de la politique du gouvernement en matière d’agriculture.  Ce dernier, trop naïf, ou trop idéaliste, prends à cœurs sa nouvelle mission. Envoyé comme professeur dans un petit lycée agricole au fin fond des montagnes, il va vite se rendre compte qu’il ne connaît rien au monde de l’agriculture et que sa mission s’avère bien plus difficile qu’il ne l’avait tout d’abord cru.

Dans ces premiers chapitres, la vision que l’auteur donne des fonctionnaires est assez négative. Bien que son personnage principal, le jeune fonctionnaire du Ministère de l’éducation, soit à l’opposé du stéréotype négatif du fonctionnaire, les autres semblent être plus intéressés par les pirouettes politiques et leur ascension sociale que par la volonté d’améliorer la société, indépendamment des mouvement politiques, auquel il n’est fait aucune allusion. Bien que cette vision soit délibérément caricaturale, elle reflète bien l’image que la population nippone se fait de son administration et de ses hommes politiques. J’en veux pour preuve les faibles taux de participations qu’enregistrent les élections au Japon. En retrouve souvent dans la littérature cette image du fonctionnaire corrompu et carriériste, en tout cas, le thème est récurrent dans les manga, même s’il n’occupe pas une place principale dans les intrigues.

 Mais je m’égare. Revenons au manga qui nous intéresse aujourd’hui. Prenant sa mission à cœur, le jeune fonctionnaire décide d’aller à la rencontre du monde agricole, tout d’abord en se rapprochant des vieux paysans qui habitent un hameau perdu, non loin du lycée ou il enseigne. Puis, plus tard il sera amené à voyager à travers le Japon pour aller à la rencontre de nombreux producteurs qui explorent des voies alternatives. Il sera accompagné dans cette découverte par un jeune paysan du hameau.

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Critique :

Les fils de la terre est le manga qui m’a donné envie de m’intéresser au genre. J’en avais déjà lu avant, mais je n’arrivais pas à accrocher. Sans doute par manque d’expérience, coutumière de la BD franco-belge, j’ai eu un peu de mal à m’habituer aux dessins noir et blanc et aux découpage des cases. Mais aussi parce que les intrigues des manga que j’avais eu l’occasion de lire n’avaient pas attiré mon attention. Avec les fils les fils de la terre, j’ai été séduite par le thème traité. Ce manga met en image un problème socio-économique qui touche bon nombre de pays développés et tout particulièrement le Japon : la remise en question de l’autosuffisance alimentaire, l’exode rural qui a vidé les campagnes de leur habitants, ainsi que les difficultés que connaissent les petits producteurs qui ont de plus en plus de mal à vivre de leur production.

Bien que le sujet soit sérieux, il est traité avec légèreté et beaucoup d’humour. On y retrouve des personnages sympathiques, habité par une forte volonté caractéristique du personnage de manga, qui ne se laissent pas abattre par les difficultés rencontrées en chemin. Le  graphisme, tout comme la nature des personnages, est assez classique et rappelle plus le style shônen que seinen. Cependant il est fluide et agréable.

Un bon manga, qui nous parle d’un sujet inhabituel. Je vous le conseille vivement.

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Delcourt met à votre disposition les 40 premières pages de la série : link

 

Autre manga de Mori Jinpachi (scénario) paru en France :  Tojikarao

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Une longue route

une longue route

Connaissant ma passion pour les manga, ma mère m’a ramené, d’une de ses escapades bruxelloise, ce superbe one-shot (un seul volume) de Fumiyo Kouno. Je ne connaissais pas du tout cette mangaka et je dois remercier ma mère ainsi que le libraire qui l’a conseillé pour ce joli cadeau.

Côté technique : Une longue route est un seinen, dans le genre tranche de vie. La vesrion française est publié par Kana dans la collection « Made In ». Titre original :  長い道 (nagai michi).

Résumé :

Sôsuke et Michi forment un drôle de couple. Lui, il n’arrive pas à garder un job, court après les jolies filles et se retrouve toujours sans un rond. Elle, elle lui a été envoyé par son père. Ce dernier a gagné la main de Michi pour son fils un soir de beuverie. Michi n’a rien des jolie filles sexy qui plaisent à Sôsuke, mais les voilà mariés. Elle est gentille, il ne peut pas la mettre à la porte… C’est ainsi qu’il commencent leur vie commune. Petit à petit ils vont s’habituer l’un à l’autre.

Critique :

Un dessin sobre, tout en douceur qui nous séduit par sa simplicité. Des personnages atypiques, drôle et attachant. Une longue route est un de ces manga où il ne se passe rien mais qui nous font passer un très agréable moment.

 

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Quelques mots sur l’auteur :

Fumiyo Kouno est née en 1964 à Hiroshima. Après avoir arrêté ses études à l’université de Hiroshima elle part vivre à Tokyo ou elle commence à travailler comme assistante d’un de ses ami, devenu mangaka. C’est en 1995, avec Machikado Hana Dayori (non disponible en français) que sa carrière de mangaka décolle. elle continuera a travailler comme assistante tout en produisant ses propres manga.

Une longue route s’inspire d’un manga du même nom du mangaka Yu Takita, pionnier du genre manga autobiographique. Son manga Nagai michi (indisponible en VF) raconte le quotidien calme d’un couple. Ayant beaucoup apprécié ce manga, Fumiyo Kouno a voulu faire la même chose, mais au fil des page son manga a pris une tournure bien différente de celui de Yu Takita, notamment sur la personnalité de ses personnages principaux.

Deux autres des ses œuvres sont disponibles chez Kana : Pays des cerisiers (one-shot), récit bouleversant sur la tragédie d’Hiroshima, et Pour Sanpai (2 volumes) ou un sexagénaire veuf découvre le carnet où sa femme a noté tout ce qui pourrait lui être utile, des goût de sa petite fille, aux recettes de cuisine. Tous deux sont des seinen.

Un quatrième manga de Fumiyo Kouno est disponible en français, c’est un manga pour enfant (kodomo) publié chez Glénat : Koko, one-shot mettant en scène la vie d’une jeune collégienne qui adopte un coq.

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Fumiyo Kouno était à Paris le 4 mars 2012, dans le cadre de Planète Manga au Centre Pompidou. A cet occasion l’equipe de Manga News a pu la renconter, vous pourais lire l’interview sur leur site : link

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Je ne suis pas mort

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Je ne suis pas mort est le premier manga de Hiroshi Motomiya publié en France à ma connaissance. Ce manga est paru au Japon en 2007 sous le titre original まだ、生きてる。。。(mada, ikiteru...). C’est une seinen, autrement dit un manga qui s’adresse plus particulièrement à un public adulte. C’est aux éditions Delcourt que parait la version française. La série compte actuellement 2 volumes, elle est toujours en cours. 

Trame du départ :

L’histoire commence avec une de ces affreuses journées qui font le quotidien de Kenzô Okada. Kenzo Okada a soixante ans. Pendant plus de 38 ans il a été comptable. Mais voilà, il n’a jamais su s’adapter aux technologies modernes, et un comptable qui se sert encore de son boulier, ça fait désordre. Son entreprise l’a gentiment remercié. Retrouver du travail est pour lui une mission impossible, les hôtesses des agences de travaille ne prennent même pas la peine d’étudier sa candidature… Mais voilà, cette journée est pire que les autres : en rentrant chez lui, tout a disparu. D’abord affolé, il découvre que sa femme et ses enfants sont partis ne laissant que ses vêtements éparpillés sur le sol et la demande de divorce à signer sur la table. Impossible de les joindre par téléphone, tous ont résilié leurs contrats. Même ses comptes bancaires ont été vidés.  Okada a été abandonné, par sa famille, mais aussi par toute la société qui ne voit en lui qu’une relique du passé.

Alors qu’il ne lui reste plus rien, il dépense ses derniers yens  pour se payer un billet de train qui le ramènera dans sa région natale. Il est décidé a en finir avec sa triste vie, achète une corde et part dans la montagne pour se pendre. Mais voilà, non content d’avoir raté sa vie, il rate aussi son suicide. Il n’est pas mort ! Que faire quand il ne vous reste plus rien, que même la mort ne veut pas de vous ? En reprenant conscience, après son suicide raté, Okata escalade une falaise. En haut le soleil se lève. Voici ses mots :

« Je… Je ne suis pas mort… et quand bien même… le soleil… se lèverait encore. Dans ce monde la mort n’épargne personne mais moi, je suis toujours vivant. D’accord… J’irai jusqu’au bout de mon chemin »

C’est ainsi qu’il commencera une nouvelle vie. Refusant de revenir vers ce monde qui ne veut plus de lui, il va s’enfoncer de plus en plus profondément dans la forêt afin d’y vivre libre. Même si protéger sa liberté, signifie survivre loin de tout et de tous. Face à la nature, Kenzô Okada deviendra un nouvel homme.

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Mon avis :

J’ai beaucoup aimé ce premier tome. Ce dessin est très classique, cependant il est bien réalisé. Ce qui fait la force de ce manga, c’est surtout son scénario. L’histoire est originale et mené avec brio du début à la fin. Il n’y a pas de pages inutiles, on n’a pas le temps de s’ennuyer. L’auteur réussi à nous faire entrer dans les états d’âme du héros, sa déchéance des premiers chapitres, puis sa renaissance et la détermination qui feront de lui un homme nouveau. Le contraste entre l’homme misérable écrasé par une société intolérante et oppressante et l’homme fort et libre qu’il deviendra dans la montagne, nous font réfléchir à notre propre relation à la société qui nous entoure et qui peut-être nous opprime. Cela fait aussi réfléchir à notre relation avec la nature, alors qu’elle a tant à nous offrir, serions nous capable d’y survivre. C’est un manga plein d’espoir, espoir en l’homme qui, même arrivé au plus bas, possède en lui les ressources pour s’en sortir, aller de l’avant. 

à lire aussi :

l’avis de Mackie 

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Le Manga

Dans mon entourage il y a très peu de lecteur de manga, et il n’est pas rare qu’on me dise « ah bon? tu lis des manga, toi? » Et oui. Je lis des manga, et j’adore ça ! Alors j’ai eu envie d’écrire cet article pour tous ceux qui m’entourent et qui ne connaissent pas. Certes, les ouvrages, articles et site dédiés aux manga ne manquent pas, je n’ai pas ici prétention de faire mieux, loin de là. Je vais tenter de partager mes recherches et reflexions sur ce genre bien particulier de bande dessinée. J’espère avoir réussi à rendre la diversité qu’offre la production de manga et que certains se laisseront aller au plaisir d’en lire, si ce n’est pas déjà fait. Pour tout ceux qui veulent aller plus loin dans l’étude du manga, retrouvez la bibliographie à la fin de l’article.

Bonne lecture à tous (^_^)

Brève histoire du Manga:

Le mot « manga » fut inventé par Hokusai en 1814 pour désigner ses recueils de caricatures satiriques et autres croquis. Il se compose du cataractère 漫 (man) qui peut se traduire par involontaire et le caractère 画 (ga) qui signifie image.

Katsushika Hokusai Optician Goblins and Blind Musician in H

Feuilletez le manga de Hokusai exposé à la BnF en 2008 : link

La tradition des récits illustrés remonte à loin au Japon. On peut voir une certaine continuité entre les rouleaux peints du XII siècle (e-maki), les estampes du XVII- XIX siècle, le toba-e (recueil d’images satiriques ainsi que les kibyoshi (livres à couverture jaune) et ukiyo-zoshi (roman du monde flottant) dans lesquels étaient fréquemment insérées des gravures contenant des dialogues, et le manga tel qu’on le connait aujourd’hui. Mais, sans l’influence du comic et de la BD occidentale, le manga ne serait pas ce qu’il est.

Les premiers mangas au sens moderne font leur apparition au Japon dans les années 20, notamment sous l’influence des strip humoristiques à l’occidentales publiés dans les journaux. Mais, c’est à partir de 1945, avec l’occupation américaine, que le manga va se développer et devenir une véritable culture de masse. A cette époque, avec l’arrivée des comics américains, les magazines de manga se multiplient. Au départ ceux-ci copient le format des magazines de comics, mais en noir et blanc et sur du papier de moins bonne qualité. Les magazines de manga (mangashi) se développent et s’affranchissent de leur modèle américain. Alors que les comics américains réduisent leur nombre de pages, la moyenne pour un mangashi est 200 ou 400 pages, certains pouvant aller jousqu’à 1000 pages, tout en gardant des prix bas. Les mangashi, tout d’abord mensuel deviennent dans les années 70 hebdomadaires, voir quotidiens pour concurrencer les manga en format livre.

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Norakuro, manga de Tagawa Suiho, crée en 1931 et publié jusqu’en 1941 dans la revue Shônen Kurabu. Dans l’esprit militariste de l’époque.

Le manga offre une très grande variété. Il s’adresse à toutes les tranches d’âges et aux 2 sexes. Le shônen, manga pour jeune adolescent, apparaît dès 1915. Suivi en 1920 par les shôjo, manga pour jeunes filles. Cependant, ces premiers shôjo sont dessinés par des mangaka (auteur de manga) hommes et restent assez marginaux. C’est surtout dans les années 70 que le shôjo se développe avec l’arrivée, dans le monde des auteurs de mangaka femmes de talent qui s’imposent. Pendant cette même décennie, se développent aussi les seinen, genre pour un public adulte, au graphisme souvent plus réaliste.

Dans l’après guerre apparaît le « gekiga » (qui se traduit par image dramatique). Ils sont publiés dans des support plus marginaux comme les théâtres de papier, les comic books locaux, notamment les livres rouges édités à Osaka et les librairies de prêt. Le terme « gekiga » est lancé par un maître du genre, Yoshihiro Tatsuki en 1957. Dans les années 60 les gekiga trouveront une place au sein des revues grand public et prospèrent.

Si je ne devais citer qu’un auteur, dans cette brève histoire du manga moderne, je vous parlerais de Osamu Tezuka. Parmis ses oeuvres les plus connues se trouvent Astro boy (Tetsuwan Atom, dans sa version originale), Les 3 Adolf, (Adorufu ni Tsugu) ou encore Bouddha, sa plus longue série. Non seulement il produit énormément de manga, mais très vite il se passionne pour l’adaptation des manga en animation et fonde son prope studio. De 1946 à 1989 il travailla inlassablement au développement et à la promotion du manga et de l’animation japonaise.  Il est encore aujourd’hui considéré par ses paires comme le fondateur du manga contemporain.


Les mangashi et l’univers de l’édition du manga au Japon  :

Les mangashi proposent plusieurs histoires d’une vingtaines de pages chacune  mais aussi des histoires courtes et des strips humoristiques. Il y a très peu de pages couleurs, seulement les couvertures, les premières pages de l’histoire phare, les publicités… Comme nous l’avons vu plus haut, elle sont très épaisses et bon marché. Après les avoir lu, les japonais les jettent.

Les revues de manga représentent 1/6 du chiffre d’affaire de la presse et les 2/3 du marché sont détenus par seulement 3 éditeurs : Kodansha, Shueisha et Shogakukan.

Les séries à succès sont ensuite édités en format livre poche (bunkobon) ou semi-poche (tankobon).

Contrairement à ce qui se passe en France ou aux Etats-Unis, au Japon les personnages restent la propriété de l’auteur et non de l’éditeur. Celui-ci est donc libre d’arrêter une série quand il le souhaite. Bien que, le plus souvent  les séries se terminent quand elles n’attirent plus assez de lecteurs dans les revues où elles sont pré-publiées. Mais, même pour les séries à grand succès la mort survient avec celle de son créateur. Ce système permet un renouvellement cyclique des séries éditées.

La survie du manga dépends de sa popularité. Qu’elle soit le fruit d’un auteur reconnu ou d’un débutant, la série continuera, ou s’arrêtera en fonction des scores obtenus aux questionnaires que les lecteurs renvois. Les questionnaires servent aux éditeurs comme étude de marché instantanée.

Ce système a pourtant ses inconvénients. Quand la série est un succès, l’auteur est poussé par ses éditeurs à poursuivre. Les aventures sont alors diluées afin de la faire durer le plus longtemps possible. Les chapitres se suivent et se ressemblent tous. Une fois trouvé une recette qui marche, on l’applique à outrance. C’est tout particulièrement le cas des shônen et certains seinen, notament les manga de sport. Je pense, par exemple, à GTO. Un shônen qui met en scène un jeune ex-délinquant devenu professeur dans un collège, il est un peu obsédé, mais toujours
prêt à aider ses élèves. ça ne vole pas haut, certes. Je dirais que ça vole au niveau des petites culottes, mais les premiers volumes sont, faut l’avouer, assez hilarant. Cependant voilà, Fujisawa Tôru, a trouvé une formule à succés et n’en change pas ! D’un volume à l’autre on retrouve toujours les même gags, les mêmes histoires et les mêmes petites culottes… arrivée au dixième volume je m’ennuyais franchement. Et la série compte 25 volumes. Celle-ci étant finie, Fujisawa a enchainé avec Young GTO -shonan Junai Gumi où il raconte l’adolescence de son héro, puis GTO  Shonan 14 days. Inversement, Ueda Hiroshi s’est vu obligé d’arrêter sa série Opéra de Pékin au bout de seulement trois volumes, alors qu’il avait prévu une histoire bien plus longue, dans laquelle il souhaitait parler de la révolution culturelle en Chine, un sujet qui aurait pu être très intéressant si on lui avait donné l’occasion de l’exploiter.

weekly shonen jump

Mais, revenons au travail des éditeurs. Il est bien plus important  dans la création de manga que dans celle de la bande dessinée franco-belge. Le mangaka travaille en étroite collaboration avec son éditeur, d’abord sur une planche esquissée montrant le projet (les nemu) puis sur les planches définitives. Avant la publication, il n’est pas rare que le mangaka rencontre plusieurs fois son éditeur et modifie son travail. Ayant connaissances des enquêtes, les éditeurs aident leur mangaka à ajuster leur travail au fur et à mésure des chapitres afin de rester en haut du classement. Chaque éditeur prends en charge environ 8 mangaka. De plus, les mangaka qui réalisent des séries hebdomadaires ne travaillent pas seuls, ils sont entourés d’assistants qui s’occupent des décors, des trames de fond, l’encrage, l’ajout d’onomatopées .. Un atelier de mangaka peut compter de 2 à 20 assistants. Le mangaka partage avec eux la rémunération à la page, pas très élevée  dans l’espoir de voir sa série sortir en livre, ce qui rapporte bien plus. Généralement, être assistant est une première étape avant de devenir à son tour mangaka. Mais il existe des assistants professionnels, spécialisés dans l’une des tâches citées.

Pour en savoir plus sur le monde de l’édition du manga je vous conseille la lecture… d’un manga ! Et oui!! La série Bakuman. Les auteurs y mettent en scène 2 adolescents qui tentent de percer en tant que mangaka. En dehors des habituelles amourettes d’ado, on apprend beaucoup de choses sur les techniques de dessin, les différentes étapes de publication, le rôle des éditeurs… Et c’est très agréable à lire.

Pour en savoir plus sur ce manga, je vous renvois à l’article de yomu-chan → Bakuman

Le plus populaire des magazines de manga hebdomadaire est Shonen Jump, il s’adresse à un public de jeunes adolescents masculins principalement. Géré par la plus grosse maison d’édition : Shueisha, le magazine a lancé plusieurs séries cultes commes Dragon ball, One Piece ou encore Naruto. Et c’est d’ailleur dans Shonen Juimp que le manga Bakuman est publié et pourShonen Jump que ses héros cherchent à travailler.  

Vous trouverez un chapitre  dédié au Shonen Jump, avec photos des bureaux, ainsi qu’un chapitre, toujours richement illustré, sur l’atelier du mangaka dans le livre de Schmidt et Delpierre, Les mondes Manga.


 Le manga en France :

Au début des années 80 la France importe les premières animation japonaise sous forme de séries TV diffusées dans les émissions pour enfants comme le club Dorothée. Non seulement les programmateurs se cantonnent aux séries à grand succès commercial, mais en plus, ils manquent de discernement en diffusant dans les programmes pour enfants des séries à l’origines prévues pour les grands adolescents, ce qui provoque de grande polémiques et stigmatise l’animation japonaise.

Ce n’est qu’en 1989 que l’éditeur de BD Jacques Glénat publie le premier manga en France : Akira. Celui-ci remporte un bon succès, notamment auprès de la critique.

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Poussé par ce premier succès, l’éditeur proposera en 1993 la version manga de Dragonball, déjà très populaire dans sa version télévisé Dragonball Z, suivi de Applessed de Masamune Shirow, le créateur de Ghost in the Shell. Naissent alors des petits éditeurs passionnés, une presse spécialisée venant du fanzinat qui permettrons de développer l’offre. Le magasin Tonkam, qui depuis les années 70 importait des manga japonais, décide de se lancer dans l’édition papier et vidéo en 1992 (Editions Tonkam) .

Vers la fin des années 90 l’animation japonaise connait un déclin dans sa diffusion à la télévision française. Ce qui oblige les éditeurs à revoir leur offre. Ils vont cibler un public averti.
Les fanzines se professionnalisent, se transforment en magazines classiques, diffusés en Kioske tel que Animeland (Animeland) . Parallèlement les réseaux alternatifs de fans se développent et organisent des événements partout en France.

Jérôme Schmidt remarque, dans son petit guide Génération manga, publié en 2004,  que le public est devenu un public de connaisseurs, de plus en plus étalé dans les âges supérieurs et la population active. Personnellement j’ai pu observer un grand développement de l’offre ces dernières années, les étalages dédiés aux manga ne cessent de se multiplier dans les librairies spécialisées mais aussi dans les supermarchés ou encore dans les bibliothèques.


 Les différents genres de manga :

Shônen :

Comme nous l’avons vu, c’est un genre qui s’adresse à un public de jeunes garçons. Le plus souvant le shônen met en scène la quête initiatique d’un jeune héros qui devra affronter des ennemis de plus en plus forts. Des exemples classiques en sont les séries cultes tel que Dragon Ball, One Piece(n’en déplaise aux nombreux fan, j’ai horreur de ces 2 séries), Bleach, Naruto

Il existe de nombreux sous genre et on peut y trouver des histoires très diverses, comme  Bakuman, précédemment cité, ou encore des manga de sport tel que le très connu Ashita no Joe de Testuya Chiiba publié de 1968 à 1973 dans Weekly shonen magazine.

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 Shôjo :

Nous en avons déjà parlé aussi, ce sont les manga pour jeunes filles qui le plus souvent racontent les histoires d’amour de jeunes collégiennes/lycéennes. Là aussi il y a des nombreux sous-genres comme par exemple les magical girl dont les héroïnes ont des pouvoir magiques. Le premier exemple de ce sous-genre qui me vient à l’esprit serait Sakura chasseuse de cartes.

Personnellement je ne suis pas une fan de shôjo, les histoires à l’eau de rose c’est pas mon truc, certes, mais c’est surtout leur graphisme qui me déplaît. C’est le cas, par exemple de Nana. Je n’accroche pas du tout, bien que la série connaisse un grand succés. Elle a d’ailleurs été plusieurs fois adapté en animation, drama et film live. 

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Mais, j’avoue avoir un faible pour Fruits basket, qui,pourtant, est très classique avec ses personnages aux grands yeux, les garçons efféminés, l’héroïne d’une naïveté frisant le ridicule et qui, de plus, aime faire le ménage !! Oui, oui… dans Fruits basket il y a tout ça, mais j’adore (^-^) Personne n’est parfait…

Seinen :

Pour un public adulte, plutôt masculin, avec des graphismes plus réalistes et des scénarios adaptés à un public mature. Dans cette catégorie on trouve des choses très variées, des manga de combat basiques, axés sur la violence et aux scénarios rudimentaires tel que Kamen Teacher, mais aussi des histoires plus profondes et élaborées abordant soit des thèmes historiques et/ou sociétaux comme c’est le cas du manga de Hitaji Hideaki, Les fils de la terre  qui traite des problèmes que connaissent les campagnes et l’agriculture japonaise, l’exode rural, l’autosuffisance alimentaire du Japon en danger…

les fils de la terre

Quelques autres exemples :

Sorcières de Daisuké Igarashi, recueil en 2 volumes d’histoires courtes mettant en scène des femmes aux pouvoirs étranges.

Vagabond de Takehiko Inoue, très longue série mettant en scène un héros  inspiré du fameux samouraï Musashi Miyamoto. Les dessins de Inoue sont magnifiques. Il a également écrit de nombreux autres seinen, le dernier paru s’intitule Real et nous fait découvrir le handibasket.

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Josei :

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Manga pour femmes adultes. Je n’ai pas beaucoup d’expérience dans le genre, je n’en ai lu que deux, très différents l’un de l’autre : Vague à l’âme de Okazaki Mari et Romance d’outre-tombe de Natsuki Sumeragi.

Le josei est le pendant plus mature du shôjo, et comme lui met souvent en scène des histoires d’amour, plus ou moins heureuse, ainsi que les préoccupation de la vie quotidienne.

Kodomo :

Manga pour enfants garçons et filles. Un exemple très populaire c’est Pokémon, bien qu’en France on ait plus entendu parler de l’adaptation en série télévisée que du manga.

astro-kana-01 mDans cette catégorie on trouve également des grands classiques comme Astro boy de Tezuka Osamu. La version française de cette série en 5 tomes est disponible aux éditions Kana. Astro boy a également connu de nombreuses adaptations.

Parmi les kodomo on peut également trouver le manga Heidi de Igarashi Yumiko, les plus vieux d’entre vous se souviendront de son adaptation en anime.

Autre exemple : Doraemon est un manga pour enfant très connu au Japon, décliné en manga, série TV et produits dérivés, Doraemon enchante les petits nippons depuis plus de 30 ans. Il est d’ailleurs une exception dans l’univers du manga, puisque depuis sa création, Doraemon a connu plusieurs mangaka.

Gekiga :

Déjà cité, le terme désigne les manga dramatiques des années 60-70. Les gekiga pourraient, peut-être, être considérés comme un sous-genre du seinen. Cependant, certains gekigaka (auteur de gekiga) refusent d’être considérés comme mangaka (auteur de manga) et tiennent à différencier les deux genres en continuant à produire des gekiga tel que L‘âme du Kyodo de Hiroshi Hirata, grand maître du genre.

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Hentai :

Manga érotique/ pornographique.

Shônen-ai :

Ce genre de manga s’adresse surtout aux jeunes filles et met en scène des histoires d’amour, plus ou moins platoniques entre 2 garçons.

Shôjo-ai :

Même chose mais avec des filles.

Yaoi :

Histoires d’amour entre hommes avec scènes explicites, pour public averti. Beaucoup de jeunes mangaka commencent par le yaoi ou shonen-ai pour se faire connaitre.

Il existe au Japon des revues spécialisée dans le genre. Tout comme le shonen-ai, le yaoi s’adresse principalement à un public féminin.

Yuri :

Même chose que le yaoi mais mettant en scène des couples de femmes.

Dôjinshi :

Manga fait par des fan ou par d’autres mangaka et reprenant des héros de séries existantes, souvent pour être détournés en shônen-ai ou yaoi.

Il existe bien d’autre genre et sous-genres tel que les Jidaimono, manga historiques, ou les Shitei, manga humoristique, mais je pense avoir cité les principaux.


 Bibliographie :

Schmidt, Jérôme. Génération manga. Petit guide du manga et de l’animation japonaise. Librio, Repères. 2004

Schmidt, Jérôme et Delpierre Hervé Martin. Les Mondes Manga. Hachette livre. 2005

Paul Gravett. Manga. Soixante ans de bande dessinée japonaise. Edition du Rocher. 2005 (pour la version française. Titre original Manga: sixty years of Japanese comics. Publié
en 2004)


Edit :

à lire aussi Manga : petit guide de lecture pour néophytes

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