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Otona no Mondai – un yaoi de Ima Ichiko

C’est encore sous les conseils de a-yin que j’ai choisi de lire ce yaoi (non disponible en France). Je ne connais pas Ima Ichiko, mais elle me l’avais déjà conseillé et son récent article sur un autre de ses yaoi –Ashinaga Ojisantachi No Yukue – ma donné envie. (Oui, en ce moment je me fait une cure intensive de yaoi 😀 ). Et je n’ai pas été déçue. Bon ça n’a pas la classe d’un est em mais il y a dans ce titre une certaine originalité qui mérite d’être cité.

L’originalité est dans l’histoire, ou plutôt devrais-je dire dans les personnages principaux. En effet ici, chose rare pour un yaoi (c’est la première fois que je vois ça) le personnage principal n’est pas gay. Et non ! Le pivot autour du quel se déroule l’histoire est un jeune homme de 20 ans on ne peut plus hétéro. C’est son père qui est gay. Celui-ci annonce son intention de se marier avec un homme. (Au Japon le mariage entre personnes du même sexe n’est pas autorisé mais la question est détourné par l’adoption de l’un des partenaire par l’autre qui devient officiellement le fils adoptif. Je ne sais pas si la chose est vraiment rependue dans la réalité, mais ce type de “mariage” revient souvent dans le BL).

Non Seulement le personnage principal n’est pas gay, mais dans tout l’histoire le père est son jeune “mari” sont le seul couple homosexuel. Et ça, ça rend l’histoire beaucoup plus crédible ! Il y en a marre de ces yaoi où la terre entière est composée d’homo ou de mecs qui se disent “pas gay” mais qui comme par hasard tombent amoureux d’autres mecs (moi j’appelle ça être homosexuel, mais je dois pas avoir la même définition du mot que certaines mangaka, faut croire). Dans Otona no Mondai on a un cadre des plus vraisemblables. Et c’est l’intérêt premier de ce titre qui sort ainsi du lot et des stéréotypes du genre.

 

Revenons un instant sur l’intrigue : Naoto vit seul avec sa mère depuis le divorce de ses parents. Alors qu’il avait 5 ans ses parents décident d’un commun accord de se séparer : le père est gay. Mais il n’abandonne pas pour autant son enfant et c’est dans la bonne intente entre les deux ex-époux que Naoto grandi. Il a accepté sans trop de problème l’homosexualité de son père mais est très angoissé à l’idée que d’autres le découvrent. Il a peur de leur regard. Le jour où le père annonce son intention d’ »épouser » Gorou les angoisses de Naoto ne font que redoubler. Il veut tout faire pour convaincre son père de renoncer. Mais séparer les deux amants n’est pas aussi facile que ça. Finalement, au contact de Gorou , Naoto apprends à le connaitre, à l’apprécier en tant que personne et à souhaiter le bonheur de ce couple pas comme les autres. Mais pas question que tout le monde sache !

 

Toute l’histoire est traité avec humour. Les personnages ont tous des caractères plus pittoresques les uns que les autres. Ils sont drôles et attachants. J’ai beaucoup aimé la mère et son côté femme de caractère. Une vraie femme moderne. (dans un manga ? Si, si je vous jure ! Enfin, faut pas exagérer c’est quand même elle qui prépare les repas de son idiot de fils, non parce qu’à 20 ans, il peut pas se débrouiller, le pauvre choupinet). Avec cette belle brochette de personnages drôles mais ordinaires, Ima Ichiko n’a de cesse de créer des situation aptes au quiproquo et aux malentendus. La scène où le grand frère vient chez les Gorou pour la première fois afin de convaincre son frère de revenir à la maison et vraiment poilante. Un vrai vaudeville ! Si je n’ai pas ris à gorges déployées, j’ai trouvé ce titre très amusant.

Mais au delà de l’humour l’auteur aborde le sujet de l’intolérance et de l’acceptation. Contrairement à de nombreux titres, ici les personnages gay ne se posent aucune questions quant à leur propre homosexualité. Ils l’ont tout deux accepté depuis longtemps. C’est le regard des autres qui est au centre de cette histoire, notamment à travers Naoto qui malgré l’affection qu’il a pour son père et pour son nouveau « grand frère » est terrorisé à l’idée que d’autres découvrent son secret de famille. Il a peur d’être rejeté à cause de l’homosexualité de son père, ce qui met bien l’accent sur l’ampleur du tabou. Non seulement les couples homosexuels sont mal vu, mais c’est aussi préjudiciable socialement pour leur famille. (Moi j’ai beau ne pas comprendre ce genre de réactions face à l’homosexualité, je suppose que cela doit être une réalité, surtout au Japon ou la société est assez rigide, même le divorce est très mal vu). La réaction de Naoto face à l’homosexualité de son père n’est pas le seul événement à mettre l’accent sur la difficulté d’être homosexuel dans une société aux idées étriquées. La famille de Gorou fait également pression sur lui. La rigidité de la société japonaise est d’ailleurs mise en évidence par un autre événement qui lui n’a rien à voir avec l’homosexualité. Il s’agit d’un couple hétéro mais qui lui aussi, à sa façon, sort des canons habituels et il est pointé du doit à cause de cela (je ne vous en dit pas plus pour ne pas vous dévoiler l’intrigue). J’ai trouvé intéressant le parallèle qui est fait entre les deux situations. La problématique ici n’est pas tant l’homosexualité mais le manque de tolérance. Le tout est abordé sans mélodrame et beaucoup d’humour.

 

Une bonne lecture qui me fait découvrir Ima Ichiko. Son dessin m’est pourtant familier. Peut-être ai-je lu un autre de ses yaoi il y longtemps. En tout cas maintenant j’ai bien envie de lire Le cortège de cent démons.

Ah ! et la je me rends compte que j’ai complètement oublié de vous parler du dessin. Je l’ai trouvé beau, simple, délicat et expressif.

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Yagate Ai ni naru – un yaoi de est em

J’ai déjà parlé à plusieurs reprises d’est em, une mangaka peu connu (enfin, peu commercialisé) que j’aime beaucoup. C’est a-yin qui m’a fait découvrir cette mangaka, et c’est sur ses conseils que j’avais acheté Tango, son seul manga publié en France (aux éditions H). Ce fut le coup de foudre ! Un coup de foudre à retardement. La première lecture m’avait charmée, la deuxième m’a conquise. Depuis je suis devenue une inconditionnelle de est em.

C’est encore a-yin qui m’a conseillé, pas plus tard que hier (voir son article sur Ashinaga Ojisantachi no Yukue (Ichiko Ima)) de lire Yagate Ai ni naru un des ses yaoi d’est em préféré. Sur ce terrain là j’ai une complète confiance en les conseils de a-yin j’ai donc foncé sans réfléchir. Si le manga n’est malheureusement pas disponible en français, on peut en trouver des scans en anglais sous le titre Yagate ao ni naru (pas bien ! ben oui, mais quand on peut pas faire autrement… promis je l’achète des qu’il sort en français).

 

A la mort de ses parents Kota est adopté par la famille de Taisei. Les deux pré-adolescents deviennent ainsi frères. Mais Taisei n’a jamais considéré Kota comme un frère, et ce n’est pas en grandissant que ses sentiments vont changer.

Là certains se disant “oh mon dieu, encore une histoire de frères !”. Oui, sauf que c’est du est em. Vous n’aurez pas un étalage d’érotisme, de salive et autres fluides corporels dans des échanges incestueux et immoraux. Bon, tout d’abord, les deux jeunes homme ne sont pas de vrais frères mais plutôt des amis d’enfance ayant grandi sous le même toit. Ce n’est pas la même chose. Il y en a peut-être qui affectionnent les histoires d’inceste (il y en a surement puisque ces histoires sont si répondues autant dans le yaoi que dans le shôjo) mais moi ça me dérange, vieille bique que je suis. Je ne suis pas la seule à être réticente. Voilà pourquoi je précise 🙂

Et puis surtout c’est la façon dont cette histoire est raconté qui fait la différence. Comme je disais, on est pas là pour des échanges de fluides, mais des échanges de regards. Tout est dans le regard, les non-dits, les mains levées puis laissées retomber… La retenue mais aussi l’explosion, les mots qui ne sortent pas, les coups qui partent trop vite… Il est question ici de sentiments. Comment exprimer ses sentiments, comment recevoir ceux des autres, comment comprendre et se comprendre. Pas seulement des sentiments des deux hommes l’un pour l’autre mais de leur sentiments face à la vie, à leur famille à leur métier… Un récit tout en douceur et en subtilité.

J’aime la mise en scène de est em, mais ce que j’aime encore plus c’est son coup de crayon, tout de suite reconnaissable, beau, viril et touchant. Oui, je trouve qu’il se dégage une certaine virilité de ses dessins et des hommes qu’elle décrit. Même dans leur fragilité, ils restent viriles.

Le dessins d’est em provoque en moi une émotion particulière et je crois bien que peu m’importe l’histoire qui est raconté, ce sont les regards de ses personnages qui me captent et me parlent, plus encore que son scénario.

Pourtant un aspect de ce titre est particulièrement intéressant, Kota et Taisei sont les fils d’un artisan teinturier. Tout au long de l’histoire on voit l’atelier, les bain d’indigo, la façon dont les tissus sont préparés… Pour les amateur de japonaiseries c’est un plus non négligeable. En tout cas moi cet univers m’a ravi.

L’histoire des deux frères est suivie par d’autres histoires courtes, tout aussi touchantes et subtiles. J’ai particulièrement aimé celle de l’adolescent qui se rend à la piscine de l’école une fois la nuit tombée. La façon dont les sentiments du garçon sont abordé m’a semblé très juste et vraiment pas malsaine, ce qui n’est pas toujours le cas dans le yaoi.

C’est d’ailleurs un des aspect que j’aime dans les yaoi de est em : elle ne fait pas l’étalage de sentiments pervers comme peuvent le faire de nombreux titres. L’excès de sentiments malsains serait au yaoi ce que l’excès de violence est au seinen ou au shonen. Si son rôle d’exutoire est indéniable c’est parfois too much et je fait une overdose (je pense notamment à un titre qui m’avait été chaudement conseillé et qui m’a donné la nausée tellement c’est malsain et mélodramatique : Sakura Gari). Est em a le don de nous raconter des histoire avec beaucoup de naturel. C’est reposant 🙂


Pour les anglophones à lire aussi un article sur l’excellent blog Brain vs. Books

à découvrir également le tumblr d’est em

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