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Hokusai et le manga (partie 1)

extrait de Hokusai Manga

Nombreux sont les auteurs qui attribuent l’invention du mot « manga » à Hokusai. Mais ce n’est pas tout à fait vrai ! Si Hokusai a bel et bien utilisé ce terme, ce n’est pas lui qui l’a inventé. Jean-Marie Bouissou nous apprend dans son livre Manga Histoire et univers de la bande dessinée japonaise que le mot manga avait déjà été utilisé pour désigner des esquisses ou des caricatures avant qu’il ne soit popularisé par Hokusai (en 1771 par Kankei Suzuki puis en 1798 par Kyôden Santô).

Si Hokusai n’est pas l’inventeur du terme, il a largement contribué à le populariser en publiant des carnets de dessins et esquisses sous le terme de Hokusai Manga (北斎漫画). Ce que l’on nomme communément LA manga de Hokusai. Pourquoi au féminin et au singulier ? Cela reste un mystère pour moi, néanmoins cela nous permet tout de suite de savoir si on parle des carnets de dessins de Hokusai ou d’un manga au sens moderne du terme, cet à dire une BD. Car oui, le terme manga dont la traduction littérale pourrait être « images dérisoires » désigne tout simplement la bande dessinée au Japon. Tintin est un manga. Mais chez nous en francophonie LE manga (cette fois au masculin et même qu’on peut le mettre au pluriel) désigne la bande dessinée venue du pays du soleil levant, et, dans de rares occasions, d’autres bandes dessinées qui bien que non nippone sont si fortement influencé par le manga qu’elles y sont assimilées (là je parle de ce qu’on appelle aussi global manga). Sous ce terme générique, les non-initiés mettent aussi la bande dessinée chinoise (manhua) et coréenne (manhwa).

Mais où est-ce que je veux en venir avec cette longue introduction ? Et bien, il y a quelque temps (il y a trèèèès longtemps) je vous avais proposé un article où il était question d’Hokusai et d’albums jeunesse, aujourd’hui je vous propose un deuxième article sur le grand maître de l’estampe japonaise à travers cette fois l’univers du manga.


LA manga d’Hokusai :

Comme on l’a vu plus haut, Hokusai a publié de son vivant de nombreux carnets de dessin auxquels il donna le nom de manga. Il semblerait que le maître poussé par un grand nombre de disciples désireux d’apprendre son style ait publié ces carnets comme autant de cours de dessin (j’ai lu ça quelque part et je n’irais pas vérifier). Quoi qu’il en soit ces carnets eurent un grand succès et sont toujours disponibles pour les amateurs dans une édition complète et commentée publié par les éditions Hazan (900 pages, 57€).

Dans ces carnets on retrouve de nombreux dessins mettant en scène le quotidien de l’époque, des personnages, des outils, mais aussi des fleurs et des animaux. Le surnaturel s’y invite également avec de nombreux mythes de fantômes dans les Japonais étaient déjà fervents amateurs à époque.

Hokusai manga 1

Les éditions de la BnF proposent également un ouvrage sur la manga d’Hokusai regroupant une soixantaine de planches sélectionné parmi les volumes de la manga conservé à la Bibliothèque nationale de France. Si vous ne pouvez pas y profiter de l’intégralité des dessins, l’ouvrage est plus accessible que le précédent (24.50€, 159 pages).

Le plus dur va être de choisir entre les deux ^^

J’ai aussi trouvé un livre proposé cette fois par Galimard (120 pages, 19 €), et un autre par les éditions La Martinière (696 pages, 42 €)

 

Enfin, si vous ne voulez pas dépenser un sou, vous pouvez visionner les carnets de croquis numérisé sur le site de l’INHA.

Vous avez là de quoi satisfaire votre curiosité !

Si vous voulez profiter des dessins d’Hokusai tout en lisant de la poésie j’ai un dernier ouvrage à vous conseiller : Haïkus des quatre saisons Estampes d’Hokusai (édition Seuil)

Rien d’autre aujourd’hui

que d’aller dans le printemps

rien de plus

BUSON

Celui-ci je l’ai dans ma bibliothèque, mais… les haikus faut aimer ! Moi la plupart du temps je reste là à essayer de comprendre pendant des heures. Enfin, c’est un peu près l’effet que me fait la poésie en général. 🙂

⇒ sur Amazon ou chez votre libraire préféré

Mais, je ne vous avais pas promis du manga, moi ? Celui au masculin, avec des vignettes dedans ! Pas de panique j’y viens 😉


Hokusai en manga :

Hokusai a publié des manga, il a popularisé ce terme et finalement il a fini par y entrer (dans les manga) puisque plusieurs mangaka contemporains lui ont rendu hommage en retranscrivant sa vie en manga. Loin de tous les connaitre, je vais vous en présenter 2.

 Hokusai ~ Ishinomori Shotaro

Ce manga traînait depuis des années sur mon étagère. Je l’avais acheté pour son sujet, mais graphiquement il n’était pas trop à mon goût et je l’ai finalement oublié là en attendant d’être assez motivée pour m’attaquer au gros pavé. Même en BD les gros pavés me font peur. Et ça tombe bien ! Ce manga s’inscrit pleinement dans le parcours de découvert du grand maître que j’ai entamé avec le précédent article  : Sous la grande vague d’Hokusai avec un regard d’enfant.

Il est vrai que le dessin d’Ishinomori ne me plait pas beaucoup, un peu trop caricatural et burlesque ici, mais beaucoup plus personnel et émancipé de l’influence de Tezuka que dans Kamen Rider (que je n’ai vraiment pas aimé).

Pourtant, une fois rentrée dans l’histoire, j’ai été happé par le récit et j’en ai oublié mes a priori sur le dessin. Le côté burlesque colle parfaitement au personnage d’Hokusai tel que nous le présente Ishinomori : un artiste de grand talent, un peu fou, qui sans cesse se remet en question et qui jamais ne se satisfait de son art. Mais aussi un homme du peuple qui aime le plaisir de la chair. Je ne sais pas à quel point Ishinomori a pris des libertés, mais il a su rendre son personnage très sympathique et vivant.

Quant à la structure du récit, elle est très particulière, car elle ne suit pas l’ordre chronologique de la vie du maître, mais elle la déconstruit. Chaque chapitre indique l’âge du maître au moment où il parle, mais à l’intérieur de chaque chapitre Hokusai se remémore des époques intérieures. Ce qui fait qu’on ne cesse d’aller et venir dans les différentes époques de sa vie, qui fut longue, surtout pour l’époque.

Graphiquement, une fois le dessin caricatural apprivoisé, il devient même agréable. Et le récit est parsemé de reproduction d’estampes du maître très plaisantes à voir.

Vous aurez même droit à plusieurs scènes de sexe (jamais choquant je vous rassure) ce qui ne surprendra pas ceux qui connaissent les Shunga du maître (vous pouvez voir dans l’extrait ci-contre la reproduction de son célébrissime rêve de la femme du pêcheur).

Ce manga de 1987 est disponible en France dans la collection Seinsei de Kana.

sur le site de l’éditeur

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Folles Passions ~ Kazuo Kamimura

 Je connais Kamimura surtout pour La Plaine du Kantô. Au moment où j’ai commencé à faire des recherches pour cet article on ma conseillé Folles Passion dont le titre ne laisse pas deviner le lien avec le grand maître de l’estampe. Pourtant c’est bien autour du personnage de Hokusai que s’articule cette série.

résumé de l’éditeur : Époque d’Edo, un jeune dessinateur, Sutehachi, arrive chez Katsuhika Hokusai, le génie de l’estampe et sa fille O-ei. Si la passion du garçon pour le dessin ne le cède en rien à celle du maître, hanté tout comme lui par la passion de l’estampe, il est aussi très attiré par le monde des plaisirs.

La série publié chez Kana dans la collection Seinsei fait trois tomes. N’en ayant lu qu’un seul, je vous reparlerais plus en détail de ce titre quand je l’aurai fini.

sur le site de l’éditeur

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Connaissez-vous d’autres manga où il est question d’Hokusai ?

Je me suis entre temps acheté Hokusai  X Manga. Je n’ai pas encore eu le temps de m’y plonger. Mais il était temps que je publie cet article qui attendais depuis… une éternité dans mes brouillons que je veuille bien le publier. Une partie 2 devrait voir le jour, je n’ose pas dire bientôt, où je vous présenterais quelques livres que je me suis acheté depuis.


Concours Sama Awards

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Le voleur d’estampe démasqué ?

Je vous ai parlé il y a quelques temps déjà du global manga Le voleur d’estampe de Camille Moulin-Dupré. Dans cet oeuvre atypique, Camille Moulin-Dupré se sert des estampes japonaises comme matériel de départ, s’inspirant de nombreuses estampes pour créer sont propre univers nous plongeant dans un Japon de la fin de l’époque Edo imaginaire.

Lors de ma chronique sur le premier tome de la série (la suite n’est pas encore sortie) je m’étais amusée à mettre à jour quelques unes des inspirations possible.

Pourquoi revenir aujourd’hui sur ce manga ? Parce que je crois que je tient une nouvelle piste pour démasquer le voleur d’estampe ! L’une des planches du manga dégageait une ambiance qui m’était très familière.

Résultat de recherche d'images pour "le voleur d'estampes"

J’avais tout d’abord pensé à l’une des cent vue d’Edo de Hiroshige.

Mais aujourd’hui, en feuilletant justement mon livre Hiroshige Cent Vues célèbres d’Edo de chez Taschen, je suis tombé sur une estampe et tout de suite j’ai repensé à cette fameuse planche du voleur des estampes. Tiendrais-je la un indice ?

C’est une vue du quartier Suruga de Hasegawa Settan (1778-1843). Cette planche est extraite de son Edo meisho zue, guide illustré de la ville d’Edo publié entre 1834 et 1836. Il est composé de 20 volumes. Il est illustré par Hesagawa Settan, mais aussi par son fils et probablement d’autres artistes. Le Edo meisho zue influença Hiroshige en son temps, notamment pour ces Cent vues célèbres d’Edo, comme vous pouvez le voir en comparant les deux vues de Suruga.

Je trouve que la perspective de la planche de Camille Moulin-Dupré correspondent d’avantage à la vue de Hasegawa qu’à celle de Hiroshige. Cette dernière est beaucoup plus verticale.

Alors, est-ce que je tiens un bon indice ? La chasse aux estampes volées continue 😉

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Les yôkai de maître Hokusai

Pour bien débuter le mois o-bon, faisons un tour du côté des yôkai et esprits croqué par Hokusai.

⇒ pour savoir ce que sont les yôkai, je vous invite à lire cet article

On trouve de nombreuses créatures fantastiques dans les carnets de croquis d’Hokusai (les fameuses manga dont je parlerais bientôt).

J’aime beaucoup ces rokurokubi, yôkai au long cou.

Le douzième volume de la manga de Hokusai, qui fut le plus apprécié en occident, regorge d’illustrations fantastiques, on y trouve des yôkai, mais aussi des fantômes. La littérature fantastique illustrée était fort apprécié dans le Edo du XVIII – XIX siècle.

Mais dans le domaine des yôkai, se sont peut-être ses estampes tirée de la série Cent Histoire de fantômes (Hayaku monogatari – 1831/32) qui sont les plus célèbres.

Kohada Koheiji
O-Iwa-san
Warai-Hannya
Sara-yashiki
Shunen

En faisant quelques recherches, je suis tombée sur ce bouquin :

Le livre regroupes toutes (ou du moins une bonne partie) les illustrations de Hokusai mettant en scène yôkai et fantômes. Le livre à l’air superbe. Ile me fait très envie. Demage que je ne lise pas le japonais

sur le site de book wasabi vous pourrais découvrir diverses photo du livre. ça fait vraiment envie !!

Un autre livre me fait aussi envie :

Dans cet ouvrage japonais bilingue anglais sont regroupées des estampes de divers artistes parmi lesquels on retrouve Hokusai

Maintenant que j’ai bien bavé sur ces bouquin, je vous laisse. J’espère que cette première modeste immersion dans l’univers fantastique japonais vous a plu.

Sore jaa, mata 🙂

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Cent vues célèbre d’Edo – Hiroshige

Hilde et Lou nous invitent à rendre hommage à Tokyo pour le rendez-vous d’un mois au Japon. J’ai réfléchi à la façon de m’y prendre quand Hiroshige est offert à moi comme une évidence. Avec ces cent vue célèbres d’Edo  (1856-1858) il a magnifiquement rendu hommage à la ville avant qu’elle ne devienne Tokyo. Ce n’est qu’en 1868 que Edo deviendra Tokyo avec la restauration Meiji et le déplacement de la capitale impériale qui était jusqu’à lors situé à Kyoto tandis que le shogun gouvernait depuis Edo.

Les vue d’Edo capturé par Hiroshige sont donc celle de la ville avant qu’elle ne change de nom. Nous somme encore sous le pouvoir des shogun Tokugawa, c’est la fin de l’époque Edo qui commence en 1600 avec la prise de pouvoir de Tokugawa Ieyasu.

Andô Hiroshige (1797-1858) est né dans une famille samouraï, mais à la mort de ses deux parents il se dirige vers une carrière artistique. Il intègre à 14 ans l’atelier de Toyohiro Utagawa (1773-1828). C’est avec Cinquante-trois relais du Tôkaidô (1833-1834) qu’il devient célèbre.

Il prends de nombreux apprenti dans son atelier dont deux qui lui succéderons sous le nom d’artiste de Hiroshige II (Shigenobu, 1826-1869) et Hiroshige III (1842-1894).

Après cette brève introduction laissons place aux cents vues d’Edo dont j’ai fait ici une petite sélection très personnelle.

Nihonbashi yukibare
Eitaibashi Tsukudojima
Suruga-chô

Avec cette vue de Sugura-chô je vous renvoie au manga français Le voleur d’estampe de Camille Moulin-Dupré. Dans son manga, l’auteur reprends la composition de cette estampe pour en faire le décor de sa ville fictive. A la place du mont Fuji il place le château du gouverneur. Mais il y a la même structure et le même porteur avec ses 2 paniers.

Résultat de recherche d'images pour "le voleur d'estampes"

Ueno Kiyomizuda Shinobazu ni ike
Ueno Yamashita
Kawaguchi no watashi zenkôji
Sumidagawa Suijin no mori Massaki
Ohashi Atake no Yudachi
Shichi hanei tanabata matsuri
Ueno san nai Tsuki no natsu

il ne vous rappelle rien ce pin ?

Fukagawa kiba
Fukagawa Susaki Jûmatsu

Tout à l’heure je vous ai renvoyé au manga de Moulin-Dupré, cette fois je vous renvoie à un manga de Taniguchi : Furari, qui s’inspire énormément des estampes de Hiroshige. On y trouve plusieurs clin d’œil, le faucon étant sans doute la plus flagrante.

furari - le milan
Furari – Taniguchi
ôji Shôzoku enoki ômisoka no kitsunebi

J’adore celle-ci ! Taniguchi la reprends également dans Furari.


Vous retrouverez toute la série de Cent vues célèbres d’Edo dans le très beau livres édité par Taschen. Je ne me lasse pas de le feuilleter. Une autre édition au format plus grand permettent de mieux profiter des détails des estampes

Ando Hiroshige sur le site de la BnF


Hiroshige II, ou comment le genre fait concurrence au maître

En 1858, Hiroshige II, dissiple et genre de Ando Hiroshige, publie également une série de vues d’Edo dont voici un bref apperçu. Vous pouvez retrouver ses séries Edo meisho ici

Shiba Shinmei – 1858
Asakusa Kinryū-zan – 1858
Sannō matsuri -1858

Avec cette dernière estampe, je vous renvoie encore au manga Furari de Taniguchi ou l’une des histoires fait référence à cet éléphant (du moins je pense que c’est le même, les éléphant qui traversent les rue de’Edo à cette époque ne devaient pas être très fréquents !).


Tokyo en estampe

Si j’ai choisi de rendre hommage à la ville en parlant des cent vue d’Edo de Hiroshige c’est surtout parce que c’est mon maître d’estampe préféré et que l’occasion d’en parler était trop bonne. Ce n’est pas le seul a avoir immortalisé avec talent la ville. Des maître d’estampe contemporains lui ont également rendu hommage dans de très belle estampes voici quelques images.

Hasui Kawase – le temple Zojo-ji à Shiba sous la neige 1925
Hasui Kawase – Neige à Shiba Daimon, 1936
Shiro Kasamatsu – La grosse lanterne du temple Senso à Asakusa, Tokyo 1934
Shiro Kasamatsu – Soir de printemps à Ginza

 J’espère que ce voyage dans le temps et les couleurs de l’ukiyo-e vous aura plu.

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Le voleur d’estampes

ImageSi vous fréquentez ce blog vous l’aurez sans doute remarqué, j’ai un faible pour la culture japonais, le manga et l’ukiyo-e. Quand on m’a proposé Le voleur d’estampes de Camille Moulin-Dupré j’ai sauté sur l’occasion avec beaucoup d’enthousiasme. Ce titre réunissais à lui seul plusieurs de mes centres d’intérêt. Il ne pouvait que me plaire ! Et je n’ai pas été déçue : mon premier coup de cœur bd/manga de l’année ! Merci aux édition Glénat de m’avoir fait découvrir ce titre.

Mais alors pourquoi avoir mis autant de temps à publier mon avis ? C’est simple, quand j’aime beaucoup un livre j’éprouve toujours des difficultés à en parler. Je ne veux pas me montrer trop enthousiaste de peur de fausser les avis de ceux qui liraient ma chronique avant le livre (moi j’ai tendance à être extrêmement critique vis à vis des livres ayant reçu de trop bonne critiques, mon esprit de contradiction sans doute).

Le voleur d’estampes est une courte série terminé en deux tomes dont le premier volet est paru en janvier dernier chez Glénat Manga dans sa collection seinen (la date de sortie du deuxième tome n’est pas encore annoncé). Pourtant son auteur, Camille Moulin Dupré est français. On pourrais donc classer cet ouvrage dans le global manga, ces bandes dessinées type manga produite hors Japon. Cependant le voleur d’estampes est si original dans sa forme que cette classification pourrait être assez réductrice. En effet, graphiquement, le voleur d’estampe ne ressemble pas du tout à un manga. Encore moins à une BD franco-belge. L’inspiration vient du monde de l’ukiyo-e, images du monde flottant, les estampes japonaises. Et oui, ce livre ressemble à un recueils d’estampes qui prendrais vie pour nous raconter une histoire romantico-fantastique dans le Japon de la fin de l’ère Edo (XIX siècle). On pense notamment aux livres illustrés de cette époque qui avait un grand succès et que l’on cite souvent comme l’un des ancêtres du manga moderne (Hokusai a illustré de nombreux ouvrages, mais ça c’est une autre histoire).

Kinkin Sensei Eiga no Yume Painted by Koikawa Harumachi 1775

C’est précisément ce graphisme très original qui m’a séduite. Mais le voleur d’estampes n’est pas qu’un exercice de style graphique. Il nous raconte aussi une histoire :

Nous sommes au Japon, l’ère Edo touche à sa fin. Le monde politique japonais est en crise. Alors qu’un général écarté du pouvoir revient en province avec sa fille, jeune aristocrate opiomane que tout ennuie, pour rasseoir son pouvoir sur ses terres avant de repartir à la conquête de la capitale, il se retrouve confronté à un voleur espiègle qui se moque de lui et de son armé dérobant des objets d’art dans les belles demeures des quartiers aisés. Le voleur qui n’était qu’un petit problème, devient le centre d’intérêt du général qui voit dans ses vols un insulte personnelle. Sa fille en revanche y voit une distraction et éprouve tout de suite une attirance pour ce voleur énigmatique. Mais qui est-il ? C’est un jeune homme qui ne se résout pas à quitter cette ville qui ne lui offre pas beaucoup d’opportunités, qui travaille le jour dans le restaurant de son père et qui la nuit devient un fantôme que personne n’arrête, lui aussi pour tromper l’ennui, car ce n’est pas la richesse qui l’intéresse, mais le plaisir de voler sans se faire prendre.

Le voleur d'estampes - détail
Le voleur d’estampes – détail

Deux jeunes gens qui s’ennuient et qui refusent ce que le destin leur réserve, un monde en crise qui perd ses repères… sous l’habit d’une lointaine époque c’est finalement une histoire très moderne que nous raconte Camille Moulin-Dupré. Une histoire intemporelle. Un classique aussi avec la rencontre de deux jeunes gens qui appartiennent à deux classes sociales que tout oppose mais qui pourtant partage de points communs à commencer par le fait de ne pas accepter leur réalité.

Manga de Hokusai – détail du tome 6

L’histoire à ce quelque chose de classique qui fait qu’elle ne surprend pas. Mais pour moi l’intérêt de ce titre ne réside pas tant dans ce qu’il raconte mais dans la forme que prend le récit. Le parti pris de dessiner comme sur une estampe est très surprenant, original et, je trouve, très bien réussi. On reconnait certaines estampes (ou morceaux d’estampes), on y retrouve toute l’ambiance qui se dégage des images du monde flottant et je me suis plu à scruter les détails des planches, la façon dont le poisson est posé sur l’étalage, comment les figurants sont disposé dans le décor, comment le décor est mis en scène, la perspective, cet oiseau dans cette position, un peigne, un poulpe… j’ai regardé chaque planche comme j’aurais regardé un recueil d’estampe prêtant presque plus d’attention aux détails qu’à l’histoire elle même qui dans ma lecture servait plus de liant que d’ingrédient principal. J’ai aimé retrouver quelques références, me dire « ah ça me rappelle telle estampe ». Malheureusement ma connaissance de l’estampe japonaise est insuffisant pour que ces références soit claires et transparentes à mes yeux mais il y avait un quelques chose de déjà vu très agréable, comme un jeu de piste.

Le voleur d'estampes - détail
Le voleur d’estampes – détail
Femme se poudrant le cou, Kitagawa UTAMARO (1753-1806)

En dehors de ce soucis du détails rappelant l’ambiance de l’ukiyo-e, l’ensemble est harmonieux et fonctionne assez bien avec un découpage des pages très varié allant de la double page silencieuse à la multiplications de cases disposées en spirale tel un jeu de l’oie. Cela donne un rythme très particulier au récit, parfois très lent, dans la contemplation, puis rapide et saccadé.

Le voleur d'estampe - ce détail occupe une page entière
Le voleur d’estampe – ce détail occupe une page entière
Small Bird on a Branch of Kaidozakura – Hiroshige – 1844

Une touche fantastique s’invite dans le récit faisant appel à la figure mythique du tengu. Est-ce du fantastique ou du fantasme ? Est-ce que le voleur cache quelques chose de mystérieux ou est-ce l’abus d’opium qui fait faire de drôles de rêves à la jeune femme ? Un doute persiste ce qui rajoute au côté mystérieux de l’intrusion du tengu.

Armor with the features of a tengu (tengu tōsei gusoku) Late Edo period, 1854
Le voleur d’estampes – quatrième de couverture

Un premier tome réussi, à mon humble avis. J’ai pris beaucoup de plaisir à le lire. J’ai trouvé ça original et rafraîchissant. Très poétique. Ça change. Sans être passionnant par l’intrigue, il sort son épingle du jeu par une approche graphique peu ordinaire, à la fois plaisant (je trouve le dessin très joli, même s’il peut paraître peu expressif pour un manga) et instructive (faire découvrir l’ukiyo-e). Si l’amateur d’estampe y trouvera un clin d’œil sympa, celui qui ne s’est pas encore intéressé à cette forme d’art japonaise aura peut-être envie d’aller voir dans quel univers Camille Moulin-Dupré trouve son inspiration. Quand à moi, j’ai hâte de découvrir le deuxième et dernier tome.

Girl jumps form Kiyomizu-dera – Suzuki Harunobu (1750)
Le voleur d'estampes - détail
Le voleur d’estampes – détail

J’espère vous avoir donné envie de découvrir cet étonnant global manga. En tout cas je le conseille vivement à tous les amateurs d’estampes.

Feuilletez des milliers de bandes dessinées gratuitement sur Sequencity

 

Pour en savoir plus :

Camille Moulin-Dupré

Le voleur d’estampe est son premier livre. Avant il a travaillé dans l’animation et le jeu vidéo. Son court métrage Allons-y Alonzo réalisé en 2009 en hommage à Belmondo  a été sélectionné dans plusieurs festivals.

⇒ à lire : rencontre avec Camille Moulin-Dupré sur Animeland

⇒ son blog, sur twitter, sur facebook, sur vimeo

Le voleur et l’estampe from Camille Moulin-Dupré on Vimeo.

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Images pour le plaisir des yeux #16 – Bonne année 2016

Mitate shichifukujin hatsuharu Soga – Utagawa Hiroshige
The Seven Lucky Gods (1882) – Tsukioka Yoshitoshi
The seven goods of good fortun – Kuniyoshi Utagawa

Pour vous souhaiter la bonne année voici trois estampes représentant les 7 divinité de la Fortune : les Shichi Fukujin (七福神). La tradition veux que ces divinité, voyageant à bord du navire aux Trésor (takarabune/ 宝船), viennent en ville à la nouvelle année et déposent des présents pour les gens méritant.

Puisse 2016 vous apporter de la bonne fortune !

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Images pour le plaisir des yeux #13 ~ à table !

Pour le mois des livres en cuisine j’ai voulu faire une petite sélection d’images tirées des livres d’art qu’il y a sur mes étagères. Ou l’art en cuisine 🙂

Passons à table avec Valasquez

Le Déjeuner (Trois Hommes à table) vers 1617
Veille Femme faisant cuire des oeufs, 1618

Sur les traces du Caravage

Marchande de fruits, Vincenzo Campi, vers 1580-1581
Jeune garçon pelant un fruit, attribué Caravage, vers 1593-1594
La cène à Emmaüs, Caravage, 1601

Un tour du côté des Ufizzi

Nature morte, Iacopo Chimenti, 1624
Fleurs et insectes, Rachel Ruysch, 1711

Un repas frugal avec Picasso

Le Repas frugal, Picasso, 1904

Un goût japonais

On commence par une tasse de thé

Le premier thé de l’année, Hokusai, 1816

On passe au marché chercher du poisson

Ueno Yamashita, Hiroshige, 1858

Et on fini par un petit restaurant

Une réception au restaurant Shikian à Nakazu, Kubo Shumman, 1786

Bibliographie

  • Valasquez et son temps, Carl Justin,  GeoArt,  2015
  • Caravage, Catherine Puglisi, Phaidon,  2005
  • Gli Uffizi storia e collezioni, Giunti, 1993
  • Picasso, Carsten-Peter Warncke, T’as chêne, 2006
  • Hokusai art et esthétique, Henri Fouillant,  Georges,  2014
  • Hiroshige cent vues d’Édo,  Mikhail Ouspenski, Parkstone 1997
  • Art japonais, chefs-d’oeuvre du British muséum,  Parkstone, 1994

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