Porco Rosso – Hayao Miyazaki

  

Long métrage de Hayao Miyazaki, produit par les studios Ghibli en 1992

Titre original : 紅の豚 (kurenai no buta)

En France le film est présenté pour la première fois au Festival d’animation d’Annecy en 1993 où Il remporte le prix de meilleur long métrage. Canal + en rachète les droits et le fait doubler. La sortie en salle se fera en 1995. Mais le film ne remporte pas le succès escompté. Néanmoins il sortira en vidéo en 1999, puis en 2006.

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Synopsis :

Dans l’Italie de la fin des années 20, mer Adriatique, Marco, ancien officier de l’armée de l’air transformé en cochon, est devenu un chasseur de prime. Ses ennemis l’ont surnommé Porco Rosso. Alors qu’il est paisiblement installé sur son île déserte, Marco reçoit un coup de fil. Le gang de pirates de l’air des « Mamma aiuto » a attaqué un navire et pris en otage un groupe d’écolières. Porco Rosso va les rattraper et, après avoir gravement endommagé leur avion, il leur proposer un arrangement : il récupère les otages et en échange il laisse filer les pirates avec la moitié du butin.
Le soir venu tout le monde se retrouve à l’hôtel Adriano, géré par la belle Gina, amie d’enfance de Marco. L’hôtel est un terrain neutre où chacun doit oublier ses différents. Les pirates, las de toujours voir Porco Rosso leur mettre des bâtons dans les roues, décident de s’associer à Donald Curtis, un as du pilotage américain. Pourchassé par Curtis, Marco doit rejoindre Milan pour faire réparer son avion par l’entreprise Piccolo, tenue par son vieil ami Paolo. Tous les fils de Paolo ont du partir chercher du travail ailleurs, ce sera donc sa petite fille de 17 ans, Fio, qui prendra en charge le chantier. D’abord réticent Marco, finira par céder face à l’enthousiasme de la jeune fille. Menacé par les services secrets fasciste Marco devra quitter Milan précipitamment, en compagnie de Fio. De retour sur son île, Curtis l’attend pour déterminer qui est le meilleur avec un dernier duel. L’annonce de ce duel fera venir nombre de spectateurs.

Bande annonce :

Critique :

La première fois que j’ai entendu parler de ce film je n’étais pas vraiment séduite.  Mais bon, comme c’est un Miyazaki, je me le suis procuré. Puis j’ai l’ai laissé prendre la poussière, en attendant de me laisser convaincre…  Un jour ma fille, la petite dernière, une inconditionnelle des films d’animation et grande fan de Hayao Miyazaki, lasse de revoir encore et encore les mêmes films opte pour Porco Rosso qu’elle n’avait encore jamais vu. Étant une grande admiratrice de Miyazaki moi-même, je décide de m’installer devant l’écran avec elle et … la révélation !! Non seulement c’est un très beau film. Mais j’irais jusqu’à dire que c’est un des films de Miyazaki que je préfère.
Je dois avouer que quand j’ai su qu’il s’agissait de l’histoire d’un cochon, j’ai eu peur de tomber sur un de ces animes dont j’avais l’habitude étant enfant et où les personnages sont des animaux, quelque chose dans le genre de Sherlock Holmes (Meitantei  Holmes, série TV réalisé par Miyazaki en 1882). Je garde un très bon souvenir de cette série, mais ce n’est pas ce que j’ai envie de voir maintenant. Je n’avais rien compris !! J’étais même aux antipodes de la réalité.
Certes, le personnage principal est un cochon, mais il est le seul personnage à avoir une forme animale. De tout les films de Miyazaki que j’ai vu, celui-ci est sans doute le plus réaliste. On n’est pas ici dans un conte fantastique, mais dans la vie, dans l’Italie de l’entre-deux-guerres où les fascistes viennent de prendre le pouvoir.
Très vite on oublie que le héros a une tête de cochon pour s’intéresser à son caractère, on veut comprendre ce qui le pousse à choisir la clandestinité plutôt que la gloire du héros de guerre. Entre un gag et une bataille aérienne, on s’attarde sur le contexte historique et la personnalité du héros. Il y a des scènes qui, au prime abord, semblent assez anodines et qui finalement nous racontent beaucoup de choses. Je pense par exemple à la scène où les femmes de la famille de Paolo Piccolo arrivent à l’entreprise pour réparer l’avion de Marco. La scène est amusante, une ribambelle de femmes défile devant Marco pour le saluer avant de rejoindre l’atelier, il y a des enfants et même les « ancêtres », trois vieilles mamies toutes ridées. Mais derrière cette scène qui fait rire les petits (et les grands) Miyazaki nous raconte la dureté de la vie de cette époque où les hommes italiens ont du partir laissant femmes et enfants au pays pour tenter leur chance ailleurs. C’est une scène qui m’a beaucoup touché.
Une autre scène intéressante se déroule dans l’armurerie clandestine où Marco vient s’approvisionner en munition, moment de  réflexion sur la guerre et sur l’instabilité politique qui fragilise le pays. C’est dans ces détails, dans ces scènes d’apparence anodine qu’est la richesse de ce film. Miyazaki a su mixer avec brio les scènes d’action et d’humour avec un arrière plan beaucoup plus sérieux, et plaire ainsi aux plus grands et aux plus petits. Ma petite dernière, qui a tout juste 4 ans, a adoré ce film. Elle a beaucoup ri, adoré les avions et les batailles aériennes. Elle a demandé à le revoir et revoir encore. Quand à moi, je l’ai regardé avec autant de plaisir à chaque fois.
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Il y a un point qui m’échappait : pourquoi Marco est-il devenu un cochon ? Dans le film on ne donne pas d’explication claire à ce sujet. On laisse le spectateur libre de l’interpréter comme il le souhaite. On peut trouver une explication dans le récit de son passé dans l’armée italienne qui Marco fait à Fio, le soir, sur son île. Dans ce récit très émouvant, Marco raconte comment il a vu mourir son ami d’enfance à la guerre. Cet épisode douloureux va mettre en pièce son idéalisme de jeune militaire et il se demandera si tuer et mourir pour sa patrie à vraiment un sens. Peut-être deviendra-t-il un cochon car il refuse d’accepter la perte de son ami et la réalité de la guerre.

Pourtant, Miyazaki a laissé entendre dans certaines interviews d’autres pistes d’interprétation. Marco était plein d’idéaux étant jeune, mais avec le temps, il se laisse compromettre par le système jusqu’à devenir un cochon. Tout comme Miyazaki lui-même qui était marxiste quand il était jeune. On voit bien ici que Porco Rosso est une oeuvre beaucoup plus personnelle et politique que les autres films de Miyazaki.

Par ailleurs, pour les bouddhistes, le cochon est l’animal qui possède tous les traits négatifs de l’homme, il est considéré comme un animal égoïste. De la même façon, Porco s’isole et se marginalise, non pas pour défendre un idéal mais pour préserver son indépendance et son confort.

Doublage :

Un plus, et pas des moindre : le doublage de la version française est super bien réussi. Faut dire que c’est Jean Reno qui double Marco, alors ça en jette ! En général les doublages des animes sont ratés, je préfère de loin les voir en VO sous-titré, mais ici, j’aime beaucoup la VF.
Porco Rosso Jean Reno
Fio Piccolo Adèle Carasso
Gina Sophie Deschaumes
Curtis Jean-Luc Reichman
Paolo Piccolo Gérard Hernandez
Feralin Eric Dufay
Mamma Aiuto Jean-Pierre Carasso
La BO :
La bonde originale est composé par Joe Hisaishi (久石譲), compositeur japonais connu pour sa collaboration avec Hayao Miyazaki et Takeshi Kitano.
C’est Joe Hisaishi qui à composé les bandes son de :
  • Laputa, Château dans le ciel (1986)
  • Mon voisin Totoro (1988)
  • Kiki la patite sorcière (1989)
  • Princesse Mononoke (1992)
  • Le voyage de Chihiro (2001)
  • Le Château ambulant (2004)
  • Ponyo sur la falaise (2008)
Pour plus d’info sur Joe Hisaishi, rendez-vous sur le site francophone de ses fans : link

Perdu entre les morceau originaux de Hisaishi, on peut entendre également l’hymne communard français Le Temps des cerises de Jean-Baptiste Clément, interprété dans la version japonaise  par la chanteuse Katô Tokiko.

Le générique de fin, 時には昔の話を (toki ni wa mukashi no hanashi wo/Pour une foi, parlons des jours anciens), est écrit et interprété par Katô Tokiko et arrangé par Joe Hisaishi :

Pour aller plus loin, je vous invite à visiter le site Buta Connection, tout un dossier y est dédié à Porco Rosso, avec analyses et info techniques. Très intéressant,. J’y ai puisé plein d’informations pour écrire mon article : link

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