Le bruit court que nous ne sommes plus en direct… ~ by Yomu-chan

Vous me retrouvez aujourd’hui pour un tout nouveau genre d’article ! Je m’en vais vous parler de théâtre. Ou plus précisément je vais vous faire ici une analyse de spectacle. C’est un exercice qui m’est demandé à moi, jeune lycéenne (plus pour longtemps, arg la vie active me tend ses bras vicieux é.è ) en spécialité théâtre, et l’ayant pratiqué sur un spectacle qui m’a particulièrement plu j’ai décidé de le partager avec vous ! Je me suis rendue compte récemment que le but de mes interventions dans ma petite médiathèque étaient de vous faire partager mes passions, et le théâtre en est une majeure mais jamais je n’en ai parlé ici, c’est grave, très grave ! Pour me faire pardonner je réitérerai sûrement ce genre de billet avec d’autre pièces dans le future. Yomu-chan innove ! Tintintinnnn

Voici donc, l’analyse de spectacle de Le bruit court que nous se sommes plus en direct…

Il s’agit d’un travail du collectif L’Avantage du doute. Il me semble que c’est leur troisième ou quatrième spectacle. Ce collectif, que je découvrai ici pour la première fois, fonctionne d’une manière bien particulière. D’abord il ne s’attaque pas à des pièces déjà existante, mais créer ses propres spectacles sur le principe de l’écriture de plateau. On oublie donc la chronologie d’un travail habituel qui voudrait que 1- on choisit un texte, 2- les comédiens apprennent le texte, 3-le metteur en scène propose son interprétation de l’œuvre, et 4- le travail peut commencer. Ici on grille toute ces étapes puisqu’il n’y a pas de texte écrit à la base du travail, mais qu’il se construit à partir d’interprétations jouer par les membres du collectif, et qu’il n’y a pas de metteur en scène, chacun apporte sa pierre à l’édifice. Et le résultat est très sympa, criant de vérité. Mais reprenons les choses dans l’ordre.

Le temps d’une soirée me voilà à la Coupe d’Or, théâtre de Rochefort, un magnifique théâtre à l’italienne rénové récemment. Il est rare que j’y mette les pieds mais quand c’est le cas je suis toute contente, j’aime à lever la tête et admirer les dorures, les fresques et les fauteuils au velours rouge, imitations de la renaissance florentine.

Ce genre de théâtre suppose évidemment un dispositif frontal, mais la particularité ici c’est que dès l’entrée en salle le quatrième mur est brisé (c’est-à-dire que la séparation virtuelle habituelle entre la scène et le public n’existe pas). En effet, pas de rideau abaissé, les comédiens sont déjà sur scène et regarde sans complexe la foule s’installer, une des actrice est assise sur les petites marches qui permettent de monter sur la scène à cours, et une autre s’occupe à placer les spectateurs. Si bien que quand ils nous adresse la parole (sans qu’aucune baisse d’éclairage ne signale le début de la représentation) pour nous expliquer que ce soir nous allons assister en direct à l’enregistrement d’un journal TV, il me faut quelques secondes pour m’assurer qu’il s’agit bien des comédiens et non des responsables du théâtre, et que le spectacle vient de commencer.

Peut-être devrais-je faire un petit résumé sur l’intrigue de cette pièce.

Les 5 individus présent sur scène (je dis individus car il est difficile au début de faire une nette différence entre comédiens et personnages) nous annoncent qu’ils ont décidé de mettre au point une chaîne TV diffusée sur internet, mais attention pas n’importe quelle chaîne. L’idée ici c’est d’inventer un journal qui se veut 100% éthique. Une fois le défis lancé, nos journalistes en herbe s’attellent, dans une atmosphère comique, au choix des news et à la structure de leur journal. C’est alors qu’après une première partie, apparaît un nouveau personnage (je tente vainement de me souvenir de son nom, c’est quelque chose comme Gloria je crois), la fille d’un ami de l’un des membre d’ETHIK TV qui propose d’investir dans la chaîne et d’y apporter les modifications nécessaires qui lui permettront de toucher un plus large public, car OUI le message qu’ils ont à faire passer est d’une importance capitale. Seulement voilà. Une chaîne 100% éthique est-elle compatible avec le système médiatique que l’on connaît ? C’est la question posée ici. Comment conserver son message d’origine tout en essayant de toucher un maximum de gens ?

La scénographie :

Au début on observe, si je me souviens bien, quatre chaises au centre du plateau, ; un bureau, à cours ; un tancarville suspendu à plusieurs mètres du sol sur lequel sont accrochées des feuilles de papier, à jardin ; au centre, derrière les chaises, un drap est suspendu pour figurer un écran ; au premier plan, tout à fait à jardin, on a une caméra, au centre un vidéoprojecteur, et à cours un meuble sur lequel repose une télévision. Et, détail que l’on ne remarque pas tout de suite mais sur lequel les comédiens attire à un moment donné notre attention, un écran de TV suspendu au mur qui délimite la scène à jardin, sur cet écran un chiffre apparaît, il désigne le nombre de téléspectateurs d’ETHIK TV, chiffre peu flatteur au début mais qui ne cessera d’augmenter au fur et à mesure de la pièce. C’est un accessoire innovant et très intéressant, car en effet, étant donné sa position on ne le regarde pas en permanence, il est hors du champ de vision qui se limite au plateau, notre attention est naturellement attirée par le jeu des comédiens, mais une fois qu’il est intégré au décors (après que l’un des comédien l’ait désigné) il arrive que l’un des membre du public pense à le regarder, et c’était très amusant de voir que quand il constatait un changement il tapotait du coude ses voisins pour dire « hep, regarde ! Il y en a de plus en plus ! ». Ce petit écran a contribué à créer un lien entre le public et la scène, nous mettant face à ce compteur d’internautes qui peut nous être familier si l’on est un habitué du principe de buzz qui parcours l’internet !

La première partie se passe donc dans ce décors très simple, constitué de bric à broc, qui nous transpose dans un local mal chauffé où la chaîne TV tente de se créer. A la fois très figuré et très réaliste il créer une atmosphère idéale qui nous emmène de façon efficace là où veulent nous emmener les comédiens.

Quand Gloria (si c’est bien comme ça qu’elle se nomme) commence à instaurer ses modifications au local, on voit apparaître un sofa bleu turquoise à jardin, derrière lequel un portant se remplit de divers costumes; un vrai écran de projection remplace le drap ; et un tabouret très design prend place au centre. Il me semble même que l’éclairage devient un peu plus chaleureux, ou en tout cas c’est l’image qui en ressort une fois que Gloria (j’ai décidée qu’elle s’appellerait comme ça, au moins dans mon article) a fini ses décorations.

Encore une fois l’aménagement de l’espace est très intéressant et a un message très riche à faire passer. En effet, le seul fait d’observer ce changement de décor dans le contexte proposé par le spectacle nous met face à un dilemme. On est obligé d’admettre que ce deuxième décor est beaucoup plus cosy, beaucoup agréable et confortable ; ainsi on va avoir tendance à apprécier les changement, à s’y sentir à l’aise et à encourager les modifications. Mais voilà, l’image qu’il nous renvoi est immédiatement beaucoup moins artisanale, moins personnelle, moins humaine. Et c’est là la grande problématique que soulève cette pièce de théâtre : Le confort ou les valeurs ?!

Le jeu des comédiens :

Le jeu est ici un point très important à aborder. Pourquoi ? Et bien parce que, comme je l’expliquais plus haut, le collectif de l’Avantage du doute nous offre une performance un peu originale.

Le fait que le texte ait vu le jour à partir d’improvisation donne au phrasé une dimension très réaliste, très « parlé ». C ‘est le troisième spectacle utilisant ce nouveau genre de diction qu’il m’a été donné de voir en peu de temps. Les deux premiers m’ont tout bonnement exécrés ! Je ne pouvais supporté ce « faux réalisme », qui apparaissait à mes oreilles comme redondant et ennuyeux. C’est vrai quoi, je ne vais pas au théâtre pour entendre des « euh », « hein » ou des phrases formulées à la va-vite !!

Mais en découvrant le bruit court que nous ne sommes plus en direct… j’ai compris que ce que je trouvais ennuyant c’était un théâtre qui cherchait à imiter cette spontanéité, tandis qu’un véritable phrasé humain, réaliste mais pesé et maîtrisé peut avoir un réel impact artistique. Et c’est ce que réussi à merveille l’Avantage du doute !

Les choix artistiques :

Je vais aborder ici deux points majeurs. Le premier étant l’étrange relation entre la scène, ses comédiens et le public ; et le deuxième la disparition de… merdoum comment elle s’appelle celle-ci… peut-être Lise, ou Julie…Disons Lise. La disparition donc, d’un personnage : Lise (tant pis si ça n’était pas ça, elle peut bien s’appeler comme elle veut).

→ Parlons donc de cette relation scène/public. J’ai rapidement décris, plus haut, l’ambiguïté qu’il y avait entre personnages et comédiens. Le phrasé dont je parlais précédemment y est pour quelque chose mais l’exploitation de cette proximité entre le réel et la fiction va plus loin. Je parlais tout à l’heure de l’abolition du quatrième mur, et bien ce phénomène subit une étrange évolution, car effectivement les comédiens sollicitent à plusieurs reprises le public, lui font incarner le rôle des téléspectateurs ou du témoins complice. Par exemple quand Gloria apparaît pour assister à l’une des réunion d’organisation d’ETHIK TV elle prend place parmi le public. Ou, moment plus intime, le vieux (je vous en pris ne me demandez pas de me souvenir de son nom ! ) profite d’une panne de courant pour nous confier ses pensées personnelles. Mais ce lien se casse peu à peu. Je me rend compte en analysant cette singularité que cela entre de façon évidente en cohérence avec la problématique. Je m’explique. Durant toute la première partie de la pièce nous avons un décor réaliste, un temps d’action presque égale (si on fait abstraction de l’unique ellipse temporelle de ce chapitre) au temps réel, des personnages fidèles à leur valeurs, très attachants de par leur ressemblance à nous-même et l’identification qui en résulte, et il semble alors tout naturel d’avoir une véritable relation entre la scène et la salle. Puis quand le caractère artisanal se perd peu à peu, et que les valeurs défendues au départ par les personnages semblent se détériorer, le décor prend l’aspect d’un magazine témoin, l’ambiance se fait plus hypocrite , et alors le lien public/comédiens se brise pour illustrer la trahison de cette chaîne TV qui se disait 100% éthique. Cela s’opère, on l’a vu, avec le changement de décor, mais aussi avec une accélération de l’action qui nous rappelle que nous sommes au théâtre, la diminution, voir la suppression, de l’adresse au public, et avec l’apparition de passages qui perdent leur caractère réaliste pour devenir presque absurdes (attention je ne veux pas dire par là dénué d’intérêt!!). Je pense ici aux deux ou trois moments où l’une des comédienne semble s’extraire des traits de caractères de son personnage pour revêtir la peau d’une enfant perdue qui évoque la nostalgie des souvenirs ou à la scène finale qui achève de nous camper dans la fiction, en effet celle-ci déborde de costumes improbables et d’une poésie explosive (pour rester abstraite…)  J’ai trouvé ce processus très subtile et très percutant.

→ Vous l’aurez compris cette pièce m’a beaucoup plu, mais (parce qu’il y a toujours un « mais ») il reste un petit quelque chose que je n’ai pas réussi à expliquer artistiquement parlant. Il nous faut remonter en arrière et nous remettre dans ce contexte artisanal de préparation de journal TV à l’arrache. Nous avons alors 5 personnages, 5 journalistes, chacun nous offrant une personnalité très riche et hyper-attachante. Dont la fameuse Lise. Celle-ci occupe un rôle aussi important que celui de ses camarades et prend très vite sa place dans le fonctionnement d’ETHIK TV. Seulement voilà, à la fin de la première partie elle disparaît ! Pas d’événement particulier dans l’intrigue qui nous permettrait d’expliquer la cause de son départ, non, en fait l’actrice qui jouait ce rôle s’est transformée en Gloria… Alors certes ce n’est pas très gênant, ce n’est pas « grave » mais… Je ne peux m’empêcher de m’interroger, pourquoi ? Est-ce que la comédienne voulait avoir sa place dans les deux parties de la pièce ? Est-ce que Lise à quitter ETHIK TV parce qu’elle a trouvé un job ailleurs ? Je ne sais pas mais cela me laisse un arrière goût un peu amer. Enfin ce détail contribue aussi à nous rappeler, de façon TRES brutale, que nous sommes au théâtre. La disparition d’un personnage ce n’est quand même pas rien ! Qu’il meurt d’accord, qu’il parte d’accord, mais là il disparaît tout simplement, même dans l’esprit du reste de la troupe puisque aucun des personnages n’en reparle.

Bon il est temps de conclure. En clair, j’ai beaucoup aimé ce spectacle qui su aborder une problématique qui me touche tout en proposant une forme artistique pertinente et divertissante !

A bientôt (je l’espère) pour de nouvelles aventures !!

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