Parfum de glace – Yôko Ogawa

Parfum-de-Glace.jpg

Yôko Ogawa

小川洋子

Parfum de Glace

Titre original : 凍りついた香り (Karitsuita Kaori)

Éditeur original : Gentosha, Tokyo. 1998

Éditeur français : Acte Sud, 2002

Traduction : Rose-Marie Makino-Fayolle

Résumé :

Quand son compagnon se suicide, Ryoko ne comprend pas. Aucun signe ne laissait présager un tel geste. À la morgue elle rencontre Akira, le jeune frère de Hiroyuki, dont elle ignorait l’existence et qui, quand il parle de son frère, semble évoquer un homme très différent de celui qui partageait sa vie.

Chaque fois qu’Akira évoquait le Hiroyuki que je ne connaissais pas, les battements de mon cœur se précipitaient. Je ne savais pas très bien si j’avais envie de l’entendre ou de me boucher les oreilles. Je finissais par me demander qui, de lui ou de moi, en savait le plus. Et j’avais l’impression que la jalousie que j’avais ressentie à la morgue allait resurgir. Je ne voulais pas être plongée encore plus dans la confusion.

Incapable de faire le deuil de l’homme qu’elle aimait, mais dont elle ignore tout, elle va tenter de le comprendre en reconstruisant son passé.

C’est à partir de quelques phrases énigmatiques, laissé sur une disquette dans le laboratoire de parfumeur où il travaillait qu’elle va commencer son enquête.

« Gouttes d’eau qui tombent d’une fissure entre les rochers. Air froid et humide d’une grotte. »

« Réserve de livres hermétiquement fermée. Poussière dans la lumière. »

Frasil sur un lac à l’aube. »

« Mèche de cheveux d’un défunt formant une légère boucle. »

Vieux velours passé qui a gardé sa douceur. »

Ce voyage dans le passé de Hiroyuki la mènera jusqu’à Prague.   Dans cette ville le réel s’entremêle à l’onirique. Nous ne savons plus ou nous nous trouvons vraiment.

Lorsque je me retournai, il n’y avait personne derrière moi. Sa silhouette qui tout à l’heure encore se trouvait non loin avait inexplicablement disparu. Sans laisser de cliquetis ni de traces de pas.

– Jeniack, Jeniack !

Ma voix, aspirée par les arbres, n’arriva nulle part.

J’avais l’impression d’avoir accompli une erreur irréparable. Mais je ne savais pas très bien où, ni comment cette erreur s’était produite. Je m’étais retrouvée seule devant la serre, comme le vent qui change d’orientation sans que personne s’en aperçoive.

Pour autant, je n’étais pas du tout troublée. Je ne ressentais ni regret ni frayeur. Parce que du fond de la serre venait l’odeur, celle de Source de mémoire.

J’y pénétrai sans hésitation.

Mon avis :

On retrouve cette écriture au point de vue subjectif, où se mélangent des univers dont on à du mal à savoir s’ils sont réels ou pas, dans ses autres roman également.

Personnellement c’est le troisième livre de Yôko Ogawa que je lis. Des trois, Parfum de glace est celui qui m’a le plus touché, sans que je ne sache trop dire pourquoi. Peut-être parce que le sujet entre en résonance avec mes propres émotions ? Quoi qu’il en soit je suis entrée dans l’histoire plus facilement, je me suis plus facilement identifiée à l’héroïne que dans Cristallisation secrète (密やかな結晶 Hisoyaka na kesshō) ou Les Abeilles (ドミトリイ Domitorī) dont le personnage principal et narrateur est également une femme.

Bien que l’histoire de Parfum de glace soit triste, on ne tombe jamais dans le mélodrame, on se fond pas en larme.  L’héroïne dégage une belle force. Pour ne pas sombrer, elle s’accroche aux fantômes du passé, mais elle ne baisse jamais les bras.

Seul reproche que je ferais à ce roman d’Ogawa, comme aux deux autres que j’ai lu, c’est  qu’il nous laisse sur notre faim. Durant tout le roman on cherche à comprendre ce qui a pu pousser Hiroyuki au suicide. Dans cette quête de compréhension, Ryoko nous entraîne à la poursuite d’histoires vieilles de 15 ans et … rien. Soit qu’il n’y ai rien à comprendre, soit que je sois, moi, incapable de comprendre le message du livre, arrivée au terme des 300 pages je n’ai toujours pas de réponse. On ne peut qu’éprouver de la frustration. Mais, n’est-ce pas là, peut-être, le message que nous transmet Yôko Ogawa?

J’ai resenti cette même frustration à la lecture de Cristallisation secrète et Les Abeilles. A la fin du livre, on se sent comme abandonné par l’auteur, avec plus de questions que de réponses, avec l’envie d’en savoir tellement plus…


Quelques mots sur l’auteur :

Yôko Ogawa est né en 1962 à Okayama. Diplômée de l’université de Waseda, elle remporte le Prix Kaien pour sa première nouvelle en 1988 : La Désagrégation du papillon (揚羽蝶が壊れる時 Agehachō ga kowareru toki). En 1991 elle remporte le prestigieux Prix Akutagawa (ce prix est considéré comme l’équivalent du Prix Goncourt en France) pour
la Grossesse (妊娠カレンダー Ninshin karendā). Elle recevra d’autres prix et certaines de ses oeuvres verrons une adaptation au cinéma : L’annulaire, réalisé par Diane Bertrand et La Formule préféré du professeur réalisé par Takashi Koizumi.

Ses  romans et nouvelles ont été traduits dans de nombreuses langues. La traduction française de ses oeuvres est assurée par Rose-Marie Makiko-Fayolle et publiée chez Acte Sud.

Retrouvé tous ses livres traduits en français sur le site de Acte Sud link

Dans le magazine Lire du mois de Mars 2012, André Clavel dans l’article « La Relève, cinq romancières » pour le Dossier Spécial Japon, fait une très belle présentation de Yoko Ogawa :

Yôko Ogawa

Visage de cire, sourire figé, teint blafard, Yôko Ogawa est, à 50 ans, la romancière la plus troublante des lettres japonaises. Il faut se méfier de sa prose lisse et limpide, presque durassienne, car c’est l’enfer qui s’y dissimule, avec son cortège d’égarements et de perversions. Sa devise ? Elle l’emprunte à son maître Kawabata : « Il est plus facile d’entrer dans le monde des démons que dans celui des choses réelles. » Son oeuvre ? Une quinzaine de romans inclassables, qui exhibent les fantasmes de la chair et la perdition des âmes avec une précision hyperréaliste, quasi fétichiste. Sur le théâtre de la cruauté nipponne, Yôko Ogawa met en scène une société sans repères, sans utopies, où le taux de suicide est l’un des plus élevés du monde. Et si elle écrit, c’est pour déposer quelques flocons d’absolu sur cette noirceur morbide qui obstrue tragiquement l’horizon de son époque. « La lumière du silence illumine les mots », dit-elle, comme si l’écriture était une prière balbutiée dans un monde privé de transcendance.

Décrits par une voix monocorde, les personnages de Yôko Ogawa sont toujours saisis au moment où quelque chose se casse en eux. Elle est la calligraphe des fêlures muettes, des brèches physiques et mentales, des dérèglements des sens. Avec cette explication : « Je souhaite révéler à travers mes récits la face cachée de l’homme, la faiblesse et la sauvagerie qui sont en chacun de nous. Je n’ai jamais considéré qu’il existait une morale : le beau et le laid, le bien et le mal, le blanc et le noir ne s’opposent pas, ils se côtoient, s’emmêlent de façon très équivoque. Je m’intéresse à la limite vaine qui est censée les séparer. »

Traduite chez Actes Sud par Rose-Marie Makino-Fayolle, Yôko Ogawa s’est fait connaître en France avec La Piscine, récit d’un enfermement entre les murs d’un orphelinat, et avec Hôtel Iris, un conte cruel où l’on voit une adolescente descendre dans la géhenne sadomasochiste face à un vieillard qui la brutalise et la contraint aux pires déviances sexuelles. Mais autant l’univers de la Japonaise semble détraqué, autant son écriture reste froide et impassible, comme un bloc de glace posé sur un volcan de violences et de folies. Autre obsession, sous la plume de Yôko Ogawa : le monde de la maladie et du handicap, la surdité dans Amours en marge, l’aphasie dans La Mer, la confrontation avec la mort dans Le Musée du silence et dans Une parfaite chambre de malade.

Et avec La Petite Pièce hexagonale, nous replongeons dans cette « inquiétante étrangeté » qui teinte d’effroi tous les récits de Yôko Ogawa : sa narratrice s’accroche à une silhouette fantomatique – une vieille femme rencontrée dans le hall d’une piscine – et elle la suit comme un automate, sans raison, sans but, sans espoir… D’un livre à l’autre, Yôko Ogawa déroute ses lecteurs jusqu’au vertige. En leur offrant sa musique si singulière, une mélodie funeste, obsédante, très japonaise dans sa sobriété meurtrière.

Dernier livre paru Manuscrit zéro (Actes Sud)


Retrouvez toute la littérature japonaise publiée chez Acte Sud : link

Share

Tsugaru Shamisen

En présentant un groupe japonais que j’aime beaucoup, les Yoshida Brothers, j’ai eu envie d’en savoir plus sur le Tsugaru shamisen. C’est quoi au juste? Et quel est la différence avec le shamisen classique? C’est ainsi que j’ai découvert que les autres joueurs de shamisen contemporains que j’apprécie, pratiquent également le tsugaru shamisen.
Je vais donc faire une petite présentation de ce style musical et puis vous parler de quelques uns des artistes connus avec vidéos à l’appui (^_^) J’espère que ça vous intéressera

Le tsugaru shamisen :

Le tsugaru shamisen (津軽三味線) est un style de musique traditionnelle japonaise assez récent. Il peut être joué sur plusieurs types de shamisen qui diffèrent entre eux par la taille de leur manche : le futozao (太棹), le chûzao (中棹) et le hosozao (細棹). Bien que traditionnellement il n’y ai pas eu de préférence entre ces trois types d’instrument dans la pratique du Tsugaru shamisen, aujourd’hui on n’utilise plus que le futozao, instrument avec le plus long manche. Le terme tsugaru shamisen est aujourd’hui communément utilisé pour parler de cet instrument.
shamisen.jpg
Ce style est originaire de la région de Tsugaru, actuelle préfecture de Aomori (青森県), au nord de Honshû, île principale du Japon. Le Tsugaru shamisen est plus rythmé que le shamisen classique, utilisé par exemple dans le théâtre kabuki.
A l’origine, ce style était joué par des mendiant aveugles qui faisait du porte à porte en jouant devant les demeures jusqu’à recevoir un peu d’argent ou de la nourriture. On appelle cette pratique le kadotsuke (門付け). La légende veux que ce style aie été inventé par un mendiant du nom de  Nitaboh (仁太坊), originaire de la ville de Kanagi, dans le région de Tsugaru. Nitaboh, de son vrai nom Akimoto Nitarô, a vécu de 1857 à 1928. Un film d’animation à été réalisé par Akio Nishizawa en 2004, adaptation de la biographie de Nitaboh écrite par Daijo Kazuo.
Voici un magnifique solo tiré du film. Je ne connais pas le nom de l’interprète :

 

Les pièces traditionnelles de tsugaru shamisen sont composé d’une partie fixe et d’une partie variable improvisé par le musicien, ce qui en fait un style propice aux improvisation, laissant une grande liberté d’expression à l’interprète. Aujourd’hui, le tsugaru shamisen est le style de shamisen le plus populaire au Japon.
Parmi des artistes reconnu pour leur talent, on peut citer Takahashi Chikuzan (高橋竹山) (1910-1998). Chikuzan, né Takahashi Sadazô à Kiminato dans la préfecture d’Aomori, devient aveugle à l’âge de 2 ans. Il sera envoyé chez Toda Jûjirô, musicien de Tsugaru shamisen, afin de devenir son apprenti. Avant la guerre il gagne sa vie en pratiquant le kabotsuke (porte à porte musical). Il se fera remarquer après la guerre et accompagnera le chanteur de musique traditionnel Narita Uchiku. Celui-ci lui donnera son nom d’artiste : Chikuzan. A la suite il jouera en solo, notamment dans un lieu appelé « jan-jan » dans le quartier de Shibuya, à Tokyo. Parmi ses disciples les plus connu, une femme ayant prix le nom de Takahashi Chikuzan II interprété encore aujourd’hui son répertoire. Au côté de Takahashi on peut citer d’autres musiciens tel que Kida Rinshôei (木田林松栄) (1911 – 1979), Shirakawa Gunpachirô (川軍八郎) (1909-1962) ou encore Fukushi Masakatsu (福士政勝) (1913 – 1969). Plus récemment des musiciens comme Yamada Chisato (山田千里) (1931 – 2003) ont contribué à la popularité du Tsugaru shamisen au Japon.

 

C’est avec Takahashi Chikuzan que commence le boom du tsugaru shamisen, ouvrant la vois à de nombreux artistes contemporains. Cette nouvelle vague d’artistes mêle allègrement les rythmes traditionnels du Tsugaru shamisen à la musique contemporaine et électroniques, à l’instar des Yoshida Brothers dont j’ai parlé dans un précédent article.


Quelques musiciens contemporains :
Yoshida Brothers
Yoshida-bro.jpg
groupe formé par les frères Ryoichiro et Kenichi. Pour voir leur vidéo et avoir plus d’infos, voir l’article Yoshida Brothers
                                                 —————————————————————-
Hiromitsu Agatsuma
Agatsuma.jpg
Né à Ibaraki en 1973, il commence à étudier le tsugaru shamisen à 6 ans et reçoit son premier prix à l’âge de 14 ans. Depuis il a collaboré avec des artistes internationaux tel que Herbie Hancock, Marcus Miller…
Avec le pianiste Satoru Shionaya il forme le groupe Aga-Shio, fusion entre tsugaru shamisen et jazz.
sa page facebook : link
site officiel (en japonais) : link
sa page Myspace : link
page Myspace du groupe Aga-Shio : link
                                             ————————————————————–
Shinichi Kinoshita:
Shinichi-Kinoshita.jpg
Né dans la préfecture de Wakayama en 1965 de parents musiciens. Il grandi en écoutant le Min’yo, musique traditionnelle japonaise. A l’âge de 10 ans il commence à étudier le shamisen avec son père, lui-même musicien professionnel. Ce n’est que plus tard, qu’il prendra des distances avec l’enseignement de son père pour s’intéresser au Tsugaru shamisen, dont les rythmes plus soutenus l’attirent. Il élaborera son propre style en collaborant avec des musiciens de divers horizons tel que le guitariste jazz Kazumi Watanabe ou le percussionniste wadaiko Eitetsu Hayashi. En 1993 il fonde un groupe de rock, le Kinoshita Group.
    Au taiko c’est Hiroshi Motofuji
                                       ————————————————————-
Keisho Ohno:
keisho-Ohno.jpg
Né dans la préfecture de Niigata, il devient à 6 ans l’apprenti de Takahashi Chikuzei, dissiple direct de Takahashi Chikuzan. Il recevra la reconnaissance de ses maître avant de s’installer à Osaka en 2000. En 2004 il fonde « Keisho Ohno with Tsugaru shamisen Soul », groupe unissant le tsugaru shamisen au synthétiseur, trombone et batterie. Keisho Ohno se produits régulièrement en France avec son groupe.
sa page Facebook : link
sa page Myspace : link
site officiel : link
Share

La catastrophe de Fukushima vue par Shohei Manabe

Shohei Manabe, mangaka connu pour la série Ushijima, a été, comme beaucoup de ses compatriotes, profondément bouleversé par les événement du 11 mars 2011 qui ont touché son pays. Après le séisme, avec d’autres dessinateurs il se rends à Fukushima pour une séance de dédicace et, en dessinant les portrait des enfants réfugiés, il est impressionné par leur regards. C’est ainsi que né l’idée de créer une courte histoire pour rendre hommage aux victimes. Le scénario prends ces sources dans un voyage qu’il effectue à Fukushima, six mois après le séisme, pour se documenter. Alors que les tokyoïtes semblent très préoccupé par la radioactivité dans les aliments, il ressent chez les gens de Fukushima qu’il rencontre une certaine résignation. De ces constats née Même paysage, histoire à la fois émouvante et très réaliste, au graphisme impeccable.
Shohei Manabe s’intéresse ici à « la vie après le 11 mars », pas aux événements tragiques sur lesquels il ne revient pas. C’est avec beaucoup de justesse que Shohei Manabe nous parle du dilemme qui touche de nombreux habitants de la région de Fukushima : rester ou partir. Dans Même paysage on voit Hiroshi, un jeune homme, retourner sur sa terre natale avec sa fille. Hiroshi a quitté son village juste après la catastrophe avec sa femme et sa fille, pour s’installer à Tokyo. Pour la première fois depuis la catastrophe, il revient rendre visite à sa famille restée sur place.
Kana, éditeur de sa série Ushijima, nous offre l’intégralité de cette histoire traduite en français.
Retrouvez également l’interview du mangaka sur le site de Kana : link
Share

Yoshida Brothers

yoshida-brothers.jpg
Yoshida Brothers (吉田兄弟, Yoshida kyōdai) est le nom d’un groupe de musique japonais que j’aime beaucoup. Il se compose des 2 frères Yoshida, l’aîné, Ryoichiro (良一郎), né en 1977 et Kenichi (健一), né en 1979. Ils sont né à Noboribetsu, Hokkaido, dans le nord du Japon.
Dès l’âge de 5 ans il commencent à étudier le shamisen, du style Tsugaru Shamisen. En 1990 il étudient au près du maître Takashi Sasaki. Puis il s’orientent vers les création de musique contemporaine et font leur début en major en 1999. Leur musique est une fusion entre les son traditionnels, la musique et des rythmes modernes.
Yoshida bro
Discographie :
Albums :
2000 – Move et Ibuki
2002 – Soulful
2003 – Frontiers et Yoshida Brtothers
2004 – Yoshida Brothers II
2006 – Yoshida Brothers III
2007 – Hishou
2008 – Best of Yoshida Brothers
2009 – Prism et Another Side of Yoshida Brothers
Sigles :
2002 – Storm
2005 – Rising
Je suis une bien piètre critique musicale (j’y connais rien) alors laissons place à la musique pour vous faire votre propre idée (^_^)
Rising, Kodo et Storm sont leur morceaux les plus apprécié, si j’en crois un petit sondage qu’il ont lancé il y a quelques temps sur leur mur Facebook :
Quelques autre morceaux intéressants :


Ils collaborent avec plusieurs artistes. Moi, j’aime beaucoup la chanson où il accompagnent de leurs shamisens le groupe Monkey Majik : Change

Et pour finir, les Yoshida brothers dans l’album Nightmare Revisited, Walt Disney records, 2008 :



Leur page Facebook : ils postent régulièrementdes vidéos, mais le plus souvent c’est de la publicité. Un peu trop de pub à mon goût, mais bon…
Retrouvez les aussi sur Youtube et Myspace
Share

Le visiteur du sud : un manhwa peu ordinaire

visiteur-du-sud-T2.jpg

Le visiteur du sud – Le journal de Monsieur Oh en Corée du Nord de Oh Yeong Jin publié par  les Éditions Flblb, n’est pas un manhwa comme les autres.

Oh Yeong Jin est technicien du bâtiment d’une entreprise sud coréenne. Un jour son entreprise l’envoie superviser un chantier en Corée du Nord dans le cadre d’un accord de coopération entre les deux gouvernements coréens. Mais Oh Yeong Jin est aussi auteur de bande-dessinée ! A son retour en Corée du Sud, il met en image ses souvenirs du chantier. Cela donne un manhwa au style très caricatural, mettant en scène monsieur Oh en Corée du Nord. Les courts sketch d’une ou deux pages sont regroupé en 2 tomes. Entre les différentes histoires sont insérées quelques infos supplémentaires qui permettent au lecteur de mieux comprendre de quoi il est question. C’est avec beaucoup d’humour que Oh Yeong Jin nous illustre le choc de culture entre les employés du Sud et les ouvriers nord-coréens.

Le dessins est très stylisé. Les personnages ont des visages en forme de demi-lune et les paysages sont simplement esquissé. Les cases sont séparées horizontalement est verticalement par de grossier trait noirs. On est ici dans la caricature pure et dure.

Mon avis :

Je ne peux pas dire que j’ai adoré cet oeuvre, ou que je soit fan du travail de Oh Yeong jin, mais cela tient plus de mes goûts personnels que de la qualité de l’oeuvre. En effet je ne suis pas une adepte des caricatures et j’en lit peu souvent. Néanmoins ce manhwa m’a beaucoup intéressé pour deux raisons. Tout d’abord par son style, très loin du simili-manga au quel l’on réduit souvent, mais à tort, le manhwa. Le visiteur du Sud nous permet de découvrir une autre facette du manhwa coréen peu connue en France. Puis aussi par son contenu, qui bien qu’empreint d’humour, est très instructif quand aux relations des deux Corée et plus encore sur la façon dont les coréens des deux pays se perçoivent les uns les autres.

 VISITEUR2-page13

Pour en savoir plus retrouvé le visiteur du Sud sur le site des Editions Flblb : link

Prix Asie – ACBD (2008)
Share

La colline aux coquelicots

コクリコ坂から (Kokuriko-zaka kara) est le dernier film des Studios Ghibli. Produits par Toshio Suzuki et réalisé par Gorô Miyazaki en 2011. En France, il est sorti en salle le 11 janvier 2012.

    

 Ce film est adapté d’un manga éponyme de de Chizuru Takahashi (dessin) et Tetsurô Sayama (scénario), paru dans le magazine pour jeune fille Nakoyoshi, de Kodansha, en 1980. A l’époque le manga passe inaperçu et le magazine décide d’en interrompre la publication ce qui oblige ses auteurs à bâcler la conclusion. Mais le manga attire l’attention du jeune Gorô Miyazaki, qui le trouve plus intéressant et profond que la plupart des shôjo de l’époque. Le manga attire également l’attention de Hayao Miyazaki, qui déjà à l’époque réfléchi à la façon de l’adapter en film d’animation. Mais ce ne sera que 30 ans plus tard que le projet d’adaptation se concrétisera. Hayao Miyazaki écrit le scénario, assisté de Keiko Niwa (Les contes de Terremer). Puis il confie la réalisation du film à son fils : Gorô Miyazaki. La colline aux coquelicots est le deuxième film de Gorô, qui avait réalisé Les contes de Terremer en 2006. Le chara desing est de Katsuya Kondô (Kiki la petite sorcière) et la musique de Satoshi Takebe, le générique Sayonara no natsu est interprété par Aoi Teshima. Gorô Miyazaki avait déjà collaboré avec la chanteuse sur la BO de Les contes de Terremer.

    coquelicot[1]

Synopsis :

Umi, jeune lycéenne, vit avec sa petite soeur et son petit frère dans la pension tenue par leur grand-mère. Leur mère est à l’étranger pour son travail et leur père à disparu en mer durant la Guerre de Corée. Chaque jour Umi aide sa grand-mère à la pension. Au lycée elle va faire la rencontre de Shun, président du club de journalisme, et Shirô, président du comité des élèves. Avec eux elle découvrira le Quartier latin, vieille bâtisse de style occidental qui abrite le comité des élèves et de nombreux club.

quartier latin

Shun et Shirô se battent pour empêcher la destruction du vieux bâtiment décidé par la direction de l’école. C’est alors que Umi leur propose de faire le grand ménage et de rénover ce vieux bâtiment. Les trois amis, aidé de nombreux élèves, vont tout faire pour sauver le Quartier latin.

Pendant ce temps les sentiments de Umi et Shun évoluent, mais des éléments troublant du passé de Shun pourrait bien séparer les jeunes amoureux.

Bande-annonce :

La BA est accompagné du le générique Sayonara no natsu.

Mon avis :

Je l’ai attendu longtemps, ce film. Il faut dire qu’il y a les sorties nationales et les cinéma de campagne. Habitant une de ces petites villes de campagne je désespérer de voir enfin le film sortir chez nous. Je commençait sérieusement à douter. Mauvaise langue que j’étais ! Le film est arrivé jusqu’à nous, avec un mois et demi de retard sur la sortie nationale. (-_-)’

Je l’avais tellement attendu, ce film, que je commençait à craindre d’être déçue. Mais il n’en a rien été.

J’ai trouvé se film magnifique. La réalisation est superbe, notamment celle des décors qui sont si beaux que les personnages semblent  caricaturisé. Dès les premières minutes j’étais subjuguée par la beauté des paysages. La vue de la colline ou encore le Quartier latin sont particulièrement réussi. Dans chaque scène le décor est très travaillé, riche en détails, se qui renforce le réalisme de l’histoire. Avec Hayao Miyazaki nous étions habitués à un monde très féerique où l’on côtoie les esprits de la forêt et autres yôkai. Ici nous somme dans une histoire ancrée dans la réalité.

Les personnages sont très attachants et l’animation est excellente. Bien meilleure que celle de Arietty le petit monde des chapardeurs.

Côté scénario, tout est très bien orchestré. Souvent j’ai eu la larme à l’oeil, cependant le film ne tombe jamais dans le mélodrame. Les moments drôles et les scènes émouvantes s’entremêlent harmonieusement. Le contexte historique qui sert de cadre à cette adaptation est également très intéressant. Dans une interview, Gorô Miyazaki déclarait être surpris par la sortie du film en France, persuadé que le publique français ne pourrait pleinement apprécier le film car il ne comprendrait pas le contexte historique. Personnellement je ne me suis aucunement sentie perdue. J’ai certes quelques connaissance de l’histoire du Japon, mais mes connaissances sont très sommaires. Je suis sans doute passé à côté de certaines subtilités. Cependant, sans connaître les détails de la Guerre de Corée, on est sensible aux cicatrices qu’elle à laissé. La guerre est, malheureusement, universelle. L’histoire pourrait très bien se passer ailleurs, elle garderais tout son intérêt, du moins à mes yeux. Par ailleurs cela permet aussi au public français de découvrir des facettes moins connues de l’histoire du Japon.

Les scènes de débat au seins du comité des élèves sont aussi très riches. C’est un des moments que j’ai préféré. Cela donne au film une note bien plus engagé qu’aux précédents films du Studio Ghibli.

Pour conclure, je dirais qu’avec ce deuxième long-métrage, Gorô Miyazaki s’affirme comme réalisateur. La relève au sein des Studio Ghibli est assuré. J’ai hâte de découvrir ses prochains films.

 Shirô

Pour en savoir plus :
  • Interview de Gorô Miyazaki dans Animeland n°177
  • Japan Lifestyle HS3
  • Dossier La colline aux coquelicots de Buta connexion : link
Share

Larmes de princesse – Minako Oba

larmes-de-princesse.jpg

Roman de Oba Minako (大庭 みな子)

Titre original : Ôjo no namida (王女の涙)

Publié à Tokyo en 1988

Publié en France aux Éditions du Seuil en 2006

Traduit du japonais par Corinne Atlan.

 

L’auteur : Minako Oba est né en 1930 à Tokyo. Elle étudie la littérature anglaise. Présente sur la scène littéraire japonaise dès 1968, elle représente un certain féminisme japonais et une grande ouverture au monde.

Deux autres de ces romans ont été traduits en français : L’île sans enfants (1995) et La Fleur de l’oubli (2002), également publié aux Éditions du Seuil.

 

Résumé : A la mort de son mari, Keiko revient au Japon, après avoir vécu plus de 20 ans à l’étranger. Revenue pour déposer les cendres de son mari au temple, elle décide de passer quelques mois à Tokyo. Elle choisira de se loger dans une maison traditionnelle au cœur de la ville afin de se sentir vraiment au Japon. Cette maison, accueil une bien étrange communauté, qu’elle observe avec curiosité : la propriétaire, jeune femme célibataire qui vit dans la maison principale avec son vieux père, veuf, ainsi qu’un professeur chinois, un professeur américain et le jeune fils d’une de ses amies d’enfance qui, comme elle, louent des chambres dans les dépendances, et Akira, un jeune adolescent qui traîne toujours dans les parages, fils d’une ancienne résidente. Keiko tentera de comprendre les liens complexes qui unissent toutes ses personnes. Au delà de la trame du roman, ce récit est l’occasion de réflexions sur la complexité de compréhension entre cultures différentes, sur la complexité des relations humaines et des sentiments destructeurs dont ils sont capables.

Mon avis : J’ai beaucoup aimé ce roman, qui se lit très vite. Une fois plongé dans la lecture, on a du mal à s’en extraire. On enchaîne les chapitres sans jamais s’ennuyer, intrigué par l’histoire, riche en personnages très différents les uns des autres, tous vu à travers le regard de l’héroïne, Keiko. Ce qui m’a le plus plu dans ce roman ce sont les réflexions auxquels se livre l’héroïne tout au long du récit. Tout en observant les complexes relations qui relient les différents locataires de la maisons, elle réfléchit aux comportements des êtres humains, mais aussi aux différences culturelles et les difficulté de compréhension. Ayant vécu longtemps à l’étranger, l’héroïne a un pied dans la culture japonaise, dont la récente évolution semble lui échapper, et l’autre dans la culture occidentale, notamment dans la culture américaine, où elle a vécu de longues années. Ce double ancrage culturel lui permet d’avoir du recul et de porter un regard intéressant sur les différences culturelles. L’auteur accorde une attention particulière au langage, à la communication. Les remarques de Keiko, l’héroïne, sur la façon de s’exprimer des japonais sont très intéressantes, surtout quand, comme moi, on tente d’apprendre les rudiments de cette belle langue. A plusieurs reprises elle revient sur la difficulté de communiquer entre japonais, notamment page 72-73 :

Sans qu’elle sût elle-même pourquoi, chaque fois qu’elle avait une conversation avec le professeur Qiû , Keiko parlait d’un ton neutre, comme si elle traduisait, au lieu d’employer ce ton féminin principalement destiné à exprimer des émotions surannées, qu’elle prenait avec Utako par exemple. Et puis, elle avait beau parler japonais avec le professeur chinois, elle ressentait une sorte de facilité, de légèreté à discuter avec lui, qui la faisait penser aux conservations qu’elle pouvait avoir avec les Américains. Peut-être était-ce parce que, partant du principe que chacun ignorait tout de la culture de l’autre, la conversation pouvait se dérouler sans prendre la peine d’échafauder diverses suppositions, comme entre Japonais.

Keiko n’aurais su dire exactement pourquoi, mais ses compatriotes la fatiguaient. Cette obligation toute japonaise de réfléchir en permanence à ce que pensait réellement l’interlocuteur, jointe à l’impossibilité de l’interroger pour avoir des éclaircissements, l’impatientait au plus haut point.

Plus loin elle revient sur cette idée page 164-165:

Cela la fatiguait d’être en compagnie de Japonais, et elle se demandait souvent si elle n’était pas devenue une étrangère elle aussi, à force de vivre ailleurs. En Amérique, elle rêvait avec nostalgie d’un tas de choses de son pays natal mais, à son retour, dès qu’elle avait commencé à y vivre de nouveau, elle s’était vite sentie épuisée.

La cause principale de cette lassitude était la foule qui grouillait partout autour d’elle, ceci ajouté au fait qu’il lui était impossible de savoir ce que ressentaient vraiment les gens avec qui elle était en contact.

La lassitude de Keiko ne vient pas seulement de la façon différente dont on communique au Japon et aux États-Unis mais aussi du fait que ses longues absences du Japon, rendent les évolutions de la société plus frappantes et elle se sent en décalage avec le Japon contemporain comme l’auteur nous le fait remarquer un peu plus loin :

à chacune de ses visites dans son pays natal, Keiko avait l’impression que les choses avaient changé à une vitesse effrayante, mais elle n’avait aucune idée du parcours que suivait cette évolution. Si elle avait été une étrangère – c’est-à-dire si tout lui avait paru intrinsèquement différent d’elle-même -, elle aurait sans doute éprouvé moins d’accablement, mais comme elle ne connaissait ce monde qu’à moitié, elle ne pouvait se débarrasser d’un sentiment de malaise.

Mais les réflexions de Keiko ne se bornent pas au langage et aux différences culturelle. Tout en observant ses voisins elle se remémore également son mari, récemment décédé, et leur vie commune. Elle remet en question la façon dont elle a vécu, s’interroge sur les relations homme-femme, mais aussi mère-enfant. Les observation de Keiko ne sont pas toujours tendre, comme par exemple l’image qu’elle donne des mères (p. 208) :

Il ne faut pas s’approcher d’un mère qui a un enfant en bas âge ; ce sont les plus dangereuses, les plus effrayantes, on ne sait pas de quoi elle sont capables. Une mère, c’est synonyme de stupidité. Si l’on veut voir ce qu’est la stupidité, il suffit de regarder une mère. Mais une fois que l’entourage a compris la vraie nature de cette stupidité, il n’a plus qu’une chose à faire : se retirer, tête baissé. Car la stupidité d’une mère est une chose effrayante. Elle est pareille à celle du corbeau qui s’attaque aux êtres humains, alors qu’il n’est qu’un oiseau.

Par ailleurs, bien qu’écrit en 1988, je trouve que ce roman n’a pas prix une ride. J’ai d’ailleurs été surprise d’apprendre qu’il datait de 1988, je l’aurais cru plus récent. Bien qu’en effet, elle parle de l’évolution rapide du Japon. J’imagine que la société japonaise à bien plus évolué entre les années 60 et les années 80 qu’entre les années 80 et maintenant. Mais pour le reste, le roman reste très actuel et ses réflexions sont toujours intéressantes. Je vous conseille vivement la lecture de ce roman.


Le coin de curieux :

Tout au long du récit les plantes sont énormément présente. Le titre d’ailleurs, « Larmes de princesse » est le nom d’une fleur qui relie Keiko a cette maison, mais aussi à son défunt mari. Par ailleurs le Katsura et l’olivier odorant du Japon reviennent souvent dans le récit. Comme je suis très curieuse je voulais savoir à quoi ressemblaient ces trois plantes dont l’auteur parle tout à long de ce roman.

Je vais partager avec vous mes recherches, je ne suis peut-être pas la seule incorrigible curieuse 

Trouver à quoi ressemble les larmes de princesse n’a pas été chose facile. Merci à MC pour son aide précieuse.

A partir du nom japonais et de la description faite de la plante dans le roman, je dirais que les larmes de princesses sont des Hoya. Probablement l’Hoya carnosa variegata. En français elle portent le nom de Fleur de porcelaine.

fleur-de-larmes-de-princesse.jpg

Autres photos : link, link

Quant aux Oliviers odorants et aux katsura, je vous laisse aller voir les pages wikipédia qui leur correspondent :

   Olivier odorant : link

    Katsura : link

Share

Nagasaki – Eric Faye

Petit roman d’Eric Faye, publié par Stock, Nagasaki (2010) est idéal pour un voyage en train.

Inspiré d’un fait divers rapporté par la presse japonaise en mai 2008, ce roman raconte une bien étrange histoire. Shimura-san, célibataire, 56 ans, éprouve une étrange impression, des choses disparaissent de son frigo, des objets ne sont plus à la place exacte ou il les avait posés. Il vérifie scrupuleusement les niveau de jus de fruit, inspecte le contenu de son frigo chaque soir en rentrant du bureau. Il en est persuadé quelqu’un s’introduit chez lui, pourtant aucun objet de valeur n’as disparu. As-t’on déjà vu un frigo hanté ? Il va alors tendre un piège au voleur de yaourt. Quand la police arrive la porte est fermé, aucune fenêtre n’a été forcé. Est-ce un mauvaise plaisanterie? Par acquis de conscience les agents vont forcer la porte et fouiller la maison, apparemment déserte, c’est dans la dernière pièce qu’il découvrent…

Écrit dans un style très dynamique, avec point de vu subjectif. On vit les événement avec les personnages. Une drôle d’aventure que cette histoire là. Très court, il se lit d’une traite. Pas un chef d’oeuvre, mais un bon petit roman et une histoire originale.

Mise en bouche : voici comment commence le roman :

Il faut imaginer un quinquagénaire déçu de l’être si tôt et si fort, domicilié à la lisière de Nagasaki dans un pavillon d’un faubourg aux rues en chute libre. Et voyez ces serpents d’asphalte mou qui rampent vers le haut des monts, jusqu’à ce que toute cette écume urbaine de tôles, toiles, tuiles et je ne sais quoi encore cesse au pied d’une muraille de bambous désordonnés, de guingois. C’est là que j’habite. Qui ? Sans vouloir exagérer, je ne suis pas grand-chose. Je cultive des habitudes de célibataire qui me servent de garde-fou et me permettent de me dire qu’au fond, je ne démérite pas trop.

Share

Couleur de peau : miel

Je préparais un article sur le manhwa (Et le Manhwa, alors ?) quand, flânant dans les rayons BD jeunesse de notre médiathèque municipale, je suis tombée sur couleur de peau : miel de Jung. Jung, ça sonne coréen, alors j’ai cru tomber sur un manhwa. Je n’avais pas totalement tord, Jung c’est bien un nom coréen. Mais il ne s’agit pas du tout d’un manhwa, c’est une BD belge !! Et oui, Jung est un enfant coréen, adopté par une famille belge. Dessinateur de BD, il décide en 2007 de revenir sur sa propre histoire, celle d’un enfant coréen adopté, dans cette BD autobiographique.
couleur-de-peau-miel-tome-1.jpg

Résumé :

Le petit Jung fouille les poubelles pour trouver de quoi manger, quand un policier le trouve et l’accompagne dans un orphelinat. L’orphelinat de grand’ma Holt. A l’âge de 5 ans il sera adopté par une famille belge qui a déjà 3 enfants. Dans le premier tome il nous raconte l’orphelinat, l’arrivée dans un nouveau pays et sa nouvelle famille, comment le petit coréen deviendra un petit belge. Le tome 2 raconte son adolescence, la recherche d’identité et la souffrance qu’il éprouve d’être un enfant adopté (et donc abandonné par sa mère biologique), jusqu’à l’acceptation de lui-même tel qu’il est, avec sa double identité.
miel02_small.jpg
Jung envisage d’écrire un troisième et dernier tome après son retour en Corée. A la fin du deuxième tome il s’approche de son pays d’origine par un voyage au Japon. Mais il n’a pas pu, à cette occasion, sauter le pas et aller à la rencontre de ces racines. Maintenant il se sent prêt pour cette aventure. Il nous racontera ce voyage dans le dernier tome de la série. Je l’attend avec impatience.
 couleur-de-peau-miel-tome-2.jpg
Ces 2 premiers tomes ont été adapté pour le cinéma. L’adaptation, mélange de prises de vues réelles et d’animation, sortira le 6 juin 2012 en France. Elle est co-réalisé par Jung et Laurent Boileau.Si le titre Approuved for adoption a été provisoirement envisagé par l’auteur, le film sortira finalement sous le titre de Couleur de peuau : miel.

Mon avis :

Mon regard à été attiré vers cette bande-dessiné, tout d’abord par le nom de l’auteur, puisque, comme je l’ai dit, je travaillais sur le manhwa. Mais aussi par la couverture. Le dessin est d’une incroyable douceur, mêlée de malice. Cet enfant couleur miel qui nous regarde avec de petits yeux malicieux tout en tenant cet pancarte avec  nom, numéro et date de naissance m’intriguait. C’est alors que j’ai décidé d’ouvrir l’album et, sur le rabat de la couverture j’ai lu :
Nous devrions remercier grand’ma Holt d’avoir crée des orphelinats, des hôpitaux, de nous avoir trouvé des familles… et pourtant …
Pourtant, à l’heure actuelle, je ne sais toujours pas si je dois la remercier ou la détester.
Nous sommes deux cents milles Coréens adopté à travers le monde.
C’est beaucoup trop.
Ceci a fini par me convaincre, j’ai emprunté le premier volume. Le surlendemain je venais chercher le deuxième tome avec la ferme intention de parler de cette magnifique bande-dessinée.
cdpm.png
Cet histoire m’a interpellée pour 2 raisons, la première, plus superficielle, est que, étant moi-même très intéressée par la culture asiatique j’aime lire tout ce qui peut m’en apprendre davantage sur la culture des différents pays d’extrême orient. La deuxième raison, bien plus profonde, touche ma sensibilité de mère, ma sensibilité d’être humain. Aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours pensé : « le jours où je serais assez grande pour avoir des enfants, j’aimerais en adopter un ». Pourquoi ai-je toujours eu ce désir en moi, encore vivant aujourd’hui ? Je ne sais pas trop. Je me disais sans doute que j’aurais de l’amour à offrir et que tant d’enfants sont abandonnés ou ont perdu leurs parents… Est-ce une vision naïve et enfantine? Toujours est-il que le point de vue de l’enfant adopté que nous offre Jung dans cette bande-dessinée autobiographique m’a beaucoup intéressé. Bien que l’adoption vienne le plus souvent d’un bon sentiment, l’enfant ne le vit pas comme un événement heureux et toute sa vie il continue de se poser des questions sur les raisons qui ont poussé ses parents biologiques à l’abandonner.
La force de cette bande-dessinée est de nous faire réfléchir sur des sujet graves tout en gardant beaucoup d’humour. On y retrouve une fratrie des plus espiègles en laquelle tout et un chacun peut s’identifier. J’y ai trouve beaucoup d’anecdotes qui m’ont rappelée ma propre enfance, malgré le fait que mon enfance et ma famille aient été très différentes de celles de l’auteur.
Par ailleurs j’ai trouvé la réflexion sur le déracinement et la double identité très intéressant. Ce sentiment dépasse les frontière du sujet de l’adoption pour englober d’autres situation telle que la mienne, celle d’un enfant immigré qui doit aussi apprendre une nouvelle langue, une nouvelle culture, se faire une place dans un pays où il est considéré comme un étranger. Le regard des autres, le sentiments d’avoir été déraciné, le fait d’être devenu un étranger dans son pays d’origine… ce sont des sentiments que j’ai également connu. Jung sait parfaitement les mettre en lumière et nous les montrer en toute simplicité.
cdpm2.jpg
Après avoir lu couleur de peau : miel je me suis souvenue d’une anecdote survenue peu de temps après mon arrivée en France, durant ma dernière année de collège. Je m’étais fait une amie. Nous nous retrouvions tous les midi pour manger ensemble. J’aimais beaucoup cette fille. Elle était d’origine asiatique et avait été adopté. Un jour je lui ai demandé « tu es de quel pays? » Ma question l’a choquée. Très vexée elle m’a répondu qu’elle était française et à partir de ce jour un grand froid c’est installé entre nous. Ce jour là, par une simple question j’ai perdu une amie. Je me suis longtemps demandé pourquoi elle s’était fâchée. Moi, en posant cette question, je pensais « tu es comme moi, tu n’est pas d’ici ». Maintenant je me dis qu’en entendant ma question elle a peut-être compris : « tu n’es pas comme moi, tu n’est pas d’ici ».

Quelques mots sur Jung :

Né à Seoul en 1965, puis adopté par une famille belge en 1971. Il étudiera aux Beau Arts de Bruxelle section illustration avant de se lancer dans la bande-dessinée comme dessinateur.
Il collabore en 1991 avec le scénariste Ryelandt Martin pour la série Yasuda, publié chez Hélyode. Toujours avec Ryelandt, il publie en 1997 le premier volume de la série : La fille et le vent chez Delcourt.
En 1999 il commence une nouvelle série avec une nouvelle scénariste, Jee-Yun : Kwaïdan. Ensemble ils publient  Okiya en 2006 puis Kyoteru en 2008, toujours chez Delcourt.
Pour couleur de peau : miel il travaille seul sans scénariste. C’est en 2007 que le premier tome  est publié dans la collection Qadrant de la maison d’édition Soleil, suivit du tome 2 en 2008.
En 2009 il sort un artbook de dessins érotiques : Frôlement.
Bien que le style de ses bande-dessinées soit diffèrent de l’univers de couleur de peau : miel, série sur laquelle il a travaillé seul, on retrouve dans tous ses travaux des thèmes qui lui sont chers : l’Asie, l’abandon, l’identité, le déracinement… comme le fait remarquer lui-même lors d’une interview réalisé en 2009 à l’occasion de la sortie de Frôlement.
BD Boum – Prix Région Centre (2008)
Share

Histoires courtes de Naoki Urasawa

Kana, dans sa collection Sensei, nous offre un recueil de 568 pages regroupant les histoires courtes que Urasawa Naoki (浦沢直樹) a réalisé avant sa première série longue.

Histoires-courtes-urasawa-kana m

 J’ai craqué pour sa couverture ! Ce crocodile est bien trop intrigant pour passer à côté sans le remarquer ! Cela faisait plusieurs fois déjà que je le regardé sans oser me l’offrir, alors quand mon chéri m’a amené dans le rayon manga pour mon anniversaire, je me suis laissée tenter.

Cet album réuni 28 histoires courtes, une préface Karyn Poupée et une interview de Urasawa. Sur les 28 histoires il y en a de plus ou moins réussi, de plus ou moins drôles. Les sujets traités sont très variés, ainsi que le ton, très léger pour certaines histoires (Take), plus grave pour d’autres (Shinjuku Luluby).  Bien que certaines histoires m’aient plues, je
suis assez déçue de l’ensemble. Après avoir lu deux ou trois histoires je me lassais et j’ai mis du temps à tout lire. Ceci dit, je dois garder à l’esprit que, d’un part ce sont ces premiers travaux, normal qu’il tâtonne et que tout ne soit pas de la même qualité, d’autres part ce sont des histoires qui ont été faites pour être lu séparément et non les unes à la suite des autres, leurs univers sont très différents les uns des autres et ne s’enchaînent pas toujours très bien.

Je pense que cet album s’adresse en priorité aux connaisseurs, aux fans de Urasawa. Ce recueil n’a pas grand intérêt en tant que qualité de manga, les histoires sont sympa mais sans plus. Alors qu’il se relève sans doute très intéressant pour les fans de Urasawa, curieux de découvrir ses premiers travaux. Quant à moi, j’ai abordé le manga de Urasawa avec se recueil et je pense que c’est une erreur. On parle de lui comme d’un génie, et je n’ai rien trouvé de génial dans ces histoires courtes. Sans doute aurais-je du commencer par un de ses grands succès…

Quelques mot sur Urasawa Naoki :

Urasawa est né en 1960 à Fushu, dans la préfecture de Tokyo. Depuis son enfance il dessine des manga, mais il n’envisage pas d’en faire son métier et, après le lycée, il étudie l’économie à l’université. Finies ses études, il postule chez Shogakukan pour un poste d’éditeur. Il se rend à l’entretien avec quelques unes de ses planches. On lui conseille de participer à un concours de jeunes auteur. Il suit le conseil et reçois le prix de meilleur jeune mangaka pour son histoire Return (1981).

On retrouve cette histoire courte dans le recueil Histoires courtes de Naoki Urasawa, page 203. Je trouve que c’est une des les plus touchantes du recueil.
Un jeune homme vole pour manger dans une ville appauvrie par une guerre. Il rencontre un robot-soldat ennemi endommagé qui à perdu la mémoire. Ce dernier se prend d’affection pour le jeune garçon et le suit partout.

Suite au prix remporté, il est engagé comme assistant. En 1983 il publie sa première histoire courte dans un supplément de Big Comic dédié à Golgo 13 : Beta !

On retrouve Beta ! dans le recueil sous le titre Trop classique ! Cette histoire m’a laissé un peu perplexe.

En 1986 il commence sa première histoire longue en collaboration avec Kazuya Kudô : Pineapple Army pré-publié jusqu’en 1988 dans Big Comic Original. La série compte 8 volumes au total. Le premier volume de la série a été publié en version française par Glénat. Mais la publication a été stoppé.

Cette même année il commence une nouvelle série : Yawara ! pour Big Comic Spirits, où la série paraîtra durant 7 ans. Elle compte 29 volumes au total, elle a été adapté en anime, film et même jeu vidéo. Grâce au succès de cette série il publira 2 one-shot : Dancing policeman ( 1987) et N.A.S.A. (1988) dont les chapitres avaient été pré-publié dans Big Comic en 1984.

On retrouve Dancing Policeman dans le recueil Histoires courtes en 7 chapitres, de Take : 1 – singing policeman (p.21) à Take : 7 swimmxing Policeman (p.153).  Urasawa y met en scène un jeune policier plus intéressé par les jolies filles et son groupe de rock que par son travail. C’est amusant et très léger. On retrouve dans le recueil également N.A.S.A. divisé en 2 parties , partie 1 page 315 et partie 2 page 337. Dans cette histoire on fait la rencontre d’un étrange retraité qui qui rêve de faire un voyage dans l’espace. Il entreprend de construire avec ses compagnons une navette spatiale privée.

De 1988 à 1994 il publie également dans Big Comic Original la série Master Keaton. Cette série fera au final 18 volumes. En 1998 elle a été adapté en anime de 39 épisodes. La VF de l’anime est disponible chez IDP Home video, collection Taïfu Video.

Pressé par ses éditeurs de faire une série sur le sport, il commence en 1993 Happy !. Cette série sera pré-publié dans Big Comic Spirits jusqu’en 1999. 23 volumes seront publié au total au Japon. La version française est en cours chez Panini Manga, 10 tomes sont déjà disponibles.

Parallèlement il publie dans Big Comic Original la série Monster (1994 – 2002). Cette série qui compte 18 volumes en tout remportera de nombreux prix dont un en France au Festival d’Angoulême en 2003. La version française est publié chez Kana. En 2004 la série a été adapté en anime (VF dispo chez Kaze).

C’est en 1999 qu’il commence son plus grand succès : 20th Century Boys (22 tomes) suivi de 21th Century Boys (2 tomes). Il recevra le prix de meilleure série au Festival d’Angoulême en 2004. La version française du manga est publié chez Panini Manga. La série a été adapté en film live par Tsutsumi Yukihiko en 2008.

Urasawa, grand fan de Ozamu Tezuka se lance dans l’adaptation d’une aventure de Astro boy : Pluto, série qui sera pré-publié dans Big Comic Original de 2000 à 2009 et compte 8 tomes au total. La version française de Pluto est publié par Kana.

Depuis 2008 il travaille sur la série Billy Bat pour la maison éditrice Kodansha. La série est pré-publié dans Mornig magazine. Aujourd’hui, la série, toujours en cours, compte déjà 8 tomes. La version française sera proposé par Pika, le tome 1 sortira en mars 2012.

Urasawa a toujours dessiné pour un public adulte, il n’a jamais fait de shônen. Ceci dit, le classement des manga par âge et sexe qui est très directif au Japon, est plutôt récent, tel n’était pas le cas dans les années 60-70. Lui même a grandi en lisant des manga destiné à un public plus adulte alors qu’il était encore écolier, c’est ce type de manga qui l’ont le plus marqué, c’est dans ce sens qu’il travaille comme il nous le dit dans l’interview que l’on trouve à la fin de Histoires courtes.

Me voilà bien instruite sur sa bio maintenant ! Dès que possible, je m’attaquerais à Monster. Suite au prochain rendez-vous (^_^)

Share

blog d'une dyslexique amoureuse des livres