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Trois langues dans ma bouche

Trois langues dans sa bouche, six dans la mienne. Il n’en fallait pas plus pour que j’ai envie de lire ce roman, le premier de Frédéric Aribit que j’ai lu grâce à la dernière Masse Critique (j’en profite pour remercier Babelio et Belfond, l’éditeur).

Trois langues dans ma bouche il n’en a pas fallu plus pour les sourires entendu du contrôleur lisant le titre du livre posé sur la tablette pendant que je fouille mon sac à la recherche de mon titre de transport. Trois langues dans ma bouche suis-je donc si naïve que pas un seul instant le titre n’a évoqué en moi ces images qui ont fait sourire le contrôleur ?

Les langues de Frédérique Aribit sont le basque, langue maternelle « morte dans sa bouche et recrachée ». Puis il y a le français. Langue adroitement utilisée, avec laquelle l’auteur joue à m’en faire perdre mon latin !

Trois langues dans ma bouche fiction, autofiction, vécu ? Je ne sais pas mais chaque mot sonne vrai. Je me suis identifié à ce « je » qui nous parle. Qui vagabonde plus qu’il ne raconte. Je m’identifie car certains points communs nous rapprochent : l’enfance à la campagne, les langues qui se croisent et décroisent, se marient et finalement se séparent… Le deuil aussi, peut-être. Pas seulement le deuil des gens aimés qui nous quittent, mais celui de la perte de cette langue primitive qui a vu naître nos premiers mots et qui nous quitte. Les point communs que je partage avec « je » sont pourtant aussi nombreux que nos différences.

Dans le flot de paroles déversées chapitre après chapitre dans un foutoirs qui passe du coq à l’âne, du basque au français, de l’enfance au présent j’ai parfois cru perdre le fil. Pourtant il y en a un de fil ! Et il nous tiens, me tient. Je l’ai suivi, exploré souvenir après souvenir, idée après idées, la conscience et peut-être même l’inconscience de « je ». Que la suite d’idée ne soit pas logique importe peu, est-ce que notre pensée suit toujours le chemin de la logique ? Ne se perd-t-elle pas dans les recoin de notre cerveau, dans la forêt de nos souvenirs ?

C’est peut-être en cela que je me suis reconnue : un bouillonnement d’idées et de souvenir qui émergent sans crier gare dans l’océan de notre conscience.

Le style très particulier, pas toujours facile à suivre, renforce ce sentiment de plongée abyssale dans la pensée du protagoniste. Les phrases sont très longues et les points sont presque inexistants. On plonge, on retiens son souffle, on s’enfonce, on peut plus respirer, arriverons nous au bout, ça y est on est perdu et… ouf ! J’ai compris. J’ai compris ? Pas sûr, mais j’ai ressenti.

Un style étrange auquel je ne suis pas habituée qui m’a parfois troublé, parfois perdu, mais qui finalement m’a séduite. Je ressors de cette lecture ravie. Je fini à peine le roman. Il va va maintenant falloir le digérer. Et j’ai le sentiment qu’il m’en restera quelque chose, pas seulement le souvenir une bonne lecture.

 Mais si je dois être tout à fait honnête, à la lecture de ce roman j’ai éprouvé du plaisir, de l’intérêt mais aussi de la jalousie ! Aribit semble trop érudit pour moi. Les nombreuses références je ne les ai pas toutes comprises. Et les mots savant qui parsèment le texte, je ne les ai pas mieux compris que les citations en basque ! Pourtant je n’ai pas eu le sentiment (comme ça m’arrive souvent quand je lis des auteurs français) qu’il étale son savoir. Cela à plutôt éveillé ma curiosité.

Là il est temps que j’arrête mes bavardages pour laisser parler le texte de lui même. J’ai choisit un extrait que je trouve très représentatif du style :

Les matraques se mirent à pleuvoir sur les cheveux long, brun, blond ou blanc, averse de cailloux réglementaires sur crânes nus, belle bastonnade bleue, et ça cognait de tous côté alors qu’on ouvrait les portes pour faire dégager tout le monde, Erik m’avait attrapé le bras tandis que j’essayais de me protéger la tête devant les premiers flics qui approchaient, leur bâtons luisants à la main, il m’entraîna vers la sortie en esquivant les coup qui pleuvaient, haie d’honneur barbare, de part et d’autre de la double porte, mais j’eus le temps de voir cette femme, elle était coincée entre l’un des battants de la porte ouverte et le mur, sans doute elle avait cherché la sortie et deux flics l’avaient stoppée net dans cet étroit corridor, quel âge avait-elle je ne sais pas, plus vieille qu’Amitxi en tout cas, oui, était-ce la grand-mère de Pantoxoa, son visage ruisselait de sang sous les coups des deux représentants des forces de l’ordre casqué, bottés, gantés de cuir, qui n’avaient pas de grand-mère, n’en avaient jamais eu, n’en auraient plus jamais, et elle qui hurlait pleurait se débattait devant leur équipements, leurs heures d’entraînement, leur fière soldatesque indifférente et tous camps confondus qui avait déjà emmuré Antigone et allait bientôt violer Nawal Marwan, le sang coulait entre ses yeux et sa bouche, les coups n’en finissaient pas de tomber dans la cohue ahurie, ils visaient maintenant le bas-ventre, frappant consciencieusement, de haut en bas, de bas en haut, comme sur les schémas du manuel, comme sur les mannequins en plastique du stage de perfectionnement, de bas en haut, de haut en bas, et de toute la force légale de leurs bras d’hommes légaux au beau milieu des cris et du tumulte, mais Erik me poussa une dernière fois et enfin je.


Le coin des curieux :

Ah ! ça fessait un moment que je n’avais pas pris le temps de m’offrir un petit coin pour les curieux de mon espèce. Dans le livre il y a tant de choses qui mériterais de figurer ici. Tant de mots, tant de références… Je me contenterais de partager quelques basqueries découvertes grâce à cette lecture.

Txalaparta

Ce qui suivent ce blog connaissent mon goût pour la musique du monde, alors quand il a été question d’un instrument de musique basque j’ai tout de suite eu envie de savoir à quoi ressemble cet instrument.

La txalaparta est une sorte de xylophone en bois qui se joue à deux en tapant sur les planches de bois avec des sortes de pilons.

J’ai cherché quelques vidéo et je suis tombé sur un duo assez bleffant. J’ai visionné bien d’autres vidéo où le résultat final relevait bien plus de la cacophonie que de la musique mais ici j’aime beaucoup !

Bertsulari

Pour savoir ce que c’est, je vous laisse regarder cette vidéo qui explique plutôt bien 🙂

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