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Le théâtre japonais ~by Yomu-chan

Ses origines :

Comme en Europe, le théâtre japonais tire ses origines dans le culte religieux, d’abord composé de danses et de chants en l’honneur des divinités. On note plusieurs sources, d’abord autochtones avec le culte shintoïste, puis importée du continent asiatique, plus précisément de Chine et de Corée, avec le culte bouddhique qui fait sont apparition.

Puis nous observons jusqu’au XIV° siècle, un processus presque similaire à celui qui fait l’évolution du théâtre antique grec; en effet, ce qui n’est pas encore tout à fait du théâtre perd peu à peu sa connotation religieuse pour devenir un outils d’esthétique, de raffinement, et surtout de divertissement. (ici l’évolution se distingue de la Grèce car le théâtre ne devient pas un outils socio-politique comme l’étaient les dionysies).Théâtre japonais fête traditionnelle

Quand le théâtre devient du théâtre :

C’est donc au XIV° siècle que le théâtre prend pleinement sa forme et s’intègre comme tel au folklore japonais. Peu à peu l’art s’affine et des troupes professionnelles commencent à voir le jour, on distingue alors trois types de théâtre classique :

 : Le premier genre théâtrale à faire son apparition. Il conserve une dimension quelque peu religieuse dans le sens où il sera jouer pendant longtemps dans des temples ou à l’occasion de festivités shintoïstes. Et il met parfois en scène l’histoire d’une divinité.

On parle, avec le théâtre , de drame lyrique. En effet c’est un théâtre très codifié où le texte en vers est scandé d’une façon très particulière. De plus le rythme occupe une place très importante dans la pièce ; on note la présence d’un chœur et de musiciens (surtout des percussionnistes). Cette forme, presque chantée, très poétique, s’allie à une gestuelle très marquée, avec de la danse et des temps de pause très caractéristiques, les miiye.

Il s’agit d’un théâtre très aristocratique, destiné principalement aux Shogun et aux samouraï. Cela explique la somptuosité des costumes. Les acteurs portent tous des kimono très raffinés et des masques spécifiques en fonction du rôle qu’ils jouent (on note 138 masques différents).

Vous pouvez lire ici, ici et ici les trois article dans les quels Tenger approfondit ses recherches sur le Nô 🙂

théâtre nô

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Kabuki : Théâtre qui devient plus populaire faisant son apparition au XVII°. En effet, il tire ses origines dans un théâtre féminin, plus particulièrement joué par des prostitués, mettant en scène des histoires sexuellement suggestives. Ce théâtre est vite restreint pour atteinte aux bonnes mœurs (en 1629 avec la restriction des prostitués à des quartiers réservé) et les femmes sont interdites de jeu. Les hommes prennent le relais, ils doivent alors se travestir pour incarner les rôles de femmes. (pour la petite anecdote : les jeunes hommes se verrons eux aussi interdis de jeu, puisque le caractère sexuel persiste et que les représentation se finissaient souvent en bagarre pour déterminer qui aurait le droit aux faveurs des jeunes acteurs dont la mise en scène mettait le physique en valeur. Ne sont autorisé à jouer plus que les hommes d’âge mûr).

On distingue deux type de Kabuki. Le Aragoto met en scène des personnages dotés de facultés exceptionnelles et des trames axée sur l’action , avec un jeu plus appuyés dans la prononciation et la gestuelle. Le Wagoto, lui, met en scène des romances tragiques et développe un jeu plus réaliste.

Au Kabuki, les acteurs sont maquillés de façon très stylisée (et non pas maqués comme dans le ), ils portent des costumes assez riches (qu’ils superposent parfois, car il arrive qu’ils doivent en changer sur scène), et on note, une fois encore, la présence de chœurs, d’un rythme assez marqué, d’un texte chanté, et d’une gestuelle très chorégraphiée. Le Kabuki se distingue par ses nombreuses installations techniques.

Nishizaki Sakurako and Bando Kotji in "Yoshino Mountain"
Nishizaki Sakurako and Bando Kotji in « Yoshino Mountain »

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Bunraku : Le Bunraku voit lui aussi le jour au XVII° siècle. Il s’agit en fait d’un théâtre de marionnettes. Une de ses particularités réside dans le fait que les marionnettistes sont à vu et qu’ils sont plusieurs pour manipuler un même personnages. Pour ce faire ils s’organisent d’une manière bien particulière, la partie contrôlé est définit par l’expérience du marionnettiste. Ainsi, le plus expérimenté manipule la tête et le bras droit, le second le bras gauche et le plus novice les pieds. L’autre aspect propre au Bunraku c’est le fait que les voix de tout les personnages et la narration sont incarnées par un seul et même acteur. Comme dans les styles précédant le Bunraku est accompagné par de la musique.

bunraku

Le Rakugo :

Mais aujourd’hui, c’est sur un aspect un peu méconnu du théâtre japonais que je veux attirer votre attention. Le Rakugo.

Il s’agit en fait de spectacles comiques, où un seul « conteur » se trouve sur scène. Ce dernier porte toujours un kimono léger et une veste qu’il pourra ôter au cours de son spectacle et est assis en position traditionnelle seiza (à genoux, comme dans les arts martiaux) sur un coussin carré et n’a pour accessoire qu’un éventail en papier et parfois un tenugui (un fin mouchoire de coton). Le voilà dans les conditions propre au Rakugo. Il doit maintenant raconter une histoire comique qui comportera très peu de narration, et le conteur doit incarner à lui seul tout les personnages de son histoire, et ce en restant assis.

C’est un art très subtile qui nécessite un grand travail sur le regard. En orientant son visage de tel ou tel côté le conteur pourra figurer ses personnages dans l’espace.

Ce qui est impressionnant aussi dans une performance de Rakugo c’est la diversité du jeu d’acteur. En effet un rakugoka doit être capable d’interpréter une palette incroyable de personnages, et de façon très nette pour que le public ne perde pas le fil.

Je trouve cette pratique théâtrale tout à fait extraordinaire. Elle demande un investissement fou, et une énergie débordante. Effectivement, le comédien étant assis tout au long de son passage sur scène doit être en permanence à 100% de concentration et à 100% d’implication pour que le rythme tienne et que l’aspect comique fonctionne, cela implique que les spectateurs suivent la prestation du début à la fin, l’ennuie est fatal pour une performance de ce type.

Le travail monstre sur le regard et le jeu de mime qui résulte de cet art est tout aussi impressionnant. D’abord je trouve que c’est un exercice très intéressant que de devoir créer un espace à partir de la position de tête des différents personnages. En effet, il faut que les différentes positions soit suffisamment marquées pour que la distinction des personnages se fasse sans un effort de compréhension trop important de la part du spectateur, mais il ne faut pas non plus que le comédien passe son temps à tourner la tête à droite, pis à gauche, et encore à droite, sinon le public va avoir le tournis. Il s’agit alors de mettre au point un enchaînement subtile mais efficace.

Plus haut, je parlais aussi de mime. Effectivement, le conteur est assis mais certaines situation dramatiques supposent du mouvement ou de l’action, mais, comme précisé précédemment, les seuls accessoires sont un coussin, un éventail et une serviette en coton. S’engage alors pour l’acteur un travail de mime avec ces objets incongrus qui vont devoir figurer un bol de soupe par exemple, une pipe une autre fois, et un fusils la fois d’après. Il s’agit donc d’énormément travailler au quotidien en observant attentivement la façon dont les mains saisissent un objet, dont le buste se positionne pour faire tel ou tel mouvement. C’est un art très conventionné mais très pointilleux qui doit viser un certain réalisme (bien que le surjeu occupe une place évidente dans ce genre de pratique) afin de permettre une identification entre les spectateurs et les personnages de l’histoire.

Mais moi ce qui m’épate le plus c’est cette capacité folle à pouvoir incarner une multitude de personnages très différents (femme / homme, enfant/vieux, extravertis/timide) en si peu de temps et de façon percutante, afin que chacun des protagonistes ait son impact sur le public.

Encore une fois, on ne peut nier l’immense travail d’observation qui se cache derrière un tel talent. Il faut avoir passé des heures à observer comment les gens fonctionne, leur mimiques, leur tics de langages, leurs réactions, pour être capable, sur scène, d’offrir des personnages riches, entier, réalistes et drôles !

Je n’ai jamais pratiqué ce genre de théâtre mais il m’intéresse beaucoup. Je trouve que chacun des aspect soulevé plus haut a son importance capitale dans le travail d’un acteur, qu’il soit rakugoka ou pas. Je pense donc que toutes les formations de comédiens devraient un jour proposer un stage de Rakugo !

rakugo

J’ai découvert le Rakugo à travers un manga dont le titre français est Le disciple de Doraku. C’est une œuvre de Akira Oze qui a vu le jour au Japon en 2010.

On y raconte l’histoire de Shouta, jeune enseignant de 26 ans, qui découvre le Rakugo avec une prestation du maître Doraku. Et c’est une révélation pour le jeune homme qui décide de tout mettre en œuvre pour que le vieux rakugoka le prenne comme disciple et fasse de Shota un vrai conteur.

J’ai appris avec ce manga, l’existence et le fonctionnement du Rakugo. On apprend qu’il s’agit d’un milieu très hiérarchisé. En effet l’apprentissage prend beaucoup du temps, durant le quel il va falloir gravir les échelons de l’art avant d’être considéré comme un véritable rakugoka, et cette hiérarchie joue beaucoup dans les relations entre les différents protagonistes. On reconnaît ici la rigueur japonaise malgré que l’on soit au XXI° siècle !

C’est une lecture très agréable qui allie la quête de vie, d’identité à l’immersion dans un univers artistique très particulier. J’ai hâte de découvrir la suite de ce manga qui m’a propulsé sur les chemins du Rakugo et ses aléas.

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Après avoir finit la lecture de ce premier tome et avoir décidé de commencer quelques petites recherches sur le Rakugo avec en tête l’idée d’en parler ici, je suis tombée par hasard sur un article qui parlait d’un nouvel anime (adaptation en dessin-animé d’un manga ou d’un light-novel) dont le titre est Shouwa Genroku Rakugo Shinjuu (traduit en français par Le Rakugo ou la vie). Tout de suite je me jette dessus et je regarde les 6 premiers épisodes. (et j’attends la suite!)

De nos jours, Yotarou sort de prison et la première chose qu’il fait alors c’est de se rendre à la sortie d’une représentation du célèbre Rakugoka Yakumo . Celui-ci accepte de le prendre comme disciple et l’étrange apprentissage de Yotarou commence. Seulement il peine à trouver son propre style et ne fait que singer les autres rakugoka qu’il admire. Après quelques déboires le maître Yakumo entreprend de nous raconter, à nous et à son disciple, son propre apprentissage du Rakugo. Nous voilà alors propulsé bien des années en arrière, dans les années 30 à peu près. On découvre alors ce qu’étais cet univers du Rakugo à cette époque, une nouvelle approche très très intéressante. On voit comment l’art à subsisté pendant la guerre et comment de jeunes hommes aux idées fraîches ont dut se battre pour vivre de leur art.

Il s’agit d’un anime Starchil Records et DAX production, adapté du manga du même titre écrit par Kumota Haruko. C’est une œuvre très sensible aux dimensions historique et lyrique que j’apprécie beaucoup.

Le chara-design y est pour quelque chose avec ses traits d’une grande finesse et plein de poésie mais ce ne sont pas les même dessins que ceux de Kumota Haruko, dont j’aimerais bien découvrir l’œuvre, mais je crois qu’aucun éditeur français n’a encore acheté la licence.

J’adore cet opening !!

Et voilà, mon parcours rakugotesque s’arrête là pour le moment, mais j’ai pour projet de m’enfoncer dans cet univers un peu plus profondément , d’abord en finissant le visionnage de Shouwa Genroku Rakugo Shinjuu et la lecture du Disciple de Doraku, et puis en essayant d’assister pour de vrai à une prestation un de ces jours !

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Wisteria Maiden

Comme chaque année, quand la saison des glycines arrive, mon cœur s’émeut. J’aime la glycine, ses grappes mauves et son parfum délicat… Et, à chaque fois que je la contemples, je pense à cette dance kabuki qui porte leur nom.

Chaque année, au printemps, je repense à Tamasaburo Bando et sa performance dans Fuji Musume (藤娘), traduit en anglais par Wisteria Maiden. Cette année j’ai décidé de partager avec vous cette danse kabuki que j’affectionne particulièrement.

 Fuji Musume fait partie d’un Gohenge Buyo (pièce composé de 5 différentes danses interprété par le même acteur) nommé Kaesu Gaesu Onagori Otsue. Elle fut interprété pour la première fois en 1826.

Seki Sanjûrô II interpretant Fuji Musume – estampe de Utagawa Kunisada I (1826)

Dans la vidéo ci-dessus, Fuji Musume est interprété par Tamasaburo Bando, un célèbre onnagata, né en 1950, qui en 2012 reçoit le titre de « trésor national vivant« .

Les onnagata ou oyama (女形) sont des acteurs masculin spécialisé dans les rôle de femmes. Au XVII siècle une loi interdit au femme de monter sur scène. Mesure qui avait été prise pour combattre la prostitution qui gravitait autour du théâtre. Afin de contourner cette interdiction, certains acteurs ses spécialisèrent alors dans les rôles féminins : les onnagata. Les problèmes de prostitution ne furent guère réglé mais ainsi naquit l’art de sublimer la femme. Fréquent dans le théâtre kabuki, les onnagata existent également dans le théâtre Nô ou Kyôgen.

source : « Fuji Musume » or « Wisteria Maiden » shown in flight

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