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Le music-hall des espions – Bruno Birolli

J’avais aimé le livre historique de Bruno Birolli Ishiwara, l’homme qui déclencha la guerre, qui se lit comme un roman. J’étais impatiente de découvrir son premier roman.

Couverture La suite de Shanghai, tome 1 : Le music-hall des espions

On entre dans le vif du sujet dès les premières pages avec la découverte de cadavres bien puants. Nous sommes à Shanghai, dans les années 30. Autour du charnier, des officiers français, un homme des renseignements britanniques, un officier chinois et ses hommes. Mais qui sont donc ces cadavres. Qui est l’homme qui pleure ?

Marche arrière toute. On se retrouve en France. René est envoyé en Chine comme sous-officier par son oncle influent qui ne sait trop quoi faire du jeune homme dont il a la charge. Un neveu encombrant, une concession lointaine. Voici René embarqué pour une aventure à laquelle il ne s’attend pas. Pas mécontent de quitter la France (et surtout son oncle), René débarque à Shanghai où il travaillera aux renseignements avec Fiorini, son supérieur. Fiorini est un officier taciturne, de peu de mots. Mais il saura gagner la confiance et la fidélité de son sous-officier fraîchement débarqué.

Avec René, on découvre la vie de Shanghai, partagée entre ses concessions étrangères et ses quartiers chinois. L’ambiance est des plus tendues : homme d’affaires peu scrupuleux, taxi-girls, étrangers en mal d’aventure, autorités fidèles à Tchang Kaï-chek, espions communistes et japonais prêt à faire tout péter, on marche sur le fil du rasoir.

C’est au détour d’un incident peu commun, une attaque qui n’a rien d’un simple braquage que Fiorini, accompagné par René, se lance sur les traces d’espions communistes. Un jeu de chat et de souris, de pouvoir et de manipulation, du quel personne ressortira vraiment indemne, est en train de se jouer.

Ce que j’ai aimé dans ce roman ce n’est pas finalement tant l’intrigue policière que laissait entrapercevoir la découverte des cadavres par laquelle le roman s’ouvre. Ce qui est vraiment intéressant de ce livre, c’est de découvrir la ville de Shanghai avant que la guerre n’y éclate. C’est à travers le vécu de René qu’on découvre la ville, ces différents quartiers, sa dynamique, la façon dont les diverses concessions et les quartiers chinois interagissent. Bruno Birolli a su la rendre très vivante. Il y a profusion de détails, on a vraiment l’impression d’arpenter ses rues.

Les personnages, nombreux, sont tous attachants. Même les plus terribles d’entre eux ont quelque chose de profondément humain qui nous les rends familiers. On ne peut détester personne. Il n’y a ni de bon, ni de méchants. Il y a des camps adverses, il y a la guerre, il y a les valeurs que chacun veut défendre. Des chemins contraires qui mènent à la confrontation, inévitable, acceptée tel une fatalité.

Un beau livre, qui se lit avec plaisir et qui nous fait découvrir un pan de l’histoire chinoise sans en avoir l’air.

Merci aux éditions Tohu Bohu et à Bruno Birolli pour cette lecture.


Le coin des curieux :

Je ne pouvais pas présenter ce livre sans proposer un coin des curieux ! Mais j’ai découvert, avec plaisir, que Bruno Birolli avait déjà bien préparé le travail avec la page facebook du roman où l’on trouve énormément de photos d’archives ayant servi à l’élaboration du roman. On y trouve même quelques musiques 🙂 Je vous invite vraiment à y faire un tour.

Que dire de plus après avoir feuilleté les albums photos ?

Je me contenterais de proposer deux autres lectures dans un genre bien différent pour découvrir sous un autre angle le Shanghai des années 30 :

La balade de Yaya nous amène à Shanghai en 1937 alors que la guerre opposant les chinois au japonais a éclaté. Yaya, une petite bourgeoise, se retrouve perdue dans les rues de la ville à feu et à sang. Elle y rencontrera Tuduo, un gamin des rues. Ensemble, ils vont fuir et tenter de survivre.

Une très jolie bd jeunesse dont je vous ai déjà parlé ici. Si le dessin tout en rondeur fait vraiment penser à une bd pour enfant, le propos y est parfois très dur, à ne pas mettre entre des mains trop jeunes. Mimiko l’aime beaucoup et y revient régulièrement

L’ombre de Shanghai, encore une bd jeunesse. Toujours aux édition Fei, comme la balade de Yaya. C’est ici une jeune chinoise, prise sous l’aile d’une riche famille de colons français qui est au centre de l’intrigue. Nous sommes toujours à Shanghai dans les années 30, mais les jeunes gens qui fréquentes le lycée de la concession française semblent bien plus inquiets par leur peines amoureuses que par la guerre imminente. Une histoire fantastique et non une aventure historique, mais de belles planches où l’on peut observer les rues du Shanghai des années 30.

Je vous ai déjà parlé des premiers tomes de cette série ici.

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L’ombre de Shanghai

  

Shanghai, années 30. La ville prospère et les concessions étrangères y sont nombreuses. Lila, une petite chinoise élevée par Feng, vit dans le quartier français chez les Cartier, une famille de commerçant qui a recueilli Feng et sa fille quand celle-ci n’était encore qu’un bébé. Les Cartier ont un fils, Gaspard, du même âge que Lila. Ils ont grandi ensemble mais Gaspard, en raison d’une maladie, a du regagner la France où il a passé plusieurs années. Il a 16 ans quand, enfin guéri, ses parents le font revenir à Shanghai. Gaspard n’est que rancune et haine pour Lila qui a grandi auprès de ses parents comme une fille alors que lui, leur véritable fils, était au loin. Égoïste, capricieux, Gaspard manque vraiment de maturité et de discernement. Des les premiers échanges sur le quai du port il succombe au charme de la malicieuse Clara et n’a pas un regard pour le petite Lila qui depuis tout ce temps attendait son retour. Alors que Mme Cartier fait pression pour que Lila soit admise dans le lycée français, Gaspard n’est que mépris, le lycée français ce n’est pas une place pour une chinoise ! Ce mépris n’empêche pas Lila d’aimer Garspard et de pleurer. Parce que Lila pleure beaucoup. Jeune fille très intelligente (enfin c’est ce que disent ses professeurs) elle est frêle et fragile, toujours soumise. Enfin, ce n’est qu’une facette de ce qu’elle est ! Car en réalité une autre facette se cache dans cette jeune fille extraordinaire. Une facette que nous ne découvrirons que dans le tome deux et qui donne son nom à la série.

L’ambiance :

L’histoire se déroule dans le Shanghai des années 30. Un ville cosmopolite et pleine de vie. Comptoirs de commerce étrangers, triades obscures, vie culturelle fleurissante… Une ville riche et intéressante a été prise pour décor dans cette histoire.

Chaque tome commence par une petite introduction écrite qui plante un peu mieux le décors, nous explique ce qu’était la ville à l’époque. Si c’est introductions sont très intéressantes et permettent de mieux replacer le récit dans un contexte historique précis, on peut regretter qu’on nous dise plus qu’on ne nous montre. Les divers tomes, assez court et rapides, ne montrent pas beaucoup la vie dans le Shanghai des années 30 et se concentre presque exclusivement sur le personnages principaux.

Les personnages

L’histoire s’axe sur Lila, jeune chinoise recueillie par Feng puis par les Cartier. Elle est plutôt réservée et discrète, très bonne élève et fille sage. Elle est en admiration pour Gaspard qui, si dans leur enfance était comme un frère pour la petite Lila, est devenu, depuis son retour a Shanghai, un garçon méprisant et hautain. Très effacé et soumise dans le premier tome, Lila cache une facette dangereuse : l’ombre de Shanghai. Une étrange force prends possession d’elle quand la colère et la frustration lui monte à la tête. Elle n’est plus capable de rester la gentille fille soumise qu’on attends qu’elle soit et devient une créature inquiétante. Encore incapable de maîtriser cette force Lila n’est reste pas moins bonne et juste. Elle vient au secours de « son » Gaspard qui, soyons franc, ne le mérite pas.

Gaspard est le deuxième personnage le plus important de l’histoire. Franchement antipathique dans le premier tome, on comprends bien vite que tout cela n’est qu’une façade. Il en veut à ses parents de s’être séparé de lui (malgré leur très bonne raison), il en veut à Lila d’avoir pu profiter de l’affection de ses parents à lui et tente de se faire accepter par ses nouveaux camarades de classe, notamment de la belle Clara, quitte à se montrer méprisant avec son amie d’enfance. En somme Gaspard est un adolescent on ne peut plus banal, égocentrique et imbu de sa personne, qui en veut à la terre entière. Mais au fond est-il si méchant ? Au troisième tome, Gaspard prends seul contre tous le parti de l’ombre de Shanghai, cette étrange créature qui lui a sauvé la vie. Mais là encore le personnage manque de maturité et de profondeur.

Clara, camarade de classe de Lila et Gaspard est l’inévitable pétasse peste. Il y a toujours une jeune fille plus belle que les autres, méchante et méprisante envers l’héroïne moins sexy, autours de laquelle tous les garçons rodent et qui tente de chiper le copain de l’héroïne. ben voilà Clara est là. Personnage typique, antipathique et pas très intéressant servant de déclencheur pour la transformation de la gentille Lila. Jeune fille riche et gâté, elle n’a pas grand chose pour elle si ce n’est sa beauté. Le fait que Gaspard en pince pour elle ne fait qu’accroître le côté immature du jeune homme.

Dino, pendant masculin de Clara. S’il faut une peste il faut aussi l’amoureux transit de la peste près à toutes les bassesses pour écarter ses rivaux et s’en prendre au héros. Tout comme Clara ce personnage est très stéréotypé et ne présente pas grand intérêt.

Les Cartier sont eux plus charmant. Très progressistes, ils semblent en avance sur leur temps et tentes d’inculquer autour d’eux des valeur nobles comme l’égalité et les respect entre les différentes cultures. La mère est un personnage intéressant. Du moins le soupçonnons-nous.

Il nous reste Jim, le journaliste alcoolique qui est sensé apporter une touche d’humour. Un personnage sympa mais finalement pas très drôle, Feng le mercenaire repenti, tuteur de Lila et employé fidèle des Cartier et Monsieur Li, homme influent et dangereux.

L’histoire et le rythme

Pris séparément les divers éléments de cette série m’ont paru assez peu convaincants. Les personnages sont trop stéréotypé et l’intrigue reste trop superficielle, l’abiantation trop rapide. Pourtant dans son ensemble L’ombre de Shanghai s’est révélée être une lecture assez plaisante. Les pages s’enchaînes , capté par un rythme assez rapide, on fini un tome avant même d’y avoir pensé et en enchaîne assez directement avec la suite mu par un je sais quoi qui donne envie de connaitre la suite. Moi j’ai passé un bon moment.

J’ai aimé le cadre pris pour l’histoire : le Shanghai des années 30 qui est à la fois exotique et familier par la forte présence d’étrangers d’origine européenne. Le brassage de diverses cultures en font un bon cadre pour une histoire d’aventure et les petites infos distillées en introduction enrichissent les connaissances du jeune lecteur.

Les trois premiers tomes lu d’affilé forment un ensemble plaisant. Les personnages assez antipathiques dans le premier volumes acquièrent un peu plus de complexité au fil des tomes et l’intrigue prends forme, le mystère s’installe. Cependant cela reste assez superficiel et simple. Le rythme de lecture et le graphisme étant agréable je conseillerais cette lecture surtout à des jeunes lecteurs qui sans trop entrer dans des détails qui pourrait les ennuyer auront ainsi un joli aperçu de la Chine des années 30 tout en ayant une histoire d’action et de mystère à se mettre sous la dent. Les personnages on ne peut plus classiques permettrons sans doute une rapide identification. La lecture est facile, rendant la série accessible aux petits lecteurs fainéants.

Les lecteurs plus vieux n’y trouverons sans doute pas leur compte, justement parce que c’est trop rapide et pas assez approfondi à la fois sur la construction du cadre historique et sur celle des personnages qui restent assez superficiels.

Une jolie BD pour les 10/11 ans. Mystère et Histoire. Joli dessin couleur, belle couverture cartonnée.


Informations techniques :

  • Titre : L’ombre de Shanghai
  • Auteurs : William Crépin & Patrick Marty
  • Illustration : Li Lu
  • Date de parution : 03/10/14 (tome 1)  22/05/14 (tome 2) 09/10/15 (tome 3)
  • Prix public : 12.90€
  • Pagination : 96 pages, couleur
  • Format : 18 x 22,5 cm, couverture cartonné

Découvrait des extraits sur le site de l’éditeur : tome 1, tome 2, tome 3

Tome 4 à paraître en janvier 2016

Merci aux éditions Fei pour cette collaboration


Lecture commune avec OliV


à lire aussi l’avis de Mo’

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La Balade de Yaya

Pour conclure cette balade historique en BD (cf. Zéro pour l’éternité et Garduno en temps de paix) nous partons en Asie avec un global manhua dessiné Golo Zhao et scénarisé par Jean-Marie Omont : La balade de Yaya, aux éditions Fei.

Nous somme en 1937, les japonais envahissent la Chine et bombardent Shanghai. Yaya, petite fille de riche, écervelée mais néanmoins courageuse et déterminée va croiser le chemin de Tuduo, jeune acrobate de rue qui cherche à échapper à l’emprise de son cruel maître. Les bombardement ont séparé Yaya de ses parents. Tuduo, chevaleresque, décide d’aider Yaya à rejoindre Hong Kong. Mais le voyage ne sera pas si simple.

Le dessin de Golo Zhao me fait beaucoup penser au chara design des studio Ghibli. Tout comme les personnages de cette aventure : petits mais pleins de courage et de détermination… Yaya et Tuduo me font penser au tandem du Château dans le ciel. Même si nous ne somme pas dans un voyage fantastique et que nous traversons la Chine en guerre de la fin des années 30.

L’aspect historique, sans être édulcoré, est simplifié au maximum centrant le récit sur les deux personnages principaux. Si Yaya par son côté petite fille gâtée à qui on pardonne tout m’a quelque peu agacé, l’ensemble est plutôt agréable. Joli dessin, jolies couleurs, lecture fluide et rapide avec ce qu’il faut de rebondissement pour donner envie de lire la suite.

La balade de Yaya s’adresse surtout aux enfants, mais j’ai pris plaisir à le lire. Et je ne suis pas la seule à avoir apprécié ! Aussitôt rentrée de la bibliothèque, je me suis fait dépouiller de mon butin (les 4 premiers tomes de la série). Pendant plusieurs jours, ils ont été retenus en otage par Mimiko qui a refusé mon aide pour le lire avec elle, préférant le feuilleter et le refeuilleter seule. Je ne sais pas ce qu’elle a compris de l’histoire, en tout cas elle a aimé la bd.

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