Our Colorful Days, tome 1 [manga]

8 août 2020 5 Par Bidib

Couverture Our Colorful Days, tome 1

Akata nous offre un nouveau titre de Gengoroh Tagame. Tout comme dans le précédent titre, Le mari de mon frère, Our Colorful Days nous parle d’homosexualité et de son acceptation dans la société japonaise. Le mari de mon frère prenait comme cadre pour son discours de tolérance, une famille, un père et sa fille accueillent le mari du frère décédé. Le père doit faire le chemin vers la tolérance et l’acceptation de la différence, aidé en cela par sa fille qui elle, ne se pose pas de question, et ne voit, en cet homme, qu’un oncle qu’elle aimé bien, et pas un homosexuel. Avec ce nouveau titre, Gengoroh Tagame nous livre une nouvelle fois un message de tolérance et d’acceptation, mais en prenant pour cadre la vie lycéenne.

Sora, est un jeune lycéen comme les autres. Mais il a un secret, un secret qu’il ne peut pas partager par peur de la réaction que pourrait avoir son entourage. Sora aime les garçons. Il est secrètement amoureux de l’un de ses camarades de classe, mais tout ça, il le garde bien caché au fond de lui. Il s’efforce de sourire et faire bonne figure quand ses camarades parlent des filles, mais cela devient vraiment très dur de prendre sur lui quand ses camarades, ses amis se mettent à faire des blagues homophobes. Ils ne pensent pas à mal, ce n’est pas de mauvais garçons, ils font comme tout le monde, ils font des blagues sur les pédés sans se rendre compte à quel point c’est stupide et blessant. Sora s’isole, se noie, se sent si seul.

Un jour, alors que ses camarades l’ont encore blessé, Sora décide de sécher les cours, il a besoin d’air. Une rencontre va changer sa vie et lui offrir un bol d’air, un espace pour être soi-même.

Our colorfull day visual

Dans ce premier tome, nous faisons la connaissance de Sora et de son entourage, nous sommes dans une tranche de vie classique, la famille, l’école, le club d’activité extrascolaire, tout y est, même la classique amie d’enfance qui en pince pour le héros. Si le cadre de départ est très cliché, cela ne fait que renforcer le propos. Le héros est un garçon ordinaire, un lycéen comme tant d’autres et il est homosexuel. Cela n’a rien en soit d’exceptionnel ou d’extraordinaire en soi. Ce qui rend la situation de Sora difficile ce n’est pas sa sexualité, c’est la société dans laquelle il évolue. L’homosexualité étant mal accepté et moqué, Sora se tait, vis dans le secret et le mensonge pour se protéger. Ce cadre des plus banal, tout comme le cadre familial dans le Mari de mon frère, renforce, à mon sens, le propos qui est de dire que les homosexuels sont des gens comme les autres, des lycéens ordinaires, des oncles attentionnés, et que les discriminer est totalement stupide.

L’attitude des camarades de Sora est d’une affligeante banalité. J’ai entendu, moi aussi, des propos de ce genre au lycée et personne ne pense à mal. On dit ses choses sans même s’en rendre compte, sans se rendre compte de leur stupidité ni du fait qu’elles peuvent blesser les autres. Et pas un “autre” loin de nous, mais un “autre” juste là, à nos côtés, quelqu’un qu’on apprécier et qu’on ne voudrait pas blesser. C’est la banalité du propos homophobe qui est ici mise en lumière. Il ne s’agit pas de skinheads qui ont décidé de “casser du pédé” c’est juste des ados qui ne se rendent pas compte à quel point leurs propos sont insultants et stupides. La mise en scène graphique de la réaction de Sora est très explicite. Un masque impassible et vide se referme sur son visage, c’est comme s’il devait s’effacer lui-même pour se protéger. On le voit se noyer dans sa solitude. On a de la peine pour lui, mais on n’éprouve pas de haine pour son entourage, ils nous attristent plus qu’autre chose, car ils sont aveugles au mal qu’ils font.

Tout comme je disais du Mari de mon frère que c’était un titre à mettre entre toutes les mains, je ressens la même chose en lisant Our Colorful Days. C’est le genre de lecture qui peut faire réfléchir et se faire dire “je devrais faire plus attention à ce que je dis, aux blagues auxquelles je ris”. Si le site des éditions Akata le titre est recommandé à partir de 14 ans, c’est la même chose pour Le mari de mon frère, je suppose que cette indication d’âge a plus à voir avec la législation qu’autre chose, peut-être qu’il ne faut pas évoquer l’homosexualité dans les livres d’enfant pour ne pas offenser les bien-pensants conservateurs. Personnellement, après avoir lu le Mari de mon frère, je l’ai fait lire à ma fille qui a l’époque était encore à l’école primaire. Non seulement elle a beaucoup aimé ce titre, elle l’a relu plusieurs fois, mais cela a été aussi un support pour la discussion, de l’eau au moulin du message de tolérance qui parfois peut être trop théorique. Une histoire tranche de vie, où l’ont voit des personnages confrontés à la problématique du regard des autres et du rejet de leur différence, c’est parfois beaucoup plus efficace qu’un long discourt sur la tolérance. Pour ce premier tome d’Our Colorful Days il en va de même. Il n’y a la aucun propos qui interdise aux plus jeunes lecteurs de le lire, tout au plus le sujet ne les intéressera pas. Mais, s’ils aiment lire des manga school life , alors pourquoi pas un manga school life avec un joli message de tolérance ? En tout cas, moi, je n’ai pas hésité à le proposer à ma fille de 12 ans.

sur le site des éditions Akata

⇒ Gengoroh Tagame : site, twitter (pour public averti, le fer de lance de Tagame c’est le manga érotique gay)

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→ à lire aussi : les avis de Tachan, l’apprenti Otaku, Lesvoyagesdely, Xander, Pommy


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