Dahliya artisane magicienne, tome 1 [manga]

26 septembre 2020 10 Par Bidib

Que diriez-vous d’un manga tranche de vie magique ? C’est ce que je vous propose aujourd’hui avec le premier tome de  Dahliya artisane magicienne, nouveau titre des éditions Komikku avec Megumi Sumikawa au dessin et Hisaya Amagishi au scénario.

Après avoir passé sa vie à baisser la tête au point de mourir d’épuisement sur sa table de travail, une jeune femme décide de vivre sa nouvelle vie la tête haute. Elle se réincarne dans un monde fantastique où la technologie est remplacée par la magie. Les artisans magiciens fabriquent toutes sortes d’objets qui rendent la vie plus facile. Et c’est justement chez l’un de ces artisans que nait Dahliya qui conserve les souvenirs de son ancienne vie et de notre monde.

Fascinée par le métier de son père, la jeune fille décide très tôt de suivre les pas de celui-ci et s’avère être aussi studieuse qu’inventive, puisant dans les souvenirs de son ancien monde des idées d’objets magiques, par exemple une machine capable de souffler de l’air chaud pour sécher les cheveux. Eh oui, un bon vieux sèche-cheveux ! Leurs objets magiques sont nos électroménagers. Alors que chez nous c’est l’électricité et les circuits imprimés qui leur donnent vie, là-bas ce sont des pierres magiques et autres ingrédients étranges qui permettent aux artisans magiciens de créer des objets utiles.

Dans ce premier tome, on découvre cet univers ou la magie et d’autres aspects fantasy se mêlent à une vie des plus ordinaires. En effet, on y voit grandir la petite Dahliya, au côté de son père, dans son atelier. Il y a les gildes d’artisans, de commerçant, de transporteur, il y a des nobles qui dirigent le pays et occupent des postes de prestige dans les villes… une vie qui fait penser aux villes marchandes du Moyen Âge européen. La magie y joue un rôle de technologie, les objets magiques remplacent notre électroménager, et d’autres tours de magie plus élaborés permettent aux habitants de profiter de choses telles que l’eau courante, ou l’éclairage…

Dahliya grandit bien vite et, en quelques pages, on passe de son enfance à ses débuts comme artisane. Après ses études elle est à la fois chercheuse et assistante dans l’atelier de son père. Celui-ci prend sous son aile un jeune homme de bonne famille qui deviendra l’ainé de Dahliya au sein de l’atelier. Dahliya, qui s’était promis de vivre sa nouvelle vie la tête haute, serait-elle en train d’oublier ses bonnes résolutions ? Laissera-t-elle son ainé l’évincer de l’atelier paternel ? Si vous avez envie de le savoir, je ne peux que vous inviter à lire ce manga. 😉

Le départ de la série m’a fait penser à une autre série du catalogue des éditions Komikku : Faraway Paladin. Les deux histoires sont très différentes l’une de l’autre, mais on y trouve un point commun : les héros viennent de notre monde et après une vie misérable faite d’échecs et de déception, ils se réincarnent dans un univers fantasy en ayant gardé les souvenirs de leurs vies précédentes. Cet aspect me parait très intéressant, bien que très vite survolé dans les pages d’introduction. Le principe de la réincarnation c’est justement qu’on ne garde aucun souvenir de nos vies précédentes, mais nos héros font exception à la règle. Tous deux étaient malheureux dans la société japonaise moderne et vont chercher à s’épanouir dans un univers fantasy (qui n’est pas sans rappeler l’univers de jeux vidéo). Est-ce là juste une idée de départ à la mode où une métaphore qui veut nous dire quelque chose ? Je ne serais pas trop le dire, mais je trouve cela amusant de retrouver cette même idée dans deux titres différents.

Mais revenons à Dahliya, artisane magicienne !

Si l’idée de transformer l’électroménager en objet magique n’est pas une révolution, je la trouve amusante, et le processus de création est assez sympa à suivre. Par exemple Dahliya veut fabriquer un tissu imperméable et doit procéder à de nombreux textes avant d’obtenir un résultat satisfaisant. La description réaliste du fonctionnement des guildes est aussi amusante à suivre : il faut déposer les brevets des inventions, signer des contrats, etc. Tous ces détails techniques peuvent vous sembler rébarbatifs ou inintéressants, mais moi j’ai trouvé que cela donne de la vraisemblance à l’univers créé. J’aime bien quand les auteurs donnent corps à leur univers par ce genre de détails concrets. Ceci dit, l’intrigue tourne finalement bien plus au tour du personnage de Dahliya que de la magie. On la voit devenir une jeune femme, on sait qu’elle s’était promis de vivre une vie différente de la précédente,  qu’elle refusait de se rabaisser. Y arrivera-t-elle ? Ici il devient difficile pour moi vous livrer mon avis sans spoiler. Alors si vous aimez lire un livre sans trop en savoir sur l’intrigue, filez directement à la conclusion.

lire un extrait sur Manga News

~ Attention spoiler ~

Si dans la première partie du manga, on voit Dahliya grandir forte et indépendante, soutenu par un père qui la veut libre. Tout change brusquement avec l’arrivée de son ainé à l’atelier. Il est là pour travailler comme assistant du père, mais ne le voyez-vous pas arriver gros comme une maison ? Le mariage arrangé n’est pas loin. Et là, j’avoue que j’ai trouvé les quelques pages qui suivent les fiançailles assez troublantes. Je trouve que toute la phase de fiançailles est assez contradictoire avec ce qui a précédé (et ce qui suit). L’attitude du père ainsi que celle Dahliya a changé, rien ne colle ! et on se demande pourquoi un tel changement. Dahliya s’efface de plus en plus pour laisser tout décider par son fiancé, qui lui impose jusqu’à sa tenue vestimentaire, et ce alors même qu’elle n’est pas amoureuse de lui. Et que dire des discours comme quoi elle a besoin d’un homme pour la projeter ? J’en suis tombée des nues. Heureusement cela ne dure pas et Dahliya se retrouve à nouveau libre et indépendante. Mais là aussi le processus me choque un peu. L’héroïne s’était promis de vivre la tête haute, de ne plus s’abaisser, mais elle se laisse faire sans même prétester. Et si elle échappe finalement à ce mariage qui n’annonce rien de bon, ce n’est même pas de son fait. Genre, si elle avait décidé de se débarrasser d’un fiancé encombrant, j’aurais dit “ça, c’est une femme forte comme je les aime”, mais non. Elle encaisse tout sans broncher jusqu’à ce que ce soit lui qui mette fin aux fiançailles la veille du mariage. J’avoue que tout ce passage sur les fiançailles et le mariage je l’ai trouvé assez bizarre et j’avais un peu du mal à cerner les réelles intentions des auteurs. On nous propose une femme forte, mais qui finit quand même par se soumettre. On nous assène des passages plus où moins sexistes et rétrogrades où on nous dit qu’une femme a besoin d’un homme qui la protège et puis ouf ! in extremis nous sommes débarrassés du mariage. L’héroïne va enfin pouvoir vivre sa vie libre, sans pour autant s’être donné la peine de gagner cette liberté elle-même. Je ne peux m’empêcher de lire entre les lignes qu’elle est incapable de la gagner cette liberté parce que… c’est une femme ?

Vous l’aurez compris, toute cette partie du récit m’a un peu perdue. Heureusement le récit prend une autre allure et on voit l’héroïne investir sa nouvelle vie avec force et optimisme. Elle y fait de nouvelles rencontres et on découvre ainsi qu’il existe hors des villes des démons et autres créatures dignes d’un heroic-fantasy. Les objets magiques ne sont donc pas la seule incursion du fantastique dans cette aventure. Nous rencontrons un chevalier qui promet d’être bien plus plaisant que l’apprenti artisan. Mais là encore tout un tas de règles sexistes chelou complique les choses. Bon d’accord, nous sommes dans un univers inspiré du Moyen Âge, mais je trouve tout de même qu’on en fait un peu trop sur la question. Il y a des détails étranges dans les mœurs de la cité que j’ai eu du mal à comprendre. Par exemple il y a un chevalier qui recherche son bienfaiteur, un jeune homme qui l’a sauvé sur la route, et il se dit : “mais si je te retrouve et que tu as une femme ou une soeur… j’abandonnerais et je ne t’ennuierais plus…” Alors faut qu’on m’explique en quoi le fait d’avoir une femme, ou pire, une sœur t’empêche d’avoir des amis, parce que moi je ne comprends pas vraiment la logique. Si par certains côté l’univers proposé semble très machiste, voir carrément sexiste, on y croise tout de même plusieurs personnage féminin fort, marié mais indépendant, menant leurs affaires sans avoir à en référer à leur maris comme la meilleure amie de l’héroïne qui a sa propre boutique ou la femme du directeur de la guilde des commerçant qui exerce avec d’une main de fer ses fonctions de sous-directrice.

~ fin du spoiler ~

Mis à part cet aspect du scénario que j’ai eu du mal à comprendre, le manga est amusant et léger. Le dessin est très classique, mais mignon et efficace. La lecture est agréable, l’univers bien construit et j’ai passé un bon moment de lecture.

J’espère que dans la suite nous aurons une héroïne plus sûre d’elle même et que elle réussira à imposer sa vie de femme libre et indépendante. En tout cas, je suis curieuse de voir ce que nous réservera le tome 2.

Dahliya visual 1

© Megumi Sumikawa 2019 / MAG Garden © Amagishi Hisaya 2018 / KADOKAWA

⇒ le tome 1 sur Amazon, BD Fugue ou chez votre libraire préféré


Je propose ce titre pour la thématique “Sorcières de la magie au féminisme” du challenge Halloween, Dahliya n’est pas vraiment une sorcière, mais elle pratique la magie et il est, finalement, beaucoup question de la femme et de sa position dans la société dans ce titre.

 

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