Manga : petit guide de lecture pour néophytes

Cet article fait suite à un premier qui présentait un bref historique du manga au Japon, l’arrivée du manga en France ainsi que les genres de manga les plus connus : Le Manga

Ici je présenterai les principales caractéristiques du manga. Ce petit guide de lecture s’adresse principalement aux néophytes qui n’ont pas l’habitude d’en lire.

Les fans, quant à eux, sont déjà habitués à ce qui fait la particularité de la bande-dessiné japonaise. Cependant, si certains passionnés veulent participer à l’amélioration de cet article, qu’ils n’hésitent pas à me faire part de leur suggestions.

Bonne lecture à tous !

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Noir et blanc :

La première différence qui frappe, c’est le fait que le manga est entièrement publié en noir et blanc, contrairement à la plupart de BD occidentales.

Si le manga est en noir et blanc c’est d’abord pour des raison économiques. En effet, les manga sont prépubliés dans des revues hebdomadaires, mensuelles ou trimestrielles, à raison d’un chapitre par numéro. Ces revues sont vendues à des prix très bas, alors qu’elle font entre 200 et 300 pages. Afin de pouvoir garantir des prix toujours bas à leur lecteurs, les maison d’éditions réduisent au maximum les coûts de publication. On utilise du papier et de l’encre de mauvaise qualité et les dessins sont en noir et blanc. Seules les publicités sont en couleur, ainsi que la couverture et les premières pages de la série phare du moment.

Quand les séries ont du succès en prépublication, elle sortent en tomes. Ces albums sont imprimés avec du papier de meilleure qualité, mais le dessins d’origine est conservé. Il reste en noir et blanc, bien qu’il arrive que quelques pages soit coloriés et imprimés sur du papier glacé au début du tome. 

Ce manque de couleur est un peu perturbant au départ, surtout si on est habitué à lire des BD très colorées, mais on s’y fait très vite.

     Magazine :

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 Weekly  Shonen Jump N°16 de 2012 – prix : 240 yen soit environ 2,18€      

 Album : 

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 Q.E.D. tome I –  prix : 420 yen = 3.80€

En France, un manga se vend entre 6.50€ et 15€

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Sens de lecture :

Les premiers manga publiés en France ont été modifiés afin de correspondre à notre sens de lecture, c’est la cas, par exemple, de Akira de Katsuhiro Ôtomo, sorti en 1989 chez Glénat.

Cependant la très grande majorité des manga publiés actuellement conservent le sens de lecture original. Au Japon on lit de droite à gauche. Le manga commence là où le livre occidental se termine. À l’intérieur d’une page, la lecture se fait suivant la même logique.

Schéma de lecture :    

  schéma lecture manga

Exemple tiré de Je ne suis pas mort de Hiroshi Motomiya. J’ai numéroté les case afin de monter le sens de lecture :

      je ne suis pas mort page 

Cependant, certains aménagements ont dû être apportés car, en version originale le texte dans les bulles est écrit verticalement. Il est parfois nécessaire de modifier la forme des bulles pour y faire loger le texte horizontalement.

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Extrait de Ken -Fist of the Blue Sky en VO

S’adapter au sens de lecture inversé demande un peu plus d’effort. Certaines personnes sont vraiment troublés par cette disposition. Personnellement je m’y suis très facilement adapté et j’en connais, autour de moi, qui ont tellement pris le plis du sens inversé qu’il leur arrive de commencer un roman par la dernière page 

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Mise en page :

La mise en page dans le manga est d’une très grande souplesse, elle s’adapte à la situation représentée. On peut facilement passer d’une disposition orthogonale classique (comme dans l’extrait de Je ne suis pas mort  que l’on vient de voir) à des configurations beaucoup plus décoratives.

Un page se compose généralement de 6/7 cases. Selon les situations, les vignettes peuvent être étirées en longueur ou en hauteur, couper la page obliquement ou prendre un aspect de puzzle.

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Extrait de Devil, Devil de Yûki Miyoshi, ici les cases sont étirées verticalement.

 nausicaä

Ici une page de Nausicaä de Hayao Miyazaki, les cases sont étirées horizontalement et coupées obliquement.

L’effet d’éclatement de la structure de la page est accentué par les « sorties de page » : vignettes à bord perdu, personnages couvrant toute la hauteur de la page/demi page, hors case.

Certaines vignettes peuvent occuper toute une page, voire une double page.

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Traitement graphique :

Nous l’avons vu, des mises en pages très variées se côtoient dans un même manga. De la même manière plusieurs styles graphiques peuvent cohabiter dans une même page, voire dans une même case. Alors que la BD occidentale se distingue par l’homogénéité du style dans le traitement de l’image.

Parmi ces différences de traitement de l’image, parlons tout d’abord de la différence entre les décors, souvent très minutieux, au réalisme photographique, et les personnages plus sommaires. Notons que les mangaka (auteurs de manga) travaillent avec des assistants qui s’occupent des décors. Très souvent ceux-ci travaillent à partir de photo.

Cette différence et plus ou moins marqué selon les auteurs. Elle est particulièrement saisissante chez Asano Inio, comme on peut le voir sur cette vignette extraite de La fin du monde avant le lever du jour. Ici les décors sont extrêmement réalistes.

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On peut également trouver des différences de traitement graphique entre les personnages d’une même histoire. C’est le cas de Bonne nuit Punpun, autre manga de Asano, dont la version française est sortie en janvier 2012. Dans ce manga il y a une immense différence de traitement graphique entre les personnages. Asano va jusqu’à représenter Punpun, le personnage principal ainsi que les membre de sa famille sous une forme stylisée rappelant vaguement un oiseau.

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Par ailleurs, dans les manga, les personnages prennent parfois des grimaces grotesques, des postures étranges ou sont carrément stylisés, se transformant en simples silhouettes blanches. Ces déformations ont pour but de souligner certaines émotions comme la surprise, la gène, la peur, l’excitation, la colère… détonant parfois avec le fond de l’histoire très sérieux. Elle peuvent surprendre, ou même paraître incompréhensible pour un lecteur non familier des codes du manga.

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Texte et « bande son »:

Les bulles sont relativement moins nombreuses que dans les bandes-dessinées européennes, les récitatifs sont quand à eux pratiquement absent.

Parfois les explications historiques et scientifiques interrompent le récit et sont accompagné de dessins à valeur de documentaire, cette méthode a été très employé par Tezuka. C’est le cas, par exemple, dans son manga L’histoire des 3 Adolf. Dans cette série en 4 volume, de nombreux chapitres commencent par des explications historiques, n’ayant pas un rapport direct avec le déroulement de l’histoire. Cela permet aux lecteurs de mieux appréhender le contexte dans lequel évoluent les personnages.

Quant aux flash-back, ils se font sous forme de dessins sans éléments verbaux explicatifs.

Par ailleurs, la proportion de cases muettes et plus importante. Soit qu’il n’y ai pas de bulle, comme c’est le cas de la planche extraite de Nausicaä que nous avons vu plus haut. Soit par des bulles remplies de points de suspension traduisant les moment d’hésitation dans les échanges.

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Extrait de Karate shoukoushi kohinata minoru de Baba Yusushi

En revanche, la « bande son » du manga est bien plus riche que celle des bandes dessinées occidentales. Pour les actions bruyantes, les onomatopées peuvent aller jusqu’à dépasser la case dans le sens du mouvement de l’engin/personnage qui les produits.

MasterKeaton.jpg

Extrait de Master Keaton de Urasawa Naoki

Mais la caractéristique du manga est de sonoriser les phénomènes plus discrets tel que la pluie qui tombe, un froissement d’étoffe… éléments qu’un auteur occidental ne songerais pas à sonoriser.

Même certaines actions silencieuses sont sonorisées : les onomatopées viennent souligner des émotions (gêne, surprise, attendrissement…) et remplacent nos signes de ponctuation.

 Tennis no Ouji-sama

Extrait de Prince du tennis de Konomi Takeshi

En effet la langue japonaise est pauvre en signes de ponctuation. En revanche, elle est riche en onomatopées. Celles-ci ne servent pas uniquement à reproduire des bruits, elle donnent naissance à des véritables mots : les giongo (mot imitant un son) et les gitaigo (mot imitant un état). Par exemple l’onomatopée dokidoki reproduit le son des battement du cœur, mais il signifie également être nerveux.

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Biographie :

Thierry Groensteen, L’univers du manga, Casterman, réédition de 1996.

La première version de ce livre est sortie en 1991 à l’occasion du 18ème Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême. Le Japon y était, pour la première fois, l’invité d’honneur. 

 

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