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Une semaine en Corée

Choco nous invite à partir tous ensemble à la découverte de la Corée pendant une semaine. On va voyager mais… biens calé au fond du fauteuil 😉 Ce rendez-vous vient compléter le voyage au Pays du Matin Calme que nous avions commencé en septembre dernier avec le challenge Coréen.

Comme un voyage c’est encore meilleur quand on le partage, je profite du rendez-vous donné par Choco pour ressortir mes petites notes et partager ces petites choses chinées de ci de là au hasard des cliques. Au programme un peu de lecture, de la musique et peut-être même un peu de film d’animation (si je trouve le temps !)

Vous pouvez retrouver tous les liens des participants au rendez-vous dans le Grenier à livres.

Quant à moi je vous donne rendez-vous demain pour un peu de jazz made in Korea 😉

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Les petits pains de la pleine lune

Aujourd’hui je vais vous parler d’un roman jeunesse coréen. Il était dans ma PAL depuis très longtemps. Je l’avais acheté il y a quelques années pour Yomu-chan et depuis je souhaitais le lire mais je ne trouvais pas le bon moment. Profitant du challenge coréen je me suis enfin lancé dans cette lecture.

Le héro de ce conte moderne est un jeune adolescent qui vit avec une belle-mère qui le déteste, la jeune fille de cette dernière et un père absent qui préfère ne rien voir de ce qui se passe sous son toit.

Le garçon, abandonné encore enfant par une mère suicidaire se renferme de plus en plus. Pour cohabiter avec une belle-mère qui souffre de la comparaison avec la précédente épouse de son mari, il décide de s’effacer et de jouer l’indifférence tandis qu’elle l’humilie et réduit de plus en plus la place du héro tant au sein de la famille. Bientôt l’adolescent devient un fantôme dans sa propre maison, quittant l’appartement très tôt le matin et revenant tard le soir après avoir mangé des petits pains dans une pâtisserie du quartier. Il espère ainsi pouvoir cohabiter presque pacifiquement jusqu’à ce qu’il ai l’âge de partir. Mais les choses dégénèrent et rien ne se passe comme il avait prévu. Contraint de fuir de chez lui, le héro trouve refuge dans la pâtisserie du quartier. Une pâtisserie loin d’être ordinaire ! Le pâtissier-sorcier lui ouvre les porte de son four magique où il vit en compagnie d’un oiseau-jeune fille. Il y restera à l’abris le temps de trouver le courage d’affronter sa famille.

Un joli conte initiatique moderne où le héro doit apprendre à se faire un place malgré un climat familial hostile. La magie n’est pas ici utilisé comme solution. L’adolescent doit trouver seule la force de surmonter ses difficultés. Seul dans la mesure où la détermination vient de lui. Ce qui ne veut pas dire qu’il ne trouvera pas de soutien. Le sorcier-pâtissier au caractère rude mais au grand cœur et la jeune fille-oiseau lui un grand réconfort non pas parce qu’il l’aideront à trouver une solution mais parce qu’il lui donneront l’attention et l’affection qui lui permettra de prendre confiance en lui. A leur contact il va petit à petit se sentir à sa place, s’affirmer d’avantage et enfin trouver le courage d’affronter la haine de sa belle-mère et l’indifférence de son père.

Ici la héro n’est pas épargné. L’univers dans lequel il a grandi est d’une grande violence. Et l’auteur n’épargne pas non plus le lecteur car il n’y a pas, malgré une pâtisserie regorgeant de mets magiques aux pouvoirs extraordinaires de façon d’arranger les choses. Il n’y a pas de solution miracle, il s’agit d’accepter et d’apprendre à vivre avec. Contrairement aux contes classiques (on aura tout au long du récit de nombreuses références) le salut ne vient pas par l’intervention extérieur d’un prince charmant ou d’une fée, elle viendra lentement du héros lui-même qui aura pansé ses blessures.

J’ai aimé cette approche sans conditions de la réalité de la vie qui parfois peut se montrer très cruelle entremêlé au récit fantastique d’un sorcier qui vendrait de redoutable pâtisseries magiques sur un site internet. Les personnages sont très attachant mais il y a un je ne sais quoi dans la façon dont c’est écrit qui m’a mis légèrement mal à l’aise. Je ne serait dire dans quelle mesure c’est du au texte original ou à la traduction, mais j’ai trouvé la langue pas très naturelle. La façon dont s’exprime le héros est parfois un peu étrange et met une certaine distance avec le lecteur. Du moins c’est ainsi que je l’ai ressenti. Du coup j’avais l’étrange sentiment de vouloir connaitre la suite de l’histoire qui m’intriguait tout en trouvant la narration un peu ennuyeuse. Je sais pas si j’arrive à bien me faire comprendre.

Malgré cette impression étrange que m’a laissé le texte, j’ai aimé l’histoire qui par les sujet abordé (violence, suicide, harcèlement…) s’adressera surtout à un public adolescent.

C’est peut-être là le fond de mon malaise ! Le vocabulaire et la façon de s’exprimer semblent s’adresser à un public assez jeune alors que les sujets abordés touchent un public adolescent. Entre ces deux postures, je ne savais pas trop comment me placer.

Un bon roman un peu étrange qui fait pas mal réfléchir sur la vie, ses difficultés et notre posture vis à vis de celles-ci.

 Les petits pains de la plaine lune de  Gu Byong-mo est disponible aux éditions Philippe Phiquier dans la collection Picquier jeunesse.

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roman jeunesse
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Couleur de peau miel – la boucle est bouclé

Ce n’est que 4 ans après avoir découvert Couleur de peau : miel avec les 2 premiers tome de ce triptyque autobiographique Jung, que je lis enfin sa conclusion.

Dans ce troisième tome, Jung quadragénaire, décide enfin de retourner en Corée. Pour ce premier voyage sur la terre qui l’a vu naître, il sera accompagné par une équipe de tournage qui filme ce retour pour l’adaptation cinématographique de Couleur de peau : miel. Dans ce troisième volet Jung devenu adulte se remémore quelques souvenir de jeunesse, parle avec son enfant intérieur,  échange avec l’équipe de tournage et réfléchi beaucoup à son expérience et a ses sentiments d’abandon et de déracinement. Il est enfin apaisé, mais la blessure est toujours là et elle lui laissera pour toujours une cicatrice.

Dans ce troisième tome il y a beaucoup d’émotion. C’est très touchant. Bien que ce soit moins amusant à lire que le premier tome ou les farces joué par la fratrie faisant rire malgré la réflexion sus-jacente sur l’adoption. Ici on est plus dans la réflexion et moins dans l’expérience de vie.

Le dessin est toujours très agréable, le ton est plus sérieux. C’est un adulte qui parle aux adultes, le premier tome parlait à l’enfant, le deuxième à l’adolescent révolté. 3 albums, 3 périodes, une vie. Une très belle autobiographie qui m’a beaucoup ému et qui m’a fait réfléchir sur l’adoption, un sujet qui me tenait à cœur depuis ma plus tendre enfance. Dans mon premier article je disais avoir toujours désiré adopter un enfant. La lecture de couleur de peau : miel m’a marqué au point de me faire changer d’avis.

→ à lire aussi mon avis sur les 2 premiers tomes, les avis de Lunch et Badelel (tome 1 et 2) et Mokamilla

Couleur de peau : miel est aussi un film. Après avoir lu le dernier tome j’ai eu envie d’enchaîner avec l’adaptation animé. Dans j’avais pu voir il y a 4 ans les premières images.

Dans ce film les prises de vue réelles sont mêlée à l’animation. On y voit Jung arriver dans sa famille Belge, y grandir. Puis revenir en Corée pour ouvrir son dossier d’adoption dans l’espoir d’en apprendre plus sur ses parents naturels. Le retour de Jung ne nous est pas livré à la fin, mais parsemé par petites touches tout au long du film. Sa voix off nous raconte son ressenti, tandis que l’animation nous montre ses souvenir d’enfance.

J’ai trouvé ce film extrêmement touchant et j’avais les larmes aux yeux même après avoir déjà lu la bande dessiné. C’était peut-être même trop touchant. Mimiko qui l’a regardé avec moi en a été bouleversé.

En revanche j’ai eu un peu de mal avec la technique d’animation que je n’ai pas trouvé assez fluide. C’était parfois déstabilisant.

Que vous choisissiez la bande dessiné ou le film (pourquoi pas les deux), je vous conseille vivement ce témoignage touchant et personnel.


bd et film d’animation
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3 grammes ~ Jisue Shin

La semaine dernière je vous ai parlé de Massacre au pont Nogunri, un magnifique manhwa retraçant un tragique épisode de la guerre de Corée. Aujourd’hui je vous propose à nouveau un manhwa tout ce qu’il y a de plus sérieux : 3 grammes de Jisue Shin.

Dans ce récit autobiographique l’auteur nous raconte sa lutte contre le cancer des ovaires, : comment elle découvre sa maladie, le traitement, le long séjour à l’hôpital, la peur puis la rémission.

Le dessin, assez simpliste, n’est pas franchement attirant. Et il m’a fallu quelques pages pour entrer en empatie avec l’héroïne. Finalement l’auteur malgré la simplicité de son trait arrive à nous faire ressentir ses émotions.

Le titre se lis très rapidement. Les pages sont très aérées, le texte très court. On sent plus qu’on ne comprends et c’est par l’émotionnel que Jisue Shin partage son expérience. Elle n’est pas intellectualisé. Elle nous dit son histoire, ses peur et puis l’espoir, celui de la rémission.

Je n’ai pas était transporté par cet album, je n’ai pas été surprise ou choquée, le graphisme de Jisue Shin n’est pas remarquable, mais son témoignage est touchant et plein d’espoir. Un message : ne pas baisser les bras face à la maladie.

Publié chez Cambourakis en 2012

Pour connaitre le travail de Jisue Shin vous pouvez visiter son site.

A lire aussi les avis de David, Yvan


Je vous ai parlé en revenant du festival d’Angoulême 2014 de l’exposition Fleurs qui ne fanent pas consacré aux femmes de réconfort coréenne. Jisue Shin y a participé avec la fresque ci-dessous

photo de Hadrien Chidiac pour Bodoï  (j’ai perdu la mienne T_T)

 

manhwa
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Massacre au pont de Nogunri – Park Kun-woong

Voilà un manhwa qui ne me laisse pas indemne. Tant et si bien que je ne trouve même pas mes mots pour vous en parler. Cela fait 4 fois que je recommence ma phrase. Massacre au pont Nogunri est magnifique, voilà un ouvrage qui n’a pas été facile à dénicher mais que je suis vraiment heureuse d’avoir découvert. Enfin, heureuse n’est pas le terme approprié car du bonheur ce manhwa ne vous en apportera point ! Magnifique ne convient guère non plus.

Si le dessin est saisissant et la narration parfaitement maîtrisé, cet imposant album (611 pages!) marque surtout pas son sujet : le massacre du pont Nogunri, un horrible épisode de la guerre de Corée.

Le récit commence le 25 juin 1950. Deux jeunes enfants jouent sur le bord d’un ruisseau inconscient de ce qui se trame : l’armée nord coréenne va envahir le sud. Alors que la radio scande des propos rassurant, la nuit du 28 juin la famille de Chung Eun-Yong est réveillée par des bombardement. Le lendemain matin les rues sont noires de monde : des réfugiés qui fuient les hostilités pour trouver refuge au sud. Chung Eun-yong ancien policier et étudiant en droit va quitter sa ville avec sa femme et ses deux enfants de 4 et 2 ans pour rejoindre son village natal à la campagne.

Là, près de ses vieux parents, il se sent en sécurité, mais cela ne vas pas durer longtemps, les nord-coréens avances rapidement et l’armée sud-coréenne est incapable de stopper leur avancées. En voyant l’arrivée de la puissante armée américaines les villageois retrouvent espoir, l’armée la plus puissante du monde va les protéger. Du moins c’est ce qu’ils croient. Car l’armée américaine reste impuissante face à l’avancée des nord-coréens et très vite on leur demande d’évacuer le village. Un nouvel exode commence, plus long, plus pénible. Pendant un temps les habitants du village vont trouver refuge dans les montagnes mais là encore il ne sont pas en sécurité. On conseille aux homme, surtout ceux ayant travaillé comme policier de se réfugier avant l’arrivée des nord-coréens c’est ainsi que Eun-yong quitte à contrecœur sa famille, qui a cause du bas âge des enfants ne peut pas le suivre. Il va chercher à attendre la ville de Daegu où il se réfugie avec son frère. Le 17 août il apprends que sa femme blessé est à l’hôpital de Busan. Il décide de s’y rendre.

Dans toute cette première partie on suit l’exode de Eun-yong, d’abord avec sa famille, puis seul. Il est le narrateur et nous raconte son expérience, son ressenti, ses peurs, ses doutes. Arrivé à Busan, il retrouve sa femme, seule.

-Les enfants… où sont les enfants ? …où sont les enfaaaant?

Elle pleurait toutes les larmes de son maigre corps en criant… Ses épaules tremblaient… J’eus soudain cette certitude… « ils sont mort ! »… Une profonde tristesse envahit mon être… A présent s’en est fini de notre bonheur, fini…

Après les retrouvaille avec sa femme commence le récit du massacre qui donne son nom à l’album. Si cette première partie n’est pas facile, ce qui nous attends dans les pages suivantes est insoutenable.

Dans la première partie Eun-yong parle à la première personne et nous livres ses sentiments, cette deuxième partie prend un ton plus impersonnel, une voie-off nous contes les fait comme dans un reportage, entrecoupé de témoignages de quelques rares survivants.

Le 25 juillet, le campement où se trouve la famille d’Eun-yong se retrouve aux milieu d’un chant de bataille. Il faut repartir, aller plus au sud. Des soldats américains encadre ce nouveau convoi de réfugiés principalement composé de femmes, enfants et vieillards. Les soldats les obligent à tenir un rythme de marche soutenu, nombreux sont ceux qui ont du mal à suivre.

Le 26 juillet on oblige les réfugiés à se rassembler sur le chemin de fer. Là l’aviation américaine les bombarde à plusieurs reprises puis les survivant sont forcé de se rassembler sous le pont de Nogunri. Dans ce tunnel à la chaleur étouffante ils seront persécutés par les tirs incessants des mitraillettes américaines. Au moindre mouvent les balles ricochent dans le tunnel. Ce n’est qu’au bout de trois jours que l’armée nord-coréenne arrive pour constater le massacre et sauver les survivants. Seulement 25 personnes sur les quelques 600 réfugiés du convois. Trois jours de cauchemar qui nous sont raconté dans les moindres détails sordides. Rien n’est épargné au lecteur, devenu spectateur impuissant de l’horreur humaine. Comment croire à la bonté de l’homme après avoir lu pareille récit ?

Une lecture bouleversante qui se conclue sur une note d’espoir avec la fin des hostilité en 1953. Un espoir qui ne fera pas oublier les horreurs qui nous ont été montré. La véridicité des faits contés rendent ce récit d’autant plus insupportable. Ce massacre a bel et bien eu lieu !

Sur le rabat de la couverture de l’édition française (Vertige Graphic) on peut lire  « Chung Eun-yong est l’auteur du roman sur lequel est basée cette bande dessinée ». Mais ce qu’il nous dit pas c’est que c’est un roman autobiographique. De ce roman publié en 1994 en Corée je n’ai trouvé que le titre anglais : Do you know our angry ? Après la guerre Chung Eun-yong rejoint un groupe de survivant du massacre et se bat pour faire reconnaître les fait à l’armée américaine. Il a fait de nombreuses recherches sur ces événements. On estime le nombre de victimes à 100 lors des attaques aérienne et 300 dans le tunnel.

Pont de No Gun Ri
Chung Eun-yong en 2000 à Washington – Heesoon Yim/Associated Press

Que dire de plus ? Je pourrais parler du dessin de Park Kun-woong que j’ai trouvé très beau, à la fois stylisé et très expressif. J’ai été surtout impressionné par sa mise en scène et le jeu de nuances de noir des arrières plan apportant une intensité particulières et contrastant avec les visages qui eux sont très simples.

Massacre au pont de Nogunri est un très beau livre qui ne laissera personne indifférent. âmes trop sensibles s’abstenir. Moi j’ai trouvé cette lecture touchante, mais aussi très intéressant à plusieurs point de vue. Tout d’abord parce qu’il nous en apprends plus sur la guerre de Corée et sur la façon dont cette guerre est vécue par la population civile. Puis parce que ce récit sur l’exode de population civiles fuyant des zones de combat avec toutes les difficultés que cela représente fait malheureusement écho à l’actualité. Non loin de chez nous des civils tentes de fuir la guerre et leur prise en charge problématique fait la une de tous les journaux. Ce livre à de quoi faire réfléchir ceux qui voient d’un mauvais œil les réfugiés.

Ce livre nous fait aussi prendre conscience de la chance que l’on a. Bien sûr cette chance ne veut pas dire qu’il faille se contenter de ce qu’on a sans chercher à obtenir mieux. Mais il est important je pense de relativiser nos problèmes quotidiens et de se rendre compte de la chance que nous avons d’être né dans un pays en paix.

Au delà de cette prise de conscience un peu naïvecet album (comme un autre manhwa dont je vous parlerais bientôt : Femmes de réconfort) m’ont marqué par la vision pessimiste et négative de l’humanité. Non pas tellement que le propos de ces deux titres soit de nous dire que l’homme est mauvais, mais plutôt qu’en voyant les horreur dont il est capable moi je n’arrive pas à croire en sa bonté. Pour moi c’est la bonté qui fait office d’exception. Ce genre d’épisode dramatiques de l’histoire révèlent la nature profonde de l’être humain. Voilà pourquoi après avoir lu ce genre de livre je me dit qu’il ne faudrait pas que j’en lise. Moi qui suis d’un naturel déjà pessimiste, je perd tout espoir en un avenir meilleur.

Bon maintenant que je suis bien déprimé, je vais vous donner quelques liens et après je me fait une cure de shôjo à l’eau de rose en dévorant 4 plaquettes de chocolat.

Sur wikipedia (anglais) : Chung Eun-yong et No Gun Ri Massacre

Massacre au pont Nogunri (le manhwa) sur Vent d’Est, bar à bd, Le Grenier à Livres

A lire aussi Zoom sur un auteur coréen hors norme : Kun-woong Park

Pour mes amis italiens, sachez qu’il est également disponible chez vous chez Coconino Press

J’ai également trouvé en faisant des recherches un film coréen, A little Pond de Jakeun yeonmot. Je ne l’ai pas encore vu et je ne sais pas si j’ai le cœur à regarder.

manhwa
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Histoire couleur terre

C’est amusant de constater comment le même livre ne nous laisse pas la même impression selon la période à laquelle on le lit. C’est exactement le sentiment que j’ai eu en relisant quelques années après une première lecture dont je gardais un fabuleux souvenir Histoire couleur terre de Kim Dong-Hwa (Casterman). Je vais tenter de vous présenter cette courte série en 3 tomes en tenant compte à la fois de mes souvenir lointains et de mon ressenti actuel.

 

une histoire couleur terre :

L’histoire c’est celle d’Ihwa et de sa mère. Ihwa a sept ans, elle vit dans un village de la campagne profonde coréenne, sans doute au début du siècle dernier, seule avec sa mère, une veuve qui tient la taverne du village.

Pourquoi couleur terre ? Parce que c’est à la campagne que ça se passe, là où ce sont les saisons qui dictent leur rythme aux hommes. Le rythme des saisons on le retrouve dans le récit qui fait la part belle aux fleurs, chacune d’etre elle venant signifier le début d’une saison mais aussi une nouvelle étape dans l’évolution de la petite Ihwa. Le livre s’ouvre sur ses sept ans. Elle se demande pourquoi les garçons ont un piment entre les jambes et pas elle. Auprès de sa mère elle va apprendre ce que c’est qu’être une femme. Elle grandie et nous la voyons s’ouvrir au monde, grandir et découvrir les premiers émois amoureux jusqu’à rencontrer l’homme qui deviendra son mari. La série se clos sur son départ de la maison maternelle. C’est un peu comme voir une rose fleurir, du bouton à la fleures épanouie, on observe les différentes étapes de cette floraison.

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Un goût doux-amère

C’est la beauté et la délicatesse du dessin, la poésie fleurie du propos qui m’avaient marqué. Je gardais un merveilleux souvenir de cette lecture et c’est avec grand plaisir que je me suis engagée à le relire pour une lecture commune avec l’équipe k.bd. Pourtant à l’heure où j’écris ces lignes je ne suis pas inspirée et j’avoue que sans l’engagement pris aux près de mes camarades k.bdéens je n’aurais sans doute pas pris la peine de le chroniquer. Non pas parce que je n’aime pas, au contraire ! Mais plutôt parce que cette dernière lecture me laisse en bouche un goût plus amère. A la beauté et la poésie c’est substitué une vision archaïque de la société et de la femme où celle-ci n’existe que pour plaire aux hommes.

Sans doute au moment de ma première lecture je ne resentait pas le besoin de revendiquer mon féminisme. Depuis l’eau à coulé sous les pont, une eau boueuses pollué par des manifs pour tous qui m’a fait prendre conscience que ce que je prenais pour acquis ne l’est en fait pas du tout. Je ne peux donc pas m’empécher de resentir une certaine aversion pour tout discours qui tendrait à cantonner la femme dans un rôle aussi inisgnifiant que celui de plaire à son mari.

Bien sur Kim Dong-Hwa nous parle avec beaucoup de poésie des femmes, il souligne avec maestria leur beauté et leur délicatesse, il nous montre leur force. Mais la force dont il parle c’est le fait d’accepter des conditions de vie difficiles, d’accepter de n’avoir d’autre choix que le mariage et une vie dans la belle famille souvent très dure (traditionnellement en Corée, la jeune marié part vivre dans la famille de son époux et ne peux rendre visite à sa propre famille qu’une ou deux fois par an). Elles sont belles, elles sont douces et fortes, mais elle acceptent le statu quo d’une tradition archaïque sans même ciller. Prends ton mâle en patience, pourraient-elles dire.

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Et si cette fresque des femmes coréennes des campagnes du début XX est très belle, je ne peux résolument pas m’identifier à ces femmes. A aucune d’entre elle. Je m’interdit même la faiblesse de me reconnaître dans certains de leurs gestes ou certaines de leur paroles. Paroles qui pourtant sonnent très vrais (est-ce pour cela que je me braque ? Est-ce parce que de nos jours encore nombre de jeune femme s’inquiètent à se point de trouver chaussure à leur pieds ? moi je préfère apprendre à marcher pieds nus !).

Voilà pourquoi je n’avais pas envie d’écrire sur Histoires couleur terre, du moins pas aujourd’hui. Ma révolte l’emporte sur la beauté et de cette deuxième lecture je retiens surtout une vision archaïque de la femme et de ses inquiétudes toutes tournées vers l’homme et le sexe. Parce que soyons franc, même si c’est avec beaucoup de poésie, ce livre ne parle que de sexe.

Ceci-dit n’exagérons rien, Kim Dong-Hwa nous présente certes des femmes qui se plient aux traditions mais qui sont (dans la limite du respect des dites traditions) libres et indépendantes. La mère d’Ihwa par exemple, bien que veuve, ne s’est jamais remarié et élève seule son enfant, repoussant les avances des clients et ne gardant son cœur (et son corps) que pour l’amant qu’elle s’est choisi.

je vous laisse le bain aux haricot, moi je préfère l'alcool
je vous laisse le bain aux haricots, moi je préfère l’alcool !

Laissons couler encore de l’eau sous les ponts, peut-être que lors de ma troisième lecture je serais libéré de ma révolte et que je pourrais lire à nouveau se beau manhwa et profiter de sa poésie sans m’offusquer du reste. Car malgré tout cette série est magnifique, le dessin épuré et pourtant riche en détails est d’une grand beauté. J’aime également le texte qui avec ses nombreuses métaphores fleuries nous amène dans l’univers de ces femmes coréennes. Une très belle série.


Pour en savoir plus sur la série allé sur le site de l’éditeur, sur Manga News et Manga Santuary.

A lire aussi les avis de Yvan, Lunch et Badelel

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Challenge coréen

Le challenge Petit Voyage en Extrême-Orient se termine bientôt (le 30 septembre) et cette nouvelle m’attristait un peu. Pour me consoler il y a un nouveau challenge qui me fera aussi voyager vers une contrée extrême-orientale : La Corée.

A l’occasion de l’année croisée France /Corée PatiVore nous propose un challenge pour découvrir ce pays.

Du 1er septembre 2015 au 31 décembre 2016 !

Nous avons plus d’un an pour explorer tous les aspects de la culture coréenne : littérature, bande dessinée, cuisine, musique, cinéma… et partager sur nos blog nos trouvailles, nos découvertes, nos coup de cœurs… De quoi se faire plaisir 🙂

Pour participer ? Contactez PatiVore sur son blog. Il y a même un groupe facebook pour partager nos trouvailles et info. Rendez-vous aussi sur le blog pleinement dédié au challenge ou PatiVore reporte toutes les participations : Challenge coréen.

Petit récap de mes participation :

Cliquez sur les images pour lire mes avis 😉

Manhwa :

  

  

 

Littérature :

Albums jeunesse :

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BD franco belge:

Musique :

 

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A propos de la Corée, envie de voyage :

 

Film d’animation :

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Adulteland

Et si l’intelligence artificielle existait déjà ? Et si cette intelligence était aux service d’hôtesse cybernétique dont la seule utilité était de tenir compagnie à des hommes souffrant d’une trop grande solitude ? C’est le pari que fait Oh Yeong Jin dans Adulteland aux allures sf. Ces robot-hôtesse sont le seul aspect sf de cette histoire qui raconte la dérive d’hommes d’âge mur dans une société qui laisse de plus en plus de place à la solitude.

La solitude est un sujet qui revient régulièrement aussi bien dans le manga que dans le manhwa destiné à un public adulte. Sans doute la BD occidentale en parle aussi, mais je n’en lis pas assez pour que cela m’aie marqué. En revanche dans le manga/manhwa cela m’a frappé, la société moderne et la vie dans des mégapoles tel que Tokyo où Séoul y est vue comme déshumanisé, les individus, bien qu’en perpétuel contacte avec leurs congénères, y sont profondément seuls et perdu. (Vision que l’on oppose souvent à la vie de campagne plus humaine, plus paisible. Voir La bicyclette rouge pour ne citer qu’un manhwa). Nombreuses sont les histoires de jeunes gens qui peinent à intégrer cette société inhumaine pour laquelle seule la réussite sociale compte (un bon emploi, un bon salaire, un bon mariage). Ici Oh Yeong Jin s’intéresse à des hommes d’âge mur. Il y a ceux qui se sont bien intégrés à la société, ceux qui n’ont cessé de dériver, tous souffrent d’un même mal-être. A travers les histoires croisées d’une bande de copains, l’auteur présente une société au comble de l’inhumanité : en être réduit à discuter avec des robot pour ce sentir moins seul, cela montre la déchéance d’une société à la pointe de la technologie. Et encore, ce n’est pas ce qu’il y a de pire dans cette histoire…

Je ne veux pas en dire plus pour vous laisser le plaisir de la découverte. Moi je ne savais rien de l’histoire quand je l’ai ouvert. Je ne connaissez que la couverture qui franchement ne me faisait pas du tout envie. J’ai aveuglement suivi le conseil d’un Champi hyper enthousiaste et je ne regrette pas ! Ce manhwa est incontestablement la belle surprise de mes lectures de septembre. Graphiquement la couverture ne m’attirait pas et l’intérieur est tout aussi particulier, mais dès les premières pages j’ai été happée par le récit et l’ambiance glauque qui s’en dégage. Tout en décrivant des vie sordides, Oh Yeong Jin garde une certaine distance et un humour subtil qui fait réfléchir sans tomber dans le mélo. On ne ris peut-être pas à gorges déployés mais on a tout au long de la lecture un sourire sarcastique scotché sur la figure. C’est une histoire intelligente qui nous interroge sur notre société moderne et ses dérives tout en nous faisant passer un bon moment de lecture. Une oeuvre très originale au graphisme étonnant et à la narration maîtrisé.

couverture coréenne

Bref je n’ai rien à redire sur ce titre. Je ne lui ai trouvé aucun défaut si ce n’est que son caractère original peut en rebouter plus d’un. Mmm… quoi que, à la réflexion ce qui me dérange un peu c’est que homme (celui avec le petit « h ») est placé au centre de la problématique alors que la femme n’est qu’un accessoire. Ceci dit cela va avec l’ensemble de l’histoire et surtout c’est aussi une réalité sociale (nous somme en Corée).

A ceux qui ont aimé Adulteland je ne serais que conseiller Brève Cohabitation (et inversement). Si ces deux manhwa n’ont rien en commun graphiquement, il traitent d’un même sujet avec une même approche : l’un emprunte à la sf, l’autre au surréalisme, tout deux dénoncent une société déshumanisés.

Merci Champi pour cette lecture 😉 A retrouver bientôt sur K.BD

→ Du même auteur : Le visiteur du sud

→ sur le site de l’éditeur FLBLB et aussi la fiche auteur

→ à lire aussi : Histoires d’Oh, d’une Corée à l’autre

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