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Coy- Crush on you, une romance coréenne

C’est tout à fait par hasard que je suis tombée sur ce manhwa d’occasion. Je ne connaissez pas du tout Kyung Ha Lee, l’auteur de ce shonen-aï coréen, je ne savais même pas qu’il s’agissait d’un shonen-aï (romance entre garçon). Je l’ai pris parce que je trouvais le dessin plaisant et que le challenge coréen est un excellent prétexte pour développer ma bibliothèque manhwa (comme si j’avais besoin de prétextes pour m’acheter des livres…)

C’est le hasard qui m’a conduit à cette lecture et ce fut un agréable surprise. Je m’attendais à un shôjo eau de rose sans grand intérêt et finalement j’ai trouvé ça pas mal du tout ! Il y a un ton que j’aime bien. L’auteur n’hésite pas au détour d’une scène anodine à asséner quelques bonne paroles bien placée. Enfin un manga qui s’adresse aux jeunes filles sans leur faire croire qu’une fille doit se contenter de cuisiner de petits plats pour son amoureux et accepter tous ces caprices !

-Ah ouais ?! Moi je préfère ceux qui sont un peu machos… virils.

-Non ! C’est nul ! C’est nul ce que tu sit ! Les gens comme toi qui aiment les machos font du tort aux femmes. Ce sont eux qui véhiculent l’idée que la femme doit rester bien sagement à la maison, attendre son mari, faire la cuisine, être belle et docile !!!… Ce sont des théories sans fondement qui empêchent les femmes modernes de se libérer du carcan dans lequel elle se trouve prisonnière

Bon n’exagérons rien, ici l’héroïne est amoureuse d’un garçon qui ne l’aime pas et elle se dit toute de même prête à tout sacrifier pour lui. Enfin, c’est ce qu’elle dit. Mais est-elle vraiment prête à ça ? Elle se pose la question et rien que ça c’est quand même pas mal. On n’a pas à faire à une nunuche prête à tout endurer pour un mec. Elle est tombée amoureuse et elle se pose beaucoup de questions sur sa relation à elle-même, ses relations avec les hommes et sur ce qui l’attire chez ce jeune homme qui l’ignore. Si nous sommes dans un lycée et que les personnages se comportent comme tous bon lycéens mangaesques, l’héroïne n’est pas complètement nunuche et ça fait plaisir.

Mais ce qui fait vraiment l’originalité de ce titre c’est qu’on a à la fois une romance shôjo typique (une lycéenne tombée amoureuse d’un très beau garçon) et une romance type shonen-aï, les deux se déroulent simultanément. Un de ses camarade de lycée est tombé amoureux du même garçon. De cette rivalité né une certaine forme d’amitié. Tous deux rejoignent un club d’oisifs du lycée pour les beaux yeux du garçon et tentent chacun leur tour de le séduire, ou du moins de passer un peu de temps avec lui. C’est original car le plus souvent on a soit une histoire entre garçon soit une romance entre une fille et un garçon, rarement les deux au même temps. Moi je trouve ça plutôt agréable et bien plus réaliste que ces romances ou tous les personnages sont homo (comme si le monde n’était subitement plus rempli que d’homme…)

Le héro est peut-être un peu plus fleur bleu que l’héroïne. C’est plutôt marrant de voir que finalement c’est lui qui est le plus romantique des deux. Quant à l’objet de leur amour… je suis assez perplexe. On est à fond dans le pathos, on essaye de nous apitoyer un max sur son sort. Mais l’auteur en fait trop. Au début il a carrément l’air attardé et ça fait bizarre. Même après qu’on ai compris les raison de son comportement, je trouve que c’est excessif.

Quoi qu’il en soit j’ai trouvé la lecture de ces trois premiers tomes très sympa et… c’est la que là mauvaise nouvelle arrive ! La série est terminée en Corée avec seulement 5 tomes mais voilà, l’éditeur français (Paquet) a décidé de n’en publier que trois avant de stopper la commercialisation. Du coup aucune chance d’avoir un jour la suite T_T

manhwa
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Le cœur de Thomas

Le cœur de Thomas est une des œuvres fondatrices du boys-love, que nous appelons en France yaoi. Si on veut être pointilleux il s’agit d’un shonen-ai, autrement dit un récit mettant en scène des histoire d’amour entre jeunes éphèbes en tout pudeur. Dans le shonen- ai, les relations amoureuses y sont très chastes voir platonique.

Ce manga de Moto Hagio date de 1974/75 (France chez Kazé Manga en 2012). Avec Poe no ichizoku (même auteur, même époque) et Kaze To Ki No Uta de Keiko Takemiya il est considéré comme l’une des œuvres fondatrice de ce nouveau genre qui voit le jour dans les années 70. Le shonen-ai permet alors aux auteurs d’exprimer ce qui ne peut-être dit dans le shôjo classique où subsiste encore un certain tabou. En utilisant des personnages masculin pour leurs histoires, les auteurs bénéficient d’une plus grand liberté expression notamment du point de vue de la sexualité (pour en savoir plus sur le yaoi lire Manga 10 000 images – Homosexualité et manga : le yaoi). Les magazines spécialisé n’existent pas encore (le premier, June, verra le jour en 1981) Le cœur de Thomas parait dans le magazine Shôjo Comic. Voici pour ce qui est du contexte, passons dans le vif du sujet.

couverture japonaise

Je t’aime, moi non plus. Tout un mélodrame :

L’histoire commence avec le suicide de Thomas, un jeune garçon étudiant dans un pensionnat pour garçon quelque part en Allemagne vers la fin du XIX siècle.

En six moi, j’ai beaucoup réfléchi. A ma vie, à ma mort. A un amis aussi.

Je ne suis qu’un enfant un peu plus mûr que les autres, je le sais. Et je sais bien que cet amour d’enfance va se heurter à quelque chose d’inconnu, quelque chose qui n’a pas de sexe, invisible.

Non, ce n’est pas un simple pari. Et ce n’est pas mon sentiment pour lui qui est en jeu. Mais je ferais en sorte que lui ne puisse faire autrement que m’aimer. Forcément.

Pour le moment il ne vit pas, ou à peine. Et si, pour lui donner la vie, je dois détruire mon corps, cela m’est totalement égal.

L’homme meurt deux fois, dit-on. La première quand son corps meurt, la seconde quand ses amis l’ont oublié.

Moi, je n’aurais pas cette deuxième mort. Il ne m’oubliera jamais, même après sa propre mort. Je vivrais éternellement. Dans ses yeux.

Thomas est mort durant les vacances. De retour au pensionnat tout le monde ne parle que de ça. Un terrible accident dit-on. Pourtant Juli trouve sur le bureau de sa chambre une lettre, la dernière que Thomas lui ai envoyé, son « testament ». Cette lettre va profondément bouleverser Juli, un garçon sérieux et tourmenté. Son camarade de chambre tente en vain de le réconforter.

Les choses s’aggravent lors que Eric arrive au pensionnat. Ce nouvel élève turbulent (et entretenant une relation fusionnelle assez malsaine avec sa mère) ressemble étonnamment au jeune Thomas. Tous sont troublés par cette ressemblance, tout particulièrement Juli qui se met à haïr Eric tout en sombrant de plus en plus dans la dépression.

L’haïr ? Vraiment ? Eric est malgré son penchant pour sa mère, un garçon gai et chalereux. Plein d’énergie et d’entrain qu’il est difficile de l’haïr. Quant à Juli, malgré tous ses efforts pour paraître froid, il est un gentil garçon, tourmenté mais profondément bon. Comment pourrait-il haïr Eric. Et Oscar, le camarade de chambre de Juli, dans tout ça ?

Amour et haine, suicide, tourments amoureux en tout genre, orphelins de père, orphelin de mère et j’en passe. Les personnages rivalisent de mélodrame. C’est à celui qui aura le passé le plus tourmenté, le cœur le plus fragile.

Exaltation de la jeunesse :

Au mélodrame omniprésent s’ajoute l’exaltation de la jeunesse. Les personnages ont entre 12 et 15 ans. Un âge où on ressent tout plus fort. La moindre inclination prend des proportion démesurée comme le suicide de Thomas qui reste pour moi un mystère. Oh ! bien sûr on nous explique tout de suite son geste, mais moi et mon cœur de glace on ne voit là aucune raison d’en arriver à se ôter la vie.

On plonge très vite dans l’ambiance de ce pensionnat qui flore bon le romantisme. On s’attache à ces jeunes gens plein de drames et de vie mais je garde une certaine distance, un détachement vis à vis de leurs malheurs.

Shonen-aï, l’art du too-much :

Pourquoi cette distance ? Trop de mélodrame, tue le drame. Voilà tout. Le mélodrame est trop présent, comme très souvent dans ce genre de « littérature » (oui, je met des guillemets parce que bon appeler ça de la littérature c’est un peu prétentieux), et cela fini par créer une distance entre le lecteur et les personnages. Difficile d’éprouver une réelle empathie pour les personnages. Ou alors cela vient peut être de moi, je ne sais pas. Le fait est que je les ai observé de loin sans trop m’émouvoir de leur douleur.

Finalement le personnage que j’ai le plus aimé c’est celui qui étale le moins sa détresse : Oscar, le camarade de chambre de Juli. Oscar se montre discret dans ses tourments, il est plus mûr que ses camarades, plus fort aussi. J’ai pu me retrouver dans ce personnages qui reste en deuxième plan. Alors que Juli, Eric (et le fantôme de Thomas) qui occupent le devant de la scène sont trop exubérant dans leur malheur pour moi. Pourtant Juli se montre très discret vis à vis de ses camarades. Je parle du lien entre les personnages et le lecteurs, non pas des personnages entre eux.

Un classique :

Néanmoins Le cœur de Thomas est un classique du genre, une des œuvres fondatrice de ce qui deviendra plus tard le boys-love. En tant que tel c’est intéressant de le découvrir. D’autant plus si on peut le resituer dans le contexte éditorial de son époque. Malheureusement mes connaissance en manga et surtout en manga des années 70 sont vraiment insuffisante pour me permettre de percevoir tout ce qu’il représente. Je n’ai pu qu’en apprécier la lecture au premier degré.

De ce côté là j’ai pris bien du plaisir à découvrir ce manga, qui malgré son côté imposant (3 tomes en 1 pour l’édition française) se lis facilement et rapidement. L’esthétique a un côté rétro qui ne m’a pas du tout gêné et qui colle parfaitement au ton dramatique de l’ensemble. Le dessin de Moto Hagio est beau, surtout dans l’expression des visages. Le trait est fin, élégant et subtil. La mise en page est assez dynamique et agréable. Par ailleurs Moto Hagio nous offre une vraie histoire avec une progression et un scénario bien ficelé (mélodramatique oui, mais bien fait). Comme le fait remarquer à juste titre Mei-Amadis dans sa chronique, ce n’est pas du fan-service gratuits pour fan-girl en manque (j’adore cette tournure, je te la pique). Je ne suis pas ressortie de cette lecture bouleversée mais j’ai passé un bon moment. Un classique qu’il faut connaitre.


Petite anecdote en passant, c’est le film Les Amitiés particulières de Jean Delannoy (1964) qui a influencé Moto Hagio et l’a poussé à écrire du shonen-aï et plus particulièrement Le cœur de Thomas. J’ai essayé de le regarder je me suis endormie avant la fin…

Un film, japonais celui-ci, s’inspire de Le cœur de Thomas. Il est réalisé par Shusuke Kaneko et date de 1988 : 1999年の夏休み


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