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Aléas ~by Yomu-chan

Salutations !

Aujourd’hui je vous propose un article un peu spécial puisqu’il a été le fruit d’un exercice scolaire. En effet j’arrive pour objectif de chroniquer « à la façon d’une revue littéraire » un recueil de nouvelles. Pour ça j’ai choisi de lire Aléas (que bidib avait déjà chroniqué ici). Voici donc cette critique au ton un peu particulier 🙂 J’espère que ça vous plaira !

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 Et quel est le véritable but de cette vie ? « Écrire » me dis-je dans un souffle, presque surpris .

Touchant message que nous envoie l’auteur d’Aléas, Franck Mercier. C’est avec cet amour de l’écriture qu’il emprisonne sur son papier 4 tranches de vie simples et pourtant si profondes, qu’il se plaît à développer, je dirais même décortiquer. L’auteur qualifie lui-même ces 4 nouvelles de « Situations imprévues soumises à une évolution incertaine ». Il me semble que ce sont les mots juste pour présenter ce recueil inattendu.

Je dis inattendu parce que Franck Mercier s’impose dans le monde de la littérature avec une audace particulière : Aléas est en effet le fruit de l’auto-édition. Démarche périlleuse, car la visibilité du livre s’en trouve réduite. C’est alors tout un défis pour l’auteur de faire découvrir son premier livre au grand public.

Et pourtant Aléas en a des choses à dire. Sur un ton ambiguë Franck Mercier nous raconte la vie. Dans toute sa simplicité et toute sa profondeur. Il questionne à travers la poésie, usant d’un langage parfois très métaphorique, imagé et allégorique, pour décrire la beauté et la sensibilité du monde. Il se plaît à jouer avec les personnifications et à bouleverser nos sens avec des tableaux presque romantiques.

 […] Cette communion divine de mon être et de la cité. A ces instants précis, elle est bien vivante cette vielle fille encrassée, son souffle s’infiltre en moi pour m’annoncer le perceptible et prochain réveil de l’humanité .

Il dénonce à travers les mots, usant un langage parfois très familier et cru, mettant ainsi en avant le quotidien et souvent son manque d’esthétisme. Et c’est cette combinaison si particulière qui donne son charme à l’écriture de Franck Mercier. Une écriture ancrée dans la réalité, embrassant l’ordinaire, et pourtant jamais dénuée d’un certain lyrisme adorablement poétique.

J’avais pas eu le temps d’ouvrir la bouche que ce sombre énergumène, aux fringues impeccables, fiché tel un christ grassouillet au travers de son portail, défenseur enragé de son petit monde m’avait expédié, que dis-je balayé comme une grosse merde.

C’est cette poésie de l’ordinaire qui peut parfois donner au texte un aspect un peu tiré, un peu flou et pessimiste ; car en effet on ne voit pas toujours où veut en venir l’auteur, et pourtant on adore le mouvement de ces jours, de ces mots qui se suivent parfois sans grande vitalité mais dans les quels on fini toujours par trouver le reflet d’une certaine beauté. On pardonne vite le rythme un peu brumeux qui convient bien à des textes courts.

On retrouve au travers de toutes les nouvelles du recueil un véritable respect pour l’écrivain, et plus encore pour l’écriture. Sans que cela occupe une place centrale dans chacun des récits, ces derniers s’articulent autour de personnages touchés et attirés par la grâce de l’écrit, de l’acte d’écrire, et de mettre le monde sur papier. Sans que cela soit réellement un fil conducteur, cet amour de l’écrit créer un lien particulier entre chaque texte, et interroge sur le rôle d’une telle action, écrire…

Interroger, c’est que fait Franck Mercier tout au long de son ouvrage. Il questionne beaucoup l’humain ; son sens, son rôle, son Moi et surtout son rapport aux autres. D’une façon très subtile l’auteur construit des récits très intimistes qui ne manquent jamais de s’inscrire dans une réflexion sur la place de l’individu paris le groupe. Pointant du doigt les mécanisme de la société il nous amène à nous interroger avec lui, poussant à la remise en question dans un processus d’identification très réussi.

L’envie, ouais, l’envie de voir de l’humain ; parler, pleurer et rire, l’envie toute bête de chaleur humaine, de frivolité, de tout ce qui caractérise notre espèce, les bonnes et les mauvaises aussi .

Et finalement à travers les rapports tendu qu’entretiennent ses personnages face au Hommes, Franck Mercier écrit une véritable ode à l’humanité. Montrant le beau, le lien et le simple là où il est le plus caché, là où il est le plus évident. Les personnages de Franck Mercier c’est cet homme si rien, si bancal, qui est pourtant vivant. Il nous écrit l’apocalypse du rien du tout. Il nous dit comment rien n’est jamais vraiment cassé.

Dans cette volonté de montrer le Beau, Franck Mercier donne une place particulière à la Nature dans ses textes. Presque omniprésente elle occupe un rôle à la fois fondateur pour l’Homme, qui va puiser en elle pour se créer, et un rôle transcendant, qui reste sublime et grande malgré les égarements des Hommes. On voit comme l’auteur pose sur cette Nature un regard aimant et respectueux. Je pense tout particulièrement à l’océan, qui semble être l’objet d’une fascination personnelle de l’auteur.

Deux jours déjà que l’océan se livre à mon regard tout neuf, deux jours que nul autre paysage de s’offre à moi, que le corps exulte, l’âme transpire, le rêve foisonne nourrissant ma nécessiteuse carcasse en émotions .

Finalement l’auteur arrive dans avec une composition harmonieuse à nous faire partager son intimité tout en imposant la réflexion sérieuse du nous et des autres. Sans être prétentieux c’est beau.

 L’envol sauvage sans direction prédéfinie.

Le grand plongeon dans l’inconnu et les limbes mystérieuse du soi avec soi.

Une aventure sans cesse renouvelée.

Un plaisir rare aux effluves sucrées amères. 

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Brokeback Mountain – Annie Proulx

C’est dans la pochette surprise de la médiathèque que j’ai découvert cette nouvelle de Annie Proulx. Je connaissais déjà Brokeback Mountain pour en avoir vu l’adaptation cinématographique en 2005, mais j’ignorais que c’était une adaptation. Il y a quelques semaines j’ai emprunté une pochette surprise (4 documents dont on ignore tout si ce n’est le thème commun inscrit sur la poche) intitulé “follement gay”. Quel ne fut ma surprise en découvrant Brokeback Mountain et d’apprendre que c’était une nouvelle tirée du recueil Les pieds dans la boue d’Annie Proulx daté de 1999.

Je garde un souvenir très ému du film. J’étais ressortie les yeux rouges de larmes mais heureuse. Un très beau film, une histoire terriblement triste. C’est donc avec nostalgie et plaisir que j’ai plongé dans la nouvelle.

Jack et Ennis se rencontrent alors qu’ils n’ont pas 20 ans. Engagé par Farm et Ranch Employment comme berger, les deux cow-boys vont passer l’été seuls sur la montagne. L’un est assigné au camp, l’autre au pâturage. Sans se le dire les deux jeune hommes tombent amoureux l’un de l’autre mais un tel amour n’a pas sa place dans l’Amérique des années soixante. Malgré la vie qui continue, leurs mariages respectifs, la pression de la société et la peur, les deux hommes ne cessent de s’aimer gardant dans leur cœur ces instants précieux passés sur Brokeback Mountain. Mais pour eux pas de bonheur.

Une histoire très émouvante d’un amour sincère qui ne peut s’exprimer librement. De deux être prisonnier de leur temps et de leur sentiment.

Le texte Annie Proulx est très court. Par les mots elle sait retranscrire l’ambiance du ranch, ça sent la transpiration, la retenue, l’incapacité de ce dire ce que l’on ressent avec les mots, la brutalité d’un sentiment qui nous dépasse… la poussière et l’odeur de cheval… Ce langage rend le récit très vrai, on s’y crois vraiment. Mais au même temps cela le rends moins émouvant que je ne l’attendais. On ne verse pas de larme.

Alors que le film m’avait beaucoup émue, ici j’ai trouvais que tout est beaucoup plus dans la retenue. On sent la tristesse, la désolation. On a de la peine pour les héros, mais pas de larmes. Et finalement c’est très bien comme ça. D’une part parce que cette absence de larme va avec le décor. Chez les cow-boys on ne s’épanche pas en sentiments. Et puis parce que cela fait découvrir l’histoire sous un angle un peu différent. C’est plus rustique, moins esthétique.

Maintenant j’ai envie de revoir le film.

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Aléas – Franck Mercier

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J’ai reçu ce livre des mains de l’auteur lui-même. J’étais curieuses mais je ne savais pas du tout à quoi m’attendre. Faut dire que c’est son premier livre et qu’il est sorti en autoédition. Autant dire que c’est la surprise totale.

C’est donc sans apriori aucun que j’ai ouvert le livre et y est découvert un recueil de nouvelles. Ce fut une jolie surprise. J’ai adoré la première (un peu moins la seconde). Et j’y ai trouvé un style d’écriture vraiment sympa auquel je ne suis pas habituée.

Mais avant de vous en dire plus sur mon ressenti prenons le temps de présenter le livre.

Aléas regroupe 4 nouvelles. Chacune d’entre-elle est racontée à la première personne par un héro narrateur un peu loser, écrivain raté, dérivant un peu en marge de la société, écumant les bars, cherchant sa place, ou une place tout court. La similitude de trait de chaque personnage principal est telle qu’il pourrait bien s’agir du même à différentes étapes de sa vie. Certains textes se font d’ailleurs écho.

L’écriture joue un rôle très important dans la vie de tous ces hommes (cet homme ?). Une écriture amie, exutoire nécessaire. Ecriture ennemie, inspiration qui ne vient pas, incapacité à se faire publier…

S’essayer à l’écriture, faire comme les vrais, y croire et s’y accrocher à tout jamais. Pour le plaisir et l’envie de partager. Pour soi tout d’abord et puis ensuite l’envol du récit qui vous échappe, presque plus à soi. Comme un artisan posant l’un après l’autre les mots-parpaings afin d’obtenir une structure durable, solide, aux formes harmonieuses

La lecture de la première nouvelle a été un délice. J’ai trouvé ça excellent. L’ambiance dans laquelle évolue le personnage m’était familière. C’est très vivant et simple, une tranche de vie qui pourrait être la notre, et là tout à coup, après quelques verres de trop dans le bistrot du quartier un simple retour au bercail sous une pluie battante devient une aventure épique. Ce décalage entre la situation des plus banales et la façon dont le personnage vit ces quelques mètres de marche sous la pluie m’ont vraiment beaucoup amusé. Sans parler du fait que je découvrais la plume de Franck Mercier et que le style à la fois très familier et poétique m’a conquise. Le texte est court et la chute très jolie. Bref, une excellente entrée en la matière. J’étais ravie.

Ma lenteur m’amusait presque, je regardais mes pieds pour pouvoir garder les yeux ouverts.ça bastonnais sec. Le vrai déluge, et je tentais avec ardeur de parvenir jusqu’à mon arche. Noé égaré et ridicule. Totalement. Au bout d’un quart d’heure, j’avais bien fait la moitié du terrain, et plutôt fier de moi. J’avais encore pris du poids et devait friser gentiment les cent kilos. Mes fringues étaient des choses pendantes, les lambeaux dégoulinants d’un zombie tout droit sorti d’une mauvaise série fantastique.

[…]

Penser au final est une chose, mais j’étais encore en pleine course ; j’accrochais péniblement le coin de la rue et mon obésité accidentelle m’épuisait plus vite qu’espéré. La fin du parcours s’avérait plus ardue que rêvée. Peu de distance à parcourir, mais un fol effort encore à fournir. Une épreuve pour sportif aguerri. Là, je doutais de me capacités, craignant de faillir à si faible distance de la ligne d’arrivée. J’angoissais un peu du coup, la perspective de pas tenir le choc, de finir la nuit je ne sais comment, dehors si prêt du but, me coupait le souffle plus encore. Et la pluie persistait dans son labeur acharné.

Ma vue me semblait-il se faisait de plus en plus floue, mes pieds ressemblaient à des choses énormes, hideuses. Je commençait à dérailler.

J’ai un peu déchanté avec la deuxième nouvelle. On y retrouve le même type de personnage, toujours l’écriture en arrière plan. Le style y est le même et c’est agréable, il y a de très joli passage, certains m’ont ému, d’autres m’ont fait rire. Mais j’ai eu du mal à accrocher à ce texte. Je pense que son principal défaut est sa longueur. Beaucoup plus longue que les autres cette nouvelle, elle souffre de quelques redondance, puis on perd le fil. A un moment donné je me suis même demandé s’il était toujours question du même personnage, soit j’ai pas bien compris soit il y a carrément une petite incohérence qui s’est glissé dans le texte et qui m’a perturbé. Quoi qu’il en soit je trouve que le texte aurait gagné à subir quelques coupes ou alors à être divisé e plusieurs nouvelles. L’ensemble suit une logique et déroule le fil des conséquences d’une décision malheureuse, mais j’ai eu du mal à rester concentrée. Puis je n’ai pas pu m’attacher au personnage, peut-être trop plaintif à mon goût.

J’ai beaucoup aimé ce passage du début de la nouvelle :

Et c’est sans parler de mes pompes ! Car elle sont usée mes pompes, pas à dire. Mais peu m’importe, je les aimes. Elle tiennent dans leur vétusté l’histoire de mes cinq dernières années, quelques-uns de mes sales moments, pas mal de chouettes aussi, arcs-en-ciel volés à la monotonie, au train-train aliénant. Pourries elle le sont, ces sympathiques rangers, que l’armée dans son extrême bonté a eu la négligence de me laisser piquer. Témoins privilégié de mon existence militaire, de chauds souvenirs parfois réconfortants. Et elles me traînent inlassablement depuis, malgré quelques signes d’usure bien compréhensibles. Elle me restent fidèles.

Les nouvelles suivantes retrouvent un rythme plus rapide, les textes sont plus court et le plaisir de lecture ne s’en trouve que renforcé. Dans la nouvelle L’envol on retrouve ce décalage entre une situation banale et l’envolée lyrique de l’esprit du personnage et c’est un régal. J’ai beaucoup aimé ce texte où tandis qu’une tempête qui se livre au dehors, le héro, enfermé à la maison attendant que les éléments se calment, se remet en cause. Ça se déchaîne aussi dans son esprit. C’est joli, c’est poétique et touchant.

Le feu crépite dans la cheminée, bousculé par instant de vicieuses rafales, s’engouffrant conquérantes, volontaires, des envies de tueuses – mettant en péril mon feu adoré, le centre névralgique de mon antre – dans une panique orangée, chaotique. Les flammes hésitent quant à la direction à prendre, luttant corps et âme pour leur survie.

J’écoute et j’observe : le ballet des flammes aux lentes et longues ondulations, secouées parfois d’accélérations subites, comme guidées par un orchestre fou, la fumée hésitante à prendre de la hauteur, à se trouver mêlée à la guerre qui l’attend au dehors.

J’écoute et j’observe, hypnotisé par la lutte qui s’engage. Je me fait vent, je me fait tempête, je suis le feu, le danseur discipliné et obéissant au desiderata du musicien, son esclave servile. Je suis la fumée acre et brûlante engouffrée dans le conduit sombre, luttant pas à pas pour sortir de l’obscurité, s’élever et prendre le large, dans l’air frais et humide de cette féroce tempête d’hiver. Sortir du tunnel, waouh, sacré challenge.

La dernière nouvelle, Aymar, flore bon l’été. Le héro part chercher un travail dans le sud et se retrouve bloqué au milieux de nulle part, le capot de la voiture fumant. Le hasard (parfois heureux) de la vie lui fera faire une belle rencontre qui lui donnera un nouveau départ. Il y a dans cette dernière nouvelle une touche d’idéalisme. Mais pourquoi pas. Parfois une rencontre suffit à vous faire reprendre vos esprit et retrouver votre chemin. Les personnages sont attachant. Et le texte est très agréable.

On avance lentement, colline après colline, côtes, descentes à n’en plus finir. La beauté du paysage de plus en plus sauvage, presque désertique, m’est masqué par ma flippe exponentielle. Je redoute la catastrophe, j’en implore la grâce divine, je pourrai je crois prier tout dieu à cet instant ; le hocquetement final de la machine m’obsède. On fait équipe malgré tout, elle et moi, équipe des plus bancales certes, mais solidaire dans l’effort. Je souffre autant qu’elle, elle transpire autant que moi. Nous sommes un, courbatus, attendant avec une hâte fantasmée la ligne d’arrivée, le soulagement du guerrier après la bataille, la belle et douce euphorie de l’après-peur. On va y arriver

En conclusion je dirais que ce premier livre est vraiment prometteur. S’il y a encore du travail, notamment sur la deuxième nouvelle dont la longueur n’est pas très bien maîtrisé, j’y ai découvert une belle écriture au style vivant et poétique, mettant l’accent sur la poésie ordinaire, celle des jours qui se suivent, pas toujours heureux, mais qui recèlent un part de beauté pour celui qui sait regarder. J’ai adoré le mélange de l’ordinaire, du langage familier à l’envolée lyrique faisant d’un événement banal une véritable aventure. Je ne marcherais plus sous la pluie de la même façon 😉

Un bon début qui ne peux que nous faire espérer de joli textes à venir.

Si vous êtes curieux et que l’univers du poète ordinaire de Franck Mercier vous intéresse vous pouvez trouver son livre ICI, ICI et ICI.

Vous pouvez également le suivre sur facebook. Blogueurs et blogueuses curieux(se) n’hésitez pas à contacter l’auteur pour découvrir son livre.

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La vie d’un idiot de Akutagawa

Décidément ce mois-ci je n’ai pas de chance. Je ne tombe que sur des livres qui ne me parlent pas (je pense au dernier roman chroniqué).

Si je suis extrêmement sensible, facilement émue jusqu’au larmes, en lisant des histoires de guerre, fictives ou réelles, de lutte pour la survie, de lutte contre l’oppression… Je reste absolument hermétique, froide comme le marbre face aux délires d’un dépressif suicidaire. En lisant Engrenage, la première nouvelle de ce mini recueil posthume, de Ryûnosuke Akutagawa, je n’ai éprouvé aucune empathie pour l’auteur, tout au plus de l’agacement.

Non seulement j’étais agacé par ce qu’il avait à dire, c’est à dire rien, mais je n’ai pas trouvé ça particulièrement beau. Je n’apprécie guerre les esthètes qui misent tout sur la beauté de leur phrases et non sur le contenu de leur histoire mais disons qu’il y a au moins la beauté des mots… Dans Engrenage j’ai rien trouvé. Tout au plus une ou deux tournures remarquables.

C’est tout à fait le genre de livre qui me font sentir idiote. J’ai passé tout la première nouvelle à me dire que, décidément, je suis vraiment pas une intélo et que là je comprends pas. Non pas que je ne comprenne pas les mots, je ne comprends pas quel est l’intérêt d’écrire (et de lire) de telle chose. J’ai le sentiment d’être complètement à côté de la plaque. J’ai du franchement me forcer.

Avec La vie d’un idiot, je n’ai pas eu le même ressenti. Les chapitres très courts sont plus percutant et directe. Il rendent l’ensemble, fluide et facile à lire. Je veux dire pas là que je ne me suis pas ennuyé, contrairement à la lecture d’Engrenage. Cependant je ne ai pas trouvé cet nouvelle spécialement intéressante. Il y a une esthétique dans ce deuxième récit à laquelle je n’ai pas été complètement insensible.

Dans la vie d’un idiot on peu lire :

Il savait pertinemment que chacun n’était pas ému de la même façon par une oeuvre artistique. Ceux que ses œuvres touchaient ne pouvaient qu’être des gens qui lui ressemblaient et qui avaient vécu une vie semblable à la sienne.

C’est sans doute pour cela que je ne suis pas émue. A moins que ce ne soit le contraire. C’est parce que je me sent capable de sombrer que je me refuse à éprouver la moindre empathie pour ceux qui coulent. Je n’éprouve que de la rage.

Voilà, je dit tout cela et je n’ai même pas présenté le livre. C’est vous dire dans l’état que cette lecture m’a mise ! Ces deux nouvelles ont été publié posthume. Dans Engrenage, on suit l’auteur, qui parle de lui même à la première personne, qui chemine vers la folie dans un quotidien morne et plein de souffrance. Avec la vie d’un idiot Akutagawa fait une brève autobiographie en quelques instantanés, dès scènes éparses et sans suite, des réflexions sur ce qu’il est et ce qu’il est devenu. Il l’écrit avec l’intention d’une publication posthume (ce qui rend le récit d’autant plus macabre). C’est son testament littéraire pourrait-on dire.

Je ne pourrais guerre en dire plus car en réalité je ne connais pas cet auteur et commencer par la fin n’était peut-être pas une bonne idée.

Connaissez-vous Akutagawa ? Que pensez-vous de cet auteur ? Lequel de ses livres conseillerez-vous ?

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Qu’est devenu l’homme coincé dans l’ascenseur?

Qu’est devenu l’homme coincé dans l’ascenseur ?

엘리베이터에 낀 그 남자는 어떻게 되었나

Kim Young-ha

1999

traduit en français par Lim Yeong-hee et Françoise Nagel

Editions Philippe Picquier

2011 pour l’édition française

 

Voici bien longtemps que je ne parlais pas d’un vrais livre, un livre sans images 😉

J’avais envie de me remettre à des lectures plus sérieuses  mais la quantité de manga à lire était si grande que j’avais du mal à trouver le temps de lire autre chose ces derniers temps… Et voilà qu’enfin je trouve le temps de m’attaquer à ma PAL* roman et nouvelles.

J’ai choisi un peu au hasard dans la pile et c’est ce recueil de nouvelles de Kim Young-ha qui en est ressorti. Je ne connaissez pas encore Kim Young-ha et j’ai été conquise.

Le recueil regroupe 4 nouvelles :

Qu’est devenu l’homme coincé dans l’ascenseur ?

Un homme vit sa pire journée. Tout va de travers : son rasoir casse alors qu’il n’a que la moitié du visage rasé, l’ascenseur est en panne et doit dévaler les 14 étages de son immeuble à pieds alors qu’il est déjà en retard. La il découvre un homme coincé dans l’ascenseur entre deux étages, cours chercher le gardien qui n’est pas là, tente de se faire prêter un portable pour appeler les secours mais personne ne lui vient en aide, il a oublié son abonnement pour le bus et alors qu’il tente de négocier avec le chauffeur et… pour le découvrir, lisez la nouvelle !

Les événement s’enchaînent faisant de cette journée un véritable enfers sur terre. Le tout conté avec humour. C’est un vrai plaisir à lire, un plaisir peut-être un peu pervers…

Vampires

L’auteur nous dit avoir reçu un étrange courrier qu’il nous retranscrit. Dans celui-ci une femme lui raconte sa rencontre avec son mari.

Beaucoup moins drôle que la nouvelle précédente, celle-ci fait un portrait peu reluisant des hommes coréens. Le style y est toujours agréable et si je l’ai moins aimé que la précédente, je l’ai trouvé intéressante.

L’amour à haute tension

Un homme tombe amoureux et fini par disparaître, il devient complètement invisible.

Une histoire étrange et captivante, qui encore une fois dresse un portrait acerbe des coréens.

L’homme qui n’avait pas d’ombre

On retrouve le style de l’auteur qui est agréable à lire, mais cette nouvelle m’a moins touché car le récit est trop dispersé. ça part dans tout les sens, entre les détails insignifiants du quotidien du narrateur (auteur?), les digressions et les apartés, j’ai eu beaucoup de mal à comprendre où l’auteur voulait en venir. D’ailleurs, à la lecture de la chute, je n’avais toujours pas compris. Ceci dit il y a de bon passages. Et de bons personnages.

Si j’ai un faible pour la première nouvelle que je trouve juste excellente, le recueil dans son ensemble m’a charmé et m’a donné très envie d’en découvrir plus sur son auteur Kim Young-Ha dont plusieurs romans sont disponible en français :

L’empire des Lumières

La mort à demi-mots

Fleur noire

Quiz Show


*PAL : pile à lire. Je précise parce que moi, la première fois que j’ai vu ce sigle dans un article… j’ai rien compris ^^’

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Tokyo électrique

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Tokyo électrique

Nouvelles traduites du japonais par Corinne Quentin

Picquier poche

2006

Ce livre regroupe cinq nouvelles d’écrivains tokyoïtes, toutes se déroulent dans la ville de Tokyo. Le recueil est paru en 2000 simultanément en France (pays pour lequel il a été conçu) aux éditions Autrement et au Japon aux éditions Kinokumiya. En 2006 les éditions Picquier proposent la version de poche (celle que j’ai lu).

Quatrième de couverture :

Cinq écrivains japonais de premier plan nous livrent leur vision de Tokyo. Des vison de l’intérieur, où chacun s’approprie le paysage d’une cité aux multiples visages, des dancing de Shinjuku à la douceur des quartiers gagnés sur la mer de la ville basse. La prostituée philippine, la ménagère au poste de police, la femme qui disparaît après avoir brillé dans le cœur des habitués d’un bar comme la brusque flamme d’une allumette, l’homme qui s’est installé une tente au sommet d’une tour et découvre soudain de là-haut les étoiles. Autant d’éclat d’histoires qui, de nuit comme de jour, illuminent la ville de Tokyo et en dessinent la géographie sentimentale.

Les nouvelles :

Yumeko de Muramatsu Tomomi :

Un groupe d’amis discute dans un bar dans le quartier de Fukugawa…

Les fruits de Shinjuku de Morito Ryûji :

Deux étudiants désœuvrés et drogués traînent dans le quartier de Shinjuku avec une prostitué.

Amants pour un an de Hayashi Mariko :

Une jeune femme propose à l’homme avec qui elle vient de passer la nuit d’être sa petite amie pour un an, jusqu’à retour de la fiancé de se dernier, partie étudier à l’étranger.

La tente jaune sur le toit de Shiina Makoto :

Fujii rentre du travail et découvre que son immeuble a pris feu. Après avoir récupérer quelques affaires, il cherche un logement de fortune. Ce sera le toit de l’immeuble où il travaille.

Une ménagère au poste de police de Fujino Chiya :

Natsumi, mère au foyer, se met à observer les poste de police de quartier après que sa fille lui ai demandé pourquoi il n’y a pas de femme dans les postes de police.

Mon avis :

Tokyo électrique… Ce recueil aurait plutôt du s’intituler Tokyo soporifique ! C’est du moins ce que j’ai pensé à la lecture de la première nouvelle, Yumeko. Ce n’est pas qu’elle soit désagréable à lire, mais il n’y s’y passe absolument rien. Des hommes, menant une vie plus paisible les uns que les autres, pimentant leur quotidien en projetant des fantasmes sur une belle femme apparue dans le quartier, et repartie sans laisser de traces. Les digressions sont nombreuses et à plusieurs reprises je me demandait où l’auteur voulait en venir. Soporifique l’est encore plus la nouvelle de Fujino Chiya – une ménagère au poste de police – qui conclue se recueil de façon assez déplaisante. Je n’ai pas du tout aimé cette dernière nouvelles, qui d’ailleurs est aussi la plus longue et la moins intéressante. les personnages y sont attachants mais l’intrigue ne va nulle part et c’est beaucoup trop long.

Electrique aurait pu être Les fruits de Shinjuku, mais, là encore, si l’ambiance du quartier est agitée, les personnages eux sont complémentent shootés. Ils se traînent plus encore que les autres. Dans la poste face, Corinne Quentin nous explique que le but de ce recueil est de montrer le Tokyo vu par les écrivains tokyoïtes, vision qui viendrait se confronter à celle que véhiculent les nombreux écrivains immigrés ou de passage. Et bien, après lecture, j’ai le sentiment que le titre du livre véhicule justement l’idée que nous transmettent ces voyageurs et pas tellement celle que l’on ressent à la lecture des nouvelles. En lisant ces nouvelles on ne découvre pas une Tokyo surpeuplée et survolté. Ce sont plutôt des vies de quartiers tranquilles. Un peu comme si de nombreux villages étaient collé les uns aux autres, avec chacun sa spécificité. On ne ressent pas de frénésie dans ces récit.

Si la première est la dernière nouvelles sont plutôt ennuyeuses, j’ai beaucoup aimé le texte de Shiina Makoto : La tente jaune sur le toit. L’histoire est amusant et le style vivant et agréable. le style de Hayashi Mariko aussi n’est pas mal. Mais j’ai moins aimé son histoire qui donne une image assez négative des femmes tokyoïtes.

D’ailleurs, de ce recueil, plus qu’une photographie de la ville de Tokyo, ce que j’ai retenu c’est l’image de la femme que projettent plusieurs nouvelles. J’ai du mal à trouver les mots pour exprimer avec exactitude ce que j’ai ressenti en lisant ses nouvelles, mais j’ai eu le sentiment d’une société rétrograde où les femmes, bien qu’émancipée financièrement, occupent une position sociale que je ne leur envie pas du tout. Position dans laquelle, d’ailleurs, elle se mettent elle-même, à l’instar de l’héroïne de Amants pour un an qui accorde plus d’importance au statut social de son amant qu’à sa moralité douteuse. Globalement, je trouve que ses nouvelle donnent une image assez négative de la femme japonaise.

J’ai été un peu déçue en lisant ce livre. Ce n’est pas que je m’attendais à quelque chose d’autre, mais, mise à part la nouvelle de Shiina Makoto, dont j’aimerais lire d’autres textes, je me suis plutôt ennuyée.

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En un instant, une vie – Bùi Minh Quôc

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Bùi Minh Quôc

En un instant une vie

Reccueil de nouvelles

traduite du vietnamien par Phan Huy Duong

Publié aux éditions Philippe Picquier,  1997

Les nouvelles :

Une nuit sous les chutes de la crinière du cheval :

Amour d’un soir, en haut d’un col perdu dans la jungle, entre un jeune homme et une jeune femmes tout deux engagé dans l’armée du Nord Vietnam.

Le dernier rêve :

Un homme, un ancien combattant, est hanté par ses cauchemars et le souvenir de sa bien-aimé perdue.

Un soir glacé :

Un journaliste sans travail est contraint de vendre des billets de tombola pour subvenir aux besoins de sa famille au côté d’une ex-dirigeante du parti. Militante dans la zone occupée et membre actif dans la libération du Sud, cette femme est hanté par le souvenir de 2 jeunes agents infiltrés, mort au combat sans qu’elle n’ai pu prévenir leur famille ni révéler la véritable identité de ses deux camarades.

L’eau sous les ponts :

Un vieux « guérillero non titularisé » et sa fille.

Le vieillard sorti une montre de sa poche, vérifia de nouveau l’heure. Il noua autour de sa taille un ceinturon garni de grenades M26, mit une mitraillette en bandoulière. Des armes américaines dont il s’était équipé en piégeant l’ennemi avec des mines. « Je suis un guérillero non titularisé. » Cela faisait six ans qu’il l’avait proclamé au commandant des troupes communales. Il rit, ne cachant pas sa fierté :  » Pourquoi me faire titularisé chez vous? C’est épuisant. Je me procure les armes et le ravitaillement moi-même. Je surveille les mouvements de l’ennemi avec mes propres moyens. Je détermine ma propre tactique. J’assume le combat entre la Nationale 1 et la voie ferrée, ceci pour la largeur, et pour la longueur, depuis le pont Ba Rim jusqu’à Cong Vi. Tout Américain qui s’aventure sur ce territoire est pour moi. D’accord?  » Il posait la question comme si elle était déjà réglée. Le commandement applaudissait naturellement des deux mains. on ne pouvait rêver contrat plus merveilleux à un moment où on manquait et d’hommes et d’armements. Il savait à quel point le camp de mines du vieillard était terrifiant. Rien que des mines américaines. Dieu seul savait comment le vieil homme avait pu se les procurer. Ou bien des obus. Parfois il en enterrait cinq d’un coup. De quoi réduire les tanks en miettes. Que dire alors des hommes. Le vieil homme possédait un stock d’arme impressionnant. Des grenades, des cartouches, deux mortiers et une mitrailleuse. De temps à autre, il offrait généreusement à la compagnie des cartouches de petits calibres et des grenades. Voilà pour sa puissance de feu. Quant à ses troupes, elles se réduisaient à lui-même et à sa fille unique dont la beauté faisait rêver les jeunes guérilleros.

En un instant, une vie :

Nouvelle qui donne son titre au recueil. C’est l’histoire d’une vieille femme du peuple plus révolutionnaire que bien des dirigeants du parti et qui pourtant ne recevra aucune gratitude.

Tu as beaucoup lu, beaucoup voyagé, beaucoup appris. Existe-t-il quelque part au monde des mères comme celles du Vietnam ? L’amour maternel est le plus ancien de toutes les amours humaines, n’est-ce pas ? Quelle mère n’aimerait pas par-dessus tout l’enfant né de son sein ? Pourtant, j’ai vu mère Thu aimer, choyer, protéger des enfants qui n’étaient pas d’elle autant que les sien, voire plus, pour la simple raison qu’il étaient des révolutionnaires.

Pendant les années où j’étais soupçonné d’avoir trahi, il n’y avait qu’un seul homme en mesure de certifier le sacrifice de Nhàn, c’était le cadre de la cinquième région militaire qui était venu chez mère Thu et s’était caché dans le souterrain un bref instant. J’étais certain qu’il reviendrait rendre visite à mère Thu après la libération. Il n’en fit rien. Je crus qu’il était mort. Le mois dernier, j’ai participé à un séminaire sur le travail de masse. A ma grande surprise, c’était lui qui dirigeait le séminaire.

Le père :

Une ouvrière accouche et déclare le directeur comme étant le père de l’enfant. Ce scandale ruinera la carrière du directeur.

La maçonne :

Dans un bar, le narrateur rencontre une ancienne camarade de lycée, celle qui avait inspiré sa nouvelle « la maçonne », première nouvelle qu’il aie publié.

Un dîner dans la jungle :

Le narrateur est invité par son jeune neveu à participer à un dîner d’affaires avec un sud coréen. Alors que le jeune homme y voit une chance de faire de bonnes affaires, le narrateur, lui, ne peut s’empêcher de penser à la Corée du Sud comme ancien ennemi.

« Au fait, avec qui t’es-tu associé?

– un grand groupe sud-coréen. »

Un frisson me saisit. Dans ma mémoire surgit un morceau de cadavres sanguinolents. Je glisse un regard de côté sur Toan. Il garde son air exalté, il continue de me présenter le groupe capitaliste sud-coréen. Le frisson qui me traverse s’éteint. Rien n’indique que mon neveu est toujours hanté par les terribles images passées. Je m’en souviens, cette année-là, il y a longtemps maintenant, et pourtant il me semble que c’était hier, je l’emmenais dans la montagne, juste après le massacre. Toutes les nuits, des mois durant, il faisait un cauchemar, hurlait, gigotait, tombait de son hamac. Aujourd’hui, dans sa bouche, ces mots, sud-coréen, ne semblent plus rien lui rappeler. Ils ne désignent plus qu’un partenaire pour les affaires. Dans le fond, il vaut mieux qu’il en soit ainsi.

 

Grand-mère :

Souvenirs d’une grand-mère qui, après avoir élevé tous ses enfants, s’occupera de l’éducation de ses petits enfants.

Chance et malchance :

 Un artiste voit son sort changer un soir de pluie, quand un homme étrange lui demande de créer pour lui un masque.

Mon avis :

Toutes les nouvelles ne se valent pas. Certaines sont plus touchantes que d’autres. Certaines mieux écrites que d’autres… Mais l’ensemble nous pousse à réfléchir sur bien des sujets.

L’action des nouvelles Une nuit sous la chute de la Crinière du cheval et  L’eau sous les ponts se déroule pendant la guerre, tout comme les souvenir raconté dans d’autres nouvelles. On s’interroge alors sur la vie dans un pays en guerre, sur la vie de ces jeunes qui n’ont connu que la guerre. J’ai eu la chance de naître dans un pays en paix et, même si la guerre est omniprésente dans les média, nous la vivons comme une chose lointaine, abstraite. Ici l’auteur nous parle de jeunes gens qui, comme les autres, sentent s’éveiller en eux leur premier sentiments amoureux, mais qui portent l’uniforme et qui n’aurons pas tous la chance de survivre au conflit. Les mot simples de l’auteur contrastent avec la dureté de la réalité qu’il décrit et rendent ses récits encore plus percutants.

Mais, la plupart des nouvelles réunies ici, ont pour décor le le Vietnam d’après guerre, au temps de l’unification, de la reconstruction et surtout de la désillusion. Ces femmes et ses hommes qui se sont battus pour leurs idéaux, se retrouvent malmené ou déçu par le régime qu’ils ont eux-même contribuer à instaurer. Tel la femme de Un soir glacé, qui, ex-dirigeante du parti et personnage important durant la guerre, se retrouve a devoir vendre des tickets de tombola sur le trottoir pour survivre alors que ses anciens camarades, toujours au pouvoir, affichent un luxe honteux. A la lecture de ces nouvelles on s’interroge alors sur l’effet du pouvoir et ses conséquences. Cet interrogation est ici d’autant plus frappante qu’il s’agit d’un pays communiste. Le comportement de certains dirigeants, ou même la politique menée par le pays qui apparaît en filigrane, derrière le récit, semble aller à l’encontre des principes défendus par les combattants. On se demande alors ce que deviennent les idéaux une fois le pouvoir en place. Est-ce que le pouvoir peut-il corrompre tous les hommes ? Faire oublier tous les idéaux ? Les idéaux d’un jours résistent-il a l’épreuve du temps et de la mise en pratique ?

L’auteur lui-même, ancien combattant communiste se voit aujourd’hui assigné à résidence pour sa lutte en faveur de la démocratie. On voit au fils des nouvelle sa désillusion et sa déception face à un régime qui n’a pas su être à la hauteur de ses attentes.

Bùi Minh Quôc nous fait également réfléchir à la reconstruction d’un pays et d’un peuple après une guerre. Celle du Vietnam ne fut pas seulement une guerre d’un pays contre un autre, mais aussi une guerre civile. Il est toujours délicats de reconstruire un pays uni, après un conflit fratricide. Même si de tel conflit son loin derrière nous, ici, en France, je ne peux m’empêcher de penser à ce que pouvait ressentir le peuple après la fin de la seconde guerre mondiale alors qu’une partie de la population avait soutenu le Maréchal Petain. Ce sont des questions qui dépassent les simples frontières d’un pays et nous font nous interroger sur la nature humaine.

Cette question de reconstruction d’un pays et de ses Hommes après une guerre est plus particulièrement traité dans la nouvelle Un dîner dans la jungle. Ici les deux protagonistes vietnamiens se retrouvent en compagnie d’un coréen du sud, jadis nation ennemie. Ce qui distingue le narrateur de son neveu, c’est son âge. Alors que l’un, le plus jeune, a laissé loin derrière lui la guerre passée et ne songe qu’au futur, voyant dans son interlocuteur coréen l’opportunité d’affaires fructueuses ; l’autre, plus âgé, ne peut se défaire du fantôme de l’ancien ennemi. Lequel des deux a raison ? Qu’elle est la meilleur façon des panser les plaies laissées par une guerre ? L’auteur ne nous donne pas de réponse clair. Il nous laisse nous interroger sur ces sujets délicats et complexes, en nous livrant des récits émouvants mais qui jamais ne tombent dans le mélodrame larmoyant.

Son écriture est simple et directe. On a l’impression de dialoguer avec l’auteur autour d’un verre, qu’il est nous raconte ses souvenirs. Si à la lecture de la première nouvelle son écriture me semblait même un peu trop simpliste, au fil des pages je me suis rendue compte que c’est qui fait la force de ses récits. Sous sa plume une mitraillette semble devenir un accessoire aussi banal qu’une ombrelle. N’est-ce pas, en effet, ce qu’elle est, un objet banal pour celui qui est englué dans les méandres d’un conflit qui s’éternise ? Le mots de Bùi Minh Quôc nous rendent parfaitement la banalité que prend le quotidien, quelque soit son contexte.

L’auteur :

Malheureusement je n’ai pu trouver que très peu d’informations sur l’auteur. Si on ne parle pas vietnamien c’est presque mission impossible. Même l’éditeur ne mentionne ni l’auteur, ni le livre sur son site. Il est vrai que ce recueil a été édité en 1997. Peut-être est-il épuisé et non réimprimé, mais je trouve dommage que la maison d’édition ne mette pas à disposition des lecteurs curieux des informations sur les auteurs qu’ils ont édité par le passé.

Je vous livre ici les seules informations que j’ai trouvé sur Bùi Minh Quôc. Informations que je n’ai pas pu vérifier.

Bùi minh Quôc est né le 3 octobre 1940 à My Duc, dans le nord du Vietnam. Il rejoint l’armée du Nord et infiltre le Sud Vietnam. Il participe à de nombreuses batailles, tout comme son épouse qui meut au combat en 1969.

Après la guerre il est nommé président de l’association des écrivains et des artistes dans la province de Lam Dong, puis rédacteur en chef du magazine Langbian.

En 1988, en compagnie de l’écrivain Treu Dav Bao Cu, il voyage à travers le pays pour faire signer une pétition ayant pour but de demander au Parti Communiste Vietnamien d’instaurer une démocratie. Il sera renvoyé du parti. Mais continue son action en faveur de la démocratie, ce qui lui vaudra d’être assigné à résidence depuis 1997.

Bùi Minh Quôc est également connu sous le nom de plume de Dong Huong Ly.

Si vous avez des informations complémentaires sur l’auteur et ses travaux, n’hésitez pas à mes les communiquer  

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