littérature

Abimagique [roman fantastique]

Pour ma première lecture du challenge Halloween 2020 j’ai pioché dans une pile de livres des éditions Le Bélial que j’avais gagné l’année dernière. Parmi ces livres j’ai choisi Abimagique pour la simple raison que le mot Halloween se trouve dans la première phrase : “C’était la fille coiffée style Halloween.” En choisissant ce livre, je ne savais pas vraiment à quoi m’attendre puisque c’est le premier texte de Lucius Shepard que je lis.

Abimagique est une femme étrange, cultivant un look de sorcière, des herbes médicinales, un goût exacerbé pour le psychodrame et une croyance féroce pour la fin du monde imminente. Un garçon tombe amoureux d’elle et nous parle de son expérience, il s’adresse au lecteur (ou à lui-même) à la deuxième personne du singulier donnant un ton très particulier au récit.

Cette lecture me laisse vraiment perplexe. L’histoire en elle-même je ne l’ai pas vraiment trouvé passionnante, mais c’est suffisamment intrigant pour avoir envie d’aller au bout. En revanche, j’ai commis une erreur irréparable qui a gâché ma lecture : j’ai lu la petite présentation sur le rabat de la couverture. On pouvait y lire : ” Hommage brûlant à la singularité féminine et au pouvoir des femmes”. Voilà qui met la barre haute. Sans trop savoir ce qu’allait raconter cette histoire, j’attendais donc l’hommage à la femme. L’ai-je eu ?

Ce que j’ai eu c’est un personnage féminin antipathique, une femme prétentieuse, manipulatrice, jouant du psychodrame, menteuse, secrète, irrespectueuse, capricieuse… bref une pétasse comme on n’aimerait vraiment pas en avoir pour amie, avec soi-disant une grande empathie pour l’humanité qu’elle prétend vouloir sauver, mais aucune empathie pour son prochain, manipulant ce pauvre garçon. Bref, on a une femme dont la principale qualité (sinon la seule) est  de bien faire l’amour. Si d’un point de vue scénaristique cela se tient, il y a des tas de manipulatrices et des mecs qui se laissent mener par le bout du… nez, je cherche en quoi cela représente un hommage au pouvoir des femmes. Franchement, je suis très perplexe. Il y a là un truc qui m’échappe.

Finalement dans ce court roman (ou longue nouvelle) ce qui m’a dérangé ce n’est pas tellement le contenu de l’histoire, mais la façon dont l’éditeur présente le texte. Il nous promet un hommage, et moi je trouve ça carrément offensant, car rien dans le personnage qui m’est ici présenté ne semble à mon sens rendre hommage, bien au contraire, le personnage féminin  est certes puissant, plus que son petit ami en tout cas, mais n’a rien de positif.

J’ai eu beaucoup de mal à faire abstraction de cette présentation tout au long du récit ce qui m’a littéralement gâché la découverte du texte, car à chaque fois que le narrateur parle de sa copine je ne pouvais m’empêcher de penser à cette petite phrase de présentation et ça me rendais folle de rage. Sans parler de toutes les petites phrases sexistes qu’on pouvait lire çà et là.

Je vais donc essayer de repenser au récit sans cette attente frustrée créée par la présentation de l’éditeur. Le texte en lui-même est intéressant. L’exercice littéraire d’écrire à la seconde personne du singulier n’est pas évident et l’auteur s’en sort plutôt bien. On se sent prix à part par le narrateur. Mais, vous l’auras compris, je n’ai pas aimé les personnages. N’ayant pour eux aucune affection, je ne peux pas non plus avoir d’empathie. Je suppose que l’auteur voulait présenter une femme fatale, mais je suis restée insensible à ses charmes. Je l’ai carrément trouvé antipathique, rien en elle ne m’a plu. Quant au narrateur, il n’est pas particulièrement sympa non plus, il se montre trop possessif, suspicieux, obnubilé par cette relation au point d’en oublier son travail. Et vu l’aperçu de ses amis, on se dit que s’il n’est pas terrible depuis qu’il est avec Abi, il devait être bien pire avant. Un mec quelconque sans intérêt, en somme.

Finalement l’intérêt du récit réside dans le doute qui plane tout du long : est-ce que Abimagique est une excentrique un peu folle ou une véritable sorcière avec des pouvoirs ? Et de ce point de vue là le récit est assez bien construit nous faisant douter, parfois on y croit, puis on y croit plus. On se demande où tout ça va nous mener et surtout jusqu’où cela va entrainer le narrateur.

C’est donc une histoire fantastique plutôt bien construite, qui ne rend hommage à personne, surtout pas aux femmes. Et qui met en scène des personnages pas sympas, ce qui, en soi, est un parti pris intéressant et original.

Un texte parfait pour le thème Sorcière, de la magie au féminisme”, puisqu’il est ici question de sorcière, magie, mais aussi de la femme. Cela me fait d’ailleurs réfléchir sur cette question de “femme” et “féminité”, car là où l’éditeur voit un hommage moi j’ai vu un texte très sexiste.


avec cette lecture je participe aux chalenges

 

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Commentaires

Syl.
6 octobre 2020 à 10:55

Pour l’instant, je ne noterai pas ce titre. Pas assez d’enthousiasme…



6 octobre 2020 à 16:35

Et bin il vaut mieux l’avoir comme amie justement…lol…en tout cas oui cela ne donne pas envie….mais il est court cela peut aider…;)



12 octobre 2020 à 20:05

Un bel avis où tu expliques clairement ce qui ne t’a pas plu et a gâché ta lecture, je crois que j’aurais eu la même réaction face à ce texte et aux attentes qui avaient été posées. C’est chouette que tu aies quand même réussi à trouver certaines qualités au récit autour de ce thème de sorcière/pas sorcière, qui lui m’intéresse.
Merci !



    13 octobre 2020 à 07:58

    oui, il y a de bonne idée dans ce titre mais les personnages ne m’ont pas plus, il sont très antipathiques, du coup pour l’hommage… c’est raté



19 octobre 2020 à 09:33

Je n’ai lu que Les attracteurs de Rose Street de cet auteur, j’avais apprécié l’atmosphère du récit. Dommage que cette femme soit aussi désagréable (il y a vraiment toutes sortes de sorcières) et que tu n’aies par retrouvé ce que tu avais lu dans la présentation, je comprends ta déception.



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