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Contes et légendes de Babylone et de Perse

Bonjour tout le monde, aujourd’hui je viens avec un vieux livre, un recueil de contes des éditions Fernant Nathan qui date de 1962 : Contes et légendes de Babylone et de Perse, écrit par Pierre Grimal. C’est le livre que j’ai choisi de lire pour le rendez-vous de mai : Mythologie Grecque et Perse en partenariat avec le challenge cette année sera classique de Nathalie et Blandine.

Une lecture doublement classique par son propos et par sa date d’édition. 😀

Au moment de réfléchir au thème du challenge Contes et Légendes, Yomu-chan m’avait mis au défi de traiter la mythologie grecque (que j’avais envie de traiter cette année encore) sous un angle nouveau. En effet, nous avons souvent tendance à parler de la mythologie gréco-romaine. Elle m’a alors proposé de réfléchir aux influences entre les Grecques et les Perses pour changer un peu d’angle de vue, et tourner mon regard vers l’Asie Mineure. Un défi passionnant qui mériterait bien plus de temps pour être approfondi. Je me suis néanmoins bien amusé à réfléchir à la question. Connaissant assez bien la mythologie grecque j’ai donc choisi d’axer ma lecture vers la mythologie perse que je ne connaissais pas du tout. Tout au long de ma lecture je me suis amusé à noter tous les éléments que j’ai rencontrés et qui faisaient écho a ce que je connais de la mythologie grecque. C’est sur cet axe que j’ai orienté ma lecture.

Je ne vais donc pas ici me contenter de vous livrer mon avis sur cette lecture, mais partager avec vous ces liens que j’ai faits tout au long de ma lecture.

Ce recueil est composé de 18 textes et s’ouvre avec un mythe fondateur : la création de l’homme.

J’ai trouvé ce récit très intéressant, car y sont présentés les différents dieux de la création. Tout commence avec Apsou et Tiamat, l’eau salée et l’eau douce, qui donnèrent naissance à Lahmou et Lahamou qui, à leur tour, donnent naissance à Anshar et Kishar (le haut et le bas). Leur fils Anu donne naissance à Ea (dieu de la connaissance) dont le fils Mardouk deviendra le dieu de tous les dieux. C’est Mardouk qui demande à ce que les hommes soient créés pour servir les dieux. C’est également Mardouk qui établit l’ordre de l’univers.

Mardouk peut faire penser à Zeus par son statut de chef des dieux. Dans ce mythe j’ai aussi relevé quelques autres détails qui me font penser à la mythologie grecque. Tiamat, la déesse primordiale, va entrer en conflit avec Mardouk et elle va créer des monstres qui rappellent diverses créatures du panthéon grec comme les Titans et autres fils de Gaïa (titanides, cyclopes, hécatonchires, géants…) ainsi que des créatures semblables aux centaures.

Et, sous les yeux des divinités, la vieille Tiamat fit surgir du sol des êtres épouvantables, des créatures de cauchemar, hérissées d’aiguillons, de crochets venimeux, soufflant le feu, la fumée et l’ouragan. Beaucoup étaient lumineux comme le feu d’une forge, et il était impossible de soutenir leur éclat. D’autres étaient des géants dont le corps se terminait par une queue de scorpion. Il y  avait des oiseaux effrayants, avec des ailes de chauves-souris, mais aussi énormes qu’une montagne ; des chevaux à torse humain, aussi rapides, sur leur sabot de bronze, que les vents du désert. (p. 12)

Plus que leur description physique, ces créatures m’on rappelé les titans par leur fin : victorieux Mardouk précipite les créatures monstrueuses dans les abimes, comme Zeus avec les titans.

Dans ce chapitre, qui s’intitule pourtant “la création de l’homme”, les hommes jouent un rôle insignifiant et n’apparaissent qu’à la toute fin. Après avoir gagné contre Tiamat, Mardouk gagne l’estime de tous les dieux et devient le roi, il établit l’ordre de l’univers assignant à chaque dieu un rôle précis et enfin, pour satisfaire les dieux, il crée les hommes dont le rôle est de servir les dieux. Ce n’est pas vraiment Mardouk qui crée les hommes, mais son père Ea à la demande de Mardouk qui lui confie le cadavre décapité de Kingou, le dieu qui s’était révolté contre Mardouk au côté de Tiamat.

Mardouk considérant que Kingou était, après Tiamat, le plus grand coupable, le tira de son cachot, lui coupa la tête et livra à Ea le cadavre encore chaud. Ea, de sa substance, façonna une petite créature que tous les dieux s’accordèrent à trouver ridicule, mais fort propre à la fonction qui lui était dévolue. C’est ainsi que naquit la race des Hommes.

Les Dieux furent joyeux de cette création, qui leur donnait des serviteurs et ne leur semblait pas dangereuse. (p. 21)

Mardouk

Le chapitre suivant raconte l’épopée de Gilgamesh. J’ai sauté ce chapitre puisque j’ai lu cette épopée il n’y a pas très longtemps dans une version racontée par Pierre-Marie Beaude.

Ensuite nous découvrons “l’occasion perdue”, l’histoire d’Adapa, le serviteur d’Ea doté d’un grand savoir. Adapa se rend dans le royaume des dieux, mais, trompé par Ea, rate l’occasion d’accéder à leur rang.

Avec “le retour du printemps” nous découvrons une autre divinité : Télépinou, une des divinités de la fécondité, responsable du dégel en mars. Vexé par le manque de dévotion des hommes, Télépinou refuse de se réveiller et demeure introuvable. La Reine des dieux envoie donc une abeille le chercher après que les autres dieux aient échoué dans cette tache.

Télépinou

Dans le chapitre suivant, on découvre “l’histoire du monstre Oullikoummi qui devint aussi haut que le ciel”. Oullikoummi est le fils d’un dieu et d’une montagne. Géant de pierre, il est enfanté pour assouvir la vengeance du dieu Koumarbi. Oullikoummi grandit jusqu’à atteindre la voute céleste et briser celle-ci.

Oullikoummi

Mais plus que l’histoire de vengeance entre les dieux, ce qui ma frappé dans ce mythe c’est un personnage secondaire : le géant Oupellouri “qui soutient sur son dos le poids de la terre et du ciel”. Ça nous vous rappelle rien ? Atlas bien sûr ! Le géant qui fut condamné à porter sur son dos la voute céleste et le poids du monde.

Atlas par Le Guerchin

Nous découvrons ensuite “la défaite du dragon” ou l’on suit la guerre qui oppose le dragon ou dieu de l’Ouragan, “le chasseur maudit” qui raconte la genèse de la constellation d’Orion.

Avec l’arc de la Déesse, nous découvrons Anat, la déesse de la chasse et de la guerre. Mais les noms des dieux nommés ici différents de ceux déjà rencontrés, je me demande donc si nous ne somme pas dans un autre panthéon. Époque différente, ethnie différente ? L’Empire perse fut très grand et engloba divers peuples donc ce n’est probablement pas la même religion que celle dont il était question dans les légendes précédentes. Pas de Mardouk ici, mais un certain Baal, fils de El. En faisant quelques recherches rapides Baal serait un dieu cananéen et phénicien alors que Mardouk est babylonien. D’après ce que je comprends, ils occupent le même rôle. C’est dommage que l’auteur passe de l’un à l’autre sans donner d’explication. Anat, déesse de la chasse, peut faire penser à Artémis la déesse grecque de la chasse. Mais mis à part le fait que les deux soient des femmes et que leur arme soit l’arc et les flèches, je n’ai pas noté d’autres points communs dans ce récit. Ici, Anat réclame à un jeune homme ses armes, le jeune homme ne croyant pas avoir à faire à la déesse refuse et… ça tourne mal pour lui.

Artémis. Vitrail de Géza Maróti

Le conte suivant “Le Bon et le Mauvais” raconte l’étrange histoire de deux jumeaux qui se déchirent avant de se réconcilier au déclin de leur vie grâce à l’intervention d’un homme né d’une vache. Dans “le voeu oublié”, une déesse se venge après que le roi n’ait pas tenu la promesse d’offrande qu’il lui a promise. On ne plaisante pas avec les promesses faites à Asherat. Mais grâce à l’intervention de Baal le roi s’en sort bien, non sans avoir failli mourir.

Avec le conte suivant, “la mort d’Adonis, nous sommes en pleine mythologie grecque. Je me demandais d’ailleurs qu’est-ce que ce récit faisait là, jusqu’à ce qu’à la fin  on nous explique :

L’histoire d’Adoni se répandit dans toute la Syrie et jusqu’à Babylone, le sort cruel de ce jeune homme, si beau, enlevé à son amour et revenu sur terre, par la grâce du roi des dieux, fit beaucoup rêver les femmes qui, chaque année, imaginèrent de le pleurer. C’est pourquoi, un peu avant le retour du printemps, elles plantaient, dans des vases, quelques graines de fleurs et de plantes vertes qu’elles arrosaient d’eau tiède afin de les faire pousser plus vite. Elles appelaient ces plantations les “jardins d’Adonis”. (p. 184)

Voilà un conte qui vient donc parfaitement illustrer les influences entre mythologie grecque et perse.

Avec les récits suivants c’est l’histoire de l’Empire perse qui nous est racontée : la reine Sémiramis, comment finit l’empire de Babylone, la dernière révolte, comment les Mèdes se donnèrent un roi, l’enfant du roi Cyrus, histoire de Crésus, la mort de Cyrus. Dans cette dernière série de contes historiques, nous faisons une nouvelle rencontre avec la Grèce.En effet, Crésus interroge les oracles grecques avant de se fier à la prédiction faite par l’oracle de Delphes. Prédiction qu’il interprète mal et qui le conduit à sa perte. Il fait également la rencontre d’un philosophe grecque : Solon.

Voilà pour ce qui est des histoires découvertes dans ce livre. Quelques mots maintenant sur le livre lui-même. J’ai pris beaucoup de plaisir à lire ce recueil. Les textes sont plutôt agréables, accessibles et vivants. J’ai trouvé la plupart des légendes très intéressantes, d’autant plus que je ne connais presque rien de tout ce qui est conté ici. Un seul petit bémol peut-être, j’ai eu le sentiment que l’auteur nous livre son jugement de valeur et pas forcément la morale de l’époque. Je ne serais pas vous donner d’exemples concrets, c’est plus un sentiment général qui se dégage de ma lecture.

Cela reste une très chouette lecture et si vous tombez sur ce livre je ne peux que vous inciter à le découvrir. Moi, en tout cas, il m’a donné envie d’en savoir plus sur les divers panthéons perses.

Si vous avez envie d’aller plus loin dans la réflexion autour des influences Greco-Perse, je vous invite à lire le billet de Yomu-chan.


Pour aller plus loin

Une Histoire et des légendes gréco-perses ? ~ by Yomu-Chan

Mythologie perse sur le blog :

L’épopée de Gilgamesh [légende]

Mythologie grecque sur le blog :

Traditions d’Olympus [webtoon]

Socrate le demi-chien, Héraclès [BD]

Premières lignes #24 – Petites Histoires des expressions de la mythologie

Atalante [mythologie]

Persée vainqueur de la Gorgone – Yvan Pommaux [album jeunesse]

Orphée et la morsure du serpent – Yvan Pommaux

Deux livres pour découvrir la légende du roi Thésée

Herakles

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Commentaires

4 juin 2021 à 21:16

Merci pour toutes ces précisions !
J’ai bien noté cette nouvelle participation.
J’avais plusieurs livres de cette collection, ils doivent encore être quelque part chez ma mère…



6 juin 2021 à 09:46

Je ne connais rien aux contes perses. Tu éveilles ma curiosité. Merci de la découverte !



    6 juin 2021 à 13:52

    avec plaisir. C’est vrai que cette mythologie là on en parle pas souvent, mais si tu aime la mythologie grecque ça devrait te plaire aussi. Les dieux perses n’ont rien à envie à leur homologues grecs niveaux “intrigues de cours” un peu moins porté sur les galipette en revanche XD



9 juin 2021 à 09:15

Comme c’est intéressant de découvrir les influences communes et les appropriations.
Merci pour cette belle présentation



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