littérature

Un long, si long après-midi [thriller]

Bonjour tout le monde. Aujourd’hui je vais vous parler d’un roman que j’ai beaucoup aimé : Un long, si long après-midi d’Inga Vesper, sorti fin mars aux éditions de La Martinière.

Couverture Un long, si long après-midi

Par un chaud après-midi d’été, Joyce, épouse parfaite d’un quartier résidentiel californien de la fin des années 50 déclare : « Hier, j’ai embrassé mon mari pour la dernière fois. Il ne le sait pas, bien sûr. Pas encore. ». C’est ainsi qu’on découvre cette femme, qui sous son aspect d’épouse et de mère modèle, cache un coeur torturé. Cette après-midi-là, elle va disparaitre, et c’est sa femme de ménage qui va s’en rendre compte, en arrivant chez Joyce à l’heure habituelle. Ruby trouve les enfants seuls et une flaque de sang dans la cuisine. Inquiète, elle va appeler la police et attendre avec les enfants leur arrivé.

C’est Mike, un flic fraichement débarqué de New York, qui sera en charge de l’affaire, une affaire facile, lui dit-on. Un suspect est déjà en garde à vous. Qui ? Ruby, la femme de ménage noire, évidemment. Pourquoi ? Parce qu’elle est noire, quelle question !

Mais Ruby et Mike ne vont pas se laisser faire. Mike n’est vraiment pas du genre à arrêter le premier noir qui passe, il a l’intention de mener une vraie enquête quitte à déranger sa hiérarchie et ses collègues. Quant à Ruby, si elle tient à prouver son innocence, elle veut surtout retrouver Joyce, la seule femme blanche du quartier à l’avoir traité avec respect, et quoi qu’en disent les autres résidents ou sa famille, Ruby considère Joyece comme une amie. Elle veut savoir ce qui s’est passé. Mike voit là une opportunité d’avoir des oreilles et des yeux à l’intérieur de ce quartier qui se révèle bien vite moins paisible qu’il n’en a l’air.

Sous le fard et les jolies façades se cachent des femmes au foyer dépressives. Qui ne le serait pas dans de telles conditions ? On a beau leur dire qu’elles ont tout ce qu’il faut pour le bonheur d’une femme, personne n’a pris la peine de leur demander ce qui les rendrait vraiment heureuses, elles.

Quelle publicité sexiste apparaissait normale dans les années 50-60 ? -  Quora

Un roman très riche qui aborde de sujets très intéressants tout en suivant la trame d’un traditionnel roman policier, avec une disparition inquiétante suivie d’une enquête à plusieurs rebondissements.

Si l’enquête elle-même n’approche, pour moi en tout cas, pas de réelle surprise, j’ai beaucoup aimé sa construction. La façon dont Mike, contre l’avis général cherche à en savoir plus sur Joyce, sa vie, son mari… mais aussi la vie du quartier. Mike a l’esprit bien plus ouvert que ses collègues, mais il ne manque pas malgré tout de maladresse, il est peut-être en avance sur son temps, mais il reste un homme des années 50-60. Ce qui est intéressant c’est comme il est ouvert d’esprit, il est prêt à entendre ce que vont lui dire les femmes qu’il rencontre dans cette enquête. Ruby, mais aussi un autre personnage féminin intéressant. Un personnage secondaire dans l’intrigue, mais qui apporte beaucoup de réflexion sur la condition féminine.

Car ici il sera plus question de condition féminine et de racisme que d’enquête criminelle. En effet, dès le début Mike se heurte au racisme pleinement assumé de la police, s’il ne partage pas l’avis de ses collègues, Mike peine tout de même à se faire une place auprès de Ruby qui se méfie de lui puisqu’il représente le pouvoir blanc dominant. Plus encore que Ruby, se sont ses proches qui voient d’un très mauvais œil sa collaboration avec Mike. Si ce sont les blancs qui dominent et donc qui sévissent, on voit que le racisme est à double sens. Chaque communauté restant repliée sur elle même. Mike et Ruby ne sont pas comme ça, mais ils sont des exceptions et ont beaucoup de mal à faire accepter leur point de vue. Et loin d’avoir une version très manichéenne avec les gentils et les méchant, Inga Vesper offre des personnages bien construits, réalistes et touchants dans leur maladresse. Malgré toute sa bonne volonté, Mike n’est pas à l’abri d’avoir quelques réactions réactionnaire. Ce que j’ai aimé chez lui c’est qu’il est prêt à se remettre en question, à comprendre que non ce n’est pas normal de réagir comme il le fait parfois. Ruby est une très jeune femme et à donc parfois des réactions un peu puériles, impulsives. Normale quand on a que 17 ans, même si la vie a fait de vous le moteur de toute une famille. Elle est très forte, prête à se battre et surtout animée par un profond désir d’aller plus loin que le rôle qu’on lui assigne. Tout comme Joyce dans sa banlieue chique et blanche, Ruby aura à se battre contre le sexisme qui l’exclus même de la lute pour les droits civiques en pleine effervescence dans les Etats-Unis de l’époque.

Mais le récit ne se concentre pas que sur Ruby et sa condition de jeune femme noire dans une Amérique raciste et patriarcale. On va aussi beaucoup s’intéresser aux femmes des beaux quartiers et on va gratter sous le vernis pour montrer l’envers du décor : caché derrière une façade de paradis, l’enfer que vivent ces femmes obligées d’être toujours parfaites, prêtes à assouvir les moindres désirs de leurs maris, n’ayant d’ailiers d’autre but dans la vie qu’être une parfaite épouse, une parfaite mère, et parfaitement séduisante s’il vous plait. Une vie qui fait froid dans le dos !

La Marche du 28 août 1963

Si l’enquête est bien menée, les personnages intéressants et attachants, ce qui fait que j’ai vraiment beaucoup aimé ce roman, c’est toute la contextualisation sociale. Cette lecture nous pousse à réfléchir à la condition de la femme, aux droits civiques et bien que cela se passe à la fin des années 50. Cette réflexion reste toujours actuelle. Ce roman agit un peu comme une mise en garde. N’arrêtons pas de réfléchir à ces sujets, car il ne faudrait pas retomber dans les travers de l’époque. Si depuis, beaucoup de progrès ont été faits que ce soit contre le racisme ou pour l’amélioration de la condition féminine, il suffit de regarder les infos ou de regarder les statistiques pour voir que les forces de l’ordre sont encore très racistes, que les femmes sont encore victimes de violence.

Bref, un super roman qui offre à la fois divertissement et réflexion avec une enquête bien menée, un style très dynamique et agréable à lire, des personnages touchants et un background hyper intéressant dans une société américaine en pleine mutation.

Avant de vous quitter, encore 2 mots sur le style. Si le fond m’a plu, la forme aussi. On alterne les divers points de vue : Joyce, Ruby, Mike. Ils sont tour à tour le narrateur et j’adore les récits à voix multiples. Je trouve que ça donne plus de profondeurs au récit et cela permet de mieux connaitre chaque personnage, d’adopter leur point de vue et de connaitre leur pensée. Un long, si long après-midi est le premier roman d’Inga Vesper et je le trouve très réussi. J’ai hâte de découvrir ce qu’elle écrira par la suite. En tout cas, c’est un nom que je vais retenir.

sur le site des éditions de La Martinière

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Avec cette lecture je participe au challenge Polar et Thriller, au challenge Petit BAC et au challenge le tour du monde en 80 livres.

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Commentaires

2 avril 2022 à 07:52

Je note !!! Ce roman a tout pour être passionnant, comme tu dis !



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