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Graine de Bouddha

Le voyage en Corée continue avec un nouvel album jeunesse. Il n’est pourtant pas question ici de Corée mais de bouddhisme.

Graine de Bouddha met en scène un vieux bonze et son très jeune disciple. Le texte, sous forme des question réponse rend très bien allure que pourrais prendre la conversation entre les deux personnages avec à chaque page un pourquoi.

Lorsqu’ils sont confrontés à une difficulté, les bonzes gardent toujours une attitude positive.

Pourquoi ?

Parce que là où il y a de l’ombre, il y a aussi la lumière.

Ces petits texte (quelques lignes à chaque double page) nous permettent d’approcher un peu la philosophie des bonzes bouddhistes (ou du moins de certains courant bouddhistes).

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Les illustrations de Kim Jae-hong sont très belles, douces et réalistes. Si j’ai apprécié la douceur qui se dégage de cet album. Le côté un peu trop simpliste de l’histoire n’a guère retenu l’attention de Mimiko qui n’a pas du tout d’affinité avec ce qui est dit (comme quoi, les chiens font parfois des chats).

Graine de Bouddha

texte de Kim Jong-sang

illustration de Kim Jae-hong

Picquier Jeunesse

 6/20

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Au cochon porte-bonheur

cochon porte bonheur

Au cochon porte-bonheur

Kim Jong-ryeol

illustrations de Kim Suk-kyeong

2006

traduction de Lim Yeong-hee et Françoise Nagel

Picquier jeunesse – 2013

Un étrange magasin s’est installé dans la ville d’Azalée. Une publicité dans les boites aux lettres annonce :

« Azaléens ! La chance vous attend au Cochon porte-bonheur. Venez nombreux et emportez l’article de votre choix sans débourser un sou. Parole de Cochon porte-bonheur ! »

On a beau râler et dénoncer la probable supercherie, personne ne résiste à la tentation de gagner quelque chose. La convoitise attire bientôt tous les habitants de la ville, mais d’étranges phénomènes semble accompagner l’arrivé du mystérieux Cochon porte-bonheur.

/!\ avis avec spoiler /!\

« Chacun souhaite que la chance lui sourie. Mais la plupart des êtres humains ne savent pas se satisfaire du peu qu’ils ont. Et comme ils en réclament toujours plus, ils la font fuir. »

Voilà ce que Kim Jong-ryeol dennonce dans cet étrange conte surréaliste où les gens, poussé par leur avidité se transforment peu à peu en cochons. Cette métamorphone n’est pas sans me rappeler la scène où les parents de Chihiro se transforment en porc dans le film de Miyazaki Le voyage de Chihiro. Je me souviens qu’à l’époque la scène aviat fortement impressioné ma fille. Ici  aussi l’enfant assiste impuissant à la transformation de ses parents.

La fin du récit reste ouverte et aucun happy end ne vient rassurer le jeune lecteur. Ce conte sonne comme un avertissement : il ne tient qu’à nous de prendre en main notre vie et éviter de ceder à la tentation et à la convoitise, à nous de préserver ce qui est vraiment important.

Un petit livre qui se lit en une heure, pour les jeunes lecteurs peut-être, mais qui plaira sans doute aux grands.

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Féline – Bu Hui-ryeong

Après deux light-novel japonais (Le gardien de l’esprit sacréN°6) c’est au tour de la littérature jeunesse coréenne d’être à l’honneur sur Ma
petite Médiathèque.

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Féline

Bu Hui-ryeong

2006

traduit du coréen par Lim Yeong-hee et Françoise Nagel

Picquier jeunesse

2009 pour la traduction française

Lire un extrait

Ce roman c’est la vie d’un chat de gouttière qu’il nous raconte. Il est écrit  à la première personne. Le héros est un jeune chat que sa mère, l’estimant assez grand pour survivre par ses propres moyens, a abandonné. Apeuré et seul, il doit apprendre à sourvenir seul à ses besoins, chercher de la nouriture et se défendre des gros matous bien plus dangereux que les humains.

Alors qu’il est en quête de nourriture dans un parc, il y rencontre une jeune fille pas comme les autres. C’est le coup de foudre au premier regard ! Serait-elle ce que, dans le monde des chats, on appelle un homme-chat ?

La fille fouilla dans sa poche et en sorti quelques petits anchois séchés qu’elle me tendit. Pour la première fois de ma vie, je mangeai à même la main d’un humain. Elle était douce.

Tout en humectant les anchois de ma salive avant de les saisir entre mes canines, je pris une décision : J’allais l’apprivoiser.

Si Minet a le coup de foudre, Minyeong ne semble pas vouloir s’intéresser à lui. Réussira-t-il à la séduire et rester au près d’elle ?

Dans l’avant propos, l’auteur s’adresse à ses jeunes lecteurs dans ces termes :

Le souhait que je voudrais exprimer dans mon roman, c’est que vous appreniez à grandir pour devenir aussi autonomes que les chats. Même si ce n’est pas toujours facile !

C’est bien de cela qu’il est question dans ce court roman : le chemin vers l’émancipation que doit entreprendre tout adolescent. Tout comme Minet, à la fois personnage principal du roman et narrateur subjectif, la jeune Minyeong doit apprendre à laisser sa mère lui échapper et commencer à prendre soin d’elle-même. C’est ensemble que le jeune chat et l’adolescente vont parcourir la route qui mène à l’indépendance.

Le style de l’auteur est très plaisant. Elle nous offre un texte à la fois facile à lire et subtile. Bien qu’il s’adresse à des jeunes lecteurs j’ai pris un réel plaisir à lire ce roman. Les personnages sont très attachants, tout particulièrement le jeune chat qui jette sur les humains qui l’entourent un regard à la fois tendre et critique. Le fait de montrer les humain à travers les yeux de chat, permet de prendre un certains recul.

Quand on aime quelqu’un, c’est normal d’avoir envie de rester près de lui. J’étais sûr qu’elle avait de l’affection pour moi. Alors pourquoi avait-elle fait cela? Cela voulait-il dire que chez les humains le cœur et la tête ne fonctionnent pas en harmonie ? Pour quelle raison ?

Il arrive parfois que les humains se montrent plus sages que nous, mais pas toujours. Sur deux points, ils sont particulièrements bêtes. Tout d’abord, ils sont incapables d’oublier le passé. Ensuite, ils s’inquiètent à l’avance de l’avenir. Du coup, ils ratent le plus important : le présent. Ils ignorent la valeur de ce qu’ils possèdent. Ils désirent toujours ce qu’il ne peuvent pas
obtenir. Quelle bêtise !

La vie de chat nous est raconté avec beaucoup de détails : la chasse, la litière, la pluie… mais l’auteur sait comment captiver notre attention et ne jamais rendre le récit ennuyeux. Il s’agit du premier roman de l’auteur et je trouve qu’il est particulièrement réussi. J’espère que d’autres de ses romans seront traduit prochainement en français. Comme je l’ai dit plus haut, ce livre s’adresse aux jeunes lecteurs mais il plaira tout autant aux moins jeunes.

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Tokyo électrique

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Tokyo électrique

Nouvelles traduites du japonais par Corinne Quentin

Picquier poche

2006

Ce livre regroupe cinq nouvelles d’écrivains tokyoïtes, toutes se déroulent dans la ville de Tokyo. Le recueil est paru en 2000 simultanément en France (pays pour lequel il a été conçu) aux éditions Autrement et au Japon aux éditions Kinokumiya. En 2006 les éditions Picquier proposent la version de poche (celle que j’ai lu).

Quatrième de couverture :

Cinq écrivains japonais de premier plan nous livrent leur vision de Tokyo. Des vison de l’intérieur, où chacun s’approprie le paysage d’une cité aux multiples visages, des dancing de Shinjuku à la douceur des quartiers gagnés sur la mer de la ville basse. La prostituée philippine, la ménagère au poste de police, la femme qui disparaît après avoir brillé dans le cœur des habitués d’un bar comme la brusque flamme d’une allumette, l’homme qui s’est installé une tente au sommet d’une tour et découvre soudain de là-haut les étoiles. Autant d’éclat d’histoires qui, de nuit comme de jour, illuminent la ville de Tokyo et en dessinent la géographie sentimentale.

Les nouvelles :

Yumeko de Muramatsu Tomomi :

Un groupe d’amis discute dans un bar dans le quartier de Fukugawa…

Les fruits de Shinjuku de Morito Ryûji :

Deux étudiants désœuvrés et drogués traînent dans le quartier de Shinjuku avec une prostitué.

Amants pour un an de Hayashi Mariko :

Une jeune femme propose à l’homme avec qui elle vient de passer la nuit d’être sa petite amie pour un an, jusqu’à retour de la fiancé de se dernier, partie étudier à l’étranger.

La tente jaune sur le toit de Shiina Makoto :

Fujii rentre du travail et découvre que son immeuble a pris feu. Après avoir récupérer quelques affaires, il cherche un logement de fortune. Ce sera le toit de l’immeuble où il travaille.

Une ménagère au poste de police de Fujino Chiya :

Natsumi, mère au foyer, se met à observer les poste de police de quartier après que sa fille lui ai demandé pourquoi il n’y a pas de femme dans les postes de police.

Mon avis :

Tokyo électrique… Ce recueil aurait plutôt du s’intituler Tokyo soporifique ! C’est du moins ce que j’ai pensé à la lecture de la première nouvelle, Yumeko. Ce n’est pas qu’elle soit désagréable à lire, mais il n’y s’y passe absolument rien. Des hommes, menant une vie plus paisible les uns que les autres, pimentant leur quotidien en projetant des fantasmes sur une belle femme apparue dans le quartier, et repartie sans laisser de traces. Les digressions sont nombreuses et à plusieurs reprises je me demandait où l’auteur voulait en venir. Soporifique l’est encore plus la nouvelle de Fujino Chiya – une ménagère au poste de police – qui conclue se recueil de façon assez déplaisante. Je n’ai pas du tout aimé cette dernière nouvelles, qui d’ailleurs est aussi la plus longue et la moins intéressante. les personnages y sont attachants mais l’intrigue ne va nulle part et c’est beaucoup trop long.

Electrique aurait pu être Les fruits de Shinjuku, mais, là encore, si l’ambiance du quartier est agitée, les personnages eux sont complémentent shootés. Ils se traînent plus encore que les autres. Dans la poste face, Corinne Quentin nous explique que le but de ce recueil est de montrer le Tokyo vu par les écrivains tokyoïtes, vision qui viendrait se confronter à celle que véhiculent les nombreux écrivains immigrés ou de passage. Et bien, après lecture, j’ai le sentiment que le titre du livre véhicule justement l’idée que nous transmettent ces voyageurs et pas tellement celle que l’on ressent à la lecture des nouvelles. En lisant ces nouvelles on ne découvre pas une Tokyo surpeuplée et survolté. Ce sont plutôt des vies de quartiers tranquilles. Un peu comme si de nombreux villages étaient collé les uns aux autres, avec chacun sa spécificité. On ne ressent pas de frénésie dans ces récit.

Si la première est la dernière nouvelles sont plutôt ennuyeuses, j’ai beaucoup aimé le texte de Shiina Makoto : La tente jaune sur le toit. L’histoire est amusant et le style vivant et agréable. le style de Hayashi Mariko aussi n’est pas mal. Mais j’ai moins aimé son histoire qui donne une image assez négative des femmes tokyoïtes.

D’ailleurs, de ce recueil, plus qu’une photographie de la ville de Tokyo, ce que j’ai retenu c’est l’image de la femme que projettent plusieurs nouvelles. J’ai du mal à trouver les mots pour exprimer avec exactitude ce que j’ai ressenti en lisant ses nouvelles, mais j’ai eu le sentiment d’une société rétrograde où les femmes, bien qu’émancipée financièrement, occupent une position sociale que je ne leur envie pas du tout. Position dans laquelle, d’ailleurs, elle se mettent elle-même, à l’instar de l’héroïne de Amants pour un an qui accorde plus d’importance au statut social de son amant qu’à sa moralité douteuse. Globalement, je trouve que ses nouvelle donnent une image assez négative de la femme japonaise.

J’ai été un peu déçue en lisant ce livre. Ce n’est pas que je m’attendais à quelque chose d’autre, mais, mise à part la nouvelle de Shiina Makoto, dont j’aimerais lire d’autres textes, je me suis plutôt ennuyée.

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Le chat aux millions de vies

Aujourd’hui c’est d’un album jeunesse japonais que je vais vous parler : Le chat aux millions de vies de Sano Yôko.

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Il était une fois un chat qui vécut

des millions de vies.

Il était mort des millions de fois

et avait revécu des millions de fois.

C’était un magnifique chat tigré.

Des millions de personnes avaient aimé ce chat

et des millions de personnes avaient pleuré

chaque fois qu’il était mort.

Le chat, lui, n’avait jamais pleuré.

C’est ainsi que commence le livre. Tout de suite on est dans une drôle d’ambiance. Il est question ici de mort et même de plusieurs mort. Car ce chat renaît, encore et encore, mais dans aucune de ses vies il ne connais le bonheur. Il a été le chat d’un roi, mais il n’aimait pas le roi ; le chat d’un marin, mais il n’aimait pas la mer ; le chat d’un cirque mais il n’aimait pas le cirque…

Une autre fois, le chat ne fut le chat de personne.

C’était un chat de gouttière.

Pour la première fois, le chat était son propre maître.

Le chat s’aimait beaucoup.

C’est là qu’il rencontre une belle chatte blanche et, pour la première fois, il va aimer. Ensemble il fondent une famille. Dans cette vie le magnifique chat tigré va connaître l’amour, le bonheur et le deuil. Pour la première fois il va pleurer. Et pour la dernière fois il va mourir.

Certains trouveront cette histoire morbide, triste, étrange… moi j’aime beaucoup. Je la trouve un peu triste mais aussi très belle. Et puis la mort cela fait partie de la vie et c’est une façon comme une autre d’aborder le thème. On retrouve dans cette histoire pour enfant une philosophie toute bouddhiste qui ne conviendra pas à tout le monde. Ceux qu’y sont sensibles aimeront ce livre.

Le texte est accompagné de très jolies aquarelles de l’auteur.

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Titre VO : 100万回生きたねこHyakumankai ikita neko

Auteur : Sano Yôko (佐野 洋子)

Traduction : Mina Ozawa et Corinne Quentin

Édition Philippe Picquier, dans la collection Picquier Jeunesse (link)

1ère parution : 1977 aux édition Kodansha

Version française édité en 2009



Je me suis procurée le texte de la version originale.

Si vous êtes intéressé, laissez-moi un commentaire, je la posterais dans un article distinct pour ne pas surcharger celui-ci.

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En un instant, une vie – Bùi Minh Quôc

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Bùi Minh Quôc

En un instant une vie

Recueil de nouvelles

traduite du vietnamien par Phan Huy Duong

Publié aux éditions Philippe Picquier,  1997

Les nouvelles :

Une nuit sous les chutes de la crinière du cheval :

Amour d’un soir, en haut d’un col perdu dans la jungle, entre un jeune homme et une jeune femme tous deux engagé dans l’armée du Nord Vietnam.

Le dernier rêve :

Un homme, un ancien combattant, est hanté par ses cauchemars et le souvenir de sa bien-aimée perdue.

Un soir glacé :

Un journaliste sans travail est contraint de vendre des billets de tombola pour subvenir aux besoins de sa famille au côté d’une ex-dirigeante du parti. Militante dans la zone occupée et membre actif dans la libération du Sud, cette femme est hantée par le souvenir de 2 jeunes agents infiltrés, mort au combat sans qu’elle n’ait pu prévenir leur famille ni révéler la véritable identité de ses deux camarades.

L’eau sous les ponts :

Un vieux « guérillero non titularisé » et sa fille.

Le vieillard sortit une montre de sa poche, vérifia de nouveau l’heure. Il noua autour de sa taille un ceinturon garni de grenades M26, mit une mitraillette en bandoulière. Des armes américaines dont il s’était équipé en piégeant l’ennemi avec des mines. « Je suis un guérillero non titularisé. » Cela faisait six ans qu’il l’avait proclamé au commandant des troupes communales. Il rit, ne cachant pas sa fierté :  » Pourquoi me faire titulariser chez vous? C’est épuisant. Je me procure les armes et le ravitaillement moi-même. Je surveille les mouvements de l’ennemi avec mes propres moyens. Je détermine ma propre tactique. J’assume le combat entre la Nationale 1 et la voie ferrée, ceci pour la largeur, et pour la longueur, depuis le pont Ba Rim jusqu’à Cong Vi. Tout Américain qui s’aventure sur ce territoire est pour moi. D’accord?  » Il posait la question comme si elle était déjà réglée. Le commandement applaudissait naturellement des deux mains. On ne pouvait rêver contrat plus merveilleux à un moment où on manquait et d’hommes et d’armements. Il savait à quel point le camp de mines du vieillard était terrifiant. Rien que des mines américaines. Dieu seul savait comment le vieil homme avait pu se les procurer. Ou bien des obus. Parfois il en enterrait cinq d’un coup. De quoi réduire les tanks en miettes. Que dire alors des hommes. Le vieil homme possédait un stock d’armes impressionnant. Des grenades, des cartouches, deux mortiers et une mitrailleuse. De temps à autre, il offrait généreusement à la compagnie des cartouches de petits calibres et des grenades. Voilà pour sa puissance de feu. Quant à ses troupes, elles se réduisaient à lui-même et à sa fille unique dont la beauté faisait rêver les jeunes guérilleros.

En un instant, une vie :

Nouvelle qui donne son titre au recueil. C’est l’histoire d’une vieille femme du peuple plus révolutionnaire que bien des dirigeants du parti et qui pourtant ne recevra aucune gratitude.

Tu as beaucoup lu, beaucoup voyagé, beaucoup appris. Existe-t-il quelque part au monde des mères comme celles du Vietnam ? L’amour maternel est le plus ancien de toutes les amours humaines, n’est-ce pas ? Quelle mère n’aimerait pas par-dessus tout l’enfant né de son sein ? Pourtant, j’ai vu mère Thu aimer, choyer, protéger des enfants qui n’étaient pas d’elle autant que les siens, voire plus, pour la simple raison qu’il était des révolutionnaires.

Pendant les années où j’étais soupçonné d’avoir trahi, il n’y avait qu’un seul homme en mesure de certifier le sacrifice de Nhàn, c’était le cadre de la cinquième région militaire qui était venu chez mère Thu et s’était caché dans le souterrain un bref instant. J’étais certain qu’il reviendrait rendre visite à mère Thu après la libération. Il n’en fit rien. Je crus qu’il était mort. Le mois dernier, j’ai participé à un séminaire sur le travail de masse. À ma grande surprise, c’était lui qui dirigeait le séminaire.

Le père :

Une ouvrière accouche et déclare le directeur comme étant le père de l’enfant. Ce scandale ruinera la carrière du directeur.

La maçonne :

Dans un bar, le narrateur rencontre une ancienne camarade de lycée, celle qui avait inspiré sa nouvelle « la maçonne », première nouvelle qu’il ait publiée.

Un dîner dans la jungle :

Le narrateur est invité par son jeune neveu à participer à un dîner d’affaires avec un sud coréen. Alors que le jeune homme y voit une chance de faire de bonnes affaires, le narrateur, lui, ne peut s’empêcher de penser à la Corée du Sud comme ancien ennemi.

« Au fait, avec qui t’es-tu associé?

– un grand groupe sud-coréen. »

Un frisson me saisit. Dans ma mémoire surgit un morceau de cadavres sanguinolents. Je glisse un regard de côté sur Toan. Il garde son air exalté, il continue de me présenter le groupe capitaliste sud-coréen. Le frisson qui me traverse s’éteint. Rien n’indique que mon neveu est toujours hanté par les terribles images passées. Je m’en souviens, cette année-là, il y a longtemps maintenant, et pourtant il me semble que c’était hier, je l’emmenais dans la montagne, juste après le massacre. Toutes les nuits, des mois durant, il faisait un cauchemar, hurlait, gigotait, tombait de son hamac. Aujourd’hui, dans sa bouche, ces mots, sud-coréen, ne semblent plus rien lui rappeler. Ils ne désignent plus qu’un partenaire pour les affaires. Dans le fond, il vaut mieux qu’il en soit ainsi.

 

Grand-mère :

Souvenirs d’une grand-mère qui, après avoir élevé tous ses enfants, s’occupera de l’éducation de ses petits enfants.

Chance et malchance :

 Un artiste voit son sort changer un soir de pluie, quand un homme étrange lui demande de créer pour lui un masque.

Mon avis :

Toutes les nouvelles ne se valent pas. Certaines sont plus touchantes que d’autres. Certaines mieux écrites que d’autres… Mais l’ensemble nous pousse à réfléchir sur bien des sujets.

L’action des nouvelles Une nuit sous la chute de la Crinière du cheval et  L’eau sous les ponts se déroule pendant la guerre, tout comme les souvenirs racontés dans d’autres nouvelles. On s’interroge alors sur la vie dans un pays en guerre, sur la vie de ces jeunes qui n’ont connu que la guerre. J’ai eu la chance de naître dans un pays en paix et, même si la guerre est omniprésente dans les médias, nous la vivons comme une chose lointaine, abstraite. Ici l’auteur nous parle de jeunes gens qui, comme les autres, sentent s’éveiller en eux leur premier sentiment amoureux, mais qui portent l’uniforme et qui n’auront pas tous la chance de survivre au conflit. Les mots simples de l’auteur contrastent avec la dureté de la réalité qu’il décrit et rendent ses récits encore plus percutants.

Mais, la plupart des nouvelles réunies ici ont pour décor le Vietnam d’après guerre, au temps de l’unification, de la reconstruction et surtout de la désillusion. Ces femmes et ses hommes qui se sont battus pour leurs idéaux se retrouvent malmenés ou déçus par le régime qu’ils ont eux-mêmes contribué à instaurer. Telle la femme d’Un soir glacé, qui, ex-dirigeante du parti et personnage important durant la guerre, se retrouve a devoir vendre des tickets de tombola sur le trottoir pour survivre alors que ses anciens camarades, toujours au pouvoir, affichent un luxe honteux. À la lecture de ces nouvelles, on s’interroge alors sur l’effet du pouvoir et ses conséquences. Cet interrogation est ici d’autant plus frappante qu’il s’agit d’un pays communiste. Le comportement de certains dirigeants, ou même la politique menée par le pays qui apparaît en filigrane, derrière le récit, semble aller à l’encontre des principes défendus par les combattants. On se demande alors ce que deviennent les idéaux une fois le pouvoir en place. Est-ce que le pouvoir peut-il corrompre tous les hommes ? Faire oublier tous les idéaux ? Les idéaux d’un jour résistent-il a l’épreuve du temps et de la mise en pratique ?

L’auteur lui-même, ancien combattant communiste se voit aujourd’hui assigné à résidence pour sa lutte en faveur de la démocratie. On voit au fils des nouvelles sa désillusion et sa déception face à un régime qui n’a pas su être à la hauteur de ses attentes.

Bùi Minh Quôc nous fait également réfléchir à la reconstruction d’un pays et d’un peuple après une guerre. Celle du Vietnam ne fut pas seulement une guerre d’un pays contre un autre, mais aussi une guerre civile. Il est toujours délicat de reconstruire un pays uni, après un conflit fratricide. Même si de tels conflits sont loin derrière nous, ici, en France, je ne peux m’empêcher de penser à ce que pouvait ressentir le peuple après la fin de la Seconde Guerre mondiale alors qu’une partie de la population avait soutenu le Maréchal Petain. Ce sont des questions qui dépassent les simples frontières d’un pays et nous font nous interroger sur la nature humaine.

Cette question de reconstruction d’un pays et de ses Hommes après une guerre est plus particulièrement traitée dans la nouvelle Un dîner dans la jungle. Ici les deux protagonistes vietnamiens se retrouvent en compagnie d’un coréen du sud, jadis nation ennemie. Ce qui distingue le narrateur de son neveu, c’est son âge. Alors que l’un, le plus jeune, a laissé loin derrière lui la guerre passée et ne songe qu’au futur, voyant dans son interlocuteur coréen l’opportunité d’affaires fructueuses ; l’autre, plus âgé, ne peut se défaire du fantôme de l’ancien ennemi. Lequel des deux a raison ? Qu’elle est la meilleure façon des panser les plaies laissées par une guerre ? L’auteur ne nous donne pas de réponse claire. Il nous laisse nous interroger sur ces sujets délicats et complexes, en nous livrant des récits émouvants, mais qui jamais ne tombent dans le mélodrame larmoyant.

Son écriture est simple et directe. On a l’impression de dialoguer avec l’auteur autour d’un verre, qu’il est nous raconte ses souvenirs. Si à la lecture de la première nouvelle son écriture me semblait même un peu trop simpliste, au fil des pages je me suis rendue compte que c’est qui fait la force de ses récits. Sous sa plume une mitraillette semble devenir un accessoire aussi banal qu’une ombrelle. N’est-ce pas, en effet, ce qu’elle est, un objet banal pour celui qui est englué dans les méandres d’un conflit qui s’éternise ? Les mots de Bùi Minh Quôc nous rendent parfaitement la banalité que prend le quotidien, quel que soit son contexte.

L’auteur :

Malheureusement je n’ai pu trouver que très peu d’informations sur l’auteur. Si on ne parle pas vietnamien c’est presque mission impossible. Même l’éditeur ne mentionne ni l’auteur ni le livre sur son site. Il est vrai que ce recueil a été édité en 1997. Peut-être est-il épuisé et non réimprimé, mais je trouve dommage que la maison d’édition ne mette pas à disposition des lecteurs curieux des informations sur les auteurs qu’ils ont édités par le passé.

Je vous livre ici les seules informations que j’ai trouvées sur Bùi Minh Quôc. Informations que je n’ai pas pu vérifier.

Bùi minh Quôc est né le 3 octobre 1940 à My Duc, dans le nord du Vietnam. Il rejoint l’armée du Nord et infiltre le Sud Vietnam. Il participe à de nombreuses batailles, tout comme son épouse qui meurt au combat en 1969.

Après la guerre, il est nommé président de l’association des écrivains et des artistes dans la province de Lam Dong, puis rédacteur en chef du magazine Langbian.

En 1988, en compagnie de l’écrivain Treu Dav Bao Cu, il voyage à travers le pays pour faire signer une pétition ayant pour but de demander au Parti Communiste Vietnamien d’instaurer une démocratie. Il sera renvoyé du parti. Mais continue son action en faveur de la démocratie, ce qui lui vaudra d’être assigné à résidence depuis 1997.

Bùi Minh Quôc est également connu sous le nom de plume de Dong Huong Ly.

Si vous avez des informations complémentaires sur l’auteur et ses travaux, n’hésitez pas à mes les communiquer  

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