littérature

Petit panier de romans #10

Coucou. J’espère que vous allez bien. Aujourd’hui, je vais vous parler de deux romans que j’ai beaucoup aimé, et qui ont en commun de traiter le sujet de l’immigration.

La commode aux tiroirs de couleurs

Couverture La commode aux tiroirs de couleurs

Olivia Ruiz (JC Lattès, 2020)

Si j’ai eu envie de lire ce livre, c’est pour son autrice. Je connais Olivia Ruiz pour sa musique (mes filles étaient fans il y a une dizaine d’années) et j’étais curieuse de découvrir sa plume dans un autre registre. Écrire des chansons et écrire un roman ce n’est pas le même exercice, retrouverais-je dans son roman ce que j’avais aimé dans ses chansons ? Grâce à NetGalley j’ai pu le découvrir.

À la mort de sa grand-mère, une jeune femme hérite d’une commode aux tiroirs colorés. Cette commode qui la fascinait quand elle était enfant parce que sa grand-mère lui en interdisait l’accès. Quels secrets y cachait-elle ? Devenue à son tour mère, la jeune femme va en découvrir le contenu dans le secret de la nuit et la douleur du deuil. Sa grand-mère y a glissé à son intention, parmi tous ces petits souvenirs, des lettres où elle lui raconte sa vie depuis son enfance en Espagne. Elle n’est encore qu’une enfant quand elle quitte l’Espagne franquiste avec ses deux soeurs, trois enfents dans un convoi de clandestins qui va franchir les Pyrénées pour trouver refuge dans le sud de la France. Là, ce n’est pas à bras ouverts qu’on va l’accueillir, loin de là. Leur intégration ne se fera pas sans peine. Livrées à elles-mêmes les jeunes filles devront travailler pour subvenir à leur besoin. Si les Français les regardent d’un mauvais oeil, il  règne parmi la communauté espagnole une certaine solidarité, elles vont y trouver refuge, un travail et un foyer. Mais Rita est une rebelle. Elle ne se contente pas de ce qu’elle a et décide de partir. Elle fera des rencontres. Elle connaitra l’amour et le chagrin. La guerre est toujours là et de nouvelles blessures s’ajoutent aux anciennes. Mais Rita est une battante et à chaque coup dure et se redresse et avance, encore et toujours, parfois la tête haute, parfois dans un épais brouillard de chagrin. Mais la vie continue, et de nouvelles joies viendront égayer les jours de Rita.

La grand-mère de notre narratrice a vraiment vécu une vie difficile faite de nombreuses épreuves. En général, ce genre d’histoires ont tendance à m’agacer (trop de mélodrame) et pourtant ici je me suis vraiment attaché à l’héroïne. Rita a une personnalité très forte et sait profiter du bonheur quand il est là. Elle a beaucoup de courage et si le chagrin l’accable souvent, elle sait puiser en elle la force de rebondir, de continuer, et de sourire à nouveau. Ce récit m’a fait pleurer, mais il m’a aussi fait sourire. Il m’a emporté, et j’ai été émue par le vie de Rita et aussi par la façon dont elle décide de léguer son histoire à sa petite fille, pour la libérer du poids des secrets, parce qu’une histoire pour être digérée doit être dite. Pour que la jeune femme sache qui elle est et quelles sont ses origines.

Un très beau roman, assez court, 198 pages, qui m’a vraiment touché. Non seulement parce que la vie de l’héroïne est émouvante, mais aussi parce qu’elle nous rappelle l’histoire de ces Espagnols qui ont dû quitter l’Espagne pour fuir Franco. La façon dont ils sont accueillis fait terriblement écho avec ce que vivent d’autres immigrait fuyant d’autres conflits et qui ne sont pas très bien accueilli quand ils arrivent. Cela m’a touché aussi, car, au-delà des raisons pour lequel on quitte son pays, il y aussi la question de la culture, de comment sont perçues les choses, de ce qui vous manque, qui vous marque, les odeurs, la nourriture. Et j’ai aimé la façon dont cela est évoqué.

Cette lecture amène une belle réflexion sur l’immigration, mais pas seulement, il y sera aussi question de maternité, de deuil, de vie de couple, d’amour, des relations au sein d’une famille, etc. C’est court mes très riches. On ne s’ennuie pas un instant.

Si j’aimais bien Olivia Ruiz la chanteuse, j’aime encore plus Olivia Ruiz la romancière. Je vais sans doute lire son dernier roman : écoute la pluie tomber.

sur le site des éditions JC Lattès

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le roman a été adapté en BD

Couverture La commode aux tiroirs de couleurs (BD)

Dans la mer il y a des crocodiles

Couverture Dans la mer il y a des crocodiles

Fabio Geda (2013)

J’ai lu ce livre en version originale, en italien (éditions Baldini&Castoldi), mais il existe en français.

Dans ce récit nous découvrons l’histoire vraie d’Enaiatollah Akbari qui doit quitter l’Afghanistan, car sa vie est en danger. Issu d’une minorité ethnique, lui et son peuple sont constamment menacés. Avec l’arrivée au pouvoir des talibans, les choses vont empirer. Sa mère décide de le mettre à l’abri. Enfin, elle décide de lui faire quitter le pays dans l’espoir qu’il s’en sorte mieux ailleurs. C’est ainsi qu’elle l’amène en voyage un jour. Sans trop d’explications et laissant derrière lui son frère et sa sœur, Enaia part avec sa mère pour un long voyage qui le mène jusqu’au Pakistan. Il passe quelques jours avec sa mère à Quetta, mais un beau matin sa mère n’est plus là. Sans prévenir, elle est repartie. Elle est rentrée chez eux s’occuper des deux autres enfants, laissant seul Enaia qui n’a que 10 ans.

Ennai va très vite devoir apprendre à se débrouiller s’il veut survivre. Il va trouver des petits boulots, mais la vie au Pakistan est très dure. La rumeur court que les Afghans sont mieux traités en Iran, il décide alors de partir. Un nouveau voyage clandestin lui fera rejoindre l’Iran où il trouvera facilement du travail, mais la vie n’y sera pas moins dure. À tout moment il risque d’être expulsé, ou pire envoyé dans un camp de prisonniers.

Les conditions de travail terrible et la peur permanente le poussent à reprendre la route. Il ira en Turquie, puis en Grèce et enfin en Italie. Quand il arrive en Italie il a 14 ans et pour la première fois depuis son départ de l’Afghanistan il songe à l’avenir. Peut-être qu’il a trouvé un endroit où rester.

Un récit tragique et très dur, mais raconté d’une très belle façon. Enaia ne manque pas d’humour et d’autodérision et son courage et son optimisme sont très touchants. Un récit bouleversant qui fait prendre conscience de la réalité qui se cache dernière le clandestin sans papier qui franchir la frontière en quête d’un refuge.

Un très beau texte qui m’a marqué autant pour l’histoire qu’il raconte que par le style . Une très belle découverte que je ne peux que vous conseiller. Surtout que le livre est très court (155 pages pour la version italienne).

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Avec ces deux lectures je participe au tour du monde en 80 livres. Clin d’œil au challenge De livres (et des écrans) en cuisine avec les plats espagnols cuisiné dans La commode au tiroirs de couleur et les repas frugaux mangé par Enaia avec ses camarades d’infortune. Avec ces deux titres je participe aussi au challenge Petit BAC.

Avec nel mare ci sono i coccodrilli je participe aussi au challenge Objectif PAL

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Commentaires

7 août 2022 à 14:10

Un jour, je prendrai le temps de découvrir Olivia Ruiz en tant que romancière 😉



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