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De la souillure : essai sur les notions de tabou et de pollution ~ by Yomu-chan

Hey !

Ouiiii je sais ça fait si longtemps que je n’ai pas écrit que l’on pourrait douter de mon existence.  Mais comprenez-moi, j’étudie et j’ai peu de temps pour lire (Arg fausse excuse).

Mais, je viens de commencer une nouvelle licence en anthropologie et ceci est synonyme de nouvelles lectures (obligatoires pour la plupart, mais passionnantes très souvent !).  Je vais donc pouvoir partager quelques mots avec vous. J’ai récemment dû exposer sur un ouvrage de Mary Douglas, De la Souillure, je me propose donc de vous livrer ma fiche de lecture ici. Celle-ci aura sûrement un aspect très scolaire et académique, mais c’était l’exercice demandé héhé. J’espère ne pas raconter de grosses bêtises et je serais enchantée d’échanger avec vous au sujet de cette lecture et des théories développées par M. Douglas !!  Place à l’exposé :

De la Souillure

Essai sur les notions de pollution et de tabou

Mary Douglas

Mary Douglas est une anthropologue britannique, née en 1921 et décédée en 2007.

Elle est considérée comme l’une des figures les plus importantes de l’anthropologie anglaise de la deuxième moitié du XX° siècle. Elle fut l’élève du célèbre Evans-Pritchard, dont les études ont beaucoup influencé son travail.

Mary Douglas a d’abord travaillé pour le British Colonial Office, jusqu’en 1947, avant de devenir professeur d’anthropologie à Londres, puis aux États-Unis.

Elle s’inscrit dans le courant africaniste, avec une profonde étude de la société matrilinéaire et polyandrique des Lélé du Kasai au Zaïre, dans l’ex-Congo Belge. Sa thèse de doctorat portera d’ailleurs sur cette société.

Durant sa carrière elle aura publié une quinzaine d’ouvrages, mais son œuvre reste assez peu connue en France, avec peu de traductions. Nous la connaissons surtout pour deux de ses livres : De la Souillure, dont nous parlerons plus longuement dans cet exposé, et Comment pensent les institutions.

Le travail de Mary Douglas se veut dans la lignée de l’anthropologie britannique, elle trouve sa place dans l’héritage fonctionnaliste. Mais elle se dénote et rompt avec les habitudes fonctionnalistes en revendiquant une filiation avec la théorie durkheimienne et en défendant le travail de Claude Lévi-Strauss. On lui trouve effectivement des affinités avec le structuralisme. Mary Douglas est considérée comme novatrice, car elle ouvre l’anthropologie fonctionnaliste aux études comparatives. C’est d’ailleurs avec son ouvrage De la Souillure qu’elle affirme sa méthode comparatiste. Dans ce texte elle s’appuie sur de nombreux exemples, notamment chez les Lélé, les Azandes et les Nuer en Afrique, mais elle cherche constamment à faire le lien avec les sociétés occidentales, britanniques et israélites, nous le verrons plus précisément.

L’œuvre de Mary Douglas porte sur de nombreux thèmes (les modèles matrilinéaires, la religion, le risque, la pollution environnementale, la consommation, etc.), mais on retrouve toujours la volonté de comprendre les effets des organisations sociales sur la manière de classer, catégoriser le monde, et de le percevoir. Elle interroge le sens des catégorisations mentales crées par les sociétés et analyse la façon dont les sociétés usent de ces divisions mentales pour rendre le monde compréhensible et accessible, cette idée est particulièrement développée dans De la Souillure.

De la souillure

De la souillure est publié pour la première fois au Royaume-Uni en 1967, il faudra attendre 1971 pour qu’il soit traduit en français. Lors de son étude de terrain chez les Lélé, Mary Douglas remarque des similitudes dans les prohibitions alimentaires de ce peuple et celles évoquées dans le Lévitique. Ainsi elle se penche sur le tabou, la souillure et les interdits rituels, elle les utilise comme porte d’entrée sur une étude comparée des religions. Dans la thèse développée dans cet ouvrage la saleté et la pollution semble être indispensables pour comprendre et analyser le rapport des sociétés au sacré.

Souillure rituelle :

Mary Douglas commence par décrire ce qu’est la saleté, la souillure.

La saleté se révèle être une offense contre l’ordre, c’est ce qui n’est pas à sa place, voici la définition que lui donne l’auteure. Elle ouvre son texte en disant que « la réflexion sur la saleté implique la réflexion sur le rapport de l’ordre au désordre, de l’être au non-être, de la forme au manque de forme, de la vie à la mort ». Elle va donc étudier les comportements de différents groupes sociaux face à la saleté, et cette étude ne peut se faire qu’en faisant des relations entre les différentes catégories, puisqu’il n’existe du sale que s’il existe du propre.

Elle insiste sur l’importance de contextualiser la saleté, car ce qui est sale par rapport à quelque chose peut être propre par rapport à autre chose.

Dès ce premier chapitre elle renie plusieurs théories vieillissantes et elle s’en prend notamment à James Frazer (Le Rameau d’Or). Ce qui apparemment est une tradition chez les anthropologues britanniques.

Souillure séculière :

Mary Douglas établit l’importance qu’il y a à se confronter à la « contagion sacré et séculier (profane) » dans nos propres sociétés pour comprendre celle qui opère dans les sociétés primitives. C’est ainsi qu’elle pose les bases de son anthropologie comparative.

L’auteure remarque que l’on trouve des coïncidences entre les rituels religieux liés à la purification et l’évitement de maladies contagieuses (comme les juifs qui se lavent avant de manger et la façon dont ils ont été épargné par la peste). L’ethnologue note un matérialisme médical de la part de ses collègues, qui vont expliquer une pratique religieuse par un phénomène médical, et de la part des primitifs, qui vont justifier une expérience rituelle par les douleurs qu’ils ressentiraient s’ils n’accomplissaient pas le rite.

Mary Douglas remarque qu’il existe une véritable ressemblance entre les rites purificateurs symboliques et notre hygiène quotidienne. La purification symbolique vise à séparer le profane du sacré, et notre hygiène quotidienne vise à enlever ce qui n’a pas à être là. Nous l’avons vu, la saleté est quelque chose qui n’est pas à sa place. Ainsi quand je me lave avant de prier, j’enlève ce qui appartient au monde empirique pour m’élever vers le monde sensible, de même, quand je « fais la poussière » dans ma maison j’enlève ce qui appartient à l’extérieur pour conserver l’intégrité de mon foyer. Mary Douglas constate donc que « là où il y a saleté, il y a système ». La saleté est symbolique, le sale n’est pas sale en lui même, il est sale dans un certain contexte.

Abominations du Lévitique :

« La souillure n’est jamais un phénomène isolé, elle n’existe que par rapport à l’ordonnance systématique des idées ». C’est parce que nous classons nos idées que ce qui s’échappe de cette classification est sale.

Mary Douglas fait donc le parallèle avec la notion de sainteté. Si la sainteté est associée à un état de plénitude et de contentement, la racine du mot est bien « état de séparation ». Selon l’auteure, être saint c’est « être capable de discrimination et d’ordre », c’est séparer ce qui doit être séparé, donc être capable d’écarter le sale du propre, l’impur du pur. La sainteté se définie donc par rapport à la souillure, est saint celui qui a su reconnaître et écarter la pollution. Si des auteurs comme Hertz opposent de façon catégorique le sacré de la souillure, Mary Douglas nous explique que l’un n’existe qu’à travers l’autre. Sacré et impureté sont complémentaires, et entretiennent d’étroites relations.

Dans ce chapitre l’auteure revient également sur l’idée de classification et du fait que ce qui sort de ces classifications est impur. Elle appuie sa thèse sur l’exemple du Lévitique, texte judaïque dans lequel sont répertoriés les prohibitions alimentaires, certains animaux y sont désignés comme « abominables » et sont strictement interdits à la consommation. Mary Douglas analyse cela et remarque que sont considérés comme impurs les animaux qui ne correspondent pas aux critères du bétail (le bétail étant un symbole de l’ordre), et ceux qui ne correspondent pas à leur classe (les poissons sans écailles, les êtres ailés à 4 pattes, etc). Il s’agit donc de tous les animaux représentant un défi de classification. Les êtres hybrides sont donc considérés comme impurs, car ne pouvant rentrer dans aucune classification ordonnée définie par le groupe. L’anthropologue fait ici un rapprochement avec le culte du pangolin chez les Lélé.

Magie et miracles :

Mary Douglas présente l’être humain comme un « animal rituel », si bien que, si l’on supprime un rite, celui-ci réapparaîtra sous une autre forme. Les rites sont décrits par l’auteure comme des « actes symboliques », pour nous comme pour les primitifs. Ici Mary Douglas cherche à montrer que les primitifs ne sont pas naïfs, et qu’ils ne croient pas bêtement qu’un rite équivaut à un « résultat immédiat magique et miraculeux » (elle prend l’exemple de l’appel de la pluie). Selon elle, le rite permet de « concentrer l’attention », il enrichit une expérience qui aurait de toute façon eu lieu (comme pleuvoir). Il permet de donner un cadre et de contrôler cette expérience. Mary Douglas va jusqu’à dire que le « rite est le signe extérieurs d’états intérieurs », il est donc purement symbolique et permet de donner forme à de réelles préoccupations sociales et politiques.

Elle fait également une comparaison avec nos propres expériences rituelles. Nos rites sont tout aussi symboliques que les leurs, nos habitudes de nettoyage n’ont pas réellement pour but d’éviter la maladie, elles servent plutôt à « rendre visible les décisions que nous avons prise sur ce que doit être notre foyer ».

Le rite créé de l’ordre, il définit les limites de l’univers et donne ainsi leurs places aux individus. Les interdits, comme la saleté ou la pollution, ne font que « tracer les contours du cosmos et de l’ordre social idéal ».

Mondes primitifs :

Mary Douglas, dans sa démarche comparative, ne rejette pas l’idée d’étudier les différences entre les cultures, car elle en pointe certaines du doigt, mais elle revendique l’importance d’établir ces comparaisons en gardant en tête « l’unité de l’expérience humaine ».

Elle défend une constante dans toutes les sociétés : les Hommes ont le besoin de créer de l’ordre dans la complexité brumeuse du réel. Mais elle reconnaît que les primitifs peuvent se représenter le monde de manière différente de la notre. Ils verraient la puissance de l’univers comme quelque chose d’intimement lié à la vie individuelle. Même si Mary Douglas admet que les membres de ces sociétés peuvent se représenter la cosmologie de façon très diverse, tout comme c’est le cas dans nos sociétés, tout le monde est rarement d’accord au sein d’un même groupe.

Encore une fois Mary Douglas rejette l’idée d’Hommes primitifs naïfs, elle appuie qu’ils se posent des questions qui traduisent de véritables préoccupations d’ordre sociales, qu’ils s’interrogent, eux aussi, sur le « comment s’organiser en société ».

Elle profite de cette réflexion pour s’interroger sur l’utilisation du terme « primitif ». Elle annonce en défendre l’usage, mais pas avec une vision péjorative et infantilisante.

Pouvoirs et Périls :

La thèse de Mary Douglas repose en grande partie sur sa volonté à affirmer que le désordre, et donc la saleté et la pollution, représente à la fois le danger et le pouvoir.

« S’il est admis que le désordre détruit l’agencement des éléments, il n’en demeure pas moins qu’il lui fournit ses matériaux. Qui dit ordre dit restriction, sélection des matériaux disponibles, utilisation d’un ensemble limité […]. Inversement, le désordre est, par implication, illimité ; il n’exprime aucun agencement, mais il est capable d’en créer à l’infini. C’est pourquoi tout en aspirant à créer l’ordre, nous ne condamnons pas purement et simplement le désordre. Nous admettons que celui-ci détruit les agencements existants ; mais qu’il est doué aussi de potentialités. Le désordre est donc symbole tout à la fois de danger et de pouvoir ».

Ainsi le rite, qui peut faire appel à cette pollution, correspond à un renoncement de l’ordre de soi et/ou de l’ordre de la société. Celui qui « revient » d’un rite utilisant des aspects de souillure obtient un pouvoir que ceux qui sont restés sous le contrôle de l’ordre social n’ont pas développé.

L’auteure fait ensuite une sorte d’inventaire des pouvoirs spirituels engendrés par la pollution. Ceux-ci sont en rapport avec le danger. Il y aurait des pouvoirs contrôlés et des pouvoirs incontrôlés, les deux n’étant pas attribués aux mêmes personnes sociales et ne représentant pas le même niveau de dangerosité. Elle distingue les pouvoirs qui ont une forme : « expression d’un symbolisme extérieur qui soutient les structures sociales explicite » (rois, etc.) ; et les pouvoirs caractérisés par leur absence de forme : qui seraient des « pouvoirs psychiques intérieurs qui menacent les structures sociales par leur aspect non structuré ». Il y aurait donc une corrélation entre structure sociale et type de pouvoir mystique : «  l’exercice du pouvoir conscient est réservé aux détenteurs des postes clés de la structure, tandis qu’un autre type de danger émane de ses régions obscures ». Ainsi donc on attribue les pouvoirs dangereux aux marginaux (comme ce fut le cas avec les juifs en Europe par exemple).

Frontières extérieures :

Mary Douglas invoque des références psychanalytiques pour mieux s’en défaire. Elle se penche notamment sur le rapport au corps, très présent dans le domaine de la souillure. Selon elle, les psychanalystes « isolent le corps humain de sa dimension symbolique vis à vis de société ». L’ethnologue voit le corps comme un symbole de la société, il représente le système fini qu’incarne la société. Elle infirme la thèse freudienne selon laquelle les cultures primitives seraient comparables à la sexualité infantile du stade anal.

Elle affirme que « l’expérience corporelle et émotionnelle de l’individu ne l’emporte pas sur son expérience culturelle et sociale […] et que les rites agissent sur le corps politique par le moyen symbolique du corps physique ». Ceci explique pourquoi les déchets corporels représentent tant de danger et de pouvoir à la fois.

Lignes internes :

Mary Douglas affirme que la pollution touche de très près à la morale. Ce qui est mauvais, en même temps pollue. L’auteure analyse la façon dont conscience morale individuelle et conscience morale publique s’influencent, décrivant ainsi une relation entre la conscience et la structure sociale. Selon Mary Douglas, pour comprendre la pollution il faut comprendre les contradictions qui animent le comportement qu’un individu approuve pour lui même et celui qu’il approuve pour les autres membres de la communauté. La pollution pourrait venir servir de soutien à la morale, elle suscite la désapprobation quand la morale fait défaut.

Le système en guerre contre lui même :

A travers de nombreux exemples, Mary Douglas montre que les rites sexuels lié à la pollution créent des contradictions qui fragilisent le système social. Elle développe notamment le cas de la société Lélé :

« J’attribue l’anxiété des Lélé – celle qui concerne les dangers rituels de la sexualité – au rôle véritablement destructeur du sexe dans leur système social. Les hommes créèrent une échelle de prestige, dont ils gravissaient les échelons à mesure qu’ils venaient à dominer un nombre toujours croissant de femmes. Mais en livrant leur système à la compétition, ils permirent aux femmes de jouer un double rôle : celui de pions passifs et celui d’intrigantes actives. Pris individuellement, les hommes avaient raison de craindre que les femmes, prises individuellement, contrecarrent leurs projets ; et leurs craintes des dangers sexuels ne faisaient que refléter très exactement leur rôle dans leur structure sociale. »

Éclatement et renouveau du système :

La saleté est une création de l’esprit, c’est un « sous-produit » de la création de l’ordre. La souillure incarne les limites de la pureté : elle est le paradoxe intrinsèque à la création d’un ordre délimité, il existe des marges quand l’on crée un espace fini. Mais ce qui se trouve dans ces marges fait aussi partie du monde et peut être source de pouvoir. Mary Douglas développe une « métaphore du jardin » qui résume merveilleusement sa thèse sur la relation sacré-souillure :

« Un jardin n’est pas une tapisserie ; en enlevant toutes les mauvaises herbes, on appauvrit le sol. Pour lui conserver sa fertilité, le jardinier doit, d’une certaine façon, remettre ce qu’il a enlevé : transformer les mauvaises herbes et le gazon tondu en terreau. Ce traitement est comparable à celui que certaines religions réservent aux anomalies et aux abominations en les transformant en pouvoirs au service du bien .»

Sources

DOUGLAS Mary, 2001, De la Souillure. Essai sur les notions de pollution et de tabou, Paris, La Découverte.

Éric SORIANO, « DOUGLAS MARY – (1921-2007) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 2 octobre 2018. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/mary-douglas/

Sandrine TEIXIDO, « Mary Douglas anthropologie de l’impur », Sciences Humaines [en ligne], consulté le 2 octobre 2018. URL : https://www.scienceshumaines.com/mary-douglas-anthropologie-de-l-impur_fr_4587.html

«  De la souillure », Éditions La Découverte [en ligne], consulté le 2 octobre 2018. URL : http://www.editionsladecouverte.fr/catalogue/index-De_la_souillure-9782707148117.html

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L’édition généraliste au XX° siècle : Les éditions du Seuil ~ by Yomu-chan

Bien le bonjour,

Voici la suite de notre révision sur la bibliologie du XX° siècle 😉 Cette fois nous allons parler des éditions du Seuil.


A- Naissance

1. Une maison catholique

C’est une maison d’édition créée au cœur de l’entre-deux guerres, en 1935. Les gens à son origines sont assez inattendu dans le monde du livres, il s’agit de gent malades qui prône une re-christianisation de le France, il y a là une volonté religieuse et politique. Se sont des gens qui ont une vision gauchiste de la religion, ils défendent une forme d’humanisme chrétien. Il voient leur maison d’édition comme un lieu d’hébergement et de réflexion culturelle.

Les deux fondateur sont Jean Bardet et Paul Flamand, sous la coupe de l’abbé Plaquevent.  La maison connaît d’abord une période de tâtonnement. Ces catholique fervents  tout juste tombés dans le monde du livre sont en train d’apprendre leur métier sans avoir beaucoup de moyens. Se sont la plupart du temps des publication à compte d’auteur qui ne rencontre pas un très gros écho.  Jusqu’en 1939 se sont des publications encore très confidentielles qui ne touchent pas un large public.

Pendant la guerre la maison est une coquille vide et ne publie rien. Mais à la libération elle décide de se relancer avec une nouvelle ligne éditoriale. Un peu catholique, elle garde l’idée d’un développement spirituel par la réflexion et le débat. Ils prônent toujours des valeurs d’un catholicisme humain mais ouvrent de nouvelles collections qui s’écartent un peu des terres strictes de la religion. Par exemple la collection Terre Vive, dans la quelle sont publier des essais. C’est une maison d’édition de la pensée qui propose des textes de réflexion sur la réflexion de reconstruction du monde d’après-guerre.

Mais le Seuil doit se confronter à la rude concurrence, pour l’instant elle reste une maison de récupération, une maison secondaire.

Paul Flamand et Jean Bardet

2. Premiers succès

Son succès fonctionne surtout grâce à sa manière particulière de travail, qui s’apparente plus à un journal, avec des équipes de rédaction très collectives où le débat et la discussion ont toujours leur place.

Le premier vrai succès de la maison c’est Don Camillo, qui se décline en plusieurs livres et qui connaîtra de nombreuse adaptation. Il s’agit d’un livre qui allie christianisme et progrès, un terrain de possible entente entre des pensées différentes, qui en 1951 fait écho à la guerre froide. Les recettes reçues suite au succès de ce livre permettent aux éditions du Seuil de prendre de l’ampleur.

B- Maison reine des sciences humaines

1. Centre production des livres de sciences humaines

Les éditions du Seuil font de plus en plus parler d’elles. C’est surtout dans le domaine des sciences humaines qu’elles réussissent. La philosophie, l’histoire, les sciences humaines en générale, etc.  La maison a été le refuge des grands de l’avant-garde de l’après-guerre, notamment avec le structuralisme de Philippe Sollers qui créera la revue Tel Quel et la collection du même nom.

2. Collection « Cadre Vert »

En revanche la maison peine à se développer dans le domaine de la littérature, et c’est pourtant là qu’une maison d’édition gagne en noblesse. Il y a bien la collection le Cadre Rouge, mais cela reste des publication d’auteurs de second ordre.

Il y a par contre la collection Cadre Vert, une collection de littérature étrangère. C’est une belle collection, avec de beaux livres, mais c’est un domaine on la concurrence est déjà très forte.

3. La route du « Tiers-mondisme »

La maison parvient à compenser en faisant le choix bénéfique de miser sur des publication appartenant à tout les mouvements tiers-mondiste. Notamment la décolonisation, le Seuil s’engagera contre la présence de la France en Algérie.  Dans ce même mouvement la maison se fait le lieu d’accueil d’une vague d’auteurs francophone venus des anciennes colonies, ils deviendront les auteurs phares de la maison. Il y a une vraie cohérence dans la ligne éditoriale des éditions du Seuil, et elles décrocheront même un prix Goncourt.

C- Les années 1980

1. Claude Cherki et rachat de marques

A partir des années 70 la maison se fait figurante à côté des grandes entreprises. Elle va alors chercher Claude Cherki, très conscient des faiblesses du Seuil et qui va tout faire pour développer son indépendance. Il développe son système de distribution. Et la maison devient de plus en plus forte dans les livres grand public.

2. Vente de la maison et mécontentement du monde du livre

En 2004 la maison est vendu à Hervé De La Martinière qui est un éditeur remarqué qui fait de beaux livres et qui cherche à développer son côté généraliste. Il n’aura plus vocation de défendre la pensée humaniste et il va orienter les publications du Seuil vers des livres de plus en plus commercial. Mais de nombreux salariés sont mécontent et quitte la maison. Aujourd’hui les éditions du Seuil suivent une évolution commerciale mais reste encore un peu la maison des sciences humaines.

 

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L’édition généraliste au XX° siècle : Les éditions de Minuit ~ by Yomu-chan

Salut !

Encore un article dans la série consacrée à l’édition française du XX° siècle 🙂 Aujourd’hui nous allons parler des éditions de Minuit !


A- Une naissance dans la clandestinité

1. 1940, Pierre de Lescure et Jean Bruller

Les éditions de Minuit voient le jour durant l’occupation allemande. C’est une maison d’édition clandestine qui est née de la volonté de continuer à produire une littérature française, d’un refus des productions imposées par les allemands. Ainsi elles vont publiés des textes invoquant des valeurs interdites par l’occupant. La naissance des éditions de Minuits a vocation d’acte de résistance, on y voit une forme de patriotisme.

C’est Pierre De Lescure, un écrivain lié à la maison Gallimard et Jean Buller, un artisan du livre, qui décident de créer cette maison d’édition clandestine. Se sont deux acteur du monde littéraire, qui y ont leur place mais qui ne sont pas particulièrement connu.

Pierre De Lescure

2. Vercors

Le 1° livre qu’ils publie est Le silence de la mer, de Vercors (qui est en fait le pseudonyme de Jean Bruller qui se convertit à l’écriture), c’est un livre qui raconte l’installation des des allemands en France. Il commence à être publié et diffusé vers l’étranger (au Canada, aux USA et au Royaume-Uni). Les livres sont confié à quelques personnes de confiances et distribué de la main à la main. C’est un succès et les français commence à entendre parler de ce livre alors qu’ils n’ont pas pu le lire.

Jean Bruller : Vercors

3. Diffusion et impression clandestine

Grâce à l’écho créer autour de Le silence de la mer, les gens commence à entre parler des éditions de Minuit. Et cela facilite leur prochaine opération. De nombreux auteurs rattachés à Gallimard publieront chez eux.

Ils réussissent à confier leurs textes à un imprimeur de confiance. Les relectures étaient faites dans l’imprimerie pour qu’ensuite les feuillets soient répartis dans les appartements des amis de la cause pour être brochés. Le papier provenait des chutes de papier des autres éditeurs, chaque cahier avait un papier différent. Ce qui fait qu’en terme d’objet ce n’était pas de très beaux livres. Ils ont tous été republié après la guerre pour palier à ce manque d’esthétisme et car ils étaient tous imprimés en très peu d’exemplaires.

En 1943 certains libraires commence même à diffuser certains livres des éditions de Minuits à des personnes de confiance.

B- Au tournant de la 2° GM

1. A la libération

En 1944 le succès est énorme, Vercors se fait connaître et devient une figure de la résistance. Il est nommé à l’épuration des lettres et cherchera à faire tomber Gallimard, sans succès.  Les éditions de Minuit sont vu comme celles qui ont sauvé la littérature française sous le joug de l’occupant allemand.

Après la guerre ils continuent a publier des livres dans cette veine de résistance, des textes d’héroïsme dans les maquis, etc. Mais suite aux horreurs de la guerre les gens n’ont plus forcément envie de lire ça, ils ont envie des livres anglo-saxon, d’une littérature de divertissement. La maison d’édition décline un peu.

2. Recherche de fonds et arrivée de Jerôme Lindon

Entre Jean Bruller et Pierre De Lescure rien ne va plus. Le premier voit grand alors que le second avait imaginé cette maison d’édition en réponse à la nécessité de résister, la guerre étant finie il ne voit plus l’intérêt de continuer. De Lescure quitte alors les éditions de Minuit. Et Bruller n’arrive pas à les relancer.

Après ça Bruller embauche un jeune typographe : Jérôme Lindon. Ce dernier est issu d’une riche famille juive de résistant. Il prend de plus en plus de place dans l’entreprise. A un moment de difficulté financière Bruller lui demande si sa famille ne serait pas intéressée pour acheter des parts. Finalement ils en viennent à en posséder la plus grosse partie, et à un moment de désaccord Br uller se voit obligé de partir. Lindon se retrouve donc dirigeant des éditions de Minuit à 20 ans à peine.

C- Les années 50-60

1. Changement de ligne éditoriale et Beckett

Le jeune Lindon décide de changer de ligne éditoriale. Il décide de miser sur une littérature avant-garde. 

Un jour il reçoit un manuscrit, un de ces manuscrit qui change la vie : un texte de Samuel Beckett. Ainsi les éditions de Minuit deviennent l’éditeur de Beckett en France. Inutile de dire que c’est un succès.

2. Le Nouveau Roman

Dans  les années 1953-54 Lindon défend un nouveau mouvement littéraire : le nouveau roman. Il publie Alain Robbe-Grillet. Il prône ainsi une nouvelle esthétique pour le roman, se sont des livres sans intrigue . Il publiera aussi Samante et Dumas.  Effectivement aujourd’hui les éditions de Minuits sont connue comme le « laboratoire » du nouveau roman, et on associe les travaux de cette maison d’édition à ce mouvement littéraire.

 

D- Les années 1980

1. La relance

Dans les années 80 la maison connaît une relance spectaculaire : Lindon reçoit de nouveaux manuscrits comme Le méridien de greenwich en 79, qui remettent  au goût du jour l’intrigue et trame policière (jean echnoz). Il publie aussi J-P Toussaint. Se sont des  livres jugés  plus lisibles que les autres autant avant-gardistes que le nouveau roman.

2. Marguerite Duras et L’amant

Gros succès  avec la publication de l’amant de Duras, qui  obtient un Goncourt et qui se vend à 1 million d’exemplaires, ce qui engendre beaucoup d’argent.

3. Les combats de Lindon

Lindon se fait plus militant dans les années 80. Il fait du combat  du prix unique du livre son cheval de guerre. Cela attire bonnes relations avec les libraires.

On peut dire que les éditions de Minuit se sont illustrer par leur réussite dans les nombreux combats qu’elles ont mené. Et qui est a félicité pour son choix de ne pas se développer et qui occupe un rôle de figurant à côté des grosse entreprise d’édition comme Gallimard. Elle reste une maison d’édition très attaché au patrimoine culturel de la France. 

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L’édition généraliste au XX° siècle : Robert Denoël, le challenger ~ by Yomu-chan

Bonjour !

Nouvel article pour continuer ma série sur l’édition française au XX° siècle. Aujourd’hui on va parler de Robert Denoël.


A- Les débuts

1.  Brève Biographie

Robert Denoël est né en 1902, il est belge. Il arrive à Paris dans les années 20 avec l’idée de réussir dans le domaine littéraire. Il se lie vite avec beaucoup d’artiste surréaliste durant cette période d’explosion artistique. Il travaillera même dans une galerie d’art. Là il rencontrera  Eugène Dabit, un de ses ami peintre qui souhaiterait passer du pinceau à la plume.

2. Sa double boutique et la vie de salon

En 1927 il ouvre une double boutique : à la fois librairie et galerie. Celle-ci se trouve dans un quartier chic où se passe la vie artistique et festive du Paris d’entre deux guerres. La vie du livre est rythmée par celles des salons. Il se lance dans l’édition de livres d’art assez cher destinés à un public de bibliophiles, il travaille notamment avec des artiste tel que Antonin Artaud.

Robert Denoël

3. Eugène Dabit & Louis-Ferdinand Céline

Robert Denoël publie l’ouvrage de Eugène Dabit son ami peintre : Hôtel du Nord, une littérature prolétarienne qui est le vrai premier succès de la maison d’édition, il décroche d’ailleurs le prix de  littérature populiste.  Le succès oblige même une réimpression du livre.

Entre temps il s’associe avec Bernard  Steel, un riche américain qui fournit les fonds pour l’entreprise. Il s’agit donc d’une double marque durant les années 30 : Denoël et Steel.

Un jour il reçoit un manuscrit sans nom qui lui semble être une promesse de succès. Effectivement il décide de publier au nez et à la barbe de Gallimard,  Voyage au bout de la nuit de Céline. C’est un début de rivalité entre les deux maisons. Le livre est un succès si bien qu’il est pressenti pour le prix Goncourt mais dans la nuit avant la remise du prix Gallimard aurait intrigué pour que se soit son livre qui gagne.

B- Dans les années 30

La maison connait le succès dans cette décennie. Même si Bernard Steel la quitte à la fin des années 30  pour fuir la France (en effet ce dernier était juif). Finalement en 1936 la maison s’appellera seulement Editions Denoël. La maison d’édition décroche de nombreux prix, c’est une maison « challengeuse« , elle attaque Gallimard sur tout les plans. D’ailleurs elle publiera Aragon avant que celui-ci aille chez Gallimard.

C- 2° Guerre Mondiale & ses publication

1.  Ses publications

Après la défaite de 1940, il poursuit sur sa lancée et s’associe avec un éditeur allemand pour de l’argent. Il est plutôt en accord avec les idées prônées par le régime de Vichy.  Même s’il a des relations compliqué avec Céline il lui reste fidèle et va même publier ses pamphlets antisémites. Il lance une nouvelle collection : les Nouvelles Editions Française (NEF) dans laquelle on trouve des ouvrages dirigés par Montandon, du genre Comment reconnaître un juif ? 

Robert Denoël est un homme qui aime l’argent, un opportuniste décomplexé. Il vend tout ce qui se vend et ce qui plaît à l’occupant. Il publie un best-seller de l’occupation : Les décombres, de Louis Rebatet en 1942 (se sont les mémoires d’un fasciste). En clair Denoël publie une littérature de la défaite et de la collaboration.

2. Répercutions

Durant l’été 1944 Denoël prépare sa défense car il sait qu’il va devoir rendre des comptes sur ses activités et ses publications durant l’occupation. Finalement il est innocenté de façon personnelle mais sa maison d’édition reste poursuivie. 

D- Fin de la maison d’édition

Il rencontre Jeanne Loviton, qui sera sa maîtresse, il la croit son alliée pour le sortir de ses affaires de justice puisqu’elle est avocate. Elle l’aide à préparer sa défense. Mais un soir alors qu’il se rendait au théâtre avec cette dernière, Robert Denoël est assassiné d’une balle dans le dos. Un pneu de leur voiture aurait crevé et alors qu’elle se rendait seule au spectacle tandis que lui essayait de réparer la roue il se serait fait tirer dessus. Mais il y a des choses un peu obscure dans ce meurtre qui n’a jamais été élucidé. 

Jeanne Loviton en profite pour sortir un document de cession des parts de l’entreprise pour elle-même, la maison passe donc entre ses mains. Malgré une tentative de défense de la part de la femme et de l’enfant de Denoël elle reste détentrice de l’entreprise qu’elle s’empresse d’aller revendre à Gallimard.

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L’édition généraliste dans la 1° partie du XX° siècle : Bernard Grasset, grand concurrent de Gallimard ~by Yomu-chan

Bonjour bonjour,

alors voici le deuxième article de cette série destinée à l’édition française du XX° siècle, il sera consacré à Bernard Grasset.  Vous pouvez retrouver l’article sur Gallimard : ici !


Bernard Grasset fut le grand concurrent de Gallimard, de tout temps il a essayé de faire barrage à la NRF sans jamais y parvenir vraiment. Il sera resté dans l’histoire du livre pour sa grande inventivité commerciale. Si il a en commun avec Gaston Gallimard d’être issu de la bourgeoisie de province et d’avoir un don naturel pour dénicher de très bon texte, tout le reste les opposent : Bernard Grasset était un personnage « tout feu, tout flamme », réputé pour être quelque peu bipolaire, souffrant de grandes dépressions mais aussi de grands moment d’euphorie. Malgré cela, les deux hommes se respectaient beaucoup et durant l’entre-deux guerre il leur arrivait souvent de déjeuner ensemble. Les auteurs publiés par Grasset étaient soit ceux qui n’avaient su trouver grâce chez Gallimard, soit ceux qu’il avait lui même révélé avant de se les faire « piquer » par son concurrent, ils n’ont eu de cesse de se voler mutuellement leurs auteurs.

Bernard Grasset

A- Début de carrière

1.Ses débuts

Originaire de Montpellier, Bernard Grasset monte à Paris après des études de Droit. Il souhaite réussir dans les lettres. Il créer sa maison d’édition en 1907.  Il mène une vie de Bohème, qui l’amènera à faire la rencontre de nombreux artiste. Et notamment de Henry Rigal, qui toutes les peines du monde à faire publier son livre : Mounette.

2. 1° publications

C’est donc Mounette qui sera le premier livre édité par la maison d’édition de Bernard Grasset. Mais cela se fera à compte d’auteur (c’est à dire que c’est l’auteur qui lève les fonds pour assurer les coûts de la publication). Ce sera un peu la spécialité de Bernard Grasset que de publié à compte d’auteur.

Il cherche ensuite à lever de l’argent pour avoir les moyens de porter plusieurs auteurs. Et petit à petit arrive dans sa maison André Malraux, Giraudoux, Mauriac,etc.

Il connaît son premier succès en 1910. Et décroche un prix Goncourt avant même Gallimard en 1910-1911 avec Chateaubriand. C’est ce prix qui fait comprendre à Grasset que ce qui compte c’est de créer un écho journaliste autour du texte, afin de faire parler du livre pour que celui-ci se vende.

3.Vie de salon & Marcel Proust

Prenant soin de se montrer afin de se créer un important réseau Bernard Grasset fréquente beaucoup de salons littéraires. C’est dans l’un d’eux qu’il fera la rencontre de Marcel Proust. Ce dernier vient d’écrire le premier volume de A la recherche du temps perdu et a envoyé son manuscrit au comptoir d’édition de la NRF mais André Gide l’a refusé (effectivement Proust était malade et confiait la rédaction de ses manuscrit à son aide de chambre mais qui faisait beaucoup de fautes. Le manuscrit était donc assez illisible et Gide n’a pas su y voir la beauté géniale qu’on lui connaîtra).  Intrigué par cet homme Bernard Grasset lui propose de publié son livre à compte d’auteur.  Et il a eu raison car se fut un énorme succès ! Après ça la maison Gallimard se mord les doigts d’avoir refusé le texte.

Marcel Proust

B- Après la première Guerre Mondiale

1.Une maison d’édition en sommeil mais qui a acquis de nouvelles techniques

Durant la première Guerre Mondiale il a été enrôlé (contrairement à Gallimard) et a de ce fait perdu Proust qui s’est laissé charmer par les excuses de son concurrent pour le récupérer. C’est un coup dur pour Grasset.

Mais dès son retour de la Guerre il relance sa maison en lançant le 1° Best Seller d’après-guerre avec Maria Chapdelaine roman de Louis Hémon.

2. Travail de promotion des livres & importance de cerner le public visé

Grasset se révèle un véritable stratège de la guerre éditoriale. Afin de faire parler de son livre il en envoie des exemplaire gratuit à des personnes qu’il a identifié comme pouvant faire la promotion de son livre.  Il utilise aussi des technique de bluff, et d’exagération dans ses publicités pour exalter la foule : ses lancements coûtent des fortunes. Mais ça marche.

Les années 20 sont l’apogée de Bernard Grasset. Il sait faire événement et lancer des auteurs à succès. Il est le premier à se lancer corps et âme dans la communication.  Il arrive à maintenir perpétuellement une sorte d‘écho médiatique autour de sa maison d’édition.

Il nous faut parler de l’énorme succès de Le diable au corps de Raymon Radiguet qui fait l’objet d’un lancement extrêmement audacieux. L’auteur est à l’époque très jeune et Grasset utilise le fait qu’il ne soit pas encore majeur comme un excellent argument de vente. Mais ce fait est quelque peu rabaissé par la critique littéraire qui juge que c’est un argument racoleur et qui manque d’intérêt littéraire. Cependant un scandale autour du jeune homme se créer puisqu’on lui prête une relation amoureuse avec Jean Cocteau. Et si Grasset apprécie que l’on parle de son auteur il ne veut pas que le livre soit un succès uniquement grâce au scandale des potins. Ainsi il lance la première publicité au cinéma de l’histoire du livre !  Il se met en scène avec son auteur. Et ce sera une réussite. Le livre est un succès de librairie.

Après ces réussites Grasset se lance dans une carrière de moraliste et publie des articles dans plusieurs journaux et revues. Il est devenue une figure importante parmi les intellectuels français et n’a pas de mal à imposer ses traits d’esprit.

Raymond Radiguet

3. 1930 défense des éditeurs & combat pour la propagation de la lecture

Le problème de Grasset c’est qu’il se prend à son propre jeu et il va intervenir de plus en plus souvent dans les années 30.

La maison d’édition vit une période difficile entre 1929 et 1935 : la famille de Grasset tente de s’emparer de la maison, sous prétexte qu’il n’est plus capable de la gérer (il a la santé fragile et doit se faire soigner en clinique). Finalement même si la maison a perdue de sa superbe il récupère son pouvoir en 1935 et tente de relancer la maison.

Il s’engage dans un combat pour la défense des éditeurs.  En effet le gouvernement est en train de lancer un projet pour raccourcir les droits d’auteurs post mortem. Selon lui c’est un scandale qui signerait la fin des maisons d’édition, car cela les pousserait à la faillite et les rendrait frileuse à miser sur de jeunes auteurs. Finalement ce projet est abandonné en 1938 (car la France à d’autres problèmes un peu plus important à ce moment là). Mais Grasset le prend comme une victoire personnelle et n’a de cesse de se positionner comme un réformiste de l’édition.

C- Deuxième Guerre Mondiale & Occupation allemande

1. Se range du côté de l’occupation

Grasset est très nationaliste, et s’il est choqué par la défaite de la France il se range tout de même du côté du Maréchal Pétain q’il considère comme capable de « redresser la France ». Il n’est pas pro-nazi mais selon lui une victoire allemande est plus profitable qu’une victoire anglaise. Et il va publier des textes dans la même veine que ses idées. Il porte la faute sur les français et la décadence des partis politique (il pense notamment au PCF), indirectement c’est une littérature à démoraliser les français. C’est une littérature de la collaboration.  Il va se mobiliser de manière assez imprudente pour faire valoir son point de vue (il s’affiche notamment dans des interview).

Il fait partie des éditeurs qui collabore pour continuer de travailler et de publier. Il sera nommé Responsable du livre par le régime de Vichy (une responsabilité quasi ministérielle). Et comme les ventes de livres sont plutôt tonique durant l’occupation (les gens ont besoin de se divertir) Grasset y voit un moment opportun pour améliorer le système.

2.Problème à la libération

Comme on peut s’y attendre, Grasset est l’un des premiers à devoir rendre des comptes à la libération. Il est emprisonné en 1944. Et pendant se temps il y a toute une campagne d’accusation qui se fait dans les médias, on publie des lettres affligeantes qu’il a envoyé à des hauts dirigeants du régime de Vichy.  Mais Grasset ne sait pas comment se défendre puisqu’il est persuadé d’avoir été de bonne foi et d’avoir choisit une voie favorable à la France.

3.Maison « sauvée », mais les auteurs la désertent

Finalement comme la maison n’a pas publié de texte pro-allemand elle a le droit d’être relancée à la fin des années 40. Mais Bernard Grasset reste poursuivit à titre personnel et souffre d’une très mauvaise réputation d’éditeur. Les auteurs quitte la maison. Dans les années 50 il perd un procès contre Montherlant qui veut briser son contrat.  Il va aller vendre sa maison d’édition à Hachette en 1954. Il meurt en 1955 et c’est son neveu Bernard Privat qui va tenter de relancer la maison sous l’hégémonie d’Hachette.

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L’édition généraliste dans la 1° partie du XX°siècle : Un siècle Gallimard ~ by Yomu-chan

Bonjour bonjour,

Je vais tenter durant les prochains jours de vous délivrer une série d’articles visant à décrire un peu le paysage éditorial français du XX° siècle. L’idée c’est de partager avec vous tout en révisant 😉 Ce sera donc un mixe entre la fiche de révision et l’article de blog. Le contenu sera forcément un peu synthétique, parce qu’il y a beaucoup de choses à dire et que je ne cherche pas ici à écrire une thèse sur le sujet; en revanche toute correction ou complément de votre part sera le bienvenu !!

Je vais peu-être commencer par une rapide introduction pour brosser un léger portrait de ce qu’est l’édition au cours de ce XX° siècle.

On voit dès 1890 l’arrivée d’un nouveau mouvement éditorial, il s’agit de plus en plus de démarches commerciales avec la domination de nouvelles marques. S’impose un « un savoir vendre » au détriment d’un « savoir éditer ». On voit en effet le développement de nouvelles techniques commerciales, notamment avec l’utilisation de la publicité, l’explosion de la presse littéraire,etc. C’est une période où l’écho dans la presse autour des livres s’est retrouvé multiplié, la littérature est présente partout. C’est la fin d’une  forme d’édition classique. On distingue à présent deux pôle dans l’édition :

  • Pôle généraliste : ouvert, commercial et vendeur (parfois qualifié de « racoleur ») =  littérature commerciale
  • Pôle plus lié à la littérature d’un milieu raffiné : une littérature de plus en plus hermétique, un peu « chic », souvent très onéreuse.

A cette époque se développe aussi le succès des publications à compte d’auteur : il s’agit d’une maison d’édition qui prête ses moyens techniques pour imprimer et distribuer un livres mais dont l’auteur lève les fonds. Ainsi la charge financière dépend de l’auteur et la maison d’édition ne se met pas en danger.

C’est une époque où les éditeurs sont des personnalités publiques puissante, et parfois très riche et qui cherchent à le montrer, notamment en s’installant dans des hôtels particulier comme ce fut le cas de Calman Levy. C’est un moyen d’afficher sa « solidité » aux auteurs et les inciter à confier leurs textes.


Un siècle Gallimard :

Nous connaissons tous la maison d’édition Gallimard qui encore aujourd’hui fait figure de prestige parmi le paysage éditorial français. Même si elle est devenue une maison d’édition généraliste elle reste tout de même une référence en terme de littérature française.  Elle a été au début conçue par André Gide, un auteur renommé qui force le respect. De plus un grand nombre d’auteurs représentatif de la culture française du XX° siècle sont passé par Gallimard : Simone de Beauvoir, Camus, Le Clézio, Proust, Aragon, Jean Paul Sartre, André Malraux, Saint Exupery,etc.

André Gide

A. Ses débuts

1.La NRF (Nouvelle Revue Française)

Il nous faut parler de la Nouvelle Revue Française, créée en 1909, par un coalition d’écrivains regroupés autour d’André Gide. Ce sont des gens qui défendent une idée ambitieuse de la littérature, pour eux elle doit être libre. Ils manifestent un rejet du roman bourgeois (ils exècrent Zola par exemple), mais développe un amour pour la poésie (qui selon eux serait la forme la plus noble de l’écriture, la plus libre). C’est une période de foisonnement des revues littéraires mais la NRF se démarque par son côté très pointilleux, élitiste et est réputée pour la qualité de ses critiques de la production courante.

2.Le comptoir d’édition

Suite au succès de la revue, André Gide décide de prolonger l’activité avec la création d’un comptoir d’édition en 1911. Il cherche quelqu’un pour s’occuper de cette tache, mais il veut une personne qui partage leur vision de la littérature comme une vraie oeuvre d’art libérée de tout enjeu financier. Ainsi son choix s’arrête sur le jeune Gaston Gallimard, un mondain, célèbre collectionneur, un rentier plutôt riche et qui donc ne cherchera pas à gagner de l’argent avec cette activité, et qui partage les principes de Gide sur la littérature.   C’est ainsi que les textes parus dans la revue sont ensuite édités avec le comptoir. Il s’agit de publications de prestige.

Gallimard montre très vite de grandes aptitude à la gestion de l’entreprise. Mais il reste une sorte d’homme de main pour André Gide et ses compagnons. Jusqu’en 1914 la maison prend de l’ampleur mais reste modeste. Se contente de publier quelques beaux livres, raffinés.

B. 1° Guerre Mondiale & changement de direction

1.Première Guerre Mondiale

Gallimard n’est pas envoyé au front pendant la guerre mais la maison est en sommeil, tout est désorganisé, elle souffre de la censure.

A partir de 1918 elle se relance, mais souffre de la concurrence des autres maisons d’édition et il lui faut grossir et devenir plus commerciale pour survivre.

2. Redistribution des rôles

Gallimard ne veut plus être qu’un simple gestionnaire et cherche à faire partager sa vison d’avenir pour la maison d’édition. Cependant il se heurte à André Gide qui se refuse à devenir une maison commerciale car cela est pour lui synonyme d’une littérature corrompue. Finalement Gallimard rachète des parts de l’entreprise et en prend le contrôle. La maison d’édition devient alors La librairie Gallimard en 1918; même si elle reste liée à la NRF.

Gaston Gallimard

3. Développement dans les années 20

Afin de se démarquer des autres maisons d’éditions qui prennent aussi de l’ampleur, Gallimard doit savoir se montrer ambitieux. Ainsi il commence la promotion de la littérature par la publicité pour faire parler de ses livre. Il faut aussi attirer des auteurs « commerciaux ». Il entreprend la publication d’un magazine : Détective. Et il met en place un comité de lecture, il s’agit de confier la lecture des manuscrits à des auteurs réputés qui se posent donc comme des ambassadeurs de la maison Gallimard.

4. Se lier avec Hachette

En 1932 Gallimard confie à Hachette la diffusion et la distribution de ses publications. Cela va couvrir 75% de la production de Gallimard.

C. 2° Guerre Mondiale & Occupation

1.Liste Otto

Les allemands cherchent à prendre le contrôle de tout les domaines clef, notamment de la culture. La liste Otto est une liste d’ouvrages interdit (textes d’auteurs juifs et anglo-saxon, textes idéologiques et communiste, etc.) et beaucoup des titres de cette liste sont des textes de chez Gallimard. C’est la maison d’édition la plus touchée.

2. Céder du terrain aux allemands pour ouvrir à nouveau

Gallimard se voit obligé de céder la gestion de la maison d’édition à Drieux La Rochelle, un auteur fasciste notoire qui sympathise avec le régime nazi. C’est la condition imposée pour que la maison continue de fonctionner. Ainsi la NRF devient la seule revue autorisée par les allemands, et devient une fenêtre pour diffuser leurs idées.

Gaston Gallimard

D. A la Libération et par la suite

1. Accusation de collaboration

Comme la NRF a été à la disposition des allemands durant l’occupation Gallimard va devoir rendre des comptes et se prononcer sur sa relation avec le régime nazi. Il entreprend donc de monter un dossier pour prouver son innocence, il demande à ses auteurs de témoigner en sa faveur, et ça tombe bien parce qu’il a publié des auteurs résistants comme Camus ou Duras. Il est finalement blanchi en 1948.

2. Se reconstruire

Avec le désordre de la guerre, beaucoup d’auteurs ont fuis dans le sud de la France ou à l’étranger et il faut les regrouper, mais aussi ré-imprimer les livres alors que le papier est devenu très cher depuis la guerre. C’est à se moment qu’il publie Simone de Beauvoir et Sartre.  Il doit aussi faire face à la concurrence qui a profité des accusations pour se développer à ses dépends.

Il se relance bien en récupérant les droits d’auteur du Petit Prince !

Il y a toujours un manque de papier qui oblige à vendre les livres plus cher, mais finalement les ventes vont bon train et La librairie Gallimard reprend du poil de la bête.  Elle en profite pour lancer la collection Série noire.

3.La rupture avec Hachette

Gallimard vient à se méfier d’Hachette qui après la 2° Guerre Mondiale s’est engagé dans une spirale de rachat de maisons d’édition. C’est une menace pour Gallimard, leurs intérêts ne sont plus liés, ils sont concurrents et rivaux. Le contrat est rompu à la fin des années 60 et Gallimard monte son propre réseau de diffusion et de distribution. Mais suite à ça il se retrouve très endetté, c’est un moment de grosse crise économique.

4. Développement du pôle jeunesse

Après les années 70, Gallimard confie à Pierre Marchand le soin de développer un secteur jeunesse. Ce dernier va révolutionner le monde de la littérature jeunesse, en proposant une production autre que des histoires moralisantes. C’est un succès qui le sort de la quasi-faillite. Ainsi Gallimard devient une grande maison d’édition dans les années 80.

1976

Conclusion

La maison d’édition Gallimard est une entreprise singulière qui a su rester indépendante sans renier son identité d’origine en terme d’excellence littéraire. Mais qui a su être une maison débrouillarde, active et inventive. Et si elle a eu du mal à assumer de publier des livres grand public elle a su racheter de petites maison d’édition (notamment Flammarion) qui s’en sont chargées.

 

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La littérature de l’exil du Chili ~by Yomu-chan

Bonjour, bonjour,

Aujourd’hui je vous propose un article dans le cadre du challenge Amérique Latine. Vous l’aurez compris avec le titre je vais vous parler du Chili et de l’exode massif qui l’a frappé suite au coup d’état de Pinochet en 1973.

Le contexte:

Le Chili est un pays qui possède beaucoup de ressources naturelles, ce qui a fait de lui la cible de nombreuses entreprises internationales. Jusqu’en 1970 une grande majorité des infrastructures étaient privatisées et le capitalisme avait creusé de profondes inégalités parmi les citoyens.  C’est pourquoi l’arrivée au pouvoir de l’Unité Populaire, avec Salvador Allende, en 1973 est synonyme d’espoir pour le peuple. Allende entreprend de re-nationaliser une partie des infrastructures du pays, et prend des mesures sociales qui visent à rétablir l’égalité et a répartir les richesses.

Salvador Allende

Seulement cela ne plaît pas beaucoup au patronat ni au Etats-Unis d’Amérique qui possédaient presque le monopole de ces richesses. Ainsi débute une période troubles où les mouvements de droites et les libéraux tentent de renverser le pouvoir en place et les attentats se multiplient.  Pour répondre à cette menace deux « camps » se divisent parmi les gauchistes : les révolutionnaires qui veulent asseoire leur nouveau régime en répondant par des actions violentes aussi, et les réformistes, comme Allende, qui  cherchent à changer le pays en passant par les voies légales et a éviter les violences.  Seulement il n’aura pas le temps d’aller jusqu’au bout de son programme puisqu’en 1973 Pinochet bombarde le palais présidentiel, où Allende se suicidera, et c’est la junte militaire qui  prend le pouvoir. C’est le début de la dictature. Pinochet prend soin d’emprisonner, de torturer et de tuer ses opposants. Il prend le contrôle de la justice et s’auto-proclame dirigeant du Chili.

Sous la dictature le Chili est victime de ce qu’on appelle un « apagòn cultural », une panne de courant culturel. Pinochet ferme les universités, arrêtes les étudiants et les professeurs, poursuit les poètes et tout les artistes qui défendaient une positions différentes de la sienne. Et évidemment il stoppe tout les projets culturels initiés par Allende. Une importante censure se met en place. Ces nouvelles mesures font l’effet d’un électrochoc juste après la « révolution culturelle » sous le gouvernement de l’Unité populaire.

Pinochet

Se sont toute ces choses qui font qu’une grande partie de la population décide de s’exiler : pour sauver sa peau, pour fuir un régime dictatorial. Cet exode massif, qui concerne beaucoup les intellectuels et les artistes, donne naissance à une vraie culture chilienne de l’exil.

L’Araucaria de Chile :

L’Araucaria de Chile est une revue qui a vu le jour en 1978, on parle de « la revue culturelle de l’exil chilien ».  Elle fut publiée tout les trimestres pendant 12 ans (jusqu’en 1989). On compte un total de 48 numéros qui font chacun à peu près 200 pages. Elle adopte un petit format (21 cm de hauteur pour 13 cm de largeur).  Elle fut publié dans 37 pays et circulera dans une cinquantaine de pays (dont au Chili clandestinement). La rédaction fut d’abord établie à Paris jusqu’en 1984, puis elle s’est déplacée à Madrid. Les rédacteurs, comme les collaborateurs, eux ne se trouvaient pas tous à Paris, on ressentait dans l’équipe éditoriale une fragmentation géographique à l’image de l’exil et de ces citoyens chiliens éparpillés dans le monde.

Beaucoup de revues ont vu le jour durant cette période d’exil, mais l’Araucaria est celle qui demeure la plus prestigieuse. Notamment par le nom de certains de ses plumes : Gabriel Garcia Marquez, Julio Cortazar, Carlos Fuentes ou encore Isabel Allende.  La revue était comme un objet culturel de référence entre les chiliens exilés et pour tout les intellectuels de culture hispanique. On y trouvait des articles de critiques littéraires, des textes de poésie ou de prose, des réflexions sociologique sur le devenir du Chili, etc. Un contenu pluridisciplinaire qui cherchait à « penser le Chili ». La revue représentait une large partie de la production intellectuelle et culturelle chilienne; avec un équilibre entre création et analyse. Ils en viennent même à prendre l’exil comme objet d’étude, on lui accordant une multitude de point de vue: historique, psychologique, social, etc.

n°45 Araucaria de Chile
Sommaire du n°44 Araucaria de Chile

Les objectifs de la revue étaient de combler « l’apagòn cultural ». Elle place la culture comme une forme de résistance politique. L’Araucaria est née du constat que la dictature va durer et que le statut d’exilé est une chose qui va s’inscrire dans le temps : cette revue donne la possibilité d’un rassemblement patriotique. Si elle est  une revue littéraire, elle a tout de même une vraie dimension politique. Elle est fondée à l’initiative  du Parti Communiste Chilien (en 1976 le Chili connait une grande politique de répression que Pinochet concentre sur l’extermination  des communistes et des militants d’extrême gauche.) On ressent cela rien qu’en lisant les éditos de chaque numéro. J’ai tenté de vous traduire (soyez indulgent svp) un passage de l’édito du n°45 :

C’est un travail difficile que de trouver une nouvelle fois le chemin démocratique que l’on a perdu. Rendre au pays son identité historique originale est une mission politique, mais aussi morale, qui devra proposer la correction des  habitudes de cohabitation sociale, la propreté d’une atmosphère irrespirable pour quelque chose de plus que le smog : le règne de la corruption, du conformisme, la course sans freins pour le triomphe économique individuel, le mépris pour les valeurs minimales de communication et pour la solidarité collective […] C’est la refondation du pays qui est en jeu. Et nous sommes tous appelés à apporter nos efforts, éradiquons pour toujours les pratiques du dictateur et de son régime.

Les années de publication d’Araucaria correspondent à l’apogée  de l’activité politique de l’exil chilien et à la solidarité française (c’est d’ailleurs le journal L’Humanité qui cède des locaux pour la rédaction de l’Araucaria). En 1979 Pinochet montre un numéro de l’Araucaria à la TV et le présente comme un objet de propagande perverse des marxistes; il la présente aussi comme une revue luxueuse. En réalité elle fonctionnait avec seulement 2 salariés et une vielle machine à écrire. L’aspect luxueux est du à la maquette, c’est Guillermo Tejada qui a conçu la premier numéro et le logo. De plus la revue pouvait compter sur la collaboration bénévole de nombreux plasticiens, peintres, sculpteur, dessinateurs, graveurs, et photographes chiliens. Aucun collaborateurs, ni ami de la cause (qui distribuaient et vendaient la revue) n’étaient payé. L’Araucaria de Chile reposait sur un principe de solidarité.

n°45 Araucaria de Chile

Sur la fin de la dictature la revue tenta d’intégrer des collaborateurs chiliens encore sur place afin de s’assurer une entrée sur le territoire pour accélérer la chute de Pinochet et pouvoir continuer à vivre après la dictature. Mais la revue cessa d’exister à la fin de l’ère de Pinochet. C’était une production littéraire intrinsèquement liée à l’exil et elle disparu avec lui.  Pour les exilés l’écrit fut le lien avec le Chili, pays d’origine perdu. Cet écrit de l’exil était comme un territoire chiliens fictionnel que les victimes de l’exode pouvaient s’approprier. Un territoire reconstitué avec des mots. Et l’Araucaria était comme la capitale de ce territoire. Cette revue représente la mémoire de l’exil et l’héritage que les exilés laissent à leurs enfants restés en France.

L’araucaria est un arbre que l’on trouve au Chili. Pourquoi avoir choisit ce nom ? Peut-être pour se rappeler l’enracinement à la terre de leur pays même s’ils en étaient éloignés.

Pour mon article je me suis appuyé sur le n°1305 de la revue Homme & migrations, consacré à l’exil chilien en France.  En particulier de l’article Cariz Melina « ‪Araucaria de Chile‪. La revue culturelle de l’exil chilien », celui de Gaudichaud Franck « ‪Le poids de la défaite. Retour sur les origines de l’exil politique chilien (1970-1990)‪ », et  celui de Raùl Morales La Mura «L’accueil des exilés latino-américains en Europe».

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Voyageur malgré lui ~ by Yomu-chan

Bonjour ! Aujourd’hui je vais vous parler d’un livre qu’il m’a été donné à lire dans le cadre de mes cours de littérature, qui portent en ce moment sur « la quête et l’enquête ». Après avoir rendu ma fiche de lecture à mon professeur j’ai l’autorisation de vous la publier ici, ne soyez donc pas étonnée par la forme très scolaire de cet article 🙂

Je vais donc vous parler de Voyageur malgré lui, un roman de Minh Tran Huy, publié aux éditions Flammarion.

Résumé de l’œuvre :

Au détour d’une promenade new-yorkaise Line apprend l’existence d’Albert Dadas, le premier cas recensé de dromomanie. Il s’agit d’une pathologie qui pousse les malades à partir en voyage, abandonnant malgré eux famille et emploi. Line va alors se prendre de passion pour cet homme, et de cet intérêt va naître une réflexion sur le voyage en lui-même, sur le fait de laisser son chez-soi et de partir à la découverte d’un autre monde. Elle s’interroge sur les différentes raisons qui poussent les gens à partir de chez eux, et cette réflexion la mènera a étudier le parcours de différent individus, Albert Dadas d’abord, Samia Yusuf Omar ensuite, et puis de sa propre famille vietnamienne maltraitée par la guerre.

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Biographie de l’auteur:

Minh Tran Huy est une auteur française d’origine vietnamienne . Elle est diplômée de lettres, elle fut journaliste, d’abord comme rédactrice en chef adjoint du Magazine Littéraire, puis comme chroniqueuse pour des émissions littéraires. Elle publie son premier roman en 2007 : La princesse et le Pêcheur, et son deuxième, La double d’Anna Song, en 2009, ce dernier fut récompensé par plusieurs prix dont le prix Pelléas, le prix des lecteurs du Salon Livres et Musiques de Deauville, et le prix Drouot. Elle abandonne finalement sa carrière de journaliste pour devenir directrice de collection pour les éditions Flammarion. Elle est aujourd’hui l’auteur de huit romans.

Voyageur malgré lui prend une place très importante dans l’œuvre et la vie de l’auteur puisqu’il pourrait presque s’agir de son autobiographie. Effectivement si le thème principal de cet ouvrage est le voyage, l’abandon de sa terre natale, Voyageur malgré lui se penche beaucoup sur l’Histoire du Vietnam et le déracinement de nombreuse familles issues de ce pays. Ainsi quand l’on connaît les origines de l’auteur, mises en évidence sur la quatrième de couverture avec une photographie la représentant et un commentaire de l’éditeur sur sa nationalité, on peut tout à fait entamer la lecture de ce roman comme étant les confidences personnelles de l’écrivaine.

Minh Tran Huy aime à mettre en scène le pays de ses parents dans ses écrits, on retrouve notamment cela dans La double vie d’Anna Song.

Bibliographie sélective de l’auteur :

La Princesse et le prêcheur, Actes Sud, 2007.

Le Lac né en une nuit et autres légendes du Vietnam, Actes Sud, 2008.

La double vie d’Anna Song, Actes Sud, 2009.

Comment la mer devient salée, Actes Sud junior, 2011.

Minh Tran Huy

Thèmes abordés :

Vous l’aurez compris le thème principal de ce roman c’est le voyage. Mais pas le voyage touristique, il s’agit plutôt de ceux qui n’ont pas eu le choix de voyager, ou qui ont dû s’appuyer sur le voyage pour construire leurs vies. Le titre est explicite. Ici l’auteur a voulu analyser cette forme de départ : un départ souvent forcé, incontrôlable qui a des répercussions non négligeables sur l’existence des individus. Ainsi Albert Dadas est malade et ses périples lui ont valu la perte d’une épouse, Samia placera tout ses espoirs de vie et de survie sur ses départs, et les oncles et tantes de Line auront beaucoup à perdre également…

Albert Dadas dessiné par son médecin

Cette notion de voyage se mue peu à peu en exil quand le personnage finit par ne s’intéresser qu’aux membres de sa famille vietnamienne tourmentée par les guerres et les départs. Minh Tran Huy se penche ainsi sur la nécessité salvatrice de l’ailleurs, mais la douleur de ceux qui restent trop longtemps loin de chez eux. Cette notion d’exil est un vaste sujet. Il a, en effet, fait couler beaucoup d’encre. L’expatriation engendre des sentiments paradoxaux ; le soulagement et la frustration, le renouveau et la nostalgie, le succès et la défaite. Ce sont ces émotions que l’auteur tente de coucher sur papier, des notions à la fois très personnelles et à la fois tristement universelles. Ainsi le travail de l’écrivain est de réussir à rendre tout cela vivant pour purger la peine de nombreux individus ; je pense que Minh Tran Huy y parvient plutôt bien, et qu’un lecteur ayant vécu cet exil saura se reconnaître dans les mots de Voyageur malgré lui.

Dans son questionnement sur le voyage l’auteur initie une réflexion sur les frontières. Elle s’interroge sur les évolutions de ces dernières, sur leur pertinence, leur justesse et l’impact parfois terrible et effrayant, tout puissant, qu’elles peuvent avoir sur la vie des gens. « Je dispose des moyens de transport modernes qui ont manqué à Albert et des libertés dont Hoai et Samia ont été privées. Bénéficie du droit d’aller et venir à ma guise simplement parce que je possède les papiers adéquats, obtenus sans rien faire d’autre que de naître au bon endroit, au bon moment […] Cette liberté que j’ai longtemps considérée comme allant de soi m’a été accordée de manière ni plus ni moins arbitraire qu’elle a été refusée à ces femmes : il n’y a guère qu’une feuille de papier qui nous sépare ».

Autre thème abordé par l’auteur : le lien entre espoir et désespoir. On l’a vu plus haut Minh Tran Huy pose son écriture sur une fine alternance entre sentiments opposés et paradoxaux. Ce qui ressort de ce jeu c’est le terrible balancement des individus entre l’espoir d’un avenir neuf et meilleurs, en sécurité, l’espoir d’un retour serein et réconfortant et le désespoir d’un non-retour déchirant, le désespoir d’un voyage qui n’arrive pas. Même dans les solutions on arrive à trouver des éléments de tristesse, et l’Homme doit composer avec cela.

Si il y a un mouvement qui anime le livre c’est bien la quête identitaire que mène le personnage à travers son père. Effectivement on ressent dès les prémices du roman un attachement particulier entre cette fille et son père, un lien un peu étrange puisqu’on nous décrit une relation très intime, presque fusionnelle, «[…] je pense que mon père et moi ne formons qu’une seule et même entité. […] Je crois que mon père ressent tout ce que je ressens, qu’il a vécu les mêmes choses, éprouvé les mêmes besoins, les mêmes désirs, les mêmes colères – je suis une extension de lui et lui de moi », mais à la fois une relation basée sur le silence et le non-dit, « Il ne fallait pas compter sur lui, en revanche, pour tenir une conversation. Il semblait tomber d’une autre planète à chaque fois que je lui parlais ». Ainsi cette relation apparaît parfois comme un peu trop idéalisée, et l’admiration envers le père peut peut-être même mettre mal à l’aise. Et pourtant c’est en cherchant à mieux connaître ce père avar de paroles, en cherchant à reconstituer le passé de sa famille, en cherchant à comprendre les traumatismes de celle-ci, que Line va construire son identité. Revendiquant son héritage elle comprend et prend enfin conscience, comme un soulagement, de l’impact que le passé a sur son présent, et comment le refus des mots et de l’évocation des souvenirs peut enfermer les gens. C’est ce travail de libération de la mémoire qui lui permet d’asseoir son identité. Ainsi le travail de Minh Tran Huy met en évidence comme il est important pour comprendre son présent de retracer ses origines, de donner vie à la mémoire.

Sans être un livre historique Voyageur malgré lui donne son importance aux traumatismes de l’Histoire, d’abord il lève le tabou des guerres coloniales. En montrant comme il est difficile pour les individus d’en parler, de raconter, Minh Ttran Huy traduit les attentes de toute une génération héritière de ce conflit d’Indochine et qui pourtant n’a jamais vraiment pu comprendre ce qu’il s’y été passé. L’école encore aujourd’hui en parle très peu et les victimes encore moins. Dans son texte l’auteur commence a libérer la parole. Elle ne cherche pas a retracer les événements historiques mais s’intéressent aux gens et a leur ressenti. Il en va de même pour le récit de la vie de Samia Yusuf Omar, en décidant de raconter ce parcours tragique Minh Tran Huy tente de mettre un visage sur l’horreur qui se déroule en Somalie.

Samia Yusuf Omar

Tonalité de l’œuvre :

La tonalité de l’œuvre est assez déroutante. D’abord parce qu’on la prendrait presque pour une autobiographie. Rédigée comme un journal de bord elle nous emmène dans l’intimité des pensées de Line que l’on croirait réelle tant ses problématiques et ses réflexions sont ancrées dans la réalité. Il faut faire un effort pour prendre conscience qu’il s’agit d’une fiction. De plus l’auteur, ancienne journaliste, donne un aspect particulier à son travail, on la sent très bien documentée ; la façon même d’écrire s’apparente parfois a un reportage, si bien que tout paraît très «vrai ». Cet aspect de véracité pousse le lecteur a réfléchir sur le monde qui l’entour, puisque c’est son environnement qui est décrit dans ce livre. C’est par la force des choses très émouvant, comme peut l’être un témoignage.

C’est effectivement un texte qui fait réfléchir, qui pousse a s’indigner sur l’injustice et la cruauté du monde. Mais qui finalement, même s’il inquiète, montre comment l’on peut et comment l’on doit chercher a composer avec ce monde.

Avis personnel :

Si l’œuvre commence sur un sujet intriguant, la dromomanie, j’ai tout de même trouvé qu’elle mettait du temps a « commencer ». L’auteur tarde a amener son propos. Mais une fois que la réflexion est lancée la lecture est très plaisante, on apprend beaucoup de choses, ce qui est formidable. En revanche je n’ai pas réussi a m’attacher aux personnages, joue sûrement le fait que mon parcours personnel et familial ne rejoint pas du tout le leur ; pourtant les réflexions proposées sont universelles… L’écriture de Minh Tran Huy, même si elle a beaucoup de qualités, dont un rythme agréable, une certaine poésie et une sensibilité certaine, n’a pas su me rapprocher de Line et de son père. J’ai même parfois trouvé le personnage de Line (et presque l’auteur) un peu prétentieuse de vouloir mettre des mots si « intimes » sur des histoires qui ne sont pas les siennes…

Mais je dirais quand même que la lecture de Voyageur malgré lui fut un agréable moment et j’en ressort instruite, la tête pleine de questions et de curiosité.

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Daytripper, au jour le jour ~ by Yomu-chan

Bonjour !

Aujourd’hui je vous écrit un petit billet à l’occasion du mois Brazil du challenge Amérique Latine. Je vais vous parler de Daytripper, une Bande-dessinée que j’ai trouver un peu par hasard en demandant conseil à ma libraire pour le thème du carnaval le mois dernier, en pensant au Brésil elle m’a proposé cette BD dans la quelle il n’est pas du tout question du fameux carnaval mais qui a bien été écrite par deux brésilien et qui se joue dans leur pays 🙂

Il s’agit donc d’une oeuvre des frères Fabio Moon et Gabriel Ba ! Je l’ai donc dit deux auteurs brésiliens. Ils mettent ici en scène Bràs un journaliste des rubriques mortuaires à Sao Paulo. On suit les pas de cet homme, l’accompagnant dans diverses tranches de vie, et… il meurt. Ce n’est pas un spoil ne me frappez pas ! Car c’est la particularité même de cette bande-dessinée, à chaque chapitre on retrouve Bràs à un âge différent et à chaque fin de chapitre il meurt d’une manière différente.

Cela peut apparaître un peu troublant mais je trouve que ça relève d’un grand travail narratif. Malgré son âge changeant, et son parcours de vie différent à chaque fois (puisqu’il meurt le bougre) on reconnaît notre héro. On retrouve plusieurs personnages qui font le lien entre les chapitres, les auteurs ont placé quelques phrases, quelques pensées qui reviennent et nous rappellent l’aspect un peu surnaturel d’une vie qui perdure même quand elle n’est plus là ou pas encore là. Tout ça pour dire que le choix narratif n’impose pas un recueil déstructurer, il y a un vrai fil conducteur qui relie toutes ces nouvelles.

Mais on apprécie tout de même ce découpage puisque le recueil est assez conséquent, environ 245 pages, et 10 chapitres, et on peut ainsi les lires séparément, s’arrêter et reprendre au chapitre suivant.  En plus chaque début de chapitre et accompagné d’une illustration sur une page entière qui résume un peu la nouvelle et son ambiance, se sont de très beaux dessins !

Parlons justement des illustrations, puisqu’il s’agit d’une bande-dessinée et que c’est important ! J’ai globalement beaucoup aimé le style. N’étant pas trop adepte de la couleur, j’ai pourtant apprécié la douceur de celles proposées par Gabriel Ba. Les pages sont toutes en couleurs (sauf quelques croquis à la fin du livre)  mais se ne sont pas des couleurs vives qui agressent les yeux, au contraire elles servent à élaborer cette ambiance si particulière qui règne dans la bande-dessinée. Une sensation de calme, un peu nostalgique, dans des tons un peu pastels.  Pour ce qui est du dessin en lui même: Gabriel Ba  a un trait de crayon assez réaliste, avec des visages assez détaillés, assez marqué. Mais les dessins ne sont pas trop chargés et restes très expressifs.

En clair c’est une très chouette découverte et je vous conseil vivement la lecture de Daytripper ! L’histoire soulève la question de la vie et de la mort qui peut arriver n’importe où, n’importe quand. Le seul petit bémol que je pourrais apporté à ma critique c’est que les auteurs ont parfois trop cherché à dramatiser la mort. Autant dans certaines nouvelles elle intervient de façon inattendue et « réelle », mais des fois c’est un peu trop « gros ». Mais je n’en dis pas plus et je vous laisse découvrir par vous même et me dire ce que vous en avez pensé.

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Castro ~by Yomu-chan

Bonjour ! Aujourd’hui, dans le cadre du mois consacré à Cuba dans le challenge Amérique Latine, je vais vous parler de Castro une bande-dessinée signée Reinhard Kleist.  Et oui comme je voulais approfondir mes maigres connaissances sur l’histoire de Cuba et le mythe qui est né de Fidel Castro je me suis dirigée vers un ouvrage explicatif et un peu historique, mais comme tout ça à l’air bien dense et bien compliqué j’ai préféré une BD qui apparaît toujours plus accessible. Voilà donc comment je me suis retrouvée avec Castro dans les mains.

Castro prend la forme d’un témoignage, on suit le récit de Karl Mertens un vieux journaliste  allemand qui a suivit la révolution et qui est resté à Cuba une fois celle-ci accomplie. Ainsi on observe comment l’engagement optimiste de Fidel Castro et des nombreux jeunes révolutionnaire se transforme petit à petit en régime autoritaire et en désillusion pour beaucoup. A travers ce récit on voit se dresser le portrait de cet homme presque mythique qu’est devenue Fidel Castro.

Il s’agit d’une bande-dessinée assez longue d’environ 300 pages, qui prend le temps de faire le tour du problème. Elle est fournie en informations historiques ne lésinant pas sur les dates et les événements marquant.  On le ressent tout de suite, Reinhard Kleist a tenté de nous donner un ouvrage réaliste. On le voit dans le dessin, en noir et blanc mais composé de traits durs et crus, Reinhard nous donnes à voir des visages marqués sur les quels ont voit la vie  et ses épreuves. Mais on perçoit également le réalisme dans sa façon de traiter les personnages et les intrigues, jamais il ne cherche à romancer ou dramatiser les faits, et c’est finalement assez agréable, ça nous permet d’appréhender l’histoire au plus près de la vérité (ou du moins c’est l’impression que ça donne, et puis l’auteur semble être relativement bien documenté !)

Ce qui m’a particulièrement plu dans cette bande dessinée c’est le parti pris de l’auteur consistant à raconter l’histoire dans la bouche de ce journaliste Karl Mertens. Cet homme est tombé amoureux de la révolution (à tel point qu’il adopte Cuba et abandonne son pays natal) et malgré tout ses amis et amours qui finissent par tourner le dos face aux choix de gouvernance de Fidel Castro, il a beaucoup de mal à admettre qu’elle est un échec. C’est très judicieux de nous faire voir les faits à travers ses yeux plein d’espoirs et de passion car ainsi on comprend mieux comment on en est arrivé là, comment on a laissé faire.  C’est toujours en s’immergeant dans la psychologie des individus ordinaire que l’on devrait cherchant à comprendre l’Histoire, car on aurait tous pu être cet homme.

Pour conclure je dirais que c’est une bonne bande dessinée si l’on cherche à s’informer, en revanche je ne dirais pas qu’elle est le livre idéal si on cherche un moment de divertissement. Moi je l’ai lu avec un oeil « d’élève ». Elle aurait tout à fait sa place dans un CDI ou une bibliothèque.

Sur une des premières page, un peu noyée entre les remerciement et les infos d’impression on trouve la citation suivante :

« En s’emparant du pouvoir, le révolutionnaire s’empare aussi de l’injustice du pouvoir. »

Octavio Paz.

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