Archives du mot-clé tranche de vie

L’enfant et le Maudit vs The Ancient Magus bride

Résultat de recherche d'images pour "l'enfant et le maudit"

J’ai été tentée par le manga L’Enfant et le Maudit de Nagabe dès que les premières images ont circulé sur les réseaux. J’étais attirée par ce trait particulier et l’étrange calme qui se dégage des illustrations malgré la présence d’un inquiétant monstre. Très vite, avec ses premières images, ont circulé les premières interrogations, est-ce que ce n’est pas un peu trop similaire à The Ancient Magus Bride, également publié chez Komikku ? C’est avec l’idée de répondre à cette question que j’ai eu envie de parler du premier tome de L’Enfant et le Maudit, sorti le mois dernier.

Dans ce premier tome, on découvre Sheeva, une toute petite fille qui vit avec une étrange créature qu’elle appelle professeur. Ils vivent seuls dans la forêt, non loin d’un village abandonné. Le professeur n’aime pas que la fillette se promène dehors, car il a peur pour elle. Dehors, il y a le danger. Le danger que représentent les êtres de l’extérieur, ceux qui ont été touché par la malédiction et sont devenu d’hideux monstres. S’ils vous touchent vous serait à votre tour victime de la malédiction. Mais il y a un autre danger dont le professeur veut protéger la petite fille : les humains. Ces derniers, effrayés par la malédiction se montrent sans pitié envers tous ceux qu’ils soupçonnent d’être contaminés.

L’Enfant et le Maudit est surtout intéressant par la façon dont l’histoire est contée, car finalement, les bases de son univers ne sont pas nouvelles. Il y a en effet déjà des histoires du même goût. Ce que j’ai trouvé très intéressant ici, c’est l’approche. Nous avons un univers fantastique très intrigant. On se pose des questions : quelle est l’origine de cette malédiction ? Peut-elle être guérie ? Pourquoi cette petite fille ce retrouve chez un être de l’extérieur ? Qui est-elle ? … Bref, ce n’est pas le suspens et les interrogations qui manquent dans ce premier tome ! Seulement le tout ne nous est pas raconté comme un manga d’aventure, mais à la façon d’un manga tranche de vie. Les informations sur cet étrange univers nous sont distillées au travers de scènes de vie où l’on voit la fillette et son étrange gardien évoluer au quotidien. Prendre le soleil au jardin, partir glaner quelques miches de pain dans le village abandonné, tenter de préparer une tarte aux pommes, dire des mensonges qui rassurent, raconter des histoires au coucher… C’est un faux-semblant de vie très ordinaires qui nous ai montré, un quotidien qui contraste et interpelle avec l’étrangeté du couple de personnages principaux et l’univers inquiétant dans lequel ils évoluent.

Ce contraste est dans ce couple de personnages : d’un côté, une fillette de très jeune âge qui aborde le monde avec une naïveté et une légèreté propre aux enfants, de l’autre son gardien qui tente de retarder le moment où elle prendra conscience de la cruauté de la situation en encouragent le regard naïf et joyeux de la petite fille. Une présence qui lui ai aussi très précieuse, grâce à elle, il se raccroche à son humanité pas tout à fait encore perdue.

Cette approche originale d’un univers fantastique est accompagnée un coup de crayon particulier, doux, tendre, invitant à la contemplation plus qu’à l’action. C’est très beau à regarder. Très apaisant malgré un côté très sombre et triste de l’histoire. J’ai vraiment hâte de découvrir la suite. Il se dégage quelque chose de ce titre. Cela faisait longtemps que je n’avais pas ressenti un tel plaisir à découvrir un nouveau manga.

Résultat de recherche d'images pour "the ancient magus bride"

The Ancient Magus Bride, série fantastique publiée par le même éditeur, partage quelques points communs avec L’Enfant et le Maudit, mais dès la couverture on peut sentir la différence de ton.

J’avais déjà présenté le premier tome à sa sortie en 2015. La série compte aujourd’hui 6 tomes et est toujours en cours. Je suis en train de lire le quatrième en ce moment.

Revenons rapidement sur l’intrigue de la série. Elias, un sorcier non-humain achète aux enchères une jeune esclave de 15 ans, Chisé. En l’amenant chez lui, il annonce à la jeune fille qu’il veut faire d’elle son apprentie et son épouse. Déstabilisée et craintive dans un premier temps, Chisé va peu à peu apprendre à connaître son maître et à se sentir chez elle dans cette maison. Chisé à la particularité d’être très sensible et très réceptive à la magie. Elias de son côté, après une entrée en scène plutôt glaciale, surtout due à son apparence très inquiétante, se révèle être quelqu’un d’attentionné qui veut mettre la jeune femme à l’aise. Loin de vouloir en faire son esclave servile (ce qu’aurait pu faire craindre l’histoire de mariage) il veut qu’elle se libère non seulement des chaînes qu’on lui a mises mais aussi de celles qu’elle se met elle-même. En prenant confiance en Elias, la jeune fille prend peu a peu confiance en elle-même et se révèle notamment grâce à sa relation privilégiée avec les être magiques et son bon cœur.

L’humaine et son monstre:

Résultat de recherche d'images pour "the ancient magus bride"

Le premier point commun qui frappe est la composition du couple de personnages principaux autour duquel les deux intrigues tournent. Nous avons des deux côtés une jeune humaine sous la protection d’un monstre dont les têtes se ressemblent qui plus est. Le professeur comme Elias ont les faciès rappelant le crâne d’un bouc.

On peut s’interroger sur la symbolique d’un tel couple, d’un côté le féminin représenté par des jeunes filles, voir très jeune avec Sheeva qui ne doit pas avoir plus de 6 ans, elles incarnent la naïveté, l’innocence, la fragilité et au même temps une force tranquille, la force de l’amour. Sheeva voit le monde avec amour et ne se doute même pas de la cruauté qui l’habite, tandis que Chisé frappé en plein cœur par cette cruauté garde en elle beaucoup d’amour qu’elle communique malgré elle aux êtres qu’elle rencontre. Elle a beaucoup de compassion. Face à cette vision idéalisée de la féminité, on a deux mâles qui ne sont même plus humains. Pourtant sous leurs airs de monstres, ils se révèlent plus humains que les Hommes. Ils ont une grande sensibilité qui ne demande qu’à s’exprimer, mais qui ne peut, finalement, s’extérioriser qu’à travers leur alter ego féminin. Leur bestialité est transcendée par l’innocence et l’amour qui leur fait face.

Malgré un certain point commun, les deux couples sont très différents dans leur traitement. Avec The Ancient Magus Bride, on a une héroïne déjà adolescente. Elle est encore très naïve (comme une héroïne de manga se doit d’être, -_-‘) mais elle est sexuée. Je ne parle pas de fan-service avec petites culottes et décolleté extravagant, je parle du fait qu’elle se pose des questions sur sa féminité, quelle est sensible aux attentions que lui porte Elias comme une femme est sensible aux attentions d’un prétendant. De plus, au début du tome 1, il est question de mariage. Dans les tomes suivant la relation entre le sorcier et la jeune femme semble évoluer dans ce sens, ils éprouvent l’un pour l’autre une affection grandissante plus proche de celle de deux amoureux que de celle d’un maître envers son apprenti.

A contrario, Sheeva et le professeur ont une relation plus proche d’un père avec son enfant. Le fait que Sheeva soit une fille joue un rôle symbolique, pour souligner le côté immaculé du personnage. Mais, dans sa relation au professeur, elle est un enfant avant tout. La relation qu’elle entretien avec lui ne dépend pas de son sexe, cela aurait pu très bien fonctionner avec un petit garçon. Sa féminité joue vraiment un rôle symbolique, on éprouve de ce fait plus d’empathie à son égard, elle symbolise l’innocence, la pureté, la fragilité. Alors qu’on aurait tendance à attendre plus d’indépendance et d’autonomie d’un petit garçon (à tort bien sûr !).

Image associée

Quant aux deux monstres, malgré leur aspect très proche, ils ont une personnalité assez différente. Elias est dans l’action, c’est un sorcier puissant. Il fait même étalage de cette puissance prenant virilement la défense de sa belle. Il en devient effrayant. C’est d’ailleurs la tendresse de Chisé qui calme le monstre qui est en lui pour pas qu’il dépasse les bornes.

Tandis que le professeur est beaucoup plus passif. On ne sais pas s’il a un pouvoir particulier ou s’il est simplement une créature à l’aspect monstrueux. Il est maladroit et tendre. Il cherche à prendre soin de cette petite fille qu’il a recueillie, mais ne sais pas trop comment s’y prendre. En lui aussi, se cache une puissance inquiétante, les flèches le touchent, mais ne semblent pas l’atteindre, mais sa façon d’agir est différente. Même en déployant sa monstruosité pour protéger la fillette, il reste passif et subit la violence des autres. La violence vient paradoxalement des humains et non de lui. Elias semble se battre contre lui-même pour ne pas laisser sa bestialité prendre le dessus, tandis que le professeur semble accepter avec un fatalisme troublant la malédiction qui le touche.

Deux univers fantastiques :

Résultat de recherche d'images pour "the ancient magus bride"

Kore Yamazaki nous offre un univers fantastique très riche où la magie s’incruste sur un décor très contemporain. Le mobilier et l’habillement nous rappellent l’occident moderne, mais il est peuplé de toutes sortes de créatures sorties du monde des contes et légendes que nous associons spontanément à un univers de style moyenâgeux. Ici les deux ambiances semblent cohabiter. D’un côté, nous avons des aspects très modernes, d’un autre Elias vit reclus dans une campagne assez intemporelle au milieu des créatures magiques semblant remonter d’un autre temps.

Malgré un décor contemporain, l’omniprésence de la magie et la réclusion dans laquelle vivent nos deux héros font qu’on a quand même du mal à situer l’histoire racontée dans une vision alternative de notre présent. J’ai du refeuilletter les albums pour me faire une idée précise de l’époque à laquelle évoluent les personnages. Inconsciemment, j’avais situé l’intrigue dans une Angleterre victorienne (peut-être aussi à cause l’accoutrement extravagant d’Elias et de sa fée du logis assez anachroniques).

Cet univers est très riche, on nous donne beaucoup de détails sur la magie et son fonctionnement, on rencontre de très nombreuses créatures. Beaucoup de figurants et personnages secondaires sont présents malgré l’isolement dans la campagne profonde des deux tourteaux.

En revanche, l’univers proposé par Nagabe reste, dans ce premier tome, beaucoup plus mystérieux, plus secret. On nous donne des informations à dose homéopathique, on ne sait pas où l’on se trouve, à quelle époque, on ne sait pas vraiment ce qui se passe, ni pourquoi. Les explications sont très rares et données de façon détournée. A nous de recomposer le puzzle à partir des indices qu’on nous livre. Là encore, c’est assez difficile de situer cet univers dans le temps : les constructions et les visages des humains nous ramènent à un décor occidental, les habits du professeur et de la fillette me font penser à la fin du XIX siècle, tandis que les armures des soldats sont très moyenâgeuses. Comme vous pouvez le voir dans l’image ci-dessus, un parapluie tout ce qu’il y a de plus moderne cohabite avec un soldat armé de flèches. Cet assemblage de décors rappelant des époques différentes ajoute au côté étrange et mystérieux de l’univers proposé.

Alors que dans The Acient Magus Bride la magie est omniprésente, ici le fantastique s’exprime à travers une malédiction qui transforme les hommes touchés en créatures monstrueuses. On ne connaît pas l’origine de cette « malédiction ». Est-ce une maladie ou un sort ? Nous en serons peut-être plus dans les prochains tomes.


Voilà, je m’arrête là, ça commence à devenir très long 🙂 J’espèce avoir clairement mis l’accent sur les ressemblances et les différences des deux titres et surtout vous avoir donné envie de les découvrir  🙂

L'Enfant et le Maudit 1L’enfant et le Maudit
Nagabe
(2015)
2017 pour la version française
éditions komikku
1/2 (toujours en cours au Japon)

 

The Ancient Magus Bride 1The Ancient Magus Bride
Kore Yamazaki
(2013)
2015 pour la version française
édition komikku
6/7 (toujours en cours au Japon)

 



Concours Sama Awards

Share

Red Angels

Je dois cette lecture à la masse critique de Babelio et je suis ravie d’avoir remporté ce titre parce que je vraiment pris une claque. Au bon sens du terme.

Je suis ravie d’avoir découvert Seven avec ce titre, je ne connais vraiment pas grand chose au manhua et cet auteur m’était totalement inconnu. J’ai vraiment beaucoup aimé son style graphique mais aussi la façon dont il met en scène ses planches.

Red Angels raconte la vie de quelques prostituées dans un quartier malfamée des année 1990 gravitant autour du propriétaire de l’immeuble qui ne se pose pas en véritable personnage mais plutôt comme témoins de ces existences chaotiques qui remplissent son immeuble. Il se lie d’amitié avec ses locataires et nous raconte leurs histoires telle qu’il les a perçues. C’est un livre très sombre et qui véhicule peu d’espoir. Les auteurs n’offrent aucune échappatoire à leurs héroïnes.  Je dis bien les auteurs car si c’est Seven qui est au dessin et au scénario, ce titre est une adaptation du roman documentaire de Li Yaosha.

On suit en parallèle l’histoire de plusieurs locataires. Pris à parti par le propriétaire de l’immeuble nous devenons à notre tour témoin de leur malheur, de leurs espoirs, de leur naïveté et de leur stupidité aussi. Le manque d’instruction de ces filles est souvent mis en avant pour expliquer leur situation et leur déchéance. Comment elles sont manipulé, ou comment elle acceptent l’inacceptable parce qu’elle pensent que c’est ainsi que ça doit être, comme cette femme un peu simplette qui vient des montagnes et qui subit en permanence la violence de son mari sans jamais se rebeller.

Je n’avais jamais vu un homme aussi irascible.

Je n’ai su qu’après qu’ils venaient tous deux des mont Daliang, dans le Sichuan. Ils n’avaient pas fait d’études et avaient appris la vie sur le tas, à l’ancienne. Il trouvait donc normal de frapper sa femme, qui n’osait pas protester.

[…]

Très souvent, quand je la voyais chanter devant ses programmes favoris, j’avais le sentiment… qu’A Ping n’était qu’une enfant

C’est très sombre, mais il y a une certaine tendresse à l’égard de ces femmes perdues. Tendresse renforcée par le dessin : les visages des femme laissent toujours paraître une certaine innocence malgré le métier qu’elle exercent. Le proprio est touchant parce qu’il est touché par le destin de ces femme. Mais au même temps il met un peu mal à l’aise car il se contente d’observer sans vraiment remettre en cause cette situation, cette réalité sociale. ça le dérange mais il ne fait rien pour changer les choses.

Une lecture très intéressant autant par propos que par son esthétique. A lire.

Paru aux édition Urban China

Share

Beignets de tomates vertes – Fannie Flagg

La première fois que j’ai entendu parler de ce roman c’était… dans un roman 🙂 Dans bibliothèque des cœurs cabossé plus précisément. ça m’avais donné envie et puis je suis tombée dessus par hasard et voilà un roman tout désigné pour des livres en cuisine, avec un titre pareil je pouvais pas manquer ça.

Et tant mieux ! Parce que j’ai adoré ce bouquin. Il se lit tout seul.

Afficher l'image d'origine

Avec des sauts dans les époques et les points de vue, Fannie Flagg nous fait vivre l’histoire d’un petit village paumé dans l’Alabama : Whisle Stop, construit sur le bort du chemin de fer. On y découvre une famille haute en couleur, aimé de tous, avec de nombreux enfants. Dans le café ouvert par la cadette de la famille tous les habitants du village se retrouvent pour un déjeuner où simplement échanger.

C’est à travers les souvenirs de Ninny, une vielle dame rencontrée dans le salon de la maison de retraite où elle doit chaque dimanche rendre visita à sa belle-mère acariâtre, qu’Evelyn, une femme au foyer un peu forte en pleine crise existentielle, découvre l’histoire de ce bled paumé. Au fil de ses rencontres avec Ninny, elle commence à s’attacher aux habitants du village. Leur histoire à travers les années 20, 30 et 40 lui donne du courage pour affronter sa vie de femme des année 80. Les souvenirs de Ninny ne suivent pas toujours un ordre chronologique, elle raconte au fur et à mesure que les souvenirs remontent. Avec elle on découvre cette Amérique profonde dépeinte avec beaucoup de tendresse où l’on est raciste plus par tradition que par conviction et où la force d’une femme pas comme les autres fait bouger doucement les choses par son caractère en acier trempé mais surtout par son infinie générosité. On s’attache aux personnages, même ceux qui ne sont pas vraiment recommandables, parce qu’en chacun se cache une part de générosité.

En parallèle on découvre aussi la vie déprimante de Evelyn qui a grandi et vieilli dans des certitudes qui s’ébranlent les une après les autres. C’est grâce à la bienveillance d’une vielle femme inconnue et à ces souvenir qu’Evelyn trouve le courage de se chercher vraiment. Evelyn est très touchante car toute sa vie durant elle a essayé de correspondre à cette image de l’épouse parfaite qu’on lui a inculqué et maintenant que la ménopause lui ouvre les bras elle se rend compte à combien de lieu de ses convictions profondes elle avait tâché de vivre.

Il se dégage de ce livre des tonnes de bienveillance et d’amour mais c’est toujours dosé comme il faut pour ne jamais tomber dans la mièvrerie. Il y a aussi beaucoup d’humour et une certaine nostalgie pour le temps qui passe et une époque où il était peut-être plus facile de communiquer, où la solidarité unissait la communauté.

J’ai pris énormément de plaisir à déguster ces pages.

Vous vous demandez peut-être si en dehors du titre il peut y avoir un lien entre le roman et le challenge des livres en cuisine ? Et bien il y en a un. Une grande partie du récit se déroule dans le café de Whistle Stop connu pour son barbecue et sa cuisine pas chère et généreuse. Cuisine dont on nous parle beaucoup. Voici un aperçu de ce qu’on y mange : « du poulet frit, des haricots noirs, des petits navets, des beignets de tomates vertes, du pain à la farine de maïs et du thé glacé ». J’avais envie de préparer ce menu pour le challenge mais… c’est pas vraiment la saison des tomates ! Faudra attendre l’été prochain pour que je tente l’expérience. Je n’aurais même pas besoin d’improviser comme je le pensais puisque à la fin du livre on retrouve quelques recettes du Whistle Stop Café.

#deslivresencuisine

Une photo publiée par Bidib Ma Petite Médiathèque (@bidibmpm) le

Mais la relation entre la cuisine et ce roman ne s’arrête pas là. Le personnage d’Evelyn est particulièrement attaché à la nourriture. A chaque fois qu’on la voit elle est en train de manger. Elle se goinfre par gourmandise mais aussi pour calmer son stress. Sa relation à la nourriture n’est pas sans complexes puisqu’elle se trouve toujours trop grosse, mais il lui est impossible de résister.

Bref dans ce roman la nourriture est omniprésente ajoutant à la bienveillance générale, le fumet d’un bon plat ne met-il pas tout le monde de bonne humeur ?

Si vous n’avez pas encore lu ce roman, je vous le conseille vivement. Il se lit très vite et ça détend. De quoi oublier le stress de la journée et retrouver le sourire. Un lecture parfaite pour moi qui lis dans le train pour le trajet maison-travail tous les jours.

Le roman a été adapté en film par Jon Avnet en 1991. Je vous laisse découvrir la bande-annonce. Moi je m’en vais le réserver à la médiathèque 😉


Beignets de tomates vertes
Beignets de tomates vertes Bande-annonce VO


Des livres en cuisine

Share

Aléas ~by Yomu-chan

Salutations !

Aujourd’hui je vous propose un article un peu spécial puisqu’il a été le fruit d’un exercice scolaire. En effet j’arrive pour objectif de chroniquer « à la façon d’une revue littéraire » un recueil de nouvelles. Pour ça j’ai choisi de lire Aléas (que bidib avait déjà chroniqué ici). Voici donc cette critique au ton un peu particulier 🙂 J’espère que ça vous plaira !

rp_couv41133285.jpg

 Et quel est le véritable but de cette vie ? « Écrire » me dis-je dans un souffle, presque surpris .

Touchant message que nous envoie l’auteur d’Aléas, Franck Mercier. C’est avec cet amour de l’écriture qu’il emprisonne sur son papier 4 tranches de vie simples et pourtant si profondes, qu’il se plaît à développer, je dirais même décortiquer. L’auteur qualifie lui-même ces 4 nouvelles de « Situations imprévues soumises à une évolution incertaine ». Il me semble que ce sont les mots juste pour présenter ce recueil inattendu.

Je dis inattendu parce que Franck Mercier s’impose dans le monde de la littérature avec une audace particulière : Aléas est en effet le fruit de l’auto-édition. Démarche périlleuse, car la visibilité du livre s’en trouve réduite. C’est alors tout un défis pour l’auteur de faire découvrir son premier livre au grand public.

Et pourtant Aléas en a des choses à dire. Sur un ton ambiguë Franck Mercier nous raconte la vie. Dans toute sa simplicité et toute sa profondeur. Il questionne à travers la poésie, usant d’un langage parfois très métaphorique, imagé et allégorique, pour décrire la beauté et la sensibilité du monde. Il se plaît à jouer avec les personnifications et à bouleverser nos sens avec des tableaux presque romantiques.

 […] Cette communion divine de mon être et de la cité. A ces instants précis, elle est bien vivante cette vielle fille encrassée, son souffle s’infiltre en moi pour m’annoncer le perceptible et prochain réveil de l’humanité .

Il dénonce à travers les mots, usant un langage parfois très familier et cru, mettant ainsi en avant le quotidien et souvent son manque d’esthétisme. Et c’est cette combinaison si particulière qui donne son charme à l’écriture de Franck Mercier. Une écriture ancrée dans la réalité, embrassant l’ordinaire, et pourtant jamais dénuée d’un certain lyrisme adorablement poétique.

J’avais pas eu le temps d’ouvrir la bouche que ce sombre énergumène, aux fringues impeccables, fiché tel un christ grassouillet au travers de son portail, défenseur enragé de son petit monde m’avait expédié, que dis-je balayé comme une grosse merde.

C’est cette poésie de l’ordinaire qui peut parfois donner au texte un aspect un peu tiré, un peu flou et pessimiste ; car en effet on ne voit pas toujours où veut en venir l’auteur, et pourtant on adore le mouvement de ces jours, de ces mots qui se suivent parfois sans grande vitalité mais dans les quels on fini toujours par trouver le reflet d’une certaine beauté. On pardonne vite le rythme un peu brumeux qui convient bien à des textes courts.

On retrouve au travers de toutes les nouvelles du recueil un véritable respect pour l’écrivain, et plus encore pour l’écriture. Sans que cela occupe une place centrale dans chacun des récits, ces derniers s’articulent autour de personnages touchés et attirés par la grâce de l’écrit, de l’acte d’écrire, et de mettre le monde sur papier. Sans que cela soit réellement un fil conducteur, cet amour de l’écrit créer un lien particulier entre chaque texte, et interroge sur le rôle d’une telle action, écrire…

Interroger, c’est que fait Franck Mercier tout au long de son ouvrage. Il questionne beaucoup l’humain ; son sens, son rôle, son Moi et surtout son rapport aux autres. D’une façon très subtile l’auteur construit des récits très intimistes qui ne manquent jamais de s’inscrire dans une réflexion sur la place de l’individu paris le groupe. Pointant du doigt les mécanisme de la société il nous amène à nous interroger avec lui, poussant à la remise en question dans un processus d’identification très réussi.

L’envie, ouais, l’envie de voir de l’humain ; parler, pleurer et rire, l’envie toute bête de chaleur humaine, de frivolité, de tout ce qui caractérise notre espèce, les bonnes et les mauvaises aussi .

Et finalement à travers les rapports tendu qu’entretiennent ses personnages face au Hommes, Franck Mercier écrit une véritable ode à l’humanité. Montrant le beau, le lien et le simple là où il est le plus caché, là où il est le plus évident. Les personnages de Franck Mercier c’est cet homme si rien, si bancal, qui est pourtant vivant. Il nous écrit l’apocalypse du rien du tout. Il nous dit comment rien n’est jamais vraiment cassé.

Dans cette volonté de montrer le Beau, Franck Mercier donne une place particulière à la Nature dans ses textes. Presque omniprésente elle occupe un rôle à la fois fondateur pour l’Homme, qui va puiser en elle pour se créer, et un rôle transcendant, qui reste sublime et grande malgré les égarements des Hommes. On voit comme l’auteur pose sur cette Nature un regard aimant et respectueux. Je pense tout particulièrement à l’océan, qui semble être l’objet d’une fascination personnelle de l’auteur.

Deux jours déjà que l’océan se livre à mon regard tout neuf, deux jours que nul autre paysage de s’offre à moi, que le corps exulte, l’âme transpire, le rêve foisonne nourrissant ma nécessiteuse carcasse en émotions .

Finalement l’auteur arrive dans avec une composition harmonieuse à nous faire partager son intimité tout en imposant la réflexion sérieuse du nous et des autres. Sans être prétentieux c’est beau.

 L’envol sauvage sans direction prédéfinie.

Le grand plongeon dans l’inconnu et les limbes mystérieuse du soi avec soi.

Une aventure sans cesse renouvelée.

Un plaisir rare aux effluves sucrées amères. 

Share

Catsby, jeune chat à la dérive

Cela faisait longtemps que je n’avais pas parlé manhwa (bd coréenne), aujourd’hui j’y reviens avec un titre assez particulier : Catsby de Doha.

Dans cette série tout en couleur Doha dépeint une jeunesse coréenne un peu paumée qui pour l’occasion prend forme animale.

Catsby est un jeune homme chat de 26 ans. Diplômé sans gloire il est depuis au chômage et squatte dans le studio de son meilleur pote, Hound. Ce dernier était brillant à la fac avait facilement trouvé un job à sa sortie d’école, mais après quelques mois il a tout envoyé balader pour travailler comme professeur particulier. Persoue, la copine de Catsby le laisse tomber sans préavis pour épouser un vieux plein aux as. Comment se remettre de cette grosse claque quand rien d’autre ne va dans la vie? Heureusement que Hound est là pour soutenir Catsby. Afin d’oublier Persoue, ce dernier rencontre Sun par le biais d’une agence de mariage et plus ou moins contre son gré commence à sortir avec elle. En est-il devenu amoureux ?

Couverture Catsby, tome 2

Voilà en quelques lignes l’intrigue des 2 premiers tome de cette série. Ce n’est pas tant l’histoire qu’il raconte mais la façon dont elle est raconté qui fait l’intérêt de ce titre. Les personnages sont tous un peu loser, un peu paumé mais touchants. Ils ne savent pas ce qu’il veulent, ils ne savent pas où ils vont mais ils entendent bien jouir de la vie en attendant de trouver leur chemin. A travers ses personnages c’est une jeunesse coréenne contemporaine que Doha décrit, avec beaucoup d’humour et de tendresse.

J’ai beaucoup aimé le ton de cette série dont je n’ai trouvé que les deux premier tome pour le moment. A découvrir.


manhwa
manhwa
Share

Le mari de mon frère – tome 1

 

Ce sont les éditions Akata qui nous offrent ce manga familial pas comme les autres écrit par Gengoroh Tagame, un mangaka spécialisé dans le manga érotique/pornographique gay (à ne pas confondre avec du yaoi !!)

Yaichi, un jeune père de famille élevant seul sa fille Kana, reçoit la visite de Mike, un grand canadien qui se trouve être l’époux du frère jumeau de Yaichi. Très mal à l’aise face à Mike, Yaichi a du mal à savoir quelle attitude adopter face à son beau frère. Kana, avec sa spontanéité de petite fille va l’aider à briser la glace et invite Mike à séjourner chez eux le temps de son voyage au Japon. Kana lie facilement des liens d’affection avec ce nouvel oncle qu’elle ne connaissait pas encore et accepte facilement l’idée que son oncle était marié à un homme. Pour Yaichi c’est compliqué. Ce n’est pas qu’il soit homophobe, mais cette situation le met très mal à l’aise sans qu’il comprenne lui-même pourquoi. Face au deuil de Mike qui vient de perdre son mari, Yaichi va petit à petit faire tomber le mur dressé entre eux par les à priori négatifs qu’il peut avoir. Grâce à la spontanéité de sa fille et à la gentillesse de Mike il se rend compte que ce qui le dérange n’a pas lieu d’être, qu’il n’y a pas de raison que l’homosexualité de son frère le perturbe. Parallèlement à cet acceptation, Yaichi devra aussi faire le deuil de son frère perdu de vue depuis si longtemps mais maintenant disparu à jamais.

C’est une jolie histoire pleine de bons sentiments que nous raconte Gengoroh Tagame. Avec Yaichi, l’auteur montre les à priori négatifs que les gens peuvent avoir sur le mariage gay, mais il montre aussi que ce sentiment de malaise est surtout du à l’incompréhension et la méconnaissance et qu’il n’a pas lieu d’être. Yaichi change son regard petit à petit en se rendant compte que le couple que formaient son frère et Mike était finalement un couple très ordinaire, à la seule différence qu’il n’y avait pas d’épouse. Kana de son côté apporte de la fraîcheur et de la spontanéité. Elle pose des questions comme le font les enfants, sans tabou et sans retenue. Mike lui répond toujours de façon très naturelle et elle accepte sans trouver cela étrange. Elle pose en fait les questions que son père n’ose pas poser.

20161002_134611

Quant à Mike c’est le tonton que tout le monde voudrait avoir, il est grand et costaud, gentil et à l’écoute, toujours disponible. C’est un personnage très positif et touchant. Malgré le deuil, il sait garder le sourire et s’ouvrir aux autres.

Deux intermèdes instructifs intitulé « petite leçon de culture gay » se glissent entre les chapitre pour apporter quelques informations concernant le mariage gay dans le monde et la signification du symbole que Mike arbore sur son t-shirt de la couverture du premier tome.

Le ton général du manga est pédagogique, affichant le but évident de familiariser un large public avec la culture gay , de la monter sous un angle positif et familial à laquelle les média l’associent rarement. Un but louable qui fait que ce manga adopte un ton très bon enfant frisant parfois avec le candide. Le côté un peu bisounours (appuyé par le graphisme de l’auteur, mais j’y reviendrais plus tard) ne m’a pas dérangé. C’est une jolie fresque familiale, les personnages sont simples et touchants. Gengoroh nous offre une tranche de vie pleine de fraîcheur qui aborde des thèmes importants tel que la tolérance et le deuil.

La dernière image du premier tome apporte ce qu’il faut de surprise pour donner envie de découvrir le tome 2.

Revenons maintenant sur le graphisme. Je ne trouve pas ça beau, mais l’ensemble est très plaisant. Simple et expressif. Comme je disais en introduction Gengoroh est un mangaka spécialisé dans le manga homo-érotiques et c’est pas du soft (amateur de SM vous serez servi). Son style met en scène des hommes, des vrais, des poilus, des bien en chair, des musclés et même des bedonnants. On est vraiment très loin du canon de beauté à la yaoi. Dans cette fresque familiale on retrouve cette pâte. Les deux homme au centre de l’histoire sont bien costauds et Mike arbore une jolie toison. J’ai trouvé ça très plaisant non pas par le beauté du dessin mais par son originalité, ça nous change un peu du bel éphèbe ! Loin du cliché SM, ici ce côté bien en chair donne un air de nounours aux personnages qui se marie à la perfection avec le ton bon enfant et le regard positif qui se dégage de l’histoire.

20161002_174549

Bref un manga a mettre entre toutes les mains, surtout celle des enfants pour leur montrer une autre vision du mariage et de la famille. Ne vous attendais pas cependant à être extasié, c’est quand même pas le manga du siècle. C’est mignon et ça fait du bien, sans plus de prétention que celle de faire une bonne propagande anti manif pour tous 😉


Envie de vous faire une idée ? Retrouvez Le mari de mon frère sur le site de l’éditeur. Vous pouvez même lire un extrait ICI

Le tome 2 est prévu pour novembre

Pour en savoir plus sur Gengoroh Tagame je vous conseille la lecture de cet article sur Nostoblog

D’autres avis que le mien : Kiba-chanBobo et Morgan


lecture 4 sur 6
lecture 4 sur 6
Share

Aléas – Franck Mercier

rp_couv41133285.jpg

J’ai reçu ce livre des mains de l’auteur lui-même. J’étais curieuses mais je ne savais pas du tout à quoi m’attendre. Faut dire que c’est son premier livre et qu’il est sorti en autoédition. Autant dire que c’est la surprise totale.

C’est donc sans apriori aucun que j’ai ouvert le livre et y est découvert un recueil de nouvelles. Ce fut une jolie surprise. J’ai adoré la première (un peu moins la seconde). Et j’y ai trouvé un style d’écriture vraiment sympa auquel je ne suis pas habituée.

Mais avant de vous en dire plus sur mon ressenti prenons le temps de présenter le livre.

Aléas regroupe 4 nouvelles. Chacune d’entre-elle est racontée à la première personne par un héro narrateur un peu loser, écrivain raté, dérivant un peu en marge de la société, écumant les bars, cherchant sa place, ou une place tout court. La similitude de trait de chaque personnage principal est telle qu’il pourrait bien s’agir du même à différentes étapes de sa vie. Certains textes se font d’ailleurs écho.

L’écriture joue un rôle très important dans la vie de tous ces hommes (cet homme ?). Une écriture amie, exutoire nécessaire. Ecriture ennemie, inspiration qui ne vient pas, incapacité à se faire publier…

S’essayer à l’écriture, faire comme les vrais, y croire et s’y accrocher à tout jamais. Pour le plaisir et l’envie de partager. Pour soi tout d’abord et puis ensuite l’envol du récit qui vous échappe, presque plus à soi. Comme un artisan posant l’un après l’autre les mots-parpaings afin d’obtenir une structure durable, solide, aux formes harmonieuses

La lecture de la première nouvelle a été un délice. J’ai trouvé ça excellent. L’ambiance dans laquelle évolue le personnage m’était familière. C’est très vivant et simple, une tranche de vie qui pourrait être la notre, et là tout à coup, après quelques verres de trop dans le bistrot du quartier un simple retour au bercail sous une pluie battante devient une aventure épique. Ce décalage entre la situation des plus banales et la façon dont le personnage vit ces quelques mètres de marche sous la pluie m’ont vraiment beaucoup amusé. Sans parler du fait que je découvrais la plume de Franck Mercier et que le style à la fois très familier et poétique m’a conquise. Le texte est court et la chute très jolie. Bref, une excellente entrée en la matière. J’étais ravie.

Ma lenteur m’amusait presque, je regardais mes pieds pour pouvoir garder les yeux ouverts.ça bastonnais sec. Le vrai déluge, et je tentais avec ardeur de parvenir jusqu’à mon arche. Noé égaré et ridicule. Totalement. Au bout d’un quart d’heure, j’avais bien fait la moitié du terrain, et plutôt fier de moi. J’avais encore pris du poids et devait friser gentiment les cent kilos. Mes fringues étaient des choses pendantes, les lambeaux dégoulinants d’un zombie tout droit sorti d’une mauvaise série fantastique.

[…]

Penser au final est une chose, mais j’étais encore en pleine course ; j’accrochais péniblement le coin de la rue et mon obésité accidentelle m’épuisait plus vite qu’espéré. La fin du parcours s’avérait plus ardue que rêvée. Peu de distance à parcourir, mais un fol effort encore à fournir. Une épreuve pour sportif aguerri. Là, je doutais de me capacités, craignant de faillir à si faible distance de la ligne d’arrivée. J’angoissais un peu du coup, la perspective de pas tenir le choc, de finir la nuit je ne sais comment, dehors si prêt du but, me coupait le souffle plus encore. Et la pluie persistait dans son labeur acharné.

Ma vue me semblait-il se faisait de plus en plus floue, mes pieds ressemblaient à des choses énormes, hideuses. Je commençait à dérailler.

J’ai un peu déchanté avec la deuxième nouvelle. On y retrouve le même type de personnage, toujours l’écriture en arrière plan. Le style y est le même et c’est agréable, il y a de très joli passage, certains m’ont ému, d’autres m’ont fait rire. Mais j’ai eu du mal à accrocher à ce texte. Je pense que son principal défaut est sa longueur. Beaucoup plus longue que les autres cette nouvelle, elle souffre de quelques redondance, puis on perd le fil. A un moment donné je me suis même demandé s’il était toujours question du même personnage, soit j’ai pas bien compris soit il y a carrément une petite incohérence qui s’est glissé dans le texte et qui m’a perturbé. Quoi qu’il en soit je trouve que le texte aurait gagné à subir quelques coupes ou alors à être divisé e plusieurs nouvelles. L’ensemble suit une logique et déroule le fil des conséquences d’une décision malheureuse, mais j’ai eu du mal à rester concentrée. Puis je n’ai pas pu m’attacher au personnage, peut-être trop plaintif à mon goût.

J’ai beaucoup aimé ce passage du début de la nouvelle :

Et c’est sans parler de mes pompes ! Car elle sont usée mes pompes, pas à dire. Mais peu m’importe, je les aimes. Elle tiennent dans leur vétusté l’histoire de mes cinq dernières années, quelques-uns de mes sales moments, pas mal de chouettes aussi, arcs-en-ciel volés à la monotonie, au train-train aliénant. Pourries elle le sont, ces sympathiques rangers, que l’armée dans son extrême bonté a eu la négligence de me laisser piquer. Témoins privilégié de mon existence militaire, de chauds souvenirs parfois réconfortants. Et elles me traînent inlassablement depuis, malgré quelques signes d’usure bien compréhensibles. Elle me restent fidèles.

Les nouvelles suivantes retrouvent un rythme plus rapide, les textes sont plus court et le plaisir de lecture ne s’en trouve que renforcé. Dans la nouvelle L’envol on retrouve ce décalage entre une situation banale et l’envolée lyrique de l’esprit du personnage et c’est un régal. J’ai beaucoup aimé ce texte où tandis qu’une tempête qui se livre au dehors, le héro, enfermé à la maison attendant que les éléments se calment, se remet en cause. Ça se déchaîne aussi dans son esprit. C’est joli, c’est poétique et touchant.

Le feu crépite dans la cheminée, bousculé par instant de vicieuses rafales, s’engouffrant conquérantes, volontaires, des envies de tueuses – mettant en péril mon feu adoré, le centre névralgique de mon antre – dans une panique orangée, chaotique. Les flammes hésitent quant à la direction à prendre, luttant corps et âme pour leur survie.

J’écoute et j’observe : le ballet des flammes aux lentes et longues ondulations, secouées parfois d’accélérations subites, comme guidées par un orchestre fou, la fumée hésitante à prendre de la hauteur, à se trouver mêlée à la guerre qui l’attend au dehors.

J’écoute et j’observe, hypnotisé par la lutte qui s’engage. Je me fait vent, je me fait tempête, je suis le feu, le danseur discipliné et obéissant au desiderata du musicien, son esclave servile. Je suis la fumée acre et brûlante engouffrée dans le conduit sombre, luttant pas à pas pour sortir de l’obscurité, s’élever et prendre le large, dans l’air frais et humide de cette féroce tempête d’hiver. Sortir du tunnel, waouh, sacré challenge.

La dernière nouvelle, Aymar, flore bon l’été. Le héro part chercher un travail dans le sud et se retrouve bloqué au milieux de nulle part, le capot de la voiture fumant. Le hasard (parfois heureux) de la vie lui fera faire une belle rencontre qui lui donnera un nouveau départ. Il y a dans cette dernière nouvelle une touche d’idéalisme. Mais pourquoi pas. Parfois une rencontre suffit à vous faire reprendre vos esprit et retrouver votre chemin. Les personnages sont attachant. Et le texte est très agréable.

On avance lentement, colline après colline, côtes, descentes à n’en plus finir. La beauté du paysage de plus en plus sauvage, presque désertique, m’est masqué par ma flippe exponentielle. Je redoute la catastrophe, j’en implore la grâce divine, je pourrai je crois prier tout dieu à cet instant ; le hocquetement final de la machine m’obsède. On fait équipe malgré tout, elle et moi, équipe des plus bancales certes, mais solidaire dans l’effort. Je souffre autant qu’elle, elle transpire autant que moi. Nous sommes un, courbatus, attendant avec une hâte fantasmée la ligne d’arrivée, le soulagement du guerrier après la bataille, la belle et douce euphorie de l’après-peur. On va y arriver

En conclusion je dirais que ce premier livre est vraiment prometteur. S’il y a encore du travail, notamment sur la deuxième nouvelle dont la longueur n’est pas très bien maîtrisé, j’y ai découvert une belle écriture au style vivant et poétique, mettant l’accent sur la poésie ordinaire, celle des jours qui se suivent, pas toujours heureux, mais qui recèlent un part de beauté pour celui qui sait regarder. J’ai adoré le mélange de l’ordinaire, du langage familier à l’envolée lyrique faisant d’un événement banal une véritable aventure. Je ne marcherais plus sous la pluie de la même façon 😉

Un bon début qui ne peux que nous faire espérer de joli textes à venir.

Si vous êtes curieux et que l’univers du poète ordinaire de Franck Mercier vous intéresse vous pouvez trouver son livre ICI, ICI et ICI.

Vous pouvez également le suivre sur facebook. Blogueurs et blogueuses curieux(se) n’hésitez pas à contacter l’auteur pour découvrir son livre.

Share

Sans aller à l’école je suis devenu mangaka

La couverture était jolie et le thème intéressant. Oui mais… il y a un mais. Si j’ai trouvé la lecture de ce gros manga (287 pages) très agréable je suis resté sur ma faim. Syoichi Tanazono nous raconte son histoire. Celle d’un petit garçon  déscolarisé. Dans cette semi-autobiographie on suit Masatomo qui vit un gros traumatisme dès son entrée au CP (la maîtresse en pleine dépression lui décoche une bonne baffe sans raison) et développe une phobie de l’école. A partir de là c’est un véritable calvaire. Tiraillé entre la peur de l’école et l’envie d’être normal, Masatomo n’arrive pas à avoir une scolarité normale. Parfois il va à l’école mais ses absences se cumulent et il a de plus en plus de retard par rapport à ses camarades. Les professeurs particuliers se succèdent. Puis il y a l’école de rattrapage, pour les enfants comme lui. On ne sais pas trop comment Masatomo réussi tout de même à décrocher un diplôme avant de devenir mangaka et illustrateur.

L’histoire de Masatomo est assez touchante mais il manque dans le récit quelque chose. Il manque des réponses. En achetant ce manga je m’attendais à une réflexion sur le problème de la déscolarisation de certains enfants qui à priori devraient pouvoir juir pleinement de l’école. Un problème réel et complexe que j’ai du mal à cerner et que je trouvais intéressant d’explorer via ce manga. Or si l’auteur nous livre sa propre expérience, il n’explique pas vraiment le pourquoi de sa phobie. Ok il a reçu une baffe, d’accord il a très peur de ce que ses camarades de classes vont penser de lui. Mais c’est éléments sont loin de fournir une explication satisfaisante pour moi. D’ailleurs telles quelles sont présentée dans le manga, les brimades de ses camarades n’ont rien de particulièrement traumatisant. La réaction des parents est aussi très peu montré. On ne sait pas trop ce qu’ils font dans la vie. La mère semble être tout le temps là, du coup j’en ai déduit qu’elle est mère au foyer d’où mon incompréhension face à l’arrivée d’un professeur de soutien pour… le programme CP ! Je ne pense pas que même au Japon le programme CP nécessite l’intervention d’un professionnel. Pourquoi la mère ne dispense pas-t-elle-même les cours ? Nous n’avons aucune explication quand à ce choix. Est-ce qu’elle n’arrive pas à communiquer avec son enfant ? Est-ce qu’elle n’a pas envie ? Est-ce qu’elle ne s’en sent pas capable ? On ne nous donne aucune indication sur le comportement de la mère qui semble très passive. Ou perdue, peut-être.

J’étais frustré aussi au niveau des solutions alternatives. Je pensais qu’on aurait plus de matière à réflexion or là encore on n’a aucune explication, aucune réflexion.

Donc oui le manga est agréable et c’est un témoignage intéressant, mais le parti pris de l’auteur : montrer la déscolarisation vue par les yeux de l’enfant m’a laissé sur ma faim. Mon point de vue sur la question n’a pas avancé d’un iota. Cette lecture ne m’a rien amené de plus. Je n’ai rien appris et c’est assez frustrant.

L’avez-vous lu ? Qu’en pensez-vous ? Auriez-vous des lectures intéressantes à me conseiller sur ce sujet ?

Share

père et fils, tendresse et herbes médicinales

J’adore les plantes et j’ai longtemps étudié les plantes médicinales alors une série avec un herboriste comme personnage principal ça me plaisait bien, quand en plus cet herboriste se retrouve confronté à la difficulté d’être un père célibataire je me dit que ça doit être doublement intéressant. La belle couverture avec ses couleurs pastels toute en tendresse à fini de me convaincre. J’avais envie d’un peu de douceur.

Ce premier tome est plutôt prometteur. On rencontre nos deux héros : l’herboriste et son jeune fils de 4 ans et nous comprenons comment l’homme en est arrivé à emmener son fils si jeune sur les route. Veuf, l’herboriste doit s’occuper seul de son enfant. Il pourrait le laisser à la garde de sa famille mais il est tout ce qui lui reste de sa défunte femme. Et au delà de ça, c’est son enfant : bien malgré lui, ou plutôt à son insu, une véritable affection, un lien très fort s’est noué entre lui et l’enfant. Même si ça lui complique bien la vie, il ne veut pas s’en séparer. Il y a beaucoup de tendresse entre cet enfant et son père maladroit.

Si l’histoire n’est pas gaie, perdre son épouse ou sa mère c’est toujours douloureux, on n’a pas à faire à un drame. On ne s’apitoie pas sur le sort de nos héros, on souris plutôt de les voir chercher à surmonter les difficultés ensemble. Ce père qui sais pas trop comment s’en sortir mais qui fait de son mieux, cet enfant qui pleure tout le temps mais qui sait réconforter son père quand il le faut. Ils sont très touchant.

Le dessin, tout en douceur se marie très bien à l’ambiance du récit. C’est un petit moment de douceur que nous offre ce manga tout en abordant des problèmes que peuvent connaître de nombreux parents.

Autre aspect très intéressant de ce manga : les plantes médicinales sont vraiment présente. Le métier du héros n’est pas juste là pour faire décor. On apprends plein de choses sur les plantes médicinales et leur utilisation, dommage qu’il s’agisse de plante japonaise et que l’on ne puisse pas toujours retranscrire ses données dans notre quotidien (il y a tout de même la cannelle et le clou de girofle que l’on peut utiliser :D). Les informations qu’on nous donne sur les plantes ne sont peut-être pas très poussées (cela risquerais de devenir ennuyeux) mais elle sont précise et concrètes. De quoi faire découvrir la médecine naturelle aux lecteurs qui n’y connaissent rien. Moi j’ai trouvé très touchant de voir cet enfant apprendre à reconnaître les plantes médicinales, ça m’a rappelé des souvenir d’enfance…

J’ai trouvé le dessin très agréable avec ce qu’il faut de particularité dans le trait tout en restant assez classique quand même. Les chapitres sont entrecoupé de parenthèse dont le style graphique change et donne un bon rythme à l’ensemble. Je l’ai trouvé très agréable à lire.

à suivre 🙂

C’est chez Ki-oon que vient de sortir le premier tome. La série est toujours en cours au Japon et compte déjà 4 tomes. Premier manga de Mi Tagawa, commencé (dans sa version originale) en 2013.

Share

Au temps de l’amour

C’est tout à fait par hasard que je suis tombé sur deux volumes de Yamaji Ebine, son dessin me rappelait celui de Nananan et je décidé de tenter l’expérience. Je ne regrette pas, le dessin tout comme les récits sont d’une grande finesse.

Aujourd’hui je vais vous parler d’Au temps de l’amour, un one-shot mettant en scène deux âmes perdues qui s’accrochent l’une à l’autre pour tenter de survivre, de refaire surface.

Shiori tombe sous le charme d’une jeune homme ténébreux. Emportée par sa fascination, elle se rends sur les bord de la rivière dans l’espoir de l’y croiser, mais le destin cruel lui fera faire une autre rencontre. Terrible rencontre qui va lui laisser une profonde blessure au cœur et au corps. Seiji témoin arrivé trop tard va devenir sa bouée de secours, celui qui sait et à qui elle peut parler en tout liberté. Mais ce qui les rapproche sont aussi les blessures du cœur du jeune homme qui a perdu son amant dans d’atroces circonstances quelques années plus tôt. Chacun va chercher à sauver l’autre pour finalement se sauver lui même.

Une histoire tragique, traité avec beaucoup de finesse et de talent qui en fait un récit réaliste ne sombrant (pas trop) dans le mélodrame. La fin est cependant exagérée, difficile de vous dire pourquoi sans spoiler, mais disons que cela contraste avec le reste du récit qui reste très réaliste autant dans les fait que dans le traitement des personnages et de leur sentiments.

Une très belle histoire d’amitié, d’amour et d’âmes cabossées, touchante par son traitement et servie par une beau dessin très fin et épurée. Je ne dirais pas que ce manga m’a bouleversé mais j’ai aimé le style de l’auteur et sa façon de nous faire entrer dans l’intimité de ses personnages. Cela m’a aussi fait réfléchir sur la façon dont l’héroïne réagit à ce qui lui arrive. Bref, une bonne lecture. Mais maintenant j’ai besoin de quelque chose de plus léger !

à lire aussi l’avis de Marianne

shôjo dramatique
Share